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samedi 15 août 2026

L'humilité ?

 Je me souviens qu’à seize ou dix sept ans, déjà, je m’interrogeais dans une sorte de journal que je n’ai pas tenu longtemps sur la vraie nature de l’humilité. 

Je pourrais presque dire que j’en suis toujours là cinquante ans plus tard. 

Pas tout à fait quand même car, au vrai, la nature essentielle de ce qu’on peut appeler humilité me parait très claire et précise : l’humilité, c’est de ne rien s’attribuer de ce que les autres vous attribuent à tort ou à raison. 

Qualités, bien sûr, mais aussi et c’est déjà moins immédiatement compréhensible, défauts. 

Si on me fait des compliments, ou même simplement si on me remercie de quelque chose que j’ai pu faire, dire, je ne sens pas, je ne sens plus, du moins je le crois sincèrement, qu’il s’agisse de « moi », qu’il soit en quoi que ce soit légitime de me l’attribuer. 

Je sais bien que ce qui a pu se faire ou s’exprimer d’utile, de bienfaisant, de juste, et pour lequel je me vois remercié ou complimenté, est passé à travers « moi », ma personne,  mon style, ma forme. 

Mais me l’attribuer, l’attribuer à cette forme, à cette personne, m’apparait comme non seulement absurde mais comme l’essence de la prétention. 

Prétendre, qu’est ce sinon se prendre ou se montrer pour ce qu’on n’est pas vraiment ? 

Or, mes qualités, mes accomplissements, ne procèdent pas de quelque magnificence de ma personne. Les dons même que je peux avoir - lesquels d’ailleurs coexistent avec tant d’inaptitudes- m’ont été, justement et comme le dit si bien le mot, donnés. Tout au plus ma personne les a-t-elle cultivés mais là aussi, où est la part de déterminisme, de conditions et circonstances qui m’ont donné loisir et contexte pour être à même de cultiver les dons en question ? 

Bref, je me sens incapable aujourd’hui de « prendre » pour moi les remerciements, compliments, etc.

 Bien sûr, je les reçois, je remercie, tandis qu’intérieurement je les remets … au Plus Grand, au mystère. 

Alors, est ce humilité ? 

Le difficile, c’est que l’écrivant,  je m’attribuerais moi même le qualificatif de « humble », ce qui serait tout de même un comble ! 

Mais enfin comment s’en sortir, ou alors en se taisant, en demeurant complètement invisible… Et là aussi, au cas où je serais « humble », il serait absurde qu’il y ait en moi quelqu’un pour s’en vanter !

Le « moi » au sens de l’ego n’est jamais humble, comme l’eau n’est jamais sèche ou le feu froid. 

Si comme je l’écrivais plus haut, mes qualités ne m’appartiennent pas, mes défauts non plus. 

Ce n’est pas une raison loin s’en faut pour ne pas m’en sentir responsable. 

M’en sentir : le sujet conscient en moi. 

Le moi ego se défend, minimise ses défauts, se récrie, se rééquilibre, se tient constamment sur la défensive. Le sujet conscient n’aspire qu’à la vérité, voir, reconnaitre. Et donc au dépouillement de ce qui est excroissance, boursouflure du moi. 

Je ne parle pas des défauts en tant que caractéristiques de l’être humain que je suis, produit de ses gênes, de son éducation, etc. 

Si par exemple je suis inapte en matière manuelle, il n’y a pas à y voir une boursouflure du moi, de même que mon absence quasi pathologique de sens de l’orientation. Je peux faire des efforts mais je serai nul jusqu’au bout et ce n’est d’ailleurs pas un problème, sinon que ce serait bien pratique de savoir bricoler ou m’orienter. 

Donc, les failles ou manifestations de l’ego qui se manifestent en la personne que je suis, il m’incombe d’en être responsable pour autant que possible les dépasser. 

Responsable mais pas coupable.

Derrière toutes ces failles, ces ridicules, ces postures, il y a une souffrance pas encore pleinement vue et assumée, un enfant qui pleure ou enrage. 

Voilà ma perspective présente quand à l’humilité. 

Après, j’avoue ne pas avoir beaucoup de goût pour ce que j’appelle l’humilité psychologique - et que je distinguerais de l’humilité objective - cette espèce de convenance à finalement paraitre humble, à ne pas trop se montrer, pour ne pas dire se planquer, quitte à au final se montrer très ombrageux, susceptible. 

Dans ma jeunesse et même bien plus tard, tout en n’étant au final pas si dupe, je pouvais, par souffrance, faire preuve d’arrogance, ou trop parler de moi, manquer d’une certaine forme de pudeur et de réserve, et je comprends qu’on ait pu m’en faire grief. 

J’avais aussi ce côté «j’ai compris et pas vous et je vous le fais sentir», la revanche de l’enfant blessé par les moqueries de sa différence et de ses inaptitudes matérielles, puis jeune adulte exalté pour ses facilités intellectuelles et artistiques. Ce côté «Tremblez Minables». 

J’espère avoir appris de tout ce qui a pu m’être à juste titre souvent pointé, même si tout cela avait aussi sa large part de protections, de jalousies etc. 

Et il m’est souvent arrivé et m’arrive encore de me sentir ébahi par la prétention pour moi objective de telle ou tel qui ne se croit pas prétentieux.

Bref, pas si évident cette question de l’humilité. 

Pour finir , je me sens si profondément, si sincèrement animé de l’aspiration à me dépouiller de tout ce qui est en trop pour que seule reste mon humanité transparente à ce qui la fonde, au Plus Grand…

Et je sais devoir encore traquer avec bienveillance ce qui pourrait m’échapper de cet ego toujours prompt à se rengorger, à s’approprier, à faire son malin, son intéressant … 

Mais c’est si vite fait de se méprendre. 

On pourrait lire quasiment toute l’œuvre sublime d’un Walt Whitman comme une vantardise obscène. « Je me célèbre moi même », « je suis fort, libre » etc etc. 

De ce point de vue là, il y a aussi une sorte d’abîme culturel entre une sensibilité littéraire et une approche se voulant exclusivement « spirituelle », étrangère à cette sensibilité, qui, du coup, me parait très linéaire, rivée au premier degré, peu réceptive au mystère à la complexité, au paradoxe. 

Gilles Farcet

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dimanche 7 avril 2024

Quand nos enfants ne sont plus des enfants

Quand nos enfants ne sont plus des enfants, peut-on encore leur donner des conseils ?

 


Quand nos « chers petits » deviennent adultes, comme il est difficile de les considérer comme tels et de trouver la position juste. Nous nous croyons tellement indispensables. Si en théorie nous sommes d’accord pour respecter leur liberté, acceptons-nous vraiment de ne plus avoir notre mot à dire, ? Couper le cordon, oui, mais… il nous faut encore veiller sur eux. Jusqu’à quel âge sommes-nous responsables d’eux ? À partir de quand pouvons-nous les « lâcher » ?

Qu’ils fassent leurs propres armes, nous en sommes fiers. Qu’ils prouvent ce dont ils sont capables, formidable ! Mais qu’ils ne s’éloignent pas trop des projets que nous avions conçus pour eux avec tant d’amour et de pertinence ! Au fond, qui les connaît mieux que nous ? Qui sait ce qui est bon pour eux ? Ils manquent si souvent de discernement !

Pris dans une tempête émotionnelle 

S’ils nous présentent un amoureux, une amoureuse si peu apte, à nos yeux perspicaces, à les rendre heureux, s’ils quittent leurs études, ou leur travail, pour lesquels, c’est certain, ils étaient faits, quand ils prennent une orientation sexuelle qui nous surprend, s’ils divorcent alors qu’on ne comprend pas pourquoi, notre premier réflexe, c’est la peur, le désarroi. Nous sommes inquiets pour eux. Que faire ? Que dire ?

Une tempête nous submerge. Nous sommes pris entre le risque de les perdre si nous nous opposons frontalement, et celui de les voir s’engouffrer dans une impasse désastreuse, si nous ne réagissons pas. Mais sommes-nous vraiment aptes à juger ? Avons-nous encore une quelconque autorité ?

Reconnaître son enfant dans sa différence

Pour trouver la bonne distance émotionnelle, il est déjà important de ne pas considérer que leurs choix signent notre échec de parents. « Qu’ai-je raté ? » : la culpabilité ne résout rien. Ensuite, il s’agit de nous décentrer de notre propre vision, voire de nos propres convictions, faire un pas de côté, vers notre fille, notre fils devenus femme, homme. Efforçons-nous de les regarder, non plus à travers nos yeux de parents, mais de les découvrir comme des personnes à part entière, avec leurs ressources propres. Essayons de comprendre leur choix, avant de le juger, le condamner. Quel sens a-t-il pour eux ? Tentons d’en discuter avec eux, en leur demandant non pas de se justifier mais d’expliquer.


En reconnaissant notre enfant dans sa différence, nous l’affirmons dans sa singularité. C’est de cela que les jeunes adultes ont besoin. « Reconnaître autrui, c’est croire en lui », déclarait Levinas. Accepter les « trahisons » de nos enfants s’avère plus facile si nous avons, nous aussi, en son temps, osé mettre en œuvre les déloyautés nécessaires vis-à-vis de notre famille d’origine. Cette attitude, exigeante, certes, permet néanmoins à chacun de grandir et d’entretenir un lien ouvert et respectueux.

Une leçon d'humilité et un gain de liberté

Mais tout de même, lorsque, le plus objectivement possible, leur option les met en danger, nous ne pouvons nous taire. Avec tact, dans une discussion d’adulte à adulte, amicale plutôt que filiale, nous pouvons essayer de leur exprimer nos inquiétudes. Il ne s’agit pas de leur dire qu’ils ont tort, ni de les convaincre de changer, encore moins de leur donner des conseils mais les amener à avoir un autre point de vue, à réfléchir aux conséquences de leur choix. La décision leur appartient. Nous ne pouvons pas les protéger malgré eux.

Ne plus pouvoir faire pour eux ce qu’on pense devoir faire, renoncer à ce que notre expérience personnelle leur serve nous place face à une impuissance douloureuse. Arrive un temps où nous ne sommes plus les parents que nous aimerions être. Cette leçon d’humilité ouvre sur une appréciable liberté.

Nicole Prieur

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dimanche 27 décembre 2020

Un point précieux !

 

Le 14 février 1990 la sonde Voyager 1, alors qu’elle se trouve à plus de 6 milliards de kilomètres de la Terre et avant de dire définitivement adieu au système solaire, prend un cliché mémorable et émouvant. On y voit un point bleu pâle, minuscule, qui passe presque inaperçu : c'est notre Terre !!
A propos de cette photo Carl Sagan a écrit un monologue qui restera à jamais gravé dans l'histoire spatiale :


« Regardez ce point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Dessus se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez jamais entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. La somme de nos joies et de nos souffrances. Des milliers de religions, d’idéologies et de doctrines économiques remplies de certitudes. Tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations. Tous les rois et paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères, mères, enfants remplis d’espoir, inventeurs et explorateurs. Tous les moralisateurs, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici… Sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.
La Terre est une scène minuscule dans l’immense arène cosmique. Songez aux rivières de sang déversées par tous ces généraux et empereurs afin que, nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction… d’un point. Songez aux cruautés sans fin infligées par les habitants d’un recoin de ce pixel aux habitants à peine différents d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre soi-disant importance, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mises en perspective par ce point de lumière pâle.
Notre planète est une poussière isolée, enveloppée dans la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité, dans toute cette immensité, rien ne laisse présager qu’une aide viendra d’ailleurs, pour nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment, c’est sur Terre que nous nous trouvons.
On dit que l’astronomie incite à l’humilité et forge le caractère. Il n’y a peut-être pas de meilleure démonstration de la vanité humaine que cette lointaine image. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »

Carl Sagan, Pale Blue Dot, 1994.
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vendredi 8 mai 2020

Humilité aquatique


L'humilité nous ouvre les portes d'un état d'esprit simple tout en fermant l'accès aux problèmes compliqués de l'égo.

Je souhaite revenir à ce sujet sur le fameux dicton grec « connais-toi toi-même ». Cette phrase fait corréler la connaissance de soi à la connaissance de tout ce qui est extérieur à soi. Il ne s’agit donc pas de partir à la rencontre de sa seule personne. Le savoir que l’on acquiert sur elle nous permet d’aller vers l’autre dans la paix avec soi et de ce fait avec les autres, avec « le reste ».

Je perçois ainsi toute la beauté et la dimension de ce message de la mer. J’ai l’humilité de sentir que je suis seulement une femme parmi les rochers, les arbres, les fleurs, les animaux, les humains, le soleil, la lune, les étoiles, la mer, la terre, le vent, les volcans, la galaxie...

L’humilité, c’est l’accueil de soi, c’est accueillir l’amour en soi. Elle nous montre, comme Vénus me l’a appris, que nous sommes tous issus de la même terre en même temps qu’elle nous oblige à sonder les profondeurs qui touchent à une inimitié enfouie jusqu’à notre subconscient.

Ces quelques jours passés seule en compagnie de l’océan m’ont fait sentir en osmose avec la mer au plus profond de mon être. M’y abandonner dans l’amour, m’y abdiquer et oser l’accepter dans l’humilité absolue.

Je dirais enfin que l'humilité dont me parlait la mer, c’est aimer la vérité plus que soi-même et retrouver la joie !

Les heures passent et soudain, mon aisance dans l’eau est totale. Mon chemin croise alors celui d’une méduse, cette petite créature qui se propulse dans les mers en suivant la direction des courants. La manière dont elle s’abandonne aux forces de l’océan est l’exemple même de la grâce. Elle nous apprend à nous laisser transporter, à nous laisser guider par les puissances naturelles.

Dans l’eau, ma sensibilité change, je capte avec une aisance incroyable les messages que m’adressent les êtres, les choses qui m’entourent.

Dialogue Avec Un Dauphin - Une Relation Extraordinaire Au-Delà De L'espèce 
par Frédérique Pichard

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jeudi 8 novembre 2018

Interview d'Eric-Emmanuel Schmitt (4)


Votre regard tendre sur l’humanité, d’où vient-il ?

Je recherche ce qu’il y a de grand dans les petits êtres que nous sommes. Je déteste les gens qui cherchent ce qu’il y a de petit. En plus, je ne vois que ça. Aujourd’hui, avec le sarcasme, un certain humour, une ironie constante, une dépréciation absolue, une critique permanente, c’est le règne de la grimace et du sarcasme, c’est le règne du crachat. Je trouve que le monde médiatique est encombré par les crachats. Soit le cirage de pompes indécent, soit, pour avoir l’air intelligent, le crachat. C’est plus intelligent d’admirer que de cracher.

Je cherche toujours ce qui s’ouvre à un être. Je n’arrive pas à réduire un être à un seul de ses actes. C’est cela, le pardon. Pardonner, c’est dire : non, la personne que j’ai en face de moi ne se réduit pas à cet acte mauvais qu’elle a fait un jour. Dans sa vie, il y a d’autres éléments. L’étoffe est plus riche que ce que j’en ai vu à un moment et qui a pu scandaliser ou choquer, ou faire du mal.
Maintenant j’ai pris conscience que c’était aller contre le courant dominant. Il y a dix ans, à l’époque où j’ai parlé de mon optimisme, je me suis pris une volée de bois vert du milieu « intellectuel » autodéclamé. Ils sont moins diplômés que moi, mais bon, ce sont eux les intellectuels, si ça leur fait plaisir. Là, je me suis aperçu qu’il y avait un combat. Je me suis dit : « Eh bien, ce sera l’un des miens ! ».
J’étais en profonde résonance, en profond accord, en disant : plutôt cultiver la joie que la tristesse. Il faut plutôt aller chercher ce qu’il y a de grand dans ce qu’il y a de petit que ce qu’il y a de petit dans ce qu’il y a de grand. Tout d’un coup, quand je vois que cette position est inaudible pour beaucoup de gens, je me dis : « Alors, cela doit être un combat ». Ce sera un combat. À ce moment-là, les choses deviennent plus claires.


C’est ce qui explique votre discrétion par rapport aux '' people '', vous n’y êtes jamais, c’est de l’humilité ?

Non, j’ai la chance que les télévisions, les radios m’aiment bien, puisqu’on dit que je suis un bon client. Mais je n’y vais jamais sans avoir à délivrer un contenu, parce que je ne vais pas me mettre à faire partie d’un jeu télévisuel ou à aller à une émission sans fond. Si j’y vais, c’est toujours pour apporter un contenu, relatif au dernier livre que j’ai écrit ou à la pièce. Jouer le V.I.P., la very impossible personne - je bénéficie d’un traitement de V.I.P. parce que j’ai vendu des millions de livres et parce que je fais partie du paysage culturel -, en tant que tel, cela ne m’intéresse pas. Être connu ne m’a jamais intéressé. Ce que je veux, c’est qu’on me lise, qu’on voie mes pièces. J’ai toujours refusé de servir aux médias un personnage ; parce que souvent ils veulent un personnage pour faire le show. J’ai toujours pensé que
c’est par le contenu que je devais être présent quelque part. Alors, avec le temps, cela finit par rendre. Et puis, la discrétion dont vous parlez, c’est aussi tout simplement une impossibilité, parce que j’ai une carrière dans 50 pays. Vous imaginez donc, pour qu’on me voie un petit peu partout, j’en fais beaucoup. À l’arrivée, vous en voyez peu parce qu’il y a plein de pays. Je dois garder du temps pour ma vie privée, pour le ressourcement intérieur et pour l’écriture car j’écris beaucoup.

 
Avez-vous un objectif avant la fin de votre vie ? Intérieur peut-être ?

Forcément, des volontés de perfectionnement intérieur, bien sûr. J’aimerais, avec le temps, devenir plus contemplatif qu’actif. Je me demande si j’ai raison de vouloir cela. C’est quelque chose que je cultive en me disant : « Ce serait bien de rendre cet hommage à la nature, au monde, à la vie, d’être un peu plus contemplatif ». Je suis un suractif. Parfois cette suractivité m’effraie, mais pas longtemps. Autrement, j’ai des projets intellectuels et artistiques. Je pense d’ailleurs très naïvement que ma vie sera calibrée à ces projets, c’est-à-dire aussi longue que mes projets me porteront. Je pense vraiment que quand mes projets ne me porteront plus, cela voudra dire que mon temps sera fait. J’ai cette conception-là. Le temps, pour moi, c’est le pouvoir de faire. Je n’ai pas du tout une conception passive du temps comme étant ce qu’on subit. Le temps, c’est notre action, c’est notre pouvoir d’agir. Avoir du temps, c’est pouvoir faire ceci ou cela. J’ai une conception positive : je conçois le temps comme un feu, comme un feu qui brûle, pas un feu qui me consume, mais un feu qui produit de l’énergie, un feu qui produit des objets, un feu qui réchauffe, un feu qui cuit, un feu qui construit.

C’est une conception active du temps, du temps comme un pouvoir et pas une conception passive du temps, qu’on subit.


La contemplation n’est-elle pas une activité, active d’une autre manière ?

La contemplation, c’est une autre façon d’habiter le temps. Ce n’est pas le subir non plus. C’est chercher l’éternité dans le présent. C’est chercher l’éternel qu’il peut y avoir sur l’éphémère, donc c’est encore autre chose. C’est se connecter à quelque chose d’important. Quand je dis : « J’aimerais être plus contemplatif », c’est cela, parce que cela ne m’arrive que par éclairs.

N’est-ce pas le propre de la vieillesse ?

Non, parce que je me souviens qu’enfant j’étais comme ça. Ce n’est pas une question d’âge. Dans ma vie adulte, j’ai des moments comme ça, mais ils sont assez peu nombreux parce que je ne leur laisse pas la place d’arriver. Ces moments-là me prennent par surprise.


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samedi 19 novembre 2016

« L'apprentissage de la vie c'est d'exister à travers la beauté, la joie, l'intensité d'une vie créatrice... »

Interview de Guy Corneau par Jacky Durand

JD : Bonjour Guy ! Tu es connu ici en France pour tes livres, ta victoire sur la maladie et tes séminaires de développement personnel. Je t’ai entendu récemment en interview avec Lilou Mace et cela m'a donné beaucoup de joie... Pourrais-tu nous parler de la grandeur et de la décadence des émotions ?

 GC : Les émotions sont l'intelligence-même de la vie en nous. Elles s'adressent autant à notre mental qu'à nos sensations.
C'est l'espace de l'âme.
On en rend les autres responsables : c'est à cause de toi que je suis triste, que je suis en colère...
Or c'est faux, c'est à cause de nous : on avait certaines attentes qui reposent sur des blessures inconscientes, et les circonstances viennent nous rappeler les états qui s'installent en nous...
On n'est pas toujours au rendez-vous de nous-mêmes, de notre propre vie et les autres ne sont que des acteurs qui réveillent nos blessures, comme l'abandon qui vient nous rappeler que c'est nous qui nous abandonnons nous-mêmes. La joie c’est quelque chose qui est déposé en nous dès le départ, la simple joie d'exister, la joie d'être au monde mais aussi la joie de nos actions...
Or très tôt, dès l'enfance, elle se voile et les autres émotions apparaissent comme la colère, la tristesse : on n'est plus au rendez-vous de notre propre joie.
Cela crée une frustration profonde et la seule personne qui puisse faire quelque chose c’est soi.

JD : Peut-on dire que les émotions sont le tissus de l’humanité ?

GC : C’est comme l'eau qui circule partout.
Les émotions sont un baromètre car la réactivité vient des blessures qui n'ont pas été travaillées.
On attend encore que les autres fassent quelque chose pour nous. A mesure que je prends soin de moi, que je me rencontre, je suis moins réactif et mes émotions vont servir à autre chose, à être un moteur, un propulseur de l'action juste.

JD : Les émotions sont donc des guides ?

GC : Oui si je m'en sers comme des alertes qui me disent que quelque chose se passe.
Si je me dis que cette colère est contre moi, et que je vais chercher le conflit inconscient derrière, alors l'émotion est un très bon guide, le fil de pêche qui mène au poisson qui est souvent la blessure profonde.
De nos jours, il y a une sorte de consommation de l'émotion : il ne se passe pas assez de choses satisfaisantes dans ma vie alors je consomme la tragédie du monde. Par exemple, la guerre c'est un assemblage de beaucoup d'insatisfactions de beaucoup de gens, comme un égrégore de mauvaises croyances.
La somme d'iniquité, la mauvaise répartition des richesses, l'inégalité hommes femmes, c'est le terreau de la guerre, et cela commence chez nous : est-ce que je répartis bien les richesses dans ma vie, est ce que je suis équitable envers les gens qui m'entourent, est-ce que je fais ma part pour ceux qui ont moins, pour apporter plus d'égalité ?
La guerre nous invite à regarder la guerre dans nos vies.
Dans mon couple par exemple, choisir toujours la paix, plutôt que les querelles ou le contrôle de l'autre...

JD : Tu collabores avec Pierre Lesare pour animer les séminaires « Vivre en santé ». Toi qui as passé trente ans de ta vie malade, dont plusieurs années avec un cancer avancé, quel est le secret de ton alchimie pour transformer le plomb en or, ou le cancer en belle santé ?

GC : D'abord je dirais beaucoup d'humilité, accepter que la maladie soit ton maître, un enseignant qui te tape sur l'épaule à toi très personnellement, et qui te dit que quelque chose ne va pas dans ta vie. Bien sûr qu'un cancer ce n'est pas seulement psychologique, il y a des facteurs environnementaux très importants, des facteurs familiaux aussi.
Mon père est mort du cancer, ma mère en a eu deux, on est des spécialistes pour fabriquer des maladies auto-immunes et orphelines dans ma lignée familiales donc les fragilités sont déjà là.
Ce ne sont que des terrains qui prédisposent, mais les éléments déclencheurs sont des vies où il y a beaucoup de stress et pas assez de joie. Je dirais que le cancer m'a invité à un examen très profond de mon style de vie intérieur et extérieur.
Un des exercices que j'ai fait pendant le cancer est de passer en revue toutes mes relations affectives.
Tout ce qui était réglé et non réglé de toute ma vie : mes relations avec mes parents, mes anciennes compagnes...
Cela m'a demandé de faire plusieurs courriels, quelques coups de téléphone et des rencontres pas toujours faciles, délicates aussi en pleine maladie.
En faisant cela, j'ai eu l'impression de légèreté, de liberté, de retrouver une unité avec la vie, j'avais guéri quelque chose.
Je me suis dit qu'il serait possible que mon corps ne suive pas : c'était un cancer stade 4 et on ne peut pas trop en demander à notre organisme.
Mais j'avais guéri quelque chose et la joie était au rendez-vous, j'allais mourir le sourire aux lèvres et ce serait mon meilleur véhicule pour traverser !
Pendant le cancer, j'ai aussi mis en place beaucoup d'éléments que je connaissais : l'acupuncture, l'homéopathie, agir sur la maladie par l'alimentation.
Je connaissais comment visualiser, utiliser l'imagination créatrice, la méditation, les traitements énergétiques. J'ai mis en scène tout mon arsenal pour me guérir et tranquillement tout cela a ramené une joie de vivre très profonde, même à l'article de la mort. Au lieu de me dire je suis triste parce que j'ai le cancer, je suis désespéré, je me suis dit : j'étais triste et désespéré, je ne le savais pas et le cancer est venu me le dire.

JD : Malgré ta connaissance de toi-même, du psychisme, cela n’a pas empêché que ce cancer vienne. 

GC : Non parce qu'au fond j'ai l'impression que les épreuves viennent à mesure que l'on peut les affronter.... Je viens d'une enfance très troublée, difficile à digérer et tranquillement, j'ai pu y aller couche par couche et le cancer j'espère, était la dernière. Cela m'a permis de rencontrer les couches de protection que j'avais mises en place, et qui m'empêchaient d’être moi-même pleinement. La maladie est toujours une invitation à se retrouver soi-même, et plus que cela, c'est une invitation à sortir de nos misères et retrouver la joie au cœur-même de l'épreuve, parce qu'au fond il n'y a pas de raison de ne pas être joyeux, c'est des raisons que l'on s'invente et qui font que l'on se donne une vie comme ça : on existe à travers nos drames. L'apprentissage de la vie c'est d'exister à travers la beauté, la joie, l'intensité d'une vie créatrice, c'est là le secret. J'ai commencé à réaliser tout ça avec beaucoup de profondeur, de gravité qui invitait à l'allègement.
Les gens te félicitent car tu as vaincu le cancer, mais moi je me disais que j'ai seulement fait mon possible.
Je leur disais : le combat c'est maintenant, c'est chaque jour après pour choisir la joie, pour rester dans la légèreté, pour rester proche des choses que j'ai apprises à travers la maladie, ça pour moi c'est le combat.

JD : Dans une autre interview tu as parlé de nourriture lumineuse, qui provient d'une pratique méditative, mais aussi de la qualité de notre nourriture qui doit aider au processus de guérison.

GC : Tout à fait, plus une nourriture est vivante plus elle te rend vivant, plus c'est proche du cru plus cela te donne de la vie, plus c'est cultivé avec amour plus cela donne de l'amour.
Si on fait un pas de plus, c'est vrai que l'été dernier avec mon ami Pierre on a fait des repas de lumière : on a ingéré consciemment des particules de lumière.
On en ingère tout le temps, tout le monde, mais là, on a appris à ouvrir les centres énergétiques pour les nourrir de lumière, ouvrir les mains, prendre 20 minutes pour ingérer consciemment de la lumière.
Et c'est clair que les premières nourritures de l'être humain sont la lumière, l'eau et l'air.
Je suis un bon vivant j'aime manger et j'avoue que cette consommation de lumière est extrêmement énergisante.
Hubert Reeves, que je connais personnellement dit qu'on est des poussières d'étoiles, poussières de lumière en action dans l'univers, et dans la bouche d'un astrophysicien cela nous ramène à notre juste proportion !
On est des poussières en train de danser dans l'univers.
Quand on regarde le sang au microscope, la santé du sang est indiquée par des phénomènes lumineux.
Cela ressemble aux petites fleurs qu'on voit à la surface de l'eau, dans le sang il y a la même danse de lumière qui indique la santé du sang...
Je me rappelle la première fois où je suis passé proche de la mort, je suis rentré dans des états ouverts et unitifs et je voyais que la nourriture que je mangeais avait sa propre lumière, tout dans l'univers émanait de la lumière douce, c’était fantastique.

JD : Le théâtre ne t'a jamais quitté depuis ton adolescence. Te voilà dans une actualité d'artiste pédagogue à Paris : « L'amour dans tous ses états » au Théâtre du Feu de la Rampe jusqu'au 20 avril.
Tu débusques de façon ludique les difficultés, les drames dans le couple, mais voilà comment
vivre la tendresse au sein du couple ?

GC : C'est un couple qui choisit la guerre à cause de ses blessures. Chacun des protagonistes attend beaucoup de l'autre, et chacun est déçu.
Moi au début j'interviens entre les scènes pour éclaircir et expliquer : quelle est la nature de leur attachement, quelles sont les blessures de fond, et peu à peu je suis happé par le couple et je les retrouve dans mon cabinet.
On joue aussi avec la salle, j'amène les spectateurs dans mon groupe de thérapie.
La salle nous souffle ce qui se passe chez lui, chez elle, ce que le couple est incapable de dire... Et les acteurs reprennent cela. C'est génial, je le fais pour la simple joie de le faire, pour trépigner comme un enfant qui s'apprête à jouer, je suis juste heureux de faire ça.
Au fond, je suis un psy et j'ai passé une grande partie de ma vie à expliquer les choses.
Je trouvais que la partie de moi-même qui avait besoin de s'exprimer sans s'expliquer avait besoin de vivre : la poésie, la chanson, le théâtre, me permettent une intensité, et je trouve cela extraordinaire.
Et comme maintenant je suis vieux, je me dis je vais prendre ma retraite pour faire uniquement des choses que j'aime donc je continue à faire ce que je faisais et je rajoute le théâtre !

source : magazine "soleil levant"

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dimanche 21 juin 2015

L'humilité avec Philippe Mac Leod

Descendre. Descendre encore. Toujours descendre, car c’est par le fond qu’on grandit. Non plus en se hissant, mais par le bas, en descendant toujours plus loin à l’intérieur de soi, vers le centre, vers le fond, et en se délestant, en se désappropriant à mesure que s’effectue cette descente. L’humilité nous conduit tout droit à la racine de l’être : elle est le chemin de l’intériorité, elle replace tout à la lumière de cette dimension qui nous rend à la vérité de notre être le plus profond. C’est pour cela qu’elle seule nous mène à Dieu, parce que Dieu est intérieur à l’homme, et qu’il n’envahit l’existence qu’à partir d’un point de rayonnement. La source intérieure ne pourra que déborder. Mais il nous faut d’abord la rejoindre, nous y aboucher, rétablir la jonction.

L’humilité n’advient qu’à partir du moment où je cesse d’exister par rapport à une image. L’homme spirituel peut alors se manifester, l’homme humble, l’homme vrai, tellement vrai qu’au milieu du paraître généralisé il en devient extraordinaire. L’humilité se reconnaît à cette sorte de grandeur inversée, comme une respiration secrète, l’équilibre de l’homme qui toujours reprend appui sur ce fond de lui-même où il est seul avec son Dieu, au moyeu, au centre du centre.

Dans l’exemple comme dans l’enseignement que nous laisse le Christ, il y a toujours un saut qualitatif à opérer. Ainsi, on comprendra mal l’humilité du Fils de Dieu si on ne la replace pas sur son axe véritable, qui est le plus haut vers le plus bas, le plus haut pour le plus bas, pour le relier, ou le rallier, qui est le sens véritable de la réconciliation. Et le disciple ne fera pas autrement. Il sera d’une exigence sans pareille dans sa vie spirituelle : il puisera au plus haut, au plus loin, afin de nourrir jusqu’aux plus petits d’entre ses frères – comme la source pure, qui nous vient des sommets inaccessibles pour irriguer les vastes plaines, en sachant qu’il faut travailler longtemps en amont pour transmettre peu, un peu qui doit être d’une qualité rare, la perte inévitable tenant à la transformation nécessaire d’un vécu propre en nourriture assimilable par le plus grand nombre. 
L’humilité ne se mesure pas à son point d’arrivée, mais à son point d’origine. L’humilité n’a donc pas grand-chose à voir avec la modestie, toujours un peu à l’étroit. Ample et profond à la fois, le mot lui-même déploie un équilibre si noble, si large dans sa simplicité. Toute la terre en lui se rassemble, toute l’humanité mêlée à cette terre qui la porte et qu’elle porte en elle. Humilité aux sonorités assourdies, qui collent au sol comme des marches à descendre…

Il n’y a que l’amour qui puisse s’abaisser avec tant de grâce, car l’humilité ne réside pas dans la petitesse de nos aspirations, la pâleur de nos ambitions, une médiocrité de fait à laquelle il faudrait nous accommoder par la force des choses. C’est parce que nous avons le sens de la grandeur, c’est parce que nous sommes habités par la sainteté, que nous ressentons notre petitesse. Et nous nous reconnaissons d’autant mieux petits qu’au plus profond nous sommes grands. Telle est la leçon de Bernadette à Lourdes, qui avait une idée trop haute de l’exigence évangélique pour se laisser prendre aux mirages de l’élection. Les apparitions ne lui octroient aucun privilège. Au contraire, à la lumière de leur grâce elle mesure mieux la distance qui lui reste à parcourir. Elle cheminera comme les autres, mais dans une clarté qui seule fait la sainteté.



lundi 30 mars 2015

Il faut appeler un chat, un chat ! témoignage d'Etienne


« Il faut appeler un chat, un chat, Madame, vous avez un cancer, c’est un sarcome ! » Nous étions tous les 4 réunis, Maryse, ma femme, nos deux enfants et moi-même, dans ce petit bureau étriqué du chirurgien quand cette nouvelle nous fut annoncée ainsi. Je me suis empressé quelques instants plus tard pour le rencontrer seul à seul ! Sa réponse à ma question fut implacable : «Je vous l’ai dit Monsieur, c’est sérieux, très sérieux ! » Maryse, ma femme, la mère de mes enfants, pouvait donc mourir. Devant ce fait et pour la première fois de ma vie, je voyais, je reconnaissais qu’elle était le centre, l'axe, le pilier de ma famille, et qu’elle m’était indispensable.

Le débrouillard, le magouilleur, le grand sauveur du monde qui donne le change, laissait soudain la place à ma vérité traumatique profonde : « un bon à rien, incapable d’aider ».
Je comprenais humblement en cet instant qu’un conjoint pouvait quitter, abandonner son foyer, sa famille, ses proches, tant la peur de la mort devant le non-sens de la vie engendrait une douleur insupportable.
Impuissant, face à moi-même, je me suis posé cette question : « Que puis-je faire, que dois-je faire ? » La réponse fut courte et simple : « Fais ce que tu as à faire et fais-le au mieux ! »

Trois mois avant cet événement, j'avais déposé le bilan de mon entreprise. Avec quelques réserves financières, j’avais donc tout mon temps pour me consacrer à cette nouvelle vie. Ainsi, malgré tout, la vie semble bien faite, comme si elle m’attendait !

Je me suis alors investi dans cette injonction : faire les courses, la vaisselle, le ménage, répondre au téléphone et rassurer mes enfants, ouvrir la porte aux infirmières, appeler le médecin, parfois dans l’urgence, préparer les repas de Maryse, les monter dans sa chambre, l'accompagner, sans rien dire, sans rien faire, juste être présent physiquement.

Chaque matin, dans la simplicité, je savais scrupuleusement ce que j’avais à faire avec ces cinq mots d’ordre : « tu le fais au mieux ». Souvent le soir, j’avais juste le goût d'avoir fait mon devoir, ni plus, ni moins. Pourtant, je dois en convenir, extérieurement rien ne ressemblait à un millimètre d’exploit.

Dans le cœur de cette expérience, je porte un souvenir inoubliable : avec la chimiothérapie, Maryse avait encore enduré une dure nuit, elle avait beaucoup vomi et ce matin elle était au comble de la douleur physique et des autres auxquelles je n’ai pas eu accès. Elle n’en pouvait plus et elle voulait mourir, elle me le dit ! La colère m’envahit, je lève les yeux au ciel, et intérieurement je lui crie : « Que veux-tu ? Qu’est-ce que je peux faire ? » La réponse ne tarde pas, c’est Maryse qui me la donne :

« Etienne, j’ai soif, donne-moi un verre d’eau s’il te plaît ».

J ai choisi le verre qu’elle aimait, mis la grenadine en prenant soin de la bonne dose selon son goût, rempli d'eau à la bonne hauteur, j’ai aussi mis beaucoup de glaçons comme elle aimait. Je 1'ai vue se délecter de cette boisson. Dans un profond soupir de soulagement, elle m a dit : « C’est bon ! » Curieusement, je ne sais même plus si les détails de cette histoire sont bien réels, mais une chose est certaine, j’ai vécu ce moment d’amour, hors du temps, avec un simple verre d’eau.

Je retiens de cette petite histoire, le sens vécu du mot « humilité » : ne pas être ni au-dessus, ni au-dessous de ce que l’on est, mais être à ma place. Peu importe ce que la vie me demande, si je regarde bien, si j’écoute bien, sans jugement, je sais exactement ce que la vie me veut. À croire qu’il faut être confronté à la mort pour voir l’ici et maintenant de notre vie, seul lieu de la vraie vie, celle qui donne l’amour.



(source : magazine Reflets)

mardi 10 février 2015

Conscience d'humilité avec Clotilde Courau


Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.

 Sénèque 



 « Cette phrase m'accompagne, au quotidien, depuis des années. Elle m’aide à entreprendre chaque journée comme un cadeau, comme une aventure. Y aller, avec plaisir, avec envie, intensément. Elle m’aide, aussi, à relativiser ce qui peut m'arriver et à ne pas trop me prendre au sérieux. Je ne sais pas exactement ce que Sénèque entendait par "bien vivre", mais j'ai tendance à traduire : “Hâte-toi de vivre", tout simplement.

Ce qui, pour moi, est un appel urgent à revenir à ce que je suis et vis ici et maintenant, sans songer au passé ni me préoccuper du futur. Une manière de contrer cette façon que j'ai, comme tout le monde, de fuir la réalité présente. Et puis, prendre conscience, grâce à cette phrase, que vivre le temps présent est une chose particulièrement difficile constitue, à mes yeux, une merveilleuse leçon d’humilité. » 

Sénèque : Philosophe romain (v. 4av. J.-C.-65apr.J.-C). 
Cette citation est extraite des Lettres à Lucilius (Mille et une Nuits, “La Petite Collection”, 2002).



vendredi 14 mars 2014

Pierre Rabhi nous accueille chez lui


L'invité de France Inter : Pierre Rabhi
(11 min.)
 

Son « mouvement des oasis en tous lieux » a donné naissance à des oasis réelles, dont l’association Terre et humanisme est le principal fer de lance. Ce « pape » des révoltés de la société de consommation nous a reçu chez lui, en Ardèche. En le voyant déambuler dans son jardin et s’émerveiller face à la nature, on comprend mieux le personnage.


dimanche 17 mars 2013

Une cure contre le narcissisme

Utiliser les critiques comme un enseignement

Le grand maître spirituel tibétain Dilgo Khyentsé Rinpotché (1910-1991) enseignait souvent comment utiliser les critiques dont on peut être l’objet pour progresser sur le chemin spirituel, au lieu d’être blessé dans son amour-propre.

 « Si l’on vous critique, saisissez cette occasion pour reconnaître vos fautes cachées et être plus humble. Les critiques sont comme des maîtres, car elles détruisent votre attachement et votre orgueil. Si vous savez les intégrer à la voie, elles stimuleront votre pratique et renforceront votre discipline. Comment, alors, ne pas remercier leur auteur pour la faveur qu’il vous a faite ? La joie et la souffrance causées par les louanges et les blâmes sont éphémères. Quand on vous fait des compliments, ne vous laissez pas envahir par la fierté ; dites-vous que ce sont des paroles entendues en rêve ou simplement l’effet de votre imagination.
Ou bien pensez que ce n’est pas de vous que l’on fait l’éloge, mais des qualités que vous avez acquises grâce à la pratique spirituelle. En vérité, les seuls individus réellement dignes d’éloge sont les êtres sublimes qui ont atteint la libération.

Lorsqu’on est imbu de sa propre supériorité et que l’on ne supporte pas la moindre contrariété, on ne peut jamais devenir un pratiquant authentique. Quand on pointe nos défauts, nous nous irritons, même contre nos propres parents ou nos maîtres. Si en revanche on nous flatte en nous attribuant des qualités que nous n’avons pas, nous sommes ravis. Selon le dicton : « Ceux qui abondent toujours dans notre sens caressent notre orgueil, mais ne nous aident pas à développer nos qualités spirituelles. »

En revanche, ceux qui mettent nos défauts en lumière et nous montrent comment les corriger sont d’une aide précieuse. C’est en fondant et en martelant l’or qu’on le raffine. De même, c’est en prenant conscience de nos incohérences et en appliquant les instructions d’un vrai maître que nous finirons par transformer nos faiblesses et nos mauvaises habitudes en auxiliaires sur la voie de l’Éveil.

Une fois le fauteur de trouble identifié et appréhendé, la paix revient au village. De même, quand un maître bienveillant révèle nos défauts et nous permet ainsi de les reconnaître, il nous donne la possibilité de nous en débarrasser pour que la paix revienne dans notre esprit. Le vrai maître spirituel est celui qui nous parle de façon directe en mettant le doigt sur le moindre de nos travers pour nous mettre sur la bonne voie. »


source : blog de Matthieu Ricard (juillet 2012)

samedi 6 octobre 2012

Etre vrai avec Alexandre Jollien (6)



6 - Ne pas prétendre maîtriser la vie 

 Ce qui contrarie le plus l’humilité ce n’est pas la connaissance de ses compétences, ni de ses talents comme dit l’Évangile, mais c’est la prétention. Quand je prétends maîtriser la vie, ou vouloir changer l’autre, je m’éloigne de la terre. 

Il me plaît que le mot « humilité » contienne la racine humus, la terre, qui nous rapproche aussi de l’humour. L’humour peut facilement – enfin, quand il ne consiste pas à se moquer de l’autre – nous rapprocher de la terre, de ce que nous sommes vraiment. Un auteur anglais a dit : « Les commodités, les toilettes, c’est le lieu pour apprendre l’humilité. » 

L’humilité, c’est être juste à sa place. Elle se conjugue également, comme pour Spinoza, avec un acquiescement total à soi. Celui qui se dénigre va mendier à l’extérieur l’acquiescement, le bonheur, le plaisir, la joie d’être. Tandis que l’humble, parce qu’il « colle » à la réalité, n’a pas besoin d’importer le bonheur. Le suffisant et celui qui se dénigre sont loin de l’humilité. Le premier se coupe du monde en ne comptant que sur lui-même. Le second se coupe de lui-même en ne comptant que sur les autres.

Ce qui m’aide à m’approcher peu ou prou de l’humilité, c’est la consigne d’Épicure qui disait en substance que quand un autre nous critique, c’est un gain plus qu’une perte. J’aime l’idée que l’humilité, ce n’est pas se formaliser des remarques des autres, mais juste être en accord total avec la réalité du moment. Je ne suis pas ce que j’étais hier, je ne suis pas ce que je serai demain, je suis humblement ce que je suis ici et maintenant. Être humblement, là, signifie totalement, pleinement, joyeusement.


Source : La Vie magazine

vendredi 7 septembre 2012

Oser l'humilité (5)

Cinquième règle : Oser l'humilité

«Soyez toujours un débutant. » 
Shunryu Suzuki, fondateur de monastère zen aux Etats-Unis

Le bénéfice : 
adopter la posture du débutant permet de sortir des jeux de rôle de l'ego – imposés ou choisis –, d'évoluer dans la connaissance de soi et des autres, de ne pas s'accrocher à des croyances erronées ou limitantes et de se rendre disponible aux opportunités que la vie nous envoie. Sortir de la toute-puissance du « moi je » nous déleste d'un poids considérable et rend également les relations avec les autres plus fluides et plus authentiques. Dernier bénéfice de l'humilité : elle favorise la prise de conscience des principes d'impermanence de toutes choses et d'interdépendance entre les êtres.

La pratique : 
accueillir la critique, argumentée et respectueuse, et examiner ses actes, ses choix, son comporte-ment par son filtre. Elle entraîne une remise en question, facteur de progrès. Oser dire simplement «je ne sais pas » lorsque c'est le cas, sans se justifier. Demander de l'aide, des conseils à son entourage privé ou professionnel, établir des relations égalitaires et enrichissantes. Reconnaître ses erreurs, ses fautes, savoir s'excuser ou demander pardon.

lundi 9 avril 2012

Un humble témoignage... sur l'humilité.

« Je ne pense jamais que je suis humble ! C’est plutôt après coup quand je mesure combien j’ai été orgueilleux, que je pense à l’humilité ! Je ne prétendrai jamais non plus que les retraites de rue que nous faisons nous font vivre comme des SDF ! Car nous, en nous plongeant dans cette expérience, nous savons que notre situation ne va pas durer et qu’après trois nuits à dormir sur les trottoirs, ce sera terminé, ce qui change forcément les choses ! Par contre, déambuler sans but précis dans la ville, devoir chercher des toilettes, mendier, rester sale… Tout ce désœuvrement fait naître un état de vulnérabilité, proche de l’humilité. Celle-ci s’atteint quand on ne cherche plus à paraître, alors elle apporte une sensation de liberté intérieure.


Distribuer des repas ne rend pas plus humble non plus, et on peut même parfois faire ça par orgueil, mais, touché par la détresse de l’autre, on reconnaît une partie blessée de soi en son prochain. On y lit sa propre précarité, aussi cela donne envie de donner et de partager.
Et puis, il y a cet état qui s’atteint grâce à la méditation (ndlr : il enseigne le zen). Lorsqu’il faut s’ouvrir pleinement à l’instant présent, lorsqu’on lâche prise de ses idées, pensées, jugements et identifications,on “enlève des couches” et on touche à un intime de soi qui est plus intime que son souffle lui-même. Je crois que c’est saint Augustin qui définissait Dieu comme “l’Intime, plus intime que l’intime de moi-même”. Pour moi, c’est réellement cela l’expérience de l’humilité. »


Michel Dubois
fondateur d'une association pour les SDF

(source : La Vie