jeudi 30 avril 2015

Sur les pas sages de Sarah Marquis


Sarah Marquis : une marcheuse de l'instant
(10 min.)
extraits de l'émission de Marie Pierre Planchon "Partir avec"

"Je suis arrivée dans un endroit à 2.000 kilomètres à l’ouest d’Alice Springs où j’ai été récupérée par une tribu d’aborigènes. J’ai vécu avec eux pendant un certain temps. Lorsque j’ai quitté cette tribu, leur vie en relation avec la nature était tellement harmonieuse que je me suis dit soit je reste et je vis pleinement cette vie, soit je pars et j’en parle, ma mission est d’être ce petit pont entre la nature et les humains."










mercredi 29 avril 2015

Retour sur investissement...


Chaque action à un impact... tout aller à un retour...



et aussi (attention à vos âmes sensibles)





mardi 28 avril 2015

Envie de parler ?


« Tant que le langage vous est nécessaire pour communiquer avec autrui, employez-le, mais très parcimonieusement. 

Ecoutez ce que les gens vous disent et ne répondez que lorsque c’est nécessaire, par quelques mots, à dose homéopathique. Vous savez bien que là où les médicaments allopathiques, à fortes doses, restent sans effet, quelques gouttes minuscules produisent parfois des effets miraculeux ! 

Les gens ne parlent que pour faire étalage de leur supériorité, de leur érudition et de leur habileté dans la discussion. Mais l’action est plus puissante que les mots. La valeur d’un homme ne se mesure pas au volume ou à la force des arguments qu’il peut présenter. 

Argumentez en vous-même, dans l’introspection, et maîtrisez vos passions ; alors vous constaterez bientôt que l’envie de parler a presque disparu. » 

 Mâ Ananda Moyî (1896-1982)

dimanche 26 avril 2015

Pour un proche en danger de mort : Etre à l'écoute ... par Marie de Hennezel

Comment se situer? Respecter le déni quand il se manifeste? Sans doute la meilleure manière d’être consiste-t-elle à être présent à ce que l’autre vit et à l’écouter. Le laisser parler de ce qui se passe en lui.

L'annonce du cancer est toujours un choc. Pour le malade, pour ses proches. Car le mot même véhicule une menace. On sait qu’une partie des cancers se guérissent, mais il y a tous ceux qui mènent inéluctablement vers la mort.

Cette menace, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête d’un être qu’on aime, déclenche toute une cascade d’émotions, qui ont été répertoriées depuis longtemps. Tout le monde, ou presque, a entendu parler des étapes par lesquelles passent la personne atteinte d’une maladie grave et ses proches : la sidération, le déni, la colère ou la révolte, le marchandage, la dépression, et enfin la résignation ou parfois l’acceptation. 
C’est la psychiatre américaine, aujourd’hui décédée, Elisabeth Kübler-Ross, qui les avait observées quand elle était au chevet de ses patients cancéreux. Connaître le processus par lequel passe notre proche malade aide à l’accompagner. Respecter le déni quand il se manifeste, car il est une manière de se défendre d’une réalité trop difficile à accepter. Combien de personnes n’arrivent pas à croire à ce qui leur arrive ! Il y a dans le déni une force qui aide à vivre pendant un temps. On croit que ce n’est pas si grave, et que l’on va s’en sortir. Pour les proches, qui connaissent le dossier et auquel le médecin a parlé franchement, c’est assez difficile de faire face à ce mode de défense. Comment se situer? Ne va-t-on pas entrer dans une comédie du mensonge en faisant comme si ce n’était pas grave? Est-on en droit de confronter l’autre à une réalité qu’il ne veut pas voir?

RESPECTER CE QUI NOUS PARAÎT ILLUSOIRE

Sans doute la meilleure manière d’être consiste-t-elle à être présent à ce que l’autre vit et à l’écouter. Le laisser parler de ce qui se passe en lui. S’il est animé par un faux espoir, se dire qu'il a besoin de cela pour avancer. Respecter, mais ne pas alimenter ce qui nous paraît illusoire. Je me souviens d’une patiente en phase terminale d’un cancer qui ne cessait de parler du jour où elle irait mieux et des rêves qu’elle faisait pour son rétablissement. J’avais conseillé aux proches de lui dire qu’ils étaient heureux de la voir ainsi pleine d’énergie et si vivante. Ce n’est pas mentir que de soutenir la pulsion de vie de celui qui, pourtant, est aux portes de la mort. Et puis, un soir, elle s’est mise à pleurer. Son mari était près d’elle. Elle lui a dit qu’elle était foutue. Il ne l’a pas contredite. Il l’a prise dans ses bras, et lui a dit qu’il l’aimait. C’était bien. C’était suffisant. Le fait de manifester son amour et sa présence l’a infiniment mieux rassurée que s’il lui avait dit : « Qu’est-ce que tu racontes? »

Il arrive que la personne gravement malade demande combien de temps il lui reste à vivre. Personne ne peut répondre à une telle question, car le mystère des corps est entier. Mais on peut dire : « Ton état est grave, mais le temps qui te reste à vivre t’appartient. Qu’est-ce qui est important pour toi pour le temps qu’il te reste? »

Parfois, la personne peut demander qu’on mette fin à sa vie. C’est une demande qu’il faut écouter. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille accéder à la demande, car celle-ci masque la plupart du temps une souffrance insuffisamment soulagée, ou bien une question existentielle: est-ce que ma maladie ou mon agonie ne sont pas trop lourdes à porter pour vous, qui m’accompagnez? Tant de personnes gravement malades ont le souci de ne pas peser trop lourd sur leurs proches. Aider dans ce cas, c'est savoir dire à l’autre tout ce que cet accompagnement nous apporte, sur le plan affectif, sur le plan personnel.

LA PRÉSENCE EST TOUT CE QUE NOUS POUVONS DONNER

Accompagner un être cher qui va bientôt partir et nous manquer est une expérience irremplaçable. Tant de mots que l’on n’a pas su dire qui viennent aux lèvres! Tant de gestes spontanés d’affection! Tout cela donne du sens à ce temps qui précède la mort, et dont on pense à tort qu’il est inutile et pénible.
Et puis, il faut savoir dire au revoir. Je me suis souvent demandée pourquoi tant de personnes en agonie restaient suspendues entre la vie et la mort, dans un coma léger. Elles semblaient attendre quelque chose : un mot, un geste, une visite qui les libèrent et leur permettent de mourir. C’est pourquoi il ne faut pas avoir peur de parler à celui qui semble dormir et ne pas être là. Car nous ne savons pas vraiment ce qui se passe dans les tréfonds de l’être qui dort.
J'ai vécu trop d’expériences qui m’ont prouvé que le caractère affectif des mots et des gestes était reçu, pour ne pas encourager tout proche à laisser parler son cœur et faire ce qu’il sent devoir faire en son âme et conscience.
Je me souviens même d’avoir poussé une femme qui avait envie de monter dans le lit où sa sœur était en train de mourir, à suivre son intuition. Elle s’est allongée dans le dos de sa sœur et l’a entourée de ses bras. La femme qui était en train de mourir et semblait manifestement angoissée s’est immédiatement apaisée. La présence physique, corporelle, tactile, est un outil merveilleux. On sait qu elle constitue comme une deuxième peau qui entoure l’être angoissé d’une coque protectrice. La présence est tout ce que nous pouvons donner. C'est à la fois peu et beaucoup.


source : la belle revue "Reflets n°15"

Marie de Hennezel est psychologue, psychothérapeute et écrivaine. Elle a travaillé pendant dix ans dans la première unité de soins palliatifs de France, créée en 1987 à l’Hôpital international de la Cité Universitaire de Paris. Elle relate de l’expérience acquise dans ce service, dans son ouvrage La mort intime, éd. R. Laffont, préfacé par François Mitterand, quelques mois avant sa mort. Marie de Hennezel anime des séminaires de formation à l’accompagnement des mourants.


Les enfants ont une façon d'accepter les gens tels qu'ils sont, sans préjugés, sans peur, pourvu qu'ils se sentent en sécurité. Ils font vite confiance s'ils se sentent en confiance. 
Les enfants ont ce mystérieux pouvoir de renverser les barrières intérieures qui nous empêchent d'être ouverts à des gens d'autres cultures; ils nous appellent à prêter attention à l'enfant qui est en nous. 

 Jean Vanier, 
Recherche la paix

samedi 25 avril 2015

Voyage vers le changement avec Bertrand Piccard (2)


Deuxième parte : lâcher du lest... 
perdre le contrôle
(18 min.)


 

« Notre peur viscérale du doute et de l’inconnu est à l’origine de la plupart de nos problèmes »


vendredi 24 avril 2015

Voyage vers le changement avec Bertrand Piccard (1)


Première Partie : Bertrand Piccard et le changement intérieur
(14 min.)


Êtes‑ vous dans un état d’invulnérabilité, protégé par vos convictions et par vos certitudes ? Vous efforcez‑ vous de n’être touché par rien, afin d’éviter cette fragilité apparente qu’engendre la sensibilité ? Ou alors acceptez‑ vous la faille qui permet à la remise en question de s’insinuer en vous et de faire son œuvre bienfaisante en profondeur ?


source : émission de Marie Pierre Planchon sur Francer Inter, Partir avec...

jeudi 23 avril 2015

Exploration intérieure avec Bertrand Piccard


« Au lieu d’être conditionnés dans des certitudes, 
il faudrait saisir qu’il existe des milliers de manières de penser, de réalités différentes. (…)
Nous apprenons à nous comporter comme si tout dépendait de nous seuls. 
Cela fait abstraction de l’imprédictibilité de la vie. »




Le lâcher-prise est souvent mal interprété. 
On croit qu'il s'agit de tout abandonner : notre travail, notre famille, notre maison. 
Alors qu'il faut lâcher prise de nos certitudes. 
La vie, c'est complètement autre chose que ce que l'on croit. 
Parce que, par définition, on ne peut pas tout comprendre. 
Pour lâcher prise, il faut aussi cesser de résister au changement. 
Il nous est impossible d'avoir un contrôle permanent sur tout. 
Et finalement, lâcher prise, c'est aussi se demander de quoi je suis capable intérieurement, 
au-delà du conditionnement et des automatismes qui me maintiennent prisonnier 
des vieilles manières de penser.


mercredi 22 avril 2015

Comment lâcher du lest ? par Bertrand Piccard


Pour augmenter notre liberté dans les vents de la vie, nous devons être capables de sortir des situations qui nous emprisonnent. Comme un pilote de ballon qui changerait d’altitude en vue de trouver une meilleure trajectoire. Pour y parvenir, nous devons lâcher du lest, nous débarrasser des croyances et autres certitudes qui nous alourdissent. Très concrètement, cela signifie d’envisager de nous comporter à l’inverse de ce que nous avons toujours fait, de devenir les pionniers de nos vies, pour remettre sans cesse en question notre façon de penser et de réagir.

Changer ce qui peut l’être

Malgré les apparences, la vie est loin d’être binaire et ne se résume pas à ce que l’on peut ou non contrôler, ni aux situations que l’on doit accepter ou refuser. Si c’était le cas, nous aurions bien peu de perspectives d’évolution. L’existence en deux dimensions nous laisse certes la possibilité de choix, mais nous sommes en réalité beaucoup plus libres que cela dans les vents de la vie. Pourquoi ? Parce qu’il existe heureusement une troisième dimension.

Le vol en ballon nous montre comment en profiter. Il est évident que le pilote ne peut pas modifier la force ni la direction du vent et qu’il se trouve en ce sens prisonnier des éléments. Mais il peut changer et contrôler très précisément un autre paramètre, je veux parler de son altitude. C’est de cette manière qu’il parvient à se diriger. L’atmosphère est constituée de couches météorologiques distinctes dans lesquelles les vents ont une vitesse et surtout une direction différentes à chaque altitude. Cela signifie que le pilote, dès que sa trajectoire ne lui convient plus, modifie son niveau de vol pour trouver des courants qui le feront tourner à gauche ou à droite. C’est dans les faits sa seule liberté, son unique responsabilité : changer d’altitude pour changer de direction.

Voilà ce que nous devrions appliquer dans les vents de la vie lorsque la situation n’est exploitable ni en l’acceptant, ni en la refusant. Plutôt que de nous battre horizontalement pour aller à gauche ou à droite, nous devons changer d’altitude pour prendre un autre vent qui nous emmènera dans une autre direction.

En ce sens, la vie est un grand vol en ballon. Nous sommes bien souvent prisonniers des éléments qui nous emmènent sur des chemins qui ne nous plaisent pas. Nous pouvons certes nous lamenter et tenter de résister, mais ce ne sera que pour souffrir davantage. Notre responsabilité, notre libre arbitre consiste essentiellement, comme pour l’aéronaute, à changer de niveau.

Nous devons trouver le moyen d’améliorer notre altitude dans tous les domaines de l’existence : éducation, apprentissage, profession, relation aux autres et à nous-mêmes ; changer de niveau socialement, psychologiquement, philosophiquement et bien sûr spirituellement, afin de capter des idées neuves, nous ouvrir à d’autres influences, d’autres solutions, réponses et stratégies, d’autres visions du monde, qui modifieront notre direction et nous aideront à modifier le cours de notre existence.
Nous ne changerons jamais la direction des courants aériens ni celle des vents de la vie, mais nous pouvons à chaque instant changer d’altitude pour nous en libérer et trouver une meilleure trajectoire. Changer de niveau de compréhension afin de dépasser nos peurs, afin de découvrir d’autres façons de penser et de se comporter, d’autres explications, d’autres manières de percevoir la cause et même le sens de ce qui nous arrive. Comprendre ce que nous avons à faire de notre passage sur Terre.

Quand on pense à toute l’énergie gaspillée à convaincre les autres qu’ils ont tort, plutôt que d’essayer d’utiliser leurs idées pour enrichir notre propre expérience ! Le changement d’altitude vers le haut, c’est toute l’ouverture à d’autres stratégies, à d’autres manières de faire, c’est cette possibilité de remettre en question nos certitudes, de nous affranchir de notre peur de l’inconnu, pour nous ouvrir au monde qui nous entoure.

Il y a tellement de situations où une transformation de notre point de vue permettrait cette compréhension de nous-mêmes, des autres et de la vie, porteuse de liberté intérieure.

Lâcher du lest

Se contenter de dire qu’il faut changer d’altitude dans les vents de la vie pour acquérir une autre vision du monde resterait une simple métaphore poétique si nous n’en faisions pas quelque chose de tangible. C’est d’outils concrets dont nous avons besoin. Pour cela, il nous faut comprendre comment fonctionne un ballon.

Un aérostat est en équilibre lorsque la portance de son enveloppe de gaz (plus léger que l’air ambiant) compense son poids. Toute augmentation de poids le fera descendre et tout allègement, monter.

Dès le décollage, pour prendre de l’altitude, le pilote devra lâcher du lest.

Extrait du livre de Bertrand PICCARD : « Changer d’altitude », 
pages 81 à 83 (Editions HACHETTE, préface de Matthieu RICARD).


lundi 20 avril 2015

Marie Madeleine, un modèle de Jacqueline Kelen


Jacqueline Kelen et Marie Madeleine



Si vous le pouvez, je vous conseille la rencontre suivante en Belgique.
Un accueil de grande qualité qui nous propose des dégustations inoubliables...

Rencontre avec Jacqueline Kelen les 9 et 10 mai , à l'Hôtel "Les Roses" à Libin

A travers ses nombreuses publications, Jacqueline Kelen nous trace à chaque fois un chemin de lumière, d'espérance et nous ramène sans y toucher vers l'Essentiel. Dépasser le matérialisme ambiant, nourrir son âme des délices d'une quête toute personnelle dans une grande liberté. Telle est la fenêtre que nous ouvre Jacqueline Kelen sur l'espace précieux et infini de notre âme. Chercheurs de lumière , philosophes, poètes , ou" vous" tout simplement, rejoignez-nous le temps d'un week-end pour amarrer en votre terre sainte, en votre espace sacré.

La formatrice : Jacqueline Kelen 
Jacqueline est écrivain. Elle a suivi des études supérieures de lettres classiques et été également pendant vingt ans productrice d'émissions à France Culture.Dans ses nombreux livres et au cours de ses séminaires, elle dévoile la connaissance spirituelle que transmettent les mythes et explore les richesses de la vie intérieure.

Elle a publié, entre autres : Marie Madeleine, Un amour infini (Albin Michel), L'Eternel masculin (Robert Laffont), L'Esprit de solitude (Albin Michel), Divine Blessure ( Albin Michel), Le livre des louanges (Albin Michel), Un chemin d'ambroisie ( la Table Ronde), Hadewijch d' Anvers (Albin Michel), Bréviaire du colimaçon (Desclée de Brouwer) Passage de la Fée, la légende de Mélusine (Desclée de Brouwer).

Programme : Tout ce qui en nous demande à fleurir 
Indispensable et insaisissable, la beauté nourrit l’âme et la réjouit. Elle inspire la création artistique et mène à la contemplation, tout en creusant un infini désir.

Est-elle d’ici, est-elle d’ailleurs ? Et à quelle profondeur nous entraîne-t-elle ? La rencontre s’organisera autour de trois récits : 
 - L’aventure du jeune Narcisse qui, se mirant dans une source, a la révélation d’une beauté éternelle dont il ne peut se détacher.
- Le libre biblique de Daniel qui met en scène une femme innocente et belle, Suzanne, aux prises avec la convoitise puis avec la calomnie de deux hommes qui veulent sa mort.
-Le conte de « la Belle et la Bête », écrit par Madame de Villeneuve en 1740, dans lequel la beauté intérieure du monstre se trouve voilée par les apparences avant d’être révélée par l’amour.

Nous aborderons également le lien qui se tisse entre la beauté du monde et la beauté du Divin, en évoquant divers mystiques d’Orient et d’Occident. En ce joli mois de mai, ce stage est une invitation à faire fleurir notre jardin intérieur.
Avec toute mon amitié et au plaisir de vous revoir tous les deux très bientôt,

Marie-Catherine Stine


Le vêtement du "moi"




source : L'arbre à lettres

dimanche 19 avril 2015

Une vie de prière avec Philippe Mac Leod


« La vie de prière nourrit mon écriture. Quand je travaille à un texte, j'invite le lecteur à entrer dans ce mouvement, dans cette intériorité. Dans mon nouveau livre, «Les Signes de Lourdes, un chemin d'universalité» (éditions Bayard), je souhaite apporter une bouffée d'air que le message donné par Marie à Bernadette Soubirous contient en lui-même. Il faut se mettre à l'école du lieu, rejoindre la source jaillissante, revenir à cette jeunesse du cœur qui se révèle dans la pureté de l'Immaculée».

« Toute la Création est invitée à nous délivrer un sens et un chemin spirituel qui n'est pas séparé de la vie. Souvent, on comprend la spiritualité comme étant opposée à la nature ; en réalité, elle la prolonge. Lourdes nous renvoie à la pureté et la clarté de la source, que l'on retrouve dans notre baptême».

source : La Depeche

samedi 18 avril 2015

La phrase qui guide avec Yael Naim

"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, 
sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots."
Martin Luther King

J'ai grandi avec différentes formes de peurs : familiales, culturelles personnelles... N’acceptant pas de vivre dans cette peur, j'ai tenté de garder l'esprit ouvert dans mes rencontres, dans mes voyages, dans ma vie quotidienne. j'ai vu que considérer tout être humain comme un frère permet d'accéder à son ressenti. J ai toujours éprouvé plus de curiosité pour ce qui nous lie plutôt que pour ce qui nous sépare. Malgré les apparences, nous ne sommes qu'une et unique force, à nous d'en prendre conscience. Lorsque nous sommes indifférents à l'autre, lorsque nous acceptons sa souffrance, sa solitude, nous brisons ce qui nous relie ; nous enfantons de la frustration, des raisons de se battre, et nous mourons stupides et seuls. Notre société ne peut continuer à détourner le regard ; le risque de s'illusionner est immense ; la dette laissée à nos enfants, inexcusable. 

Yael Naim,
auteure, compositrice et interpréte,
vient de sortir un nouvel album,
Older (Tot ou tard, 2015).






jeudi 16 avril 2015

Le cancer, une excroissance pour croître intérieurement par Christian Rœsch (2)


LA VRAIE GUÉRISON: AIMER LE CRISEUX

D’un côté, maîtrise de la technique, de l’autre maîtrise de l’intériorité.
Mais quel était le but de l’épreuve du cancer pour ma vie?
J’ai mis du temps à le comprendre et encore je n’ai pas le sentiment d’avoir tout compris.
D’abord pourquoi ce cancer, dans cette localisation à la jonction œsophage-estomac?
Classiquement, on relie ce cancer à des problèmes alimentaires. Normal, Sauf que mon alimentation a toujours été de bonne qualité (mes parents tenaient un magasin de diététique comme on disait à l’époque). Je vis depuis longtemps à la campagne, dans un environnement sain. Je n’étais pas particulièrement « stressé », pratiquant régulièrement l’immobilité silencieuse depuis de nombreuses années.

Donc l’influence extérieure n’était pas la bonne piste.
J’avais observé que l'axe transversal dorso-thoracique au niveau du cardia était une zone de faiblesse liée à mon histoire la plus ancienne. Mais qu'en dire de plus?
Enfin, j’ai fini par comprendre que ce cancer était le résultat de mon comportement ordinaire.
Quand on me dit quelque chose de désagréable, quand on me fait quelque chose qui me contrarie, je le rumine. Les agacements restent en travers de la gorge. Les déplaisirs me rester l’estomac. Ceci provoque une acidité qui remonte. Jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter. Alors la réaction à ces agacements sort violemment, en crise, pour évacuer. Forcément, en me fâchant durement contre l’entourage. Puis le calme revient et le processus recommence. À la longue, mon aigreur de la vie a entamé le tissu œsophagien.

Pour être transparent, cela fait 25 ans que je suis un chemin spirituel. Il m’a amené à voir ce fonctionnement ponctué par des crises. Il m’a conduit à aimer le « criseux », à transformer certaines situations au point que ma vie conjugale, professionnelle, amicale en a été radicalement modifiée. Mais dans le quotidien, pour nombre de petits agacements, le processus était toujours là. Si bien que cette zone de mon corps trop anormalement sollicitée depuis si longtemps a baissé les bras.
Comment pourrais-je en vouloir à ce cancer?
Comment pourrais-je accuser Dieu de me punir?
Non. Je suis seulement invité à aimer quand je suis agacé. Au lieu de ravaler ma souffrance, la plus petite, je peux en faire une occasion de miséricorde. pour moi, pour l’autre.
La vraie guérison est là.
Le dernier scanner (octobre 2014) ne montre plus de trace de cellules cancéreuses. Je sais que la guérison est liée à ma pratique. Si je continue dans ce sens, je suis à l’abri de récidive. Si je continue, l’amour grandit.

Je sais que cette santé, intimement liée à la joie de vivre, m’est donnée pour que la tâche qui m’a été confiée se développe. Rester en vie pour servir. Le désespoir du manque de sens de la vie qui me rongeait est devenu un besoin de dire que la vie a du sens. C’est le but de REFLETS.

Il y aura d’autres épreuves, pour que je progresse encore. Ne serait-ce que l’ultime qui nous concerne tous : la mort. Dernière occasion sur terre de grandir.

Témoignage de Christian Rœsch 
dans la Revue Reflets



mercredi 15 avril 2015

Le cancer, une excroissance pour croître intérieurement par Christian Rœsch (1)

Le cancer, un chemin de réconciliation, de réunification ? C’est ce qu’a vécu Christian Rœsch. Avant d’être fondateur de REFLETS, il exerçait le métier de chirurgien-dentiste, orienté vers les pratiques alternatives. Un cancer de l’œsophage l’a amené d’abord à apprécier les bienfaits de la médecine classique, puis à comprendre l’invitation de cette maladie à se dépasser pour servir la vie.

Une difficulté à avaler, comme un raclement dans le fond de la gorge, me voilà en route pour me faire soigner par un naturopathe. Ma tendance - due à mon histoire depuis mes premiers jours sur terre - a toujours été de me méfier de la médecine institutionnelle et par réaction de faire plutôt confiance à ceux d’à côté. Si bien que j’ai étudié et pratiqué les médecines dites alternatives avec frénésie (homéopathie, acupuncture, kinésiologie, orthodontie fonctionnelle...). Ce thérapeute ne me procura aucun résultat. J’ai persévéré en allant voir un médecin acupuncteur chevronné et réputé. Il m’a remarquablement rééquilibré les énergies des méridiens mais cela n’a eu aucun effet sur mon problème. Il m’a envoyé vers un magnétiseur renommé. Pareil !

Si bien que mon problème s’aggravant (douleurs, vomissements...), je consulte mon généraliste et ami. Bien sûr j’aurais dû commencer par lui mais on ne se refait pas! Il m’envoie illico chez un gastro-entérologue qui décide une gastroscopie en urgence, laquelle se conclut par: « Ce n’est pas bon signe ». Là, je perçois enfin l’hypothèse du cancer. Il veut me revoir dans 15 jours quand il recevra les résultats de l'anatomopathologie. À cette date je suis à un séminaire. Nous convenons qu’il me donne les résultats au téléphone à l’heure du déjeuner. Au téléphone, le gastro me communique les résultats confirmant le soupçon de carcinome de l'œsophage au-dessus du cardia. Ça y est : je comprends que c’est une épreuve sérieuse. J’accepte ce qui est. Accepter, c’est recevoir avec le sourire. Je retourne à table, continuant la conversation en cours. Cela pourrait ressembler à un déni. Vingt-cinq ans de travail intérieur, accompagné par le même maître ont un effet certain. Je l’avais déjà vérifié lors d’un accident grave de moto deux ans auparavant.

GÉMIR OU ACCEPTER?

Le temps d’un cri de toutes mes forces dans le casque - pour ne pas perdre conscience - c’était la durée pour choisir entre : gémir et en vouloir au conducteur de la voiture qui m’avait renversé ou bien accepter où le Ciel voulait m’emmener. Je sais, de tout mon être, que Dieu ne me veut pas de mal. Il est amour. Mais l'amour divin n’est pas l'amour affectif. Il guide ma vie incluant tous les moyens pour me permettre (ce qui est différent d'obliger) de progresser en conscience, en amour. L'accident de moto m’avait fait changer de vie : passer de chirurgien-dentiste à directeur de publication. Maintenant, où veut-il m'emmener avec ce cancer?

DIEU NE ME VEUT PAS DE MAL

Le premier enseignement que je tire de cette maladie est ceci :
J’étais dans un clan par rapport à la médecine, la médecine marginale.

La vie m’a amené à m’en remettre à l’autre camp. Quel humour! Si bien que je suis réconcilié profondément. Les deux ont leur rôle, et ils ne sont pas interchangeables.
Dans le circuit du traitement du cancer, j’ai été « bien traité ». C’est-à-dire non seulement bien soigné mais encore pris en main humainement par des équipes médicales faisant de leur mieux, à tous les niveaux depuis les aides-soignantes jusqu’aux patrons. Cela n’a pas empêché Dieu de pousser le curseur des épreuves. À la troisième séance de chimio préopératoire, j’ai approché la mort. Est-ce que j’aurais un reproche? Est-ce que j’aurais un regret? Certes non, j’ai vécu de grandes contemplations lors de ce passage. Les scientifiques se demandent s’il y a de la vie ailleurs que sur terre. La vie terrestre visible est une goutte d’eau par rapport à la vie de l’univers. C’est une certitude pour mon être, mais je sors du sujet...

Cette réconciliation me fait voir la médecine autrement. D’un côté, persiste une médecine empirique, héritée des connaissances anciennes lorsque les hommes étaient proches de la nature. Cette connaissance n’est pas d’ordre rationnel, elle ne s’explique pas. Parfois elle dégénère en « savoir » plus ou moins commercial. Dans tous les métiers il y a des charlatans. De l’autre, la médecine moderne atteignant des sommets de performance en diagnostic analytique, en médicaments, en chirurgie. Elle n'exclut pas l’art du médecin : le nez, cette intuition complétant l’expérience qui oriente un diagnostic avant toute preuve matérielle. La réconciliation me fait pressentir la médecine postmoderne. À la technique de plus en plus efficace mais qui rend le malade de plus en plus objet de la science, se joindra la médecine « humanisant ». Le médecin aidera le malade à comprendre le sens de sa maladie et l’orientera vers l’accompagnement nécessaire pour qu’il trouve les actes pour progresser dans sa vie et guérir en profondeur. C’est donc un médecin qui aura fait un travail de fond sur lui-même menant à de « grands yeux » voyant l’intériorité révélée par la maladie, et ayant une vraie compassion pour ses malades (compassion: vivre l’épreuve de la « passion » avec l’autre)...


mardi 14 avril 2015

Mon cancer de l’âme, une intention divine

Entre vie et mort?
Ce que Dieu veut et non ce que je veux !
Vivre pour deux au lieu de mourir à deux !


Ces deux phrases résonnent en moi. Les dire est une chose et pourtant il n’est pas si simple de les vivre. Entre dire et vivre : un monde !
Je vais tenter de partager avec vous 15 jours, 15 jours au cours desquels j’ai cru que mon mari allait mourir. Et je n’étais pas encore prête à son départ.
Tout d’abord je dois vous confier que je me suis rebellée quand il m’a annoncé ce cancer. Après un accident de moto, un cancer. Alors là, Dieu exagère ! Et puis ces phrases montent en moi : « Pourquoi accuser Dieu ? As-tu envie de souffrir avec le cancer de ton mari ? N’as-tu rien d’autre à faire que de te rebeller ? »
Une certitude vient de mon cœur : tout est juste, que vais-je apprendre ?

Une nuit, alors que mon mari était dans le cirage, assise à son chevet et cependant face à moi-même, je me suis posé des questions sur ce qui nous arrivait. De question en question, j’ai compris que nous étions tous les deux malades, pas seulement mon mari mais moi aussi : lui dans son corps et moi dans mon âme. J’ai compris que ce cancer était dans notre couple et que je voulais vraiment profiter de sa maladie au lieu de la subir. En moi j’entendais : « Il a besoin de tes rayons ». Quels seront mes rayons ?

Il est amaigri, 20 kilos en moins...
J’ai commencé à m’occuper de lui avec une infinie tendresse en le massant. Un corps alité aime tellement qu’on le touche, qu’on le masse... Tous les jours, à chaque instant où il avait mal quelque part, je le massais. Par ces massages je me suis rééduquée à une plus grande tendresse, tant envers moi qu’envers lui.
Et même encore plus.
Oui encore plus, car après 40 ans de vie commune j’avais oublié que je pouvais lui dire « je t’aime ».
Oui encore plus, car des souvenirs me revenaient où j’avais été en pétard contre lui, des instants où je m’étais emportée contre lui. Ce fut le moment de lui dire « pardon, je n'ai pas su t’aimer ». Comme cette miséricorde m’a soulagée et rendue plus légère. Ce cancer était là pour me faire grandir en amour et rendre encore plus juste ma vie. Ce cancer fut vraiment une « intention divine ». Une journée, une nuit : est-ce la fin ???

Difficile pour moi de saisir tout ce qui se passe chez lui.
Je sais qu’il a accepté cette chimio et pourtant son corps la refuse. Et son corps se révolte. Il est dans le cirage. Il a de fortes fièvres. Il est pris de tremblements et claque des dents. Il me dit : «Je suis perdu, je ne sais plus où j’en suis ». Alors je m’occupe de son corps. Je mets mes mains sur son ventre. Incroyable ce qui passe dans mes mains. Tout mon corps respire dans mes mains tellement je suis totalement tournée vers lui et vers le meilleur de moi-même... 
Petit à petit, les tremblements s’estompent. Je lui lis un passage des Dialogues avec l’ange - notre livre de chevet à tous les deux. Les médecins lui changent ses antibiotiques pour essayer d’enrayer cette fièvre qui est toujours là. Toute la journée je me suis occupée de son corps. Nous ne nous sommes pas dit grand-chose. Le soir arrive : que fais-je ? Est-ce que je reste avec lui toute la nuit ? Il est encore si mal !


Alors je n’ai plus qu’un seul refuge : prier. Je commence par une prière que je connais : le Notre Père. Et je la répète. Je continue avec celle du Père Charles de Foucauld « Je m’abandonne à toi »... Un sentiment m’envahit tout à coup. Et la question surgit : es-tu sûre de t’abandonner ? La nuque droite je m’entends dire : tu es sur terre pour LE servir. Uniquement pour Le servir. Ta vie ne t’appartient plus, comme la sienne.
Cette réponse me prend. C’est fort et pourtant je ne suis pas certaine de TOUT avoir compris. Cela me donne une intime conviction : je ne resterai pas au bord de son lit.
Alors Christian me murmure : « Dieu est juste avec moi. Il est en train de m’apprendre pour la suite ».

Je l’ai embrassé, et je suis partie. Une évidence s’imposait : tout est juste, nous sommes tous les deux à la place où Il nous a mis.
Le lendemain matin lorsque j’arrive à son chevet : un sourire illumine son visage. Il me dit : « J’ai encore à être utile sur terre ».
Au cours de ces quinze jours, j’ai réalisé combien il était important de prendre soin de moi et non pas de m’oublier dans un activisme à ses côtés. En prenant soin de moi. je prenais également soin de lui. En étant à ma juste place, je l’aidais aussi à vivre... 
Là étaient mes nouveaux rayons.

Thérèse
(source :revue Reflets n°15)

lundi 13 avril 2015

Le miel qui soigne...


Des conseils pour utiliser le miel et découvrir ses bienfaits :


dimanche 12 avril 2015

Le poids du non-dit avec Alexandre Jollien


Une très sérieuse étude conduite par le professeur Cole de l'université de San Francisco vient nous prendre comme par la main pour briser ces silences qui peuvent tuer pour de bon. D'abord, elle nous invite à risquer une vie toujours plus à l'écart du mensonge, des non-dits, de la duplicité, bref, de la comédie sociale et de la honte. Je commence à deviner pourquoi le Christ mène une guerre sainte contre l'hypocrisie. Aujourd'hui, je comprends mieux son intransigeance salutaire.

Le chercheur américain a découvert, en observant plus de 200 hommes homosexuels, que ceux qui dissimulaient leur attirance affective à leur entourage développaient trois fois plus de cancers ou d'infections sérieuses. Il n'est pas de ma compétence d'évaluer la scientificité de ce résultat. Mais l'enseignement est lumineux : les luttes intestines qui nous dévorent, le règne du secret nous détruit. Outre le poids des non-dits et l'atrocité de ne pas pouvoir être soi au grand jour, c'est carrément l'enfer de ne pas être accepté pour qui nous sommes en vérité. Que ne doit-on pas cacher au quotidien ? Une critique, un sentiment, une déception, une attente, un fantasme, des idées politiques, un avis sur le dernier livre à la mode, ce n'est pas forcément un gros truc qui nous reste en travers de la gorge...

Sur le terrain de la vie spirituelle, il est mille enseignements à en tirer. D'abord, peut-être, une invitation à oser une authenticité, une sincère transparence. Qui, du matin au soir, part en lutte contre lui-même et, à tout instant, s'éreinte à refuser ce qui le constitue vraiment, n'a pas fini de vivre un enfer. Une chose est de renoncer à soi, briser son ego, quitter l'étroitesse de son égocentrisme, une autre est de dénigrer ses blessures, condamner sans aucune bonté ses désirs, sombrer dans une autocritique permanente qui nous rend exsangues et sans force et qui, in fine, nous interdit tout véritable progrès. Car il en faut de l'énergie pour nier les faits, pour s'aveugler soi-même, pour se mentir et pour enfiler chaque matin un costume mal ajusté ! Non qu'il s'agisse de vider ses poubelles et de déverser sur le premier venu tout ce qui charge un coeur, mais simplement être qui on est. En compagnie de son directeur comme aux côtés d'un proche, pourquoi devrions-nous forcément changer radicalement d'attitude ? Mais c'est surtout à l'amour inconditionnel que cette recherche m'invite. D'abord, oser le non-jugement, n'enfermer ni soi ni personne dans des rôles et des attentes.


Je n'ai pas pu m'empêcher, en découvrant la nocivité de nos conflits intérieurs et du mensonge réitéré chaque jour, de penser au propos de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Ce verset convertit comme un koan. Et nous invite à quitter la tendance à tout justifier pour être, progresser dans la vérité. D'ailleurs, même les adversaires de Jésus lui adressent ce magnifique compliment qui constitue une route à suivre, un exemple à imiter : « Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens. » Comment mieux dire qu'il ne faut pas faire de courbettes ni juger d'après les apparences mais regarder de coeur à coeur et ne pas réduire ni réifier l'autre à ses blessures. Pour progresser, tout le monde a le droit d'être aimé et accueilli comme il se présente en cet instant. Et pour l'heure, qu'est-ce qu'à mes yeux, concrètement, ici et maintenant, être vrai ?

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Son dernier livre, Vivre sans pourquoi, est paru au Seuil. 
(source : La Vie)


samedi 11 avril 2015

Une seule eau, une seule respiration...

« N’y a-t-il pas grand bonheur à savoir que toutes les eaux de la terre sont reliées par le jeu subtil des infiltrations et des nappes ? N’y a-t-il pas grand bonheur à savoir que les vivants, bêtes et gens, sont reliés par d’invisibles rhizomes : une seule respiration pour tous sous le soleil. 

Il n’y a que les sots qui ne veulent être que pour soi et ne se réjouissent pas d’un si vaste lignage ! » […]

 « Le monde n’est-il pas empli de ces âmes mortes guidées par la peur et l’envie, ignorant tout, pillant et profanant puisque personne jamais n’a pris soin d’elles ? Une meute féroce d’âmes mortes à qui toute tendresse a été refusée !

 Christiane Singer 
Seul ce qui brûle


vendredi 10 avril 2015

Armelle Six : rencontre sans préjugés et pleine conscience (3)

Armelle Six
 (un extrait d'une émission au Québec)
21 min.
 

"Je sors et des larmes coulent, mon coeur brûle ... Waw... La vie! Le soleil, les gens qui vont au boulot...
Je me sens vraiment toute neuve... 
Belle journée dans la simplicité d'un merveilleux sourire échangé avec un ouvrier tout étonné! "



jeudi 9 avril 2015

Armelle Six : Rire... et moment présent (2)


Armelle Six
 (un extrait d'une émission au Québec)
3 min.
 
"Je n'ai plus de mot pour parler de ce que je vis, de ce qu'est la vie... Ils sont tous trop courts et ne font jamais un véritable hommage à la simplicité et la beauté de ce qu'est la vie, le bonheur dans toutes ces expressions....
Je voudrais tant vous dire, vous crier cette simplicité, et je me sens aujourd'hui presque muette..."



mercredi 8 avril 2015

Armelle Six : Chante la Vie... (1)


Armelle Six 
(un extrait d'une émission au Québec)
12 min. 





Suite au décès de son fils en avril 2001, et face à la surprise et l’intensité de l’événement et du vide rencontré, une brêche s’ouvre en Armelle et elle redécouvre alors depuis celle qu’elle avait toujours senti être mais qu’elle ne vivait pas. Une question surgit très fréquemment : "qui suis-je ?" 
Au cœur des larmes et du désarroi, surgissent aussi des rires et une joie spontanée. 
Elle s’émerveille à nouveau des petites choses du quotidien et vit et voit l’extraordinaire dans l’ordinaire. Très vite, elle se rend compte qu’elle ne vit pas la vie qu’elle sent en elle et décide alors de tout changer, et de se mettre à l’écoute de ses élans intérieurs. 
Confrontée à des gens qui doutent autour d’elle et la croyent motivée dans ses actes par la souffrance, elle, elle sent plutôt un désir de vivre pleinement, un renouveau et une reconnexion de plus en plus forte avec elle-même. Elle voit ses doutes reflétés par les autres et choisit de se faire confiance... de là une toute nouvelle aventure commence et de plus en plus d'harmonie dans ses relations. Elle dit d’ailleurs de cet événement "Gauthier et moi, nous sommes mutuellement donnés naissance. Ma grossesse m’avait déjà reconnectée à moi, me faisant me découvrir sous un jour nouveau. Sa mort a donné naissance à ce que je connaissais de moi intuitivement, qui ne pouvait plus être retenu." 

Elle vit, les années qui suivent, un profond retournement sur elle-même, et une écoute de plus en plus authentique de ses élans intérieurs, de toutes les inspirations qui la traversent qu'elle suit, sans compromis. De cela, se révèle plus forte et plus présente, une joie et une fluidité au-delà des expériences vécues. Aujourd’hui, elle est invitée aux quatre coins du monde pour partager cette joie et cette vie sans effort... Au travers d’un message d’une grande simplicité et clarté, elle rend accessible à tous l’inévitabilité du bonheur que nous sommes et invite tout qui elle rencontre à la rejoindre là... à juste se laisser être et s’arrêter un moment pour voir que tout est déjà là, qu’il n’y a rien d’autre à chercher. Et dans cette prise de conscience, tout change. La joie, c’est moi !...


mardi 7 avril 2015

Christiane Singer : Récit de notre visite à l'hôpital de Vienne par Marie Millis

En ce jour anniversaire (il y a trois jours), j'ai envie de partager avec tous ceux et toutes celles qui aiment Christiane Singer, cette magnifique lettre qui relate une visite à Christiane lors de ses derniers jours, avant son grand départ.....je la trouve infiniment émouvante et vraiment proche de ce que j'ai moi-même ressenti lors de sa rencontre.... 
" Récit de notre visite à l'hôpital de Vienne"
"Nous rentrons d'une fête, magique, généreuse, de pure grâce.
C'est tout clair que le corps de Christiane la lâche mais comme sa présence est intense, vibrante, généreuse !

Par chance ce mardi elle était en pleine forme. Je l'ai vue seule d'abord.
En entrant dans sa chambre elle a tout de suite sorti une liasse de papier de son armoire : j'écris, mon livre est bientôt prêt. Ses yeux pétillaient.
Plus tard dans la conversation elle m'expliquera que le 28 février est la date donnée pour fatidique par le jeune médecin qui le 28 août en brandissant ses radios lui a dit « Madame, vous n'avez plus que 6 mois à vivre ». L'envoi de son manuscrit à la date où elle devrait être morte avait dans ses yeux une étincelle de bon tour. Elle se joue du sort, elle entre dans la vie et dans la mort en même temps. Son livre en est témoin, et nous le serons tous d'ici peu en lisant ses textes.
Elle a brandi comme un trophée son « accident de travail », son coude décharné et écorché d'avoir trop frotté sur le drap pour écrire. Qu'importe elle continue.
Elle m'a dit l'implacable, insoutenable douleur de ces derniers jours et le miracle de la transfiguration, la vibration de toutes ses cellules qui en a été le fruit.
Dans un geste puissant de ses bras décharnés elle s'est tapé le front en disant : Et dire que j'ai osé parlé de la souffrance !
Je lui ai répété ce que je t'ai écrit : qu'elle effectue pour nous tous l'aventure de la résurrection. Elle a très bien compris l'ampleur de ce constat : passer de l'autre côté porteuse d'un flambeau et revenir avec des mots à nous offrir. Elle a acquiescé des yeux puis elle a eu son regard espiègle : mais ne me mettez pas sur un piédestal. J'ai aussi mes colères.
Elle a expressément demandé que Léonard nous rejoigne, alors que discret il marchait au bord de l'eau pour me laisser avec Christiane. Nous sommes remontés ensemble dans sa chambre et y sommes restés pour une immersion infinie dans le bonheur de vivre et la littérature. Elle nous a raconté l'enfance de Hans Peter Dürr et nous a confié 4 pages de son carnet bleu : « Le monde a besoin de notre vénération ». Pour nous c'est un cadeau superbe, immérité comme Christiane aime à le dire.

(...) Elle a beaucoup écrit et lu en notre présence : l'agenda d'Initiations, son manuscrit, l'annonce de la nouvelle revue : Itinéraires, la présentation des rencontres sur ses textes. A la troisième fois où elle chaussait ses grandes lunettes pour lire où écrire je lui ai dit que je la prendrais bien en photo ! Notre élégante a réagi comme tu t'en doutes : non pas sans mes cheveux. Nous avons souri. Comme elle était de face la photo n'aurait pas signalé cette absence mais au contraire l'incroyable force de sa passion dans la fragilité de son corps lumineux. Ma rétine en gardera pour toujours l'image : une des plus belles photos de mon album intérieur. Une très grande dame.
Comme nous parlions des stages sur ses textes, elle me dit que l'éditeur canadien aurait bien aimé enregistrer tous ses livres. Elle aussi. « Peut-être encore un », m'a-t-elle confié. Faut-il s'activer pour réaliser ce souhait ?
Comme elle reparlait de son livre actuel, je lui ai rappelé qu'elle disait en conférence: La littérature c'est prendre sa vie infiniment au sérieux.
Oh c'est beau ça, dit elle. Et elle reprend son carnet n° 13 pour l'écrire…en me demandant de lui dicter sa propre parole :
« La littérature c'est prendre sa vie passionnément au sérieux", dit-elle.
Oui, mais pour te citer comme tu l'as dit, c'est prendre sa vie infiniment au sérieux.
Ah ! dit elle derrière ses grandes lunettes, et en corrigeant ce qu'elle écrivait, une citation est une citation. Je me trouvais donc un instant à être plus Christiane que Christiane, à lui rendre ce qu'elle a donné. Clin d'œil.
Nous étions venus avec plein de messages comme celui-ci dans le cœur :
Merci, Léonard et Marie, de m'avoir offert ce texte-témoignage de Christiane.
Apportez lui l'amour et la reconnaissance de tous ceux pour lesquels elle a été un phare. Tout en silence, emplissez sa chambre d'une bulle de tendresse.... de notre tendresse infinie, pour la bercer et la baigner de paix.
Elle a tout reçu, lisant les cœurs, accueillant les messages, rendant les enveloppes.
A la fin de notre visite, elle a fait circuler la tendresse qui l'entoure, acceptant nos cadeaux et puisant dans son tiroir deux cadeaux pour les enfants. Elle a eu une intensité de dernière volonté en regardant Léonard.
En sortant de sa chambre nous n'avions goût à rien d'autre qu'à marcher, déambuler, le regard vide sur la ville qui ne se souciait pas de nous. Dans l'avion au retour nous avons pris la mesure : s'extraire de notre quotidien en avion, en voiture, entrer dans l'énorme ville de Vienne où vivent plusieurs millions de personnes et se diriger vers une seule, et puis revenir sans rencontrer personne d'autre, comblés. Au-dessus des nuages, dans l'avion, nous étions conscients de l'ampleur de cette rencontre pour nous trois. Comme Christiane qui tient sur son cœur les lettres auxquelles elle ne peut plus répondre en mots, nous la tenons sur notre cœur, au plus intime de nos vies. Le temps est suspendu, l'intensité infinie. Maintenant je sais, que je vive ou que je meurs, je vis.
Elle me l'a redit émerveillée de cette certitude qui lui est venue comme une de ces voyances où le sens ouvre une brèche vers cet au-delà qui nous côtoie.
J'hésite à t'envoyer ce message car j'ai le sentiment qu'il est incomplet : nous avons tant reçu ! Nous nous regardions Léonard et moi comblés, émus, bouleversés et heureux, tellement heureux.
Je t'embrasse de tout cœur"
Marie

lundi 6 avril 2015

Bonne semaine du Renouveau !

La fête de Pâques se déroule, depuis les tout premiers siècles, pendant toute la semaine qui suit le dimanche de la Résurrection. Cette semaine porte les noms de semaine de Pâques ou octave de Pâques en Occident, semaine Radieuse ou semaine du Renouveau en Orient. 

Qu’a-t-il donc de spécial, ce lundi? 

La réponse est à chercher du côté du Moyen-Âge. A l’époque, la semaine qui suivait le dimanche de Pâques était appelée "Octave de Pâques" et était entièrement fériée. Elle permettait aux pèlerins de faire l’aller-retour jusqu’à Rome, un trajet généralement long en ces temps marqués par une certaine faiblesse du secteur du transport aérien. 
 Mais en 1801, la signature du Concordat vient tout changer. L’organisation des pratiques religieuses en France sort du giron de Rome et l’Eglise catholique française passe sous l’autorité de Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul. Entre autres décisions, Bonaparte décide de réduire l’Octave de Pâques à sa portion congrue: seul le lundi de Pâques conserve le statut de jour férié.

Aujourd'hui, la plupart des pays a suivi le modèle français, ne conservant que le Lundi de Pâques comme vestige de l'octave pascale. Le jour est ainsi férié dans la quasi-totalité des pays européens, exception faite de la Russie, du Portugal et de certaines régions d'Espagne. 
 Il fait la joie des professionnels du tourisme, s'imposant dans l'imaginaire collectif comme le lancement officiel de la saison bénie des week-ends prolongés. 


Joyeuses Pâques à tous!


Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent visiter le sépulcre.
Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s'assit.
Il avait l'aspect de l'éclair, et sa robe était blanche comme neige.
A sa vue, les gardes tressaillirent d'effroi et devinrent comme morts.
Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes : "Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié.
Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez voir le lieu où il gisait,
et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez. Voilà, je vous l'ai dit."
Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre : "Je vous salue", dit-il. Et elles de s'approcher et d'étreindre ses pieds en se prosternant devant lui.  Alors jésus leur dit : "ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront."

Evangile de Matthieu au Chapitre 28, versets 1 à 10


dimanche 5 avril 2015

L'homme nouveau avec Philippe Mac Leod


« C’est un exemple que je vous donne » (Jean 13,15), telle est la parole que Jésus veut ajouter au geste qu’il vient d’accomplir à genoux, aux pieds de ses disciples déconcertés, leur lavant les pieds un à un. Mais toute sa vie a été et reste un exemple, et dans ce geste donné en exemple, toute sa vie se trouve condensée, ramassée, comme elle le sera sur la Croix, tout ce qu’il a été et ce qu’il veut que nous soyons. « Faites de même » : par ce geste je vous signifie ce qu’a été ma présence parmi vous, ce que devra être la vôtre parmi vos frères.

Et c’est à nous, aujourd'hui, sans le moindre recul, que ce geste s’adresse, comme un lumineux et déchirant raccourci, l’essence même de la sainteté, à nous qui malgré 20 siècles d’Évangile sommes encore attachés par la vanité aux petites reconnaissances, à des honneurs que nous savons pourtant dérisoires, à nous qui nous effondrons dès que notre moi se trouve quelque peu égratigné, à nous qui sommes d’abord et sans cesse notre image, dans la crainte d’une blessure ou l’attente d’une flatterie, cette image toujours pour soi à travers les autres, qu’aucune pratique ne parvient à chasser au profit du cœur détaché tout entier pour les autres, invisiblement, silencieusement, tout entier donné et sans repli possible, sans miroir, perdu littéralement dans ce pur mouvement de transparence.

Dès lors nous ne pouvons plus vivre dans le simulacre, nous réclamant de la volonté toute abstraite du Père sans rien lâcher de notre volonté propre. À vrai dire, on ne « fait » pas la volonté du Père, on s’y plonge, comme dans un milieu nouveau, comme on entre en religion, et en vérité il n’y en a pas d’autre. On s’y dépouille, on s’y acclimate peu à peu. C’est un autre monde, le monde de la grâce, la vie enfouie de Nazareth, l’heure sombre de la Passion où il n’y a place ni pour le ressentiment, qui projetterait son ombre sur les événements, ni pour la déception, qui accablerait de reproches son entourage, ni pour cette attente anxieuse, cette sorte d’avidité maladive que l’on retrouve jusque dans notre prière. Vivre dans la volonté de Dieu nous oblige à rompre avec l’immédiateté naturelle que sont les apparences, dans une sorte de sphère élargie où paradoxalement l’on se sent à la fois nu, vulnérable à l’extrême, et jamais seul, solidement ancré dans une confiance à toute épreuve en un dessein plus large que l’impatience de nos courtes vues.

Cependant, nous n’en aurons jamais fini avec le vieil homme. Et ce n’est pas en nous débattant avec lui que nous cesserons d’y retourner, mais en nous laissant saisir jour après jour par la lumière du Ressuscité. Tout est devant nous. Dans une tension souvent douloureuse, mais en découvrant que la flamme fragile tient tête à la nuit immense, où l’espérance se révèle plus forte que l’inévitable découragement, la joie plus grande que la prégnance de la peine, la vie toujours victorieuse de la mort.

La résurrection qui nous est offerte nous est en même temps demandée : offerte comme une libération inespérée, mais demandée dans le premier mouvement de mort à soi-même. Certes, la résurrection appartient à Dieu seul, mais la croix reste attachée à la liberté de l'homme qui peut la fuir ou l’embrasser. Le don des dons passe par cette porte étroite de notre abandon à la volonté du Père, le fil d’or qui cherche le chas de l’aiguille pour une vie vraiment nouvelle, comme l’herbe jeune surgie du noir de la terre, l’herbe neuve qui partout nous réjouit de son éclat d’une pureté céleste.



samedi 4 avril 2015

Veillée Pascale...


La Pâque juive est une veille où l'on fait mémoire de Dieu qui, le premier, a veillé pour faire passer son peuple des ténèbres à la lumière; la Pâque chrétienne, elle aussi, est une veille où les chrétiens ravivent leur mémoire : en cette nuit, Dieu fait passer son Fils de la mort à la vie ... 


 La sortie d’Égypte fait entrer le peuple dans la Première Alliance; le matin de Pâques fait entrer les disciples du Christ dans la Nouvelle Alliance ... 


Avec Moïse, le peuple juif passait de l'esclavage à la liberté; en Jésus, qui nous libère de la nuit du péché, nous passons à une vie nouvelle ... 


 Cette nuit où nous veillons dit que notre vie entière doit être veille : rester en tenue de travail, garder les lampes allumées, être comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces afin de lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera (Luc 12, 35-36)...



source : croire.com


vendredi 3 avril 2015

Méditer le chemin de croix avec Timothy Radcliffe

Prier chacune de des étapes qui conduisent à la crucifixion du Christ ouvre paradoxalement à l'espoir. C'est la vision du dominicain anglais Timothy Radcliffe, qui relit pour nous les souffrances du monde dans ce chemin vers Pâques.

Une fois l'an, dans les églises, la lecture exhaustive du récit de la Passion pour le dimanche des Rameaux a quelque chose de théâtral et de poignant. Ce déroulé implacable et détaillé d'un procès expéditif, d'une exécution publique, quand on prend le temps de l'écouter de bout en bout, nous renvoie à la tragédie du monde. Un drame non plus antique, mais étonnamment contemporain et perpétuellement rejoué sur toutes les places en guerre de la planète. L'injustice, la lâcheté, la trahison, la cruauté, tout y est ! Comme un coup d'oeil dans le miroir de notre nature humaine, une prise de conscience nécessaire... mais pas désespérante. Car c'est aussi le moment pour l'auditeur de réaliser toute l'audace du christianisme. L'inouï d'un Dieu qui ose se livrer aux mains des hommes. Paradoxe ! La croix, ce symbole du christianisme, s'il a pu nous paraître vieillot et exagérément doloriste lorsqu'il ornait par trop les murs de nos maisons, cette croix emblème des supplices inventés par les hommes est aussi le creuset de l'espérance et d'une confiance inégalée. Car c'est là même, au fond du gouffre, que Dieu en Jésus rejoint l'homme, prouvant qu'il ne l'abandonnera jamais au coeur du mal. La liturgie de la Passion comme le chemin de croix, relu ici pour nous par Timothy Radcliffe, sont non seulement d'actualité, mais ouvrent à l'humanité un nouvel avenir et un sens possible.
Elisabeth Marshall, rédactrice en chef de La Vie


Dans les bidonvilles d'Amérique latine, à Bagdad, en Irak, ou au coeur des cités asiatiques, Timothy Radcliffe a parcouru de nombreux chemins de croix avec ses frères chrétiens. Ancien maître de l'ordre des Prêcheurs, il s'est fait connaître par sa liberté de ton sur les questions de société. Vivant actuellement au couvent dominicain d'Oxford, en Angleterre, il continue de visiter le monde entier pour enseigner. Dans son dernier livre, Chemin de croix, paru aux éditions du Cerf, il nous présente une méditation née de toutes ses rencontres avec la pauvreté et l'exclusion.


Comment lire le chemin de croix, en méditant étape par étape ou en choisissant celles qui nous touchent ?

Chacun est libre de prier comme il le souhaite. Toutefois, je préconise de lire les stations les unes après les autres. Jésus accomplit un voyage complet, de sa condamnation jusqu'à sa mise au tombeau. Nous comprenons mieux ce drame si nous l'accompagnons tout au long de ce chemin.

Comment comprenez-vous l'affirmation selon laquelle « le Christ a souffert pour nous » ?

Pour ma part, j'invite plutôt à penser qu'il souffre « avec » nous. Lorsque notre existence est difficile, nous pouvons nous sentir seuls, mais Jésus demeure toujours à nos côtés. Sur la croix, il partage même l'expérience de l'absence de Dieu que nous pouvons connaître parfois.

Le chemin de croix semble avoir pour effet de culpabiliser les croyants en les accusant d'être comme ceux qui ont rejeté le Christ...

Au contraire, méditer ces stations devrait nous procurer de l'espoir. Si nous tombons, nous savons que Jésus a également chuté. Si nous nous sentons faibles, nous comprenons que Jésus a aussi éprouvé ce sentiment. Rien de ce que nous vivons de difficile ne doit nous faire sentir loin de Dieu.

À la deuxième station, vous écrivez que « Jésus supporte le poids de la croix, afin de nous libérer d'une gravité accablante et que nous connaissions une joie spontanée ». N'est-il pas surprenant de parler de joie dans ces moments-là ?

Je rentre de Bagdad où j'ai effectué une visite à mes frères et soeurs. C'est au quotidien qu'ils vivent chaque station de la croix. Et pourtant, au milieu de la souffrance, ils éprouvent souvent une joie, même si elle peut être souterraine, comme une rivière qui disparaît pendant un certain temps avant de refaire surface. Notre foi ne nie pas la souffrance humaine, nous devons reconnaître sa présence honnêtement. Mais l'histoire de Jésus est toujours nourrie de l'espoir, de celui qui « en vue de la joie qui lui était réservée, endura la croix, sans tenir compte de la honte, s'est assis à la droite du trône de Dieu », pour reprendre le passage de l'épître aux Hébreux (12, 2).

Quand Jésus tombe pour la première fois, vous expliquez que « nos premières chutes font vaciller l'image que nous avons de nous ». Existe-t-il de « bonnes » chutes ?

Oui, elles peuvent devenir des moments de grâce. C'est pourquoi saint Augustin a parlé de la chute comme une felix culpa, une « heureuse faute ». Dieu est si créatif que même nos échecs peuvent se révéler fructueux. Une fois, alors que je me confessais, le prêtre m'a dit : « Soyez reconnaissant pour vos péchés. » J'ai été choqué, mais j'ai compris plus tard ce qu'il voulait exprimer. Parce que j'ai été faible et que je suis tombé, je peux probablement mieux soutenir les personnes qui sont impliquées dans la « même galère » !

Puis Jésus est aidé par Simon de Cyrène à porter sa croix et vous notez que « Dieu a voulu nous rendre dépendants les uns des autres ». Pourtant, il n'est pas si facile d'accepter l'aide d'un inconnu.

Mais cela arrive tout le temps ! Lorsque j'ai été hospitalisé, j'ai bénéficié des soins des infirmières et des médecins que je ne connaissais pas. Parfois, il est même plus difficile de recevoir l'appui d'un proche. Dans ces cas-là, nous pouvons être plus embarrassés !

Quand Véronique essuie le visage de Jésus, vous vous réjouissez que Jésus trouve « au milieu d'une foule de visages hostiles une femme qui le regardait avec pitié ». N'est-ce pas « naïf » de valoriser ainsi un simple regard ?

Pas du tout, souvent cette attention correspond précisément à ce dont nous avons besoin. C'est le commencement de tout ministère chrétien. Quand je donne une conférence, il y a régulièrement une personne dont le sourire m'encourage à continuer. Si nous ne sourions à personne, alors nos efforts pour aider les autres constituent une perte de temps.

Jésus tombe une seconde fois et vous écrivez : « Jésus a partagé notre faiblesse afin que nous arrivions à partager sa force ». Quelle est cette force ?

Les théologiens des premiers siècles avaient l'habitude de dire que Dieu s'est fait homme pour que nous puissions devenir Dieu. Jésus a expérimenté notre faiblesse, nos luttes humaines, nos douleurs, afin que nous puissions nous nourrir de cette vie irrépressible qu'est Dieu. C'est pourquoi les chemins de croix tiennent une place centrale en Amérique latine où il y a tant de pauvreté. Je me souviens à Montevideo, en Uruguay, d'avoir accompagné les gens de station en station : tout ce qui était survenu à Jésus leur était arrivé !

Quand Jésus est dépouillé de ses vêtements, vous dites qu'Il « se dénude pour lutter contre la honte, l'humiliation ». En quoi consiste cette nudité « positive » ?

Observez David qui s'est dénudé pour lutter contre Goliath. Nu, il est plus rapide et plus difficile à attraper. Nous sommes souvent accablés par l'armure que nous endossons, mais qui ne nous correspond pas. Nous estimons devoir maintenir notre dignité en dissimulant notre faiblesse et en prétendant que nous sommes des personnes très importantes. Mais cette attitude nous oblige à vérifier en permanence que les autres ne nous manquent pas de respect. Quelle libération que de laisser tout cela et être simplement nous-mêmes !

Puis le Christ est crucifié. Vous notez que les quatre Évangiles adoptent alors un regard différent, lequel ?

Matthieu et Marc nous montrent un homme subissant un abandon radical sur la croix. En lui, Dieu prend en charge quiconque se croit abandonné ou trahi. Chez Jean, la crucifixion décrit un couronnement dans la gloire. Enfin chez Luc, Jésus s'en remet au Père. Il est allé jusqu'au bout.

De quelle attitude vous sentez-vous le plus proche ?

J'aime la tendre humanité du récit de Luc. Jusqu'à présent, je ne me suis jamais senti totalement abandonné par Dieu. Je n'ai pas non plus connu une souffrance aussi glorieuse que le Christ. Je ressens encore de la proximité avec ce larron crucifié au côté de Jésus qui a osé lui demander de le laisser entrer dans le paradis !

Laquelle de ces attitudes est-elle la plus valorisée par notre époque ?

Cela dépend du continent où vous vivez. En Amérique latine et dans les lieux de grande souffrance, les personnes se sentent souvent très proches de Jésus qui paraît totalement abandonné. En Europe, beaucoup d'Occidentaux, comme moi, se réjouissent de la tendresse exprimée dans l'Évangile de Luc, notamment celle de Jésus envers le larron. En Asie, où la tradition est profondément contemplative, il me semble que les croyants se trouvent plus en proximité avec Jean et la gloire dissimulée sous la souffrance.

En quoi est-ce un couronnement dans la gloire ?

Pensez à ce merveilleux film Des hommes et des dieux. Notamment quand les moines de Tibéhirine célèbrent la sainte cène. Leur visage paraît comme mort avant de s'illuminer. C'est un moment de profonde tristesse, mais aussi d'une immense beauté. Peut-être peut-on percevoir dans ces images quelque chose de la splendeur de ceux qui donnent leur vie.

Quand Jésus est descendu de la croix, vous êtes particulièrement touché par le geste de tendresse de Marie.

Oui, n'attendons pas qu'une personne soit morte pour nous montrer attentionnés vis-à-vis d'elle. Souvent, nous aimons les gens, mais nous ne leur disons pas, par timidité ou par crainte que notre affection soit rejetée. Mais dans les deux cas, prenons le risque de nous exprimer !

Les orthodoxes semblent valoriser davantage la Résurrection. Que peut-on apprendre d'eux pour vivre les semaines suivantes ?

Est-il si vrai que les orthodoxes accordent plus de place à la Résurrection que nous ? J'en doute, car notre foi ne serait rien sans elle ! Notre société est tellement occupée à faire que nous pensons devoir nous remettre au travail dès le lundi. Or, nous avons besoin de temps pour célébrer cette fête de Pâques, nous reposer en Dieu et nous détendre dans cette joie pascale. Nous autres êtres humains sommes aussi faits pour jouer. Prenons régulièrement des périodes de jeu, sinon nous allons oublier pourquoi nous existons !

Finalement en quoi le chemin de croix annonce déjà la résurrection du Christ ?

Si Jésus n'était pas ressuscité d'entre les morts, nous n'aurions pas à marcher sur ce chemin de croix. Si son existence n'avait mené nulle part, il ne servirait à rien de nous souvenir de Jésus. Nous faisons mémoire de la souffrance afin de comprendre plus profondément la joie qui vient après. Se rappeler ainsi les étapes de ce chemin croix est déjà une célébration de Pâques, car tout est orienté vers la victoire de la vie.


Timothy Radcliffe :
1945 Naît à Londres.
1965 Entre chez les dominicains.
1987 Provincial chez les dominicains en Angleterre.
De 1992 à 2001 Maître de l'ordre des Prêcheurs.
2000 Publie Je vous appelle amis, Cerf.
2014 Participe au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, XO Éditions.
2015 Publie Chemin de croix, Cerf.


> Une invention franciscaine :
Présents en Terre sainte depuis 1220, les Franciscains ont pris l'habitude de revivre les différentes étapes du Vendredi saint. Progressivement, ils ont transformé cette pratique en rite à Jérusalem, puis dans leurs églises en Italie. L'attrait pour cette cérémonie a été tel que le pape Clément XII a accordé en 1731 la permission de créer des chemins de croix dans d'autres églises que celles des Franciscains. De leur côté, les protestants font remarquer que certaines étapes comme la présence de Véronique n'ont pas de fondement biblique.

> À lire : Chemin de croix, de Timothy Radcliffe, Cerf.
La Logique de l'amour. Chemin de croix avec le pape François. Chaque station est accompagnée d'une courte méditation du Saint-Père, chacune fait preuve d'une grande empathie pour tous ceux qui vivent les épreuves du monde actuel. La fatigue, le découragement, la solitude. Éditions des Béatitudes.