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lundi 9 juin 2025

Tenir


Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains réunies :
Le caillou, l'herbe sèche,
L'insecte qui vivra,
Pour leur parler un peu,
Pour donner amitié
À soi-même, à cela
Qu'on avait dans les paumes,
Que l'on voulait garder
Pour s'en aller ensemble
Au long de ce moment
Qui n'en finissait pas.
Tout ce qu'on a tenu
Dans ses mains rassemblées
Pour ajouter un poids
De confiance et d'appel,
Pour jurer sous le ciel
Que se perdre est facile.
Tout ce qu'on a tenu :
L'eau fraîche dans les mains,
Le sable, des pétales,
La feuille, une autre main,
Ce qui pesait longtemps,
Qui ne pouvait peser,
Le rayon de lumière,
La puissance du vent,
On aura tout tenu
Dans les mains rapprochées.
Guillevic
Sphère
Poésie/Gallimard

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vendredi 19 juillet 2024

Regarder


Vous devez comprendre la vie dans son ensemble, et non pas seulement une petite partie. C'est pourquoi vous devez lire, c'est pourquoi vous devez regarder le ciel, c'est pourquoi vous devez chanter, danser, écrire des poèmes et souffrir, car tout cela est la vie.

Si vous avez trente minutes de libres cet après-midi, regardez un arbre ou une fleur, ou votre femme ou votre mari. Regardez. Ne faites que regarder.

~ Jiddu Krishnamurti

(via Sanjay Sanghvi)

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mercredi 9 août 2023

La relation consciente


"On ne peut grandir qu'en grandissant ensemble. C'est une question qui touche à l'espèce tout entière. L'enseignement d'aujourd'hui ne peut pas être un enseignement individuel d'illumination personnelle. On ne peut enseigner aujourd'hui un enseignement et une pratique spirituelle que s'ils nous obligent à l'autre, que si on grandit au travers de la relation où ce n'est plus ni l'autre ni soi, mais la relation qui nous grandit (...)

On ne peut grandir qu'en prenant le risque de l'autre, en entrant en relation profonde avec l'autre dans la mesure où, l'autre peut nous donner l'occasion d'aller voir ce qu'on n'était pas capable d'aller voir tout seul (...) Quand on cesse d'être victime de l'autre et qu'on commence à être disciple de l'autre." (...)

"La vie cherche à se reconnaître au travers de l’expérience vivante. Soit elle cherche à se reconnaître en tant que mouvance, et ce ne peut être qu’au travers de l’action, du faire, soit elle cherche à se reconnaître en tant qu’Etre et c’est alors au travers du repos.

Dans la voie de la Vie se reconnaissant dans l’action, il est nécessaire d’amener de la conscience dans le faire, c’est à dire dans la relation." (...)

Et si en fait on cherchait la compagnie du monde parce qu’on pressentait  confusément que c’est le lien nécessaire et suffisant à la reconnaissance ? Qu’on cherche cette compagnie non pour se perdre dans le monde  comme se plairait à le dénoncer certains enseignements mais pour au contraire s’y reconnaître, si retrouver ?  ( D’où je reviens à la double possibilité du vécu du monde comme profane où l’on se perd dans l’objet, ou bien sacré, où l’on se retrouve, où l’on se reconnait dans l’autre )

Pressentiment du monde sacré, où l’autre est l’occasion de la reconnaissance de l’Un, où l’autre est l’occasion de l’Amour."

« Le plus beau cadeau de l’éveil ce n’est pas de s’ouvrir à une dimension de conscience qui serait la liberté, c’est de s’ouvrir à l’immense responsabilité de l’amour ».

Yvan Amar

Source : extrait de L'Effort et la Grâce 

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dimanche 2 avril 2023

L'attitude de la Vastitude

 


«Le "je" dans les premiers stades de son déve­loppement implique seulement celui qui réside dans le corps. Tout le monde considère le corps comme une entité séparée, et cela seul produit des conflits. Si l'on pouvait penser en termes de "nous", il n'y aurait pas de conflit venant de "mien" et "tien". C'est pourquoi la première chose que l'on enseigne à un petit enfant lorsqu'il arrive à la maison de son guru est la suivante : "Tu n'es pas une entité isolée. Tu ne peux pas vivre seul ; ce n'est qu'en vivant ensemble avec tous les autres qu'on trouve force et joie."

Maintenant ce sens du "moi, ensemble avec les autres", ce sens du "nous" doit se développer et prendre la place du petit "moi". Pas "moi", mais "nous", de façon que l'intellect de chacun puisse apprendre à observer et à comprendre ce "nous" ; de façon à ce que chacun apprenne à développer en lui-même le sentiment, non de "son" propre intérêt mais de "notre" intérêt, que c'est dans "notre" intérêt que réside "mon" propre intérêt. C'est cela en vérité la signification de la Gâyatrî, c'est de s'extraire des liens de l'intérêt personnel mesquin et de s'immerger dans la vastitude (expanse) du "nous". Ce "nous" qui englobe tout et contient l'univers entier.»

Swami Prajnanpad

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vendredi 30 août 2019

dimanche 26 février 2017

Un silence plein et rond avec Joshin Luce Bachoux

Ce matin, une pluie très douce fait briller les pierres de la cour, les feuilles du magnolia et le tronc des arbres. Les oiseaux restent à l'abri sur les branches, à peine les entrevoit-on de loin, petites taches de couleur dans le cerisier. Tout est calme, le temps semble suspendu dans ce demi-jour pâle, dans la légère brume qui s'élève de la prairie, dans l'ombre sombre des grands pins qui bordent le sentier.

Dans la maison aussi, le calme règne : c'est le week-end de silence, comme tous les premiers week-ends de chaque mois. Nous avons établi cette règle depuis plusieurs années, après avoir constaté que nous trouvions toujours quelque chose à dire ! C'est parfois une information importante sur un travail à finir - « il faut rentrer le bois avant la pluie » -, parfois la joie d'une découverte - la première jonquille, le premier bouton de rose - ou l'apparition d'un problème - « je suis sûre qu'il y a une fuite ». Ou, tout simplement, nous bavardons, discutons, papotons, c'est plaisant et nécessaire pour garder le plaisir d'être ensemble. Mais, curieusement, depuis que nous nous accordons ce moment de silence, nous nous sentons plus proches les uns des autres, et il semble que la maison est plus vaste : c'est tout l'espace, intérieur comme extérieur, qui en est changé.
Au début, cela n'a pas été facile : le silence avec les autres est vite inconfortable ; certains s'en irritaient, d'autres avaient des crises de fou rire et quelques-uns affichaient un sourire légèrement supérieur qui disait clairement : « Je ne vais pas tomber là-dedans. » Ce « là-dedans » du silence paraissait une sorte de piège qui allait faire tomber les masques soigneusement mis en place. Être privé de mots reviendrait à se priver d'un abri : nous risquerions de révéler ce que nous voulons cacher, une part de nous terrifiante - ma colère, ma violence - et terrifiée - ma faiblesse, ma peur.
Mais nous avons continué et, peu à peu, appris à nous détendre. D'abord en allant marcher dans la forêt : au lieu d'essayer de remplir le monde de mon bavardage, je le laisse m'emplir. Je m'accorde à lui comme on accorde un instrument avec d'autres : ensemble nous créons une harmonie où tous les petits bruits, craquement du bois, chuchotement des feuilles, courses de l'écureuil, forment un contrepoint délicat et nécessaire, rendant le silence plus plein, plus rond, plus vivant. Dans la maison aussi cette harmonie s'est doucement installée, nous nous sommes détendus, les regards se sont adoucis, et nos gestes eux-mêmes se sont coulés dans ce silence.
Lorsque mes paroles ne font plus écran entre le monde et moi, je tiens moins de place. Le silence alors devient tranquillité : s'il me gêne, c'est qu'il fait ressortir mon habituelle agitation. Il n'est pas indifférence mais présence au monde et aux autres. Il aiguise notre attention : une attitude, un geste nous renseignent sur ce que ressentent ceux qui vivent près de nous. Nos sourires sont des mercis sans paroles, qui viennent directement du cœur. Nous nous rencontrons au-delà de nos certitudes, de nos aveuglements ; là où notre besoin de sécurité s'efface pour laisser la place à l'autre. « Dans le silence, on se voit mieux », s'étonna un de nos hôtes.
Dehors, le chuchotis de la pluie accompagne la douceur du silence qui nous réunit en cette matinée de printemps. Si le soleil revient, nous irons ensemble travailler au jardin. Je sais que nous n'aurons pas besoin de mots pour reconnaître notre plaisir d'être ensemble.
Joshin Luce Bachoux, nonne bouddhiste, anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.

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dimanche 10 avril 2016

un point ( de vue)... c'est tout


"Lorsque vous adoptez le point de vue que tout ce qui existe est une partie de vous-même, que toute personne qui existe est une partie de vous-même, que tout jugement que vous faites est un auto-jugement, que toute critique que vous élevez est une autocritique, vous vous donnez avec sagesse un amour inconditionnel qui sera la lumière de votre monde.

Lorsque nous serons conscients que la seule différence entre chacun d'entre nous réside dans nos croyances et que ces croyances peuvent être créées et décréées avec aisance, un monde de paix s'ensuivra et tandis que le jeu du bien et du mal disparaîtra, un jeu de co-création verra le jour". 

Henry Palmer


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samedi 18 avril 2015

La phrase qui guide avec Yael Naim

"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, 
sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots."
Martin Luther King

J'ai grandi avec différentes formes de peurs : familiales, culturelles personnelles... N’acceptant pas de vivre dans cette peur, j'ai tenté de garder l'esprit ouvert dans mes rencontres, dans mes voyages, dans ma vie quotidienne. j'ai vu que considérer tout être humain comme un frère permet d'accéder à son ressenti. J ai toujours éprouvé plus de curiosité pour ce qui nous lie plutôt que pour ce qui nous sépare. Malgré les apparences, nous ne sommes qu'une et unique force, à nous d'en prendre conscience. Lorsque nous sommes indifférents à l'autre, lorsque nous acceptons sa souffrance, sa solitude, nous brisons ce qui nous relie ; nous enfantons de la frustration, des raisons de se battre, et nous mourons stupides et seuls. Notre société ne peut continuer à détourner le regard ; le risque de s'illusionner est immense ; la dette laissée à nos enfants, inexcusable. 

Yael Naim,
auteure, compositrice et interpréte,
vient de sortir un nouvel album,
Older (Tot ou tard, 2015).