jeudi 17 septembre 2026

Guerre et bruits de guerre


« Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d'être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. »  Matthieu 24:6
revient le temps
le temps
déjà venu déjà vécu
puis oublié
recouvert si vite
par les couches de cette poussière d’oubli
sécrétée par nos habitudes
ce quotidien que pas grand chose
ne parait pouvoir ébranler
au sein duquel nous ne voulons qu’être tranquille
et que nous meublons
de petits soucis
de rêves mous
d’enjeux tièdes
ponctués de récriminations sans lendemain
de doigts pointés ailleurs que vers notre poitrine
en laquelle palpite obstinément ce cœur fêlé
dont nous ne voulons rien savoir
de peur qu’il ne se brise
alors même que l’urgence
serait justement
qu’il éclate
revient le temps
ce temps
où il va s’agir de faire face
où il ne sera plus faisable
de détourner la tête du brasier
de se rendre sourd au vacarme des reptiles
qui rampent chez les voisins
et pourraient bien en venir à franchir
notre seuil préalablement entrouvert
par celles et ceux d’entre nous
qui ne savent ce qu’ils font
revient ce temps toujours lui
si identique en somme
à ses versions précédentes
car il faut que ces choses
périodiquement
arrivent
non pas une fois qui serait finale
mais à la façon de ces fléaux
à l’issue desquels l’on reconstruit
et dont cependant subsiste une vague mémoire
comme un rongeur à l’œuvre
dans la charpente de notre oubli
revient ce temps où l’individu
se fracasse contre le collectif
où les opinions affolées grillent
afin que subsistent seulement
les valeurs
les valeurs immémoriales
maintenues vivantes dans le sanctuaire
de chaque cœur qui consent
à se savoir brisé

Gilles Farcet

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