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mardi 1 septembre 2026

Vivre les questions


Vous êtes si jeune, en quelque sorte avant tout début, et je voudrais, aussi bien que je le puis, vous prier, cher Monsieur, d'être patient à l'égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrėsolu, et de tenter d'aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l'instant des réponses, qui ne sauraient vous être données car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s'agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions.

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

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mercredi 10 avril 2024

faux abri...


Devant le ciel de ma vie je me tiens
ignorant, m'étonnant. La grandeur des étoiles.
Ce qui monte, descend. Dans quel silence.
Suis-je vraiment ? Ai-je une part ? Ou échappé-je
au pur influx ? Les marées dans mon sang
suivent-elles cet ordre ? Oh, j'ai désir
de rejeter tous les désirs, et toute attache,
d'habituer mon cœur au plus lointain. Mieux vaut
pour lui vivre en l'effroi de ses étoiles
que sous un faux abri, et par le proche rassuré.
Rainer Maria Rilke
Traduction : Philippe Jaccottet
Poèmes épars
Éditions du Seuil

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vendredi 18 août 2023

Débutant...

 


« J’aime les commencements, malgré ce qu’ils ont d’angoissant et l’incertitude qui les caractérise tous. Quand j’ai gagné une joie ou une récompense, quand je veux que quelque chose n’ait pas été, quand je veux refuser à un événement le droit d’habiter dans mon passé, je commence, à la seconde même. Quoi donc ? Je commence. J’ai commencé ainsi des milliers de vie. 

Rainer Maria Rilke, Journal de Schmargendorf, in Journaux de jeunesse, traduit par Philippe Jaccottet, Seuil, 1989

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vendredi 19 mai 2023

Célébration...

 « Ô, dis-moi, poète, ce que tu fais. 

– Je célèbre.

Mais le mortel et le monstrueux,

comment l’endures-tu, l’accueilles-tu ?

– Je célèbre.

Mais le sans nom, l’anonyme,

comment, poète, l’invoques-tu cependant ?

– Je célèbre.

Où prends-tu le droit d’être vrai

dans tout costume, sous tout masque ?

– Je célèbre.

Et comment le silence te connaît-il et la fureur,

ainsi que l’étoile et la tempête ? 

– Parce que je célèbre. »

Rainer Maria Rilke (1875-1921) - "Oeuvres poétiques"

peinture: Alphonse Osbert 1857-1939

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vendredi 29 octobre 2021

Mélodie intérieure


"Que tu sois environné par le chant d'une lampe ou la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place. 

Savoir quand tu dois intervenir dans le chœur, c'est le secret de ta solitude : de même que c'est l'art de la relation véritable : se laisser tomber de la hauteur des mots dans l'unique et commune mélodie."

Rainer Maria Rilke  1875-1926, Notes sur la mélodie des choses

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samedi 24 juillet 2021

Les trésors de la peur

 Les peurs sont ce qu'il y a de plus dur à traverser, à transformer. Il y en a beaucoup qui s'expriment actuellement. Elles peuvent se découvrir dans l'immobilité qui permet d'entrer en contact avec la profondeur. La respiration permet d'entrer calmement dans l'univers de l'eau sans avoir peur de s'y noyer... et d'aider notre dragon à nous révéler notre potentiel...

"Nos peurs les plus profondes sont comme des dragons, qui gardent notre trésor le plus profond." - Rainer Maria Rilke



« Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions. »
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

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Enoki Toshiyuki 


jeudi 15 mars 2018

Instant en vers et pour tous !


Rainer Maria Rilke
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
– Pour écrire un seul vers (1910), Les Cahiers de Malte --

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lundi 28 mars 2011

Je vous prie... avec Maria Rilke

«Je vous prie d’être patient à l'égard de tout ce qui dans votre coeur est encore irrésolu,
et de tenter d'aimer les questions elles-mêmes
comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère.

Ne cherchez pas pour l'instant des réponses, qui ne sauraient vous être données;
car vous ne seriez pas en mesure de les vivre.
Or, il s'agit précisément de tout vivre.
Vivez maintenant les questions. Peut-être en viendrez-vous à vivre peu à peu,
sans vous en rendre compte, un jour lointain, l'entrée dans la réponse.»
Rainer Maria Rilke