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mardi 7 juillet 2026

Ici, Joie intérieure...


« J’ai faim d’une chose qui ne diminuerait pas et ne grandirait pas, d’une chose qui simplement n’aurait pas de fin. Cette chose-là, faute d’autre mot, je l’appelle la vie intérieure. (…)

« La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde. 

« C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société, enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière. 

"C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais. Et cela pour la simple raison que nous l’avons déjà. »

– Jacques Lusseyran, « Le monde commence aujourd'hui »

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lundi 7 avril 2025

Univers d'enfant

 



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samedi 20 mars 2021

Joie présente...

 


" La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde.
C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société enfin parfaite, ou que des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière.
C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais.
Et cela, pour la simple raison que nous l’avons déjà. "

Jacques Lusseyran

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dimanche 25 août 2019

A propos de la poésie (1)

 
« Il était une chose que seule la terreur pouvait obtenir, c'était que des centaines d'hommes bouillonnant au fond de la baraque fissent silence. Seule la terreur... et la poésie. Si quelqu'un récitait un poème, tous se taisaient, un à un comme des braises s'éteignent. Une main tenait les hommes ensemble. Un manteau d'humanité les recouvrait. J'apprenais que la poésie est un acte, une incantation, un baiser de paix, une médecine. J'apprenais que la poésie est une des rares, des très rares choses au monde qui puisse l'emporter sur le froid et sur la haine. On ne m'avait pas appris cela.

Une médecine, ni plus ni moins. Un élément qui, communiqué à l'organisme humain, modifiait en lui la circulation vitale, la rendait plus rapide ou plus lente. Bref un élément dont la positivité était aussi concrète que celle d'un corps chimique. J'étais loin de m'en douter avant ces expériences. »

 

Jacques Lusseyran,
Extrait de Le Monde commence aujourd'hui, paru dans la Revue Reflets, N* 20, Dossier « L’Art - la création inspirée », p. 52.



« Nous sommes les abeilles de l'invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible, pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible. La vie prépare la mort, elle ne prépare pas quelque chose de brutal, elle prépare de l'invisible qui a cette merveilleuse consistance qu'a la poésie d’être en rime, d’être en rythme, de s'écouler comme le temps peut s'écouler pour un poète.

[...] J'ai la chance d'avoir avec la poésie, et celle dans les trois langues que je pratique, une relation très personnelle, presque héroïque ; une gourmandise à l'égard de ce que me procure le fait de réciter des vers. (...) Elle est pour moi une sorte de domaine du réel qui précisément n'a pas la même lourdeur que le réel quotidien, mais qui a la même extension merveilleuse du réel. (...)

(...) Le fait de réciter à part soi un poème, c'est une libération de l'esprit. (...) (La poésie) est entre la bouche et le cerveau. Elle n'occupe par conséquent aucun grand espace extérieur. On peut l'utiliser même en étant obligé de rester immobile. »


Stéphane Hessel,
Extrait d'un entretien avec Brigitte Maillard, paru dans la Revue Reflets, N' 28, « Dossier Poésie - Dire l'indicible », p. 48.

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jeudi 10 janvier 2019

Un regard sur notre regard

«Les vrais yeux travaillent en dedans de nous.
Tant pis si le vocabulaire fait défaut, s’il est faible.
Voir, c’est un acte fondamental de la vie, un acte indéchirable, indestructible, indépendant des outils physiques dont il se sert.
Voir, c’est un mouvement que la vie fait en nous, avant les objets, avant toute détermination extérieure.
Avant les objets, et après eux si, par accident, les instruments matériels de la rencontre viennent à manquer.
C’est au dedans de vous que vous voyez.
Si la lumière intérieure ne nous était pas donnée d’abord, et par conséquent les couleurs aussi, les couleurs qui sont la monnaie de la lumière, jamais nous ne pourrions admirer les couleurs du monde.
Voilà ce que je sais après vingt-cinq ans de cécité.»
Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui.

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vendredi 18 octobre 2013

Une lumière intérieure à découvrir avec Christian Bobin

Donc, je suis aussi impuissant que vous à ne pas voir le monde. Comme vous, je peux fermer les yeux, mais c’est un acte volontaire et toujours bref. Je crois même qu’il m’est plus difficile qu’à vous, car je n’ai pas le recours de clore les paupières (j’entends les paupières physiques). Je dois accomplir, pour éteindre un instant la vue, une opération intérieure beaucoup plus brutale et plus artificielle. Je nage positivement dans la lumière et dans toutes les formes qui naissent d’elle. La lumière, c’est mon élément. J’en suis fait.

Mais vous aussi, vous les clairvoyants, vous êtes faits de lumière. Sinon, vous ne pourriez pas voir. On vous apprend le contraire, je le sais bien. On vous parle de l’intensité lumineuse de tel objet et de tel autre. On mesure ces intensités. Il y a des unités internationales pour cette mesure. On vous dit, en somme, que la lumière n’est pas en vous, mais au-dehors et qu’elle vient jusqu’à vous selon des lois qu’il faut peu à peu découvrir. On m’a appris ces choses à moi aussi. Mais, par expérience, je sais qu’elles sont fausses. Et c’est pourquoi j’ai été joyeux, même dans les moments les plus pénibles de mon existence...

Quand je dis « lumière », je ne songe pas aux objets lumineux, au tourbillon de reflets et d’oscillations qui forme l’univers visuel. Je songe à la source qui, elle, est au-dedans. La source précède le fleuve et tous les accidents de son cours, tous les objets vus. On peut tarir les objets, la source demeure. Ce courant essentiel de lumière, cette puissance de lumière qui n’attend pas, pour être, que nous nous servions d’elle, elle est canalisée pour vous, commodément, pratiquement, à travers les yeux du corps. Il en résulte un monde, le vôtre. Mais si les yeux sont fermés accidentellement, elle n’en crée pas moins un monde : le mien, le mien puisque c’est moi qui parle. Sont-ils semblables, ces deux mondes ? Oui. Je n’hésite pas à le dire, parce que, depuis plus de vingt ans, leur coïncidence m’a frappé cent fois...

Plus souvent, je vous vois, mais d’une manière très peu anatomique. Je ne vous détaille pas. Je vous attrape (je dirais aussi volontiers je vous reçois) à l’instant où vous arrêtez la lumière que je tends vers vous. Vous faites une ombre. Cette ombre se diversifie presque immédiatement, se met en forme, se colore, mais selon d’autres rythmes que ceux des yeux. Si vous ne tenez pas en place, si ma conversation vous agace, votre ombre alors se disloque : il en part des morceaux à droite, à gauche, en arrière. Si vous êtes attiré vers moi par l’amitié ou l’intérêt, votre ombre est toute proche. Elle tend à s’intégrer dans la mienne. De là des sensations si particulières que, généralement, je me tais sur elles, par discrétion, pudeur ou timidité, à votre choix.

Jacques Lusseyran
 " Le Monde commence aujourd'hui "
Jacques Lusseyran, totalement aveugle depuis l’âge de huit ans, déporté politique à Buchenwald, et aujourd’hui, professeur de littérature française dans une université des Etats Unis, a écrit « Le monde commence aujourd’hui » à la fois comme un essai et comme un roman.Le monde commence aujourd’hui demeure une somptueuse leçon de résilience et un chant d’amour à la vie, dont la quête a lieu partout, tout le temps, du vestibule de l’enfer aux immensités américaines.