mercredi 31 juillet 2019

Cellule de la totalité...


Cette matière grossière ou subtile que votre expérience ordinaire vous fait voir comme compartimentée, discontinue, est en fait une totalité dont tous les éléments réagissent les uns sur les autres. Physiquement, vous êtes beaucoup trop identifiés à votre corps physique pour réaliser combien ce corps physique est moins indépendant que vous le pensez et combien il n’est, en vérité, qu’une cellule de l’univers entier. De même que chaque cellule de notre corps humain, microcosme à l’image du macrocosme, est liée à toutes les autres et qu’il y a interdépendance entre les cellules de celles du foie et celles du muscle cardiaque, pour faire une totalité qui est un être humain, de même au plan physique, nous sommes une cellule de la totalité de l’univers. 


Notre corps physique n’est produit que des matières de l’univers absorbées par notre mère puis absorbées par nous ; nous échangeons avec l’univers à travers l’alimentation, l’excrétion, l’inspiration, l’expiration et d’autres communications plus subtiles qui sont des échanges d’énergie et qui commencent d’ailleurs à être étudiés aussi selon les méthodes de la recherche scientifique contemporaine. Si nous parlons du plan physique ou du corps physique, nous devons donc nous souvenir que l’homme est une cellule de cet Univers. 

Mais chaque homme, chacune de ces cellules, résume la totalité, l’univers entier. Il y a un corps physique universel, c’est celui que les Grecs appelaient physis, la nature, et celui que notre physique ou notre chimie étudient. Regardez. 
Tout ce que vous voyez, les nuages, les sapins, les montagnes, c’est ce corps physique universel et notre corps en fait partie ; il est composé des mêmes éléments, des mêmes substances. On trouve tout dans le corps humain, fût-ce en très petite quantité, fût-ce à l’état de trace. 

De la même façon, si nous franchissons un échelon, le corps subtil d’un être humain fait intimement partie du corps subtil universel. Et le corps causal, encore plus intérieur, de l’être humain, est une cellule aussi du corps causal universel. Ce corps causal correspond à la réalité suprême quand elle devient créatrice. 

Arnaud Desjardins
Au-delà du moi
À la recherche du soi II 

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mardi 30 juillet 2019

Impact de la croissance... vers un retour au centre.


C’est un point essentiel. L’idéologie de la croissance repose sur l’idée que, pour développer la richesse matérielle, il faut sans cesse accroître la productivité qui, aux yeux de la majorité des économistes, concerne essentiellement le travail. On prête peu d’attention, en revanche, à la productivité énergétique et à la productivité écologique, c'est-à-dire à l’impact que l'activité productive a sur l’environnement. Il faut raisonner en termes de productivité globale, c’est-à-dire envisager toutes les dimensions de la productivité, tous les facteurs qui entrent en jeu dans la production, en prenant en compte en priorité l’impact écologique. Prenons pour exemple le secteur agricole. L’agriculture industrielle, basée sur l’utilisation massive d’OGM, de lourds tracteurs, de pesticides et d’engrais, permet de développer la productivité du travail. Mais, parallèlement à cette productivité en apparence très élevée, les productivités écologique et énergétique sont très faibles. Cheminer vers une agriculture bio plus protectrice de l’environnement engendrerait une productivité du travail plus faible, qui permettrait de créer de nombreux emplois dans l’agriculture. Tout en consommant moins d’énergie et en ayant un impact sur l’environnement et sur la santé beaucoup plus faible...


Le cheminement vers une réduction de la consommation matérielle et énergétique suppose une mutation culturelle qui conduira les hommes à s’intéresser davantage aux liens qu’ils noueront entre eux et avec la nature et le monde dans sa splendeur et son étrangeté, qu’aux biens matériels.
S'intéresser aux choses de l’esprit suscite de nouvelles interrogations religieuses ou métaphysiques. L’esprit et le cœur se tournent alors vers d’autres centres d’intérêts que la consommation.
Hervé Kempf
Alliance n°31

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lundi 29 juillet 2019

dimanche 28 juillet 2019

Comment ouvrir son coeur ?


N'essayez pas d'ouvrir votre cœur maintenant. Ce serait un mouvement subtil d'agression envers votre expérience immédiate. Ne dites jamais à un cœur fermé qu'il doit être plus ouvert ; il se fermera encore plus pour se protéger et sentir votre résistance. Un cœur ne se déploie que lorsque les conditions sont réunies ; votre demande d'ouverture invite à la fermeture. C'est l'intelligence suprême du cœur.
Au lieu de cela, inclinez-vous devant le cœur dans son état actuel. S'il est fermé, qu'il soit fermé ; sanctifiez la fermeture. Faites en sorte qu'il se sente en sécurité, même pour ne pas se sentir en sécurité. Croyez que lorsque le cœur sera prêt, et non pas un instant avant, il s'ouvrira, comme une fleur dans la chaleur du soleil. Il n'y a pas d'urgence pour le cœur.
Faites confiance à l'ouverture et à la fermeture aussi ; à l'expansion et à la contraction ; c'est la façon de respirer du cœur ; sûre, insécure, insécure, sûre, insécure, insécure ; la belle fragilité d'être humain ; et tout cela tenu dans le plus parfait amour.

Jeff Foster
(cité par Fabrice Jordan)
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vendredi 26 juillet 2019

Rencontre avec René Chapus, un « amoureux » de Ramdas


A la lecture de sa vie, ses écrits et ses carnets de pèlerinage, j'ai visité cette délicatesse de la sagesse de l’Inde dans sa simplicité : accepter, se réjouir, et voir la beauté du monde et aimer. J’ai rencontré un « amoureux » de Ramdas : René Chapus. René m’a livré son ressenti de RAMDAS et les expériences vécues lors de son passage dans l’ashram Anandashram en Inde dans lequel il a séjourné plusieurs jours. René explique sa rencontre avec celui qu’il nomme ‘Papa Ramdas’ par la découverte d’un livre : ‘Carnet de pèlerinage’.

À l’âge de 35 ans alors que sa vie est totalement engagée dans la politique et le matérialisme, il tombe sur ‘les Carnets’ en furetant un jour chez un bouquiniste lyonnais. Il est bouleversé par la photo de Ramdas. Il achète le livre, dont il ne se séparera plus jamais. Il entame une recherche spirituelle au sein de la voie Art’As, et durant cet apprentissage vers la sagesse, René se rend 6 mois en Inde. Il séjourne pendant deux semaines à Anandashram. Il était parti en Inde dans l’objectif de cette Rencontre. Il considère aujourd'hui quelle a eu lieu. Il parle de Ramdas comme d’un sage, un être qui n’a renoncé à rien. « Il se remplit de tout, il dit OUI à tout. Son message est très simple : le cœur en Dieu et les mains à l’ouvrage. »

De son séjour à l’ashram il conserve des souvenirs forts, comme des expériences fondatrices qui construisent progressivement le socle d’une intériorité.
Il a d’abord été touché par l’Accueil sur ce lieu, l’attention à l’autre. Cet accueil, cette ouverture l’ont frappé dans cette résonance avec l’enseignement : le OUI à tout et à tout le monde, le OUI à la Vie.


Les choses n’ont pas pour autant été faciles durant les premiers jours. Ce fut une initiation puissante dans laquelle il s’est engagé fortement sans mesurer tout de suite l’intensité de ce qu’il vivait. Il décrit s’être investi totalement dans la pratique du mantra, jusqu’à ressentir une profonde violence, une colère... Une résistance extrême. Une partie en lui voulait y aller, vivre l’expérience, la partie qui résistait venait le narguer. Ce tiraillement intérieur fut comme un miroir à accepter, jusqu’à trouver le juste rythme de sa pratique au sein même de l’ashram. «J’avais plongé trop vite, trop fort. On ne peut pas forcer le rythme, c’est la Vie qui en décide. Ceci dit, la partie qui résiste en nous n’est pas l’ennemi, mais l’adversaire à connaître et qui va te permettre de découvrir ta force ».

De tout cela, il garde dans ses cellules l’importance de trouver toujours le rythme juste. Et surtout il en retire l’essentiel de ce qu’il transmet dans l’association d’entraide spirituelle qu’il a fondée depuis : un OUI qui grandit et s’incarne.
Oui à la situation,
Oui à ce que je suis, à ce que JE SUIS,
Oui à ce que j’ai à faire. ■


 René Chapus, Fondateur de l’association ACT www.asso-act.net

 « Ramdas se rendit partout où il était porté à aller, églises, mosquées, etc. Il va partout, non pour retirer de l'inspiration mais parce qu’il ne ressent aucune différence. Ramdas n’appartient à aucune croyance, église ou secte. S’il avait appartenu à quelque croyance ou secte particulière, sa liberté aurait été limitée. Maintenant il peut embrasser l’univers entier, si ses mains sont assez grandes. Mentalement c’est ce qu’il fait. Il voit les Hindous, les Musulmans, les Chrétiens, les Zoroastriens, les Bouddhistes et les autres comme des enfants de Dieu. Pourquoi devrait-il se confiner dans une religion, une croyance ou une secte particulière ? Tel est le centre de la foi de Ramdas. »


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Reflets n°16 - 2015

jeudi 25 juillet 2019

Swami Ramdas, le pèlerin de l'amour

 Né en 1884 dans l’une des plus prestigieuses familles brahmaniques, à trente-huit ans, il décide de se vouer entièrement au Seigneur Râm. Laissant femme et enfant, vêtu de deux pièces de coton, avec pour seules possessions vingt-cinq roupies et trois livres, la Bhagavad Gitâ, le Nouveau Testament et une biographie de Bouddha, il part en Sannyasin sur les routes de l'Inde,

Il va suivre la voie d’amour. Voyant le Divin partout et en chacun il devient Swâmi Râmdas, « le serviteur de Râm ». Au bout du chemin, il fondera Anandashram, « l’ashram de la joie », qui accueille encore aujourd’hui de nombreux pèlerins.



Le destin de Ramdas

Sa biographie révèle un homme avec une vie, au départ, ordinaire : des études aux Beaux-Arts, un mariage, un enfant... Au demeurant, très jeune il se passionne pour des lectures spirituelles et au contact de la Bible il se laisse enchanter par la définition chrétienne « Dieu est amour ». Il va approfondir les enseignements du Christ et de Bouddha avec ce grand idéal de l’amour divin qui enflamme son cœur. Son cœur bat pour une foi fertile ; il voit Dieu comme le père de tous les membres de la race humaine, principe universel, source de tout ce qui existe. Son cœur se prosterne devant un tel Dieu. Il n’éprouve pas une grande attirance pour les religions, les rites et les cérémonies.

Un mariage le lie à Rukmabaï, une femme cultivée avec un penchant fortement religieux. Elle est pour lui « une partenaire digne et dévouée » comme le notent ses biographes indiens. Ils auront ensemble une fille qu'il affectionne particulièrement.

A ce moment de sa vie, il s’investit dans une entreprise de teinture et d’impression de saris qui prend vite de l’envergure. En même temps son esprit s’oriente de plus en plus vers le Divin et il répète constamment le nom de Dieu. Il se prive de repas le soir et de confort domestique.

A 38 ans, il choisit cette vie de Sannyasin* : « Maintenant l’heure est venue où je dois quitter cette prison d’or où mon cœur vit encagé. Pour trouver la vérité, dorénavant je la chercherai pour l’amour des hommes, et je la trouverai ». Son choix de vie de Sannyasin l’engage à se consacrer entièrement à la méditation et au service de Sri Râm, à observer la chasteté absolue et à nourrir son corps au moyen d’aliments recueillis par Bhiksha (aumône que recueillent les moines mendiants).

Durant 2 ans il va cheminer sur les routes de l’Inde sacrée se laissant porter et voyant le Divin partout, en tout et en tous. C’est le témoignage de son parcours spirituel qui est décrit dans « Carnet de pèlerinage », où, de jour en jour, il s’en remet à Dieu pour le guider. La voie d’amour que suit Ramdas est faite de renonciations à soi-même qui se transforment en une adoration du cœur tournée vers Dieu : le servir passionnément, lui donner la place essentielle dans sa vie, obligeant son Dieu à devenir son maître et à l’accepter comme esclave. Toute la première partie de ce témoignage est l’histoire de cette obéissance progressive. La deuxième partie nous guide au cœur de l’expérience spirituelle, et révèle tout cet humour, cette joie, cette trace d’être qui inspire les hommes.

Quand le pèlerin achève ses pérégrinations, il s’établit dans un ashram, l’ashram de la joie. Les premiers disciples viennent à lui. Il meurt en 1963. Il est toujours possible de visiter Anandashram pour y séjourner et recevoir l’enseignement de RAMDAS.

L’enseignement dispensé dans cet ashram repose sur 4 piliers :
le pouvoir du mantra
l’appel du maître
la pratique de la méditation assise
l’amour, le service.


par Maryline Hubaud
Revue Reflets 2015

*Sannyasin : Le sannyasin mène une vie errante, renonçant à l’action et consacrant sa vie à ia réalisation de Soi.

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mercredi 24 juillet 2019

L'Art du bonheur. (4)


Ce voyageur est revenu voir la mer. Il a marché pour cela, non pas au hasard, mais en sachant exactement ce qu'il cherchait. Il n’est pas surpris par ce qu’il voit, et c'est, visiblement, encore plus fort. Nous assistons au bonheur sobre et contenu de ces retrouvailles [...].

Gustave Courbet (1819-1877)
Le Bord de mer à Palavas, 1854.
"Est-ce cela, le bonheur? Pouvoir se dire : quoi qu’il m’arrive, cela valait la peine de vivre, juste pour cet instant "

LA LEÇON DE COURBET : « CET INSTANT EST UN INSTANT DE BONHEUR...»

Je connais cette plage de Palavas, peinte par Courbet [...] j'y ai passé tous les étés de mon enfance. Lorsque nous arrivions, le premier jour des vacances, je courais jusqu'aux dunes et les escaladais pour voir la mer. [...] Tout de même, il est sublime, ce petit salut de Courbet à la mer! Ce geste qui dit :« Je t'ai reconnu, je t’adore, je t'honore... Et je suis si heureux! » Comme Courbet a eu raison de célébrer cet instant !: De le montrer, de lui donner vie avec ses pinceaux. Et comme nous avons raison à chaque fois, de prendre conscience de nos moments heureux, et de les nommer. Il y a une phrase magique comme en inventent les enfants, une seule phrase, à se dire chaque fois qu'un bonheur passe. Cette phrase, c’est simplement : « Cet instant est un instant de bonheur. » Conscience puis reconnaissance du bonheur.
En faisant cela, nous accédons à une forme d'éternité [...] Certains diront : pourquoi ces efforts de conscience pour ressentir le bonheur ?
Ne vont-ils pas gâcher son essence, qui est d'être immatériel et insaisissable? Pourquoi mettre des mots, forcément maladroits et trompeurs, sur des sensations aussi subtiles et volatiles ? La réponse est simple : parce que vivre, ce n'est pas seulement éprouver mais créer son propre monde.



À Lire
De l’art du bonheur de Christophe André :

Pour le psychiatre Christophe André, la contemplation d'une toile de maître est, en soi, une expérience du bonheur. Dans cet ouvrage, le comportementaliste se fait poète et tire « vingt-cinq leçons pour vivre heureux » de vingt-cinq chefs-d'œuvre (L'Iconoclaste, 2014).

mardi 23 juillet 2019

L'Art du bonheur. (3)


Le bonheur est-il un état d’esprit ? Une opération mentale ? Une décision ? Un effort ? Une volonté ? Une construction intérieure ? Il est tout cela, le plus souvent, une fois réunies les conditions matérielles minimales nécessaires à sa présence. C’est à la fois une bonne nouvelle : notre bonheur dépend de nous-mêmes.

Et une mauvaise : nous en sommes donc responsables. Et cela va nous demander travail et efforts. Ce personnage à l’apparence tourmentée, au corps sommaire, sans bras ni jambes, au visage ingrat mais rayonnant est une sorte de miroir malicieux que son auteur, Gaston Chaissac, se tend à lui-même. Ce grand mélancolique à la santé fragile nous rappelle que le bonheur ne nous est jamais - ou pas souvent - donné ni offert. Mais qu’il est en revanche toujours accessible à l’immense intelligence humaine. Avec son grand sourire, plein de force et de confiance généreuse, cet œil narquois, attentif, émerveillé, et surtout grand ouvert sur le monde, ce bonhomme me fait penser à mon ami Alexandre Jollien, philosophe au corps meurtri, chantre du «joyeux combat » pour une existence lucide et heureuse. Et nous rappelle l’essentiel : l’intelligence du bonheur existe ; elle relève chez certains d’un talent, chez d’autres d’une lutte ; elle nous est accessible...
Nous seuls pouvons conduire ce combat vers plus de lumière émotionnelle, nous seuls pouvons préférer le bonheur au malheur”



Gaston Chaissac (1910-1964) - Personnage sur fond bleu (1959)

LA LEÇON DE CHAISSAC : TRAVAILLER A SON BONHEUR

D’où vient cette étrange idée reçue que le bonheur doit être spontané? Et que les efforts pour s'en rapprocher seraient improductifs, voire contre-productifs ? Pourquoi toutes ces critiques contre la recherche de bonheur? [...]
La punition divine lancée à nos ancêtres Adam et Ève : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », c'était aussi : « Tu gagneras une partie de tes bonheurs à la sueur de ton front. » Que cela soit le fait d'une malédiction divine ou de la condition humaine. Le bonheur n'est pas une chance, mais une intelligence. Qui peut s'apprendre et se développer.
On dit souvent que la vie est un combat. Le bonheur aussi, surtout pour ceux que la vie n'a pas gâtés au départ. Que nos handicaps soient visibles, comme ceux qui nous touchent dans notre chair, ou qu’ils ne le soient pas, comme ceux qui proviennent de notre passé, de nos angoisses, de notre spleen, ils nous fournissent toujours de nombreuses raisons de ne pas être heureux.
Mais une fois établi cet éternel constat - il existe des gens plus heureux que nous, et d'autres plus malheureux -, quels prétextes nous reste-t-il pour continuer de ruminer notre mal de vivre?

Cette position de victime de l’existence est d'autant plus dangereuse quelle peut faire de nous des intouchables que plus personne n’osera approcher, guider ou conseiller. Cela aggravera notre solitude et notre handicap. Et cela nous renverra finalement à nous-même. [...] On ne peut pas être toujours heureux. Mais il est possible, aussi souvent que possible, de penser à laisser la voie libre au retour du bonheur.


Christophe André
Psychologies magazine
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lundi 22 juillet 2019

L'Art du bonheur. (2)


Envol vers l’azur. Des fleurs d’amandier s’élancent vers le ciel. Rien d’autre que le blanc des pétales et le bleu de l’azur. Comme une incarnation du bonheur : fort et fragile comme la vie. Dans un raccourci magnifique et fulgurant, épuisé par le chaos intérieur et sa lutte contre la maladie psychique, Van Gogh se concentre sur l’essentiel : l’élan de la vie vers la transcendance et les cieux. Il a peint le tableau tête levée vers le ciel, sans rien voir d’autre autour de lui. Il en a écarté toute forme de paysage ou d’information annexe, jusqu’au tronc de l’arbre, pour se concentrer sur l’union de ces extrêmes : les fleurs et le ciel, le bleu et le blanc, le périssable et l’éternel, le terrien et le céleste... Comme il a écarté, sans les effacer, ses souffrances du moment, pour nous transmettre à tout jamais son bonheur face aux fleurs de l’amandier. [...]



Vincent Van Gogh (1853 - 1890) Rameau d'amandier en fleur, 1890

 Le bonheur tout entier prend naissance dans de tels instants de grâce. S’arrêter, se taire. Regarder, écouter, respirer, admirer”


LA LEÇON DE VAN GOGH : REGARDER VERS LE CIEL
 
Pour les psychologues évolutionnistes, beaucoup de nos comportements et de nos attirances sont les vestiges de nos anciens besoins animaux : si les humains apprécient tant le spectacle d’une belle nature - une rivière bordée d’arbres, un littoral sous le soleil -, c'est qu’ils y voient la promesse de ressources pour leur survie, de quoi manger, se reposer, se réparer... Pourtant, au-delà du plaisir ressenti s’éveille aussi un obscur et profond sentiment d’appartenance à un ordre qui nous englobe et nous dépasse. C’est pourquoi nous ne faisons pas qu’observer la nature, ou même l’admirer. En réalité, nous entrons en connivence avec elle, nous nous rapprochons de notre identité la plus élémentaire : celle des vivants.


Nous ne faisons que nous immerger dans la nature, revenir à elle. Lorsque nous contemplons un arbre en fleur. Lorsque nous sommes absorbés par le mouvement des vagues ou des nuages... Chaque fois que nous respirons l'odeur des champs ou de la forêt, c’est l’écho lointain du bonheur de ces « retrouvailles biologiques » qui se fait entendre en nous. Ces rencontres avec la nature font plus que nourrir notre bonheur : elles lui sont indispensables... Le tableau de Van Gogh aurait pu s'appeler Naissance du bonheur car tout est là, de l'éclosion des bonheurs humains : la fragilité et la force, l’enracinement dans la vie et l’élan vers la transcendance. Ces bonheurs naissants sont les plus importants, mais aussi les plus vulnérables. Rien de plus facile que de les piétiner ou de les négliger.
Cette peinture nous ouvre les yeux sur leur beauté, leur fragilité. Et sur leur nécessité absolue pour notre existence.


Christophe André
Psychologies

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dimanche 21 juillet 2019

L'Art du bonheur. (1)


Un enfant se love contre sa mère. Tous deux sont endormis dans une étreinte tendre et émouvante. Blotti contre la mince poitrine maternelle, le tout-petit semble s’imprégner de celle qui lui a donné la vie, de sa chaleur et de son amour. [...]

La peinture de Klimt nous permet de réfléchir au grand mystère de la naissance du bonheur, et aussi à celui de la transmission et de la préparation des bonheurs futurs : le bonheur dont parle cette scène est celui d’un héritage et d’une promesse...



Tableau de Gustav Klimt. Les trois âges de la femme (détails), 1905
" Il est toujours possible d’apprendre le bonheur, 
même s’il n’a pas été notre langue maternelle...”

LA LEÇON DE KLIMT : AIMER ÊTRE HEUREUX

Trouver le bonheur, c'est peut-être tout simplement le retrouver. Dans quels lointains souvenirs prend naissance cette sensation complexe et furtive que l'on nomme « bonheur »?[...]

En psychologie, les théories de l'empreinte révèlent qu'il y a des périodes de la vie qui favorisent certains apprentissages. Les langues par exemple : si nous les avons entendues tôt et souvent, l'acquisition en sera plus facile. [...]

S'il en était de même pour le bonheur? Si les bonheurs d'enfance permettaient d'accéder plus tard à toutes les formes de bonheurs adultes? Ces empreintes précoces et indicibles, c’est donc en elles que réside le cœur battant de notre aptitude future au bonheur, de nos facilités à nous sentir heureux.


Christophe André

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jeudi 18 juillet 2019

Mental et réalité (2)


Vous verrez d'abord le mental à l’œuvre sous forme de paroles. Je me souviens d'une petite histoire exemplaire. J'étais seul à l'ashram de Swâmiji, sevré de tous mes points d'appui habituels. Chaque jour je demandais : « Est-ce que Swâmiji a reçu des lettres pour moi? – Non. » Un jour, indigné, je dis à Swâmiji : « Ça fait un mois que je suis en Inde et ma femme ne m'a pas écrit une seule fois! » Et Swâmiji me coupe : « Qu'est-ce que vous venez de dire? Denise ne m'a pas écrit une seule fois? Non, non : je n'ai reçu aucune lettre de Denise. » Cela paraît simple et bien loin de la connaissance initiatique ou ésotérique, mais attendez la suite. Comme c'est vite fait de tirer des conclusions! 

A partir de là je peux imaginer, éprouver de la rancune, ruminer des reproches, penser que ma femme est un monstre. Or le lendemain – et pour moi c'est inoubliable – arrivent quatre lettres de Denise d'un coup, qui n'avaient pas été distribuées plus tôt à cause d'une grève des postes à Calcutta. Voilà le type d'exemple où le mental est confondu par la reconnaissance de la vérité. Vous n'avez pas toujours à vos côtés quelqu'un qui puisse vous interpeller : « Qu'est-ce que vous venez de dire? » Il faut donc que vous preniez le relais et que vous sachiez vous surprendre en flagrant délit. Voilà la méthode. 

Pour commencer le voyant lumineux s'allume, c'est l'émotion : je suis agité, je suis troublé, je ne suis pas d'accord. Regarder ensuite quelles pensées naissent de l'émotion dans un processus complètement mécanique – émotion heureuse, idées roses ; émotion malheureuse, idées noires – ne constitue qu'une partie du programme. Le plus important est de retrouver la pensée qui a fait naître l'émotion et qui était en décalage avec la réalité. « Elle ne m'a pas écrit. » Faux : « Je n'ai pas reçu de lettre, peut-être m'a-t-elle écrit. » Si vous passez au crible, à partir de maintenant, tout ce que la pensée va vous proposer, vous allez réellement commencer à changer. Vrai ou faux? Certain, probable ou seulement possible? Le mental extrapole abusivement. D'une situation, d'un événement, du comportement d'une personne, il tire une loi générale. Si vous voulez faire disparaître l'émotion, voyez par quelle pensée celle-ci tente de se justifier. « Ça va être terrible, c'est affreux, j'en mourrai. » Non, non, non. Si vous voyez la pensée qui a généré l'émotion puis les pensées qui ont entretenu et même amplifié celle-ci, c'est le travail le plus efficace que vous puissiez accomplir pour que la stupidité de l'émotion vous saute aux yeux, auquel cas cette émotion s'éteint et disparaît, n'ayant plus de raison d'être.  

Enfin permettez-moi, à l'appui de ce que je partage avec vous aujourd'hui, de mentionner cette sentence si éloquente : « Sème une pensée, tu récoltes un acte; sème un acte, tu récoltes une habitude; sème une habitude, tu récoltes un caractère; sème un caractère, tu récoltes un destin. » Le Dhammapada bouddhiste souligne de la même façon la toute-puissance de la pensée : « Ce que nous sommes aujourd'hui provient de nos pensées d'hier et nos pensées présentes façonnent notre vie de demain : notre vie est la création de notre esprit. »  

Extrait de "La voie et ses pièges"
de Arnaud Desjardins 

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Mental et réalité (1)


Pascal Caro

Tant que nous vivons dans « notre » monde, tant que « c'est comme ça que nous voyons les choses », une mort à un niveau doit s'opérer pour renaître à un autre niveau. Peu à peu vous verrez des degrés beaucoup plus subtils et intéressants de ce fonctionnement qui s'appelle « penser », vous arriverez jusqu'à l'essence du mental, de l'illusion, de l'aveuglement. Le but dépasse les normes habituelles de notre intelligence ou de la raison. Il est à proprement parler révolutionnaire par rapport à notre manière actuelle de concevoir les choses. Vous allez vers un retournement de toutes vos convictions qui seul peut vous conduire à ce qui mériterait vraiment le nom d'éveil ou de libération. N'est-ce pas révolutionnaire, pour des hommes qui autrefois voyaient de la matière solide, de savoir qu'il n'y a en fait que du vide, des protons et des neutrons? La démarche de la destruction du mental demande une audace aussi radicale. C'est vraiment le passage dans un autre monde. Mais, pour commencer, travaillez d'abord sur les formes les plus accessibles de cette pensée que j'ai évoquées tout à l'heure : le jugement, la comparaison non fondée, l'attente, le décalage entre la réalité présente et vos désirs, toutes ces cogitations qui vous coupent les uns des autres et sont génératrices d'émotions. Avant de vous aventurer vers des découvertes de plus en plus extraordinaires en matière d'illumination de votre vision, commencez par détecter les manifestations les plus grossières de votre mental, celles que la psychologie décrit, que les thérapeutes reconnaissent. Ensuite vous découvrirez que même un mental normal, satisfaisant, est encore une aberration. Il est absurde de rester dans la confusion, de ne même pas être en contact clair, simple et direct avec la réalité et d'imaginer qu'on va pouvoir s'établir à un niveau de conscience supérieur. Au plus, par des jeux de réactions, vous vivrez un moment de supra-conscience, un samadhi, puis serez repris par les peurs. « You cannot jump from abnormal to supranormal », « vous ne pouvez pas bondir de l'anormal au supra-normal ». « Normal » consiste à déceler en premier lieu les formes névrotiques de peur, d'anxiété, de fascination, domaine qui est en effet commun à la voie et à la psychologie. Mais vous vous laissez trop impressionner par ce que vous avez entendu dire sur la bio-énergie, le rebirth, la thérapie primale, « Il faut que ça sorte, il faut que ça pète, il faut que ce soit spectaculaire. » Il y a trop d'insistance sur l'enfance, sur le passé, sur les traumatismes au détriment d'une possibilité qui vous est offerte aujourd'hui, tout de suite – au moins commençons! – de confronter ce que le mental vous propose avec la réalité... 

Extrait de "La voie et ses pièges"
de Arnaud Desjardins 

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mercredi 17 juillet 2019

Hommage au Zoulou blanc


"Je me rends compte que, même si je suis un personnage public, 
c’est l’expérience la plus solitaire que j’aurai jamais vécue. Je suis seul face à la mort."


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mardi 16 juillet 2019

Se recentrer sur les succès !

À longueur de temps, nous sommes soumis à des injonctions contradictoires. D’un côté, on nous dit : « Ne soyez pas égoïste ! Pensez un peu plus aux autres, à la collectivité ! Souciez-vous des générations suivantes ! » Mais de l’autre, on nous serine avec la même constance : « Mais arrêtez de culpabiliser ! Ne soyez donc pas si frileux ! Prenez votre place ! Mordez la vie à belles dents ! » Entre ces deux invitations pressantes, nous sommes souvent perdus. Et nos névroses en sortent renforcées. Suis-je sur la bonne voie ? Fais-je ce qui convient à un être humain désireux de s’éveiller en conscience, en sagesse, en amour ? Où puis-je trouver un socle sûr à partir duquel m’élancer vers un accomplissement réel ? 

Nelson Mandela avait l’habitude de dire que notre pire peur était paradoxalement celle de la liberté. Parce qu’elle débouche sur l’inconnu et que l’inconnu nous effraye. Nous préférons rester dans la « zone de confort » de ce que nous connaissons déjà. Nous focaliser sur nos acquis n’a certes rien d’illégitime. Parfois nos habitudes sont d’ailleurs devenues des rituels, au sens de « ce qui nous relie au monde à travers l’espace-temps ». Mais parfois aussi elles se sont figées en automatismes routiniers... Une chose est certaine : nous ne sommes pas faits pour l’immobilisme, notre nature humaine – et même, plus simplement pourrait-on dire, notre nature vivante – est d’évoluer sans cesse, d’innover sans cesse, de créer sans cesse. 

Mais comment créer et évoluer si cela nous fait peur ? Certainement pas en nous focalisant sur nos défauts, lacunes, faiblesses, ou, pire encore, sur ce que les autres vont penser de nous – ce serait l’échec assuré de tout accomplissement. Sophrologues, hypnothérapeutes, coachs et plus généralement psychothérapeutes de toutes sortes le savent bien : pour évoluer, créer et s’accomplir, un être humain a besoin d’être porté par le « flux » qui s’éveille quand il est si pleinement lui-même qu’il s’oublie littéralement, intégralement mobilisé sur le bonheur d’agir et d’être. Or, nous avons tous connu ce « flux », ne serait-ce que dans notre enfance, lorsque nous étions plongés dans un jeu passionnant, ou quand nous étions amoureux, ne pensant plus qu’à l’autre et le voyant « comme Dieu l’a rêvé », ou encore quand une activité, professionnelle, sportive, militante ou artistique, nous emportait l’âme. Cela peut avoir été très modeste, peu importe, nous étions là à 200% et c’est cela qui compte. 
 
Se souvenir et se focaliser un instant sur ses succès, fussent-ils minuscules, est essentiel. Demande-t-on à un moineau d’avoir l’envergure d’un aigle ? Le moineau s’en contrefiche. Il est pleinement moineau, voilà ce qui compte – et l’écologie nous apprend qu’il compte bien autant qu’un volatile géant. Être pleinement humain, c’est savoir régulièrement retrouver le « flux » de ce qui nous a porté dans nos moments de bonheur et apprendre à s’en servir comme d’un courant ascendant. Avec cette observation toute simple : à moins d’être un grand malade mental, ce bonheur n’était jamais agressif, mais au contraire toujours bénévole. 

source : Nouvelles Clés

lundi 15 juillet 2019

Ouvrir les yeux !




Soyez à l'unisson, en harmonie avec ce changement 
continuel, ce jeu de la vie : jouissez de ses moindres aspects. Comme vous le savez, dans une pièce de théâtre, chacun joue son rôle et en jouit. Faites de votre vie une fête continuelle de nouveauté, de joie, d'illumination, de plénitude, de perfection ! La perfection vous accompagne dans chacun des moments du voyage de votre vie. L'idée dominante de tout ceci c'est : donnez d'abord, prenez ensuite.

 

Svâmi Prajnânpad. 
Jean-Louis Accarias : je viens de rééditer « Les yeux ouverts, Lettres à ses disciples – Tome II ». (très belle préface d’André Comte-Sponville). 

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dimanche 14 juillet 2019

Méditation nécessaire...



Autrefois, l’homme vivait dans un monde presque statique. Tout était statique. Vous quittiez le monde exactement tel que votre père vous l’avait laissé, vous n’y aviez rien changé du tout. Comme rien n’était changé, ce n’était pas nécessaire d’apprendre grand-chose. Il suffisait d’apprendre un peu et il restait des espaces dans votre esprit, des espaces vides qui aidaient à rester sains.
Aujourd’hui il n’y a plus d’espaces vides, à moins que vous ne les créiez délibérément.
La méditation est plus nécessaire aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été. Elle est nécessaire au point d’être presque une question de vie et de mort. Dans le passé, elle était un luxe; quelques êtres- un Bouddha, un Mahavira, un Krishna- s’y intéressaient. Les autres étaient naturellement silencieux, naturellement heureux, sains. Ils n’avaient pas besoin de penser à la méditation; ils méditaient de façon inconsciente. La vie se déployait si silencieusement, si lentement, que même les gens les plus stupides pouvaient s’y adapter. Maintenant le changement est si incroyablement rapide, tout va si vite, que même les gens les plus intelligents se sentent incapables de s’y adapter. 
Chaque jour, la vie est différente, et vous devez apprendre à nouveau, apprendre sans cesse. Vous ne pouvez pas cesser d’apprendre, c’est un processus qui doit durer toute la vie. Jusqu’au jour de votre mort, vous devrez rester un apprenti, c’est indispensable pour rester sain, pour éviter la névrose. Et la pression est grande - quarante fois plus grande.
Comment relâcher cette pression ? Vous devrez créer délibérément des temps de méditation.
Qu’est-ce que la méditation ? Osho, Éditions Accarias, L’Originel, 2010

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samedi 13 juillet 2019

Etre présent !


La moindre action, même la plus banale comme laver une assiette ou descendre les ordures, ou poser un objet sur la table, si je suis vraiment là, vraiment présent dans l’action, celle-ci devient alors source de paix, d’harmonie et de joie. 
Inversement, si par exemple je suis assis dans une salle où est joué un très beau concert, mais absorbé par des préoccupations, la plus belle musique peut me laisser indifférent, et même me procurer de l’ennui. 
La qualité de mon état d’être ne dépend donc pas des circonstances extérieures, mais de ma capacité à être présent, conscient.


René Sidelsky 

vendredi 12 juillet 2019

L'acceptation, par Eckhart Tolle


«Observez n'importe quelle plante ou n'importe quel animal et laissez-lui vous enseigner ce qu'est l'acceptation, l'ouverture totale au présent, l'Être. Laissez-lui vous enseigner l'intégrité, c'est-à-dire comment ne faire qu'un, être vous-même, être vrai. Comment vivre, mourir et ne pas faire de la vie et de la mort un problème.

 
J'ai vécu avec plusieurs maîtres zen : c'étaient tous des chats. Même les canards m'ont enseigné d'importantes leçons sur le plan spirituel. Le seul fait de les regarder est une méditation en soi. Ils flottent si paisiblement de ci, de là, bien avec eux-mêmes, en étant totalement dans l'instant présent, dignes et parfaits comme seules les créatures dépourvues de mental peuvent l'être. À l'occasion, pourtant, deux canards auront une prise de bec, parfois pour aucu­ne raison apparente ou parce que l'un d'eux a empiété sur le territoire de l'autre. L'altercation ne dure en général que quelques secondes, et ils se séparent, nagent dans des directions opposées et battent vigoureusement des ailes à quelques reprises. Puis ils reprennent leur paisible promenade sur l'eau comme s'il n'y avait jamais eu de bataille. 

Quand je les ai vus faire pour la première fois, j'ai soudainement compris que, en battant des ailes, ils se débarrassaient d'un surplus d'énergie, empêchant ainsi celle-ci de rester emprisonnée dans leur corps et de se transformer en négati­vité. Il s'agit là de sagesse naturelle, et c'est facile pour eux de l'appliquer parce qu'ils n'ont pas un mental qui maintient inutile­ment le passé en vie pour pouvoir en tirer une identité.»

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mercredi 10 juillet 2019

dimanche 7 juillet 2019

Entrer en vibrations

On ne connait sûrement pas assez le pouvoir d'être en communion...

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vendredi 5 juillet 2019

Apprendre à se reconnaître dans notre nature essentielle


Nous connaissons cet adage attribué à tort à de nombreux philosophes : « Deviens qui tu es » et que nous devons restituer à son auteur : Pindare (5è siècle avant J.C.), sans omettre de mentionner ce qu'il a lui-même ajouté : « ... quand tu l'auras appris. »

C'est bien d'un apprentissage qu'il s'agit, dans lequel nous devons nous engager : nous reconnaître dans ce que nous sommes au plus profond, reconnaître ce que nous ignorons de notre nature d'être humain, pleine, une, en ordre.

Sur la voie du zen, nous sommes invités à réintégrer notre part ignorée, oubliée, négligée et cependant non manquante. Nous nous en sommes privés en raison de cette conscience objectivante qui sépare, cloisonne et divise.


Alors que devons-nous apprendre ? Que nous sommes déjà ce que nous cherchons ?
Certes... Mais comment l'apprendre ? Nous devons nous mettre en mesure d'avoir foi en cette émanation du corps vivant, qui, tout à fait silencieux et immobile, nous révèle à nous-mêmes en dehors de toute singularité et de toute identité. La méditation - le corps méditant - nous met en condition de penser autrement, c'est-à-dire à partir d'un principe d'unité des contraires. Nous devons apprendre à laisser le corps « émaner » et nous enseigner ce dont il procède, le laisser développer cette aptitude à le manifester.

Apprendre à laisser : voilà en quoi réside notre tâche dans laquelle nous avons à nous engager avec la plus grande opiniâtreté. Laisser le corps vivant œuvrer... nous ne pouvons pas nous borner à penser que « nous sommes », nous devons apprendre à laisser le corps vivant nous révéler que nous sommes.

Nous avons la chance de nous asseoir chaque jour et de nous sentir être poussé malgré soi et d'une manière irrépressible par le souffle qui s'impose à nous et nous oblige. Une poussée dans notre devenir qui coïncide avec la fermeté d'un « être-là ». L'éprouvé immédiat qu'être et devenir de s'opposent pas, nous ouvre cette autre compréhension de nous-mêmes.

La rigueur d'une discipline exigeante qui prend corps dans la tenue (« prendre corps » n'est pas une métaphore) et dans cette verticalité, celle de quelqu'un qui assume totalement à l'instant son être-là et la situation telle qu'elle se présente, associée à l'acceptation d'un processus de transformation qui se révèle dans la forme fluide, souple et transparente, donne lieu à une expérience phénoménale (sensorielle) de l'unité des contraires.

Agir et non-agir, fermeté et abandon, apparaissent « un » dans l'expérience et donne à sentir ce que le mental ne peut ni réunir ni exprimer. Il nous faut bien apprendre à reconnaître cela, à prendre en compte le fait que nous sommes cette expérience. Il nous faut aussi apprendre à penser et à vivre à partir de cette expérience afin de ne plus nous limiter aux conditionnements de notre conscience objectivante.

Le corps vivant nous apprend, il faut apprendre à le laisser nous apprendre le Tout Autre (selon l'expression de Dürckheim), nous-même – Tout Autre : non pas quelque chose, non pas rien, alors quoi ? Un éprouvé qui émane du corps méditant.
Apprendre à laisser les choses s'engendrer d'elles-mêmes parce qu'il n'y a rien à faire. La vie devient alors une œuvre d'artiste, fruit d'un long travail (apprendre) et d'une liberté (laisser) dégagée de tout vouloir. L'activité de reconnaissance de ce que nous sommes est bien celle que nous devons apprendre, elle siège dans chaque exercice sur la voie, elle est indissociable de l'acte d'être.


Une parole d'artiste saura nous engager sur ce chemin : « Parvenir à “être sans vouloir”, cela demande une activité intense, l'air de rien. » 
(Fabienne Verdier - « Entretiens avec Charles Juliet ») 

 Dominique Durand

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