lundi 31 décembre 2012

De Noël à l'épiphanie... par Michel Serres

Le mot manifestation est emprunté à la langue latine dans la chrétienté. Le premier à l'employer est Saint Augustin dans La Cité de Dieu. Le sens en est révélation, apparition, en parlant du Christ.
Plus tard le mot prend le sens d'expression publique d'un sentiment ou d'une opinion.
Au XIXe siècle, il est employé dans le sens moderne de rassemblement ayant pour but de rendre publiques des revendications. Puis, manifestation est employé pour désigner un spectacle, une exposition, une célébration.

Michel Serres nous emmène vers l'Epiphanie, 
du secret à la lumière,
 en passant par la porte de la manifestation : (2 min.)

(source : extrait du sens de l'info, sur France Info)

dimanche 30 décembre 2012

Serviteur inutile par Olga Lossky


Chaque jour, en remontant la rue, je le croise. Toujours debout à la même place, entre un platane et un parcmètre. Le même survêtement délavé, le même pull aux mailles fatiguées, quelle que soit la couleur du ciel. On pourrait croire qu’il guette l’autobus ou qu’il surveille le ballet des voitures. Mais il reste muré dans son silence, le regard lointain, indifférent à l’agitation environnante. Il semble qu’il n’attende plus rien de cette vie, lui qui n’a visiblement ni table où s’accouder, ni toit sous lequel s’étendre. Il a atteint le dépouillement de toute chose, qui est peut-être un état de grande sagesse, peut-être simple hébétude. Il ne cherche même plus à s’activer, à faire mine d’avoir un emploi du temps pour donner le change. Sur cette limite extrême où il marche tel un funambule, on sent le néant proche ; il contemple la vacuité vertigineuse d’une vie réduite aux sensations de l’instant, mais il est possible qu’il ait aussi trouvé là une plénitude de sens. 


Dans nos agendas saturés d’activités que nous impose une existence faite de loyer à payer, de réseau social et d’ambitions professionnelles, aucun créneau disponible pour une telle rencontre avec le vide. Et pourtant, quand surgit sur la route l’imprévu d’une maladie, d’un deuil, d’un événement non programmé – heureux ou tragique – tout peut soudain voler en éclat. Malgré le cadre rassurant de nos habitudes, c’est alors comme si plus aucune perspective ne s’ouvrait face à nous. Nous parcourons d’un œil creux la liste des obligations qui composent notre vie, sans y trouver du sens. Nous pourrions aussi bien être cet homme debout au milieu de la chaussée, qui passe sa journée à ne rien attendre.

C’est alors que peut se produire une rencontre avec le Tout-Autre. Dans ce qui nous semble une descente aux enfers intérieure, nous découvrons, au milieu du vide qui nous habite, une Présence. Présence à laquelle le tourbillon de nos activités nous avait rendus aveugles. Présence si humble que rien sinon la solitude forcée où nous nous trouvons permet d’en discerner les contours. Présence si grande et si éclatante qu’elle est de taille à emplir le néant qui menaçait de nous engloutir. À nous de savoir alors dire oui à cette rencontre, d’y voir du sens. Notre vie pourra ainsi reprendre forme, sans doute pas celle que nous programmions, mais qui sera faite d’un abandon confiant à la plénitude de l’instant vécu sous le regard de Dieu, sans souci de l’incertitude de l’avenir.


« Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17, 10). Voilà quelle peut être la clef de notre attitude face à la vie : accomplir avec sérieux notre tâche, nos obligations sans nous départir de la pensée que rien n’est indispensable, rien sinon ce face-à-face silencieux au plus profond de nous-mêmes. Chef d’entreprise ou sans-abri, garçon de café ou retraité, nous sommes des serviteurs inutiles, que nous soyons fourmis industrieuses ou cigales dépassées par la cadence trépidante de la société qui nous environne. Qu’il demeure seulement en notre cœur la certitude de cette Présence aimante, transcendante, par laquelle tout devient signifiant et qui donne à chaque seconde de vie, même la plus humble et la moins productive, son véritable contour. Nous ne sommes faits ni pour l’affairement excessif, ni pour le renoncement désabusé à toute forme d’activité ; nous sommes faits pour ce dialogue d’amour incessant mené au plus caché de nous-mêmes avec Celui qui constitue la racine de notre être et qui, de serviteurs inutiles, nous transforme en amis intimes de Dieu.


Issue d’une lignée de théologiens orthodoxes, Olga Lossky, 32 ans, est écrivaine et éditrice. Elle a rédigé la biographie de la théologienne Élisabeth Behr-Sigel. Ses romans Requiem pour un clou et la Révolution des cierges (Gallimard) ont été traduits en plusieurs langues.
(source : La Vie)

samedi 29 décembre 2012

Histoire de l'encens...spirituelle et médicinale

L'encens est produit à partir de la résine d'un groupe d'arbres appartenant au genre Boswellia, notamment Boswellia sacra, de la famille des Burséracées. Seul l'arbre mâle, haut de trois mètres à maturité, produit la précieuse résine, mais il faut attendre une bonne dizaine d'années pour qu'il fournisse un produit de qualité.

Phytospiritualité, pour votre fidélité, vous encense pour le dernier week-end de l'année, 
avant que l'année 2013 ne soit baptisée :




vendredi 28 décembre 2012

L'espérance au coeur de nos prisons...


Les larmes coulent beaucoup en prison, laissant l’administration pénitentiaire démunie. Car la source des larmes, inatteignable à la vue, est cachée, nul ne peut la saisir. 

Ces larmes qui sourdent de la fêlure que l’homme est à lui-même, sont donc une échappée qui ouvre sur une profondeur, sur un mystère qu’aucun savoir ne peut saisir. 

Elles nous rappellent que l’homme est plus grand que lui-même, plus grand que ses actes, plus grand que sa vie. Voilà pourquoi, au cœur du pire, il y a encore l’espérance.

Soeur Anne Lécu
Médecin en prison, elle est confrontée chaque jour à la souffrance physique et existentielle. 

Conseils pour accueillir les larmes :

1 Mettez-vous en présence de Dieu
Chaque jour, prenez un temps gratuit, de silence, pour Dieu. Soyez simplement là, sans rien faire, sans pas trop penser, en silence, comme un ami avec son ami. Et si vous tremblez de ne pas savoir quoi lui dire, murmurez un verset de psaume, ou une parole biblique, répétez-la sans vous y agripper.

2 Apprenez la lucidité
Lisez la Bible, tout spécialement l’Ancien Testament, et découvrez-y avec quel réalisme la vie des hommes y est contée. Au travers des histoires d’amour, de violence, de pouvoir, d’idolâtrie et de bonté, lisez-y votre vie, telle qu’elle demeure, et apprenez, à travers elle, à voir la réalité en face.

3 Éveillez-vous
Cultivez le goût du beau, de tout ce qui réjouit les sens : écoutez de la belle musique, lisez de la poésie, préparez avec soin le repas afin que votre vie soit hospitalière, accueillante. 

4 Faites preuve de sobriété
Fuyez ce qui anesthésie le regard et le cœur, et fuyez spécialement l’accusation mutuelle, y compris dans les petits détails du quotidien. Usez de sobriété envers les techniques qui ont envahi nos existences, et envers ces « divertissements » qui provoquent l’absence de présence à soi-même, aux autres et à ce qu’on fait.

5 Recevez les larmes comme un don
Ne recherchez pas les larmes, mais ne les fuyez pas non plus. Si elles vous viennent, accueillez-les comme un secret. L’expression « don des larmes », dont parle la spiritualité monastique, suggère qu’elles sont un cadeau à recevoir, venu de cette source intérieure sur laquelle on ne peut mettre la main. Un cadeau qui jaillit de ce fond de l’être que certains nomment la « trace de Dieu ». Laisser déborder ses larmes a quelque chose à voir avec la transcendance. Ce n’est pas seulement un signe de déploration. Les larmes sont aussi un réveil, car seuls les vivants pleurent. Qui pleure a le cœur brûlant.

mercredi 26 décembre 2012

Naissance de Jésus par Frédéric Lenoir


Petit extrait de "Comment Jésus est devenu Dieu" de Frédéric Lenoir
sur la naissance de Jésus  (3 min.):

lundi 24 décembre 2012

"Noël devrait être le temps d’une profonde réflexion" avec Pierre Rabhi



Entre une fête chrétienne qui n’est plus forcément vécue comme telle et le grand déballage consumériste auquel on assiste tous les ans, que signifie Noël pour vous ?
Noël est la commémoration de la naissance de Jésus-Christ, et cela reste pour ceux qui sont encore dans le giron du christianisme. Je constate que cette signification originelle s’est effacée au profit d’une conception plus laïque, et même païenne. Pour ma part, je ne suis pas un homme des commémorations. Vous savez, même pour mon anniversaire, je ne sais parfois plus bien où j’en suis.
En revanche, je récuse l’outrance avec laquelle se déroule aujourd’hui ce temps festif, qui est une occasion de se rencontrer et de manifester son attention aux autres. Cet excès trahit une société où on a perdu le sens de la vraie joie, qui ne s’achète pas. La joie n’est pas de nature commerciale. La preuve, on la rencontre chez des personnes qui vivent dans la misère. A contrario, chez nous, il n’est pas rare d’entendre que tout va bien – la famille, le travail, l’entreprise – mais que nous, on ne va pas bien. Car le matériel ne donne pas la joie. C’est quelque chose de profond, d’inaltérable, et de plus en plus rare dans notre monde d’aujourd’hui.
Peut-on se reconnecter à cette joie malgré l’inclination générale pour les plaisirs matériels ? Et comment ?
Je ne pense pas qu’il faut s’y reconnecter. La joie, nous l’avons potentiellement en nous. Il faut la cultiver, la nourrir et surtout s’affranchir de tout ce qui est anti-joie. La joie est au-delà du plaisir. Elle est de nature transcendante, intemporelle. Elle est d’une nature tellement spirituelle et profonde qu’elle n’obéit pas aux lois ordinaires. Nous avons tout sur notre planète pour être heureux. Mais devant une belle oasis, au lieu de s’émerveiller et de voir une source de joie pour les sens, pour l’esprit et pour le cœur, on voit un gisement. C’est la vulgarité de l’argent. Il faut repenser le sens de nos vies.
Je vais souvent en Afrique. Dans la brousse, je rencontre des êtres joyeux, qui sont loin de notre monde de consommation, où on consomme aussi beaucoup d’anxiolytiques ! Il faut reconquérir cette joie tranquille et naturelle, qui donne le bien-être suprême. Comme vous le savez, je suis d’une culture saharienne et musulmane. Chez moi, j’ai toujours vu les gens se réjouir très vite. On demande comment ça va et on a en face de soi un sourire lumineux et quelqu’un qui rassure que tout va bien et qui rend grâce à Dieu, « hamdoulah »… Aujourd’hui, le bonheur est une notion de plus en plus compliquée. Nous sommes dans une détresse incroyable.
De quelle manière vivez-vous cette fête de fin d’année chez vous, en Ardèche ?
Tout simplement. Avec mes cinq enfants, cinq petits-enfants, mes gendres et belles-filles, et des amis, cela fait beaucoup de monde (pour moi, la famille, c’est la famille élargie !). Chez nous comme ailleurs, Noël est une sorte de parenthèse après une année de tracas et de soucis à gérer. Mais c’est très simple. On mange sainement toute l’année, alors pourquoi ferions-nous une exception à Noël ? On fait quelques extra pour marquer le coup. J’aime beaucoup les huîtres… qui sont d’ailleurs un mets très simple ! Je ne dis pas qu’il ne faut pas de fête, au contraire. Les hommes ont toujours eu besoin de fêtes, de célébrations et de cérémonies, qui sont, comme la nourriture qu’on partage dans ces occasions, des prétextes à convivialité et à jubilation collective. Ce que je n’aime pas, c’est cette orgie dépensière, alimentaire, alcoolique, de jouets…
Ici, on a souvent des Noëls très joyeux, mais frugaux. À Montchamp, nous avons vécu sans électricité pendant treize ans. Quelques bougies qui dansent, un feu de cheminée devant lequel on est là, tranquilles, méditatifs… Pour moi, c’est le bonheur absolu. Et puis nous avons la compensation de paysages magnifiques.
Vous employez le mot « compensation », pensez-vous que cette orgie dépensière à la fin de l’année est une façon de compenser nos modes de vie inaptes à procurer la joie dont vous parlez ?
Globalement, quand on regarde la société moderne avec son effervescence productiviste, il n’est pas impossible que tous ces achats compensent les déficits de toute l’année. Ce relâchement est peut-être nécessaire dans nos sociétés incarcérées, déconnectées des joies de la nature. Mais est-ce que cela compense vraiment ? Quand on est proche de la nature, on peut se réjouir plus facilement, c’est vrai.
Noël correspond aussi à la fin des jours les plus courts de l’année, au solstice d’hiver qui annonce le temps de la chaleur, le temps solaire de l’été. La nature se réveille tout doucement, on voit les animaux qui évoluent aussi, la lumière revient… Tout est réglé comme une chorégraphie ; la nature est une scène merveilleuse !
Quels sont les plus beaux cadeaux que vous ayez reçus ?
Celui qui m’a le plus enchanté, enfant, c’est une trottinette. C’était extraordinaire ! Mais je m’amusais beaucoup aussi avec de l’ordinaire. Mon premier vélo a été un fil de fer tordu : c’était le guidon et j’avais imaginé tout le reste. Un bon jouet est un jouet qui provoque l’imaginaire, comme les poupées auxquelles les petites filles s’identifient. Ceux d’aujourd’hui sont beaux, colorés, perfectionnés, ils font du bruit… il n’y a rien à y ajouter. Ce sont des jouets qui amputent l’enfant de son imaginaire. Ils sont trop concrets, trop positifs, trop complexes.
J’ai aussi des souvenirs merveilleux des histoires que me racontait ma grand-mère. Aujourd’hui, enfants et adultes sont saturés de bruit, d’images, de paroles… On est sortis de l’oralité – mais, paradoxalement, la parole a perdu de sa valeur. Elle est devenue réservée aux choses ordinaires et, dans la société, l’espace de dialogue se restreint de plus en plus aussi.
Noël est-il une occasion de penser aux autres ?
Si l’on se réfère au message de Jésus-Christ, c’est un message de compassion et d’amour. Noël est une fête d’une charité profonde, mais le « business » s’en est emparé au point que c’est devenu un pur commerce. Pendant que nous festoyons, des enfants meurent de faim. Pour eux, il n’est pas question de jouets, un bol de soupe serait un cadeau. Nos poubelles sont mieux nourries que beaucoup d’êtres humains. Il est temps de prendre conscience de notre inconscience. D’une manière générale, je pense qu’il faut abolir l’humanitaire. Cesser de donner des sacs de riz, mais tout faire pour que des hommes puissent nourrir leur famille tout en soignant la terre. Les personnes que je forme en agro-écologie sont aussi des guérisseurs de la terre. Je suis en colère parfois, les solutions existent, mais on ne les applique pas. Noël devrait être le temps d’une profonde réflexion.
Propos recueillis par Isabelle Petiot

Un nouveau né pour un nouveau regard...

Depuis Intouchables, le philosophe Alexandre Jollien rêvait de rencontrer Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a inspiré ce succès de cinéma. Qu’à cela ne tienne, une réalisatrice suisse, Raphaëlle Aellig Régnier, a réuni ces deux hommes que 22 ans et bien d’autres choses séparent. De leur rencontre est né De chair et d’âme... 
Vous parlez souvent tous deux de vos combats contre la douleur, pour supporter le regard des autres… mais aussi de fragilité. Comment ressentez-vous l’idée d’un Dieu qui s’est incarné dans le nouveau-né de la crèche ?


Alexandre Jollien : Pour moi, Noël est un événement éminemment subversif qui vient convertir toute notre vision du monde et nos valeurs de compétition, de force, d’adversité, voire de concurrence. Un sauveur né dans une crèche, fragile, à la merci du premier venu, il se donne à l’humanité pour la sauver. Le message de Noël, outre le don, c’est peut-être aussi celui-ci. La fragilité peut devenir le haut lieu de la fécondité pour autant qu’on l’accueille sans protections, sans murs, sans masques.
La crèche m’invite à accueillir ma vulnérabilité et à prendre le risque de m’ouvrir à l’autre tel que je suis. Le Dieu des chrétiens n’est pas un Superman, ni un héros mais quel­qu’un, une personne qui sauve en donnant tout, en se donnant. 





Philippe Pozzo di Borgo : L’image du Dieu enfant innocent et désarmé et qui plus tard portera le poids et les misères du monde est, à travers son sacrifice, la plus grande espérance de notre humanité. La fragilité est une force tranquille, en devenir, à la lumière de cet accomplissement.


Source : interview du magazine La Vie


dimanche 23 décembre 2012

Une invitation à entendre la bonne nouvelle...


réponse à l'adresse suivante :

Rituels de l'avent (4) : la couronne


La couronne

On raconte que cette coutume serait née dans un orphelinat, à Hambourg, au XIXe siècle. Pour donner plus de ferveur aux prières, le pasteur Johann Hinrich Wichern allumait chaque jour de décembre un cierge disposé sur une roue. Cela formait une sorte de calendrier de l’Avent lumineux. Plus tard, la roue a laissé place à une couronne de verdure et les cierges se sont réduits à quatre. La forme ronde évoque la vie éternelle et notre attente du retour du Christ. Chaque dimanche de l’Avent, on allume une nouvelle bougie qui marque un palier : plus la lumière est intense, plus nous nous rapprochons de Noël. Les quatre bougies symbolisent  les grandes étapes du salut : le pardon accordé à Adam et Ève ; la foi des patriarches qui croient au don de la Terre promise ; la joie de David qui célèbre l’alliance avec Dieu ; et l’enseignement des prophètes qui annoncent un règne de paix et de justice. 
 Ingeborg, 65 ans, Schirmeck (67).
« Pendant l’Avent, je prends le temps de me couper du stress du travail et de méditer. La couronne m’aide à me plonger dans une atmosphère de recueillement grâce aux bougies. Au moment de les allumer, j’aime faire participer mes petits-enfants. Au fur et à mesure des dimanches, la pièce s’illumine et notre cœur se prépare de plus en plus à Noël. En Alsace, c’est une tradition de fabriquer soi-même sa couronne. Mes parents d’origine allemande m’ont appris la technique et je l’ai transmise à mes enfants. Je forme le cercle avec des branches de sapin : leur odeur me ravit en plein hiver. Je varie les couleurs et la décoration, avec des rubans, des pommes de pin, ou des fleurs séchées. »


Source : La Vie

samedi 22 décembre 2012

Notre infirmité à aimer... et à donner...

"À Noël, Dieu s’est fait homme. Cette fête nous rappelle ainsi qu’être pleinement chrétien, c’est être pleinement humain. Vivre l’Incarnation, c’est aussi cela : être attentif à ces choses simples, l’amitié, le partage d’un repas, d’un regard, d’un sourire."



Vivre Noël autrement :

Réveillons de la solidarité

Trait d’union entre ceux qui veulent donner et ceux qui sont le plus en difficulté, la Fondation de France lance un appel pour permettre le soutien de 150 réveillons solidaires partout en France. Ces réveillons offrent un moment de partage chaleureux et festif plus de 17000 personnes fragilisées dans leur quotidien. Ils créent un rempart contre la solitude des mères seules avec leurs enfants, des personnes âgées, des personnes sans domicile fixe, des personnes isolées… à ces moments de fêtes spécialement chargés de sens. Initiés par de petites associations, ces réveillons font participer des personnes en difficulté à toutes les étapes du projet. En les mettant au cœur de l’organisation de repas, de spectacles, de goûters, ils leur permettent de sortir d’une logique d’assistanat et de retrouver dignité et fierté.


Ce que je peux faire ?
Faire un don à la Fondation de France. 

Tél. : 01 44 21 31 96 - www.fondationdefrance.org

Les Pères Noël verts

Depuis plus de 30 ans, les Pères Noël verts donnent un coup de main au… Père Noël. Revêtus de leur houppelande couleur d’espérance, ils tentent de lutter contre l’exclusion sociale et veillent à entretenir les liens familiaux lors des fêtes de fin d’année. En récoltant dons et jouets neufs, ils permettent d’offrir des cadeaux et des réveillons à tous les enfants. Le Secours populaire propose également des libres-services de la solidarité, où les familles en difficulté ont la possibilité d’effectuer leurs courses de Noël : mets de réveillon, décorations pour la maison, sapins, livres et jouets neufs. Les enfants sont invités au cirque ou au cinéma et participent à des spectacles et goûters de Noël.
 En 2011, près de 170 000 familles ont pu vivre un vrai Noël de fête, grâce au Secours populaire. Pour cette nouvelle édition, l'animateur Nagui sera le parrain de l'événement.
Ce que je peux faire ? Offrir des jouets neufs au
 Secours populaire français.
Tél. : 01 44 78 21 00 - www.secourspopulaire.fr 

Le repas des Petits Frères

Les Petits Frères des pauvres recherchent activement des béné­voles dans toute la France. Leur mission ? Aider à la préparation et participer à un repas collectif de Noël les 24 et 25 décembre, conduire les invités sur les lieux et les raccompagner ensuite chez eux, rendre visite ou partager un repas au domicile d’une personne qui ne peut ou ne souhaite pas sortir. En 2011, plus de 2 000 bénévoles ont donné de leur temps, et près de 17 000 personnes ont ainsi pu profiter de la chaleur de Noël.


Ce que je peux faire ?
Devenir bénévole pour l’accueil.

Tél. : 0825 833 822 - www.petitsfreres.asso.fr

Entre voisins

Environ 4 millions de Français vont être seuls pour Noël… Voisins solidaires propose un kit de communication comprenant une affiche ainsi que des invitations à distribuer dans les boîtes aux lettres. L’association avance aussi quelques idées pour fêter Noël entre habitants d’un même immeuble, d’un même quartier ou d’un même village : organiser un concours de décor de bûches de Noël ; offrir des pochettes services (un baby-sitting contre une leçon d’anglais) ; échanger des recettes de cuisine ; glisser une carte de vœux sous la porte ; décorer ensemble le hall de l’immeuble ou encore partager une galette des rois.


Ce que je peux faire ?Prendre contact avec mes voisins.

Tél. : 01 42 12 72 72 - www.voisinssolidaires.fr

source : La Vie 2012

vendredi 21 décembre 2012

Début du commencement...

Les premiers chrétiens aussi attendaient la fin d’un monde. Et pourtant, ils ne pouvaient ignorer qu’il s’agissait à la fois d’un commencement et d’une libération. C’est ce que rappelle la fête de Noël et, au-delà de cette fête, tout le cycle de l’enfance du Christ. Selon le ­christianisme, tout est neuf. Tout est Nativité.

Je pense à ces mots simples que Paul écrivait à Tite : « Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvés. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés. » Les chrétiens ont beau admonester leurs contemporains, leur religion n’a rien d’un conservatisme ni d’un fatalisme, ni même d’un tranquille pessimisme. La foi se donne comme commencement. Ce n’est pas un hasard si dans la liturgie catholique ces paroles toutes simples et semble-t-il mille fois entendues sont lues à l’aurore de Noël, autrement dit au commencement du commencement, quand la lumière croît à nouveau. 

D’un côté, l’angoisse de la fin, du déclin, de l’épuisement. De l’autre, un enfantement et un émerveillement. Quand le brouhaha de la fausse apocalypse aura cessé, nous serons capables d’entonner le chant de Noël. Je trouve à la fois plaisant et signifiant que, ces prochains jours, le vrai début suive en toute discrétion la fausse fin.


Jean-Pierre Denis
Source : éditorial "La Vie " 2012

jeudi 20 décembre 2012

Le continent bonheur avec René Barjavel

« Nous ne nous préparons que des déceptions, si nous espérons que l'année qui arrive va nous apporter le bonheur. Elle ne nous apportera que son cortège habituel d'obligations, de travail, de satisfactions, d'embêtements, de soleil et de pluie. Ni les évènements, ni personne ne peuvent nous apporter le bonheur. 

[...] Le bonheur, votre bonheur, ne peut naître que de vous. Le bonheur, ce n'est pas une félicité continue, dans les bonnes odeurs, la bonne santé, l'amour partagé, l'haleine fraîche, le teint joli, et l'autoroute libre sous un ciel rose, qui se situe quelque part dans les possibilités de l'avenir, et qu'il s'agit d'atteindre pour s'y maintenir, à jamais. 

Le continent bonheur n'existe ni en géographie, ni en politique, ni en famille. Ni en 1976, ni en 1980 et la suite. Le bonheur, c'est vous, et c'est maintenant. Ne l'attendez pas demain ou tout à l'heure, vous ne l'attraperiez jamais. Vous ne pouvez être heureux qu'à l'instant même. »

René Barjavel

Journal du Dimanche 1976


mercredi 19 décembre 2012

Se jeter en Dieu (pour entrer en Avent) avec Alexandre Jollien


Que faire du cœur, des émotions lorsque ceux-ci ne sont pas en paix et nous font souffrir ?  Faut-il se fier à la seule raison ou existe-t-il une autre voie, qui prendrait en compte notre affectivité ? Souvent l’impuissance de la raison et de la volonté nous accable et, avec saint Paul, nous pouvons nous écrier : « Ce que je veux, je ne le fais pas ; ce que je ne veux pas, je le fais. » Nos tiraillements, nos incohérences invitent à réfléchir sur la manière d’être chrétien. Qu’il est dur de s’abandonner, périlleux de faire le grand saut dans la foi, bref, de vivre l’Évangile, tout entier. 
Comment le chrétien peut-il vivre son affectivité, comment l’Évangile peut-il imprégner notre mode de vie ? Dans ma quête, un livre m’a particulièrement éclairé. Écrit par le jésuite J.K. Kadowaki, le Zen et la Bible, chez Albin Michel, en appelle à une conversion de tout l’être, affectivité comprise. Précisément, il s’agit de cheminer vers une unité de l’être.
Dans la conversion, le corps ne doit pas être perçu comme l’adversaire à abattre. Précisément, pour que la Bonne Nouvelle puisse descendre dans le cœur, elle doit embrasser tout l’être, corps compris. Aussi la prière, l’amour ne sauraient se borner à une posture intellectuelle. Aimer ses ennemis, par exemple, peut n’être qu’un précepte théorique s’il n’a pas envahi la région de l’affectivité, s’il ne relève que d’un effort volontaire, voire d’une posture. De même, lorsqu’on parle d’abandon, c’est tout l’individu qui doit s’abandonner à Dieu. Pour ce faire, Kadowaki nous convie à faire de chaque phrase de l’Évangile une invitation à la pratique, un puissant appel à la metanoia. Surtout, ne laissons pas la parole devenir une rengaine dominicale.


L’auteur, qui a rencontré sur le tard le christianisme, tire de son expérience du zen quelques fécondes indications. Il pointe notamment le danger de limiter la religion à une vue de l’esprit quand se faire disciple du Christ, c’est mettre tout l’être au service du royaume de Dieu.
Mais donnons-lui la parole : « Pour recevoir le royaume de Dieu, il faut avec joie entrer chez soi et vendre tout ce qu’on a : c’est le total abandon. On doit revenir à son propre soi et alors abandonner ce soi avec toute la force de son esprit et de son corps. » Voilà qui est concret et invite assurément à un dépouillement de tout l’être.
Comme les moines bouddhistes méditent un koan, une énigme qui vise à sortir les disciples de leurs raisonnements logiques, chaque verset du Nouveau Testament peut devenir l’occasion d’écouter, de sentir, de vivre l’appel de Jésus pour l’enraciner dans sa manière d’être. Les paraboles, les gestes inattendus du Christ ne déconcertent-ils pas le légalisme, et les calculs intéressés ? J’aime relire ainsi les versets de Matthieu 16, 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Qui pourrait tenter de vivre ces lignes en restant dans les étroites limites de l’adhésion intellectuelle ?  Pourquoi ne pas renoncer à soi-même avec notre corps et notre âme pour être disciple du Christ ? 


Suivre Jésus, c’est assurément réorienter la totalité de sa personne, se changer soi-même, ouvrir son cœur, élargir son esprit. Au-delà des concepts, il sied avant tout de retrouver l’esprit d’enfance si cher aux Évangiles. Comme un enfant, c’est une unité, un corps, une âme, des sentiments, un tout qui va vers Dieu et se jette tout entier dans les bras du père.

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse.
Source : La Vie 2009

lundi 17 décembre 2012

Urgence du monde


Le monde entier vous appartient. Mais l’homme s’identifie à sa profession, à sa religion, à sa culture, à sa nationalité, à sa langue, à sa région, à son sexe, et ne considère qu’en tout dernier lieu qu’il est un être humain.
De nos jours,
 les gens se limitent à leurs pratiques religieuses, à leurs symboles et à leurs coutumes ; ils négligent le fondement spirituel – les Valeurs Humaines de compassion, de gentillesse, de co-opération, la paix de l’esprit, la joie, et un sourire qui ne se dément jamais !

Dans une société empoisonnée par la violence domestique et collective, il devient urgent de « mondialiser » la sagesse. Nous avons fait des pas de géants dans les domaines technologiques, mais nous nous sommes jusqu’à présent très peu penchés sur les besoins émotionnels et spirituels de l’individu.
Entretenir un sentiment d’appartenance avec le monde entier, s’élever au-dessus des considérations mesquines de couleur, de culture ou d’origine sociale, voilà l’urgence aujourd’hui. Nous ne sommes plus isolés dans des compartiments fermés, le monde est devenu une seule famille.


Sri Sri Ravi Shankar


dimanche 16 décembre 2012

Rituels de l'avent (3) : la crèche


La crèche

Le mot désigne au départ la mangeoire où la Vierge a couché son nouveau-né. Par extension, il renvoie à l’étable ou à la grotte où Jésus naquit. Dans la tradition, la première crèche est attribuée à saint François d’Assise, en 1223. Lors de la nuit de Noël, il rassembla les habitants dans une grotte, près de Greccio, en Italie : il la garnit de foin et fit dresser un autel au-dessus d’une mangeoire. Ces représentations furent remplacées par des figurines et entrèrent dans les maisons au XVIIIe siècle. La crèche met en scène la Nativité pour nous faire méditer sur son message : le mystère de l’Incarnation, de Dieu qui s’est fait homme, et la naissance de Jésus, non dans l’or, mais dans la pauvreté. 
Les personnages mentionnés par les Évangiles sont l’enfant Jésus, Marie, Joseph, les bergers avec leurs moutons et les rois mages. Au sommet de la crèche, on dispose l’ange qui s’est adressé aux bergers, et une étoile en référence à celle des mages. 

• Claude et Marylène, 61 ans, Bourges (18). 
« C’est dans le salon que nous installons la crèche. Sa présence nous rappelle l’arrivée prochaine de Jésus, et, surtout, les conditions de sa naissance : Dieu s’est fait chair pour nous, et pour vivre lui-même la précarité. C’est un message d’amour. L’Avent nous habille le cœur pour nous préparer à Noël en resserrant les liens entre les différentes générations. Nous aimons partager l’aménagement de la crèche avec nos trois petits-enfants, qui nous aident à décorer la maison. La nuit de Noël, nous plaçons l’enfant Jésus à minuit pile, avec toute notre famille réunie. »


samedi 15 décembre 2012

Méditation et relaxation pour un monde meilleur

Dès ma première méditation, j'ai eu l'impression de tomber en chute libre au fond de moi-même et une joie indicible m'a envahi. En quelques semaines, je me suis transformé. J’ai commencé à comprendre cette phrase mystérieuse : "Le bonheur n'est pas au-dehors, mais au-dedans de soi." Progressivement. la colère, l'anxiété, les peurs qui m'habitaient se sont estompées. Ce fut une bénédiction. 

 J'ai vu des écoles pourries connaître un changement à 180 degrés grâce à la méditation. Il ne s'agit pas d'un remède de surface : les jeunes qui méditent, ne serait-ce qu'une fois par semaine, apprennent à plonger en eux-même et une vraie force s'anime en eux. Pareil pour les profs. Quand nous aurons appris cela à un million de gamins, l'effet sera énorme. 

David Lynch 
La fondation du réalisateur oeuvre pour l'enseignement de la méditation aux enfants défavorisés. 
David Lynch médite 2 fois par jour pendant 20 minutes depuis 1973.
Source : Clés


Relaxation et yoga à l'école... un besoin réel des élèves :


Si, dès l'age de 8 ans, on enseignait la méditation, 
nous pourrions éliminer la violence dans le monde en une seule génération. 
 Dalaï Lama




vendredi 14 décembre 2012

Qui nous a Ravi Shankar ?


"j'ai essayé de sauvegarder l'essentiel, la spiritualité de cette musique et tous ses aspects, divertissants, méditatifs et virtuoses". 

"on ne sait jamais à l'avance ce que l'on va jouer. Cela dépend de l'humeur, de la salle, du public, 

de l'inspiration du moment. Dans la musique indienne, tout est réglé avec une précision quasi mathématique, mais tout doit jaillir dans la grâce de l'instant : une extrême discipline, accompagnée d'une totale liberté".

Ravi Shankar

jeudi 13 décembre 2012

ça sent le gaz... à effet de serre...


Une approche technique pour la réduction des gaz à effets de serre : quota, expérience avec le méthane, et biocarburants pour avion sont abordés...



mercredi 12 décembre 2012

Hymne au Zazen

Voici un très joli écrit par Hakuin Ekaku, traduit par Jacques Brosse, qui est un hymne à la méditation. Celle-ci nous révèlera toute la saveur de ce texte. 

Zazen-Wasan (Hymne au Zazen)

Depuis l'origine, tous les êtres vivants sont Bouddhas.
C'est comme l'eau et la glace,
Sans eau point de glace,
Hors de nous point de Bouddhas.

Pourtant nous allons chercher au loin ce que nous avons sous la main,
Comme un homme qui dans l'eau crierait "J'ai soif !"
Comme un fils de riche naissance
Qui vagabonderait interminablement parmi les misérables,
Nous errons sans fin dans les six mondes *
Victimes des illusions de l'égo
Empruntant  des chemins toujours plus obscurs.

Quand pourrons-nous échapper à la naissance-et-mort ?
La porte de la liberté est la samâdhi du zazen,
tel est le Mahâyâna suprême,
Au-delà de toute louange.

Observer les préceptes, le don, le repentir,
Pratiquer d'innombrables bonnes actions et un mode de vie juste
Tout cela trouve sa source au zazen.

S'y asseoir, ne serait-ce  qu'une seule fois,
Dissout tous les obstacles et purifie le karma.
Où sont donc les chemins obscurs dans lesquels nous nous égarions ?
la terre pure du Lotus n'est pas loin.

Si par chance vous entendez cet enseignement,
Admirez-le, vous y trouverez la joie pure
Et le bonheur sans limites.
Si vous vous y consacrez, vous découvrirez,
Au-dedans de vous, votre propre nature.
Votre vrai moi est non-moi
Vous voilà loin des ratiocinations** inutiles.
S'ouvre la porte de l'unité de la cause et de l'effet,
Il n'y a pas plus de 2 ou 3 voies,
Mais une seule, droit devant vous.

La forme est désormais non-forme.
Que vous alliez ou que vous veniez,
Vous ne quittez jamais la maison.
Notre pensée est maintenant non-pensée,
Notre danse et nos chants sont la voie du Dharma.
Illimité est le ciel de la pure contemplation !
Limpide et brillante la pleine lune de la sagesse !

Qu'y a-t-il encore à chercher?
Que nous manquerait-il ?
Cett terre est la Terre pure du Lotus,
Ce corps même est le corps du Bouddha.


Hakuin Ekaku (1686/1769)

* les 6 mondes composant le Samsâra 
** Abus de raisonnement 

lundi 10 décembre 2012

Tanguy Chatel : faire confiance à la fécondité de la vie

Sociologue des religions, bénévole en soins palliatifs et membre à ce double titre de l'Observatoire de la fin de vie, Tanguy Châtel a mené au printemps dernier une étude sur Les Français et la mort, à travers des entretiens approfondis, notamment auprès de personnes ayant vécu un deuil plus ou moins récemment. Il revient sur le rapport que nous entretenons avec le deuil et ce qui peut nous aider à le traverser.
Tanguy Châtel, aux Éatas généraux du christianisme. © Stéphane Ouzounoff/Ciric pour La Vie
Tanguy Châtel, aux États généraux du christianisme. © Stéphane Ouzounoff/Ciric pour La Vie
Quel rapport entretenons-nous avec la mort aujourd’hui ?
Notre rapport à la mort évolue depuis une dizaine d’années. Il y a environ cinquante ans, dans le contexte de la modernité, la mort est devenue taboue. Echappant au contrôle, elle était antinomique au matérialisme et a donc été évacuée. En a découlé une société dite « pathologique » car dans le déni d’une réalité pourtant fondamentale. Mais aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle quête de sens face aux questions de la mort et à la souffrance. Il y a un retour à quelque chose de plus sain.
Lorsqu’on interroge les Français, on se rend compte que beaucoup vivent des expériences de proximité avec la mort. Nous avons tous perdu un proche ou eu peur de perdre un proche. Et le deuil reste une expérience marquante, que cela soit la mort d’une tante, d’un père et cela même cinquante ans après. Pourtant, si la mort fait toujours partie du paysage intérieur des personnes, elle ne s’exprime plus dans la société. Nous manquons d’outils et de paroles pour la vivre socialement. Le rituel autour du décès, par exemple, faisait jusqu’à présent sens pour tout le monde. Mais dans une société matérialiste et individualiste, nous tendons à tout personnaliser. Or, la cérémonie funéraire n’est pas juste une commémoration du défunt, c’est une célébration de la vie qui continue malgré la mort. Et cette célébration ne peut se faire que s’il y a, en son cœur, un langage partagé. Sinon sommes-nous bien sûrs de célébrer la même chose ? Il en est de même pour le deuil qui était autrefois géré collectivement : la société décrétait le moment où l’on était apte à quitter l’habit noir et à reprendre pied dans la vie. Aujourd’hui, les personnes sont davantage livrées à elle-même, avec des aspects positifs : je fais mon deuil à mon rythme et selon mon identité profonde. Mais un risque aussi : chacun est obligé d’improviser et peut se senti démuni.
L'illusion est de croire qu'un deuil doit être « fait » rapidement. Nous avons du mal à accepter que la mort puisse profondément nous affecter, alors on s’en débarrasse le plus vite possible. Mais un deuil fugitif peut devenir pathologique.

Qu'est-ce qu’un « bon » deuil, selon ce que vous avez observé ?
Le bon deuil est celui qui est assumé. L’image de la digestion peut illustrer cette idée : selon nos organismes propres, la vitesse d’assimilation varie. C’est la même chose pour le deuil : pour les uns, cela va prendre trois mois, pour d’autres trois ans, et pour certains cela ne va jamais s’arrêter. On est aujourd’hui dans un schéma de pensée où vie et mort sont antinomiques, considérant que si l’on est en deuil, on ne peut pas être pleinement vivant. Or la question n’est pas comment vivre malgré la mort, mais comment vivre avec la mort. La science biologique nous apprend qu’au niveau cellulaire, la mort est présente à chaque instant dans une espèce de danse avec la vie. Nous sommes à chaque instant, comme l'explique l’immunologiste, Jean-Claude Ameisen, pour partie en train de mourir et pour partie en train de renaître. Si cette conception de la vie et de la mort s’interpénétrant est intégrée, il est alors possible de considérer autrement la question du deuil. Comment vivre malgré l’absence ? Je ne vais pas recommencer à vivre quand j’aurai fait le deuil de l’absent mais quand j’aurai intégré l’absent.

Et cela n'a rien de volontariste ?
Non, c’est le deuil qui travaille pour nous. C’est lui qui nous impose un rythme naturel en fonction de notre personne. C’est une partie inconsciente de nous non maîtrisable qui fait ce travail. Nous ne sommes plus dans le contrôle. On peut considérer que le deuil est fait lorsqu’un matin au réveil, on constate que le manque n’est plus le même, que quelque chose est passé derrière soi. L’indicateur est non prévisible et non programmable.

Comment partager son expérience quand on est en deuil ?
Tout d’abord, tout n’est pas exprimable. Il y a certaines choses qu’on ne peut pas partager. Non pas qu’il faille les cacher mais parce qu’on ne peut pas mettre de mots sur tout. Ensuite, ne pas pouvoir être entendu peut être effectivement une souffrance. Mais l’entourage, trop souvent, s’imagine que son rôle est de rassurer ou de faire taire les souvenirs douloureux. Or, accompagner, c’est se tenir là, sans forcément parler. Celui qui console est celui qui dit : « Je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire, mais je ne pars pas en courant face à ta souffrance. » Et dans cet aveu d’impuissance, nous nous rapprochons de l’autre dans son impuissance. Pour l’aider, il faut se débarrasser de l’idée qu’on pourrait faire quelque chose pour lui. L’aide ne se trouve pas dans le faire, mais dans la qualité de présence, qui peut d’ailleurs se faire à distance, par le biais de petits messages, par exemple. Et sans forcément attendre de réponse.
Par ailleurs, certaines personnes ressentent le besoin de parler, de se confier à postériori. Tout ne peut être en effet exprimé au moment du deuil. C’est une parole de vie qui a besoin d’être déclinée au fur et à mesure qu’elle est ruminée.

Le deuil permet-il de se reconnecter au spirituel ?
Je dirais même que tout deuil est spirituel dans la mesure où l’expérience de la perte nous renvoie à notre identité profonde. Nous n’existons qu’au travers du regard de l’autre. Ce sont tous les tissus et les liens que je construis dans ma vie qui me font exister. Lorsque je perds un proche, je meurs. Car je suis amputé, arraché, dénaturé. La question du « qui suis-je ? » se pose donc avec presque la même intensité que pour la personne qui s’apprête à mourir car nous sommes tissés de l’autre, et pas seulement en interaction avec l’autre. La perte vient bousculer le lien qui me constitue et me fait réaliser que je ne suis pas réduit à mon seul corps. Le deuil est spirituel en ce sens qu'il nous place devant un choix profond : celui de mourir ou de renaître.
Le champ du religieux ressurgit aussi au moment du deuil, pour être questionné, éventuellement écarté, réapproprié ou ajusté. Cela passe par exemple par l’organisation de la cérémonie, événement central dans le processus du deuil. Désire-t-on qu’elle soit laïque ou bien religieuse ? Quels textes choisir ? La religion retrouve ainsi un espace porteur de sens.

Comment renaître ?

En ne se maintenant pas dans le passé. Certains ont peur, en allant de l’avant, de trahir le défunt. Or renaître ne veut pas dire oublier mais continuer de vivre malgré l’absence. Il faut vouloir espérer, se mettre en route tout en acceptant de baisser la garde. Dans le processus du deuil, il y a une nécessité de survivre et un désir de vivre. La survie est de l’adaptation alors que la renaissance est une vitalité neuve. Mais il ne faut surtout pas se culpabiliser de vivre une période dépressive après un deuil.
Durant cette « période hivernale », il est capital d’écouter ses intuitions car ce sont elles qui sont au plus proche de notre désir de vivre. En allant sur la tombe du défunt par exemple, ou en retournant sur tel ou tel lieu porteur de sens. Il est capital aussi de ne pas rester seul et de ne pas hésiter à solliciter des associations avec des gens qualifiés. Et pendant cette période où l’on survit plus qu’on ne vit, ne pas précipiter les choses et faire confiance à la fécondité de la vie malgré la mort.

source : La Vie

Course avec fin...



"Un jour, il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation, qui n’est pas de produire et de consommer sans fin, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes".



Pierre Rabhi

dimanche 9 décembre 2012

Rituels de l'avent (2) : le sapin


Le sapin

Au cœur de l’hiver, le sapin au feuillage vert irradie de vie alors que le reste de la nature semble mort. Dès l’époque romaine, il est entré dans les foyers comme promesse du retour du soleil. 
La première mention de l’arbre de Noël tel que nous le connaissons remonte au XVIe siècle, en Alsace. Si le sapin est un symbole païen depuis longtemps, son sens chrétien s’avère lui aussi ancien.
Au Moyen Âge, il trônait au centre de la scène lors de la représentation du mystère du Paradis, l’histoire de la Création qui était jouée sur le parvis des églises la veille de Noël. 
Représentant l’arbre de la connaissance du bien et du mal, on l’avait choisi pour sa vitalité, annonciatrice de la lumière du Sauveur. À ses branches, on suspendait des pommes en rappel du péché ori­ginel. Après l’interdiction des mys­tères, l’arbre fut conservé comme rite pour attendre Noël.

 Mady, 29 ans, Saint-Ouen (93). 
" Chaque année, mes quatre sœurs et moi-même attendions avec impatience le moment de décorer le sapin de Noël. Malgré les tensions entre nous et les difficultés de la vie, il nous réunissait toujours dans la joie avec nos parents. Il est important que chacun prenne le temps de participer et personnalise la décoration avec ses créations ou avec ses idées. Le plus jeune d’entre nous mettait la touche finale en déposant l’étoile tout en haut du sapin. Les tra­ditions de l’Avent sont l’occasion de partager des moments en famille. Aujourd’hui, je veille toujours à ce que la maison prenne vie et soit bien décorée. Noël annonce la venue du Christ, nous devons l’accueillir de façon digne. Cette période fournit une bouffée d’énergie pour se préparer à la nouvelle année liturgique."

Source : La Vie

samedi 8 décembre 2012

Bain de douceur

Cette vidéo pourra peut-être vous rappeler un certain état d'être.




vendredi 7 décembre 2012

jeudi 6 décembre 2012

La mystérieuse force d'attraction du zen ! par Jacques Castermane

Est-ce une mode ? Une tendance à l'exotisme ? Une tendance à fuir les problèmes auxquels nous sommes quotidiennement confronté ? Non. Aujourd'hui, le zen est perçu comme un chemin de guérison d'une maladie qui est propre à l'être humain : le mal-être intérieur, un dessèchement intérieur, un sentiment d'inquiétude et souvent même d'angoisse.

Le zen, à travers une lecture ou par la rencontre d'une personne qui chemine sur cette Voie, suscite une promesse : la promesse d'une libération du vrai soi-même, d'une manière d'être authentique. La promesse d'un changement doit alors être transférée dans la pratique du changement : l'exercice, sans lequel le zen reste un concept. 


L'exercice fondamental, le plus simple, est la pratique méditative sans objet appelée zazen. Il ne s'agit pas d'un exercice préparatoire à un changement éventuel pour après ... pour plus tard. L'exercice, lorsqu'il a ses racines dans le monde du zen, est le champ du changement ainsi que le moment du changement. Ce que rappelle un maître zen du douzième siècle, Dogen, qui pose à ses disciples une question qui devrait éveiller notre attention : « Si tu ne trouves pas le calme ici et maintenant, tu le trouveras où ? tu le trouveras quand ? ».


Dogen ... le zen ... zazen ... ! Est-ce une invitation à devenir Bouddhiste ? Non. Après un séjour au Japon d'une dizaine d'années, Graf Dürckheim écrit : « Face au zen, deux attitudes sont possibles : on peut soit accepter de se convertir au Bouddhisme, soit accueillir ce qu'il renferme d'universellement humain. Seule m'importe la seconde attitude. »


Jacques Castermane

mardi 4 décembre 2012

Christian Bobin : « ce qui reste est comme une pépite d’or »


« Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le cœur arraché vivant… 
Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan. Comme si périodiquement nous étions remis à neuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous installer, de ne pas nous habituer. La vie a deux visages : un émerveillant et un terrible. Quand vous avez vu le visage terrible, le visage émerveillant se tourne vers vous comme un soleil. 

Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée.

Mon père, mort il y a maintenant 13 ans, n’arrête pas de grandir, de prendre de plus en plus de place dans ma vie. Cette croissance des gens après leur mort est très étrange. Comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire : « Ça y est, je l’ai lu. » La vision de mon père change avec le temps, tout comme moi-même je change. Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s’assombrit puis s’éclaire de façon toujours surprenante. La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil. Elle nous ramène à l’essentiel, vers ce à quoi nous tenons vraiment. »

Entretien avec Christian Bobin 
extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"