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samedi 24 mai 2025

Pas d'excuse


"Vous vivez tous prisonniers de cette tragique maladie : "du moment que j'ai une excuse, ça va". Vous avez cette mentalité dans l'existence, vous avez cette mentalité sur le Chemin et vous ne vous en rendez pas compte. C'est une mentalité infantile. "Je ne suis pas responsable. Il suffit que je puisse me justifier".

Vous êtes entièrement responsables. Tout le reste est mensonge.

Vous n'avez une chance sur le Chemin que si vous gravez une fois pour toutes cette devise au fond du cœur : "A partir d'aujourd'hui, je n'accepte plus une excuse en ce qui me concerne". Acceptez-les en ce qui concerne les autres ; vous n'êtes pas responsables de leur faiblesse. Arrachez de vous cette mentalité moderne : du moment qu'on a une excuse, on est justifié.

Si on me demandait maintenant : mais qu'est-ce qui fait vraiment le disciple ? Je répondrais : c'est quelqu'un qui a définitivement rayé de sa vie l'idée qu'il puisse être excusé. "Rien ne me servira d'excuse, jamais ; il n'y a que le résultat qui compte. Si ça ne marche pas d'une façon, je m'y prendrai d'une autre."

Ceux qui ont la mentalité de l'excuse dans la vie ont la mentalité de l'excuse sur le Chemin. Tout devient une excuse pour ne pas mettre l'Enseignement en pratique ou pour ne pas progresser.

...

Le mental, c'est le mensonge. L'ego ne peut survivre que dans le mensonge.

"Tant que je réussirai à me mentir, tout ira bien". Cela ne peut vous mener nulle part. Il faut que vous vous réveilliez : "plus aucun mensonge ne peut m'intéresser ; coûte que coûte et à n'importe quel prix, je veux la vérité. Je ne veux plus me mentir en ce qui concerne le Chemin et je ne veux plus me mentir en ce qui concerne l'existence". (...) Les excuses vous servent à mieux vous mentir. "Ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas de ma faute".

Vous n'avez aucune chance d'aucune sorte, je vous le dis de tout mon cœur, si vous acceptez une excuse !

Pas d'excuse.

Extraits du livre d'Arnaud Desjardins : un grain de sagesse (Editions la table ronde)

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lundi 31 mars 2025

Disciple



Demander « qu’est-ce qu’un bon disciple ?» c’est comme demander « qu’est-ce que bien aimer ? » On a toute la vie pour apprendre à aimer et surtout à « bien aimer » !
Ecoute et obéissance proviennent du même verbe : obedere, qui signifie à la fois « prêter l’oreille » et « être soumis ». Cette obéissance n’est pas obéissance à une loi extérieure, mais une adhésion du cœur à un autre cœur, une adhésion du souffle à un autre souffle. C’est une écoute vivante, une écoute en action…
L’obéissance, l’écoute cela peut être l’écoute de quelqu’un qui est pour nous comme une colonne vertébrale, quelqu’un qui nous redresse, qui nous remet dans notre droiture. Et puis, à un certain moment cela peut être l’obéissance au réel, à l’unique réel qui prend la forme d’un visage ou d’un enseignement afin de nous guider.
C’est quelquefois aussi obéir au vent qui nous sépare de l’arbre, qui nous conduit – où ? là où va le vent.
Mais le disciple ne sait pas toujours là où il va. Souvenons-nous de ce que Jésus a dit : « Celui qui est né de l’Esprit, on ne sait ni d’où il vient, ni où il va ; comme le vent, tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ».
S’il est vrai qu’au niveau psychique il est important de savoir d’où l’on vient et où l’on va, de quelle famille, de quelle lignée, de quelle tradition l’on vient, au niveau spirituel, au niveau pneumatique on ne sait plus parce qu’il n’y a plus d’avant ni d’après, il n’y a que l’instant. Alors à ce moment là, le disciple est vraiment le fils de l’instant.

L’instant présent est le lieu de la Présence et il s’agit d’écouter et d’obéir instant après instant.

Jean-Yves Leloup dans "Guérir l’esprit"

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vendredi 5 avril 2024

La rencontre avec Arnaud Desjardins (partie 2)

 Ce second extrait raconte sa rencontre avec son maître, Arnaud Desjardins. (voir la 1ère partie)

Revue Acropolis : Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Arnaud Desjardins ?


Gilles FARCET : À l’âge de vingt-trois ans, j’ai donc rencontré Arnaud Desjardins avec qui je me suis tout de suite senti en confiance. Dès notre premier contact – j’ai assisté à une réunion qu’il animait – je me suis trouvé à ma place et ai eu le sentiment d’avoir essentiellement découvert ce que je cherchais. Tout le travail restait encore à faire, mais il me semblait avoir trouvé mon « école ».

Revue A. : Cela, vous ne l’avez jamais remis en question !

G. F. : Non. Si Arnaud Desjardins a beaucoup d’admirateurs, il a aussi ses détracteurs. Comme toute personne en sa position, il fait l’objet de critiques et de jugements parfois très sévères et tranchés. Je crois avoir toujours laissé monter en moi les doutes et les interrogations, parce que cela fait justement partie de l’enseignement de ne rien refouler et de regarder ce qui monte en soi sans se voiler la face ; mais jamais je ne me suis véritablement posé de « problème » vis-à-vis de sa transmission ou de telle ou telle de ses attitudes. Beaucoup de gens passent leur temps à chercher la petite bête, à se demander si le maître qu’ils prétendent suivre – surtout s’il s’agit d’un occidental ordinaire dont l’existence n’est pas exempte de difficultés courantes – est bel et bien éveillé, bien ceci, bien cela, s’il est « mieux » ou « moins bien » que tel autre, etc.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti Arnaud comme profondément bon et honnête, enraciné en sa profondeur, animé par le désir non-égoïste de venir en aide à autrui et ne parlant que de ce qu’il avait lui-même vécu et expérimenté. J’ai eu par la suite l’occasion de le fréquenter d’assez près dans des situations diverses et il ne m’a jamais déçu, peut-être parce que mon aspiration de départ était claire et que je ne cherchais ni un super-héros ni un yogi miraculeux mais un maître, un guide en d’autres termes une personne parvenue à la maîtrise et capable de m’indiquer comment moi-même progresser vers cette maîtrise. Le fait de me sentir à ma place auprès de lui ne m’a pas empêché de m’ouvrir à d’autres formes et à d’autres voies, ainsi qu’en témoignent mes articles et mes livres, notamment le dernier, L’Homme se lève à l’Ouest, Les nouveaux sages de l’Occident, paru chez Albin Michel. Lui-même m’a encouragé à rencontrer des Sages, des disciples, et des maîtres. Ni sectarisme ni fermeture, donc, mais un nécessaire enracinement.

Revue A. : Cette relation existe toujours ?

G.F. : Oui, bien sûr. Je crois qu’elle ne saurait être brisée. Encore faudrait-il savoir de quelle relation nous parlons… Si j’évoque « ma » relation avec Arnaud Desjardins, on aura l’impression qu’il s’agit des rapports qu’entretient Gilles Farcet, 33 ans, écrivain et journaliste, avec Arnaud Desjardins, 66 ans (2), auteur de livres et gourou… Or il ne s’agit pas de cela. Certes, ma personnalité entretient effectivement des rapports avec la sienne, nous nous entendons plutôt bien. Je veux bien que l’on me dise que j’ai cherché en lui mon père, c’est tout à fait vrai, d’autant plus que je l’ai rencontré en pleine période de formation, alors que je terminais mes études et ne gagnais pas encore ma vie. Mais là n’est pas l’essentiel. Car après tout, j’ai eu la chance d’approcher beaucoup d’autres personnes remarquables et même susceptibles de me fasciner davantage sur le plan artistique ou humain. Le cœur de la relation est d’un autre ordre.

Il ne s’agit pas tant d’une relation entre deux personnes que d’une relation entre un maître et un disciple, ou un apprenti-disciple, ou un apprenti­-apprenti-disciple, je ne sais pas… quelqu’un qui, en tout cas, essaie sincèrement de suivre le chemin proposé. Et cette relation, finalement, est à la fois extrêmement personnelle et tout à fait impersonnelle.

Si cette relation a vraiment été établie, elle ne peut pas être brisée. Elle ne se situe pas sur le seul plan immédiatement humain, elle transcende les formes transitoires.

Revue A. : Pourquoi dites-vous : « Si cette relation a vraiment été établie… ? »


G.F. : Parce qu’en cette matière, il convient de rester très prudent. Cela se vérifie dans le temps. Voilà une dizaine d’années que je m’expose à cette influence. Ce n’est pas mal mais, en même temps, c’est court et je suis encore jeune. Rendez-vous dans vingt ou trente ans…

C’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître.

Revue A. : Peut-on parler de filiation d’idées ? Où se situe d’après vous l’origine de cette relation ?

G.F. : Elle part de l’essentiel pour aboutir à l’essentiel. Dürckheim (3) distingue ce qu’il appelle le niveau essentiel du niveau existentiel. Dans la mesure où le maître a retrouvé au plus profond de lui-même ce qui constitue l’essence, la réalité ultime de tout être vivant, c’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître. Tout appel authentique, tout élan vrai vers le maître et ce qu’il transmet procèdent de l’essence. La relation de maître à disciple se manifeste certes sur le plan existentiel : je puis téléphoner au maître, déjeuner avec lui, prendre le train en sa compagnie, avoir avec lui des entretiens… mais ce n’est là que l’apparence. L’important se joue dans l’ordre de l’essence.

Tout maître authentique est véhicule et serviteur d’une essence universelle et impersonnelle, laquelle utilise ses qualités et aptitudes humaines pour se manifester. Aussi le maître s’adresse-t-il de l’essence à l’essence, « de mon âme à ton âme, de mon être à ton être, de mon cœur à ton cœur », comme le dit la belle expression traditionnelle. Sur ce plan, le gourou n’est pas un autre que le disciple.

Mon essence – ce que je suis, au-delà de toutes les particularités et limites de la manifestation transitoire appelée Gilles Farcet – était à la recherche d’elle-même et s’est reconnue en la manifestation transitoire appelée Arnaud Desjardins, cette dernière constituant un véhicule plus purifié et transparent. Lorsque je percevrai : qu’il « n’y a plus deux mais un », lorsque je ne me prendrai plus pour Gilles et ne prendrai plus Arnaud pour Arnaud, l’énergie du gourou aura fait son office. Cela, bien sûr, c’est le « but », si on peut parler de but pour une réalité qui est déjà là, bien que je n’en aie pas conscience. Mais dès le départ, la relation, si elle s’établit vraiment, se noue au niveau essentiel. C’est parce qu’elle relève de l’essentiel qu’elle est impérissable, alors que ce qui ne relève que de l’existentiel sera nécessairement périssable. Arnaud dit souvent que depuis que son maître est mort, jamais il ne s’est autant senti en communion avec lui. Il ne le perçoit plus comme situé dans l’espace et le temps mais le ressent toujours présent.


(1) Derniers ouvrages de Gilles Farcet parus : Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

La Réalité est un Concept à Géométrie Variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

(2) Arnaud Desjardins est décédé en 2011

(3) Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988), diplomate, psychothérapeute et philosophe allemand. Il découvre le bouddhisme zen au japon. 

Édition augmentée du dossier paru dans la revue n° 125 (mai 1992)

Propos recueillis par Laura WINCKLER, cofondatrice de Nouvelle acropole en France

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vendredi 29 décembre 2023

La relation Maître-disciple


Entretien avec Gilles Farcet - #1 La rencontre d’un disciple avec son maître

Dans le cadre du 50e anniversaire de notre revue (Acropolis), après Antoine Faivre, nous publions l’entretien réalisé avec Gilles Farcet (1) sur la relation de maître à disciple.

Ce premier extrait raconte sa recherche d’un maître.

Revue Acropolis : Vous parlez souvent dans vos écrits de la relation maître-disciple. Pouvez­ vous nous expliquer ce qui dans votre vie vous a amené à réfléchir et à mettre l’accent sur cette relation ?


Gilles FARCET : Tout d’abord la conscience très claire que, pour progresser, pour croître dans quelque domaine que ce soit, profane ou sacré, humain ou spirituel (les deux étant d’ailleurs à mon sens inséparables) il faut apprendre. Je suis très étonné de constater que beaucoup prétendent aujourd’hui se passer de maître dans le domaine spirituel, alors même que chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’un apprentissage rigoureux dans les autres sphères de l’existence. Si je désire jouer correctement du piano – sans parler d’être un virtuose – il me faudra prendre des cours, m’initier au solfège, m’ouvrir à certaines influences. Je devrai choisir un professeur et ne pas en changer tous les quinze jours.

Tout le monde juge normal et même indispensable qu’un futur médecin aille à l’université et suive des stages à l’hôpital. J’avoue donc être surpris de voir cette nécessité d’une formation sérieuse si peu reconnue aujourd’hui parmi ceux et celles qui disent s’intéresser à « la spiritualité ». Beaucoup « picorent » un peu partout, suivent un stage, puis un autre… Or, je crois que si l’on veut véritablement approfondir il faut, non pas être fermé et ne plus jurer que par une personne hors de laquelle on ne voit point de salut, mais du moins s’exposer de façon durable à une influence, à une « école » – pour reprendre un terme cher à Georges Gurdjieff (2) –, quitte ensuite à pouvoir d’autant mieux s’ouvrir et se montrer disponible.

Donc, pour répondre de manière plus personnelle à votre question, mon intérêt pour le rapport maître­disciple vient de ce que j’ai eu assez tôt conscience de la nécessité de cette relation pour un travail spirituel digne de ce nom. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais disons qu’à l’âge de vingt-trois ans, après avoir beaucoup pratiqué certaines techniques de méditation, fait de nombreuses et longues retraites, je me suis rendu compte de l’omniprésence de cette relation maître-disciple dans toutes les traditions. Qu’il s’agisse de la tradition hindoue, de la tradition bouddhiste, du soufisme, du christianisme des premiers temps et même de la tradition philosophique occidentale, celle de Socrate et Platon, on retrouve toujours et partout cette relation du maître et du disciple. Elle est d’ailleurs source de très belles histoires, vraies ou symboliques, et porteuses de vérités profondes. Par conséquent, je ne pouvais pas prétendre être un génie spirituel capable de tout découvrir par lui­même. Non que les génies spirituels n’existent pas : Ramana Maharshi l’un des grands sages hindous du début de ce siècle, s’est éveillé « spontanément » à l’âge de dix-sept ans, sans avoir suivi d’enseignement. Mais quand on s’engage sur un chemin, on ne saurait partir du principe que l’on est un génie et un nouveau Maharshi… Si l’on aspire à bien jouer du piano et à composer, mieux vaut commencer tôt à prendre des cours plutôt que de se prendre d’emblée pour Mozart.

Revue A. : Pouvez-vous nous parler un peu de votre itinéraire ?


G.F. : Oui, mais à condition de préciser que cet itinéraire n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel. Il se trouve que l’on m’interroge parce que j’écris des livres et que j’ai effectué quelques activités publiques. Mais il y a, ne serait-ce qu’en France, des personnes bien plus avancées que moi et qui pourraient parler avec davantage d’expérience et de perspective de la relation maître-disciple. Sans doute n’est-ce ni leur fonction ni leur désir. Ceci précisé et puisque je suis distribué dans le rôle du « parleur », allons-y.

Il m’est très tôt apparu – aux alentours de mes vingt ans – que quoique très intéressé par le bouddhisme, l’hindouisme et les spiritualités orientales en général, je me devais de rencontrer un maître occidental. Je me suis toujours senti d’Occident, appelé à une relative insertion dans le monde tel qu’il était, pour le meilleur et pour le pire ; je n’ai jamais durablement cru que ma vocation était de me retirer, d’aller vivre en Orient ou de mener une vie contemplative dans le sens précis de ce terme, c’est-à-dire accorder la priorité à la méditation plutôt qu’à l’action. J’aspirais à une spiritualité dépouillée de tous les exotismes, de tout le côté rituel ; en outre, il était pour moi très important de pouvoir entretenir cette relation avec un être humain bien sûr enraciné dans l’expérience spirituelle mais en même temps passé par les tribulations d’un Occidental moyen.

Comment dire ? Je voulais être guidé par quelqu’un dont les références culturelles au quotidien seraient essentiellement les miennes : quelqu’un à qui la nécessité de payer un loyer et des notes de téléphone ne serait pas étrangère, quelqu’un ayant eu une famille, ayant vécu et travaillé non dans un ashram en Inde, mais à Paris ou New York.

Ceci me paraissait très important, justement parce que la sagesse, si elle existait, devait être possible partout et non dépendante d’une culture ou d’un contexte particulier.

Cela n’enlève rien à la grandeur des cultures traditionnelles ni au fait que certains environnements semblent bien plus propices à la recherche intérieure. Reste que jamais je n’ai voulu rejeter mon héritage, ni même cette civilisation, malade sans doute, folle à bien des égards et cependant très propice à la recherche, du fait de sa folie même…

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Principaux ouvrages de Gilles Farcet

• Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse, 1987, Éditions La Table Ronde ; réédition en poche chez Albin Michel en 1992 et à la Table Ronde en 2014

• L’Homme se lève à l’Ouest, Éditions Albin Michel, 1992 ; traduit en espagnol

• La ferveur du quotidien, Éditions L’Originel, 1993

• Regards sages sur un monde fou, avec Arnaud Desjardins, Éditions La Table Ronde, 1997 ; traduction en espagnol

• Manuel de l’anti-sagesse, traité de l’échec sur la voie spirituelle, Éditions du Relié, 2002, traduit en espagnol et en anglais

• La Transmission selon Arnaud Desjardins, 25 ans d’échanges avec un ami spirituel, Éditions du Relié, 2009

• Le défi d’être, entretiens avec Gilles Farcet, de Denis Desjardins et Gilles Farcet, Éditions Dervy, 2017

• Une boussole dans le brouillard, Éditions du Relié, 2019

• Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

• La Réalité est un Concept à Géométrie variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

Et bien d ‘autres encore…


Participation de Gilles Farcet dans des films

• Sur la route avec Mr Lee, de François Fronty, 1995, Alizé diffusion.

• Stephen Jourdain, La Folle Sagesse, de Carole Marquand, avec Gilles Farcet et Denise Desjardins, 2006, Alizé diffusion.

• Denise Desjardins, de la révolte au lâcher prise, un film de Guillaume Darcq, 2008, Alizé diffusion

• La Frontière intérieure, Gilles Farcet, Images d’un parcours, de Guillaume Darcq, 2013, Alizé diffusion


Propos recueillis par Laura Winckler - Cofondatrice de Nouvelle Acropole en France

Gilles Farcet, écrivain, journaliste, producteur à France Culture, animateur de stages, a également collaboré à diverses revues et a fondé à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse ». Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages et a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins, qu’il a considéré comme son maître. Il se consacre, dans ses écrits comme dans sa vie, à une meilleure compréhension de la relation maître à disciple, située au cœur de toutes les traditions spirituelles.

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mercredi 19 juillet 2023

Quand le masque est taquiné... (extrait du carnet)


When you first meet someone

they seem so sincere

when you scratch the surface

get a little too near ... (Lee Lozowick) 

C’est quand même saisissant de constater à quel point , quand quelque chose de la stratégie de survie (le masque) est effleuré, la manière dont nous débattons obéit à des figures obligées. C’est comme une chorégraphie dont il est possible de prévoir à l’avance chacun des mouvements. 

Cela alors même que la personne en cause s’éprouve plus que jamais singulière, s’arc-boute sur sa « liberté »… 

Ce serait comique si ce n’était pas déchirant. Cela débute presque toujours par un détail,  « un petit rien, une bêtise ».

Plusieurs cas de figure. 

Souvent, la personne prend la parole pour évoquer en général autre chose, un arbre qui cache la forêt. Parfois elle cherche l’air de rien à prendre en défaut l’enseignant, pointant une « contradiction », une « erreur »,  tout en faisant mine de ne pas y attacher d’importance … Ou alors elle entreprend de s’expliquer sur un propos précédent qui aurait été « mal compris » ; ou elle tient un discours visant à démontrer la profondeur et la justesse de sa pratique. 

En tout cas, le démarrage se fait la plupart du temps sur un point « de détail » sous la surface duquel grouillent des nuées de monstres, ceux là même qui tirent depuis si longtemps les ficelles de la marionnette à laquelle la personne s’identifie.  

A ce moment là, soit l’enseignant, vieux singe à qui on n’apprend pas à faire la grimace, relève et cherche à en tirer un profit, si il ou elle le sent possible. 

Auquel cas il ou elle prend un petit risque, se lance les yeux ouverts dans un échange dont il est à peu près sûr qu’il ne sera pas de tout repos et lui demandera un surcroit d’attention et d’énergie, dans le moment et par la suite . Car il s’agira d’assurer le service après vente, et c’est bien pourquoi ce type d’intervention ne peut se faire sauf exception que dans le cadre d’un lien à durée indéterminée, d’un véritable accompagnement qui ne s’arrête pas à la fin du « stage » ou « séminaire » . 

Soit, estimant que rien n’est possible présentement, l’enseignant(e) botte en touche. Quoi qu’il en soit, si l’enseignant (e) « relève le défi », les choses périlleuses commencent. 

La personne se sentait déjà confusément en « déséquilibre », son intervention ayant visé à ce qu’elle se rééquilibre en surface. Et voilà qu’elle se sent de suite commencer à perdre pied. 

C’est alors qu’arrivent les « protestations ». Non non, ce n’est pas ce qu’elle voulait dire, on l’a manifestement mal comprise, elle s’est certainement mal exprimée, qu’à cela ne tienne elle va clarifier son propos. 

L’enseignant (e) signifie alors qu’il ou elle a très bien compris, et que le vrai sujet se situe ailleurs, pas tout à fait là où on le croit …  aïe aïe aïe … 

A ce stade, soit la personne qui se retrouve bien malgré elle et tout en l’ayant cherché à l’insu de son plein gré sur la sellette capitule, pour son plus grand honneur et sa profonde paix, mais c’est rare. Elle « capitule » parce qu’elle voit et dans ce cas là cette capitulation est une splendide victoire sans vaincu , un moment de gloire…

Soit, et c’est ce qui se passe dans l’immense majorité des cas, la personne - ou plutôt la marionnette à laquelle la personne s’identifie- redouble de protestations, d’explications, d’argumentations… 

C’est le moment où l’on voit des gens intelligents et sensibles devenir momentanément idiots, tenir des propos absurdes, incohérents, dénués de bon sens. 

C’est le moment où tout le groupe présent (en tout cas la majorité) est consterné et gêné, chacun percevant bien ce qui se joue, tant il est vrai que notre stratégie de survie est transparente aux yeux des autres, même si ils demeurent aveugles à la leur propre (la fameuse « poutre » qui ne nous empêche pas de voir la paille dans l’œil de nos semblables) . 

C’est le moment où, contrairement à ce qui se passe si souvent en thérapie de groupe, parfois avec profit mais souvent au prix de gros dégâts, il importe surtout que le groupe se taise, soit là, vraiment là, mais en soutien silencieux. Surtout pas de « retours »… 

C’est un passage, un passage délicat que l’enseignant (e) doit gérer avec la maîtrise d’un commandant de bord en pleine tempête quand le pilote automatique fait défaut. 

Comment faire en sorte que le travail se fasse sans que ce soit une boucherie, que  la personne se voit démasquée sans se sentir durablement malmenée (je dis durablement parce que tout effleurement du masque sera sur le moment vécu comme une atteinte), voire humiliée…  

Comment permettre à l’élève de ne pas se sentir durablement défait alors même que la stratégie est déjouée, exposée, mise en déroute ? Comment œuvrer avec délicatesse tout en traitant le mal près de la racine ? 

C’est le moment où l’enseignant se fait chirurgien - dentiste à l’œuvre tout près du nerf  mais sans anesthésie… Pas étonnant que plus grand monde ne veuille faire ce job, pas étonnant que le dit travail ne soit même plus envisagé et conçu la plupart du temps, laissant la place aux berceuses de la « non dualité » pseudo radicale  ou du "développement personnel »… 

C’est le moment où la personne, se débattant de plus belle, s’enlise, coule, bat des pattes, s’accroche à n’importe quelle branche pourrie, cherche des alliances , écarquille les yeux, parfois pleure des larmes de crocodile, s’agite en tous sens… 

C’est un spectacle totalement prévisible, une chorégraphie encore une fois, une danse qui fait mal, celle de la souffrance agrippée à elle même, résolue à ne pas céder un pouce de son empire… 

Et c’est le moment où il faut , du côté de l’enseignant, savoir arrêter honorablement le combat avant qu’il ne vire à l’affrontement frontal, négocier un armistice décent qui ne laisse pas l’autre écrasé, tendre une main généreuse sans pour autant laisser le presque noyé oublier qu’il ou elle a voulu faire le malin et présumé de ses capacités à nager par gros temps …

C’est le moment où il s’agit de passer à tout autre chose, de ne plus en reparler jusqu’au moment propice, de faire preuve de légèreté. C’est le moment de plaisanter gentiment, de danser, de trinquer, de respirer. 

Et, d’un bout à l’autre, c’est le moment de la compassion, de la compassion non dite mais dominante hors laquelle tout ce processus n’est plus que mascarade sadique, pseudo folle sagesse , bidouillages d’apprenti sorciers et autres caricatures , Gurdjieff au petit pied …

S’ensuit souvent pour la personne un moment de fermeture, plus ou moins assumée, plus ou moins vue et déjouée par l’élève en la personne, un moment  d’apitoiement sur soi même où la créature recroquevillée se fait la liste des torts odieux qui lui ont été infligés par le ou les enseignants. 

C’est un passage périlleux, celui où l’on pourrait si on n’y prend garde, prendre ses cliques et ses claques, partir en un geste pathétique et grandiose, s’offrir un pied de nez amer, une pirouette désespérée. Certains le font et n’en reviennent pas. 

Dans ces cas là, il appartient à l enseignant de procéder à son examen de conscience et de se demander si il ou elle n’a pas mal évalué les forces en présence, présumé de l’aptitude de l’élève… 

Etant entendu que l’enseignant aussi a droit à l’erreur, pourvu que la compassion ait été là, et même si il importe qu’il ou elle ne cesse de gagner en expérience, afin que sa main se fasse de plus en plus sûre, son geste de plus en plus adéquat et précis, bref et décisif. 

Si la personne, par on ne sait quelle grâce, consent à faire passer la vérité avant le faux semblan , à privilégier l’émergence de son visage originel par dessus le masque, alors c’est si beau,  si nourrissant … 

Alors le vrai éclate de sa splendeur rare.

Gilles Farcet

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mercredi 31 mai 2023

Le sentiment de séparation

La grande illusion dans laquelle nous vivons, c'est le sentiment de séparation !


Cette expérience de la séparation, nous la vivons et nous l'expérimentons comme solitude, et au cœur de celle-ci, nous revendiquons et réclamons d'être aimés, ce qui nous semble apparemment le plus logique pour sortir de cette solitude et de ce sentiment de séparation. Ce qui revient à revendiquer une appartenance, pour avoir le sentiment de ne pas être exclus. Nous vivons cela d'une manière tellement non formulée, non analysée que nous nous laissons complètement prendre par la contradiction que cette demande porte en elle.

Cette même personne qui souffre de la séparation, plutôt que de pénétrer le cœur et l'intimité, revendique immédiatement le fait d'abolir la séparation d'être aimée. Mais la personne qui veut être aimée va s'accorder l'importance suffisante et nécessaire par tous les jeux habituels que nous connaissons de l'ego pour être aimée. Mais quel est le processus sous-jacent? Nous souffrons de la séparation et cette contradiction se manifeste à notre insu. Cette même personne, cette identité séparée à laquelle nous nous identifions, cette entité veut être aimée sans se rendre compte qu'en étant aimée, elle est renforcée dans sa nature d'objet et dans sa nature de séparation.

C'est là qu'est l'ascèse.

C'est là qu'est le sacrifice.

C'est là qu'est le chercheur.


Le disciple de la voie se distingue de l'être ordinaire qui court d'amant en amant. Qui veut m'aimer ? Qui veut de moi aujourd'hui ? Qui m aime ? Nous voilà prêts à toutes les concessions, à tous les compromis pour être aimés et bien sûr nous sommes aussi prêts à aller sur les chemins de la spiritualité, voire de la religion. Et nous allons prendre Dieu au même piège de notre histoire. Nous allons prendre l'instructeur à ce même piège de notre histoire, et nous comporter devant lui de façon à être l'objet séparé digne de son amour.

Or l'instructeur authentique ne va pas nous aimer dans le sens courant du terme, il ne va pas faire de nous un objet aimé. Son souci, c'est de lever le mirage de la séparation, pas de nous perpétuer au travers de l'amour de l'objet séparé. Ce qui est important pour chacun de nous, c'est de reconnaître cela, de sentir une fois pour toutes qu'il vaut mieux ne pas être aimés et surtout qu'il ne faut pas tomber sur un instructeur qui va se mettre à nous aimer. La preuve flagrante de l'amour de Dieu, c'est qu'il ne se limite pas à un objet aimé. Quand nous crions son absence parce que nous ne nous sentons pas aimés, là est la preuve flagrante de son amour. L'amour authentique fonctionne autrement que de créer des êtres aimés, de faire des objets aimés. L'amour abolit la séparation.

L'amour amourifie.

L'amour ne rend pas aimé.

L'amour rend aimant.

Alors, derrière tout le jeu de notre ego, derrière toutes les stratégies habituelles, du manque et les multiples séductions que l'on connaît, il faut aller explorer l'illusion du besoin d'être aimé ! L'illusion de la séparation...

Yvan Amar - extrait de "Tisser le lien"


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dimanche 19 décembre 2021

Disciple d'un maître




 Note du réalisateur Guillaume Darcq : Je mets ce film gratuitement en ligne. Il est le fruit de six années de travail. Je préfère qu’il soit facilement accessible plutôt que de le voir sombrer dans l’oubli. Ici la qualité image est fortement dégradée. Heureusement le dvd reste en vente. Il a également cette particularité de contenir plus de 80 minutes de précieux bonus (séquences coupées au montage avec Douglas Harding, Maurice Béjart, Arnaud Desjardins, Lee Lozowick, Chandra Swami, Yvan Amar…) . Vous pouvez vous le procurer sur le site : www.legue-editions.com


Le film :
Plus que le portrait d’un individu, ce film, nourri de documents d’archives souvent inédits, se veut un voyage, l’évocation d’un parcours atypique et multiple, jalonné de rencontres privilégiées avec quantité de témoins remarquables. Autour de Gilles Farcet qui sert de fil conducteur, nous allons croiser les figures d’Yvan Amar, Lee Lozowick, Stephen Jourdain, Yogi Ramsumatkumar, mais aussi Allen Ginsberg, Jodorowsky, Kenneth White et bien d’autres, sans parler d’Arnaud Desjardins dont il est l’élève depuis 1982 et dans la lignée duquel il transmet aujourd’hui. Américaniste de formation, d’abord écrivain, journaliste et éditeur, également musicien, Gilles Farcet a été marqué par une approche traditionnelle du « chemin spirituel » en même temps que par le blues et plus généralement la culture américaine avec son mythe de la « la frontière », horizon neuf toujours en recul et métaphore du territoire intérieur à défricher. Ce film témoigne donc de cet itinéraire humain, artistique et spirituel d’une étonnante richesse dans sa diversité et rend hommage à de grandes figures dont beaucoup sont aujourd’hui disparues.
Voix off : Bernard Campan et Marie-Pascale Grenier
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Etonnant de voir, dans ce film, Arnaud à la date de création de ce blog -2007.

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mardi 11 mai 2021

A propos du mot disciple



En Occident, le mot "disciple" a souvent une connotation négative, notamment dans les analyses des nouveaux mouvements religieux, où son sens s'apparente à une forme d'aliénation à un guru, souvent supposé manipuler son élève.
Malheureusement, ces dernières années, cette vision a été renforcée par de nombreux scandales émanant d'écoles diverses. Aucun courant spirituel n'a été épargné.
Mais pour être justes, il faut ajouter deux choses: d'une part, ce type de scandales n'est pas spécifique à la spiritualité, on le trouve partout et dans tous les domaines, y compris dans les systèmes ne reposant aucunement sur la relation maître disciple.
D'autre part, pour un scandale, combien de relations maîtres-disciples qui se passent très bien et sont fructueuses? D'innombrables, dont nous n'entendrons évidemment jamais parler, puisque du domaine du respect et de l'intime. Ainsi, la vision que nous avons en Occident sur cette notion est tronquée et s'apparente à un bais cognitif.
Notons qu'en Occident aussi, ce concept est connu, et a parfois une connotation bien plus positive, même si on n'utilise pas forcément le terme "disciple". Pourtant, on connaît tous le concept du compagnonnage, cette relation de maître à disciple dans l'artisanat ou l'art. Combien de musiciens, de philosophes, voire de scientifiques "durs" se réclament disciples de certains de leurs enseignants, se battant même parfois pour en être les héritiers naturels ou légitimes?
En Orient, cependant, la notion a gardé un sens très positif, et pour ce que j'ai pu observer dans le domaine spécifique qui est le mien, le taoïsme, la relation est d'abord vécue comme une chance et un honneur pour le disciple, une chance pour le maître qui a ainsi l'opportunité de continuer à faire vivre sa lignée, et elle se vit de manière respectueuse dans la très grande majorité des cas.
Revenons simplement à l'étymologie du terme, qui signifie "élève, apprenti". Dans ce sens, évidemment, aucun problème à signaler. Pourquoi, alors, utiliser deux termes différents pour les apprenants?
Simplement pour la raison suivante, qui est fonctionnelle et pragmatique: un(e) élève a une relation avec un enseignant qui se construit sur un mode horizontal en ce qui concerne le contrat qui les lie: le plus souvent, celui-ci a comme transaction une certaine somme d'argent, qui lui permet d'obtenir qqch de précis. Une fois ceci obtenu, les deux, élèves et enseignants, sont quittes. Si on décide de commencer la guitare, tous les élèves obtiennent le même nombre de cours pour la même somme d'argent, et à priori, tout le monde a accès à l'enseignant, sauf si celui-ci est victime de son succès et est complet.

Il y a une grande différence dans la relation de maître à disciple: celle-ci ne se base pas sur une transaction économique en premier lieu (même si celle-ci peut avoir lieu et doit être très claire), mais sur une forme de résonance avant tout.
Résonance de l'élève pour l'art, la spiritualité ET l'enseignant en question. Résonance pour le maître ou enseignant vis à vis de l'élève, envers lequel il va devoir jauger non pas sa capacité en tant que telle, mais l'adéquation de la transmission entre ces deux personnalités particulières. Un maître, en effet, peut très bien refuser d'enseigner, non pas parce que l'élève n'est pas assez doué ou n'a pas assez travaillé, mais simplement parce que la "résonance" ne lui semble pas suffisante pour que la transmission puisse se faire à un niveau efficace. Dans ce cas, il pourra éventuellement référer cet élève à un enseignant qui a un autre type de personnalité, et donc une autre vibration, peut-être plus compatible avec l'élève en question.
Dans une telle transaction, car il s'agit bien d'une transaction, il n'y a pas d'égalité entre les personnes (à part, bien entendu, au plan humain le plus fondamental). Dans un tel cas de figure l'enseignant ou le maître est plus vaste et plus mature que son élève, au moins dans le domaine spécifique pour lequel l'élève demande de l'enseignement. Dès lors, ici, le client n'est plus roi. Il est obligé d'abaisser sa coupe, et de la vider avant, s'il veut recevoir quelque chose. Le fameux "oui, mais" revient dans ce cas à vouloir remonter sa coupe au même niveau que l'enseignant. C'est très humain, bien sûr, mais ça ne marche pas, sauf avec des élèves très matures et ils sont rares.
Relevons qu'abaisser sa coupe, momentanément, ne signifie en aucun cas perdre sa dignité, bien au contraire. Il s'agit de retrouver notre humilité fondamentale tout en sentant l'axe même de notre dignité intrinsèque. C'est un jeu introspectif d'une très grande subtilité, et qui peut amener à une très grande maturité, s'il est exercé suffisamment longtemps. C'est le sens, et l'essence, du salut traditionnel, par exemple, que l'on retrouve à la fin de toutes les formes de Qi Gong datant d'avant la Révolution Culturelle.

Cela ne veut pas dire du tout qu'en certaines circonstances, l'élève ne peux pas questionner le maître, le challenger, voire le tester. Mais ceci ne devrait pas être la routine de la relation. Ce type de test, s'il a lieu, doit avoir lieu très tôt, et autant que nécessaire. Mais à un moment donné, le disciple doit faire un choix: soit il s'engage et prend le risque et se donne en même temps l'immense opportunité d'un changement radical, soit il préserve sa carapace égotique et protectrice en restant dans sa zone de confort (mais dans laquelle, malheureusement, il ou elle étouffe) et il continuera à tourner en rond en pensant que l'herbe est vraiment toujours plus verte ailleurs.
C'est la raison pour laquelle je suis partisan de garder ce terme. Il n'est pas simple à utiliser, mais il empêche de s'endormir, oblige à une certaine exigence dans la réflexion. Il oblige au positionnement, à l'éventuel engagement, et à une forme de discipline dans la durée, au service d'un changement qui pourrait être radical, et pour le mieux, bien évidemment.
Mais que le ou la disciple n'obtiendra jamais au rabais, ni en marchandant.
Le sujet n'est bien évidemment pas clos, et il nécessite beaucoup de nuances pour l'aborder. Mais le premier pas est fait.
Bonne réflexion!
Fabrice Jordan

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vendredi 26 février 2021

Sans souci...



"Chaque mois, le disciple envoyait à son maître un rapport sur ses progrès.
Le premier mois, il écrivit :
"J'éprouve une expansion de la conscience et je fais l'expérience de mon unité avec l'univers."
Le maître jeta un coup d'œil à la note et la jeta.
Le mois suivant, voilà ce que le disciple avait à dire :
"J'ai finalement découvert que le Divin est présent en toutes choses."
Le maître sembla déçu.
Le troisième mois, les mots du disciple s'exclamaient avec enthousiasme :
"Le mystère de l'Un et du multiple s'est révélé à mon regard émerveillé."
Le maître hocha la tête et jeta de nouveau la lettre.
La lettre suivante disait :
"Personne ne naît, personne ne vit et personne ne meurt, car l'ego n'existe pas."
Le maître leva les bras au ciel dans un geste de total désespoir.
Après cela, un mois passa, puis deux, puis cinq - et finalement une année entière sans aucune lettre.
Le maître pensa alors qu'il était temps de rappeler à son disciple qu 'il avait le devoir de le tenir informé de ses progrès spirituels.
Alors le disciple répondit :
"Qui s'en soucie ?" (Who cares ?).
Quand le maître lut ces mots, un air de grande satisfaction s'afficha sur son visage."
Ramesh Balsekar
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vendredi 23 octobre 2020

En communion avec vous...


Je voudrais remercier les éditions Accarias L'originel pour la qualité de leurs publications. 
A la manière de l'agroécologie qui nous offre de voir le rapport à la nature différemment, elles nous offrent une "cerveauécologie", une approche différente de notre façon de penser et d'aborder le réel.
Enraciner notre être dans la nature et déraciner les pensées créées par le mental...
Voici un nouveau livre qui peut nous aider précieusement sur ce chemin de communion, avec Arnaud Desjardins.


Les Lettres d’Arnaud Desjardins à ses élèves est le premier ouvrage posthume de l’auteur, mort en 2011. Ces correspondances suivies permettent d'entrer dans l'intimité de la relation maître à disciple et de voir comment l’élève est guidé pas à pas au travers des situations existentielles qu’il rencontre dans son quotidien. Arnaud ne répond pas seulement à l’élève dont il a le courrier sous les yeux, c’est à chacun de nous qu'il parle directement, de cœur à cœur.
Ce livre apporte des réponses concrètes aux questions que toute personne se pose face aux difficultés qu'elle rencontre dans sa vie, que ce soit dans les domaines professionnel, affectif ou familial. Toutes les circonstances qui jalonnent une existence humaine, avec ses joies et ses épreuves, y sont ainsi abordées, en étant chaque fois resituées dans une perspective spirituelle.
C’est un ouvrage tout public mais le lectorat d’Arnaud Desjardins sera particulièrement intéressé par ce livre posthume qui permet de découvrir cet auteur sous un jour nouveau.


« Pour Arnaud, la découverte de la conscience infinie et éternelle, c’est la réalisation de la communion, de l’unité. Découvrir le Soi, Dieu en nous, c’est être en communion avec tout ce avec quoi nous entrons en relation, c’est être “ un ”avec tout ce dont nous prenons conscience. » 
Geoffroy d’Astier

« Puissent ces lettres, intemporelles et universelles, nourrir notre démarche, éclairer notre quotidien et nous rappeler que la réponse ultime se découvre dans l’intime de notre être. » 
Véronique Desjardins 

 232 pages. 18 € / Editions Accarias - L’Originel 3 allée des Œillets 40230 Saint Geours de Maremne.

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Un extrait :

François,

Tout ce que vous avez écrit est juste, parfaitement juste. Ne vous faites pas à l’avance d’idée trop précise sur ce qui vous attend en progressant vers le grand but. Mais vous avez compris comment faire un pas, puis un pas, puis un pas. 

Voir = ici, maintenant, ce qui est -> la paix inconditionnelle.

Discriminer entre voir et penser.

C’est en moi (dans la conscience) que tout se passe : « namarupa », les noms et les formes (sensations, émotions, pensées).

Je suis en communion avec vous.

Arnaud

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dimanche 17 mai 2020

Vigilance du disciple



Si on observe bien, pourquoi pratique-t-on des techniques destinées à rendre silencieux le mental ou à pacifier les agitations émotionnelles ? Parce que continuellement, dans la journée, les relations perpétuent, entretiennent ces agitations, ces préoccupations, ces attentes, ces anticipations, ces rancœurs, ces contentieux... 


Mais si on vit la relation de façon de plus en plus consciente, non intéressée, pour accomplir sa valeur réelle, alors ces mécanismes-là s’épuisent, et lorsqu’on s’asseoit le soir, en silence, il y a de moins en moins de retour des relations évitées, avortées, non menées à terme. Il y a de moins en moins de bruit, de « conciergerie » intérieure. On devient non pas un méditant, mais un lieu de plus en plus paisible, le lieu de méditation de Dieu. Au lieu d’être le lieu du bruit du monde, d’un monde avorté, inachevé, on devient vraiment le lieu de l’avènement du Royaume, le lieu où l’univers se plaît à se reconnaître. 

On devient, au sens noble, un temple où Dieu fait Sa résidence, non seulement dans ces moments de silence, mais la journée suivante, dans la qualité de notre relation au prochain.

Yvan Amar
(Source : Anthologie de la Vigilance de Marie Chantale Forest)

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vendredi 15 novembre 2019

Force inconnue ou la communication sans fil...


" "Quand la marionnette s'agite sur la scène, le mouvement est donné par la main qu'un acteur cache dans son vêtement." Au début, le maître est le marionnettiste et l'élève, la marionnette.
A la fin, le disciple comprend que le maître est une force intérieure qui le meut.
Force qui ne lui appartient pas."

Alexandro Jodorowsky
Mu, le maître et les magiciennes



jeudi 5 avril 2018

L'esprit de discipline – Qu'entend-on par là ?


Si cette lettre a pour but d'encourager celui qui en fait la lecture, à la pratique de l'assise en silence, je me dois de souligner l'immense privilège que nous avons de pouvoir renouer chaque jour avec l'essentiel, avec le noyau de l'existence, avec ce moment où nous éprouvons que nous sommes agis par la vie. Le terme « privilège » peut surprendre mais nous devons l'extraire de l'acception habituelle qui en fait une loi personnelle d'exception pour le voir comme le fruit d'une discipline. En effet, notre plus grand privilège n'est-il pas celui de s'accorder cette discipline ? Un peu comme si l'exigence devenait une chance : retravailler l'intensité de présence à l'événement ne peut se vivre que comme une chance... 


Reconsidérer la discipline comme un cadre bienveillant que l'on s'octroie pour être au plus près de ce que l'on vit, n'est-ce pas une autre manière d'envisager l'exercice ? Se tenir au plus près d'une quête menée sans but et qui réinvestit l'absence de réponse dans la force d'agir qui se manifeste à chaque instant. Ainsi l'esprit de répétition prend tout son sens ; la discipline devient une disposition particulière qui nourrit l'activité. Et si l'on traitait les données immédiates que sont le dos droit, les jambes croisées, l'immobilité, comme une partition ? Renaud Capuçon évoquait récemment dans une émission la reprise d'une même sonate de Beethoven, non pas sur quelques semaines, mais sur une vie entière. Le dos droit, les jambes croisées (la partition) ne sont pas des données accomplies et définitives, elles sont la quête de tout soi-même vers l'expression juste. Cependant, la discipline consiste à ne jamais considérer l'expression juste comme définitive. N'est-ce pas particulièrement en ce point que nous devenons disciples ?

La discipline doit rester désirante d'un inlassable renouvellement, la recherche elle-même et le but qui aussi devient joie. A ce sujet, nous pouvons évoquer ce propos de Spinoza, extrait de « l'Ethique » et cité par Jean-François Billeter : « La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même. » Propos que l'on peut transférer ainsi : le privilège n'est pas la récompense de la discipline mais la discipline elle-même. Dans les idées que nous nous faisons sur la méditation, nous aimons trop les projections imaginaires nées de nos attentes et nous n'aimons pas assez les données initiales que sont la tenue, la forme, la respiration, l'immobilité. 


La discipline est liée à une activité soutenue de reconnaissance de ce qui se trame sous l'apparence des choses, elle crée un climat où il n'est plus question de choix mais de nécessité. 
La discipline n'est pas une contrainte, c'est un état d'esprit. Lorsqu'on a posé cette question à Dürckheim : « Pourquoi méditer ? » et qu'il a répondu : « Parce que c'est l'heure », il ne s'agissait pas d'une boutade. La discipline n'est pas une réponse à un pourquoi, du moins la discipline dont il est question ici. Et c'est justement cette gratuité qui constitue le privilège. Agir sans but, n'est-ce pas l'essence du zen ? Privilège de ne pas avoir à justifier la pratique, l'extraire des lois de la cause et de l'effet, l'envisager de manière tout à fait libre. 

Il se pourrait bien que la discipline nous libère de nos attentes et donc d'un zazen qui nous ressemblerait... parce que mis au service de l'ego. La discipline est donc bien plus qu'un cadre ; les atermoiements n'ayant plus leur place, l'exercice quotidien du zazen devient une activité entièrement libre de toute intention et qui vient nourrir toutes les activités de notre quotidien qui sont engagés non plus sous le dictat de l'ego mais à partir de la liberté de l'être. N'est-ce pas un privilège ?

 Dominique Durand

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samedi 9 décembre 2017

Auprès d'Arnaud Desjardins avec Eric Edelmann (2)




"En Inde, le maître est comparé à un artisan qui façonne un pot en cuivre en le martelant à l’extérieur tout en le maintenant à l’intérieur. Adda Bentounès, un cheikh soufi du début du XX° siècle, le disait autrement : « Lorsque l’élève arrive, il est comme un arbre qui vient d’être coupé dans la forêt. Il est rugueux et d’étape en étape, de la découpe au polissage, il devient le bâtonnet avec lequel on passe le khôl entre les deux paupières. » J’en étais à l’arbre rugueux et Arnaud était un expert en ébénisterie, mais il pratiquait en plus – heureusement pour moi – l’art de l’émondage."
Mangalam : Un parcours auprès d'Arnaud Desjardins de Eric Edelmann

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jeudi 10 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (2)


Peut-on suivre une voie sans accompagnement ?

Il semble que non, sauf pour de rarissimes exceptions : les traditions sont unanimes à cet égard. Parce que sinon on bricole sa voie à sa façon : je prends ce qui m’arrange et j’élimine ce qui me déplaît. Le maître est là précisément pour nous remettre en cause. Au début, il commence par nous apprivoiser. Puis au bout d’un moment, il va nous montrer certaines choses sur nous-mêmes qu’on ne veut pas forcément voir. Impossible de le faire seul. Il faut le regard neutre, bienveillant et en même temps ferme d’un être en qui on a profondément confiance. Car seule cette confiance peut nous permettre d’intégrer le choc de la remise en cause, d’accepter de regarder comment nous fonctionnons. Après tout, nous venons là pour changer, pas pour être indéfiniment bercés.

Quels sont les degrés de l’accompagnement ?

Je crois que dans toute école, un élève goûte l’indispensable lune de miel. Pour commencer, il y a un énorme transfert sur le maître, encore plus que sur un thérapeute, et peu à peu une relation de confiance s’établit à un niveau très profond. Cette lune de miel dure plus ou moins selon l’élève, par exemple s’il est très blessé psychologiquement, elle peut durer un peu plus longtemps. S’il est assez solide, le maître pourra intervenir plus vite. Cela dépend donc de la maturité de l’élève. Mais si on veut entrer dans le cœur du sujet, il faudra accepter d'être secoué, mis au défi. On entre alors dans une autre phase d’accompagnement dont la durée dépend de la force de notre mental, de notre déformation psychique. Plus cette déformation est puissante, plus il faudra éroder en donnant certains chocs, ce qui peut prendre du temps. Il n’y a pas d'accompagnement stéréotypé, c’est ce qui en fait la beauté. Je l’ai beaucoup vu auprès d’Arnaud. De l'extérieur, on pouvait se demander pourquoi il se comportait ainsi avec telle personne ? Nous - certains membres de l’équipe qui l’entourait - , nous aurions voulu être fermes et lui se montrait, au contraire, d’une patience à nous faire bouillir. Il laissait une situation perdurer, regardant les choses mûrir tranquillement jusqu’au point critique et là, il pouvait intervenir comme la foudre. Un maître est le roi du timing, le roi du moment opportun, il sait intuitivement quand ne pas intervenir et quand intervenir, alors que nous intervenons à partir d’une compulsion intérieure : il faut remettre de l’ordre là-dedans, c’est inadmissible, scandaleux ! C’est nous que cela dérange. L’accompagnement est un art qui suppose une réelle liberté.

Y a-t-il encore un autre stade après celui-là pour l’élève ?

Oui, quand on commence à être dégagé de la gangue du mental, c’est-à-dire de notre distorsion fondamentale, qu’on cesse d’en être dupe et qu’on devient vraiment soi-même et non plus une caricature, alors vient l’étape des questions fondamentales. Qu’est-ce que l’existence ? Entre le moment où je suis né et le moment où je mourrai, qu’est-ce que je veux avoir parcouru ? Au moment de mourir, serai-je prêt à tout lâcher ? Nous devons nous préparer. Les temps d’épreuves sont une excellente occasion de mûrissement. Quand on est touché en plein cœur, parce qu’on a perdu quelqu’un d’essentiel ou parce qu’on est confronté à une maladie grave, là on est obligé d’intégrer la dimension souffrance de l’existence, acculé à sortir d’une vision étroite « je veux l’agréable mais pas le désagréable ». Notre regard s’élargit alors, car la vie c’est l’ensemble, les hauts et les bas, les joies et les souffrances. Nous apprenons en quoi consiste le samsara, le fait d’être plongé dans l’existence et d’être confronté à l’impermanence, avec son lot inévitable de souffrances. La troisième étape concerne les questions existentielles. Un goût réel naît pour l’essence de la vie spirituelle, qui prendra des formes différentes pour chacun.


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samedi 8 juillet 2017

Maître et disciple...


« Quelle est la différence entre le maître et le disciple ? » 
 Lorsque je lui ai posé cette question Graf Durckheim a souri. Le temps de me rendre compte que ma question avait racine dans une crainte. Peur de la soumission, du paternalisme, de l’autoritarisme. Après un moment de silence il me dit « La différence entre celui qu’on appelle le maître et celui qu’on appelle le disciple ? Il n’y en a pas ; les deux sont sur le même chemin ». Me voilà rassuré, mais il ajoute « Oui, les deux sont sur le même chemin. Mais chez celui qu’on appelle le maître cela se voit déjà un petit peu plus … ». 


 Le chemin est la technique ; la technique est le chemin 
Pour qui pratique la méditation, il n’y a de maître que par rapport à celui, celle, qui s’engage dans une quête inconditionnelle : l’éveil de sa vraie nature. Qu’est-ce donc que notre nature essentielle ? Est-ce une pieuse imagination ? Est-ce le contenu d’une croyance ? Est-ce une spéculation métaphysique ? Le maître ne propose pas un enseignement qui utiliserait les moyens de la pensée analytique. L’enseignement s’appuie sur le fait que : « Le chemin est la technique ». Le maître ne transmet pas des théories mais témoigne de ses propres expériences ; sans cesse, il encourage le disciple à s’exercer. Quant à la technique, ce n’est pas seulement une chose qu’on fait (par exemple, tirer une flèche). La technique c’est la manière d’être de la personne lorsqu’elle fait cette chose. D’où cette observation qui a à faire avec ce qu’on appelle la maîtrise : « Un maître a toujours infiniment de temps intérieur ! ».

Maître, j’ai un problème ! 
Convaincu que ce qu’on appelle la respiration est un phénomène important dans la pratique de la méditation, je profite d’un échange avec Graf Durckheim pour lui dire que pendant la méditation « J’ai de sérieux problèmes avec la respiration ». En riant il me répond « Je ne suis pas sûr que vous ayez des problèmes avec la respiration ; mais une chose est sûre, la respiration a de sérieux problèmes avec vous ! ». L’occasion de me rappeler, que l’acte de respirer est une intention de l’être ; une action innée, issue de notre vraie nature et qui n’est pas du ressort du moi. Quarante-cinq ans plus tard, chaque jour encore, je rectifie ma manière de pratiquer la méditation afin que la respiration naturelle puisse se réaliser. C’est en contemplant le simple va et vient du souffle qu’on devient soi-même tout à fait calme. 

Jacques Castermane

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mercredi 10 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (1)


Colette Roumanoff et ses enfants font part du décès de Daniel Roumanoff survenu le 1er décembre 2015, à Paris.


Lors de la dernière fête des pères, Anne Roumanoff avait révélé la maladie dont souffrait Daniel depuis 2006, d’un petit texte très touchant sur Facebook. " Il a presque 80 ans, confiait-elle alors, ses cheveux sont tout blancs, ses petits-enfants l’appellent ‘papou’. Il me regarde d’un air absent. C’est toujours la question que les gens posent : ‘D’accord, ton père a Alzheimer, mais il te reconnaît ou pas ?’ Je prends sa main, je la serre. Il n’est plus ce qu’il a été, mais il est là, bien vivant. Il me sourit et je retrouve l’étincelle de malice dans ses yeux."

En hommage à Daniel Roumanoff, je vous propose un article extrait de Terre du Ciel n°15

Disciple d'un maître indien — Swami Prajnanpad —, Daniel Roumanoff a été en même temps un homme d'affaires qui a parfaitement réussi.
Ces deux trajectoires sont-elles compatibles ? Et comment les vivre pleinement toutes les deux ?

Est-ce la spiritualité ou le commerce qui a été premier dans votre vie ?

J'ai fait des études commerciales à HEC. Mais c’était avec une visée disons altruiste, philanthropique. J’étais scandalisé par l’inégalité qui existait entre les pays riches, qui brûlaient leur surproduction. et les pays pauvres qui mouraient de faim. Mon idée était d’apprendre les mécanismes qui permettraient l'acheminement des surplus vers les pays pauvres. Naturellement ce n’est pas cela qu’on enseigne A HEC. Ce sentiment d’injustice, et la recherche des moyens permettant d’y mettre fin, me sont toujours restés.

Et quand vous avez eu votre diplôme d'HEC en poche ?

HEC a été une grande déception. Je suis alors allé en fac où j’ai pris des cours de psychologie, de sociologie, d’économie pour essayer de comprendre les grands mécanismes de l’économie, les lois des échanges internationaux. J’étais plutôt à gauche. Je voulais changer, transformer la société. Puis je suis allé en Israël vivre dans un kibboutz.
Cette vie collective dans laquelle on ne manipulait plus individuellement d’argent, où les problèmes étaient résolus par la communauté sur un pied d’égalité entre tous, était le prototype môme de la société socialiste à laquelle j’aspirais. Naturellement cela fut une déception épouvantable. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que les problèmes ne pouvaient être résolus de l’extérieur, mais demandaient une solution venant de l’intérieur.

Pourquoi cette déception dans les kihhoutzs ?

Parce que si, effectivement, les gens étaient nourris, logés et n’avaient pas de problèmes d’argent, ce mode de vie créait d’autres problèmes que les sociétés capitalistes n’ont pas. Par exemple, ces gens étaient des travailleurs agricoles, mais il fallait constamment prendre des décisions d’ordre administratif. Alors, après leur journée de travail dans les champs, les gens se trouvaient obligés de participer au comité du poulailler, au comité des tomates, au comité de l’éducation, etc. C'était chaque fois des heures à discuter des problèmes, et quasiment toutes les soirées y passaient.

Par ailleurs les décisions se prenaient à la majorité, ce qui créait beaucoup de frustrations car les priorités de chacun n'étaient pas les mêmes. Certains auraient préféré moins dépenser en nourriture pour mieux élever leurs enfants, alors que pour d'autres la priorité passait par les systèmes d'irrigation ou de nouvelles constructions.

J'ai pris conscience que, focalisé sur un mode de vie qui nous paraît mauvais, on cherche à l'améliorer, mais qu'ainsi on crée de nouveaux problèmes ; et ainsi de suite, sans fin.
C’était, en fait, la contestation de l’idée même de progrès : chaque progrès crée un nouveau mal qui, sur un autre plan, est une régression.

La solution n'apparaît plus dans la structuration sociale

La solution n’était plus dans la recherche d’une meilleure organisation sociale. Toutes les améliorations qu’on pouvait apporter passaient par des hommes, et ces hommes obligatoirement déformaient l'amélioration et créaient une réaction, une régression. C’est-à-dire que dans l’organisation d'une société il y a les vices de fonctionnement que toute organisation génère. A un certain moment on en prend conscience et on modifie la structure. Mais celle-ci entraînera d’autres problèmes, etc. C’est sans fin, et sans solution.

C’est de là qu’est venue votre prise de conscience de la nécessité d'un travail intérieur ?

Oui. La solution n’est pas dans le changement extérieur, mais dans la transformation intérieure.
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