Comment réagissez-vous quand plus rien ne va dans votre vie ? Quel regard portez-vous sur le chaos ?
J’aime particulièrement ce mot et ce qu’il désigne. J’en ai fait souvent l’expérience, parfois redoutable, souvent bien plus féconde que je n’aurais pu l’imaginer.
Bien que ce mot évoque souvent le désordre et le danger, je le vois plutôt comme une origine nécessaire. Sinon, pourquoi serait-il si présent au début des mythes de la création du monde ?
Le chaos, nous le portons en nous. Nous y puisons sans le savoir nos plus belles intuitions. Il est indéfinissable, d’où sa puissance et sa beauté. Il est le germe confus de nos gestes créateurs. C’est l’inconnu qui nous met en mouvement, le brouillon qui nous permet d’écrire. Il nous fait naître et mourir plusieurs fois au cours de notre vie.
Le chaos est aussi hors de nous. Mais notre raison voudrait l’éradiquer au profit d’un monde idéal.
Cela ne signifie pas qu’il faille le laisser en l’état, que l’on doive s’y résigner. L’accueillir tel qu’il est, d’abord, ne signifie pas le subir, bien au contraire. Tout chaos appelle un cosmos. Mais tout cosmos rappelle un chaos. Et ainsi de suite.
Pour autant, je n’y vois pas d’absurdité. Le paradoxe (ou l’ambivalence) n’est pas absurde : il est le principe même de notre condition. Mais ce que nous ne pouvons pas conceptualiser, nous le rejetons. Au lieu de le vivre, le traverser, et y grandir.
Sabine Dewulf
Illustration : Marie Dewulf pour L'Oracle alphamythique
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