lundi 31 août 2015

En contact avec la prière avec Sogyal Rinpoché


J'aimerais partager avec vous cette très belle prière de Jigmé Lingpa, que nous récitons au Tibet afin d'invoquer la présence du maître dans notre cœur :

"Du lotus de la dévotion qui s'épanouit au centre de mon coeur,
Ô maître plein de compassion, mon seul refuge, élevez-vous
Je suis tourmenté par mes actions passées et mes émotions turbulentes;
Afin de me protéger dans cet état infortuné,
Demeurez, je vous prie, comme un joyau au sommet de ma tête,
le mandala de la grande félicité,
Faites que s'élèvent en moi toute ma claire conscience
et toute mon attention."

...J'ai connu des personnes qui, même aux derniers stades précédant la mort, ont accompli des progrès spirituels tout à fait surprenants, grâce à une seule prière, un seul mantra, une seule visualisation avec lesquels elles avaient réellement établi un lien de cœur.

Sogyal Rinpoché
Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort


dimanche 30 août 2015

Le moi encore en vacances avec Alexandre Jollien


C'est quand même dingue qu'il faille presque lutter pour se laisser aller, apprécier la vie et, en un mot, être en vacances. Comment s'approcher d'un esprit plus contemplatif et quitter les mécanismes de la réaction et de la précipitation ? Et comment garder cet esprit-là au retour des vacances ?

M'aide le conseil de ce moine qui m'a dit tout net : « Tant que votre ego ne sera pas lui-même en vacances, vous n'atteindrez jamais à la paix, à la cessation des tiraillements, à la disparition de la fatigue. Aussi longtemps qu'il s'accroche, qu'il poursuit avidement, du matin au soir, des buts, toute rémission vous sera interdite. » Le diagnostic posé, ne reste plus qu'à trouver le remède, car nous risquons fort de tourner carrément en rond jusqu'à l'épuisement, et il y a quelque chose d'éreintant à échapper à l'insatisfaction.

Épicure nous livre déjà une clé pour nous mettre un peu au vert : « Notre seule occupation doit être notre guérison. » Et si prendre des congés, c'était avant tout prendre soin de soi, ménager notre corps, oser quelque halte et véritablement franchir une étape ? Mais guérir de quoi ? D'abord, il convient de s'éloigner des poisons, de couper le téléphone, de fermer Facebook et pourquoi pas s'inscrire, pour une période, aux abonnés absents ? Qui a dit que ce retrait momentané participait de l'égoïsme alors que c'est tout le contraire ?

Mais rompre avec les habitudes ne suffit pas. Il s'agit, comme le préconisaient les philosophes grecs, de nous prescrire un kanôn, une règle à suivre. On peut continuer longtemps à se réveiller dans la dispersion, à vivre sous le mode du pilotage automatique, mais vient l'heure où l'urgence est à la pratique. Sans s'encombrer d'une armada d'outils, il y a un chemin qui s'ouvre.

Dans la Vie parfaite, Catherine Millot dit mieux que quiconque celui dont je dois prendre congé : « Le moi est avant tout une instance de maîtrise. C'est un système de défense, au service du principe de plaisir, contre le dehors, mais aussi contre ces pulsions, intimes et étrangères à la fois, qui nous habitent. Ce sont ces remparts qu'il s'agit d'abattre, ce barrage contre le Pacifique qu'il faut ruiner. Disons-le autrement : le moi est une organisation pour résister à la passivité essentielle du sujet à l'égard de l'Autre. Le moi est foncièrement résistance à Dieu (...). »

Au fond, pour garder l'esprit en vacances, il faut se départir, se déprendre de l'ego. Sa seule tâche est de nous pourrir l'existence, de nous faire croire à des chimères et de nous installer sur des rails qui peuvent nous conduire droit dans le mur. Ce supermanipulateur nous attache de toutes parts, il nous empêche d'être libre. Dès lors, l'exercice des vacances, c'est de lui désobéir, de descendre plus profondément en soi pour s'ouvrir à autrui, pour tenter un nouveau mode de vie.

Voilà le véritable périple : entreprendre ce déménagement intérieur, ce décentrage, oser le grand saut, renoncer à la pleine maîtrise. Pour notre malheur, nous avons associé l'abandon, la confiance, le laisser-être, l'ascèse à quelque chose de triste, voire à une corvée. Alors que s'échapper des bornes de nos schémas mentaux, quitter un peu l'étroitesse du coeur conduit à un bonheur redoutable pour l'égo.

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Son dernier livre, Petit Traité de l'abandon, est paru au Seuil.


samedi 29 août 2015

Danis Bois et "La vie entre les mains" (1)



...Un autre événement rapporté également dans La vie entre les mains allait m'interpeller. J'y raconte un épisode qui m'était arrivé en 1973, alors que j'étais jeune kinésithérapeute : «j'eus à m'occuper d'un malade en état de coma profond nouvellement arrivé en service de réanimation. J'allais lui apporter des soins, et m'aperçus en entrant, que je le connaissais : ‘si vous me reconnaissez, serrez-moi trois fois la main', lui dis-je. Il le fit, des larmes coulaient sur son visage. Cette rencontre fut bouleversante : et si le coma profond laissait intact une certaine forme de perception ? S'il existait une autre perception ?... »

Je découvrais étourdi, l'existence d'une conscience qui se cache dans l'ombre et je soupçonnais la présence d'une perception qu'il fallait redécouvrir en plongeant dans soi. En vue de pénétrer ce mystère, je commençais à me familiariser avec une pratique d'intériorisation. Chaque jour, je m'offrais un moment de silence où je fermais les yeux et vivais à l'intérieur de mon corps, ce qui était jusqu'alors inaccessible à ma conscience. C'est ainsi qu'à l'âge de vingt-sept ans j'écrivais dans mon journal : « Un vent nouveau m'amène plus loin : l'exploration du silence interne. Sans technique orientée, sans influence d'aucune sorte. Je m'installe dans une chambre isolée, dans une position de mon choix, et je ferme les yeux. Il y a dans ces rendez-vous un goût d'insolite. Chaque moment, est source de nouvelles découvertes, ne ressemblant jamais à aucune attente. Ces sensations éphémères continuent de résonner dans mon corps » (journal intime, 1976). 

Ce que je rencontrais était plus étrange que ce que mon entendement était capable de concevoir, c'est pourquoi j'écrivais à l'époque : « J'ai décidé de soigner ma surdité à l'inaudible, non pas en ouvrant grand mes oreilles, mais en débridant la partie trop rationnelle de moi-même. (...) Je me sens au bord de quelque chose de nouveau. mais un mur invisible m'en sépare encore.» (Journal intime, 1976). 

Jusqu'alors, je faisais l'expérience de l’intimité du corps en me sondant moi-même dans mes faces à face quotidiens avec le silence. La pratique de la kinésithérapie ne répondait plus à ma quête de profondeur, c'est pourquoi j'entrepris dans les années 1975, des études d'ostéopathie, discipline qui me paraissait plus en adéquation avec ma quête existentielle. Avec cette pratique, je rencontrais la vie subjective mais cette fois-ci à travers le corps d'autrui et non plus seulement à travers mon propre corps...


"Rien n'est plus proche de l'absolu que le silence. 
Il n'y a rien de plus proche de l´être que le silence habité de la présence en soi"


vendredi 28 août 2015

Imploration...





photos prises près de Bondigoux, au nord de Toulouse, dans un petit carrefour perdu en campagne...



mercredi 26 août 2015

Mudras : le yoga des doigts


L'origine des mudras remonte à la tradition védique où les hymnes étaient récités à l'aide de mouvements de doigts.

Dans la doctrine du yoga, une mudra est un geste de la main ou une position corporelle symbolique. Il existait au départ neuf mudras de Bouddha, destinées à accompagner la méditation. Aujourd’hui, les danseurs indiens en ont inventé plusieurs dizaines, lesquelles auraient des effets bénéfiques sur le corps et l’esprit grâce à une stimulation des zones réflexes de la main et des doigts. Parmi les différentes mudras, en voici une que vous pouvez effectuer chez vous afin de vaincre le stress. Commencez par mettre dos à dos les doigts de chaque main puis frottez-les doucement les uns contre les autres. Ensuite, mettez les pouces en contact et rabattez les autres doigts sur la paume des mains. Celles-ci sont à hauteur d’estomac et les avant-bras à l’horizontale. La thyroïde sera alors régulée et vous retrouverez un rythme respiratoire adéquat. Cinq à sept minutes suffisent généralement pour faire disparaître la tension.





lundi 24 août 2015

Profitez des 1000 vertus de la lavande

S'il ne vous fallait qu'une huile essentielle, ce serait celle-ci tant son usage est polyvalent. Entre autres, elle combat l'anxiété. Grâce à elle est née l'aromathérapie.

Calmante, sédative, antiseptique, antidouleur et cicatrisante : la lavande possède de nombreuses propriétés et convient à toute la famille, jeunes enfants comme personnes âgées. Au début du XXe siècle, le négociant de parfum lyonnais René-Maurice Gattefossé, atteint de gangrène suite à une grave brûlure, décide de se soigner avec l'huile essentielle de lavande, dont il fait négoce. Suite à ses résultats stupéfiants, la précieuse fragrance fut alors introduite dans de nombreux soins médicaux et hôpitaux. De fait, s'il ne vous fallait qu'une huile essentielle, ce serait celle-ci, tant elle est d'usage facile et polyvalent. On l'appelle lavande vraie, fine ou officinale et c'est avec elle qu'est née l'aromathérapie. Il ne faut pas la confondre avec les lavandins (bien moins chers) ou la lavande aspic (Lavandula spica) : plus efficace contre les piqûres et venins d'insectes ou animaux, elle ne convient pas aux jeunes enfants, femmes enceintes et allaitantes et n'a pas les vertus apaisantes et sédatives de la lavande officinale.

Propriétés

« De nombreuses études rapportent son efficacité sur le stress, le sommeil et les palpitations cardiaques », dit Françoise Couic-Marinier, pharmacienne, aromathérapeute et formatrice au sein de plusieurs hôpitaux. « Elle agit si efficacement sur l'anxiété qu'elle a donné lieu à un médicament en Allemagne, qui offre les mêmes performances que le Témesta ou le Valium, des anxiolytiques aux lourds effets secondaires ». D'autres études ont montré son effet antiseptique et son action sur le sommeil lent, profond des bébés et la diminution de leurs pleurs.

Mode d'emploi

C'est une des seules huiles essentielles que l'on peut utiliser pure sur la peau (une à deux gouttes) : sur les poignets en cas de stress, de problème de sommeil ou de palpitations cardiaques (difficulté à respirer) ; ou sur une brûlure, associée ensuite à un tulle gras ou du gel d'aloe vera. Elle convient aussi aux femmes enceintes et aux nourrissons : diluez-la par exemple dans une huile d'amande douce (2 à 5 % d'huile essentielle) pour masser les bébés le soir. Contre l'eczéma, on peut aussi la mélanger à de l'huile de calophylle inophylle (ou autre huile ou crème). Pour une qualité optimale, choisissez-la bio ou AOC (Haute-Provence).

Relaxation et rhumatismes :

Tisane : si vous appréciez son goût, voici un moyen efficace pour retrouver le calme et le sommeil à moindre coût : une cuillère à café de fleurs dans 20 cl d'eau frémissante infusée de 10 à 15 minutes, une à trois fois par jour (soir et coucher pour le sommeil).
Bain relaxant : pour les troubles du sommeil, la peur du noir chez les enfants ou les problèmes de peau, plongez dans l'eau du bain 50 à 100 g de lavande contenus dans un sachet de tissu fin, ou diluez trois gouttes d'huile essentielle (HE) dans deux cuillères à soupe de crème ou de lait (les HE ne se dissolvent pas dans l'eau, il leur faut un corps gras au préalable).
Huile antirhumatismale : laissez macérer 15 jours au soleil 50 g de fleurs dans une bouteille de 500 ml d'huile d'olive, d'amande ou de jojoba. Filtrez, conservez à l'abri de la lumière et utilisez cette huile en friction sur les zones douloureuses (courbatures, tensions, rhumatismes...).

dimanche 23 août 2015

Détendez-vous avec la mélisse


Elle est réputée pour calmer, soulager les tensions nerveuses et les spasmes. Cette plante qui fleure bon la citronnelle apporte elle aussi la joie.

La mélisse était déjà chère à Hippocrate (Ve-IVe siècle av. J.-C.) ou Avicenne (Xe-XIe siècle apr. J.-C.) pour soulager les maux de ventre, mais on connaissait aussi sa capacité à apporter la joie. Le célèbre médecin perse Rhazès (IXe-Xe siècle) la prescrivait contre le chagrin et la mélancolie. Cet héritage arabe fut transmis aux monastères, avec la célèbre Eau de mélisse des Carmes, dont la formule initiale développée par les moines du couvent des Carmes déchaux date de 1611. Fabriqué à partir de 23 plantes, c'est aujourd'hui le plus vieux remède encore vendu en pharmacie.

Mode d'emploi

La mélisse ressemble à la menthe, mais son odeur se rapproche de celle de la citronnelle. Fraîche, elle est très agréable dans les salades ou en tisane. Vous pouvez aussi la faire sécher pour profiter de ses vertus toute l'année en tisane. Il faut alors la récolter avant la floraison et par temps sec. Son goût est plus neutre une fois séchée. On l'associe souvent à la délicieuse verveine, aux propriétés proches. En infusion, comptez une à deux cuillères à café par tasse et laissez infuser cinq à dix minutes. Elle est parfaite le soir après le repas et/ou avant le coucher. L'huile essentielle de mélisse s'utilise plus spécifiquement en inhalation (ou en déposant une goutte sur l'intérieur du poignet, à respirer). Elle améliore les états d'agitation importants (démence, Alzheimer, fin de vie...). Soyez prudent si vous prenez le volant, car la mélisse peut induire une baisse de la vigilance. Elle pourrait aussi augmenter les effets de plusieurs classes de médicaments tels les somnifères ou les antidépresseurs. Évitez également de la prendre en même temps que des compléments de fer.

Propriétés

Bien qu'elle possède une activité antimicrobienne contre de nombreuses bactéries et certains virus (grippe et herpès labial), c'est surtout son action apaisante et antispasmodique qui est connue. La mélisse est en effet une grande plante sédative (calmante). Son action, proche de celle des anxiolytiques, réduit l'anxiété, agit sur la dépression légère et soulage les tensions nerveuses, les problèmes d'endormissement, l'agitation et l'irritabilité. Des vertus reconnues par diverses autorités de santé. Parallèlement, elle soulage les maux de ventre, souvent liés au stress. À fortes doses, elle aurait même un effet antalgique comparable à celui de l'aspirine. Alliée de la femme, elle calme les règles douloureuses et tempère les thyroïdes en excès.

L'eau de mélisse :

Voici une préparation qui, même si elle ne saurait remplacer la célèbre Eau de mélisse des Carmes, est intéressante en cas de troubles gastriques, refroidissement ou difficulté à trouver le sommeil (une à trois fois par jour, 5 ml dans une tisane ou sur une cuillère à café de sucre ou de miel). En cas de courbatures, maux de tête ou rhumatisme, on peut la frictionner pure sur la peau. D'après la Santé par les plantes, mes meilleures recettes pour toute la famille (Delachaux et Niestlé, 2015), de Mélanie Wenzel, naturopathe et homéopathe. 
Placer 200 g de feuilles de mélisse fraîche (ou 10 g de feuilles séchées) dans un bocal.
Recouvrir complètement d'alcool (un litre d'alcool de fruits bio).
Fermez le bocal et placez-le dix jours dans un endroit chaud en agitant de temps en temps.
Filtrez et déposez ce contenu dans une bouteille teintée.

samedi 22 août 2015

Digérez mieux grâce à la menthe

Elle apaise le système digestif et soigne les maux de tête. En salade ou avec des fruits, c'est un régal. En huile essentielle, suivez les recommandations d'usage.

Grand classique de la phytothérapie depuis l'Antiquité, la menthe est connue pour accompagner les digestions difficiles, les nausées et les infections pulmonaires ainsi que pour ses propriétés antalgiques. C'est également un bon tonique en cas de fatigue psychique. Ces usages traditionnels sont aujourd'hui validés par la science, plus particulièrement en ce qui concerne la menthe poivrée. Il existe en effet de nombreuses variétés de cette plante, avec des propriétés proches. La menthe verte  (mentha spicata)  est l'aromate classique que l'on connaît, tandis que la menthe poivrée  (mentha x piperita)  est utilisée en phytothérapie.

Propriétés

Les études scientifiques ont surtout évalué les propriétés de l'huile essentielle (HE) de menthe poivrée, démontrant des propriétés sur le syndrome de l'intestin irritable (inflammation chronique de l'intestin), les spasmes intestinaux et les nausées. Les agences de santé européennes et l'OMS reconnaissent son action sur les douleurs intestinales, les flatulences, les gastrites et par voie externe contre les maux de tête, les douleurs musculaires et les démangeaisons ou encore en inhalation contre les toux et rhumes. « Elle est si puissante qu'avec 50 gouttes on atteint la dose létale, c'est-à-dire mortelle », prévient Françoise Couic-Marinier (voir encadré ci-contre).Puissante, l'HE de menthe poivrée est à manier avec précaution et formellement interdite aux femmes enceintes (pour son effet abortif), allaitantes, aux jeunes enfants (de moins de 8 ans), aux épileptiques, ainsi qu'aux personnes polymédicamentées, car elle interagit avec certains médicaments.

Mode d'emploi

Quelques feuilles glissées dans la salade verte ou avec des fruits (melon, fraises...) ou bien une tisane en fin de repas ont une action digestive réelle, et leur utilisation est sans risques. En tisane, la menthe aurait une action légèrement sédative, ce qui permet de l'utiliser le soir, contrairement à l'HE, qui a des vertus toniques : en cas de fatigue, il suffit de respirer celle-ci régulièrement pendant la journée.

Quatre utilisations phares de l'HE de menthe poivrée :

Les conseils de Françoise Couic-Marinier, pharmacienne aromathérapeute et auteure de Se soigner avec les huiles essentielles (Solar).
Brûlure d'estomac et colite. Une à deux gouttes sur un comprimé neutre (en pharmacie), une boulette de pain ou dans du miel, à la fin du repas (jusqu'à trois fois par jour).
Digestion, lendemain de fête. Troubles de la digestion, spasmes, flatulences ? Cinq à dix gouttes maximum réparties dans la journée sur un comprimé neutre (ou dans du miel). Pour limiter les effets d'un repas copieux et arrosé, prendre une goutte d'HE de menthe poivrée et une autre d'HE de citron avec un peu de miel avant et après le repas, puis le lendemain si besoin.
Mal de tête, vertige (sauf migraine de tension) : une goutte à masser sur chaque tempe et les sinus frontaux, en évitant les yeux.
Nausée, vomissements (mal des transports, chimiothérapie...) : une goutte sur un comprimé neutre en prévention, à renouveler après 30 minutes, si besoin. L'olfaction est aussi efficace, surtout quand elle est associée à l'HE de gingembre (dans un stick inhalateur vierge).


vendredi 21 août 2015

Retrouvez la joie grâce au millepertuis

L'herbe de la Saint-Jean est traditionnellement utilisée pour les affections de la peau. Son efficacité sur les états dépressifs légers est avérée et serait aussi probante que les antidépresseurs de synthèse.

Plante phare du soleil, l'herbe de la Saint-Jean est réputée depuis l'Antiquité. Traditionnellement, on suspendait ses bouquets dans les demeures pour les protéger ou on se l'offrait le 24 juin pour porter bonheur. On l'utilise sous forme d'huile rouge depuis le XIXe siècle contre les brûlures. Depuis 30 ans, ses propriétés antidépressives sont connues, ce qui en fait un des médicaments à base de plantes les plus vendus, en Allemagne notamment.

Propriétés

De nombreuses études ont montré que le millepertuis atténue les symptômes de la dépression (troubles de la concentration, du sommeil, de l'humeur, perte d'intérêt...) sans entraîner les effets secondaires des antidépresseurs. En voie externe, la célèbre huile rouge de millepertuis est un vrai trésor pour la peau : elle soulage et cicatrise les brûlures, coups de soleil, irritations diverses, piqûres d'insecte, tout en apaisant aussi les douleurs, ce qui en fait une bonne huile de massage de base pour les contusions sportives, courbatures, douleurs articulaires ou rhumatismales. Soyez vigilant en cas de traitement, car cette plante interagit avec plusieurs médicaments (contraceptifs, antidépresseurs, anticoagulants...). Évitez aussi de vous exposer au soleil après avoir l'avoir utilisée.

Mode d'emploi

En cas de déprime passagère, procurez-vous de la teinture mère de millepertuis en pharmacie ou des gélules (une matin et soir). Si vous en cueillez, faites-la sécher soigneusement (un bouquet attaché tête en bas dans un lieu sec, aéré et à l'abri du soleil), puis récupérez les fleurs et utilisez-les en tisane en cas de blues hivernal ou de migraine hépatique. En début d'été, fabriquez la magnifique huile rouge de millepertuis. Pour des brûlures, coups de soleil, petites cicatrices, associez-la à l'HE de lavande (quelques gouttes) et à du gel d'aloe vera. Pour les contusions sportives ou douleurs articulaires, rhumatismales, ajoutez de l'HE de gaulthérie odorante (deux gouttes).

Faire son huile de millepertuis

Avec Claudine Luu, docteure en pharmacie et directrice de l'Imderplam (Institut méditerranéen et documentation, d'enseignement et de recherches sur les plantes médicinales).
Remplir un bocal non teinté bien propre avec les fleurs fraîches, puis recouvrir de l'huile de votre choix (huile d'olive, par exemple). Placer le bocal dans un endroit bien ensoleillé (rebords de fenêtre) pendant trois à six semaines en remuant tous les jours.
Quand l'huile est bien rouge, filtrer et conserver le tout à l'abri de la lumière et dans un endroit assez frais (se conserve un an).

jeudi 20 août 2015

Jean-Marie Pelt : "Les plantes nous enseignent la sagesse"

Santé, solidarité, coopération et partage : le monde végétal est une source d'inspiration et d'enseignement sans fin pour Jean-Marie Pelt, pharmacien agrégé et botaniste, universitaire et fondateur de l'Institut européen d'écologie, à Metz.

Jean-Marie Pelt est un ardent défenseur de l'écologie. Ambassadeur européen de l'environnement et fondateur de l'Institut européen d'écologie, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages retraçant le rapport de l'homme à la nature. Inlassablement, il nous invite à aimer et respecter le génie des plantes.
Vous avez consacré votre vie aux plantes. Que vous ont-elles enseigné ?
Saint Bernard disait avoir plus appris des arbres que des livres. Pour ma part, les plantes m'inspirent humilité et respect. Fruits, légumes, céréales, pain, viande, mais aussi papier, charbon, pétrole, oxygène... sans les plantes, nous n'existerions pas. Nous ne pouvons vivre sans elles, contrairement à elles, qui peuvent très bien se passer de nous. Plus simplement, après avoir appréhendé l'univers végétal d'un point de vue scientifique, je tisse aujourd'hui une relation plus affectueuse avec les plantes : leur seule présence me réjouit, les contempler me comble.
Vous avez montré le rôle des savoirs traditionnels des guérisseurs via l'ethnopharmacologie. En quoi consiste cette approche ?
Avec mon ami Jacques Fleurentin, nous sommes allés à la rencontre de tradipraticiens du monde entier afin de découvrir leurs plantes médicinales puis de les évaluer en laboratoire. Ces rencontres marquantes avec des guérisseurs m'ont amené à être humble. Par des approches à mille lieues de nos raisonnements rationnels et scientifiques, leurs connaissances sont néanmoins étonnantes et souvent validées par les études ! Des guérisseurs du Yémen nous avaient ainsi expliqué les vertus pour le foie de deux plantes endémiques agissant à condition d'être utilisées ensemble. De retour en laboratoire, tout s'est passé comme ils l'avaient dit : isolées, les plantes n'avaient aucune action, mais conjointes, même à dose très faible, elles fonctionnaient admirablement. Ces résultats forcent le respect et nous interrogent sur la vision spirituelle des peuples premiers : conscients que le sort de l'homme et de la nature sont étroitement liés, ils ont su conserver cette relation intime.
Quel est l'apport des plantes dans la recherche ?
L'approche des molécules de synthèse s'épuise : pour une molécule active vendue en pharmacie, il faut en explorer 20 000. On cherche donc d'autres pistes et on revient vers les plantes. Ces dernières répondent très bien là où les médicaments classiques échouent, surtout pour toutes les pathologies globales, ou aux contours flous, typiques de notre société (effets du stress, de la pollution, fibromyalgie...). Ainsi la valériane, l'aubépine ou la passiflore offrent des aides incomparables et douces pour vaincre l'anxiété ou l'insomnie. On n'explique cependant pas toujours bien leur mode d'action de par leur composition complexe. Il s'est même avéré impossible de rapporter les propriétés pharmacologiques de la passiflore à une ou l'autre de ses nombreuses substances actives, car c'est leur action combinée qui expliquerait son action. Il faut donc parfois s'incliner devant l'intelligence et la complexité des plantes, parfaites illustrations de la célèbre phrase de Pascal : « Le tout est plus que la somme des parties. »
Les plantes sont-elles la solution à nos erreurs et nos problèmes ?
Outre les soins médicaux prodigués à l'homme, aux animaux et à la terre (via des pesticides naturels), les recherches menées par la Nasa ont montré leur rôle dépolluant de l'air sur des toxiques comme les solvants, les encres, les carburants ou le formaldéhyde. Les plantes peuvent aussi dépolluer les eaux et les sols grâce à la phytoremédiation, qui consiste à cultiver sur des sols pollués des variétés de végétaux aptes à aspirer des toxiques (nickel, cadmium, nitrates). Sur le même principe, l'épuration des eaux usées se développe avec des jardins filtrants, permettant d'éviter l'enfouissement ou l'incinération de déchets encombrants, comme les boues d'épuration. Oui, c'est dans les 3 milliards d'années de génie écologique des plantes – comparé aux 200.000 ans de l'être humain – que résident la plupart des réponses à nos problèmes.
On dit que les plantes entendent, sentent, communiquent. Sont-elles douées d'intelligence ?
Il y a une vraie sorte d'intelligence dans la nature. Elles sont capables de mouvements spontanés, parfois très rapides, savent se camoufler, comme ces plantes-cailloux des déserts sud-africains, et sont sensibles aux contacts : touchées fréquemment, elles freinent leur croissance comme si elles se recroquevillaient ; agressées ou fouettées, elles sécrètent des tanins pour se protéger. Elles ont par ailleurs une mémoire des traumatismes subis, jusqu'à quatre générations ! Enfin, elles sont sensibles à la musique, qui accélère leur croissance de manière significative.
Pourraient-elles aussi nous inspirer des comportements plus coopératifs ?
La conception hyper darwinienne a imposé le postulat de la loi de la jungle, mais a complètement omis la coopération, qui régule la compétition dans la nature. Les végétaux ont des stratégies d'alliance et de complémentarité bien connues des jardiniers et sont aussi capables en cas d'attaque de s'entraider. Ainsi, un arbre blessé prévient-il du danger ses voisins et amis, afin qu'ils puissent secréter des molécules répulsives. Sous terre, un vaste réseau de filaments de champignons, digne d'Internet, relie les végétaux entre eux et offre un système de partage de nourriture très élaboré, tout naturellement, des plus nantis vers les plus démunis. Certains grands arbres alimentent sous leur ombrage des herbes qu'ils privent de lumière. Et il existe une forme de solidarité familiale chez les végétaux : certaines plantes parentes limitent la croissance de leurs racines pour ne pas empiéter sur celles de leurs soeurs. D'autres ont même la délicatesse d'adapter leur feuillage afin d'éviter de faire de l'ombre aux membres de leur famille !
> A lire :
L'Homme renaturé, Robert Laffont.
Les Plantes qui guérissent, qui nourrissent, qui décorent, Le Chêne.


mercredi 19 août 2015

Bien utiliser les huiles végétales (1)

Les huiles végétales sont les ingrédients indispensables de toutes vos recettes de beauté et de bien-être. Du masque capillaire à l’huile de jour, voici comment les utiliser...

Nous sommes de plus en plus nombreuses à apprécier les qualités de la cosmétique maison. D’abord, parce que c’est là la meilleure façon de maîtriser les ingrédients de ces produits qui entrent en contact direct avec notre peau ; ensuite parce que c’est aussi une manière de profiter de cosmétiques d’excellente qualité et entièrement personnalisés pour un prix abordable. Si les huiles essentielles (HE) sont les ingrédients qui viennent immédiatement à l’esprit de l’apprenti cosmétologue, il faut savoir que celles-ci, en raison de leur concentration élevée, ne s’appliquent pas directement sur la peau et que, par ailleurs, elles ne sont pas miscibles dans l’eau. De ces deux données, il résulte qu’elles doivent, pour entrer dans la recette d’un produit de beauté, être mélangées au préalable à une base neutre comme le lait ou nos fameuses huiles végétales. .. Mais là ne s’arrêtent pas leurs pouvoirs, car elles ont elles aussi, des qualités intrinsèques qui, combinées à celles des HE ou recherchées pour elles-mêmes, en font de super alliées beauté ! Voici les treize huiles de base à glisser dans votre armoire de salle de bains...


Jojoba

L’huile végétale de jojoba est plus exactement une cire liquide très appréciée en aromathérapie. Connue pour ses propriétés capillaires, elle rééquilibre les cheveux gras en régulant leur production de sébum et nourrit les cheveux secs et cassants. Elle redonne souplesse et brillance à tous les types de cheveux. Son action est également double au niveau de la peau. Sa composition proche de celle du sébum la rend idéale pour renforcer le film hydrolipidique et réguler le flux de sébum des peaux grasses. Ses propriétés hydratantes, revitalisantes, antirides et assouplissantes en font l'alliée des peaux sèches et matures. Enfin, elle freine les pertes d’eau et favorise la synthèse de l’élastine pour régénérer la peau en profondeur.
Astuce : pour un masque capillaire, appliquer l’huile sur l’ensemble de la chevelure, ou juste sur les pointes et laisser agir 30 minutes avant de faire le shampooing.

Macadamia

L’huile végétale de macadamia est riche en acides oléique et palmitoléique, deux acides gras mono-insatu-rés, dont le second est un constituant du sébum et joue un rôle protecteur auprès des cellules. Sa composition lui confère une activité anti-oxydante. Elle est très utilisée dans la prévention du vieillissement cutané.
Astuce : sa texture fluide permet une pénétration rapide et une utilisation comme huile de jour. Elle ne laisse pas de trace grasse.

Bourrache
L’huile végétale de bourrache est une huile anti-âge d’exception pour ses propriétés régénérantes. Elle convient particulièrement aux peaux desséchées ou pour combattre les signes de l’âge. Elle rend toutes les peaux plus souples et plus élastiques. Dotée de vertus adoucissantes et diurétiques, sa fleur est également utilisée en tisane.




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mardi 18 août 2015

Bien utiliser les huiles végétales (2)

Calendula
Le macérât huileux de calendula allie à la fois les propriétés de l’huile d’olive et celles de la fleur de souci. Idéal pour les peaux fragiles et délicates, comme celle du bébé, mais aussi pour les peaux sècheset irritées, le macérât huileux de calendula est régénérant, reconstituant et adoucissant. Il apaise les irritations ou les coups de soleil.


Argan
L’huile végétale d’argan est très fluide et exhale un léger parfum de noisette. Elle contient des acides gras restructurants et de la vitamine E antioxydante. Cette association en fait une huile de référence dans le domaine des produits tenseurs et antirides. Elle redonne élasticité et souplesse à la peau et possède également une action régénératrice et réparatrice. Elle est également excellente pour les cheveux secs et ternes qu'elle fortifie en leur redonnant éclat et brillance.
Astuce : pour un masque capillaire, appliquer l’huile sur l’ensemble de la chevelure, ou juste sur les pointes et laisser agir 30 minutes avant de faire le shampooing. Elle fortifie également les ongles cassants.

Pépins de raisin
L'huile végétale de pépins de raisin est une huile fine et riche en vitamine E qui aide l'épiderme à lutter contre le vieillissement cutané et les agressions extérieures. Elle adoucit et nourrit la peau grâce à sa richesse en acides gras poly-insaturés, qui maintiennent une bonne hydratation tout au long de la journée.
Astuce : cette huile est très facilement absorbée par la peau et convient aussi bien aux soins du corps qu’à ceux du visage.

Millepertuis 

L’huile végétale de millepertuis allie à la fois les propriétés de l’huile végétale d'olive et celle de la fleur de millepertuis. Ce macérât huileux est idéal pour les peaux sensibles et irritées, même celle du nourrisson, à condition de la diluer dans une autre huile végétale. Astuce : ses propriétés régénérantes et restructurantes en font la meilleure huile pour calmer les coups de soleil. Mais attention, elle est également photosensibilisante et donc déconseillée en cas d’exposition.

Sésame
L’huile végétale de sésame est riche en acides gras mono-insaturés et poly-insaturés, qui lui confèrent des propriétés nourrissantes et anti-radicalaires. Très pénétrante, elle est parfaite pour régénérer, assouplir et protéger l’épiderme. Riche en vitamine E, elle aide la peau à lutter contre les agressions extérieures et le vieillissement cutané.

Amande douce
L’huile d’amande douce contient des acides gras ainsi que des vitamines A et E. Elle possède des propriétés adoucissantes et hydratantes, nourrit la peau et l’assouplit. Elle est particulièrement recommandée pour les peaux sèches et fragiles, les irritations et les rougeurs. Astuces : idéale pour les peaux sensibles, elle l’est tout particulièrement pour celle des bébés. Très onctueuse, elle permet un bon démaquillage. Enfin, elle est également conseillée pour le soin des cheveux secs et dévitalisés.

Onagre
L’huile végétale d’onagre est très riche en vitamine E et en acides gras poly-insaturés qui lui permettent de reconstruire les membranes cellulaires et de lutter contre le vieillissement cutané. Elle offre des propriétés adoucissantes, revitalisantes, restructurantes et antirides. Elle hydrate et protège également tous les types de peaux contre les agressions extérieures. Enfin, elle redonne vitalité et beauté aux cheveux et ongles.

Noisette
L’huile végétale de noisette est riche en acides gras mono-insaturés (acide oléique) et en vitamines A et E. Elle est recommandée pour les peaux sensibles car elle nourrissante et régénératrice. Sa texture extrêmement fluide pénètre très rapidement sans laisser de sensation de gras.
Astuce : ses propriétés en font une excellente huile de jour pour les peaux à tendance grasse.

Noyaux d’abricot
L’huile végétale de noyaux d’abricot est riche en acides gras mono-insaturés (acide oléique), poly-insaturés (acide linoléique) ainsi qu’en vitamines A et E. Elle convient pour les peaux sèches et ridées lors des soins du visage. Son action régénératrice permet de retarder le vieillissement cutané.
Astuce : elle se substitue parfaitement aux crèmes pour les peaux fatiguées et ternes, sans laisser de trace grasse.




lundi 17 août 2015

Compréhension des émotions (2)

Deuxième partie de l'émission sur les émotions 
avec le Dr Christophe André et Jean-Marc Falcombello.




dimanche 16 août 2015

Compréhension des emotions...


Une émission sur les émotions, qu’elles soient positives ou négatives, tant du point de vue psychologique que du point de vue bouddhiste. 
Pour en parler, le Dr Christophe André, médecin psychiatre à l’Hôpital St Anne et Jean-Marc Falcombello, directeur du centre d’Etudes tibétaines de Montchardon.


samedi 15 août 2015

Le lying : une méditation sur l'émotion (3)

"Il s'agira, tout d'abord, de s'exercer à la remontée des souvenirs, puis de dépister, le noeud du problème, l'origine du blocage."


Des imprégnations inconscientes 
Les vasanas


Exprimer l'émotion ne veut cependant pas dire qu'il faille se laisser engloutir par la peur, la colère ou la jalousie... Et c'est bien là le distinguo essentiel qu'entend apporter le Lying. Il ne s'agit pas d'être en colère, mais bien d'être en celui qui observe la colère.

Ici, le retrait ne se fait pas par rapport au monde extérieur, mais par rapport au monde intérieur, c'est-à-dire à l'ego.
Toutefois, le Lying ne se borne pas à prôner les avantages théoriques du recul ontologique lors d'embrasements émotionnels.

L'essentiel de la méthode consiste, en fait, dans la restitution d'expériences émotionnelles passées, oubliées, inconscientisées parce que généralement intolérables ou trop lointaines, de ces expériences qui, ayant laissé de puissantes imprégnations dans notre esprit, télécommandent, à notre insu, toutes nos réactions dans le présent. Lourd de ces enregistrements, l'inconscient écrase impitoyablement la moindre possibilité d'ouverture spirituelle, et, accessoirement, de bonheur durable.

C'est pourquoi il est si important de dissoudre ces imprégnations, que les Indiens appellent vasanas, et qui nous enchaînent dans des schémas comportementaux répétitifs, notre vie entière. Car, même s'il est possible, sur le chemin spirituel, de connaître de nombreuses illuminations, ou tout au moins quelques moments de paix, ils ne durent, finalement, jamais très longtemps, et les vasanas nous ramènent invariablement à notre état de conscience d'ego séparé et à nos errances habituelles.

Voilà pourquoi mieux vaut rechercher la libération que les illuminations !



Bernard Klein


vendredi 14 août 2015

Le lying : une méditation sur l'émotion (2)


A l’origine de l’émotion : l’ego


Pour bien saisir la dimension spirituelle du Lying, au-delà du simple aspect psychologique ou psychothérapeutique, sans doute faut-il comprendre que l'émotion naît, avant tout, de l'illusion d'être séparé.

C'est parce que je me crois distinct et perdu quelque part au cœur de l'univers, que j'ai peur qu'il m'arrive quelque chose de fâcheux, ou que j'ai envie de toujours posséder plus afin de m'assurer une sécurité quelconque contre l'adversité éventuelle... bref, que j'éprouve de l'émotion. Mais, à partir du moment où cette habitude mentale de me concevoir comme un ego séparé disparaît, je cesse alors de me vivre face à l'univers, et je me ressens véritablement comme étant la totalité de l'espace, du temps et surtout de la conscience.

Dès lors, que pourrait-il m'arriver de fâcheux ? Et que désirer de plus, puisque je suis tout ?
Il est évident que, dans cet état dépourvu de pensées d'ego, aucune forme d'émotion n'est capable de survivre.


L’oeil de Caïn


S'étant livré à un constat plus ou moins semblable, beaucoup en arrivent à penser qu'il suffirait de se mettre à l'abri de tout ce qui peut provoquer des émotions, pour gagner l'univers, ils se cloîtrent alors dans des retraites éloignées du monde, faisant mine d'oublier le sexe, l'argent, la gloire ou tout autre épouvantail philosophique de ce genre. D'autres s'enferment, plus simplement encore, dans un puritanisme surtout fait d'indifférence ou de mépris. Hélas, tant que les ressorts profonds de l'émotion ne sont pas découverts et détruits, ces comportements de retrait restent vains, et deviennent vite plus dommageables que bénéfiques.

Il est évidemment nécessaire d'aller chercher l'émotion à sa racine, dans l'inconscient ; et, plutôt que de la refouler -ce qui la renforce-, tout au contraire l'exprimer, la faire apparaître, puis la laisser définitivement disparaître.


jeudi 13 août 2015

Le lying : une méditation sur l'émotion (1)

L'ÉDUCATION, LES CONVENTIONS SOCIALES ET LE NON-DIT, LA NON-COMMUNICATION, NOUS OBLIGENT, DÈS LA PETITE ENFANCE À REFOULER NOS ÉMOTIONS. CELA CRÉE DES TRAUMATISMES, CES BLESSURES SECRÈTES DE L'ÂME QUI NOUS HANDICAPENT TOUTE NOTRE VIE. 
POUR AVOIR UN BON MENTAL, IL FAUT COMMENCER PAR REGARDER EN FACE NOS SOUVENIRS ENFOUIS DANS L'INCONSCIENT .

  Pour beaucoup d'entre nous, l'émotion reste un des plus beaux aspects de la vie, une forme d'expérience dont on ne saurait se passer, et sans laquelle tout paraîtrait fade. Ne constitue-t-elle pas le fondement des relations amoureuses, le moteur des désirs, l'essence de l'art et de la littérature ?

Pourtant, l'émotion, dont l'étymologie (exmovere, se mouvoir en dehors) rend compte de l'exil de la Conscience en des contrées psychiques qui ne sont pas les siennes, cette si précieuse émotion est purement et simplement considérée comme péché par l'ensemble des traditions spirituelles ! Pécher n'est pas démontrer un comportement en désaccord avec la morale, ainsi que s'efforcent de le faire croire tous les prêtres du monde, mais signifie «manquer la cible spirituelle». Or, cette cible, le Soi, l'être, la pleine conscience de la présence, ne peut être atteinte tant que des préoccupations égocentriques, s'exprimant à travers les pensées ou les émotions, perturbent l'esprit.

Qu'elle soit jalousie, orgueil, colère, envie, peur, larmes ou rire, l'émotion affecte l'esprit. Elle est pathos. C'est pourquoi toutes les Voies spirituelles, fondamentalement thérapeutiques, insistent sur la nécessité de se défaire de l'émotion, et proposent bien souvent des méthodes pour réaliser cet objectif.

C'est notamment le cas du Védanta, et d'un de ses maîtres incontestés : Swâmi Prajnânpad, qui suggéra à ses disciples la mise en pratique d'une technique d'introspection spirituelle de grande valeur, le Lying, grâce à laquelle il est possible d'exprimer les émotions réprimées, dans le but de s'en débarrasser.


Une saison en enfer


Dans l'objectif de cette libération, le Lying se veut une aide préliminaire au nettoyage du mental, par la connaissance de ses fonctionnements et la mise en lumière de ses zones d'ombre.

Il s'agira, tout d'abord, de s'exercer à la remontée des souvenirs, puis de dépister, dans les brumes d'une mémoire affaiblie partoutes les répressions qu'elle a subies, le noeud du problème, l'origine du blocage.
Une fois l'habitude prise de plonger dans ses souvenirs les plus enfouis, il faudra exprimer, le plus spontanément possible, les émotions qui, jusqu'alors, n'avaient jamais pu sortir. C'est généralement à partir de ce moment-là qu'il devient nécessaire de faire preuve de beaucoup de courage et de persévérance, puisque la descente aux enfers commence.
Toute notre tragédie personnelle est, mise à nue, éclatante d'horreur ; et, au lieu de se laisser aller au réflexe naturel de fuir cette horreur, il va, au contraire, falloir revivre et revivre encore, chaque épisode douloureux du passé jusqu'à ce que la charge émotionnelle qui l'accompagne s'use et se dissolve.

Dans la mesure où nous sommes capables de vaincre les résistances que cette douloureuse confrontation déclenche, nous gagnons un grand détachement vis-à-vis de nous-même, nous cessons de nous prendre en pitié et de nous lamenter sur notre sort Mais bien sûr, ce n'est que dans l'application d'un tel détachement dans la vie de tous les jours, dans la capacité à observer avec lucidité et sans jugement les motivations profondes qui sous-tendent nos comportements quotidiens, que réside le véritable travail. Car si le Lying est une méthode psychologique qu'il convient de pratiquer, comme n'importe quelle psychothérapie, avec l'aide d'un thérapeute compétent et spécialisé, elle reste essentiellement destinée, non à réparer l'individu, mais à le conduire au début d'un chemin qui mène à l'Esprit.


mercredi 12 août 2015

Swami Prajnânpad (3)


Technique d’éveil n’est pas Éveil


Mais le message du Swami ne se réduit pas à une adaptation exotique de la psychanalyse. Prajnânpad n'a jamais fait la confusion entre la psychologie et la spiritualité, pas plus qu'il ne prenait Freud pour un sage, il le considérait, textuellement, comme «un grand vaillant héros emprisonné dans son moi scientifique et refusant de franchir le pas qui l'aurait conduit de sa vision matérialiste et dualiste à la connaissance spiritualiste et non-dualiste». Pour le Swami, si la méthode psychanalytique constituait un savoir hautement fiable et fort utile pour aplanir la route devant le Seigneur, comme diraient les Chrétiens, le Védanta n'en restait pas moins cet au-delà du savoir qui, seul, correspondait au niveau spirituel. La technique est une chose, l'éveil de la conscience en est une autre !

Et lorsque c'est un éveillé qui manipule la technique, il faut s'attendre à ce qu'elle change un peu de forme et parvienne à d'autres résultats... Tout dépend, en effet, de la nature de l'esprit qui se tient derrière une telle technique Si c'est l'esprit conditionné du psychanalyste ordinaire, tou: juste capable de se référer à son savoir et de traduire ses observations en concepts dualistes, on n'obtiendra guère qu'une mise aux normes, sociales, morales ou même personnelles, de l'individu traité, il ne sera alors question que de remplacer les anciennes structures psychiques, productrices de névrose, par de nouvelles, mieux adaptées au contexte socio-culturel ou aux désirs de l'intéressé. Mais si c'est l'esprit libre de tout conditionnement d'un maître spirituel réalisé qui utilise la technique, elle pourra éventuellement devenir l'occasion, pour le disciple, d'une réelle et définitive destruction des structures psychopathologiques. Et dans ce cas, les anciennes structures ne seront pas remplacées par de nouvelles. Pourquoi ? Parce que ce à quoi invite le Guru authentique, c'est à observer le mouvement des émotions, non plus avec la pensée, mais avec la conscience inconditionnée. Il n'y a plus, alors, de référence à quelque savoir que ce soit, plus de traduction du vécu en terme d'expérience personnelle, plus de stratégie égocentrique récupérant à son profit les informations échappées de l'inconscient, et par conséquent plus de création de nouveaux systèmes de résistance au réel...

De la psychanalyse au Lying



La méthode que Swami Prajnânpad mit au point à partir de la psychanalyse de Freud prit le nom de Lying dès 1966. Bien que ce mot, qui signifie littéralement en position allongée, renvoie d'une manière parfaitement explicite au célèbre divan, peu de disciples occidentaux du Swami firent le rapprochement avec la psychanalyse.
Il faut dire que ce Lying n'imposait au disciple d'autre règle que de se détendre et d'exprimer les émotions qui survenaient en lui, sans retenue ni jugement. Evidemment, exprimer l'émotion ne voulait pas dire qu'il fallût se laisser submerger par elle. Toujours, le recul ontologique était de mise.

Quant à Swami Prajnânpad, qui restait indéfectiblement présent durant toutes les séances, il n'intervenait pratiquement jamais et ne se livrait à aucune espèce d'interprétation. Le seul conseil qu'il donnait était naturellement de chercher à voir la cause des émotions qui se présentaient. Seul «voir la cause» est libérateur, répétait-il.
Pourquoi subissons-nous des émotions ? Parce que la réalité est différente de l'image que nous nous en faisons. Apprenons à admettre la différence entre cette image et la réalité, entre nous et les autres... et nous serons libérés de ces émotions qui nous causent tant de souffrances.

Mais une telle démarche implique, bien sûr, d'abandonner le confort de nos chères habitudes de pensées...



Illustrations extraites de Svâmi Prajnânpad aux Editions de La Table Ronde.

BIBLIOGRAPHIE
Psychanalyse et sagesse orientale - Daniel Roumanoff - L'Originel. 
Swami Prajnânpad, un maître contemporain (3 tomes) Daniel Roumanoff - La Table Ronde.
Swami Prajnânpad, biographie - Daniel Roumanoff- La Table Ronde. 
Le Vedanta et l'inconscient - Arnaud Desjardins - La Table Ronde.
La stratégie du oui - Denise Desjardins - La Table Ronde. Lettres à ses disciples (3 tomes) - Swami Prajnânpad - L'Originel



mardi 11 août 2015

Swami Prajnânpad (2)


"Rarement un enseignement sut aussi bien synthétiser les connaissances scientifiques occidentales et la gnose de l'orient,- en matière de psychisme et de conscience."


Le nettoyage psychique par la connaissance de soi 


Quant à Freud, surtout lorsqu'on le compare à Jung, il n'apparaît certes pas comme une personnalité passionnée par les coutumes religieuses du monde ; mais ceci n'implique pas nécessairement une absence de vie intérieure.
Pour s'être trouvé aussi impérieusement attiré par la recherche de l'origine des troubles psychiques qui freinaient sa propre évolution comme celle de ses patients, Freud a incontestablement fait preuve de cette insatisfaction profonde et de cette auto-révolte qui spécifient et initient la démarche spiritualiste, même lorsqu'elle n'est pas encadrée par une Tradition.

Bien sûr, il n'a jamais osé franchir la frontière de l'investigation biographique, pour entrer dans l'univers transpersonnel et accomplir une réelle connaissance du Soi universel, mais le déblayage psychique auquel il s'est livré en inventant la psychanalyse peut tout à fait être considéré comme un cheminement pré-spirituel, une purification préparatoire.
La réalisation spirituelle n'est que la conséquence d'un affranchissement des limitations mentales, et des illusions pathologiques qu'elles entraînent. Les spiritualistes du monde entier parlent de délivrance, les Hindouistes de libération, les Bouddhistes de Nirvana, ce qui signifie extinction, tous termes négatifs impliquant non pas la création d'un état idéal ou l'atteinte d'un paradis, mais bien la sortie de l'enfer du pathos grâce à la dissipation des imprégnations psychiques, conscientes et inconscientes, qui sont autant d'infrastructures d'un moi illusoire et pathologique auquel on s'identifie à tort. En somme, l'Éveil est réalisé lorsque le psychisme est nettoyé.

La démarche de Freud, bien qu'incomplète, entre donc dans le cadre de ce travail de connaissance de soi et de libération des entraves psychiques, qui sont depuis toujours le propre des humanoïdes humanisés. Or, ce travail peut indifféremment être relié à la spiritualité ou à la science ; et il faut sans doute nous attendre à ce que les nouvelles formes de spiritualité, qui prendront naissance ces prochains siècles après le raz de marée passéiste de l'intégrisme, aient une coloration plus scientifique que mystique.
A cet égard, Swami Prajnânpad a indéniablement fait figure de pionnier.


Science et spiritualité, même combat ! 


Pour Prajnânpad, la science et la spiritualité n'ont qu'un but: «voir ce qui est». Rien d'étonnant donc, à ce que le Swami se soit intéressé au fondateur d'une science dont l'objet était de «voir ce qui se passe en l'homme». Rien d'étonnant, même, à ce qu'il ait préféré Freud à Jung, dans la mesure où Jung faisait en grande partie appel à un ésotérisme flou et non-scientifique, pour expliquer le fonctionnement du psychisme. Le chemin du Swami passe par la clarté et l'exactitude, il veut s'appuyer sur les bases solides d'une logique bien construite et surtout d'un constat défaits bien établis. Aussi, lorsque Freud démontre que les troubles émotionnels et les perturbations comportementales sont les effets de causes passées, Prajnânpad ne peut qu'adhérer à cette vision scientifique dans laquelle il voit un espoir pour l'Inde de se débarrasser de ces superstitions qui prétendaient expliquer la souffrance humaine par l'intervention, extérieure, des démons ou du destin. Mais s'il oppose la science à la superstition, Swamiji ne l'oppose nullement à la spiritualité ; et il ne peut s'empêcher de faire la relation entre la thèse de Freud et la théorie traditionnelle du Karma qui annonçait, depuis des millénaires, la nécessité de se libérer des actions passées, du Karma, pour déchirer le voile de l'illusion, la Maya, et réaliser l'Eveil.

Pour Freud aussi, l'homme est illusionné, aveuglé, par des forces intérieures, en l'occurrence émotionnelles, dont il ne connaît pas l'origine mais qui n'en sont pas moins liées à la loi de causalité, donc susceptibles d'investigations. Pour Freud aussi, la révélation intime des causes des troubles émotionnels est une condition nécessaire et suffisante pour se libérer du passé et déchirer, tout au moins partiellement, le voile de l'inconscient.


Il apparaît donc, finalement, on ne peut plus normal que Prajnânpad ait considéré la psychanalyse comme une science permettant «d'assurer le passage d'une conscience bloquée vers une conscience épanouie». Cette psychanalyse confirmait scientifiquement, à ses yeux, ce que le Védantisme n'avait jamais cessé d'affirmer : «ce qui a été noué dans le passé peut être dénoué dans le présent».

...

lundi 10 août 2015

Swami Prajnânpad (1)


Ces dernières années ont été marquées par l'arrivée en force des psychologies et des psychothérapies d'inspirations spi-ritualistes ou, plus précisément, védantistes, bouddhistes, et taoïstes. Que ce soit dans le courant du transpersonnel, dans celui de la psychiatrie spirituelle, ou tout simplement dans celui, plus ancien, de la psychanalyse jungienne, un nombre croissant de psy occidentaux s'abreuve aujourd'hui de Traditions orientales, y trouvant sans doute l'arrière plan ontologique qui fait défaut à bien des systèmes issus du freudisme.

Mais, à l'inverse, il arrive aussi que des maîtres spirituels orientaux étudient avec intérêt les théories psychologiques et pratiques thérapeutiques. C'est tout d'abord le cas de ces Lamas tibétains, SenseïZen, et autres maîtres bouddhistes, qui adoptent les concepts de l'occident pour rendre leur philosophie plus compréhensible, comme, parmi les plus connus, Tich Nath Hanh, Sogyal Rinpoché, ou, du côté des védantistes, Ramesh Balsekar qui fit ses études à Londres.

Ce fut le cas, également, de Sivananda qui introduisit en occident un Nidra Yoga essentiellement constitué de techniques de relaxation empruntées à Schultz, le concepteur du Training Autogène.

Ce fut, enfin, le cas de Swami Prajnânpad, dont l'enseignement est surtout connu en France par les livres d'Arnaud Desjardins, qui découvrit les écrits de Freud dans les années 20, et vit en eux le chaînon manquant qui l'aiderait à passer de la conscience de l'homme ordinaire à celle de l'homme délivré décrite dans les textes spirituels de l'Hindouisme.



Un Instructeur des temps modernes



En spiritualité comme ailleurs, il n'y a pas de miracle : s'il put y avoir accointances entre Prajnânpad et Freud, réputé matérialiste athée, c'est que le Swami était lui-même un scientifique. Physicien de formation, son discours restait en toutes circonstances parfaitement rationnel, malgré une adhésion sans faille à la Tradition hindouiste.

Bien sûr, l'Advaita Vedanta auquel se rattachait Prajnânpad est plus proche d'une science de l'esprit que d'un mysticisme. En fait, l'aspect scientifique de Voies d'éveil comme le Jnana Yoga ou le Raja Yoga n'est plus guère apparenté à cette religiosité essentiellement émotionnelle qui caractérise la majorité des chercheurs spiritualistes, ettout comme Krishnamurti ou Nisargadatta Maharaj, Swami Prajnânpad, sans doute conscient des nécessités du Kali Yuga (l'âge de la destruction, dans lequel l'humanité est entrée), prenait souvent le contre-pied des croyances religieuses de son peuple et même des conventions spirituelles couramment admises par les chercheurs. Ne l'entendait-on pas dire, par exemple, que «renoncer est une aberration» ou que «l'ego ne doit pas être tué» ? Indéniablement, Swamiji voulait avant tout briser les habitudes mentales de ses disciples.
Comme tous les grands instructeurs indiens assumant pleinement le vingtième siècle, et d'autant plus qu'il maîtrisait parfaitement la langue anglaise, Prajnânpad eut une large 
audience parmi les occidentaux. Rarement un enseignement sut aussi bien synthétiser les connaissances scientifiques occidentales et la gnose de l'orient, en matière de psychisme et de conscience.


dimanche 9 août 2015

Hommage à Arnaud Desjardins


En souvenir de la mort d'Arnaud Desjardins (mercredi 10 août 2011), je vous propose une semaine avec son maître Swami Prajnanpad.

La voie de Swami Prajnanpad
La voie proposée par Swâmi Prajnânpad consiste à entendre avec un cœur et un esprit ouvert des affirmations souvent inattendues, déroutantes, parfois même choquantes au premier abord, à y réfléchir, avec toutes les ressources de notre intelligence et à voir, en dehors de nous et en nous-même, si ce que nous observons confirme ou non la vérité de ces paroles. Ce dont nous sommes intimement convaincus, pas parce qu'un maître nous l'a dit mais parce qu'il a réussi à nous le montrer, transforme tout naturellement notre perception de la réalité quotidienne et modifie notre manière d'y répondre. »
 Arnaud Desjardins.
 (Extraits de Les formules de Swami Prajnanpad, Ed. La Table Ronde, 2003)





Thich Nhât Hanh, la figure spirituelle de Minh Tri Vô



Né en 1926 à Thua Thien, au Vietnam, Thich Nhât Hanh devient moine bouddhiste à l'âge de 16 ans. Après avoir étudié puis enseigné les études comparatives en religion aux États-Unis, il fonde, à son retour au Vietnam, l'Université bouddhique « Van Hanh », puis, en 1965, l'École de la jeunesse au service social (EJSS), oeuvrant à la formation de travailleurs sociaux alors que le pays est en pleine guerre. Obligé de fuir son pays en 1966, il entame un pèlerinage pour la paix, sillonnant différents pays, des États-Unis à l'Europe, en passant par l'Asie et l'Australie. Son combat le fait collaborer avec des personnalités comme Martin Luther King - qui le propose comme prix Nobel de la paix en 1967 -, le pape Paul VI, ou encore le moine trappiste Thomas Merton. À partir de 1969, il se réfugie en France, et devient alors enseignant à la Sorbonne, en plus du poste de la direction de la délégation de la paix de l'Église bouddhique unifiée du Vietnam.

N'ayant de cesse de poursuivre sa lutte, il participe à l'élaboration du Manifeste 2000 à l'occasion de « l'Année internationale de la culture et de la paix ».
Puis, en 1982, il fonde avec la moniale Chân Khong, le Village des Pruniers dans le sud-ouest de la France. Plus de 150 moines et moniales bouddhistes vivent dans ce lieu ouvert à tous qui accueille chaque année près de 4 000 retraitants, bouddhistes ou pas. Auteur de nombreux ouvrages et infatigable conférencier, Thich Nhât Hanh prône la pleine conscience au quotidien, pour une existence libérée de la souffrance et entièrement tournée vers la compassion.



« Chaque fois que vous avez une énergie négative comme la jalousie, le désespoir ou la peur, alors la pleine conscience doit se manifester pour prendre bien soin de cette énergie négative. Si vous ne voulez pas que cette énergie vous détruise, touchez la graine de la pleine conscience et invitez-la à s'épanouir ; embrassez tendrement votre douleur. (...) 
La méditation est la pratique de la non-violence, de la non-dualité. Si je sais que l'amour c'est moi et que la douleur c'est aussi moi, que la compréhension c'est moi et que la souffrance aussi, alors je vais en prendre soin. Je ne vais pas supprimer ma souffrance parce que je sais que je peux la transformer en fleur... La fleur existe parce que la souffrance est là. » 

 Conférence du 2 avril 1996 à la Mutualité (Paris).




samedi 8 août 2015

Rencontre avec Minh Tri Vô (3)


Sans souffrance, il n'y a pas de lotus, symbole de clarté et de pureté dans le bouddhisme. L'éveil vient de nos erreurs et de nos afflictions. Si nous les rejetons ou refoulons, nous n'avons plus de matière à transformer pour atteindre un bonheur véritable. À mon arrivée en France, je pensais avec tristesse à mon pays en guerre. Les douloureux événements auxquels nous avions assisté m'ont en fait permis de réaliser la chance que nous avions de vivre dans la paix en France aujourd'hui. Le mal-être a des causes. S'il y a des causes, je peux les faire disparaître ou du moins travailler à me porter mieux. C'est ce que nous appelons les Quatre Nobles Vérités, dont l'une, le Chemin octuple, comporte huit branches. L'une d'elles s'appelle la pleine conscience. L'absolu n'existe pas dans le bouddhisme. Chaque jour, nous devons veiller à fuir les extrêmes.

Tout est impermanent. S'il y a continuité, c'est que nous l'entretenons. Si je cesse d'aller à la maison de l'Inspir, son énergie collective n'arrivera plus à moi. Notre mental, à l'image de notre corps, n'est pas immuable. Il évolue, même après la mort charnelle. Petite fille, j'entendais ma mère et ma grand-mère, toutes deux imprégnées du bouddhisme populaire, me dire de faire attention, de bien me comporter, au risque de me transformer en buffle ou en cafard dans une vie future. Avec le temps, je me suis affranchie de ces grades de vies ou désignation conventionnelles. Catégoriser est humain. Le Vénérable nous incite à ne pas trop réfléchir à l'après mais à vivre bien sur terre pour assurer notre continuation. Il nous inscrit dans le moment présent. Je ne crois pas en la réincarnation, comme transposition d'un bloc à un autre bloc. Je la vois comme la désintégration d'une plante : lorsqu'elle meurt, elle devient compost. Ce compost va pénétrer la terre, porteuse d'une graine elle-même source de vie. La plante devient ainsi une nouvelle matière vivante. Dans le bouddhisme il n'y a pas de début, ni de fin, tout se désintègre et tout, de nouveau, renaît, pour prendre un jour une nouvelle manifestation.

Pour moi, le Nirvana n'est pas un idéal inaccessible. Il m'arrive dans la journée d'y goûter quelques minutes, grâce à la pleine conscience. Il est cet état mental où l'esprit se trouve libéré de toutes notions : le juste, le pas juste, le long, le court, le faible, le fort, le temporel, l'espace, et sur un plan plus terre à terre : « Est-ce que je gagne assez d'argent ? Suis-je assez jolie, célèbre ? »... tout est éteint, dans un esprit silencieux. Mais cet état est éphémère. Une ou deux minutes sont déjà un miracle de la vie, que je vais également savourer dans le chant d'un oiseau, ou le bruissement des feuilles d'un arbre. Ce miracle de la vie, je l'ai aussi réalisé avec la survenue de mon cancer, il y a quelques années. Cette maladie m'a placée face à ma réalité et m'a bouleversée dans le sens où j'ai réalisé que j'étais vivante. Depuis, je mène une vie beaucoup plus simple et accepte avec plus de sagesse les contrariétés du quotidien.

Dans le bouddhisme que je pratique, nous saluons toute personne comme un Bouddha en devenir, car porteuse d'une faculté d'éveil qui doit se réaliser sur terre. Cela fait longtemps que j'ai lâché prise sur le Nirvana futur, éternel, perpétuel. Je m'intéresse avant tout à l'ici et au maintenant. Il n'y a pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur est le chemin.

Les étapes de sa vie
1949 Naissance à Dalat (hauts plateaux du Vietnam).
1970 Part en Belgique. Mariage dont naîtra une fille.
1980 S'installe en France.
1994 Rencontre Thich Nhât Hanh au Village des Pruniers (Lot-et-Garonne).
1996 S'engage dans l'ordre de l'Inter-Être.
Depuis 2004 Vice-présidente de l'Union bouddhiste de France.


> La cloche de la pleine conscience
« Je fais tinter cette cloche une fois par jour, pour un ancrage dans le moment présent. L'éveil est en effet constitué de l'énergie de pleine conscience. Plusieurs gathas, qui sont des petits poèmes, peuvent accompagner son tintement. Je prononce en même temps : "J'écoute, j'écoute. Ce son merveilleux me ramène à ma vraie demeure." Mais, comme nous l'enseigne le Vénérable, toutes les autres cloches et bruits du quotidien sont un moyen de nous ramener ici et maintenant : la sonnerie du téléphone, la cloche de l'église, les klaxons, le chant d'un oiseau... »



source : La Vie