vendredi 31 octobre 2014

Calme et sagesse par Jacques Castermane

Là où est le calme est la sagesse; là où est la sagesse est le calme !

Comme l’écrit Nietzsche : « Les hommes n’ont pas attendu de comprendre de façon consciente les mécanismes de l’hérédité, de la respiration, de la digestion... pour se reproduire, respirer, digérer ! »
De même, des hommes, des femmes n’ont heureusement pas attendu les dernières découvertes dans l’étude du cerveau pour connaître le calme intérieur, la sérénité de l’esprit !

C’est par la pratique de la méditation que l’homme stressé, inquiet et souvent même angoissé, retrouve son état de santé fondamental: l’ataraxie, la paix de l’âme.

Dürckheim écrit que « Ce que l’homme “-a-“ dans sa conscience ordinaire le coupe de ce qu’il “-est-“ dans la profondeur de son être ». Ce que l’homme actuel accumule dans sa conscience ordinaire c’est une multitude de savoirs. Au début de ma rencontre avec Dürckheim je passais des journées entières à lire les livres qu’il avait écrit; espérant, naïvement, que ces lectures feraient de moi un ... sage.
S’étant aperçu que je courais le danger d’une obésité intellectuelle, le vieux sage de la Forêt Noire me demande : « Quels livres de moi avez-vous lu ? ». Ce n’est pas sans fierté que, devant leur auteur, je commence à énumérer quelques titres : « Hara, Centre vital de l’homme ; Pratique de la Voie intérieure ; Le Japon et la culture du silence ; Méditer. Pourquoi et comment ? »
STOP ! – et dans un grand éclat de rire, il ajoute: « Cela suffit. Si vous posez ces quatre livres l’un sur l’autre, vous aurez la bonne hauteur pour vous asseoir et pratiquer la méditation ». (1)

L’exercice de la méditation de pleine attention n’est pas lié à une confession religieuse ou à une école de pensée. La relation de l’homme à sa propre essence, à sa nature essentielle, n’est pas due au fait que l’homme est doué de raison mais au fait qu’il est doué de vie. D’où l’attention portée au vécu corporel (Leib).
« Je vis parce que je suis un être vivant ; je pense parce que je suis un être pensant » écrit Heidegger. Au cours de la pratique de la méditation de pleine attention, la priorité est donnée à l’être vivant, à l’être.

Jacques Castermane

(1) La Sagesse exercée, Jacques Castermane, (préface d’André Comte-Sponville), éd. du Relié (p. 86)
Paris 15 et 16 novembre : La méditation de pleine attention ! 
Journées de pratique animées par Jacques Castermane 
Infos & inscriptions : http://www.centre-durckheim.com/v2/ParisNov2014b.pdf



jeudi 30 octobre 2014

La sagesse des soufis avec Eckhart Tolle

« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n'es pas " autre qu'Allah! "…Autrement dit : " Connais-toi toi-même " ou " Connais ton être " signifie " sache que tu n'es pas " Toi " alors que tu l'ignorais. »

 « Tu n'es qu'une bulle d'écume dans ce fleuve battu par la tempête ; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t'apparaîtra comme un rêve. »

 « De l'amour nous sommes issus. Selon l'amour nous sommes faits. C'est vers l'amour que nous tendons. À l'amour nous nous adonnons. »

 Ibn El Arabi




mercredi 29 octobre 2014

Transmission avec Véronique Desjardins...

• Comment vous présenteriez-vous ?

Dès l’adolescence, ma vie a été dominée par la recherche spirituelle. Je me suis mise en quête d’une voie de transformation, ce qui m’a conduite à Arnaud Desjardins (1) dont je suis devenue l’élève à l’âge de vingt et un ans. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette recherche concernerait également ma vie affective et professionnelle. À partir de l’âge de trente-trois ans, je suis devenue la collaboratrice d’Arnaud puis sa compagne et son épouse en 1996. Parallèlement, et pendant dix-sept ans, j’ai dirigé la collection « Les Chemins de la Sagesse » aux Éditions de la Table Ronde, qui publiait les ouvrages de représentants des différentes traditions spirituelles, entre autres le best-seller de Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort. 

• Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Cette expérience vous a-t-elle amenée à prendre des décisions qui orientent encore votre vie ?
J’ai ressenti très tôt le désir de me transformer. Je savais que si je ne changeais pas, j’allais manquer quelque chose d’essentiel. La parole de Gurdjieff, « Votre être attire votre vie », m’avait profondément marquée. La rencontre, le travail, puis la vie en commun avec Arnaud Desjardins ont infléchi toute mon existence. Son décès en 2011 a également été une étape déterminante dans mon propre parcours – étape à la fois très douloureuse mais aussi salutaire. Dans maintes traditions, il est dit que l’ultime cadeau que le maître fait à l’élève, c’est de mourir, car alors l’élève est acculé à tenir sur ses propres jambes et à faire fructifier comme jamais auparavant ce qu’il a appris de son maître. Donc, oui, aussi bien la rencontre d’Arnaud en 1973 - qui m’a amenée à me structurer peu à peu et à envisager l’existence dans une toute autre perspective - que son décès, presque quarante ans plus tard, m’ont conduite à prendre la plupart des décisions qui ont orienté ma vie, entre autres celle de quitter Paris en 1984 et de me rapprocher du centre qu’Arnaud (2) venait de fonder dans le Gard .
Quand nous abordons l’existence, la plupart du temps nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, ni ce que nous sommes appelés à devenir. Nous sommes le plus souvent, exilés de nous-mêmes. Si nous ne voulons pas passer à côté de nous-mêmes, et souhaitons que notre vie prenne toute sa dimension, nous devons peu à peu apprendre à nous connaître, à sortir de notre division, à nous structurer. Ce que nous sommes réellement et ce à quoi nous sommes appelés – notre vocation, si l’on peut dire - se précisent avec le temps. C’est quelque chose à découvrir. Cela ne se fera pas sans passer par certaines crises, ne serait-ce que les inévitables épreuves que chacun rencontre tôt ou tard. Mais nous pouvons développer une nouvelle attitude intérieure nous permettant de faire face aux aléas de l’existence. La vie est une succession d’expériences mais c’est à nous d’en faire quelque chose ou non. Le maître d’Arnaud Desjardins, Swâmi Prajnânpad, avait une formule à cet égard : « Tout ce qui vient à vous, vient à vous comme un défi et une opportunité ». 


Quelle est votre vision du monde actuel ?
Il est bien difficile de répondre à cette question car une réelle appréciation de l’état du monde actuel supposerait d’être suffisamment libre de ses préjugés, des idées de toutes sortes circulant à ce sujet, et surtout de ses propres peurs et projections qui déforment inévitablement notre vision. Il faudrait prendre tant de facteurs en compte et avoir un recul qui permette d’évaluer à la fois les raisons de s’inquiéter et les raisons d’espérer. Personnellement, je déplore la perte des valeurs spirituelles, le manque d’intégrité qui sévit un peu partout, sans oublier la désintégration de la famille et l’absence de repères dont souffrent tant de jeunes. Nous vivons dans un profond climat d’insécurité engendrant beaucoup d’incertitude et de peur. En même temps, des initiatives très positives voient le jour un peu partout dans le monde, un réveil des consciences semble faire peu à peu contrepoids à la dégradation générale. Si nous devons traverser une crise majeure, comme tant d’experts s’accordent à le dire, chacun dans leur secteur, celle-ci nous obligera à développer une autre manière d’être ensemble, fondée sur l’entraide et la solidarité, pour pouvoir affronter d’éventuels temps difficiles. Nous serons obligés de fonctionner différemment, de redéfinir nos valeurs et nos priorités et sans doute de revenir à un mode de vie beaucoup plus simple et authentique.
Mais, outre ces considérations générales, ce qui me paraît important au niveau individuel, c’est de savoir si nous augmentons la souffrance déjà présente dans le monde par nos comportements ou si au contraire nous contribuons à répandre plus de paix et d’harmonie. Est-ce que nous agissons avec une certaine sagesse ou est-ce que nous cédons à des impulsions destructrices – la colère et la violence, par exemple ? Si nous ne choisissons pas nos états d’âme, nous pouvons au moins veiller à ce qu’ils ne polluent pas l’environnement.


Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attachée ? De quelle manière les rendez-vous vivantes ?
La détermination. Nous ne faisons rien sans elle. Elle est un fil conducteur, à l’arrière-plan de notre existence, une certitude qui nous permet d’avancer, quelles que soient les épreuves que nous rencontrons. Elle est l’orientation donnée à notre vie, une force qui nous pousse de l’intérieur. La vérité, qui commence par l’honnêteté envers soi-même. Cesser de se mentir et oser voir en face ses contradictions et ses ambivalences. Le sens des responsabilités, qui s’allie à l’intégrité, et nous permet d’assumer notre existence dans tous les domaines, entre autres familial et professionnel. Nous devons avoir la force de ne pas succomber à une certaine mentalité moderne, souvent cynique et désinvolte, quand celle-ci va à l’encontre des valeurs qui nous sont chères. Le respect et l’amour des autres. Je suis sûre que c’est à l’aune de notre capacité à avoir pu aimer que se fera le bilan de notre existence. Je veux parler d’un amour vrai, un amour qui voit au-delà des apparences et qui ne fluctue pas au gré des circonstances. Aimer vraiment requiert beaucoup de force et de courage. C’est au quotidien que j’essaye de rendre ces valeurs vivantes, par exemple en m’interrogeant sur la manière dont je suis située quand j’aborde une difficulté : « Est-ce la meilleure part de moi ou une part réactive qui agit en cet instant ? » Nous possédons un certain pouvoir nous permettant de sortir de notre vieux monde de blessures, de notre infantilisme, mais c’est un travail que nous devons chaque jour recommencer, inlassablement.


À ce jour, que désireriez-vous transmettre ?
Je désire transmettre ce que j’ai reçu d’une pratique spirituelle qui, avec le temps, nous permet d’affronter de mieux en mieux les défis de l’existence et de vivre plus consciemment. Transmettre ne peut se faire qu’en rejoignant chacun exactement là où il en est. Après le décès de mon mari et maître spirituel, j’ai senti le besoin d’un temps de retrait non seulement pour vivre le processus de deuil mais aussi pour digérer et intégrer tout ce qui m’avait été transmis depuis presque quarante ans. Mais il est devenu clair que je devais témoigner dans mon style propre. Pour ma part, j’anime des groupes de femmes dans l’optique d’aider celles qui y participent à devenir plus pleinement elles-mêmes, afin d’assumer qui elles sont et de donner leur véritable potentiel. Il ne s’agit pas seulement d’une réalisation personnelle mais d’une autre manière d’être dans leurs environnements respectifs, avec toutes les personnes qu’elles sont amenées à côtoyer. La plupart d’entre elles ont des blessures particulières qu’il est nécessaire de panser pour qu’elles puissent dépasser certaines de leurs inhibitions et retrouver leur pleine stature. Mon activité d’écrivain fait aussi partie de cette transmission. 


À la lumière de votre expérience, que vous inspire cette déclaration : « Nous sommes tous des compagnons de voyage » ?
Qui pourrait prétendre le contraire ? Mais comment faire pour que ces mots ne soient pas juste une jolie formule et qu’ils s’incarnent vraiment dans notre vie ?
Je me souviens d’une expérience toute simple que j’ai vécue il y a une douzaine d’années, et qui m’a fait prendre conscience que nous partageons tous la même humanité. En l’an 2000, à la suite d’un œdème pulmonaire aigu, Arnaud a été transporté d’urgence à l’hôpital. Durant son transfert, je suivais l’ambulance avec ma propre voiture, dans un certain état de choc. À un moment, l’ambulancier tourna à un carrefour, son regard croisa le mien et il me sourit avec gentillesse. Dans l’état de vulnérabilité où je me trouvais alors, ce contact d’être humain à être humain eut un grand impact sur moi. Arnaud a survécu onze ans après cet œdème mais je n’ai jamais oublié cette expérience qui fut un avant-goût de ce qui me soutiendrait le jour où Arnaud disparaîtrait. Depuis sa mort, je pourrais dire qu’en le perdant, j’ai trouvé l’humanité et j’ai découvert, à maintes reprises, ce que signifiait être compagnons de voyage. C’est une réalité vivante dont nous pouvons faire l’expérience au quotidien. Nous sommes tous très différents et, en même temps, nous sommes tous faits de la même pâte humaine, nous connaissons tous la gamme des émotions qu’un cœur humain peut éprouver : espérances, peurs, attentes, désirs … Nous découvrons à quel point nous sommes semblables, le plus souvent grâce aux épreuves qui nous amènent à sortir d’une certaine arrogance, d’un élitisme. L’épreuve nous rassemble, nous fait comprendre que nous partageons une même humanité et que nous sommes tous des compagnons de voyage.


(1) : Arnaud Desjardins (1925 – 2011) était auteur, réalisateur à l'ORTF et l'un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l'Islam) d'Afghanistan, et ce dès le début des années 1970. 


(2) : Actuellement, association « Les Amis d’Hauteville » connus aussi sous le nom d’ashram d’Arnaud Desjardins, à Saint Laurent du Pape en Ardèche. 
Note : L'intégralité de cette interview peut être lu dans le livre L'avenir est en nous (Ed. Dangles) - Février 2014.

lundi 27 octobre 2014

Comment je suis devenu (presque) végétarien... avec Christophe André

Mes racines sont dans le Sud-Ouest. Autrement dit : j’aime le rugby, le cassoulet, la corrida, les randonnées et le foie gras. Ou plutôt, j’ai follement aimé tout cela.

Aujourd’hui, je consomme toujours du rugby et des randonnées, mais je m’efforce de lâcher le foie gras et la corrida. Que m’est-il arrivé ? J’ai juste ouvert les yeux en matière de compassion et d’écologie, et écouté mon ami Matthieu Ricard : j’ai enfin compris que manger des animaux n’est pas une bonne chose, pour les animaux et pour notre planète. Et puis, en me renseignant attentivement grâce aux études scientifiques disponibles, moi qui suis médecin, je me suis aperçu que notre santé ne se ressentirait pas du tout, au contraire, du passage au végétarisme : trop de viande, ou de la viande médiocre (pleine d’antibiotiques, d’hormones et autres antidépresseurs) nous rend malades ; c’est d’autant plus absurde qu’il nous est parfaitement possible de combler tous nos besoins en nutriments essentiels uniquement avec les œufs et les aliments d’origine végétale.

Malgré tout ça, je ne vous cache pas que c’est parfois difficile pour moi ! D’abord parce que j’ai grandi dans la saveur des charcuteries et des grillades. Du coup, aujourd’hui, lorsque nous arrivons au sommet à l’issue d’une belle course en montagne, l’idée de ne pas partager le pain et le saucisson avec mes camarades de randonnée m’est pénible ; et je craque parfois. J’aime aussi beaucoup le foie gras ; pourtant je m’efforce de ne plus en acheter. Mais de temps en temps, au Nouvel An, furtivement, je craque encore. Pour la corrida, c’est difficile aussi : j’aimais beaucoup l’ambiance festive des arènes, les airs désuets de paso-doble, le courage des matadors, les frissons à la sortie du taureau, les discussions passionnées avec mes camarades sur telle ou telle passe technique. Mais si je continuais d’y aller, je n’oserai plus regarder Matthieu et mes amis bouddhistes dans les yeux. Et d’ailleurs, mes copains toulousains et aficionados ont mal pris que je refuse, il y a quelque temps, de signer une pétition pour la défense de la corrida. Pas facile de renier des pans entiers (et festifs) de sa culture d’origine.

Je ne suis pas rigide : mon épouse et mes filles continuent de manger de la viande, et lorsque je suis invité chez des amis et que le plat sent bon, j’en mange aussi. Mais voilà plusieurs années que je refuse d’en acheter et que les repas que je prépare sont végétariens, ce qui m’a aidé à apprendre à cuisiner de nouveaux légumes, à utiliser les épices, à manger beaucoup plus de noix et noisettes en tout genre. Et vous savez quoi ? J’aime de plus en plus ça !


(source : La Vie)

dimanche 26 octobre 2014

Silence et plénitude avec Philippe Mac Leod

Prier, c’est d'abord se taire.

Apprendre à se taire. Tu découvriras vite qu’il ne suffit pas de retenir sa langue un moment. Le silence n'est pas dans les oreilles, mais dans le corps lui-même : c’est lui qui nous remplit, nous tient droit. Une porte peut claquer, elle ne le déchire pas. C’est le silence des origines, le souffle de la vie avant même qu’une forme ne s'échappe comme une voile sur l’océan de l’étendue.

Prier, c'est donc d’abord se taire, et plus encore, tu le comprends bien, se taire intérieurement, puis se taire en profondeur, plus loin entre les membres, par-dessous les pensées, par-dessous le premier silence qui s’installe, comme des couches successives qu’on va chercher toujours plus au fond. Prier, enfin, c'est se taire de plénitude. Tu entends bien à ces mots la paix immense qui s’installe, la différence entre la privation, ce qu'on retient, et la conquête, ce qui se découvre, se dévoile.

Contempler consiste en ce lent mouvement d'accomplissement, de muette éclosion, d’équilibre total au point de ne plus avoir envie de se lever, de changer de position, ni même songer à bouger le petit doigt. La mouche qui se pose sur la tempe semble si loin, si légère. Tout est à sa place parce que tu as trouvé la tienne en dedans. Et le monde entier repose sur ce fragile équilibre, l’instant immobile en est le fléau, la pointe du danseur autour duquel tournent les sphères.
Tu as simplement appris à laisser le cœur s’ouvrir comme un œil et voir du dedans, voir à travers la chair, dans un éblouissement tranquille, la chaude blancheur du jour à travers l’épaisseur d’un voile. Voir la lumière. Voir alors qu’il n’y a plus rien à voir. Voir ce qui ne se voit pas. Voir comme on croit. Croire de cet œil grand ouvert qu'est devenue notre âme, avec cette prunelle brûlante au centre, doucement palpitante.
Tu me demandes souvent comment fixer la différence entre méditer et contempler. Elle est là : quand il n’y a plus d’objet, quand la vision devient à elle-même sa plénitude, son rayonnement, sa vastitude. Le silence alors se fait lumière, espace, respiration. Les mots n’y trouvent plus leur voix et s’éteignent comme de méchantes flammes au grand air. Tout est accompli. Dedans et dehors n'existent plus. Tout est un. plein, stable, tout à la hauteur de l’horizon.

Tu reconnais maintenant qu’il ne s’agit plus seulement d’accéder à une pleine conscience au sens d’un enveloppement, d'une étendue que nous serions capables de recouvrir en tout point comme en son ensemble, mais dans le sens d’une traversée, du centre vers la circonférence, du noyau à la périphérie, une conscience parcourant toute notre épaisseur vivante, de l'épiderme au fond du fond, là où la chair entrouvre ses fibres et devient mystère. La prière tient à cet autre exercice de la conscience, non plus dans l'extension, dans la portée, mais dans la force du centrement, de l'unité par le foyer, du rayonnement à partir de l'insaisissable. Il ne te suffira pas d'étendre les bras en écartant les jambes, la face plaquée contre l'azur ou les vents : on ne se remplit pas d'air, avec force inspirations, on habite le monde de notre plénitude intérieure, on emplit l'espace d'un souffle qui vient de plus loin que nous et ne fait un moment que nous traverser.
Il n’est alors que de nous tenir au plus près du centre, jamais touché, jamais perçu, dans une proximité d’autant plus exaltante qu’elle reste inachevée. La plénitude sera proportionnelle à cette extrême concision de la vie. Contempler est ce chemin paradoxal, le plus droit, le plus court, le plus direct.



(source : La vie 08/2014)

samedi 25 octobre 2014

La planète unique avec Sebastião Salgado



“Dans mes photos, j'essaie de montrer que la planète forme un tout”

Photographie et écologie sont, pour moi, indissociables. Je vais continuer à suivre des tribus d'Amazonie. Je me sens bien avec ces gens. Ce sont nos ancêtres. Ils sont en harmonie avec la nature, n'ont pas l'obsession de l'argent et des guerres. L'agressivité est, pour eux, le pire défaut. Ils ne mangent que des animaux à sang froid, des tortues, des serpents, pour ne pas devenir violents comme les animaux à sang chaud. Genesis m'a ouvert les yeux. J'ai compris que tout, sur cette Terre, est relié. Si on passait un film en accéléré sur les milliards d'années écoulées, on serait fascinés par l'interaction entre les montagnes, les fleuves, la lumière, la végétation. Dans mes photos, j'essaie de montrer que la planète forme un tout, que l'on est plus proches des animaux qu'on ne le pense. 

Sebastião Salgado


vendredi 24 octobre 2014

En recherche... avec Rumi

« Dans l’homme existent un amour, une douleur, une inquiétude, un appel, de sorte que s’il possédait les cent mille univers, il ne pourrait trouver le calme et le repos. Les gens exercent tous les métiers, tous les commerces, et procèdent à toutes sortes d’études : médecine, astronomie, etc., mais ils ne peuvent trouver le repos, car leur but n’est pas atteint. 

On appelle le Bien-Aimé “repos de l’âme” ; et comment pourrait-on trouver quiétude et ailleurs qu’en Lui ? Tous les plaisirs et toutes les fins sont telle une échelle ; chaque degré de l’échelle n’est pas un lieu de repos, mais un passage. Heureux celui qui se réveille tôt, afin de raccourcir le long chemin, sans perdre sa vie à trébucher sur les degrés. » 

 Le Livre du Dedans, de Rumi
Principal traité en prose du grand poète mystique, ce livre aborde des thèmes aussi divers que la nature de l’homme, la recherche mystique, la connaissance, l’amour, le mal ou la souffrance. Nourrie de méditation et de rêveries, la parole du maître, enchâssant versets coraniques et propos du Prophète, fables et paraboles, éveille l’âme endormie du disciple. 



« Au moment où la caravane est arrivée pour faire étape, tu as égaré ton chameau. Tu le cherches partout. Finalement, la caravane repart sans toi et la nuit tombe. Tout ton chargement est resté à terre et tu demandes à chacun
- Avez-vous vu mon chameau ? Tu ajoutes même :
- Je donnerai une récompense à qui me donnera des nouvelles de mon chameau !
Et tout le monde de se moquer de toi. L'un dit :
- Je viens de voir un chameau roux et bien gras. Il est parti dans cette direction !
Un autre :
- Ton chameau n'avait-il pas une oreille déchirée ?
Un autre :
-         N'avait-il pas un tapis brodé sur la selle ?
Un autre encore :
- J'ai vu partir par là un chameau à l’œil crevé !
Ainsi tout le monde te donne un signalement de ton chameau dans l’espoir de profiter de tes largesses. Sur le chemin de la connaissance nombreux sont ceux qui évoquent les attributs de l'inconnu. Mais toi, si tu ne sais pas où est ton chameau, tu reconnais la fausseté de tous ces indices. Tu rencontres même des gens pour te dire :
- Moi aussi, j'ai perdu mon chameau ! Cherchons ensemble !
Et quand enfin vient quelqu'un qui te décrit vraiment ton chameau, ta joie ne connaît pas de bornes et tu fais de cet homme ton guide pour retrouver ton chameau. »
 Le Mesnevi

jeudi 23 octobre 2014

A l'école de la femme avec Cheikh Bentounes


L’Algérie abritera prochainement le premier Congrès International Féminin pour la culture de la paix...

«La femme est la première école dans l’éducation d’un enfant. C’est elle l’élément-clé dans la transmission d’une culture de la paix, c’est elle qui apportera à l’islam cette dimension de la rahma (tolérance), principe générateur de vie, dont elle est la détentrice ». 
C’est en ces termes qu’explique, dans un entretien accordé au quotidien El Watan, l’organisateur principal du Congrès International Féminin pour la culture de la paix, Cheikh BenTounès, guide de la Tariqa Alawiya, la place de la femme dans la société algérienne.

« Donner une autre image de l’Algérie, une autre vision d’un islam tolérant en apportant une réflexion nouvelle sur la place de la femme dans la société et son rôle important dans la culture de la paix », voilà l’objectif de notre Congrès qui se veut « une occasion pour améliorer la vie en société », 
voici donc l’idée principale du congrès international féminin, organisé sous le slogan «Parole aux femmes», selon son organisateur principal Cheikh BenTounè, guide de la Tariqa Alawiya.
Cette manifestation vise à donner une nouvelle image de ce que doit être le musulman du XXIe siècle, loin des idées véhiculées par un islam radical. 

S’exprimant sur la dimension mondiale donnée à cette manifestation importante, Cheikh BenTounès, précise que plus de 25 nationalités venant du Japon, Indonésie, Turquie, Canada, Etats-Unis, Mexique, pays d’Afrique et du Moyen Orient participeront à cet événement qui se propose d’offrir une nouvelle vision sur la culture de la paix. Le congrès s’axe principalement sur le rôle de la femme et son apport indispensable en raison du fait que celle-ci est « la première école dans l’éducation d’un enfant », précise-t-il.

Cet guide spirituel a, par ailleurs, déploré le fait que la place importante que l’islam a toujours accordée à la femme est occultée dans la société actuelle. Il cite, à ce propos, l’absence dans la mémoire collective des musulmans des noms de 9000 femmes qui avaient pourtant accompli des actions grandioses par le passé. «Elles étaient des mouhadithate (transmetteuses de hadith) des oulémas, des mafatis et même des imams qui ont dirigé la prière », précise-t-il. 

Il évoque, entre autres, la première femme imam désignée par le Prophète (QSSL) lui-même et la sécurité de Médine confiée par Sidna Omar à une femme. L’écrivain et pédagogue revient aussi sur l’histoire de cette femme qui, à la bataille d’Ouhud, avait protégé le Prophète d’une mort certaine en s’interposant entre lui et un homme qui voulait le tuer. Le Guide de la Tariqa Alawiya s’interroge également sur la place accordée à toutes ses femmes qui ont illuminé l’islam et dont les noms sont à peine évoqués. 
Pour l’organisateur de ce congrès, « c’est pour dévoiler ce qui a été voilé que cette manifestation sur la femme est organisée ».


source: Algérie Focus

mercredi 22 octobre 2014

A l'essence de la vie par Brigitte Fossey

...Pas besoin de nos décorations pour aller à l’essence de la vie, c’est extrêmement simple. Un jour, on m’a demandé quel était mon plus beau souvenir. Il m’est tout de suite venu à l’esprit un moment où j’allais à l’école, les cheveux attachés derrière le cou. Il y avait de la lumière, une brise. Je me suis dit mais mon Dieu que c’est bien cette brise, que c’est beau la vie, une sorte d’éblouissement devant le fait d’être là ! On peut ressentir ça dans des moments de solitude où l’on n’est plus seul. Tout à coup, on se dit il y a l’air, le soleil, la respiration, le souffle, la caresse de l’air sur la joue. C’est prodigieux ! Pas un truc métaphysique, mais une chose toute simple. Cette simplicité-là, je crois que les enfants l’ont naturellement mais nous, on l’oublie.

Vous, vous ne l’avez pas oubliée ?

Non, je ne l’ai pas oubliée et je ne l’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais qu’un arbre est une chose absolument exceptionnelle, extraordinaire, qui met ses racines dans la terre et qui monte vers le ciel. Toute la végétation est un exemple extraordinaire, de montée vers la lumière. J’ai été élevée dans cet émerveillement et je l’ai gardé. Est-ce que je le garderai quand mes parents ne seront plus, je ne sais pas. C’est quelque chose que je leur dois, qui fait partie de l’amour que j’ai pour eux et de leur pensée.

Vous pensez que ça peut disparaître ?

C’est l’amour que j’ai reçu d’eux, c’est pour ça que je pense que ça peut disparaître. J’ai reçu d’eux cette faculté d’aimer. Donc je manifeste ma reconnaissance et je ne sais pas comment je vivrai s’ils ne sont pas là, je ne peux pas l’imaginer.

Extrait d'une interview dans le magazine Reflets


mardi 21 octobre 2014

Le lierre terrestre n'existe pas en vain...



Voici une recette de vin de lierre terrestre

Ingrédients :
1 bouteille de vin blanc sec
40 g de sucre
½ bouteille d’eau gazeuse citronnée
½ l de jus de pomme
1 bouquet de lierre terrestre - des feuilles de menthe peuvent aussi être ajoutées

Préparation :
Verser le jus de pomme, le sucre et le vin blanc dans une carafe. Ajouter le lierre. Mixer. Laisser macérer une heure avant de filtrer. Mettre au frais. Mélanger à l’eau gazeuse avant de servir.  

Personellement, selon la recette de François Couplan,  je fais macérer une nuit les feuilles dans le vin blanc et ensuite j'ajoute les autres ingrédients.

A votre santé !


(source Bio Info)

dimanche 19 octobre 2014

Une bonne cure d'écoute avec Alexandre Jollien


Souvent, je regrette déjà les mots qui viennent de sortir de ma bouche. Je pressens un peu trop tard, il est vrai, les dégâts qu’ils sont sur le point de commettre. Savoir se taire, se reposer dans le silence, est un art des plus exquis et féconds.

Aussi, aujourd’hui, je souhaite esquisser ici des exercices spirituels quelque peu subversifs. Oui subversifs, car de nos jours, presque rien ne nous invite à quitter le bavardage. Sans cesse comme un bruit de fond retentit, et la sinistre musique naguère réservée aux ascenseurs se propage jusqu’au sixième sous-sol des parkings. Sans parler des casques sur les oreilles que l’on traîne dans le métro, en balade, voire carrément au restaurant. Alors que faire ? Justement, rien. Le silence ne se fait pas, il s’accueille paisiblement. N’allons point en faire une nouvelle exigence, un diktat assombrissant...

Sans tomber dans cet extrême, nous pouvons aussi reconnaître et louer le miracle de communiquer, de communier avec l’autre. Il suffit de prendre conscience combien les mots sont précieux pour raconter nos blessures, et nous rapprocher de l’autre pour en saisir le caractère sacré, libérateur et salutaire. D’abord, ne pas dramatiser le réel, ne pas en faire trop. Tenter tranquillement de bannir la médisance, l’exagération, l’impolitesse et la niaiserie, c’est déjà beaucoup ! Toujours en faire moins pour écouter. Prêter l’oreille justement, voilà une ascèse pas si aisée que cela, car cette abstinence peut faire apparaître les manques et les tiraillements ensevelis d’ordinaire sous un flot de mots.

Le silence, ce n’est pas le vide, même s’il nous oblige à quitter les repères habituels qui donnent l’illusion d’une sécurité.
Au contraire, oser se taire, c’est peut-être trouver en soi une plénitude plus vaste, plus intense, propre à tout accueillir sans rien abîmer.

C’est une grande joie d’ailleurs que de traverser cette peur du « rien », de laisser brailler les démons intimes sans bouger. Le silence n’est pas un ennemi à craindre. Il pourrait même devenir un ami, qui ne juge et n’exige absolument rien.

Angélus Silesius, dans le Pèlerin Chérubinique, écrivait magnifiquement que « le Diable n’entend rien que le tonnerre, le tumulte, les craquements. Ainsi, peux-tu joyeusement le rendre fou par ta douceur ». Récemment, je rencontrais une proche dans un hôpital qui me confiait : « Il y a peu d’oreilles qui écoutent. » J’ai pris conscience que lorsque je visite une connaissance, la peur ou la gêne me pousse à meubler. Je parle du temps ou de l’actualité pour ne pas affronter un instant sans rien dire. Mais la météo ou le cours du monde peuvent vraiment nous priver de rejoindre l’essentiel.

Au fond, c’est cela qui est difficile. Il ne s’agit même pas de faire silence, mais juste d’être dans le silence à deux. Mais osons-nous aller jusqu’au bout et congédier, pour un moment, les mots, les bruits, voire peut-être notre propension à avoir une réponse à tout ?
L’exercice spirituel est simple. Le portable, le téléphone, engins qui nous font d’ordinaire beaucoup parler, peuvent même devenir des instruments de notre pratique, un terrain d’entraînement en somme pour cultiver une cure d’écoute.

Vaste programme, dont voici une prescription pour le débutant que je suis : respirer un bon coup avant de prendre la parole, s’abstenir d’interrompre mon interlocuteur, cesser de plaquer mes préjugés sur l’autre, accueillir paisiblement le silence quand il nous rend visite...


samedi 18 octobre 2014

vendredi 17 octobre 2014

Le cerveau en survie...

Aujourd'hui, l'étude AWARE chiffre à trois minutes la période durant laquelle une activité consciente du cerveau humain existe après l'arrêt cardiaque. "Nous ne savons pas si elle s'estompe après, mais directement après la mort, nous sommes encore conscients. 
Le cerveau ne s'arrête pas quand le cœur s'arrête de battre"




jeudi 16 octobre 2014

mercredi 15 octobre 2014

La ritualisation d’une action quotidienne par Jacques Castermane

D’instant en instant ! Cette lettre avoue un but : encourager les personnes intéressées par la Voie tracée par Graf Dürckheim à persévérer dans la pratique quotidienne de la méditation de pleine attention et à prendre au sérieux la pratique de la Voie dans le quotidien, c’est à dire l’attitude méditative dans les actions de la vie de tous les jours.
« Tirer une flèche est un acte banal ; tirer – bien – une flèche est un acte sacré » !
Le maître de tir à l’arc (Kyudo) attire notre attention sur un impératif qui concerne aussi la personne qui pratique l’assise (zazen), la cérémonie du thé (Chado) ou un art martial (Budo).
Un maître d’Aïkido me disait que « L’efficacité dans un art martial provient de la ‘’ritualisation‘’ de la technique ».
Tirer – bien – une flèche, faire – bien – ce pas si vous pratiquez la marche méditative appelée Kin Hin …est un acte sacré !
Faire – bien –! Il s’agit de la ‘’ritualisation‘’ d’une action, d’un geste, d’une technique pour qu’elle ne devienne pas reflexe, banale.
Lorsque le maître dans l’art du tir à l’arc, le maître d’Aïkido, le maître zen formule cet impératif, il ne faut pas prendre le mot sacré au sens religieux. Est sacré ce qui n'est pas insignifiant.

Nous sommes conditionnés à l’idée que le sacré désigne ce qui est en dehors des choses ordinaires ; que le sacré s’oppose essentiellement au profane et à l'utilitaire. La vie est sacrée ! Oui mais ma vie est sacrée lorsque j’ai terminé la vaisselle, n’est-ce pas ?
La pratique de la Voie dans le quotidien, l’attitude méditative, c’est poser un regard neuf sur nos activités quotidiennes. « Faire la vaisselle est un acte banal ; faire – bien – la vaisselle est un acte sacré ». « Marcher de son domicile à l’arrêt du bus est un acte banal ; marcher – bien – de son domicile à l’arrêt du bus est un acte sacré ».
Commencez … petit ! Lorsque vous sortez de la pratique de la méditation de pleine attention, ritualisez la vingtaine de pas qui vous mènent à la cuisine où vous allez préparer le petit déjeuner. « Faire un pas est un acte banal ; faire – bien – un pas est un acte sacré. »

Yuho Seki Roshi nous disait que « La ritualisation d’une action élève celui qui agit vers ce qui n’est jamais nommé ». Ce qui m’a permis de comprendre, ce qui n’est pas à comprendre mais à réaliser dans la pratique du tir à l’arc, « Ne tirez pas, laissez ‘’cela‘’ tirer ! ».

C’est la ‘’ritualisation‘’ de la technique qui opère le passage d’une technique de combat (Aïki-jitsu) à une voie d’éveil (Aïki-Do).
Le maître zen Thich Nhat Hanh écrit : « Buvez votre thé lentement et avec révérence, comme si c’était l’axe sur lequel la terre faisait sa révolution – lentement, régulièrement, sans vous précipiter vers l’avenir ».
Vous êtes en chemin ? Alors, faites-le !

Jacques Castermane




lundi 13 octobre 2014

Alexandro Jodorowsky, poète de la conscience...


"Que ta maladie te serve d’échelle.
Elle vient révéler l’endroit où ton esprit s’est pétrifié,
t’inviter à le transformer jusqu’à ce qu’il coule
telle une source au printemps.
Ne lutte pas contre elle, sa mission est de te
rappeler que seul le chemin éthéré te conduit
au réel, c’est-à-dire à toi-même.
Ce qu’on t’a dit que tu étais sans qu’en réalité
tu le sois est la maladie.
Aime ta prison mentale, grâce à elle tu crées peu à peu une auréole."


Alexandro Jodorowsky a un parcours de vie passionnant: d'acteur, réalisateur, à scénariste de bandes dessinées, romancier, poète. A 85 ans, la vieillesse est chez lui une étape puissante de l’existence où les mots se concentrent, le point de vue s’élève, l’activité se focalise sur l’essentiel. Bref, le vrai nom de cet âge serait la sagesse, quand l’existence a été remplie... S’il devait n’y avoir qu’un qualificatif pour le résumer, ce serait la bonté.

...Vous intéressez-vous au monde ?
Je lis le journal chaque jour, et vois comment le monde va mal. Ils se battent pour des frontières. Ça c’est faux. Ils sont dans l’illusion des choses. Il n’y a pas de pays, c’est une planète. On se bat pour des limites, comme celles de soi-même.
Que peut-on faire ?
Être patient. On ne peut pas changer le monde mais on peut commencer à le changer. Comment faire ? En se changeant soi-même. Et pourquoi on veut se changer soi-même ? On se change pour enrichir le monde. Être meilleur pour rendre le monde meilleur, c’est le but.
source : Revue Reflets

dimanche 12 octobre 2014

Dans la langue de Dieu avec Alexis Jenni

Après des années de quête spirituelle, entre bouddhisme et taoïsme, le prix Goncourt 2011 a découvert que le christianisme, sa première religion, répondait profondément à sa soif.

C'était il y a une dizaine d'années. J’accompagnais mes élèves chez les carmélites de Mazille, près de Cluny, pour une retraite. Une joie indicible, intense, émanait de ces religieuses aux sourires pleins de bonté. Lorsqu’elles se mirent à témoigner de ce qu’elles vivaient dans le silence, une évidence s’imposa à moi : toute ma quête, tournée jusque-là vers des spiritualités orientales, je la retrouvais là, à portée de main. Ce que je cherchais pouvait se dire en termes chrétiens et dans ma langue. Cette prise de conscience fut également alimentée par les jésuites que je côtoyais dans mon lycée lyonnais. Ces personnes, d’une grande intelligence et ouvertes sur le monde, me révélaient le côté éclairé de l’Église. Aussi, le quadra que j’étais se laissait peu à peu atteindre et toucher par le noyau constitutif du christianisme : l’amour et le souci de l’autre, puisant sa source dans le mystère d’un Dieu trinitaire.

Bien que baptisé, je n'ai pas reçu d'éducation chrétienne. Mes copains allaient au catéchisme, pas moi. La foi n’était pourtant pas absente dans ma famille, du côté de ma mère surtout, qui me lisait la Bible racontée aux enfants. Son père était un homme très pieux. Même s’il n’en parlait pas, je percevais bien que tout son être en était imprégné. À la maison, le sujet me paraissait lourd, pesant, quasi tabou : mes parents en ont fait une sorte de barrage mystérieux où s’entremêlaient à la fois de l’indifférence et de l’attirance secrète. La seule activité religieuse que nous pratiquions était la traditionnelle messe de minuit. Coincé entre mes grands-parents recueillis et mes parents se donnant l’air de l’être, j’observais, le nez en l’air, statues et tableaux immergés dans des volutes d’encens. Je ne comprenais absolument rien à ce qui se passait.

Vers 20 ans, j’ai commencé à m’intéresser à certaines philosophies comme le bouddhisme et le taoïsme et à pratiquer les arts martiaux. Je trouvais dans cette discipline une matière à penser extraordinaire pour une plénitude corporelle dans le rapport à soi et au monde. Plénitude où je goûtais à un mouvement, à une vitalité qui me dépassaient. En parallèle, je m’immergeais avec délectation dans des musiques islamiques, turques, iraniennes... toutes gorgées de mysticisme. Leurs mélodies me plaçaient dans une sorte de pulsation vivante et me permettaient d’accéder à quelque chose, à autre chose, relevant du domaine de l’absolu. Plus qu’une recherche de Dieu, j’aspirais à un bien-être physique, proche de l’extase parfois. D’écoute en écoute, j’ai découvert la mystique soufie médiévale. À force de parcourir les poèmes, imprimés sur les pochettes de disques, j’ai été amené à lire les écrits de grands spirituels, comme Rumi, puis à me réapproprier la Bible, source infinie de méditations, de rêveries et de réflexions. C’est par ce biais-là que je suis arrivé à Dieu.

Lorsque je me retourne sur mon cheminement intérieur, je me rends compte que le goût de Dieu est là depuis le départ. En fait, la question de son existence ne s’est jamais posée chez moi.
Il est là c’est tout. Par manque de culture et par un entourage familial et social indifférent à ça, c’est au bout de 30 ans que j’ai réalisé que cet éprouvé était une présence divine. Plutôt que d’être la réponse à l’angoisse d'un manque. Dieu est la jouissance d’un plein que je ressens et que je tente d’exprimer dans mon nouvel ouvrage, Son visage et le tien. Lorsque j’ai lu pour la première fois cette phrase de saint Jean « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu », tout s’est d’ailleurs éclairé pour l’écrivain que je suis : je comprenais qu'il y avait une équivalence entre Dieu, le Verbe, la Vie, la Lumière. Entre le Verbe et le langage.

J’ai toujours pensé que le sens de ma vie était l’écriture. Tout comme le musicien ou le peintre, la seule présence à mon art me fait vivre, car j’y fais l’expérience d’une présence, autre que la mienne. Au plus intime de moi, je sens que bat quelque chose de plus grand. C’est ce quelque chose qui me donne vie.
La biologie, que j’ai enseignée pendant près de 25 ans, me met dans un état de curiosité exaltante : observer et décortiquer les mécanismes naturels est passionnant ! Mais la science a cette grande limite de ne pas pouvoir dire grand-chose sur ce qui nous touche, nous fait vibrer, au plus profond de nous-mêmes.

Le tai-chi m'aide à donner un cadre à ma prière. Mais il ne s’agit en rien de syncrétisme ! J’emprunte au tai-chi le rapport au corps, aux gestes ; l'aspect purement technique en somme. Cela me permet de savoir me placer dans un état proche de la méditation, facilitant la prière. Prière que je vois davantage comme une mise en présence qu’une adresse directe à quelque chose, à quelqu’un.

Non pratiquant - je n’ai fait ni ma première communion ni ma confirmation - j’ai un rapport très solitaire à la foi. Mais, à la grande surprise de mes proches, j’ai tenu à ce que mes trois enfants reçoivent le baptême. Pour moi, c’était la plus belle manière de célébrer leur venue au monde.
Je me situe dans une pratique monastique chrétienne, dans laquelle je peux être en cœur à cœur avec Dieu. Comme le diraient nos frères musulmans, « il n'y a de Dieu que Dieu, le reste; c'est chose humaine ». Mais tout peut encore évoluer. Dans ce cheminement personnel, chaque étape vaut pour ce qu’elle est.





source : La Vie


vendredi 10 octobre 2014

Allumer la lumière avec Patrick Modiano

C'est vraiment idiot d'avoir laissé tout à l'heure la lumière dans le salon [...]. Moi aussi, j'éprouve une drôle de sensation à la pensée de ces lampes que nous avons oublié d'éteindre dans des endroits où nous ne sommes jamais revenus...[...] Aujourd'hui j'ai la conviction qu'il ne s'agissait ni d'oubli ni de négligence, mais qu'au moment de partir c'était moi délibérément qui allumais une lampe. Peut-être par superstition, pour conjurer le mauvais sort et surtout pour qu'il reste une trace de nous, un signal qui indiquait que nous n'étions pas vraiment absents et que nous reviendrions un jour ou l'autre.

Les soirées étaient longues quand je restais dans le quartier à l'attendre, mais cela me semblait naturel. Je plaignais ceux qui devaient inscrire sur leurs agendas de multiples rendez-vous, dont certains deux mois à l'avance. Tout était réglé pour eux et ils n'attendraient jamais personne. Ils ne sauraient jamais que le temps palpite, se dilate, puis redevient étale, et peu à peu vous donne cette sensation de vacances et d'infini que d'autres cherchent dans la drogue, mais que moi je trouvais tout simplement dans l’attente. 

...Plutôt que de toujours soumettre les autres à un interrogatoire, il vaut mieux les prendre en silence tels qu'ils sont.

...On dirait que les lampes se sont usées avec le temps. Mais quelquefois un déclic se produit. Hier, j'étais seul dans la rue et un voile se déchirait. Plus de passé, plus de présent, un temps immobile. Tout avait retrouvé sa vraie lumière.

Patrick Modiano
L'herbe des nuits


jeudi 9 octobre 2014

Hang Music...


Le hang est un instrument de musique acoustique de la famille des idiophones inventé par Felix Rohner et Sabina Schärer à Berne en Suisse en 2001. Le hang est un volume lenticulaire creux composé de deux coupelles métalliques embouties. La partie haute de l'instrument s'appelle le « Ding », elle est constituée d'une note fondamentale et de 7 ou 8 notes l'entourant. La partie basse, « Gu » est une surface lisse dotée d'un trou en son centre.


mardi 7 octobre 2014

Faire silence avec Alexis Jenni


1 APPRENEZ À AIMER LE SILENCE

Le silence peut être extrêmement angoissant, car synonyme de vide, de perte de contrôle, de solitude, d'un face-à-face avec soi-même. Nous passons donc notre temps à le combler, par du bavardage ou un fond sonore bien sécurisant. Je vous conseille de faire l'effort de changer de regard sur le silence : voir en lui une opportunité de ressourcement, de quiétude retrouvée, dun plein où l’Autre a fait sa demeure et vous y attend. Les carmélites de Mazille nous disaient qu'il était important de faire silence, car le Christ ne parle pas fort. Je trouve ça extraordinaire !

2 SORTEZ DE LA RÉACTIVITÉ

La réactivité permanente est l'antithèse de l'écoute de soi et des autres. Lorsqu'une personne vous expose ses soucis du moment, plutôt que de réagir impulsivement en lui donnant des solutions, écoutez d'abord dans le silence. N'hésitez pas d'ailleurs à laisser un petit temps de silence une fois qu'elle a terminé. Reformulez ensuite ses propos en vous assurant auprès d'elle que vous avez bien compris. C’est après tout ce temps d'accueil de la parole de l'autre que vous pouvez dire quelque chose, apporter une solution.

3 PRATIQUEZ UN EXERCICE PHYSIQUE

Pratiquer un exercice physique sur la durée entraîne une sensation de présence à son corps. Dans l'effort, nous l'habitons pleinement, nous le sentons, notre esprit n'a plus besoin de ruminer, de partir. C'est là que le silence intérieur peut s’installer. Nous n'avons plus besoin de le combler, car dans cette activité physique, aussi simple soit-elle (marche, course, vélo...), nous nous sentons vivre, concrètement.


lundi 6 octobre 2014

Une culture de paix... avec Cheikh Bentounès



L’exécution du guide touristique français, Hervé Gourdel, par le groupe jihadiste Jound al-khalifa a suscité une vague d’indignation, en Algérie comme en France. 
L’Association internationale soufie alâwia (Aisa), dirigée par Cheikh Khaled Bentounès, figure de proue du soufisme algérien, n’a pas été en reste. 


“Nous devons mettre fin à l’horreur et à la barbarie”, a recommandé Cheikh Bentounès.

“Cette folie meurtrière n’a rien à voir avec les préceptes de l’islam dont se réclament ces jihadistes. Ils instrumentalisent l’islam pour servir une idéologie politique qui vise à conquérir des territoires et coloniser les esprits par la terreur. Quoi qu’ils en disent, l’islam a toujours été et restera une religion de paix et d’amour. Nous devons agir, chacun d’entre nous, pour substituer cette culture de la peur et de la haine par une véritable culture de la paix”.

 “Il est impératif que l’humain en nous triomphe de la monstruosité, de l’inhumain qui habite certains d’entre nous (…) Hommes, femmes, de toutes religions et de toutes cultures, levons-nous pour construire une société juste et fraternelle où l’humain triomphe de l’inhumain”...



dimanche 5 octobre 2014

Méditation et Relation Consciente avec Yvan Amar

« Celui qui conduit sa vie quotidiennement dans le secret et l’obligation de conscience au sein de la relation sera appelé soit par l’instructeur soit par sa propre pratique à un exercice régulier qu’on peut appeler le recueillement, le rassemblement, la méditation. Cette méditation-là, bien sûr, n’est pas une technique de transformation intérieure, ce n’est pas non plus un travail supplémentaire. C’est le shabbat quotidien de l’homme conscient. Dans la voie du monde et de la relation consciente, il existe une méditation, qui n’a pas grand-chose à voir avec les techniques - hautement respectables - d’énergie, de transformation, de modification du mental, etc. Elle est ce moment du recueil en fin de journée qui jouit du fruit d’une journée consciente. C’est le repos de la conscience avant le repos du corps. C’est pouvoir s’asseoir tranquillement, les yeux ouverts ou clos, et laisser véritablement s’exprimer ce que nous sommes en cette fin de journée.

Ce qui apparaît à ce moment-là nous montre vraiment le résultat de la journée, de la vie telle que nous la menons. Et il est bon de ne pas y toucher, ne pas le transformer, ne pas le manipuler, mais au contraire le laisser nous parler parce que c’est le baromètre de l’état dans lequel nous vivons, le résultat véritable de la journée que nous menons dans notre quotidien. Il s’agit d’y consacrer un court moment - dix ou vingt minutes peu importe - mais y consacrer un temps régulier, afin de voir, de constater vraiment et sans jugement, où l’on en est de la relation consciente. Parce que nous épuisons, dans la pratique de la relation consciente, un contentieux personnel qui s’exprime dans les relations. On verra alors qu’au fil des jours les relations ne laissent aucune trace, aucune mémoire en nous, parce qu’elles sont vécues de plus en plus pleinement, sans arrière-pensées, sans contentieux, sans résidus ; elles ne sont plus vécues pour des résultats, dans l’anticipation ou la mémoire.

Si on observe bien, pourquoi pratique-t-on des techniques destinées à rendre silencieux le mental ou à pacifier les agitations émotionnelles ? Parce que continuellement, dans la journée, les relations perpétuent, entretiennent ces agitations, ces préoccupations, ces attentes, ces anticipations, ces rancoeurs, ces contentieux… Mais si on vit la relation de façon de plus en plus consciente, non intéressée, pour accomplir sa valeur réelle, alors ces mécanismes-là s’épuisent, et lorsqu’on s’asseoit le soir, en silence, il y a de moins en moins de retour des relations évitées, avortées, non menées à terme. Il y a de moins en moins de bruit, de « conciergerie » intérieure. On devient non pas un méditant, mais un lieu de plus en plus paisible, le lieu de méditation de Dieu. Au lieu d’être le lieu du bruit du monde, d’un monde avorté, inachevé, on devient vraiment le lieu de l’avènement du Royaume, le lieu où l’univers se plait à se reconnaître. On devient, au sens noble, un temple où Dieu fait Sa résidence, non seulement dans ces moments de silence, mais la journée suivante, dans la qualité de notre relation au prochain. Voilà la méditation de la voie du monde.

Celle qui nous dit ce qu’il en est de la qualité de notre relation au quotidien et celle qui nous oblige à nous rappeler, le jour suivant, le travail à faire au sein de cette relation. Rien à pratiquer dans cette méditation : s’asseoir, constater. Et, peut-être, prendre la résolution d’une meilleure conscience le lendemain, dans la relation.

Paroles d’Yvan Amar au séminaire "Obligation de conscience", Trimurti 27/31 août 96.


samedi 4 octobre 2014

Riche Nature...


"La vraie richesse, c'est de n'avoir besoin de rien" 
 Gary Snider

vendredi 3 octobre 2014

Raymond Devos, bouffon de Dieu (3)


Fin de l'interview de Raymond Devos 
qui éclate les mots avec le rire aux éclats
(21 min.)




(source : RCF)





jeudi 2 octobre 2014

Raymond Devos, bouffon de Dieu (2)


Suite de l'interview de Raymond Devos 
qui nous présente sa faim de Dieu
(17 min.)



(source : RCF)



mercredi 1 octobre 2014

Raymond Devos, bouffon de Dieu (1)



Voici une interview rare de Raymond Devos 
qui nous parle de Dieu sans l'ombre d'un doute...
(12 min.)


(source : RCF)