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vendredi 11 septembre 2026

Etreinte...

En astrologie chinoise ou Bazi, on étudie les troncs, les branches et les troncs cachés pour découvrir les racines de notre personnalité.
Nous descendons des arbres. Ils sont notre ancrage sur cette planète



L'idée d'étreindre un arbre me plaît... parce que nous étreignons non seulement un "être vivant", mais quelque chose de vital qui fait partie de la nature, de la terre. Quand on touche le tronc d'un arbre, on effleure en même temps ses racines qui s'allongent en profondeur. En conséquence notre caresse monte à la cime des arbres, se dirige vers le ciel, et redescend vers la terre où nous irons tous en fin de vie.

Enlacer un arbre signifie étreindre le monde entier.

Jon Kalman Stefansson

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dimanche 14 juin 2026

Beauté du monde

 

"Garrowby Hill" (1998), huile sur toile.


« Le monde est très, très beau si vous le regardez. Mais la plupart des gens ne regardent pas beaucoup. Ils scannent le sol devant eux pour pouvoir marcher, mais ils ne regardent pas vraiment les choses incroyablement bien, avec intensité. Oui, et je l'ai toujours su. ”

David Hockney

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mardi 13 janvier 2026

Invente !

 "Inventer, inventer… devant les tragédies du monde, devant les drames qui nous frappent, face aux guerres et à l’injustice, inventer, inventer toujours des chemins de paix, inventer une société éveillée et plus juste. Inventer des remèdes collectifs à la souffrance."

Alexandre Jollien


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dimanche 30 novembre 2025

Vivre l'Avent

 


Un ami confie avoir trouvé chez lui des punaises de lit et nous voilà taraudé par l’impression qu’elles se cachent partout : dans les trains, notre matelas, les salles de cinéma. La moindre micro tache brune nous fait bondir, suspicieux… au point même d’être pris par des démangeaisons ! Pourtant, ces insectes n’envahissent pas le monde : c’est seulement notre attention qui s’affole.

De la même manière, si quelqu’un s’adresse à nous en employant un mot inattendu, jusqu’alors inconnu, il se grave dans notre esprit, on se surprend à l’entendre partout et, pour finir, à l’utiliser soi-même… Les algorithmes des réseaux sociaux amplifient ce phénomène : il suffit de s’arrêter quelques secondes sur une image de canapé, pour que la toile tout entière nous inonde de publicités pour des fauteuils semblant plus confortables les uns que les autres. Il semble alors que le monde s’est transformé en gigantesque entreprise de sofas !

Le syndrome Baader-Meinhof

Ce phénomène, les psychologues l’appellent le syndrome Baader-Meinhof, ou l’illusion de fréquence. Il désigne cette impression que tout à coup, un mot, une idée ou une chose deviennent omniprésents, simplement parce que notre cerveau a décidé d’y prêter attention. Avant, nous ne voyions rien ; maintenant, nous ne voyons plus que cela. Qu’est ce qui a changé ? En réalité, rien. Seulement notre attention sélective qui s’est activée. Le regard s’est ouvert.

Ce phénomène m’évoque quelque chose de la vie intérieure. Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que notre attention le filtre. Ce qui devient signifiant pour nous se met à éclairer tout le reste. Lorsqu’une expérience, une émotion ou une rencontre nous marque, elle ouvre en nous une sensibilité nouvelle.

Et soudainement, nous repérons mille signes que nous n’aurions jamais vus auparavant. Le monde semble se mettre à parler autrement. Les événements trouvent un nouveau sens. Nous nous ouvrons à une nouvelle lecture de la vie. La peur nous a marqués ? Tout devient menaçant. Nous cultivons la gratitude ? Tout devient occasion de bénédictions. Nous découvrons que nous sommes aimés ? Tous les êtres deviennent des candidats à notre amour.

Quand une Parole de Dieu ou un appel intérieur deviennent notre « trésor », notre regard se met à en percevoir les signes partout. Dieu ne « parle » pourtant pas plus qu’avant, mais nous devenons capables d’écouter, jusqu’à nous dire : « il y a là, dans ce qui advient, quelque chose de lui pour moi ». Mystère de la foi : notre cœur s’accorde à sa fréquence.

Se réjouir des étoiles qui s’allument

L’Avent qui débute ces jours-ci nous place dans cette dynamique du syndrome Baader-Meinhof ! Le Christ vient, certes – mais, il ne vient pas plus qu’avant puisqu’il est déjà là.

Vivre l’Avent, ne consiste pas à chercher frénétiquement à en faire plus, mais plutôt à vivre dans le désir de tout voir autrement. Il s’agit tout simplement de laisser l’Esprit de Dieu éveiller nos regards, comme on ajuste la focale d’un appareil photo pour que l’image devienne nette. Alors le monde devient tout autre, transparent à la divine présence : les événements se découvrent tels des passages de Dieu dans notre histoire. C’est ce qu’a vécu Marie, la mère de Jésus : elle a un jour entendu dans l’histoire du peuple d’Israël un passage de Dieu. Et tout est devenu pour elle passage de Dieu dans sa propre existence.

Ainsi, il est temps en cet Avent de ne plus se laisser tromper par des punaises fantasmatiques, mais plutôt de se réjouir des étoiles qui s’allument. De découvrir cette épidémie de présence de ce Dieu que l’on croyait rare et qui pourtant se niche déjà dans le secret du quotidien.

Raphaël Buyse


Source : La Vie magazine
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mardi 11 novembre 2025

Rappel intérieur


 « Dans ce monde qui se dessèche,

si nous ne voulons pas mourir de soif,

il nous faudra devenir source. »

Christiane Singer

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lundi 6 octobre 2025

Une part vivante !


"L'ère du détachement hautain, de toute forme de distanciation et de cynisme est close. Nous savons désormais (ou alors il serait temps que le message de la physique quantique après plus d'un siècle nous parvienne !) que nous sommes chacun part vivante de cet univers, cellule d'un seul corps, et que chacune de ces cellules porte l'entière information de la vie. Une responsabilité immense et émouvante à la fois nous incombe, à chacun. Chacun de nous est l'univers en miniature !

Certains croient encore pouvoir se protéger, se mettre à l'abri, se sauver seuls ! Pure aberration. Lorsque je m'autodétruis, c'est la création que je détruis et que j'insulte. Lorsque j'honore ce monde et en prends soin, je le sauve ! Ce que savent depuis le début des temps les poètes et les mystiques, ce sont les scientifiques aujourd'hui qui nous le confirment.

Aussi la vocation de l'homme d'aujourd'hui est-elle cette conscience agrandie. Attention, néanmoins, de ne pas entrer dans le découragement devant l'immensité de la tâche : je n'ai charge que de la petite part du monde qui m'est confiée - et pas de tout à la fois bien sûr ! Et si je fais vivre et rayonner cette enclave, il y a contagion ! De plus, ce n'est pas la réussite qui importe le plus, mais la générosité de la tentative, la persévérance, l'ouverture du cœur. "

Christiane Singer - "Montre-toi vivant: en dialogue avec Christiane Singer"

Christiane Singer et Léonard Appel / Peinture: Pablo Picasso 1881-1973

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mercredi 7 mai 2025

Recréation

 

"Si tous les oiseaux étaient pris aux pièges
et tous les poissons morts dans les filets,
si tous les arbres fondaient comme la neige
et s’éteignaient, l’été, les feux follets,
si toutes les mers désertaient les grèves
ou s’il n’était plus d’anges dans le ciel,
si tu restais seul avec tes rêves
parmi l’effondrement universel,
trouverais-tu dans ton âme profonde
assez de joie pour recréer le monde ?"
Auguste Marin (1860-1904)

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peinture: Carlo Carrà 1881-1966
barca solitaria 1924

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lundi 7 avril 2025

Univers d'enfant

 



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jeudi 24 octobre 2024

Derrière le Je...

 


« Si je voulais partager un message avec le monde entier...

Je dirais ne vous inquiétez de rien.

Vous vous en souvenez, vous n'êtes pas ici par accident. Même sous cette forme. C'est juste un costume que vous devez porter pendant un certain temps. Mais celui qui est derrière ce costume, celui-là est éternel.

Si vous le savez et avez confiance en cela, vous ne réagirez pas et n'agirez pas si prématurément.

Vous resterez simplement silencieux et permettrez à votre esprit de revenir gentiment dans votre cœur. Ensuite, vous commencerez à voir à partir de votre état naturel.

Votre cœur est si plein d'amour et de paix.

Vous n'avez pas besoin d'aller en Inde pour trouver la paix, vous n'avez pas besoin d'aller dans l'Himalaya ou dans les Caraïbes pour trouver la paix et le bonheur parce que c'est juste là où vous êtes.

Je veux partager quelque chose avec vous :

Quand vous dites " Je "... Le vrai sens de " Je " c'est la Joie, c'est le Bonheur, c'est la Vie et le Témoin de la Vie.

Toutes les autres choses passent à côté. Comme des nuages ​​dans le ciel. Vous ne voulez pas vous accrocher à aucun nuage, sinon combien de temps cela va-t-il durer? Laissez-les passer. Laissez-les passer.

Quoi qu'il arrive dans la vie, tout va bien.

Soyez simplement Heureux, Heureux, Heureux ! »

~ Mooji

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samedi 20 juillet 2024

Qui je suis...



 ” Je ne pourrais pas dire qui je suis. Je n'en ai pas la moindre idée. Je suis quelqu'un sans origine, sans histoire, sans pays et j'y tiens. Je suis là, je suis libre, je peux tout m'imaginer. Tous est possible. Je n'ai qu'à lever les yeux et je redeviens le monde. (…). ”

~ réplique du film “Les Ailes du Désir, réalisé par Wim Wenders à Berlin. Prix de la mise en scène Festival de Cannes 1987.

Le titre original du film est « Der Himmel über Berlin » (le Ciel au-dessus de Berlin)

- photo des acteurs-Anges inoubliables Otto Sanders and Bruno Ganz ❤️

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samedi 13 juillet 2024

Les affaires de mon père

 LES "AFFAIRES DE MON PERE"  - LE "TRAVAIL" ET "LE MONDE", SUITE ET FIN (extrait du "Carnet")

Ce que nous appelons « le travail », la dynamique du « travail », laquelle pourtant ne cherche pas à « changer le monde » mais invite chacun à se changer lui même, cette dynamique constitue en elle même et presque malgré elle un pied de nez au « monde », à ses valeurs, à son statu quo, au fameux « ordre établi » que pourtant elle ne prétend pas renverser. 

Cela dit, que « le monde » se rassure. 

 Le « travail » n’est pas près de le dominer et ne constitue donc pas pour lui une menace à grande échelle. 

L’esprit du monde n’a pas beaucoup de souci à se faire quand à sa pérennité et à la bonne santé de toutes ses entreprises. 

Il n’y aura pas de « grand soir » spirituel, pas d’ « âge d’or », pas de « réveil des consciences ». Au mieux , et ce sera déjà pas mal, des mouvements de balancier. L'action et la réaction continueront à prendre place, voilà tout. 

Sans doute, quand nous serons collectivement allés beaucoup trop loin c’est à dire que la ou les catastrophes ne seront même plus à nos portes mais déjà les pieds sous notre table, sans doute à ce moment là irons nous dans l’autre sens …  et ainsi de suite tant que l’expérience humaine sur cette planète se poursuivra… 

En tant qu’instructeur, tout ce que je demande au « monde » - et c’est déjà beaucoup- c’est qu’il me, nous fiche la paix. 

Je lui paie volontiers sa dime, honnête et responsable citoyen que je suis.  Je ne prétends pas m'extraire du monde, ne pas m'en soucier, ce serait désinvolture, arrogance et inconscience. 


Je l’aime bien, tout compte fait, ce monde.

J’en fais partie, je ne le méprise aucunement et même lui suis à maints égards reconnaissant. 

A partir de là , et dès lors que je rends à César ce qui est à César, qu’il me laisse tranquillement vaquer aux « affaires de mon père » - et pardon si en utilisant cette parole, je parais sombrer dans une mégalomanie christique  ! 

Le mieux serait encore qu’il ne soit même pas ou à peine au courant des dites "affaires". 

Ce n’est pas toujours gagné. 

Il faut surtout sans rien cacher (rien de mieux que de se livrer à nos entreprises au nez et à la barbe du « monde ») faire en sorte qu’il ne se doute de rien, « le monde » …

 Qu’il nous prenne au mieux pour des originaux, de braves hurluberlus, de petits joueurs inoffensifs. 

Ce qui au final est vrai. 

Car même si notre entreprise secrète est un pied de nez à la figure du « prince de ce monde » , cela ne le menace pas à grande échelle. 

Que lui importe après tout, au « prince de ce monde » , si deux ou trois péquins lui échappent pour de bon, et si une poignée, sans complètement lui échapper, ne le suit plus aveuglement dans ses voies, ses œuvres, ses pompes ?  

Qu’est ce que cela peut faire à un multi milliardaire dont la fortune croit chaque jour de perdre mille euros par ci, cinq cent par là ?

« Attaquez à découvert et soyez vainqueur en secret » 

"Invisible en plein jour »

« Le guerrier ne laisse pas de traces » …

Voilà bien tout l'art ...

Gilles Farcet

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jeudi 11 juillet 2024

La transmission et "le monde"

 LA TRANSMISSION ET « LE MONDE » (partie 1, texte à suivre, extrait du "carnet" - dont un livre devrait être tiré courant 2025 ...)

Gardons nous de toute « parano », de tout élitisme spirituel et autres tendances sectaires. 

Gardons nous de toute dynamique « eux et nous ». 

Reste que, si l’on a vocation de transmettre une voie, surtout dans un contexte de ce que j’appelle le lien à durée indéterminée (LDI), il est lucide et judicieux de s’attendre à ne pas être vu d’un très bon œil par « le monde »

Qu’est ce au juste que « le monde » ? 

 « Vous aurez des tribulations de par le monde, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde »

« Le monde », l’esprit du monde, c’est toute la dynamique de l’identification , de l’évitement, de l’émotion toute puissante, de la réaction, de l’ignorance et du déni. 

C’est l’ego et le mental constamment brandis en étendard et justifiés. 

C’est la mécanique du jugement, de l’exclusion, de la séparation, de l’exploitation, du mépris, de la violence sous toutes ses formes, toujours légitimées au nom du « bien », des « valeurs », de l’ « identité », de « la tradition » ou à l’inverse de la révolution, d’un « ordre nouveau » … 

Le monde, c’est ce que nous voyons quand nous allumons la télévision, la radio, quand nous allons sur les réseaux sociaux, ce nouveau tribunal populaire… 

Et le monde  bien entendu commence en nous même, c’est en nous même qu’il prend racine, dans notre fonctionnement mécanique et aveugle, notre méconnaissance de nous mêmes, nos illusions et prétentions. 

Il serait ainsi fort dangereux et arrogant de s’imaginer libre « du monde » ou en dehors de lui sous prétexte que nous nous vouons sincèrement à un travail d’ordre spirituel. 

Si il y a un « travail » digne de ce nom, " le monde " s’en trouve peu ou prou menacé dès lors qu’il croise sa route, fût ce fortuitement. 

Ce qui ne manque pas de le faire réagir. 

Sachons le, le « monde », n’accueille  pas « le travail » lorsqu’il le rencontre. 

Au mieux le tolère-il, ce qui n’est déjà pas mal, du moins tant que le travail demeure discret, ce qui est d’ailleurs une excellente idée. 

Monsieur Gurdjieff à qui ses contacts avec la sphère publique valurent bien des injures et diffamations  * (* notamment lorsque, par pure compassion, sachant pertinemment qu’il n’aurait à y gagner que des calomnies, il céda à la demande de Katherine Mansfield, célèbre autrice consumée par la tuberculose, de venir vivre ses derniers mois au Prieuré ; ou lorsque le journaliste Louis Pauwells, après un rapide et superficiel passage par les groupes, entreprit d’user de sa notoriété médiatique pour écrire un livre à charge dont il se repentit sur ses vieux jours mais qui entre-temps fit bien du mal … ) enjoignait ses élèves à ne pas parler du « travail ». 

Car si "le monde" n’est pas nécessairement  l’ « ennemi » du « travail », il  ne doit pas non plus être naïvement considéré comme son ami.

Gilles Farcet

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mercredi 6 mars 2024

Acceptation du monde

 Dans un monde où la quête du bonheur peut devenir une injonction, le philosophe Alexandre Jollien nous offre une perspective rafraîchissante, privilégiant la joie et l’acceptation du monde tel qu’il est. À travers son expérience personnelle et sa réflexion spirituelle, il nous guide vers une compréhension plus profonde de l’harmonie intérieure.

L’Éventail – Comment définiriez-vous le bonheur ?


Alexandre Jollien – Je me méfie un peu de la notion du bonheur qui, aujourd’hui, tend à devenir une injonction qui jette pas mal de monde sur le bas-côté et qui culpabilise ceux qui n’y arrivent pas. Je préfère parler de joie, d’adhésion au monde. Tordons le cou aux préjugés qui associent le bonheur à la possession. Il s’agit d’un état, d’une activité de l’âme et du cœur, une sorte de béatitude intérieure qui, très humblement, s’incarne dans un mode de vie. Le grand défi, c’est rejoindre, comme diraient les bouddhistes, la nature de Bouddha. Au fond, il n’y a rien à ajouter en soi. Nous sommes déjà équipés de tout ce qu’il faut pour être heureux. En un mot, se libérer et laisser circuler la vie. 

– Vous parlez souvent de la spiritualité comme d’un chemin vers le bonheur. Pouvez-vous expliquer en quoi la spiritualité influence votre perception du bonheur ?

– Le bonheur est avant tout un exercice, une activité de l’être. Rien ne le contrarie plus que l’immobilité, le statique. Comme la vie, il est mouvant, il évolue. À chaque étape, nous sommes appelés à pratiquer les exercices spirituels. Les philosophes antiques se percevaient comme des “progressants”. Chaque jour, ils devaient déraciner de leur âme tout ce qui appesantit, plombe, afin d’évoluer vers une vie vertueuse. À chaque instant, comme dit le zen, nous mourons et nous renaissons. L’important est de composer avec les forces du jour, ne plus être ligoté à des objectifs et s’ouvrir à une vie sans pourquoi. Si nous limitons le bonheur à un état précis et matériel, nul doute que nous allons passer à côté de l’essentiel.

– Quelles pratiques quotidiennes recommanderiez-vous pour cultiver le bonheur et la pleine conscience dans nos vies trépidantes ?

– Dans ma petite pharmacopée personnelle, j’ai quelques ingrédients, quelques potions aptes à me mettre en joie. D’abord, le matin, avec Nietzsche. Dans Humain, trop humain, le philosophe nous conseille de nous lever en ayant à l’esprit et dans le cœur le désir de faire plaisir à quelqu’un ce jour-là. Geste éminemment concret qui nous arrache au narcissisme pour nous inciter à nous donner aux autres, au monde. La pratique du zen et la méditation ne sont pas des baguettes magiques qui nous changeraient illico, mais plutôt un art qui nous invite à descendre au fond du fond, comme dirait maître Eckhart, pour trouver une joie qui nous précède. Ce déménagement intérieur permet de regarder, sans les juger, les émotions, les passions qui nous traversent. Fabuleux outil ! Un ingrédient majeur, c’est aussi le lien à l’autre. Un lien désintéressé, gratuit, donné. En allant au lit, j’ai souvent en tête les mots de Sénèque qui proposait que l’on se demande, à cette occasion, quels progrès nous avons accomplis dans la journée. Très concrètement, dans une société au rythme trépidant, on peut aussi, à tout moment, faire des retraites intérieures. Apprenons à ralentir : à une caisse de supermarché, en attendant le train… Retourner au fond du fond, où nous avons, comme dit Jacques Castermane, infiniment le temps. Voir qu’il y a un immense gouffre entre ce après quoi nous courons et ce que nous désirons réellement. Au fond, l’art de la joie et du bonheur est infiniment plus concret que nous ne le croyons, et les philosophes l’ont bien perçu quand ils nous invitent à adopter un art de vivre, à pratiquer.

– Si vous aviez un message à partager avec ceux qui cherchent le bonheur mais qui se sentent perdus ou découragés, quel serait-il ?

– Lorsque je suis dans la panade, lorsque le désespoir me guette, je me dis souvent qu’il s’agit de mettre la main à la pâte, car rien ne plombe plus que l’immobilisme, la résignation, le fatalisme. Au fond, j’essaie toujours d’inscrire ma vie dans une dynamique et de m’interroger. Quel progrès puis-je accomplir aujourd’hui ? Jusqu’à la fin de la vie, même un mourant peut progresser. Il ne faut jamais, non plus, hésiter à demander de l’aide. De même que dans l’aviation il y a des protocoles en cas de pépins, je me suis aussi fait un protocole en cas de crash existentiel. Quel acte poserais-je si j’en venais à envisager le pire ? À qui téléphonerais-je ? L’important, c’est de viser la grande santé. Nietzsche, dans Le Gai Savoir, nous invite à bien faire la différence entre la bonne santé – être sans handicap, sans maladie, sans traumatisme – et la grande santé qui consiste à intégrer, à faire feu de tout bois, à composer avec tout ce qui nous constitue. Ça m’a changé la vie. Avant, je voulais guérir, liquider tout ce qui n’allait pas bien me lançant ainsi dans de vains combats. Aujourd’hui, plus humblement, j’essaie de trouver la joie au cœur du chaos. C’est d’ailleurs ce qu’écrit Nietzsche dans la préface du  Zarathoustra : “Il faut encore porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse”.

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vendredi 2 février 2024

Tourments du monde

j’ai cessé
d’être indifférent
aux tourments de ce monde
seulement préoccupé
de ma sérénité
le poids de la peine
sous lequel cette terre ploie
sape une part de ma force
que seule une charge supérieure de compassion
peut me faire regagner
ce n’en est pas fini de l’innocence
mais c’en est fini de l’insouciance
je vieillis léger de moi-même
et lourd du malheur qui m’entoure
nul n’est une île
ma joie ne se satisfait plus d’elle-même
elle veille et ne se nourrit plus
que de ce qu’elle donne
je n’aurais pas cru
que ce fût si implacable

Gilles Farcet

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lundi 15 janvier 2024

Ressourcement de l'âme

 


À l'âme aussi il arrive, d'avoir besoin d'ombre, de repli, de recueillement, de silence profond. Elle veut s'éloigner du monde des agitations, des frénésies et des paroles aboyées. Elle se reconnait dans la nuit, la fraîcheur, la densité d'un rocher, l'immobilité d'un insecte, le scintillement de l'eau. L'âme aussi doit se ressourcer, se recharger, puiser dans ses racines des motifs d'espérer, de grandir, d'ajouter un peu de lumière à la lumière originelle des êtres et des choses. Celle dont l'intensité faiblissante fait craindre les disparitions, l'effacement d'un monde sensible digne encore du vivant : fragile, poétisé et sans cesse menacé.

Jacques Dor


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dimanche 14 janvier 2024

Cœur vivant

 


Le monde prétendu moderne est une sorte de conjuration contre la chose la plus vieille du monde et la plus solide au monde, à savoir le cœur. J’entends par cœur, pas le sentimentalisme, pas même le sentiment, mais une puissance de vie que chacun de nous peut avoir, une respiration. Ce que parfois on pouvait qualifier d’intériorité, ou dans des temps beaucoup plus anciens, l’âme. Les sociétés d’aujourd’hui sont rendues malheureuses par la mise à sac de cette intériorité. Or elle est la vraie force de chacun. Quand chacun rentre dans son centre, revient vers soi-même et retrouve quelque chose qui ressemble à l’enfance, il est invincible.

Et être invincible, c’est ne pas soumettre sa vie à l’ordre du monde. C’est laisser sa vie dans la plus grande respiration possible, dans la fantaisie, parfois dans le silence, dans une parole qui sera toujours vive, fraîche, non conventionnelle. Être invincible c’est juste être vivant.

Christian Bobin

L'orient littéraire (juin 2020)

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