jeudi 31 août 2017

Insensé ici et maintenant...


Le ici et maintenant n'implique rien, le ici et maintenant n'a pas de signification, il n'existe pas par rapport à quoi que ce soit d'autre. 
Ce qui est important dans le ici et maintenant, c'est précisément que l'on n'évalue pas le présent par rapport au passé ni par rapport au futur. 
Nous, nous essayons toujours de donner un sens au moment présent. Si une expérience se révèle, nous nous demandons ce qu'elle veut dire et, qu'elle soit agréable ou désagréable, nous voulons savoir quelle en est la signification. 
Mais cela ne veut rien dire, cela n'a pas un sens particulier.

"Oui, et alors", 


Lee LOZOWICK





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mercredi 30 août 2017

Reconnaître le faux

Pour apprendre quoi que ce soit, vous devez méditer. Mieux vous méditez, mieux vous apprenez. Le principe est aussi simple que cela.
 

Quand vous voulez acquérir la connaissance d'une chose, vous méditez sur un sujet qui se trouve en-dehors de vous-même. Quand vous apprenez ou pratiquez la méditation, c'est vous-même qui êtes le sujet. Normalement, lorsque nous sommes en train d'apprendre quelque chose, comme par exemple l'arithmétique, le sujet est séparé de nous. Nous apprenons en assimilant les faits d'une façon graduelle, jusqu'à ce que le sujet fasse partie de nous, s'identifie à notre propre savoir. En ce qui concerne la méditation, le processus est exactement inverse. Vous commencez par le sujet – vous – complètement absorbé en lui-même, un être humain qui fonctionne pleinement. Ici le processus ne consiste pas à ajouter quoi que ce soit à ce que vous êtes, mais à vous démanteler ; à séparer tout le savoir que vous avez acquis ou appris, du savoir réel et précieux qui est votre propre connaissance de vous-même. Pour le moment, les deux sont confondus, entremêlés, sans que vous puissiez les distinguer clairement. Examinons maintenant ces deux aspects de votre savoir. Un simple examen va déjà nous permettre de commencer à les démêler et à les dissocier.
...


...Vous allez vous observer simultanément à l'intérieur et à l'extérieur. 

Il est essentiel que vous ne soyez pas subjugué par l'émotion au point de vous y perdre, ou par le phénomène concret que vous observez. Vous devez rester un observateur détaché. Vous y arriverez en évitant de condamner ce que vous observez, en évitant de l'excuser, de le justifier vis-à-vis de vous-même ou vis-à-vis des autres. Voilà la clé. Il ne faut pas non plus s'en détourner avec dégoût. Vous devez observer.
N'essayez pas de corriger ou de modifier quoi que ce soit. Observez simplement ce qui se passe.
Pratiquez cela aussi souvent que possible. Si ce que vous observez est faux, vous allez peu à peu vous en détacher. Ce qui est vrai restera intouché. Puisque la colère, le ressentiment, la mauvaise humeur, la vanité, la culpabilité, la malhonnêteté, la vengeance, le manque de sincérité, et toute autre réaction émotionnelle, sont fausses, elles vont commencer à disparaître. Sachez que cela ne peut être réalisé que par un observateur détaché, par l'intelligence pure qui est en vous et qui ne pratique pas l'automatisme d'acceptation ou de rejet.


Après avoir pratiqué ainsi pendant un certain temps, vous allez ressentir une douleur, comme si une partie de vous-même était en train de mourir. Si vous y regardez de plus près, vous constaterez que c'est là une sorte de mort émotionnelle. La douleur proviendra de la tentative du mental pour se cramponner et s'accrocher à cette partie de vous-même qui est fausse et qui est en train de se dissoudre. Si vous êtes solide, vous supporterez la douleur et laisserez ces faux aspects mourir de leur belle mort. Si vous ne l'êtes pas, vous allez trouver une excuse parfaitement logique, acceptable pour tout le monde, sauf pour cette partie de vous-même qui aspire à la liberté.
Quand cette fausse part de vous-même meurt, vous obtenez une récompense semblable à celle de l'amant au cœur brisé qui, au plus profond de son supplice, voit soudain qu'il est libre de l'autre, qu'il ne pourrait ni ne voudrait plus être avec sa partenaire. Dans ce moment même, il reconnaît qu'il est en train de faire l'expérience de la liberté, non pas dans la haine, mais en sachant que l'attachement à l'amour est une chose fausse et morte, maintenue vivante uniquement par la peur de perdre.



LA MÉDITATION 
Barry Long
Cours de base en 10 leçons
Traduit de l'anglais par Pierre Reyland et Alain-René Gélineau

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mardi 29 août 2017

lundi 28 août 2017

Miracle du jour


"chaque jour est un miracle...
le miracle d'être vivant...
avec ses handicaps
et ses capacités
le temps qu'il fait
vent soleil nuages
ses petits cafés
et ses petits sourires
les grimaces qui passent
le rire qui pointe
une tendresse partagée
aussi ténue ou légère soit-elle...
un rien d'amour qui passe...
chaque jour est un miracle..." O:)
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Douce journée  
<3
Charles Coutarel


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dimanche 27 août 2017

Sur les pas de Charles de Foucauld

"Nous sommes la feuille sèche, le grain de poussière, le flocon d’écume. 
Soyons seulement fidèles et laissons-nous porter avec un grand amour 
et grande obéissance là où nous pousse la volonté de Dieu jusqu’à ce qu’un dernier souffle de ce vent béni nous porte dans le ciel." 

Lettre au Père Jérôme, janvier 1897

Charles de Foucauld
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samedi 26 août 2017

La compassion diminue la consommation de soins :


Certains font d'étranges raisonnements selon lesquels l'augmentation de la qualité des soins, en tout cas de la satisfaction des patients, créerait une demande encore plus grande. Des médecins de Toronto font, dans le "Lancet"(i), la démonstration du contraire : les sans-abri qui fréquentent les urgences ont moins tendance à revenir consulter lorsqu'ils sont traités simplement avec "compassion" et écoutés, que lorsqu'ils reçoivent l'accueil tout-venant par des professionnels souvent débordés.

L'expérience, qui a porté sur 133 sans-abri dans trois hôpitaux, était la suivante : des volontaires spécialement formés ont accueilli certains d'entre eux, leur offrant sandwich ou jus de fruit, discutant avec eux de leur situation ; les autres n'avaient droit qu'au traitement tout- venant.

Résultat : chez les premiers, le taux de retour à l'hôpital a diminué d'un tiers et se situait à 0,43 visites par mois, contre 0,65 pour l'autre groupe (un peu plus de 7 visites par an).
Les auteurs soulignent que le coût de la compassion - s'il avait fallu payer les volontaires ("si tant est que les gens doivent être payés pour être gentils")- excéderait les économies réalisées grâce à elle.  

Mais ils concluent : "La justification première de la compassion est la simple décence, pas les économies". 
R.C.

Le Quotidien du Médecin 9 mai 1995

(i)The Lancet 6 mai 1995, Redelmeier, Molin,Tibshirani (Toronto).

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vendredi 25 août 2017

Rencontre au Village des Pruniers avec Marc Puissant


Les paroles de Thay parlant du Dharma avaient réveillé en lui, un écho insoupçonné. Et de ce feu qui couvait depuis longtemps déjà, les flammes ont jailli soudain et tout est devenu lumineux. C’était un matin d’été, début août.

Par Marc Puissant





Début août 1996
L’éclair d’un instant,
Il sût qu’il était arrivé,
Il sût qu’il était chez lui
dans sa vraie famille
La porte s’était ouverte soudain
comme ça, tout simplement.
Les paroles de Thay parlant du Dharma avaient réveillé en lui, un écho insoupçonné. Et de ce feu qui couvait depuis longtemps déjà, les flammes ont jailli soudain et tout est devenu lumineux. C’était un matin d’été, début août.
Tout cela arriva si simplement. Tous les doutes et les résistances de ces dernières années par rapport à la philosophie bouddhiste s’évanouirent, ainsi que toutes les questions métaphysiques.
Ce fut en fait, plus comme une grande caresse d’amour que comme un éclair bouleversant. Ce fut un grand silence vibrant, un bien-être ample et serein qui le pénétrait. Il se sentait unifié, en ordre, posé à sa juste place.
Et tout à coup, des larmes de joie, de bonheur se mirent à couler qu’il n’arrêta point tant elles étaient apaisantes et bienfaisantes. Et son cœur se dilata comme jamais.
Il découvrait alors en lui des espaces inconnus, des lieux ignorés aux dimensions du souffle retrouvé. le souffle qui l’emplissait et le berçait dans un long va et vient tranquille, semblable aux vagues sur la plage des beaux soirs d’été.
Ce fut beaucoup plus que les instants de bien-être éprouvés parfois dans des moments privilégiés de ces dernières années.
Qu’en dire ? de la .joie, du bonheur ? de la jouissance, de la jubilation ?
En y repensant après coup, il ne savait quel mot utiliser pour traduire justement cette extraordinaire sensation d’être, d’être là, présent, dans la présence de .... Présence vivante, Présence aimante au plus profond de lui
Oui, il se sentait aimé, accueilli, reconnu, immergé dans un bain de tendresse bienveillante. Il se vivait habité, ou plutôt il s’habitait comme jamais, jusqu’aux confins de ce nouvel espace-temps," arrêté et densifié.
Arrêté, : ;suspendu dans le temps qui lui défilait toujours au son des paroles de Thay qu’il entendait distinctement et qui pénétraient directement en lui sans aucun effort de compréhension de sa part.
Dans le même temps qu’il découvrait sa nouvelle demeure, il s’aimait et se savourait dans toutes les fibres de son corps, de son coeur, de son être. il se savait relié, en reliance avec .... avec .... avec lui, avec l’Autre en lui, avec les autres, toutes les sœurs et les frères présents ici, mais aussi, avec tous les siens vivants et morts, les ancêtres, les amis, tous les hommes, femmes et enfants du monde, tout le vivant du monde, la nature, le ciel et la terre .... en reliance dans une immense symphonie d’amour et de communion.
Silence vibrant, musique du silence aux tympans éveillés, musique du souffle retrouvé, offert. Et cette paix. Et ces larmes de gratitude. Pour la première fois, il s’était retrouvé. il s’était posé là, dans ce qu’il savait être sa vraie demeure. Et tout était tellement simple et naturel.
Il comprenait alors qu’il n’y avait rien à rechercher ou à vouloir trouver en dehors, ailleurs, mais simplement se mettre en situation de se laisser rencontrer, de se laisser trouver, surprendre, étonner, émerveiller par ce qui depuis toujours était déjà présent en lui, et cherchait à se dire.
Le cadeau lui était offert, il s’offrait ce cadeau
Et la source jaillissait féconde et abondante
Et le puits offrait son eau vive
Il avait rencontré son ermite
Et son cœur exultait et chantait d’allégresse
Cette joie, cet amour, il voulait le dire, le crier à tous, au monde entier
Alors, il rendit grâce à la Vie
A Jésus le guérisseur qui l’avait mis en route
Au Bouddha qui l’avait accueilli et éveillé ce matin à lui-même
A toux ceux et celles qui l’avaient aidé et accompagné sur le chemin
Il sût à cet instant
Que ce moment béni
Qui serait inévitablement estompé
Par le retour à la vie quotidienne
Resterait toujours comme un phare, une balise dans la nuit
Une empreinte indélébile au cœur de son être
Le signe, la preuve de la Rencontre
Et que rien ne serait plus jamais comme avant
Sur le chemin de la Vie, de la transformation,
De la compréhension et de l’Amour.

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source : bouddhaline

jeudi 24 août 2017

La cloche du rappel avec Marc puissant

De quoi devons-nous nous « rappeler » ?

Que nous sommes vivants. Mais pour être vivants, nous devons être complètement présents, ici et maintenant. Être vivant, c’est quitter le passé qui n'est plus, ne pas s’accrocher au futur qui n’est pas encore. La vie n’existe que dans l’instant, et c’est uniquement dans cette fraction de temps que nous pouvons toucher la Présence. Et cette Présence se manifeste en nous à partir du moment où nous sommes libres des pensées et des émotions. C’est pourquoi il est essentiel de s’entraîner à calmer le mental et les émotions, en acceptant ce qui est là, en ne luttant pas contre le désagréable ou en ne s’attachant pas à l’agréable. C’est dire « oui » à ce qui est dans l'instant présent.

Nous nous rappelons aussi que nous sommes invités à éveiller en nous la bonté, la compassion, la joie et l’équanimité.

La pratique de la cloche et les autres formes de rappel nous aident également à prendre conscience de ce que nous ressentons, dans l'instant. Suis-je stressé, envahi par des pensées, des émotions ou des états d'âme ? Comment suis-je dans mon corps ? Si j’observe que j’ai des tensions mentales ou physiques, je respire. Sur l’inspiration, je les accueille avec bienveillance, et sur l’expiration, je les calme, je relâche. Cette pratique du rappel est aussi l'occasion de voir avec un regard neuf que nous sommes entourés de beauté, de nous émerveiller devant un beau coucher de soleil, un cerisier en fleurs, ou le sourire de notre bien-aimée... La gratitude va toujours de pair avec la perception d’être vivant.




Ces instants de rappel sont courts en temps, mais pleins en signification...

Oui, mais on peut rarement avoir cette conscience totale en quelques secondes. À un moment, nous mettrons plus l’accent sur la gratitude, à un autre moment, nous nous interrogerons sur notre état d’âme, ou reviendrons à la présence.

La pratique bouddhiste est une voie de transformation et de guérison. Le fait d’être dans l'oubli et l'ignorance de notre vraie nature engendre des perceptions erronées sur soi et sur le monde, et crée en nous de la souffrance. Et cette souffrance se manifeste à travers l'attachement, l’avidité, l’aversion ou le refus de l'impermanence. C’est uniquement dans l’instant présent que se passe le processus de transformation-guérison de cette souffrance.

L’étape suivante consiste à développer en nous l’antidote à l'émotion accueillie. Par exemple, si
l’émotion est la tristesse, nous allons mobiliser nos graines de joie et développer ainsi ce potentiel qui est en nous. Nous allons aussi prendre conscience de ce qui fonctionne bien intérieurement et extérieurement et développer la gratitude. À tout moment nous pouvons appeler en nous la paix, la joie, la liberté... toutes ces qualités présentes au plus profond de nous.

Avec l’entraînement, on arrive à opérer ce retour à l’instant présent et à mettre en œuvre ces pratiques de plus en plus rapidement, dans l'espace de quelques respirations.


« Inviter la cloche » demande-t-il des qualités particulières ?

Dans la tradition du zen, il existe une transmission de la cloche. Frapper la cloche ou le grand bol noir -nous disons « inviter » plutôt que frapper - est une action qui implique tout notre être. Il est difficile au début d’avoir un beau son, porteur d’une énergie positive. La qualité du son dépend de l’endroit où l’on frappe, mais aussi de l’état psychologique dans lequel on est quand on invite la cloche ou le bol. De plus, il faut que les coups successifs aient tous la même intensité.

Celui qui invite la cloche revient à sa respiration, se relie à son centre, conscient qu'il est le porte-parole de la voix du Bouddha, et il récite intérieurement cette gâthâ :

« Corps et esprit en parfaite harmonie, je vous envoie mon cœur par le son de cette cloche.

« Que tous les êtres vivants qui l’entendent sortent du monde de l'oubli, de l'anxiété et de la souffrance, et qu’ils se libèrent enfin et touchent la paix présente en leur cœur. »

Thicht Nhat Hanh nous dit qu’il peut évaluer l’évolution spirituelle de ses disciples à travers trois situations : la façon dont ils marchent, la manière dont ils ouvrent ou ferment une porte, et la façon dont ils invitent la cloche.


Propos recueillis par Juliette Lérins
Revue Source 2015

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mercredi 23 août 2017

mental, émotion et corps se dissocient... avec betty


Une autre vidéo de Betty où elle prend du temps pour nous présenter son retournement 
et la description de ce qui nous emprisonne : 

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mardi 22 août 2017

L'Aura... l'Aura pas


Marc de Smedt apporte un témoignage
de ce qu'il a vu en présence d'Arnaud Desjardins


(3 min.)

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source : RTL (21 août 2017)

lundi 21 août 2017

Rendez-vous... avec vous...

Un atelier de Journal Créatif avec Dominique Podvin venue du Québec 
est organisé ce dimanche 26 août près de Lille. 
Il reste des places :



Etre Paix

Photo prise à la Piscine de Roubaix - Sculpteur Sébastien


La Paix doit commencer au-dedans de nous-mêmes;
chacun doit la faire grandir en lui
pour qu'elle s'étende sur le monde.
 
Dalaï - Lama

dimanche 20 août 2017

Le jardin avec Denis Richard

Le jardin :

- « propre à conforter notre équilibre psychique et donc à jouer un rôle bénéfique sur l'immunité, car nous savons maintenant combien psychisme et système immunitaire sont en interrelation étroite »
- « une composante immémoriale de notre histoire biologique, celle qui fait de l'homme un animal issu des grandes prairies de l'actuelle Afrique, dont l'existence était alors entièrement déterminée par les rapports qu'il savait entretenir avec la nature. Le jardinage nous permet ainsi, de façon certes très distanciée et inconsciente, de (re)nouer avec quelque parcelle de nos origines »

« On a ainsi constaté auprès de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et ne sachant parfois même plus utiliser une fourchette qu'elles conservent une part de savoir-faire instinctif quand il s'agit de mettre des plantes en terre. » 


« Mon bonheur reste intact à voir ce que j'ai semé sortir de terre et se développer. La force inouïe de la germination ne nous renvoie-t-elle pas au mystère même de la vie ? Et puis quelle joie simple et spontanée de déguster les fruits et les légumes produits grâce à son travail dans un lieu que l'on aime ! »

Denis Richard
fondateur du jardin aux insectes à Poitiers
(source : La Vie) 



Quand jardiner soigne
Initiation pratique aux jardins thérapeutiques par Denis Richard
Depuis les années 1950, les institutions anglaises et américaines redécouvrent les bienfaits pour la santé physique, psychique et morale des jardins et du jardinage, en un mot de l' "hortithérapie". Avec un retard probablement lié à une approche culturelle différente du jardin et des espaces verts, l'intérêt des jardins dits "thérapeutiques" commence seulement à être pleinement reconnu en France. A l'heure où la société industrialisée aspire à renouer avec la terre, cet ouvrage présente une nouvelle manière de se soigner ou de se maintenir en bonne santé : se mettre au vert.
Un ouvrage destiné à un large public : patients, médecins, psychothérapeutes, éducateurs, administrateurs d'institutions de soins, élus municipaux, architectes urbanistes, paysagistes, et plus globalement, toute personne soucieuse de son bien-être et de ses relations avec la nature.

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samedi 19 août 2017

Rencontre avec Betty


J'ai rencontré Betty l'année dernière et il me reste son regard profond de l'instant.
Voici un extrait d'une vidéo de la revue 3ème Millénaire :



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vendredi 18 août 2017

L’intérêt pour la méditation avec Jacques Castermane


Voici ce que me disait K. Graf Durckheim en 1970 :
« Je rencontre de plus en plus de gens qui sont intéressés par les pratiques méditatives. La plupart sont poussés par un malaise intérieur. La situation actuelle de l’homme occidental est une forme d’existence qui l’éloigne de plus en plus de sa vraie nature, sa nature essentielle. L’esprit occidental a créé une civilisation qui invente tout ce qui est possible pour que l’homme gagne en liberté. C’est le monde des objets et des techniques auquel l’homme se sent obligé de s’adapter. En s’adaptant l’homme devient lui-même un ... objet. Un objet qui se doit d’être performant et qui pour cela est réduit à ce qu’il sait et sait faire.
Mais il est méconnu dans ce qu’il « est » ; l’homme-objet a effacé l’homme-sujet qui alors suffoque et crie ... j’étouffe !
Le mot méditation répond à cette souffrance et à cette nostalgie : « Laissez-moi souffler. Laissez-moi respirer ! ».
Karlfried Graf Dürckheim

Aujourd’hui ce tableau coïncide, plus encore qu’il y a un demi-siècle, avec la situation de l’homme actuel. L’intérêt pour la méditation est tel que toute personne attirée par l’enseignement des pratiques méditatives devrait se poser trois questions : Quoi ? Pourquoi ? Qui enseigne ?

Aux personnes intéressées par la méditation de pleine attention - que Dürckheim propose à l’homme occidental à son retour du Japon (en 1947), après une immersion d’une dizaine d’années dans le Zen (le kanji "zen" signifie : méditer) - nous suggérons la lecture de ces quelques ouvrages :
Le centre de l’être - K.G. Durckheim (propose recueillis par Jacques Castermane) - ed. Albin Michel
Méditer: Pourquoi et Comment - K.G. Durckheim - ed. Le Courrier du Livre
Le zen et nous - K.G. Durckheim - ed. Le Courrier du Livre
Comment peut-on être zen ? - J. Castermane - ed. Le Relié
La sagesse exercée - J. Castermane - ed. Le Relié
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dimanche 13 août 2017

Rumeur d'instant...




« La vie, elle est si loin, elle est si proche, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, sur les paupière d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue... tout est comme au premier matin du monde : donné. »

Christian Bobin


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samedi 12 août 2017

Vide accueillant...



"Notre ravin sera comblé quand nous aurons fait le vide en nous, 
quand nous arrêterons notre pensée .
Dans la méditation quand nous ne pensons plus nous devenons un abîme ....
rien ne s'oppose à la Lumière ..." 


Alejandro jodorowsky ..
(Un évangile pour guérir )

vendredi 11 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (3)


Et après, est-ce qu’il n’y a pas le besoin de rembourser la dette spirituelle contractée auprès du maître ?

Absolument ! D’abord on est redevable de la vie, ce que les bouddhistes appellent ce précieux corps humain. Mais surtout, si on a la chance de croiser un maître et de vivre une transformation, on est dépositaire d’une richesse qu’on ne peut pas garder pour soi seul. Vient le moment de partager ce trésor. Il y a différentes façons de le faire. Cela peut être une nouvelle manière d’entrer en relation avec les autres, d'être une lumière dans leur destin. J’ai un souvenir très fort à cet égard. Un jour, dans le centre tibétain de Karma Ling, nous étions nombreux dans le temple à attendre le dalaï-lama qui devait donner des enseignements. Soudain, il est arrivé et par la simple manière dont il est entré, dont il s’est tourné avec chaleur vers chacun, toute l’atmosphère a été changée. Voilà un être qui a le pouvoir, simplement en apparaissant, d’ouvrir les cœurs, de vous remplir de joie. Nous ne sommes pas des dalai-lamas mais, chacun à notre niveau, que pouvons-nous faire, dans notre sphère d’action, pour être des facteurs de guérison du monde et non pas d’aggravation de la maladie du monde ? Ce critère, cher à Arnaud, est tellement simple.

Et pour vous, le décès d’Arnaud a mis l’accent sur cet aspect dette par rapport à lui ?

Oui, bien sûr, mais pas par rapport à lui. Non, ça, ce serait terrible. Une des plus belles choses qu’Arnaud m’ait dite à la fin de sa vie, c’est : « Tu ne me dois rien et tu ne dois rien à Hauteville (1) ». Cela a eu un effet libérateur et, du coup, la dette dont vous parlez n’est pas une dette imposée de l’extérieur, comme une contrainte, mais quelque chose qui vient de l’intérieur. C’est à partir d’une grande liberté que je ressens, tout naturellement. « Je ne peux pas ne pas donner ce que j’ai reçu ». Cela participe d’une circulation énergétique. Le maître nous a donné en abondance et, à notre tour, nous redonnons, à notre mesure, ce que nous avons reçu mais dans une forme qui est la nôtre.

C’est ce que vous vivez actuellement ?

Oui, j’ai une gratitude immense pour ces paroles-là, « tu ne me dois rien ». C’est un cadeau qu’il m’a fait et, en même temps, il savait parfaitement qu’en libérant ainsi tous ceux qui lui étaient redevables, il allait leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.



1 - Hauteville est le centre fondé par Arnaud Desjardins en Ardèche. Véronique, étant l'épouse et la collaboratrice d’Arnaud, a beaucoup œuvré pour Hauteville du vivant d’Arnaud.

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jeudi 10 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (2)


Peut-on suivre une voie sans accompagnement ?

Il semble que non, sauf pour de rarissimes exceptions : les traditions sont unanimes à cet égard. Parce que sinon on bricole sa voie à sa façon : je prends ce qui m’arrange et j’élimine ce qui me déplaît. Le maître est là précisément pour nous remettre en cause. Au début, il commence par nous apprivoiser. Puis au bout d’un moment, il va nous montrer certaines choses sur nous-mêmes qu’on ne veut pas forcément voir. Impossible de le faire seul. Il faut le regard neutre, bienveillant et en même temps ferme d’un être en qui on a profondément confiance. Car seule cette confiance peut nous permettre d’intégrer le choc de la remise en cause, d’accepter de regarder comment nous fonctionnons. Après tout, nous venons là pour changer, pas pour être indéfiniment bercés.

Quels sont les degrés de l’accompagnement ?

Je crois que dans toute école, un élève goûte l’indispensable lune de miel. Pour commencer, il y a un énorme transfert sur le maître, encore plus que sur un thérapeute, et peu à peu une relation de confiance s’établit à un niveau très profond. Cette lune de miel dure plus ou moins selon l’élève, par exemple s’il est très blessé psychologiquement, elle peut durer un peu plus longtemps. S’il est assez solide, le maître pourra intervenir plus vite. Cela dépend donc de la maturité de l’élève. Mais si on veut entrer dans le cœur du sujet, il faudra accepter d'être secoué, mis au défi. On entre alors dans une autre phase d’accompagnement dont la durée dépend de la force de notre mental, de notre déformation psychique. Plus cette déformation est puissante, plus il faudra éroder en donnant certains chocs, ce qui peut prendre du temps. Il n’y a pas d'accompagnement stéréotypé, c’est ce qui en fait la beauté. Je l’ai beaucoup vu auprès d’Arnaud. De l'extérieur, on pouvait se demander pourquoi il se comportait ainsi avec telle personne ? Nous - certains membres de l’équipe qui l’entourait - , nous aurions voulu être fermes et lui se montrait, au contraire, d’une patience à nous faire bouillir. Il laissait une situation perdurer, regardant les choses mûrir tranquillement jusqu’au point critique et là, il pouvait intervenir comme la foudre. Un maître est le roi du timing, le roi du moment opportun, il sait intuitivement quand ne pas intervenir et quand intervenir, alors que nous intervenons à partir d’une compulsion intérieure : il faut remettre de l’ordre là-dedans, c’est inadmissible, scandaleux ! C’est nous que cela dérange. L’accompagnement est un art qui suppose une réelle liberté.

Y a-t-il encore un autre stade après celui-là pour l’élève ?

Oui, quand on commence à être dégagé de la gangue du mental, c’est-à-dire de notre distorsion fondamentale, qu’on cesse d’en être dupe et qu’on devient vraiment soi-même et non plus une caricature, alors vient l’étape des questions fondamentales. Qu’est-ce que l’existence ? Entre le moment où je suis né et le moment où je mourrai, qu’est-ce que je veux avoir parcouru ? Au moment de mourir, serai-je prêt à tout lâcher ? Nous devons nous préparer. Les temps d’épreuves sont une excellente occasion de mûrissement. Quand on est touché en plein cœur, parce qu’on a perdu quelqu’un d’essentiel ou parce qu’on est confronté à une maladie grave, là on est obligé d’intégrer la dimension souffrance de l’existence, acculé à sortir d’une vision étroite « je veux l’agréable mais pas le désagréable ». Notre regard s’élargit alors, car la vie c’est l’ensemble, les hauts et les bas, les joies et les souffrances. Nous apprenons en quoi consiste le samsara, le fait d’être plongé dans l’existence et d’être confronté à l’impermanence, avec son lot inévitable de souffrances. La troisième étape concerne les questions existentielles. Un goût réel naît pour l’essence de la vie spirituelle, qui prendra des formes différentes pour chacun.


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mercredi 9 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (1)


Véronique Desjardins a été l’épouse et la collaboratrice d’Arnaud Desjardins pendant 25 ans. Parallèlement, elle a dirigé la collection des Chemins de la Sagesse à La Table Ronde. Ecrivain et conférencière, elle exerce à présent ses activités dans la ligne de ce qu’Arnaud Desjardins lui a transmis.

Qu’est-ce qu’une voie spirituelle ?

On ne peut parler de voie spirituelle sans parler du maître qui l’incarne : quelqu’un qui a lui-même reçu un enseignement, l’a mis en pratique et à son tour le retransmet. Quelle est la particularité d’un maître ? Il tranche complètement par rapport à toutes les relations que nous avons pu connaître auparavant car il n’a envers nous aucune attente, pas de projections ni de contre-transfert. Il est là juste pour notre bien, notre transformation, notre bonheur. La rencontre avec un maître nous guérit peu à peu, au plus intime de nous-mêmes, parce que, pour la première fois, nous sommes non seulement aimés de façon inconditionnelle par quelqu’un qui croit en nos potentialités mais nous sommes vus dans notre essence.

Qu’est-ce qu’un chemin spirituel ?

On ne peut pas dire : « Je suis une voie spirituelle » en accumulant les stages, un séjour en Inde, ou quelques week-ends avec un chaman. Une voie, c’est vraiment s’engager avec un maître particulier sur une voie précise. Il existe des voies dévotionnelles, des voies de la connaissance, des voies de l’action qui correspondent aux différents tempéraments des disciples. Le choix se fait en fonction de notre affinité avec telle ou telle voie mais surtout par rapport au maître. Là, s’opère une rencontre de cœur à cœur qui nous touche dans la profondeur, comme si quelque chose était déjà inscrit. Je pense à Matthieu Ricard qui, du jour au lendemain, a vu sa vie basculer en voyant dans une salle de montage un film d’Arnaud, Le Message des Tibétains. Il a croisé le regard de Kangyur Rinpoché sur ce montage et il a décidé de partir rencontrer ce maître. Toute sa vie a été orientée différemment. On reconnaît le maître - on pourrait employer l’expression coup de foudre car il y a quelque chose de cet ordre, de non rationnel.

La différence entre religion et voie spirituelle ?

On peut dire qu’une religion - le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme ou l’islam - est le socle qui permet au plus grand nombre de recevoir, dès l’enfance, une éducation et des valeurs qui donnent un sens à l’existence et les relient à une dimension plus vaste qu’eux-mêmes. Mais la spiritualité est réellement une voie de transformation : certains êtres humains ressentent un appel intérieur : ils ne sont pas sur terre juste pour avoir une famille, faire carrière et cumuler toutes sortes d’expériences. L’avoir ne leur suffit pas, ils sentent un besoin de croissance intérieure et se mettent en quête d’un maître qui puisse les guider - un directeur de conscience dans le christianisme, un maître soufi dans l’islam. En fait, on trouve des maîtres spirituels dans chaque tradition mais la quête intérieure concerne quelques individus, moins nombreux que les fidèles d’une religion. Aller à la messe le dimanche est très différent de suivre un chemin dans une voie au long cours, nous accompagnant toute notre existence. Il ne s’agit pas de sombrer dans une approche élitiste opposant la religion pour le peuple et le chemin spirituel pour les élus. Simplement, chacun n’a pas la même soif. Chaque religion engendre d’ailleurs des mystiques remarquables (comme par exemple Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Hildegarde de Bingen au sein du christianisme). En leur temps, on les considérait comme des maîtres pour leur communauté ; mais il y a aussi celui qui se nourrit des préceptes de l’Evangile avec une telle consécration, un tel amour de Dieu, un tel abandon à la Providence divine - c’est ce qu’on appelle la foi du charbonnier - qu’il en sera peu à peu transformé.


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mardi 8 août 2017

Hommage à Anne Dufourmentelle (2)

D. L. : Quels sont les risques nécessaires pour vivre pleinement?

A. D. : Aimer. Etre autonome. On brade trop sa liberté. On demande toujours aux autres de nous prendre en charge.


D. L. : Faut-il renoncer à vouloir tout maîtriser et accepter l’incertitude ? 

A. D. : Absolument ! L’incertitude est ce dont la névrose a le plus horreur. Toute notre organisation névrotique (et nous sommes tous névrosés) consiste à faire barrage à l’inattendu. L’inconscient est un GPS qui intègre toutes les données de votre généalogie, de votre enfance et de ce que vous avez vécu. Il vous indique des chemins et des routes qu’il trouve plus sûrs ou moins encombrés. Si vous lui donnez un itinéraire ou un lieu inconnu, il va tout faire pour que vous n’y alliez pas parce qu’il y a trop de risques. Par contre, ce qui est sympathique avec l’inconscient c’est que, de la même manière qu’un GPS, il va intégrer la nouvelle route la deuxième fois, il va y aller. L’inconscient fonctionne dans la répétition.

D. L. : Oser lâcher prise ?

A. D. : Cette capacité à l’inattendu c’est quelque chose qu’il faut trouver dans l’aptitude à être au présent. Et le lâcher prise est fondamental. Le problème, c’est que cela ne se décide pas. Ce n’est pas une question de volonté. Le lâcher prise n’empêche pas la vigilance. Au contraire, il l’appelle. Le risque met sur le qui-vive, puisqu’il y a du danger. Celaa met en éveil . Il faudrait lutter contre les deux piliers de la névrose qui, pour éviter l’inattendu, se repose à 90% sur deux grosses ficelles – à savoir « la vie commence demain » ou dans deux heures ou dans une heure. C’est-à-dire qu’elle vous dit : « Oui, bien sûr, on va changer ci et ça ». Elle est très accommodante, la névrose. Elle veut bien changer, mais pas tout de suite. L’autre ficelle, c’est le tout ou rien. « C’est noir ou blanc ». D’où l’idée qu’il n’y a pas de petit choix, comme s’il n’y avait pas de gris entre les deux. Or, dès que vous commencez du gris, vous amorcez quelque chose.

D. L. : Donc, le risque c’est de sortir de nos habitudes ?

A. D. : On fonctionne tous, même mentalement, sur les mêmes trajectoires. Prenez l’exemple d’une dispute. Dix ans après, ce sont les même arguments que se renvoient les deux personnes. Parfois, quand les êtres sont extraordinairement déprimés, qu’ils n’ont plus la force de rien, il suffit de leur dire : « Voilà. Aujourd’hui, vous prenez une rue différente. C’est tout ». Il suffit d’une modification minuscule et ça va mettre en route quelque chose. Ou une pensée différente.

D. L. : Faire une psychanalyse, c’est un risque ?

A. D. : J’espère ! Dans l’analyse, il y a deux mouvements. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier ce qui a été négatif, par exemple, dans notre enfance pour essayer de comprendre, d’entendre et de voir ce qui s’est passé. Après, il faut tout reprendre en soi et se demander « Mais pourquoi ai-je accepté d’être là ? » Pourquoi me suis-je mise dans ce scénario-là ? C’est sortir de la plainte, du « C’est la faute de l’autre ». Vous avez en mains les clés de votre liberté, vous seule. Vous ne pourrez pas faire que l’autre soit différent. Vous ne pourrez pas faire que votre enfance ait été autre. Mais vous pouvez vous situer autrement dans ce paysage et, du coup, découvrir des chemins de traverse extraordinaires dans n’importe quel paysage donné. Il faut explorer. Ensuite, une fois qu’on l’a reconnu tel qu’il est, on peut s’y promener autrement. Et ça, c’est un risque. On a toujours peur de déplaire, de ne plus être aimée, de souffrir, d’être abandonnée.

D. L. : Parler, est-ce un risque ? Faut-il se taire ?

A. D. : Parler est un des plus beaux risques. On ne dit pas assez à quel point la parole érotique, les mots de l’amour sont importants parce qu’ils relient le corps de l’autre, notre corps et notre intériorité. Mais pouvoir se taire à un moment donné, ne pas tout dire à l’autre, est absolument essentiel. Sinon, on fait de l’autre un parent. A qui doit-on transparence quand on est enfant ? Aux parents.

D. L. : Dire « Je t’aime », est-ce un risque ?

A. D. : Oui, et ce que je trouve assez joli, c’est que ça reste un risque pour toutes les générations. Le moment où on dit « Je t’aime » reste une espèce de saut dans le vide vertigineux. C’est étonnant que cette parole ait perduré le long de toutes les métamorphoses des siècles comme un des moments les plus intenses du risque. Le seul vrai « Je t’aime », c’est celui qui est donné et qui n’attend pas de réponse.


A lire aussi : A quoi peuvent nous servir nos rêves ?



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lundi 7 août 2017

Hommage à Anne Dufourmantelle (1)

Inspirée, inspirante, aimée et aimante, c'est peu dire d'Anne Dufourmantelle. La philosophe et psychanalyste, décédée le 21 juillet en sauvant des enfants de la noyade, avait de surcroît, le don rare de joindre l'acte à l'élégance de sa parole. Lorsqu'elle a publié Eloge du risque, (Manuels Payot), la journaliste Danièle Laufer a réalisé cette belle interview pour le magazine Prima. Nous la partageons avec vous.

Danièle Laufer : Anne Dufourmantelle, comment définiriez-vous le risque ?

Anne Dufourmantelle : C’est une projection de soi-même dans une situation inédite, nouvelle, qui déchire le temps en deux : le temps d’avant et le temps nouveau. Il y a toujours une part de hasard, de pari et la perte d’un état ancien auquel on ne pourra pas revenir. La rencontre amoureuse est un exemple type. Un joueur qui mise sur un numéro à la roulette sait ce qu’il risque tandis que dans la rencontre amoureuse, on n’est pas en temps réel dans la perception du danger. C’est pour ça qu’il est parfois difficile de se rendre vraiment compte de l’enjeu dans l’instant. Parfois, c’est dans l’après-coup que l’on se dit : « J’ai couru un risque », « J’ai pris à ce moment-là un risque qui a déterminé ma vie».

D. L. : On n’est donc pas toujours conscient qu’on court un risque ?

A. D. : Non. Je pense d’ailleurs que beaucoup de séparations ne se passent pas en réalité au moment où l’on en est conscient. En fait, cela commence souvent bien avant que l’on se quitte. De la même façon, on est préparé à l’amour avant de rencontrer effectivement la personne. Il y a une sorte de présage.

D. L. : Vous faites l’éloge du risque à une époque qui nous enjoint d’en prendre le moins possible. Pourquoi ce paradoxe ?

A. D. : Nous vivons en effet dans une société ultra sécuritaire où l’on nous enjoint en permanence de nous protéger et, quand on n’en a pas envie, on nous dit « Mais faites-le au moins pour vos proches ». Cela joue sur la peur. C’est la logique de la dépression. Quand on est déprimé, une partie de soi a envie de changer sa vie, tandis que l’autre est empêchée et c’est ce statu quo qui l’emporte dans un régime de tristesse et de paralysie. Très concrètement, ne pas prendre de risque, c’est ne pas oser la liberté. Le risque le plus grand, on le sait depuis toujours, c’est aimer ! On n’est jamais sûr de l’issue.

D. L. : Vous dites que le risque, c’est la liberté...

A. D. : Oui, c’est l’épreuve par excellence du courage et de la liberté. Nous sommes tous très angoissés par l’idée de la perte et de l’échec. Quand on prend un risque, on échoue parfois (par exemple, on tente un concours et on le rate) mais on est toujours grandi de l’avoir pris. Cela nous modifie intimement, de façon positive. La force intérieure que l’on en retire est, de toute façon, plus importante, à mon sens, que le danger de l’échec encouru.

D. L. : Y a-t-il des risques insignifiants ?

A. D. : J’ai vu plusieurs de mes patients commencer à opérer des revirements très importants dans leur vie en décidant tout d’un coup de prendre une heure par semaine pour faire du yoga ou aller déjeuner avec leur meilleur ami, eux qui n’avaient jamais le temps. Où est le risque là-dedans ? Après-coup, vous vous rendrez compte que c’en était un parce que ça vous a fait sortir de vos habitudes et de votre carcan. Cela ouvre un corset et on ne sait absolument pas jusqu’où ça va aller. En général, c’est un premier pas qui vous emmène vers une métamorphose intérieure. Alors non, je dirai qu’il n’y a pas de petits risques.

D. L. : Mais il y a des risques dangereux – faire du saut à l’élastique, quitter sa famille pour un homme que l’on rencontre. Parfois, l’enjeu est énorme... 

A.D. : Il y a des risques dangereux et des issues très négatives. Mais on ne le sait qu’après-coup. C’est pris dans une logique auto-destructrice. Pour moi, ce sont de « faux risques », des fuites et des situations dans lesquelles on est toujours perdant. Prenons l’exemple d’une femme qui quitterait mari et enfants pour un homme qui la mettrait sous son emprise. Rien ne garantit que cette femme ne se retrouvera pas peu de temps après, très malheureuse, pieds et poings liés à cet homme. Cela arrive. Est-ce un risque ? Comment évaluer le danger ? En allant vers cet homme, une part de cette femme savait qu’elle aliénait déjà sa liberté. Dès lors que quelqu’un devient votre raison de vivre, on peut se demander ce que vous êtes déjà en train d’abdiquer de vous-même. Cela peut aussi arriver dans la vie professionnelle. On peut être pris par les sirènes de la séduction, d’une situation, d’un patron qui vous attire et se retrouver avec un travail qui s’avère absolument destructeur. Mais en principe, si on est relié à elle, notre boussole intérieure nous signale très vite si l’on est en train de se tromper. Encore faut-il y avoir accès, ne pas avoir perdu la clé. Quelqu’un qui est très gravement déprimé ne sait vraiment plus même ce qu’il aime ou ce qu’il désire.

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