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mardi 4 novembre 2025

dimanche 17 août 2025

Besoins fondamentaux

 


"Il y a deux choses dont on a fondamentalement besoin dans l'existence. La première, la plus importante, est la communion, la relation aux autres, c'est-à-dire l'amour au sens large, non la seule relation amoureuse. L'être humain a un besoin vital d'être relié. 

La seconde chose nécessaire pour s'épanouir, c'est la liberté, au sens profond de pouvoir être soi-même, de ne pas être entravé dans l'expression de sa sensibilité.

Lorsque l'on parvient à équilibrer ces deux pôles de l'existence, on est vraiment dans la joie." 

Frédéric Lenoir

Photo : Helen Levitt - 1940


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jeudi 2 janvier 2025

Quand et combien de temps méditer ?


À quel moment de la journée consacrer un temps spécifique de méditation ? L’expérience montre que le matin, avant de commencer toutes nos activités, est un excellent moment. Ce n’est pas pour rien que, dans toutes les traditions spirituelles, les moines privilégient la méditation ou la prière matinales. Cela permet de clarifier et d’ancrer notre esprit et de conserver toute la journée le parfum de ce temps privilégié de présence. Malheureusement, il est souvent difficile, lorsqu’on a une vie familiale et professionnelle bien remplie, de prendre du temps le matin sans abréger son temps de sommeil, tout aussi précieux ! Je recommande alors de prendre seulement deux minutes pour se centrer, respirer, sentir son corps, poser une intention pour sa journée. On pourra renouveler l’exercice plusieurs fois dans la journée, dans les transports par exemple, ou à son bureau : fermer les yeux, respirer amplement avec attention, sentir son corps et lâcher son mental quelques minutes. Si nous parvenons à prendre au moins sept fois par jour ces précieuses minutes d’attention, cela aura un véritable impact sur nos vies. On peut aussi prendre un petit temps le soir avant de dormir, mais en conservant l’esprit alerte et vigilant, car si on est trop fatigué, on risque de confondre méditation et engourdissement de l’esprit.

On recommande généralement en mindfulness de méditer au moins trente minutes par jour d’affilée. C’est en effet une bonne durée pour permettre à l’esprit de s’entraîner efficacement. Mais mon expérience m’a montré que la régularité comptait plus que la durée : mieux vaut méditer dix minutes tous les jours que deux heures une fois par semaine. Et surtout, encore une fois, l’essentiel c’est ensuite d’essayer d’appliquer cette qualité de présence que l’on développe en méditation à tous les moments de la journée : lorsqu’on marche, lorsqu’on travaille, lorsqu’on mange, lorsqu’on échange avec les autres.

Extrait de "Méditer à cœur ouvert" de Frédéric Lenoir

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samedi 28 décembre 2024

Méditation et action

 Agir


On oppose souvent la méditation à l'action en caricaturant le méditant comme un égoïste qui préfère s’intéresser à son nombril plutôt qu’aux problèmes du monde. Ce n’est pas toujours faux. J’ai connu des personnes qui prétendaient méditer plusieurs heures par jour et qui semblaient totalement indifférentes aux autres et à la marche du monde. On est loin de l’esprit véritable de la méditation à cœur ouvert, qui consiste justement à nous rendre encore plus attentifs à la totalité de la vie et du réel. 

C’est pourquoi la méditation ne peut que déboucher sur l'action. 

En développant une attention aimante, on est de plus en plus présent à soi-même, aux autres et au monde, et on désire de plus en plus prendre soin de soi, des autres et du monde. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », disait Gandhi, et c’est justement ce que favorise la pratique de la méditation : en me transformant moi-même, je participe à la transformation du monde. En apprenant à m’accepter comme je suis et à m’aimer, j’apprends à accepter les autres et à mieux les aimer. En portant une attention aimante à ce qui est, je me sens concerné par la totalité du réel, et rien de ce monde ne m’est étranger. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux », disait Socrate. En rentrant au plus profond de soi, dans le silence de son être, on s’ouvre paradoxalement à la totalité de ce qui est. Et lorsqu’on médite à cœur ouvert, nous sentons grandir en nous un amour universel et inconditionnel qui nous incite à nous engager pour servir le monde et diminuer la souffrance des êtres sensibles. Mes nombreux engagements associatifs, notamment en faveur de l’éducation des enfants et des animaux, qui prennent plus de la moitié de mon temps, s’inscrivent dans le prolongement direct du travail que je mène sur moi depuis longtemps, notamment par l’exercice de la méditation à cœur ouvert.

Et la méditation nous incite non seulement à agir, mais elle nous aide aussi à agir de manière juste. Comme le rappelle encore une fois fort à propos Krishnamurti : « La méditation est cette faculté d’appréhension totale de la globalité de la vie : de là naît l’action juste. » Parce qu’elle développe une vision claire et juste, au-delà de notre saisie égotique, la méditation nous aide à agir de manière juste, appropriée, féconde. C’est la raison pour laquelle, si l’on veut vraiment changer le monde et le rendre plus juste, elle devrait être enseignée aux enfants dès le plus jeune âge.

Plusieurs grands esprits l’ont compris depuis longtemps. William James, un des pères de la psychologie, définissait l’entraînement à l’attention comme l’éducation par excellence, et l’écrivain Arthur Koestler écrivait : « Il ne faut pas craindre d’avoir pour objectif d’enseigner la méditation dans les lycées, non pas pour faire des illuminés, mais pour retrouver notre moitié perdue. »

Extrait de "Méditer à cœur ouvert" de Frédéric Lenoir

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vendredi 27 décembre 2024

Méditation et contemplation

Contempler le réel


J'ai mis en exergue de ce livre cette parole de Khrishnamurti qui résume pour moi l'essentiel : "Voilà donc ce qu'est la méditation - elle ne consiste pas à s’asseoir en tailleur, ou à rester en équilibre sur la tête, ou que sais-je encore, mais à ressentir le caractère holistique et l’unité absolue de la vie. Mais cela ne peut advenir qu’en présence de l’amour et de la compassion. "

Méditer à cœur ouvert permet en effet de regarder autrement tout ce qui nous entoure. Lorsque nous regardons une pierre, une fleur, un arbre, un papillon, une fourmi, un être humain, nous les regardons avec une attention aimante. Les poètes sont de grands méditants, car ils savent justement regarder les choses les plus ordinaires avec un regard neuf, émerveillé, attentif au petit détail qui nous échappe. Chaque texte de Christian Bobin, pour prendre un poète contemporain que j’aime particulièrement, est le fruit d’une méditation profonde et aimante sur un petit rien. Ses mots me bouleversent, car ils me font regarder ces petits riens - un pissenlit, le sourire fatigué d’une vieille femme, un nuage, une balançoire - avec acuité et tendresse. On pourrait dire la même chose de certaines peintures, notamment les natures mortes, qui nous font regarder autrement les choses les plus banales de notre quotidien. Lorsqu’il est regardé avec attention et amour, le réel n’est plus simplement regardé, il est contemplé. 

Méditer à cœur ouvert, c’est regarder le monde avec le regard du peintre ou du poète. C’est peut-être le regarder aussi avec le regard du mystique, qui voit Dieu en toutes choses. Le théologien orthodoxe Jean-Yves Leloup raconte ainsi son initiation à la méditation hésychaste : « Il y a une trentaine d’années, au mont Athos, le père Séraphin m’a invité à apprendre à méditer, tout d’abord “comme une montagne”, c’est-à-dire avec le monde minéral, puis “comme un coquelicot’’ avec le monde végétal, puis “comme un oiseau” avec le règne animal, ensuite “comme Abraham” avec le cœur, et enfin, étape ultime, “comme Jésus”... Dieu est en toute chose. Il est lourd dans la pierre, il fleurit dans l’arbre au printemps, il chante dans l’oiseau, il prend conscience de lui-même dans l’homme, il jouit de lui-même dans le sage... »

Extrait de "Méditer à coeur ouvert" de Frédéric Lenoir

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jeudi 26 décembre 2024

Sérénité

 


Frédéric Lenoir nous invite à méditer 
dans son livre "Méditer à cœur ouvert".

En voici une occasion avec le thème de la sérénité :
Cliquer ici (8 min.)

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samedi 14 décembre 2024

Méditation et visualisation


 Comme il est difficile pour un méditant débutant de rester en pleine présence, il est utile de focaliser mon attention sur mon souffle pour apprendre à la fixer, à ne pas fuir dans les pensées. Puis, progressivement, je pourrai passer de l’attention focalisée à la présence ouverte, quitte à revenir de temps en temps à ma respiration si mes pensées vagabondent.

Lorsque je commence à méditer, je peux avoir le sentiment d’être assailli par un flot ininterrompu de pensées. Cet état est celui dans lequel nous sommes habituellement sans en avoir conscience, mais comme la méditation nous rend attentifs à ce qui se passe dans notre esprit, nous devenons alors conscients du flux incessant de nos pensées. Il est vain de vouloir les arrêter. Méditer consiste à les observer et à les laisser passer sans s’y attacher, sans les analyser, sans les suivre. Un peu comme lorsque je regarde défiler un paysage dans un train : je vois une vache ou un clocher, mais je ne vais pas m'interroger sur cette vache et ce clocher : les images se succèdent et je ne fais que les observer sans m’y attarder.

J’aime d’ailleurs particulièrement méditer en fixant mon attention sur quelque chose qui bouge : la flamme d’une chandelle, la mer, les nuages, le paysage qui défile à travers la fenêtre d’un train, le va-et-vient de ma respiration, une fleur agitée par le vent. Cet objet en mouvement m’aide à laisser passer les pensées et à maintenir mon attention mieux que n’importe quel objet immobile, et l’attention focalisée devient très vite présence ouverte, ouverture totale à ce qui est, sans fixation de l’esprit sur une sensation ou une idée particulière.

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On peut aussi imaginer un événement futur et porter toute son attention dessus. Par exemple, nous visualiser en pleine santé si nous sommes malades, réussir un examen, retrouver l’harmonie dans une relation abîmée, etc. Cette méditation sur un événement futur peut présenter un effet apaisant dans le présent et aussi avoir un impact positif sur notre vie, lorsqu’on sait à quel point nos pensées sont puissantes.

Deux parachutistes de haut niveau ont récemment réussi une première mondiale : entrer dans un avion en vol alors que leur parachute était encore fermé. Ils m’ont dit avoir longtemps échoué jusqu’à ce qu’ils fassent chaque jour, assis les yeux fermés, des exercices de visualisation dans lesquels ils se voyaient réussir à pénétrer dans l’avion par la petite porte latérale. Et ça a parfaitement marché ! On imagine difficilement la puissance des pensées et la force de l’esprit sur le corps.

J’ai aussi été très frappé de ce qui est arrivé à mon père lorsque, âgé de quatre-vingt-quatre ans, il a été hospitalisé d’urgence pour un problème cardiaque. Le diagnostic est tombé : l’aorte fissurée allait rompre d’un moment à l’autre. Vu son âge et ses problèmes cardiaques récurrents, aucune intervention chirurgicale n’était possible. Les médecins lui ont donné tout au plus un ou deux jours d’espérance de vie avant d’être terrassé par une hémorragie interne foudroyante. Mon père, serein, était entouré de ses enfants, dont ma sœur aînée, Bénédicte, qui est hypnothérapeute. Connaissant la puissante capacité de concentration de notre père, elle lui a appris à visualiser son aorte en train de cicatriser. N’ayant plus rien à perdre, il a passé des heures à le faire. Toujours en vie une semaine plus tard, il a fait l’étonnement des médecins qui ont refait des examens de l’aorte : ils ont constaté alors avec stupéfaction qu’elle était en cours de cicatrisation ! Mon père a continué pendant quelques semaines ses visualisations quotidiennes et a vécu presque sept années de plus, sans doute parmi les plus heureuses de son existence. (Précisons toutefois que si l’hypnose ou la méditation peuvent favoriser une guérison, il ne suffit évidemment pas de méditer sur ses métastases pour guérir d’un cancer.)

Lorsque je suis confronté à une situation stressante, il m’arrive de méditer en visualisant soit un lieu où je me sens parfaitement en paix, soit d’imaginer une résolution positive de la situation. Très rapidement, en étant attentif à mon souffle pendant ces exercices de visualisation, je sens une paix intérieure revenir.


Extrait de "Méditer à coeur ouvert" de Frédéric Lenoir

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mercredi 13 mars 2019

La joie avec Frédéric Lenoir




3 possibilités de toucher la joie 
proposées par Frédéric Lenoir
 (7 min.)

« Existe-t-il une expérience plus désirable que celle de la joie ? 
Plus intense et plus profonde que le plaisir, plus concrète que le bonheur, la joie est la manifestation de notre puissance vitale. La joie ne se décrète pas, mais peut-on l’apprivoiser ? La provoquer ? La cultiver ? J’aimerais proposer ici une voie d’accomplissement de soi fondée sur la puissance de la joie. Une voie de libération et d’amour, aux antipodes du bonheur factice proposé par notre culture narcissique et consumériste, mais différente aussi des sagesses qui visent à l’ataraxie, c’est-à-dire à l’absence de souffrance et de trouble. Pour ma part, je préfère une sagesse de la joie, qui assume toutes les peines de l’existence. Qui les embrasse pour mieux les transfigurer. Sur les pas de Tchouang-tseu, de Jésus, de Spinoza et de Nietzsche, une sagesse fondée sur la puissance du désir et sur un consentement à la vie, à toute la vie… … Pour trouver ou retrouver la joie parfaite, qui n’est autre que la joie de vivre. » FL

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lundi 24 septembre 2018

Le début de la Libération passe par la connaissance de soi...


Le début de la Libération passe par la connaissance de soi. 
C'est par une introspection, une fine observation de notre comportement, de nos réactions, de l'affleurement de nos émotions, que nous parvenons progressivement à nous connaître et à comprendre les causes profondes de nos actions. Travailler sur nous-mêmes, corriger nos réactions, modifier nos réflexes spontanés ou nos mauvaises habitudes demande effort et volonté. Mais c'est le prix à payer pour gagner notre liberté intérieure. 

Car l'homme qui ne se connaît pas et comme un aveugle. Il marche sans assurance et risque à tout instant de heurter un obstacle ou de s'égarer. C'est pourquoi le commencement de la sagesse, c'est de tourner son regard vers soi-même et d'apprendre qui nous sommes, quels sont nos besoins, nos motivations, nos réactions, nos tolérances et répulsions, nos habitudes, nos addictions nos émotions les plus fortes et quelles en sont les causes. 

Comme le disait un ancien maître de la sagesse : " on ne nait pas libre, on le devient"... 

Frédéric Lenoir - l'âme du monde


Précision de Charles Coutarel : "on ne nait pas libre, on le devient"... pas d'accord avec Spinoza... on nait libre, on oublie ou s'oublie, et on le redevient.... juste un chemin de mise en conscience... de reconnaissance... oui...


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samedi 18 août 2018

L'évolution de l'idée du bonheur avec Frédéric Lenoir (4)


Vous venez d'employer le mot joie, une autre façon de parler du bonheur ? 

La joie est une incarnation concrète du bonheur. Dans certains courants spirituels, comme le christianisme ou le taoïsme, mais aussi chez Spinoza et chez Nietszche, on privilégie l'idée de joie. Les confucéens, les stoïciens ou les bouddhistes préfèrent la notion de paix intérieure, de sérénité. Ils cherchent avant tout la paix de l'âme (ataraxie), le fait de ne pas être troublé.

Avons-nous besoin de joies collectives, dont la victoire de l'équipe de France de football serait un exemple ? 

Les Français se disent à 80% heureux à titre individuel, mais déclarent à 80% que tout va mal en France ! Notre pays a une vision très négative de lui-même. Vivre une expérience de victoire collective permet de créer du bonheur ensemble. C'est excellent pour le moral du pays. On a le sentiment de partager les mêmes valeurs. On appartient à une même entité supérieure, la République. Mais cela ne dure pas...

Pourquoi l'idée du bonheur est-elle associée à l'enfance – on parle d'« âge heureux » ?

Jusqu'à 5 ans, les enfants vivent l'instant présent. Quand il vit une expérience de satisfaction, l'adulte va parasiter ce moment avec des projections du futur ou des souvenirs du passé. En outre, les enfants n'arrêtent pas de grandir, quand ils apprennent quelque chose de nouveau, ils sont dans la joie. Cela corrobore le lien que fait Spinoza entre la joie et la croissance de l'être. Enfin, les plus jeunes sont spontanés. Ils ne sont pas pris dans tous les méandres de l'ego ou du mental. L'Évangile nous dit : « Laissez venir à moi les petits enfants, parce que le royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19, 14). Et le royaume de Dieu, c'est la joie parfaite, c'est l'enfant qui garde la capacité de s'émerveiller et de grandir face à chaque expérience nouvelle.

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source: La Vie

vendredi 17 août 2018

L'évolution de l'idée du bonheur avec Frédéric Lenoir (3)


Dans cette société de l'individu, à force de vouloir se réaliser, on en oublie les autres, alors que justement le bonheur est lié au partage avec autrui... 

Oui, c'est le premier critère du bonheur. Que ce soit au Ghana, aux États-Unis, en France ou au Mexique, la réponse dans les études est similaire. Ce qui nous rend d'abord heureux, c'est l'amour et la qualité de la relation avec autrui. Comme le disait Aristote, l'être humain est un animal politique qui a besoin des autres pour se réaliser, et notamment de l'amitié. À ce titre, les jeunes d'aujourd'hui sont moins solitaires que ne l'étaient les générations des années 1950 ou 1960. Ils ont le sens de la tribu et du groupe. La crise économique y a contribué. Elle a permis aux jeunes générations d'être en situation d'avoir besoin des autres.


"Ce qui nous rend d'abord heureux, c'est l'amour et la qualité de la relation avec autrui. "

Existe-t-il des domaines plus propices pour être heureux, comme la création artistique, le travail intellectuel ou le sport ? 

Le bonheur peut se rattacher à la réalisation de nos aspirations, qui sont différentes pour chacun. Elles concernent le cœur, donc recouvrent la dimension affective, le corps et l'esprit. Il incombe à chacun de découvrir ce qui le met dans la joie.

Dans votre livre le Miracle Spinoza, vous rapportez que le philosophe propose d'accorder notre nature à la Nature... 

Comme en musique, notre note personnelle va s'accorder à la musique de l'univers. Il s'agit au niveau de notre corps, de notre cœur, de notre esprit de savoir choisir les bonnes rencontres. Pour le corps, c'est le plus simple à comprendre : quels aliments sont bons pour nous ? La logique est la même pour le cœur. Des rencontres nous font du bien, parce qu'elles nous permettent de grandir. Toute la philosophie de Spinoza repose sur l'idée de croissance de l'être. Chaque fois que l'individu grandit, il est dans la joie. Il faut donc orienter nos désirs – spirituels ou sensibles –, le moteur de notre existence, vers des choses ou des personnes qui s'accordent à notre nature et nous mettent dans la joie.


"Il faut orienter nos désirs vers des choses ou des personnes qui s'accordent à notre nature."

jeudi 16 août 2018

L'évolution de l'idée du bonheur avec Frédéric Lenoir (2)


Tout le monde souhaite-t-il être vraiment heureux ?

L'aspiration au bonheur est universelle. Dans toutes les cultures, on retrouve l'idée de pouvoir savourer l'existence, de chercher une satisfaction globale et durable. On en parlait déjà dans l'Épopée de Gilgamesh, un texte datant de 2600 avant Jésus-Christ ! La quête du bonheur est profondément inscrite dans l'être humain, mais elle peut prendre des modalités différentes. En Occident, certains préfèrent le plaisir intense au bonheur, la passion amoureuse à un état de sérénité amoureux, au motif que le bonheur les ennuie. En vertu d'une idée romantique, ils préfèrent vivre intensément, quitte à beaucoup souffrir. Dans certains mouvements spiritualistes, grandes religions ou courants philosophiques, le bonheur sur terre n'apparaît pas comme le but suprême. Il se trouve au ciel, dans le royaume de Dieu. Jésus renonce à son bonheur sur terre en acceptant la crucifixion, mais il sait qu'il ressuscitera. Si la finalité ultime est le bonheur dans l'au-delà, cela justifie l'idée de faire des sacrifices. C'est le pari de Pascal ou la vision de Socrate : le but de l'éthique n'est pas forcément d'être heureux, mais d'avoir une vie bonne, fondée sur la justice et le respect des autres. C'est malheureusement aussi la vision des terroristes qui pensent accéder au paradis en tuant des infidèles.


Comment évolue l'idée dans l'histoire ? 

La notion apparaît dès la Mésopotamie et l'Égypte ancienne, puis est théorisée par les penseurs grecs entre le VIe et le IIIe siècle avant notre ère. Ils nous expliquent comment atteindre cette vie heureuse. Comment bien orienter sa vie par la raison, trouver un bonheur à l'intérieur de soi. Il est en nous, par le regard que l'on pose sur la vie, et non dans l'ajustement du monde à notre désir. On retrouve la même conception de la sagesse en Orient avec le bouddhisme. Il faut travailler sur son esprit pour être heureux et ne pas dépendre des aléas de l'existence. Avec l'avènement du christianisme, le bonheur est reporté à l'au-delà. La notion de salut prend le dessus. Avec la Renaissance, le mot retrouve de sa force. On renoue avec la conception grecque. Puis retour en arrière au XIXe siècle : le romantisme associe le bonheur au confort bourgeois. La philosophie du devoir fondée sur le système de Kant vise l'éthique, pas l'état de satisfaction global. Elle revient dès la Seconde Guerre mondiale dans les sociétés occidentales à la faveur du développement de l'individualisme et de la crise des grandes idéologies collectives. Elles ont échoué à faire le bonheur de l'humanité. Les religions qui nous promettaient la félicité dans l'au-delà sont aujourd'hui en crise, comme la science. Dans ce contexte, on se recentre sur soi-même, on cherche à s'accomplir, à se réaliser. On s'intéresse à nouveau aux philosophes grecs, à Spinoza, au bouddhisme, à la psychologie, aux démarches de développement personnel.
Nous sommes dans un monde où si nous ne sommes pas heureux, nous sommes des ratés.

Aujourd'hui, l'injonction au bonheur n'est-elle pas trop forte ?

Nous sommes en effet dans un monde où si nous ne sommes pas heureux, nous sommes des ratés. Cette recherche d'accomplissement de soi, en dehors de toute contrainte collective, devient lourde à porter. Cela demande une grande exigence de connaissance de soi-même. Beaucoup se sentent écrasés. Ce sentiment est bien décrit dans le livre du sociologue Alain Ehrenberg la Fatigue d'être soi. Dépression et société (Odile Jacob, 1998). La maladie psychique dominante n'est plus, comme du temps de Freud, la névrose – le conflit entre le ça et le surmoi –, mais la dépression. Il est devenu trop difficile d'être soi, de choisir, de se réaliser. On tombe dans un état de tristesse chronique.

à suivre
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mercredi 15 août 2018

L'évolution de l'idée du bonheur avec Frédéric Lenoir (1)

À travers ses 50 livres à succès, le philosophe Frédéric Lenoir essaye de répondre à la question fondamentale : qu'est-ce qui nous rend heureux ? Son dernier ouvrage, le Miracle Spinoza (Fayard, 2017), où il raconte l'itinéraire de ce « grand penseur de la joie », n'y coupe pas. Pour La Vie, le docteur de l'École des hautes études en sciences sociales livre, avec son art de la pédagogie, quelques clés inspirées des grands philosophes.

Le bonheur est-il une addition de moments ?
C'est un état de satisfaction de l'existence. Pour comprendre ce concept, les philosophes grecs, comme Platon, Épicure ou Aristote, l'ont comparé avec un autre état, le plaisir. Celui-ci est la satisfaction donnée rapidement à un besoin ou un désir. J'ai envie de voir un ami et j'ai du plaisir lorsque j'y parviens. Je souhaite voir un film, je le vois et j'en retire du plaisir. Mais le plaisir possède des inconvénients. D'une part, il ne dure pas : dès que j'ai bu, j'ai à nouveau soif. Il dépend aussi de causes extérieures. Il faut toujours renouveler les événements qui nous procurent du plaisir, et nous savons mal le modérer. Nous avons tendance à rechercher toujours plus de plaisir. Et cela peut procurer du malheur à long terme. A contrario, le concept de bonheur n'est pas une émotion passagère, mais un état d'être global et durable. On est bien dans sa vie, dans son corps et dans sa tête. Le bonheur est un état, le plaisir est un moment.

Est-ce l'opposé du malheur ?
Beaucoup de philosophes contemporains, comme Luc Ferry, préfèrent cette approche. Pour avoir une meilleure compréhension de l'état du bonheur, qui reste une ambition assez forte, on se tourne vers l'état dans lequel on n'est pas malheureux. Cette vision me fait penser à la phrase de Jacques Prévert : « J'ai reconnu le bonheur au bruit qu'il a fait en partant. »

Être heureux est-il le fruit de la chance ou procède-t-il d'une démarche rationnelle ? 

Les deux. Si vous êtes issu d'une famille où les parents vous aiment, vous avez plus de chances d'être heureux que dans une famille maltraitante. Même chose si votre penchant naturel est plus tourné vers l'optimisme que si vous êtes doté d'un tempérament colérique ou anxieux. Et puis il y a des moments dans la vie qui conditionnent le fait d'être heureux ou non. Des études états-uniennes démontrent que le bonheur est déterminé pour moitié par notre capital génétique et les événements extérieurs et, pour l'autre moitié, par nos choix et le travail que nous avons fait sur nous.

Chercher une satisfaction globale et durable est universel.

à suivre
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jeudi 18 mai 2017

mercredi 17 mai 2017

mardi 16 mai 2017

lundi 15 mai 2017

vendredi 22 janvier 2016

Les leçons de bonheur de Frédéric Lenoir

Philosophe, sociologue, chercheur associé à l’EHESS, Frédéric Lenoir explore depuis 20 ans, à travers ses livres, les chemins de la sagesse pour un art de vivre contemporain. Son dernier essai, Du bonheur. Un voyage philosophique  (Fayard), revient sur les sources de notre bonheur. Selon lui, c’est en cultivant l’essentiel, en empruntant le chemin du juste choix que nous trouverons d’avantage de joies et que nous les vivrons plus profondément.

Le bonheur durable est selon vous le fruit d’un travail sur soi.

La phrase de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez dans le monde » est emblématique de notre époque. Changer le monde et notre mode de vie passe par une transformation intérieure pour être efficace et éviter les batailles d’ego. J’observe depuis quatre ou cinq ans, en même temps que montent la conscience écologique et les réactions à la société marchande, un rapprochement entre les spirituels, ces chrétiens ou ces bouddhistes qui s’engagent pour de grandes causes, et les militants politiques de l’altermondialisme, qui comprennent que leur combat a besoin d’être nourri d’un regard profond sur le monde. On ne peut prôner un nouveau modèle mondial fondé sur la solidarité et la coopération entre les êtres qu’à condition d’être témoin de ce que l’on dit et de travailler sur soi.

En quoi ce regard remet-il en cause notre mode de vie ?

Le progrès technologique nous a ouvert tous les possibles, mais on s’est encombré d’un tas de choses, surtout matérielles, et nous en voyons les limites. Nos modes de vie accélérés nous empêchent de nous relier à ce qu’il y a de plus profond en nous. Nous voulons tout faire et nous manquons de temps. Le besoin de simplifier sa vie est devenu criant. Cela peut passer par un tri de tous les objets inutiles, mais aussi de ses nombreuses relations, de ses multiples activités : une sélection pour prendre davantage de temps pour soi et retourner à l’essentiel. On ne peut tout faire en préservant la qualité.

À quel bonheur aspirons-nous ?


Les enquêtes mondiales se rejoignent : le premier pilier du bonheur est la qualité relationnelle dans la structure familiale et amicale, mais aussi la sphère sociale et professionnelle. Selon les pays, elle sera plus ou moins développée. L’Allemagne ou la Suisse sont par exemple bien plus avancées que la France sur des problématiques telles que le bien commun et le sens de l’intérêt général. Nous vivons dans un pays très individualiste, qui a du mal à trouver une unité nationale, où l’esprit corporatif domine sur le collaboratif. La deuxième condition est de s’épanouir dans son activité professionnelle. Même précaire, notre travail doit avoir un sens. L’argent comme unique finalité ne peut être source d’épanouissement. Enfin, il est primordial de se sentir bien dans son corps. Cela nous amène à faire des choix d’alimentation cohérents avec nos principes éthiques, en prenant plus de produits naturels, en limitant la viande – qui coûte cher –, en refusant d’acheter si l’on est sensible à la souffrance animale ce qui provient de l’élevage intensif. Le bonheur est le fruit d’un équilibre entre notre corps, nos valeurs et notre esprit.

Il est temps d’ajuster nos désirs au monde plutôt que le monde à nos désirs.

Cette philosophie stoïcienne nous invite à changer de regard : si nous exigeons du monde qu’il se plie à nos désirs, nous serons perpétuellement frustrés. L’homme a tendance à toujours vouloir plus, plus grand, plus beau. Nous sommes dans une boulimie du tout faire, tout avoir. La clé de la sagesse est donc l’allégement, l’autolimitation de nos désirs, en les ajustant au monde tel qu’il est : limité et en crise. Cultiver l’essentiel, c’est ce à quoi nous invitent tous les courants de sagesse du monde, des stoïciens aux bouddhistes, en passant par Spinoza, Montaigne… et Jésus. En empruntant ce chemin du juste choix, nous trouverons davantage de joies et nous les vivrons plus profondément.


source : La Vie