vendredi 7 août 2026
Lien avec les arbres
vendredi 22 janvier 2021
Beauté immédiate.
J'ouvre les yeux. Je suis devant ce qui n'est à personne, ne sera à personne. Je ne peux plus imaginer de barrières ni de murs. Je suis en contact avec l'air, je suis dans la beauté immédiate.(…)
La couleur m'emporte, m'abolit. Comme si j'étais né à cette instant même, sans père ni mère, mais réellement apparu devant la mer et le ciel, mais ce n'est pas moi qui nomme cela, qui utilise cela par mes paroles ou par mes rêves. Devant l'espace, je cesse et je disparais, et c'est la mer qui me donne ma vie, mon être. Les questions se taisent. Ce n'est pas la raison, ni le doute, ni même le désir de ne faire plus qu'un avec l'espace, qui me font comprendre la nécessité de cette disparition de ma personne... Ce que je dois savoir ne peut venir de moi vers le monde : mais au contraire, du monde vers moi, pourvu que je puisse rester les yeux ouverts. (…)
Tant d'hommes, tant d'animaux ont vu cela, jour après jour. Mais leur regard n'a pas laissé de traces. Ils étaient seulement dans l'histoire de la vie, pour bouger, pour aimer, pour mourir. C'était cette beauté, ici même, nette et précise, la beauté que l'on voit et qui vous voit, la seule vérité dans la lumière qui ne peut s'éteindre…
(...) Tout se rencontre et se touche. Le regard qui vient du monde trouve le regard de mes yeux, éclaire avec le soleil. Le regard n'est pas mon regard, il ne m'appartient pas. C'est un regard unique, où sont joints tous les regards du monde…
Et tout à coup on trouve dans la foule un homme (…) Il vous regarde en retour, si profondément qu'il va au delà de vos pensées, jusqu'à votre cœur, là où vibre votre propre clarté. Il vous regarde, ne vous juge pas, parce que le monde auquel il appartient est plus grand, plus durable que les appréciations des hommes.(...) Quelque chose vit dans le visage de cet homme. Quelqu'un y habite. Il est la personne même, l'invincible présence de la personne.(...)
La beauté est ailleurs. Elle est là, simplement, offerte aux sens, libre et sans limites comme le ciel, transparente aussi. Pour voir cela il n'est pas nécessaire d'être en ascèse ni en religion. Pour voir cette clarté, il suffit de regarder. Mais il faut que le regard se libère de ses habitudes, et que l'esprit s'ouvre vraiment, sans rien qui retienne ou protège (…)
Parfois on rencontre ceux qui sont simples. On voit leur lumière, on sent la pureté de leur souffle, la netteté de leur regard. Alors c'est comme si quelque chose cédait enfin dans ce réseau infini de protection et d'interdiction qui nous entoure, comme si une brèche s'ouvrait enfin dans ce mur compact qui nous isole...
Extraits d'un livre de Le Clézio - "Un inconnu sur la terre".
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jeudi 26 novembre 2020
Voyage poétique en soi
Pour écouter l'émission Boomerang de France Inter (que j'ai redécoupée) avec Le Clézio. Cliquer
"La poésie est résistance. S’il n’y avait pas ce désir de s’opposer à tout ce qui bafoue les règles les plus élémentaires de l’humanité, la poésie n’aurait pas de sens."
"Je ne m’attendais pas à lire dans la poésie quelque chose qui allait changer si radicalement ma façon d’être. Elle exposait une vérité : nous sommes le monde, il suffit de le regarder et nous devenons ce que nous regardons."
Il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’humanité un moment où la poésie a été aussi défendue et appréciée que sous la dynastie Tang. Elle nous apprend que la culture chinoise est la culture du livre et du savoir."
"Nous avons désappris à voir que nous faisons partie de la nature. Nous ne sommes pas étrangers au monde. Il faut faire un voyage en soi-même et se changer : il faut pratiquer une hygiène de la vue."
"Pour moi, la Bretagne est le pays de la mer, du lointain. C’est ce que j’aime chez elle et ailleurs. Oui, j’aime rencontrer dans le monde ces espaces dans lesquels on peut se perdre et oublier."
"Je ne suis pas quelqu’un d’apaisé. J’ai un certain âge, mais je n’ai pas les cheveux blancs de la sagesse. Je suis toujours ému par la jeunesse, et je pense que les gens ont besoin de fréquenter cette jeunesse davantage."
"Je crois que la compassion est indispensable. On en manque un peu aujourd’hui. De nos jours, le plus fort doit survivre, et les autres se débrouillent, ce qui est contraire à toutes les règles de l’humanité."
"Il faut entendre les cris des disparus. Ils se plaignent. C’est une demande de justice. Il faut leur prêter attention."
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samedi 31 décembre 2016
Rêve, veillons nous ?
Des hommes, des femmes, qui expriment par leur visage et par tout leur corps cette proximité, comme s’ils n’appartenaient pas vraiment au monde humain, mais qu’ils étaient déjà d’un autre monde. Comme s’ils savaient quelque chose de plus, comme s’ils avaient vécu quelque chose de plus... Ce visage apaisé, heureux d’un bonheur inconnu... Les hommes ne s’attendent pas à trouver cela chez d’autres hommes. La société leur enseigne tellement la ressemblance, la médiocrité, la faillibilité d’autrui...
Et tout à coup on trouve dans la foule un homme, un seul homme. Il semble plus homme que les autres hommes, et on s’aperçoit qu’on avait ignoré la vraie nature humaine... On le regarde, on doute de lui. On pense : ce n’est pas vrai, il va changer de visage, il va se révéler, sûrement, il va montrer sa nature de tous les jours, se dépouiller de sa noblesse. Mais lui vous regarde en retour, si profondément qu'il va au-delà de vos pensées, jusqu’à votre cœur, là où vibre votre propre clarté.
Il vous regarde, ne vous juge pas, parce que le monde auquel il appartient est plus grand, plus durable que les appréciations des hommes... Son visage est beau, grave, mais pas solennel. C’est un visage comme on en voit tous les jours. Mais c’est un visage qui ne change pas. On le regarde, et on sait qu’il sera pareil ce soir, demain, dans un an. On sait qu’on pourra le trouver quand on aura besoin de lui, comme ces paysages et ces maisons très anciennes que rien ne doit détruire. Quelque chose vit dans le visage de cet homme.
Quelqu’un y habite. Il est la personne même, l’invincible présence de la personne. Ses yeux clairs regardent le monde avec calme, avec mesure, car il connaît un sentiment qui est au-delà de l’indifférence. De ses yeux vient une force ancienne, une force qu’on connaît sans pouvoir la nommer ".
Jean-Marie Le Clézio
(L’Inconnu sur la terre, Gallimard).
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dimanche 27 avril 2014
De l'humanité de Lascaux à Rumi... par Jean-Marie Le Clézio
Giono disait qu’il fallait s'étonner de voir le lièvre bondir par-dessus la haie, parce qu’aucun être humain n’est capable d’un tel exploit. S’étonner aussi du rythme auquel bat le cœur d’un oiseau quand il vole. Alors, étonnons-nous, et n’allons pas trop vite...
...Dans mon enfance, j’ai été entouré de personnes qui étaient très croyantes. J’ai donc eu une solide formation religieuse. C’est quelque chose que l’on n’oublie pas. Et quand j'ai découvert le soufisme en lisant Ibn Arabi et surtout Rumi - incroyable écrivain - j'ai été vraiment séduit : parce que c’est presque un jansénisme, une religiosité dépouillée de tout. Il n’y a rien d’autre que le contact qu’on peut avoir avec Dieu. Pas d’intermédiaire. Même pas de prière. Juste cette relation, cette communion qui se fait à travers la beauté du monde et l’amour que l’on a pour les êtres humains. La lecture de Rumi m’a changé et beaucoup apporté. J'ai trouvé quelqu'un qui parlait la langue que j'espérais entendre. Et étonnamment, ce message qui s'adresse à l’islam peut être lu parfaitement par les chrétiens et les shintoïstes du Japon. La langue si inspirée de Rumi y est sans doute pour quelque chose : on a l'impression qu'elle est dictée, qu’il est habité. J’irai un jour à Konya en Turquie visiter son tombeau.
Jean-Marie Gustave Le Clézio
(source La Vie)
lundi 14 avril 2014
Deux écrivains pour une présence
Pierre Rabhi et Jean-Marie Le Clézio nous offre une présence exemplaire au monde.
Voici les extraits choisis de la suite de l'émission présentée hier sur ce blog.
dimanche 13 avril 2014
Deux écrivains pour une humanité (1)
source : LGL






