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samedi 12 septembre 2026

Komorebi


 Il existe des mots qui ne devraient jamais être traduits. Le japonais a ce talent d’enfiler des perles linguistiques pour dire l’indicible. Komorebi en fait partie : la lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles. Trois syllabes pour saisir ce moment fugace où le vent, en bougeant les branches, joue au projectionniste avec le ciel.

Je me souviens d’une marche un peu molle, un après-midi où la chaleur écrasait la ville. Je m’étais réfugié sous une rangée d’arbres et soudain, sur le sol, se mirent à danser ces taches mouvantes de lumière. Rien d’extraordinaire en apparence — juste le soleil qui se frayait un chemin au travers du feuillage. Mais dans l’instant, tout sembla ralentir. J’eus la conviction que si le monde devait se dire en une seule image, ce serait celle-là : une clarté intermittente, ni tout à fait ombre ni tout à fait soleil.

Les Japonais en ont fait un mot ; nous, pauvres Européens, nous parlons de « rayons de soleil dans les arbres », avec la lourdeur d’un inventaire. Eux y voient une expérience esthétique, un rappel discret que la beauté n’est pas seulement dans les œuvres mais dans les interstices, dans ce qui échappe.

Le komorebi est une pédagogie lente : il enseigne qu’il faut parfois lever la tête, s’arrêter sous un arbre et accepter que le monde vous couvre de motifs mouvants comme une tapisserie que le vent aurait décidé de repeindre à chaque seconde.

Le mot komorebi (木漏れ日) désigne un phénomène très précis mais profondément poétique :

木 (ko) = arbre

漏れ (more) = fuite, passage, filtre

日 (bi) = soleil, lumière du jour

C’est ce jeu de clair-obscur qu’on observe quand, sous une futaie, le vent bouge doucement le feuillage et laisse passer des taches de lumière mouvantes sur le sol, comme un motif vivant projeté par la nature.

En japonais, ce mot est chargé d’une nuance que nous n’avons pas vraiment en français : il n’évoque pas seulement la lumière, mais aussi la sensation qu’elle produit, ce mélange de beauté, de douceur et d’éphémère. Le komorebi est moins une observation physique qu’une expérience esthétique et sensorielle, une manière d’habiter le monde avec attention.

Et si je devais retenir une morale de ce petit théâtre de lumière, ce serait celle-ci : le soleil ne cherche pas à tout éclairer, il s’amuse à partager. Une part pour les feuilles, une part pour la terre, et entre les deux, pour nous autres, voyageurs distraits, un spectacle gratuit.

Source : site the swedish parrot

jeudi 13 août 2026

Eclaire le monde...

 ... Le soleil est l’Or et la Lune l’Argent, le soleil est le Yang et la Lune le Yin, le Soleil est le père et la Lune la mère. C’est leur équilibre et leur respect mutuel qui garantissent l’équilibre et le respect du monde. Il n’y en dans leur relation ni lutte ni compétition, aucune jalousie ni envie, juste une complémentarité sans faille. La place laissée libre par chacun est naturellement occupée par l’autre, et réciproquement.


 C’est une grande leçon pour notre monde, perdu dans la pauvreté des échanges marchands ou des guerres, des besoins de puissance et de la peur de l’autre. Regardons, avec les lunettes qui conviennent, bien évidemment, l’éclipse. Son nom est ambigu, parce que la lune ne cherche pas à « éclipser » le soleil, elle cherche juste à montrer qu’ils ne sont rien l’un sans l’autre. Lorsqu’elle est devant le soleil, elle cache sa lumière, certes, mais elle même devient entièrement noire, occultant son propre éclat par le fait qu’elle ne peut plus réfléchir celui du soleil. Le Soleil et la Lune nous montrent combien leur équilibre est essentiel et la vie nous propose de « l’apprécier, en nous « l’enlevant momentanément ». C’est la force de ce moment qui touche absolument toute vie. C’est ce que traduit le soulagement de tous lorsque progressivement la lumière revient.

 Alors acceptons d’éclairer le monde qui nous entoure ainsi que nous mêmes, par notre lumière solaire extérieure et par notre lumière lunaire intérieure. Acceptons à nouveau que le visible et le conscient laissent un peu de place à l’invisible et aux profondeurs. C’est là que se cache notre âme et aussi sans doute une grande part de notre Conscience.

Michel Odoul

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samedi 2 mai 2026

Deux pleines lunes

 Et voilà qu’en ce 1er mai, une fois les clochettes du muguet fermées et la nuit tombée, Dame lune pleine et ronde viendra en majesté ouvrir le bal de mai, puis en son dernier jour, le 31, viendra le refermer ! 

Deux pleines Lunes en ce joli mai !

Celle de cette nuit s’annonce comme une des plus puissantes de l’année. C’est la pleine lune des fleurs- il suffit de regarder les jardins-, une pleine lune en Scorpion dans le signe zodiacal du Taureau.

Mais c’est aussi pour les bouddhistes la pleine lune et la fête du Wesak, le point culminant de l’année spirituelle. 

La légende raconte qu’au cours d’une cérémonie sacrée, le Bouddha, le Christ et les Êtres Illuminés au cœur de toute foi, offrent au monde une bénédiction particulière. Quand nous nous relions à cet évènement, une grande chaîne de lumière est créée et élève toute vie.

Quelques soient nos croyances, notre foi ou l’ouverture de nos esprits, peut-être pouvons nous simplement cette nuit, ouvrir les portes de nos cœurs et laisser la sagesse, la lumière et l’amour s’y déverser.

Jolie nuit de pleine lune à TOUS

Elisabeth Kuhn

peinture: Takashima Yajuro 1890 – 1975 - the moon 1963

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samedi 14 février 2026

« L’espoir d’un renouveau dans le chaos du monde »

 Je croyais écrire une chronique de dépression hivernale, je me voyais rejoindre ma mère sur son canapé, devant la télévision, pour regarder désolée les mauvaises nouvelles du monde en déliquescence. Jusqu’au moment où la découverte d’un artiste m’a sauvé de ce mauvais penchant.

L’Apocalypse, une démarche cathartique


Maurice de la Pintière pendant 20 ans, à partir de 1960, a dessiné une série de 15 tapisseries exposées à Angers sur le thème de l’Apocalypse où il décrit le chaos du monde mais aussi l’espoir d’un renouveau.

Avant lui, dans le château d’Angers, au Moyen Âge, Hennequin de Bruges avait créé une grandiose Apocalypse de 130 m de long sur 6 m de haut et Jean Lurçat traumatisé par la guerre avait repris le thème de l’Apocalypse à Angers en 1957. Les trois Apocalypses se répondent. Pour Maurice de la Pintière, travailler sur le texte de saint Jean fut une démarche cathartique pour sortir de sa dépression.

L’histoire de cet artiste est exceptionnelle. Alors qu’il est étudiant aux Beaux-Arts à Paris, la guerre de 1940 éclate contre l’Allemagne et le conduit, à 20 ans, dans les rangs de la résistance. Peu de temps car il est arrêté, emprisonné et torturé par la Gestapo avant d’être déporté en Allemagne au camp de Dora.

Dora c’est l’annexe de Buchenwald, le lieu sert à produire les missiles V1 et V2 à marche forcée. Ironie du sort, cette production d’armes nouvelles et secrètes, fleuron de la technologie allemande, sera dans le futur une étape essentielle de la conquête spatiale !

Von Braun, l’inventeur de ces missiles a réalisé son rêve : ouvrir aux hommes les portes du ciel. Mais pour y parvenir, il a dû en laisser beaucoup d’autres aux portes de l’enfer… À Dora, si on a la force de rester en vie, on devient des fantômes tant la peau colle aux os.

À la sortie du camp, Maurice de la Pintière pèse 35 kg et il est malade de la tuberculose. Pendant son temps de convalescence, il dessine les images qui le hantent. Ce premier acte de mémoire est un geste salutaire qui participe à sa guérison. « C’est à l’art que je dois ma survie », dit-il.

Devenir une lumière


Dans le silence, l’œuvre de l’Apocalypse est en train de germer. Elle naît après une rechute de sa maladie. « L’Apocalypse par sa richesse symbolique merveilleuse me guide dans le déchiffrement de ma douloureuse expérience. » Il commence alors à créer un premier carton Feu de vie qui montre un épouvantail vêtu d’un costume rapiécé dont certains bouts de tissus évoquent la tenue rayée des déportés.

Ce pantin le représente. Dépourvu de corps, il est un vêtement usé, vidé de sa chair. Mais, de façon surprenante, il arbore un visage au masque radieux, coiffé d’un chapeau à plumes. Il danse avec une femme lumineuse à la chevelure de flammes qui l’entraîne par la main. La femme est le signe de la vie spirituelle, de l’espoir.

Pendant 20 ans, Maurice de la Pintière va égrener les cartons des tapisseries comme une lente méditation. Grâce à son travail artistique, il s’aperçoit qu’aux pires heures de son épreuve, la lumière l’éclairait, il n’a jamais perdu la foi. Par son œuvre, il guérit. Dans la dernière tapisserie qu’il conçut on voit une lampe briller dans un paysage rouge et noir.

Sur les collines on lit : « Si tu veux être l’étoile dans le ciel ou le feu sur la montagne, sois d’abord la lampe dans la maison. » Nous n’avons pas besoin d’être des héros. Nous pouvons travailler modestement à devenir une lumière éclairant nos pas et ceux qui sont autour de nous. Cette clarté commence à l’intérieur de nous, elle fait fuir l’ombre et nous renouvelle.

Paule Amblard

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samedi 20 décembre 2025

Empathie


«L’empathie c’est, à la vitesse de l’éclair, sentir ce que l’autre sent et savoir qu’on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l’autre.

C’est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : feuille d’arbre ou humain.

Ce n’est pas par le toucher qu’on sent le mieux mais par le cœur.

Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs, ni les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, c’est le cœur.

Le cœur est un instrument d’optique bien plus puissant que les télescopes de la Nasa. C’est le plus puissant organe de connaissance, et c’est une connaissance qui se fait sans aucune préméditation, comme si ce n’était plus nous qui faisions attention à l’autre, comme s’il n’y avait plus qu’une attention pure et bienveillante fondée sur la connaissance de notre mortalité commune.

Ce qui est très curieux, car qui est-on à ce moment-là ?

Toute sagesse qui vient dans le carcan d’une méthode est dépassée par le cœur.

Ce moment qui foudroie toutes les carapaces d’identité, qui saute par-dessus l’abîme qui me sépare d’autrui et où le cœur de l’autre est deviné jusqu’en ses moindres battements, donne la plus grande lumière possible sur l’autre.

Dans l’empathie, on peut prendre soin d’autrui comme jamais il ne prendra soin de lui-même, par une attention tendue comme un rai de lumière, mais il n’y a aucune emprise psychique sur lui.

C’est l’art double de la plus grande proximité et de la distance sacrée.» 

🖊️Christian Bobin 

📕«La Lumière du monde» 

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vendredi 12 décembre 2025

Lumière

 

Décembre,

la nuit prend le pas sur le jour, l’obscurité sur la clarté.

Nous allumons des feux, des bougies pour illuminer nos longues soirées. Ce temps où l’obscur et le froid dominent nous incite à ralentir et à rentrer.

Nous pouvons entrer dans notre chambre la plus profonde et la plus cachée avec une attention non volontaire mais passionnée pour voir, sentir le soleil du cœur se lever. Le feu du cœur brûle d’un feu à la fois doux et intense, il peut varier du bleu au rouge jusqu’à la pure lumière blanche.

La lumière nous réconforte au sein de l’obscurité, même la plus noire, et du chaos.

Le recueillement auquel nous invite décembre est un temps propice pour retourner le regard vers la lumière interne. Lumière à l’origine de notre existence et de toutes les formes de vies dans l’univers – notre visage originel.

Célébrons ensemble la lumière qui gît au plus profond de nos cœurs « en qui clartés et ténèbres résident, c’est le Souverain même, nature innée de tous les êtres*. »

- Nathalie Delay

* Hymnes d’Abhinavagupta

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jeudi 9 octobre 2025

Poème de Lao tseu


Il existe un tunnel obscur dans la Lumière Infinie.
On l’appelle «Temps».
Lorsqu’un humain entre dans ce tunnel,
On appelle cela «naître».
Lorsqu’un humain marche au long de ce tunnel,
On appelle cela «vivre».
Lorsqu’un humain sort de ce tunnel,
On appelle cela «mourir».
Considérer que vivre se réduit à évoluer au long de ce tunnel obscur,
Cela s’appelle «illusion».
Percer des trous dans ce tunnel obscur
Cela s’appelle «science».
Savoir que la Lumière est autour du tunnel,
Cela s’appelle «Foi».
Voir la Lumière dans le tunnel obscur,
Cela s’appelle «Amour».
Voir la Lumière à travers le Tunnel obscur,
Cela s’appelle «Sagesse».
Eclairer le tunnel obscur de sa propre Lumière,
Cela s’appelle «Sainteté».
Confondre la Lumière et le Tunnel obscur,
Cela est au-delà des mots.
Source : Peinture de Kim En Joong

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mercredi 3 septembre 2025

Venez avec vos murmures...


Venez avec vos murmures,
laissez sur le seuil
ce qui ne peut s'éprendre,
venez seulement avec vos murmures,
le reste n'est que parole
donnée à ce qui mutile,
frontière hérissée de nuit,
entrez, il est encore temps
de réparer la lumière.

Jean-Christophe Ribeyre
- Poèmes de l'entre-émerveillement
- Peinture : Anne Slacik (Éditions L'Ail des ours)

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mercredi 20 août 2025

Ombre dansante

Et je l'aimais comme j'aime ce son
Au creux duquel rajeunirait le monde,
Ce son qui réunit quand les mots divisent,
Ce beau commencement quand tout finit.
Syllabe brève puis syllabe longue,
Hésitation de l'iambe, qui voudrait
Franchir le pas du souffle qui espère
Et accéder à ce qui signifie.
Telle cette lumière dans l'esprit
Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre,
Une lampe cachée contre son cœur,
Pour retrouver une autre ombre dansante.
Yves Bonnefoy - Les planches courbes
Poésie/Gallimard

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samedi 2 août 2025

Arbre de lumière

 

" Sans doute l'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir - sinon l'imprévisible. Ne rien attendre sinon l'inattendu.

Ce savoir là me vient de loin. Ce savoir qui n'est pas un savoir, mais une confiance, un murmure, une chanson. Il me vient du seul maître que j'aie jamais eu : un arbre. Tous les arbres dans le soir frémissant. Ils m'instruisent par leur manière d'accueillir chaque instant comme une bonne fortune. L'amertume d'une pluie, la démence d'un soleil : tout leur est nourriture. Ils n'ont souci de rien et surtout pas d'un sens. Ils attendent d'une attente radieuse et tremblée. Infinie. Le monde entier repose sur eux. Le monde entier repose sur nous . Il dépend de nous qu'il s'éteigne, qu'il s'enflamme . Il dépend d'un grain de silence, d'une poussière d'or - de la ferveur de notre attente. Une arbre éblouissant de vert, un visage inondé de lumière.

Cela suffit bien pour chaque jour. c'est même beaucoup."

Christian Bobin - Éloge du rien

peinture: Cuno Amiet 1868-1961

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jeudi 31 juillet 2025

Soleil et Lune, Clarté...

 LA SIGNIFICATION SPIRITUELLE DES CARACTÈRES CHINOIS — LE SOLEIL「日」ET LA LUNE「月」— LUMIÈRE「明」— CHANGEMENT「易」— YANG「陽」

Le caractère ming「明」 est composé des symboles du soleil「日」, à gauche, et de la lune「月」, à droite. Le dicton chinois « Soleil et lune, clarté » désigne précisément le caractère ming「明」. Ming signifie clarté, brillance. Le caractère guang「光」 désigne la luminosité d’une lumière. Ming indique la clarté ou la brillance de l’esprit, l’intelligence et la vertu d’une personne, et se rapporte également à la compréhension.
— Alfred Huang, commentaire de l’hexagramme #36 L’Obscurcissement de la Lumière「明夷」
> L’être humain a tout en lui. J’ai en moi le soleil, la lune, Dieu. Je suis — toute la vie dans sa totalité.
— Gurdjieff, maître du Quatrième Chemin, XXe siècle
L’un des noms du Singe, personnage principal du roman chinois du XVIe siècle Le Voyage en Occident, est Sun Wukong「孙悟空」, ce qui signifie « Singe Éveillé au Vide ». Dans le chapitre 86, il déclare :
> « Ma naissance ne fut pas celle d’un être ordinaire — mon corps fut formé lorsque le soleil et la lune s’unirent. »
Cela montre que le Singe est un symbole de l’esprit du Tao, l’esprit qui applique la conscience tournée vers l’intérieur.
> Le Singe dit : « Tournant mon regard vers l’intérieur, je m’assis pour calmer mon esprit,
Tandis que le Soleil et la Lune, l’Eau ☵ et le Feu ☲, s’unissaient en moi. »
— Le Voyage en Occident, ch.17
Lorsque la conscience「明」 est dirigée vers l’extérieur, sa lumière ne retourne pas à la racine ; des émotions arbitraires surgissent et le sens véritable s’obscurcit. Mais lorsque la conscience 「明」 est tournée vers l’intérieur, sa lumière retourne à la racine ; l’artificiel devient réel, le tempérament se dissout et la nature véritable apparaît.
— Liu Yiming, commentaire de l’hexagramme #38 La Discorde
La signification spirituelle du caractère ming「明」 est liée à la compréhension qui naît de la conscience de soi. Ordinairement, l’esprit humain est plongé dans l’obscurité, privé de lumière intérieure. Mais lorsque la lumière de la conscience de soi émane de l’esprit originel, on commence à voir le monde sous un nouveau jour, découvrant des vérités auparavant cachées.
> Une fois que le yang primordial s’est manifesté chez une personne, le yin conditionné apparaît ; l’esprit originel est obscurci, et l’esprit discriminant agit.
On abandonne le réel pour s’attacher au faux, on utilise l’intellect de manière erronée, ce qui produit toutes sortes d’ingéniosités ;
bien qu’à l’extérieur il y ait de la lumière, à l’intérieur, c’est réellement l’obscurité.
— Liu Yiming, commentaire de l’hexagramme #4 L’Obscurité
Revenir au Tao, c’est d’abord que sa lune intérieure「月」, l’esprit du Tao, commence à s’éveiller, en imitant la lumière de son soleil intérieur「日」, son esprit originel. Lorsqu’on réussit, la lumière de l’esprit originel réapparaît d’elle-même.
> Le Soi en l’homme et dans le soleil ne font qu’un. Ceux qui comprennent cela voient à travers le monde.
— Upanishads



Images : Carte de Tarot #11 La Force — Nikko「日光菩薩」et Gekko「月光菩薩」, Bodhisattvas du Soleil et de la Lune — Plaque murale du jardin Soleil & Lune

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lundi 14 juillet 2025

Conscience lumineuse


De l'état de complète relaxation de l'origine, vous vous retrouvez plongé dans cet état malsain. Même si vous décidez de vous reposer et vous détendre, cela ne sera pas possible.

C'est l'illusion initiale, elle possède tous ces noms éminents, tous ces titres Yogmaya, Mahashweri ... Il ne s'agit pourtant que du pouvoir de Maya. Cet état initial produit sa propre lumière, son propre rayonnement. Dès l'éveil, "l'auto-luminosité" se manifeste et vous percevez un espace. C'est votre lumière qui éclaire l'espace intérieur où apparaît l'espace extérieur. C'est donc bien votre rayonnement, votre lumière qui se répand partout, c'est dans votre lumière qu'apparaît l'espace qui vous entoure, c'est grâce à elle qu'il est perçu. Comme le rayon du soleil est l'expression du soleil lui-même, votre monde ne peut pas exister en-dehors de votre conscience. Il est l'expression de ce "je suis". Ce monde est votre manifestation.

Vous seul êtes. Le système solaire, le cosmos, tout cela peut être connu grâce au soleil. Pour vous, c'est la même chose. Tout cet espace, y compris le soleil, se manifeste grâce à ce "je suis", cette conscience. Cette conscience et la lumière solaire sont similaires, elles jouent le même rôle, elles sont Une. Nous vivons dans l'espace, cet espace n'est qu'une seule entité et par quoi est-il révélé ? Par la lumière du soleil ! Votre lumière intérieure est-elle différente ? Votre espace intérieur est-il différent ?

Même cet état actuel qui est le vôtre, ce "je suis", ce monde manifesté, même cela ne connaît pas de mort. Vous êtes assailli par la peur de la mort à la suite de cette identification avec le corps, uniquement.

Extrait de "Sois" 1ère partie, chapitre 5 de Nisargadatta Maharaj

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jeudi 10 juillet 2025

Raison de vivre


"Chaque matin, je regarde revenir la lumière, l'éblouissement du vivant au cœur des mots
malgré les grondements des armes et le tintement des monnaies.
Je mets mes pieds dans les souliers de la vie et je sors prendre l'air.
On a toujours une raison de vivre, peu importe la raison.
Il y a trop de montres dans une heure, pas assez de secondes …
Trop d'hommes qui calculent, pas assez qui dessinent.
Trop de gens meurent de faim, pas assez vivent d'amour.
Il n'y a pas de chaînon manquant, seulement de mauvais recoupements.
La vie prend en charge la sève
tout autant que la cendre."
Jean-Marc La Fenière - Vivre ou mourir
peinture: Tetsuhiro Wakabayashi

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dimanche 15 juin 2025

À tous ceux qui nous veulent du bien

Face à toutes les injonctions paradoxales ou contradictoires du quotidien, il y a parfois de quoi perdre son latin. Cette chronique salutaire nous invite à renouer avec le bon sens et à nous faire confiance. Par Nicole Prieur

 Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller vérifier si l’enfer était effectivement pavé de bonnes intentions, mais ici sur terre – qui par certains aspects nous donne un aperçu de ce que pourrait être l’enfer – nous sommes gâtés ! Les conseilleurs de tout bord foisonnent. Tant de personnes, que nous ne connaissons pas, à qui nous n’avons rien demandé, nous veulent du bien et souhaitent notre bonheur.

Chaque expert autodésigné, chaque influenceur nous délivre sa recette miracle pour « rester zen » dans un monde en furie, nous accompagne dans notre développement personnel en nous guidant tellement bien que nous n’aurons plus à nous prendre la tête, c’est-à-dire à penser. À les croire, rien n’est plus simple… Chacun y va de sa recommandation, les promesses pullulent sur les réseaux sociaux, levez le bras, buvez ceci, mangez cela, votre vie en sera transformée ; vos angoisses les plus ancrées, vos freins les plus inconscients s’effaceront dans un claquement de doigts. On se demande pourquoi la santé mentale de nos contemporains est si mal en point.

Savons-nous encore penser ?

Dans la même veine, les modes éducatives se succèdent en s’opposant, évidemment. Après avoir dû, pour ne pas être considéré comme des parents indignes, appliquer les règles de l’éducation positive, plus ou moins bien transmises et comprises, voilà qu’on accuse les mères et les pères d’être trop laxistes. Dorénavant il faut punir, appliquer le time out… Combien de femmes et d’hommes ai-je reçus en consultation, culpabilisés, perdus : « On fait comme on nous dit de faire et ça ne marche pas ! »

Mais où est donc passé le bon sens, c’est-à-dire la réflexion qui permet d’analyser, de questionner ? À l’affût de la bonne méthode, savons-nous encore penser ? Nous voulons des réponses immédiates, des solutions magiques, réductrices, pour en finir rapidement avec ce qui nous trouble. Et nous nous enfonçons encore davantage. À force de tout simplifier à outrance, de croire qu’il suffit de peu pour exclure le négatif, nous ne nous donnons pas les moyens d’agir. Albert Camus nous le rappelle : « Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. »

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire

La lumière, les perspectives n’adviennent que si on ose sortir d’une conception dualiste, des oppositions stériles, sur le mode « ou-ou ». Avoir le courage d’aborder la complexité humaine, c’est se donner les moyens d’accéder à nos ressources, nos capacités de résilience là où l’espoir semblait perdu. Penser les contraires dans leur complémentarité, c’est agir avec la souplesse nécessaire au respect du réel.

Dans la relation parentale, par exemple, il faudra un jour interdire, un autre « négocier », voire « céder », selon les circonstances, en tenant compte de multiples facteurs que seuls les parents sont capables de discerner. Redonnons aux mères et aux pères leur juste place : ce sont eux les véritables experts ! Ils le seront d’autant mieux s’ils gardent leur liberté, agissent avec discernement.

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire, elle ne s’affirme pas avec ou tel ou tel geste, mais il s’agit bien plus d’une attitude. Auctoritas vient du verbe augeo, qui signifie « faire naître, augmenter, produire à l’existence ». Il s’agit de faire advenir notre enfant à ce qu’il y a de meilleur en lui et cela s’invente à chaque instant. Éduquer, n’est-ce pas avant tout préserver l’espoir d’un monde plus juste… qui reste à créer.

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dimanche 8 juin 2025

Entre Ascension et Pentecôte


Pour les Chrétiens, l’Ascension est une espérance. C’est l’attente que la promesse de Jésus se réalise : l’envoi de l’Esprit Saint. Cet esprit de vérité, quand il viendra, habitera le paraclet, terme qui signifie à la fois le conseiller, le consolateur, l’intercesseur. À la Pentecôte, c’est fait. C’est le début des actes puissants des apôtres.

L’Ascension du Christ nous parle de nos ascensions.

Vers quel sommet ? – Le sommet de nous-mêmes.

Il n’y a rien de plus élevé. À cette hauteur, nous rejoignons le Ciel, la Lumière.

À quoi ça sert ?

Il faut ce délai, cette expectative silencieuse entre l’Ascension et la Pentecôte pour que la réponse arrive. Là, au bout de l’attente, l’Esprit Saint nous inspire. L’utilité se manifeste. La repentance et le pardon des péchés doivent être annoncés, dit Luc l’évangéliste. Depuis la Pentecôte, le pardon est possible grâce à l’Esprit Saint.

Ascension au sommet de soi-même, espérance dans le silence, pardon pour soi, et acte issu du pardon.

Grâce à l’ange qui nous est donné, le meilleur de l’homme se manifeste. Le pardon à autrui marque le début du règne de l’amour. C’est au règne humain – à chacun – qu’incombe la responsabilité de mettre de l’amour là où il en manque.

Et il en manque de partout.

Christian Rœsch

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mardi 20 mai 2025

Ouverture à la lumière

Chez Azur Shiatsu, la lumière était au rendez-vous dans le Dojo. 

Je vous mets aussi la photo des deux gardiennes de la sagesse ;-)



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mercredi 14 mai 2025

Le jour où tout a changé



J’ai goûté, dit-elle, comme par mégarde, à la saveur d’Être. Et ce simple mot, ce mot qui pourrait glisser entre deux silences sans qu’on y prenne garde, devient ici le seuil. Non pas un événement, mais un basculement. Non pas une pensée, mais une saveur. C’est un peu comme si l’âme avait bu à la source, à peine une gorgée, mais que toute la soif du monde s’en trouvait changée.
Il est des instants où le temps s’écarte. Où l’on cesse de vouloir comprendre. Où l’on ne cherche plus à plaire, à convaincre, à blâmer. Il est des instants où l’on devient nu — comme le ciel après la pluie, comme un visage sans rôle, sans masque, sans défense. L’Être alors se donne. Non pas avec éclat, mais avec cette douceur ferme des choses essentielles : le pain, l’arbre, le regard de celui qui sait.
Quelque chose en moi, dit-elle encore, n’est pas né avec moi et ne mourra pas avec moi. Cette parole-là, on ne la dit pas sans frémir. Elle est ancienne, plus ancienne que les livres et les prières. C’est la parole du Soi, dirait Jung. Le cœur du cœur, la source d’où tout naît. C’est cette part de nous qui ne craint ni la mort ni le chaos, car elle n’y appartient pas. Elle nous habite, sans jamais nous posséder.
Et quand cette part se révèle, même pour une seconde, tout ce que l’on croyait savoir s’effondre. Il n’y a plus de plainte, plus d’accusation, plus de vouloir. L’autre cesse d’être ennemi ou allié. Il devient frère de passage. Et le monde cesse d’être un théâtre. Il devient un champ. Un jardin. Un désert sacré.
Et alors — ô miracle discret — les choses apparaissent dans leur vérité nue. Un bol devient un bol. Une main devient une main. Le vide lui-même devient lumineux.
On voudrait s’agenouiller devant cela, mais il n’y a rien devant quoi s’agenouiller. Tout est là. Rien de spectaculaire, et pourtant… tout est changé.
À ceux qui cherchent des preuves, on ne pourra rien dire. L’Être ne se démontre pas. Il se goûte. À ceux qui veulent l’atteindre, il faudra dire : il vient quand tu ne le poursuis plus. Il est timide, comme la grâce. Il est entier, comme le chagrin pur.
Et ceux qui l’ont entrevu ne le gardent pas comme un secret. Ils le vivent comme une évidence. Non pour s’en faire un blason, mais pour marcher autrement. Pour aimer un peu mieux. Pour écouter davantage. Pour parler moins.
Christiane Singer ne donne pas de méthode. Elle n’enseigne pas. Elle offre. Elle donne à voir une saveur. Et cela suffit. Car celui qui a goûté à l’Être n’a plus besoin de convaincre. Il sait. Il ne sait pas quelque chose, il est ce savoir.
Et cela — cela suffit.

Laurent Brun Lafferrere
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mardi 15 avril 2025

Présence à l'autre

 


Il est extrêmement rare de rencontrer quelqu’un, qu’on voie beaucoup de monde ou qu’on soit ce qu’on appelle un solitaire. La plupart des gens rendent très difficile de les rencontrer parce qu’ils ne sont pas vraiment dans leur parole ou parce qu’ils sont sans âme. Je fais toujours à l’autre le crédit de la nouveauté incroyable de son existence, mais ce crédit va s’user si l’autre a gâché cette merveille-là pour devenir comme tout le monde. Comment parler avec personne ? C’est impossible. 

Parfois le désir de partager est si fort que je vais quand même tenter ma chance mais souvent en vain. Les opinions ne m’intéressent pas. Ce qui me touche, c’est quand l’autre met tout le poids de sa vie dans la balance des mots et que sa pensée s’appuie sur ça. Pour ma part, j’ai parfois l’impression d’être totalement incapable d’aimer, et en même temps d’aimer plus que personne. 

Je vois très peu de monde, mais je peux être indéfiniment avec l’autre quand il est là. Quand je suis né, on m’a proposé le menu du monde, et il n’y avait rien de comestible. Mais quand l’autre est vraiment avec moi, je peux manger : je bois une gorgée d’air, je mange une cuillerée de lumière. 

~ Christian Bobin  

La lumière du monde

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mercredi 19 mars 2025

Ames

 

Aimez et souffrez, espérez et contemplez. 

Malheur, hélas ! à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences ! 

La mort lui ôtera tout. Tâchez d'aimer des âmes, vous les retrouverez.

Les Misérables - Victor Hugo - Chapitre IV


Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. 

La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

Post scriptum de ma vie, une œuvre posthume publiée en 1901, composée de recueils de textes philosophiques rédigés en 1860.

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mercredi 1 janvier 2025

Commencement

 Merci de votre fidélité et voici 2025 pour cheminer ensemble...


Un zeste de lumière pour parfaire le menu 2025.

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