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dimanche 16 août 2026

Elévation


 Le 15 Août, les Chrétiens catholiques fêtent l’Assomption de Marie, mère de Jésus. Ce mystère fait le sujet de beaucoup de discussions entre spécialistes.

Pour moi, cette fête évoque simplement l’idée de m’élever. Qu’est-ce qui permet de m’élever ?

    – Oh, tout simplement le détachement de la matière.

M’alléger de ce qui encombre mon environnement.

Pierre Rabhi préconisait la sobriété heureuse, nécessaire individuellement, et aussi pour l’avenir de la planète. Le bouleversement climatique va nous obliger à plus de sobriété. Même une alimentation simple va devenir plus coûteuse ; la sécheresse commence à nous en faire faire l’expérience. Ça, c’est la sobriété obligée. Mais la sobriété heureuse, c’est autre chose.

C’est trouver le plaisir de se déposséder. Aïe ! À la rigueur vendre ; ça, je peux.

Mais donner m’est bien plus difficile.

Comme tout le monde, se débarrasser de ce qui encombre, c’est facile. Confondre Emmaüs avec une succursale de la poubelle, en me faisant croire que je fais « une bonne action », pas de problème !

Mais donner ce qui a une valeur marchande et pire une valeur affective, là je coince. Là, je vais avoir besoin de la foi.

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » rappelle Saint Paul. À vérifier.

Pourtant la piste de la sobriété heureuse passe inévitablement par cet allègement.

Là est le début de l’Ascension.

Puis quitter la terre, en y laissant le lourd, n’avoir plus que son corps à donner, doit grandement faciliter les choses.

Je verrai bien ce que j’aurai réussi à lâcher.

Christian Rœsch - directeur de la publication de Reflets


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lundi 16 février 2026

Supplique


Traditionnellement, les énergies saisonnières s’inversent. La vitalité se réveille. Elle n’entrouvre encore qu’une demi-paupière ; cela suffit pour qu’elle se prépare.

Le printemps commence à s’imaginer. Il se voit comme une brise douce, tiède, caressante. Il est un gros bourgeon de velours, un nid douillet pour ce qui doit éclore.

Ce moment du milieu de l’hiver est une espérance.

Dehors, les bourrasques, la tempête, les inondations.

Miroir abstrait de la fureur humaine, remplie de convoitise, de débauche, de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent.

La souffrance est partout mais personne ne cherche les véritables causes.

L’éveil printanier – dans le jardin les jonquilles sont fleuries – ne veut pas dire qu’il se réalisera selon son rêve. Probablement, il ne sera que la suite de cet hiver troublé, détrempé.

Mais nous pouvons l’appeler. Lui dire que nous ne voulons plus des discordes de voisinage et familiales, des dissensions sociales, des guerres de conquête. Nous ne voulons plus de la furie des points de vue. Nous aspirons à la modération, à la paix dans les quartiers, au plaisir de la rencontre, à la dégustation du petit rien.

Le printemps frémit à notre écoute. Notre supplique aura-t-elle la force de l’influencer ?

Christian Rœsch - directeur de la publication de REFLETS

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mardi 3 février 2026

Je t'attends

 


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mercredi 17 septembre 2025

Le temps de l'automne

 


Cette rentrée automnale est sous le signe de l’agitation. Ce n’est pas extraordinaire car notre fonctionnement habituel nous pousse à faire vite.

Vite se lever, vite déjeuner, vite partir travailler, vite les enfants à l’école, vite manger, vite faire les courses (bien nommées !). Tout vite !

Même changer de premier ministre.

À quoi ça sert ?

Non pas, comme on pourrait le croire, à tout faire ; ça sert à ce qu’il n’y ait pas de temps vide. Le temps vide, c’est du recul sur cette agitation. Prohibé par l’ego. Le temps vide, c’est s’offrir le rien. Le plaisir d’ouvrir les yeux sur les petites choses autour de nous. Le plaisir de les fermer pour déguster la batterie du cœur et l’accordéon des poumons.

Le temps vide invite à méditer. Et sur quoi va s’ouvrir le point d’interrogation ?

– Sur l’insanité de la course effrénée.

Surprise ! Je suis à la fois la balle et le joueur de flipper qui appuie sur les boutons et secoue la machine.

Prendre le temps !

C’est s’élever au-dessus de ce monde en folie, s’élever au-dessus de soi-même. Là se trouvent le paisible, la quiétude, la rencontre, l’alliance.

Et savez-vous ?

Plus nous nous arrêtons, plus nous trouvons le temps de faire ce que nous avons à faire.

Et de le faire bien. 

Et de faire le bien.

Christian Rœsch - directeur de la publication de REFLETS

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mardi 17 juin 2025

Souffrance, que nous veux-tu ?

Certainement à cause de l’âge, je suis entouré de personnes ayant des problèmes de santé. Et je ne suis pas exclu. Mais que de manières différentes de vivre avec ces dysfonctionnements ! Que de façons variées d’aborder la douleur !

Il y a ceux qui ont mal par peur d’avoir mal. L’idée de la souffrance leur est insupportable. Souvent ils n’ont pas eu précédemment de gros soucis avec leur corps si bien qu’ils craignent que ce soit terrible. C’est la douleur avant la douleur. Elle rend difficilement gérable l’arrivée effective des soins.

Il y a ceux qui interprètent au pire les premiers signes. Ils imaginent un affreux cancer là où il n’y a que broutilles.

Et ceux qui pour une blessure plus sérieuse ressentent des douleurs insurmontables. Ils ont du mal à se contrôler et hurlent sans retenue. Au pire ils accusent le personnel médical de les persécuter.

Il y a les taiseux qui accusent le coup mais se rongent de l’intérieur.

Il y a ceux qui acceptent ce qui leur arrive. Alors la part psychique se réduit considérablement. Les souffrances sont constituées d’une part objective : la douleur provoquée par le dysfonctionnement corporel, et la part psychique – la plus importante – nous rajoutons. Celle-ci est liée à notre histoire et détermine notre comportement. Ceux qui acceptent ce qui leur arrive diminuent considérablement le processus psychique.

Un cran au-dessus, certains considèrent que ce qui arrive est une épreuve pour grandir intérieurement, c’est-à-dire progresser en conscience, en amour. Alors la douleur physique, objective, devient supportable. Ils ne visent pas la guérison du corps mais le gain pour leur âme. Ainsi ils supportent avec le sourire les soins médicaux et chirurgicaux sans se plaindre.

Cela m’évoque les martyrs religieux qui n’appréhendent pas les tortures, voire les réclament. Ils me rappellent que la mort est la condition, le passage pour la vie éternelle dans l’amour divin, infini. Notre corps est un magnifique outil qui nous est prêté un temps pour nous accomplir en servant la vie.

L’ange des Dialogues avec l’ange1 de Gitta Mallasz, le dit nettement :

Le cadavre reste toujours mort.

Le vivant reste toujours vivant,

Mais ils sont reliés entre naissance et mort.

Ce que vous appelez Vie,

C’est la tâche active.

Active – la mort la sert,

passive – la mort est son maître.

Christian Rœsch


 1. Dialogues avec l’ange, entretien 43 (jour de Pâques), éd. Aubier-Flammarion

dimanche 8 juin 2025

Entre Ascension et Pentecôte


Pour les Chrétiens, l’Ascension est une espérance. C’est l’attente que la promesse de Jésus se réalise : l’envoi de l’Esprit Saint. Cet esprit de vérité, quand il viendra, habitera le paraclet, terme qui signifie à la fois le conseiller, le consolateur, l’intercesseur. À la Pentecôte, c’est fait. C’est le début des actes puissants des apôtres.

L’Ascension du Christ nous parle de nos ascensions.

Vers quel sommet ? – Le sommet de nous-mêmes.

Il n’y a rien de plus élevé. À cette hauteur, nous rejoignons le Ciel, la Lumière.

À quoi ça sert ?

Il faut ce délai, cette expectative silencieuse entre l’Ascension et la Pentecôte pour que la réponse arrive. Là, au bout de l’attente, l’Esprit Saint nous inspire. L’utilité se manifeste. La repentance et le pardon des péchés doivent être annoncés, dit Luc l’évangéliste. Depuis la Pentecôte, le pardon est possible grâce à l’Esprit Saint.

Ascension au sommet de soi-même, espérance dans le silence, pardon pour soi, et acte issu du pardon.

Grâce à l’ange qui nous est donné, le meilleur de l’homme se manifeste. Le pardon à autrui marque le début du règne de l’amour. C’est au règne humain – à chacun – qu’incombe la responsabilité de mettre de l’amour là où il en manque.

Et il en manque de partout.

Christian Rœsch

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dimanche 4 mai 2025

Le goût de la vie

 


Voilà deux mois que je n’ai pas écrit de newsletter de Reflets. J’en suis désolé. Un grave accident de santé m’en a empêché. Aujourd’hui c’est la fête du travail et je ne voudrais pas gâcher cette belle fête en vous parlant de la mort. Elle aurait pu advenir mais Dieu en a décidé autrement. J’ai juste envie de dire que le goût de la vie transcende l’existence.

Il y a le goût de la vie terrestre. C’est un très bon goût. Tellement bon qu’il me donne le goût de la vie éternelle. Finalement, les deux se fondent et ne subsiste qu’un seul goût. Quelle chance nous avons de faire l’expérience de la vie terrestre, de l’incarnation !

Je constate que le goût nous vient des épreuves traversées. Inversion de sens : les souffrances vécues nous donnent le goût de la vie alors qu’on s’imagine que bien vivre c’est échapper aux épreuves. 

Être vivant, selon ce que je viens de vivre, c’est retrouver le sourire, ou encore mieux ne pas le perdre. Cela change complètement la perception de la souffrance. Elle est vaincue. Alors la mort est vaincue, comme l’a annoncé Saint Paul. La mort a été engloutie dans la victoire. (1Cor 15, 54)

Le goût, c’est le goût de la victoire de la vie.

La fête du travail est une belle fête si on ne la réduit pas aux acquis matériels. Le travail éduque à des valeurs si nécessaires pour s’accomplir. Par exemple, la persévérance, la discipline intérieure, l’attention, la clémence. 

Quand elles sont acquises profondément, nous sommes prêts à servir la vie. Le travail n’est plus le centre, c’est une tout autre activité qui commence : se tourner vers les autres au dehors, vers l’Autre au-dedans, donne un nouveau goût à l’existence. 

Christian Rœsch

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dimanche 16 février 2025

Vivre l'instant !



Tous les bons manuels de spiritualité vous disent de vivre l’instant. Quelques vrais sages y parviennent et nous font envie.

Beaucoup de monde s’illusionne sur ce terme : vivre l’instant.

La réalité est que nous sommes constamment avec notre passé, et nous nous projetons dans l’avenir qui n’est que la suite du passé-présent.

Alors y a-t-il un mode d’emploi ?

Bien sûr, les sages qui en ont fait l’expérience peuvent vous indiquer le chemin. Mais étudier la carte – même très minutieusement – ce n’est pas faire la route. 

Et la route, on peut la faire de mille façons. En dilettante, façon chemin des écoliers ; au pas cadencé, façon militaire ; ou à côté, façon croyant ; ou en danseuse, façon valse, un pas en avant deux en arrière…

Bref, nous ne sommes que si rarement dans l’instant.


Et puis l’âge avance. Jusqu’à un âge certain, avec les complications inévitables. Et un jour, on s’aperçoit qu’on n’a plus d’avenir. Les douleurs sont celles du présent, et on ne sait de quoi demain sera fait. 

Mystère de la vieillesse : elle nous met dans la situation que l’on a si longtemps recherchée : vivre l’instant.

Mais tout n’est pas gagné pour autant. Nous sommes devant un choix : 

- Se plaindre des douleurs. Et nous retournons au passé.

- Ou déguster l’instant. Remercier du privilège incommensurable d’être sur terre. Quel cadeau de la vie !

Ça, c’est vivre l’instant. Hors temps, hors espace.

Je ne voudrais pas vous faire croire que parce qu’on peut y arriver une fois ou deux c’est dans la poche. À la prochaine souffrance, patatras, tout est à recommencer.

Mais l’avantage de l’âge avancé, c’est que la prochaine occasion n’est jamais loin.

Christian Rœsch

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lundi 3 juin 2024

Tout sert !

Y aurait-il la moindre parcelle de vivant qui n’ait son utilité ?

J’ai beau scruter : dans le monde végétal, tout sert. Le plus visible est la chaîne alimentaire. Mais pas seulement. Le végétal contient des principes actifs pour soigner les animaux et les humains. Il constitue la base de la pharmacopée. Il régule le climat. En se nourrissant du minéral terrestre et de la lumière céleste, il montre subtilement l’amour inconditionnel : recevoir-donner.


Le minéral qui nourrit le végétal est indissociable de la chaîne du vivant. Chaque atome, dans sa spécificité, s’unit à un autre pour constituer le socle de la vie terrestre visible. Par exemple le carbone aux multiples affinités ou la combinaison hydrogène-oxygène pour son environnement gazeux.

Y aurait-il le moindre insecte, le moindre animal qui n’ait son utilité ? Même si je connais peu d’animaux parmi leur immense diversité, je sais que chaque espèce possède un instinct dominant qui lui est propre, et lui donne une façon unique d’exister. Et nous sommes la sommation du monde animal. Nous leur devons la base de ce qui constitue notre personnalité.

Avec un petit truc en plus : la parole. Tout a son utilité. Et l’homme n’aurait pas d’utilité ?

Au sommet de l’évolution, le petit dernier arrivé sur terre n’aurait pas sa place active dans la chaîne du vivant ?


L’être le plus complexe de la création a, comme les autres, son utilité. Bien sûr, son originalité, c’est qu’il doit trouver sa propre utilité. Elle est forcement singulière car chaque être humain est singulier.

Mais la famille humaine a reçu et sait la nature de son service, à la suite des règnes qui nous ont précédés. Être comme le minéral, croître comme le végétal, instinctivement ensemble comme l’animal, en le sachant par sa personnalité, son rôle : donner de l’amour. 

Mettre de la paix là où il y a la guerre, de l’ordre là où le désordre gouverne, mettre de la douceur où la haine domine.

Donner de l’amour, selon sa propre forme, voilà l’utilité dévolue à chacun.

Christian Rœsch

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dimanche 2 juin 2024

Le feu de la vie

Qu’est-ce qui préoccupe les gens dans la vraie vie comme disent les journalistes ?

Est-ce le pouvoir d’achat ? La guerre qui nous entoure ? Le prochain week-end prolongé ?

La destruction de la nature ? Les élections européennes ? La faim dans le monde ?

Non, ce n’est aucun de ces sujets. C’est la somme de tous les sujets qui provoque une certaine inquiétude. Derrière, se profilent les grandes questions sous-jacentes : Quel est le sens de tout ça ? Pourquoi la souffrance ? Qu’y puis-je ? Pourquoi suis-je sur terre ?

Sans réponse, la vie suit son cours comme l’eau va à la mer… et finit comme une goutte dans l’océan… dissoute.

Pourquoi certains, à l’occasion d’une souffrance importante, de circonstances particulières, ou sans raison apparente, ne se contentent pas de non-réponse ?

Ils lisent, écoutent, examinent, se questionnent. Et parfois entendent ce que le feu de la vie leur répond. 


Le feu de la vie a toujours deux aspects inséparables : chaleur et lumière. 

La chaleur répond par l’amour : Nous sommes nés de l’amour pour incarner l’amour. 

La lumière répond : L’existence humaine a du sens ; nous sommes là pour progresser en connaissance de l’ordre de l’univers, en servant cet ordre avec amour.

Ce feu, c’est la foi. Autrefois, elle consistait à croire ce qui avait été dit et que les yeux ne voyaient pas. Et c’était juste. Aujourd’hui, la foi demande à expérimenter ce qu’on ne voyait pas. 

Voir, entendre, suivre et vivre le feu de la vie.

La Tradition chrétienne l’appelle Esprit-Saint.

« Demandez, demandez sans cesse. Il vous sera répondu ».

C’est la nouvelle Pentecôte, individuelle.

Toujours la même, en réalité ; le feu ne change pas.

Christian Rœsch

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lundi 4 mars 2024

L'utopie de la perfection

 

J’écoutais à la messe le prêtre s’adresser aux jeunes venus pendant les vacances scolaires faire une retraite. J’étais admiratif qu’ils consacrent une partie de leurs vacances à leur foi.

Le sermon portait sur le péché et la miséricorde divine. C’était très juste. Le prêtre citait Isaïe. « Si vos péchés sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. »

Isaïe, c’est l’Ancien Testament, l’humanité ancienne. Une certaine façon de considérer le péché est facilement culpabilisante. Elle sous-entend : « Je ne devrais pas pécher. »

Oui, certes. L’objectif est de devenir parfait.

Oui, encore. Mais tous les jours, je trébuche. Et parfois je me laisse à penser que je n’y arriverai jamais.

Et si nous considérions que l’idée de devenir parfait présuppose que nous sommes imparfaits ?

Alors ça change tout. Nous naissons imparfaits. Donc je cesse d’être coupable de mes comportements erronés. Ils sont normaux. Et s’ils sont normaux, c’est plus facile d’avoir de la tendresse pour mes erreurs.

Nous sommes – sur terre – définitivement imparfaits. Chaque bêtise est l’occasion de miséricorde (que je m’accorde), d’apprentissage à aimer.

Si nous enlevons l’imperfection, nous n’avons plus d’occasion, de raison de progresser.

Le Plan divin est parfait.

Il est bien normal que les adolescents qui font leurs premiers pas dans la sexualité, titillés par leurs hormones fassent des conneries. L’apprentissage est à ce prix. Inutile d’en rajouter. Au contraire, donnons le droit, oui, le droit à l’erreur pour donner envie de progresser, de s’améliorer au lieu de se désespérer.

Gitta Mallasz* répétait fréquemment, avec un sourire malicieux :

De crise en crise, telle est notre devise

De connerie en connerie, notre chemin de vie.

 Christian Rœsch

 * Gitta Mallasz auteure de dialogues avec l’ange - éd. Aubier-Flammarion

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vendredi 16 février 2024

Une autre Saint-Valentin

 


Mi-février : la végétation se réveille des torpeurs de l’hiver, les champs verdissent ; la sève cherche à monter. Le chant des oiseaux se fait entendre. Les hormones titillent ; c’est la fête des amoureux. Cette énergie nouvelle provenant de la lumière invite à nous laisser prendre dans ses rais.

 Ce milieu de février, paradoxe apparent, est aussi une invitation à la purification. Début du carême – qui se fête bruyamment – où la vie propose de nous nettoyer des scories de l’hiver, de nous débarrasser de l’ancien qui ne sert plus, de faire place nette autant dans le corps que dans notre environnement. Vider les placards, vider les rancœurs. Faire propre du sol aux murs, du foie aux intestins, et aussi assainir les pensées jusque dans le cœur.

Ainsi préparée notre terre intérieure, tout comme celle qui nous environne, est prête à accueillir le renouveau printanier quarante jours plus tard. Quarante est le symbole de la fin d’un cycle, et nous fêterons la résurrection christique. Quel que soit l’état de la Terre, le Ciel fait son office. Il envoie chaleur et lumière pour que pousse le nouvel Homme.

À nous de l’accueillir pour qu’il mûrisse et s’épanouisse dans le cocon de notre être.

Réjouissons-nous aujourd’hui, en ces prémices de la nouvelle terre, du nouvel homme.

 Christian Rœsch

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mardi 6 février 2024

Souffler n'est pas jouer

  


Dans la grisaille hivernale qu’est-ce qui peut nous allumer ?

– Le jeu !

Le jeu n’est pas la compétition. Il faudrait renommer les jeux olympiques car il s’agit bien de compétition entre les nations. À l’image des compétitions acharnées imposées dans l’industrie, le commerce.

« Toujours plus haut, plus vite, plus fort » est l’autre versant de :

« Toujours plus puissant, devancer la concurrence, plus rentable ».

Revenons au jeu véritable qui n’a pas pour but de gagner contre l’autre à tout prix.

Le jeu est plaisir. C’est sa raison d’être.

Le comble du jeu, du plaisir, est de se dépasser. S’offrir des sensations inhabituelles.

Se dépasser dans le sport, c’est faire vivre au corps l’au-delà des limites connues.

Il aime être poussé à fond.

Se dépasser en amour est une expérience similaire avec un plus, la jouissance, cette sensation enivrante de perdre ses repères spatio-temporels, où l’on découvre un autre état psychique, fugitif mais réel.

Se dépasser en esprit est le comble de la méditation. Entrer dans la vie invisible, rencontrer le Vivant qui est là, au-dedans et au-delà de soi, c’est la réjouissance suprême, le ravissement.

 Un jour où je traînais les pieds pour une activité – que je m’étais donnée tout seul – Gitta Mallasz (1) m’a dit :

« Si ce n’est pas un jeu, arrête tout de suite ! »

Ce qu’elle m’a confirmé dès le lendemain par un petit mot, écrit sur son papier à lettres, reçu par la poste :

« Mon Christian,

Si c’est un jeu,

Si c’est un divertissement joyeux

Si c’est une récréation,

Continue,

Sinon, cesse immédiatement ce que tu as commencé.

Dieu joue avec toi,

et par toi.

Tout autre chose nous tue.

Gitta (03/12/1990)

PS : Ne te prends pas au sérieux

Si tu ne te prends plus au sérieux, tout vient vers toi.

 

Jeu, plaisir, dépassement, jouissance, réjouissance : c’est la nouvelle proposition « olympique » pour atteindre le sommet.

Christian Rœsch

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(1) Gitta Mallasz 1907-1992, auteure de Dialogue avec l’ange éd. Aubier-Flammarion
Voir sur le site l’inédit de Gitta Mallasz : Savez-vous jouer ?

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mercredi 3 janvier 2024

Année d'espérance

 

Qu’est-ce qu’une « bonne » année ?
 
Reflets vous souhaite une bonne année !

Le vœu est banal. Tout le monde se souhaite une bonne année.
Par politesse ? Par habitude ? Par dépit ?
Chacun essaie un moment d’oublier la folie du monde. Chacun sait au fond de lui que ce monde va à sa perdition, se leurrant avec des mesurettes dont chacun sait, par avance, l’inefficacité.
 
Alors que peut être une « bonne » année ?
C’est une année où nous (moi, vous) progressons en amour.
 
Si à la fin de l’année je constate que je suis plus bienveillant, plus souriant, plus miséricordieux, ce sera une bonne année. Je suis sûr que l’activité discrète, sincère, au quotidien, de bien faire ce que nous avons à faire, donc de faire du bien à autrui, change le destin du monde.
L’ancien monde égoïste se fissure, se désagrège ; mais qu’importe si un nouveau émerge doucement, plus vaste, plus propre, plus paisible, plus vivable.
 
Cette espérance n’est pas un vœu pieu. Elle est entre nos mains.
 
 
Christian Rœsch

source : Revue Reflets (14 euros pour 6 mois)


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dimanche 5 novembre 2023

La guerre quotidienne

Comme il est difficile d’admettre qu’Israéliens et Palestiniens ont la même souffrance anthropologique !

Les palestiniens souffrent d’enfermement à en mourir. Les Israéliens d’encerclement à en mourir.

Si nous examinons notre émotion face aux massacres des deux camps, nous nous apercevons qu’elle évoque notre propre peur de mourir. Ce qui permet la compassion.

Poussons le bouchon plus loin si nous admettons que ces deux peuples ont autant le droit de vivre et qu’ils s’entretuent pour survivre.

Dans les deux camps, ils ont oublié le sacré de la vie humaine. Et comble de la déraison, parfois et souvent, ils tuent au nom de Dieu.

Dieu n’est pas Dieu s’il n’est pas universel, s’il n’est pas amour.

Tuer est une profanation de Dieu, une ignorance de la nature divine de l’homme. Seulement la miséricorde pour leur lutte de survie permet de les comprendre (ce qui ne veut pas dire justifier).

 « TU NE TUERAS POINT »

Ce commandement universel est au futur. L’humanité n’est pas encore prête.

Cette proposition nous invite au présent à remplacer nos réactions de haine, par des pensées de miséricorde. Et même, dans le quotidien, être fâché contre quelqu’un, contre soi-même, réclame un acte de tendresse, un acte anti-guerre. Le futur commence maintenant.

 Christian Rœsch (revue Reflets)




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samedi 4 février 2023

Une belle personne

 

Chacun rêve, parfois dans le secret de son âme, parfois en l’exprimant,
parfois en se regardant dans le miroir en se brossant les dents,
de devenir une « belle personne ».
 
Quelle image nous faisons-nous d’une « belle personne » ?
C’est quelqu’un d’honnête, qui ne ment pas, qui se dévoue devant une personne souffrante physiquement ou moralement. Elle s’abstient de tout critiquer.
Au contraire, elle est bienveillante face à l’erreur, même à l’emportement,
à la critique à son égard.
Tout ceci lui confère une certaine grâce, quels que soient son physique et son âge.
Cela donne envie de la côtoyer.
 
Chacun pressent qu’être une « belle personne » procure une qualité de vie toute autre, qui pourrait se résumer par la joie de vivre.
 
Comment passer de : être une personne à être une « belle personne » ?
En fait le problème n’est pas là. Il est dans le choix.
Comment se fait-il que nous ayons tant de mal à décider de nous mettre en route pour réaliser cet appel si profond de l’âme ?
Là réside le mystère pour chacun.
 
La décision prise, il est facile de trouver un accompagnement, laïque ou religieux. Mieux encore, un accompagnateur qui corresponde à notre aspiration.
Évidemment, la voie commencée, elle s’avère semée d’embûches. Cependant cette quête, devenue concrète, avec ses outils de pratique, rend la vie passionnante, aventureuse, et finalement – ce que nous cherchions – magnifique et aimante.
 
Reste le mystère de chacun :
Qu’est-ce qui fait que je me décide ou non ?
 
 
Christian Rœsch


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lundi 29 août 2022

Le rapide demain

 

Peur du lendemain
 

C’est la rentrée.
L’été – pas encore achevé – a été prodigue en évènements divers.
Les phénomènes climatiques ont dominé l’information. La chaleur caniculaire mondiale entraîne la sécheresse avec ses conséquences : incendies monstres, cultures desséchées, alternant avec des orages catastrophiques.
L’autre volet d’inquiétude est la guerre en Ukraine. Elle s’étire sans paraître pouvoir être arrêtée. Au contraire, elle ravive l’inquiétude du risque d’un accident nucléaire majeur, et celui d’une possible guerre mondiale. Elle a été la justification d’une reprise de l’inflation, avec une envolée du prix de l’énergie entraînant celui des matières premières et de l’alimentation. Cette situation économique aggrave la distorsion entre les plus riches… et tous les autres ! La pauvreté s’accroît, gravement pour les plus fragiles.
Le troisième volet médiatique, comme un leitmotiv, est la persistance du covid, avec l’annonce de nouveaux virus et la réactivation d’anciennes maladies.
 
Malgré le joli bronzage, comment ne pas être inquiet ?
Il est normal d’avoir peur.
Les pouvoirs publics, dans tous les pays, souhaitent que nous y succombions, pour que nous les prenions pour des sauveurs et accepter leurs remèdes.
Mais nous ne sommes pas obligés de céder notre libre arbitre.
Savez-vous que la peur est une bonne conseillère ?
À condition d’apprendre à l’utiliser.
Soit on lui cède, et dans ce cas elle provoque la tétanisation ou l’agitation, avec son cortège de paroles inutiles, amenant la panique, pour finir par faire n’importe quoi. Voire le pire, dans les comportements de foule prise de panique.
 
Comme c’est bon d’apprivoiser la peur et de lui parler :
J’ai peur de quoi précisément ?
J’ai peur qu’il m’arrive ceci ou cela !
C’est le début d’un dialogue intérieur essentiel. Plus je vais creuser, plus je vais me tranquilliser.
Peur qu’il m’arrive quoi exactement ?
Ayant identifié la cause, je peux chercher un soulagement.
Qu’est-ce que je peux faire pour que cela ne m’arrive pas ?
Si c’est un problème personnel, un souvenir peut éclairer la situation. Il permet d’apercevoir une piste de solution pour que le passé ne se répète pas.
Si c’est un problème sociétal, la question devient :
Qu’est-ce que je peux faire si cela arrive ?
Dans tous les cas, ce dialogue intérieur apaise la peur, évite l’enchaînement vers l’aggravation, donne du recul et prépare à un acte salvateur.

Cet automne, nous aurons certainement l’occasion de mettre en pratique cet usage bénéfique de la peur.
 
 
 
Christian Rœsch
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jeudi 3 mars 2022

Méprisant et méprisé

 


La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.

La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.

Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.

Cependant, je sais ce que je peux faire :

Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.

Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.

Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.

Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.

Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.

Christian Rœsch

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jeudi 16 avril 2015

Le cancer, une excroissance pour croître intérieurement par Christian Rœsch (2)


LA VRAIE GUÉRISON: AIMER LE CRISEUX

D’un côté, maîtrise de la technique, de l’autre maîtrise de l’intériorité.
Mais quel était le but de l’épreuve du cancer pour ma vie?
J’ai mis du temps à le comprendre et encore je n’ai pas le sentiment d’avoir tout compris.
D’abord pourquoi ce cancer, dans cette localisation à la jonction œsophage-estomac?
Classiquement, on relie ce cancer à des problèmes alimentaires. Normal, Sauf que mon alimentation a toujours été de bonne qualité (mes parents tenaient un magasin de diététique comme on disait à l’époque). Je vis depuis longtemps à la campagne, dans un environnement sain. Je n’étais pas particulièrement « stressé », pratiquant régulièrement l’immobilité silencieuse depuis de nombreuses années.

Donc l’influence extérieure n’était pas la bonne piste.
J’avais observé que l'axe transversal dorso-thoracique au niveau du cardia était une zone de faiblesse liée à mon histoire la plus ancienne. Mais qu'en dire de plus?
Enfin, j’ai fini par comprendre que ce cancer était le résultat de mon comportement ordinaire.
Quand on me dit quelque chose de désagréable, quand on me fait quelque chose qui me contrarie, je le rumine. Les agacements restent en travers de la gorge. Les déplaisirs me rester l’estomac. Ceci provoque une acidité qui remonte. Jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter. Alors la réaction à ces agacements sort violemment, en crise, pour évacuer. Forcément, en me fâchant durement contre l’entourage. Puis le calme revient et le processus recommence. À la longue, mon aigreur de la vie a entamé le tissu œsophagien.

Pour être transparent, cela fait 25 ans que je suis un chemin spirituel. Il m’a amené à voir ce fonctionnement ponctué par des crises. Il m’a conduit à aimer le « criseux », à transformer certaines situations au point que ma vie conjugale, professionnelle, amicale en a été radicalement modifiée. Mais dans le quotidien, pour nombre de petits agacements, le processus était toujours là. Si bien que cette zone de mon corps trop anormalement sollicitée depuis si longtemps a baissé les bras.
Comment pourrais-je en vouloir à ce cancer?
Comment pourrais-je accuser Dieu de me punir?
Non. Je suis seulement invité à aimer quand je suis agacé. Au lieu de ravaler ma souffrance, la plus petite, je peux en faire une occasion de miséricorde. pour moi, pour l’autre.
La vraie guérison est là.
Le dernier scanner (octobre 2014) ne montre plus de trace de cellules cancéreuses. Je sais que la guérison est liée à ma pratique. Si je continue dans ce sens, je suis à l’abri de récidive. Si je continue, l’amour grandit.

Je sais que cette santé, intimement liée à la joie de vivre, m’est donnée pour que la tâche qui m’a été confiée se développe. Rester en vie pour servir. Le désespoir du manque de sens de la vie qui me rongeait est devenu un besoin de dire que la vie a du sens. C’est le but de REFLETS.

Il y aura d’autres épreuves, pour que je progresse encore. Ne serait-ce que l’ultime qui nous concerne tous : la mort. Dernière occasion sur terre de grandir.

Témoignage de Christian Rœsch 
dans la Revue Reflets



mercredi 15 avril 2015

Le cancer, une excroissance pour croître intérieurement par Christian Rœsch (1)

Le cancer, un chemin de réconciliation, de réunification ? C’est ce qu’a vécu Christian Rœsch. Avant d’être fondateur de REFLETS, il exerçait le métier de chirurgien-dentiste, orienté vers les pratiques alternatives. Un cancer de l’œsophage l’a amené d’abord à apprécier les bienfaits de la médecine classique, puis à comprendre l’invitation de cette maladie à se dépasser pour servir la vie.

Une difficulté à avaler, comme un raclement dans le fond de la gorge, me voilà en route pour me faire soigner par un naturopathe. Ma tendance - due à mon histoire depuis mes premiers jours sur terre - a toujours été de me méfier de la médecine institutionnelle et par réaction de faire plutôt confiance à ceux d’à côté. Si bien que j’ai étudié et pratiqué les médecines dites alternatives avec frénésie (homéopathie, acupuncture, kinésiologie, orthodontie fonctionnelle...). Ce thérapeute ne me procura aucun résultat. J’ai persévéré en allant voir un médecin acupuncteur chevronné et réputé. Il m’a remarquablement rééquilibré les énergies des méridiens mais cela n’a eu aucun effet sur mon problème. Il m’a envoyé vers un magnétiseur renommé. Pareil !

Si bien que mon problème s’aggravant (douleurs, vomissements...), je consulte mon généraliste et ami. Bien sûr j’aurais dû commencer par lui mais on ne se refait pas! Il m’envoie illico chez un gastro-entérologue qui décide une gastroscopie en urgence, laquelle se conclut par: « Ce n’est pas bon signe ». Là, je perçois enfin l’hypothèse du cancer. Il veut me revoir dans 15 jours quand il recevra les résultats de l'anatomopathologie. À cette date je suis à un séminaire. Nous convenons qu’il me donne les résultats au téléphone à l’heure du déjeuner. Au téléphone, le gastro me communique les résultats confirmant le soupçon de carcinome de l'œsophage au-dessus du cardia. Ça y est : je comprends que c’est une épreuve sérieuse. J’accepte ce qui est. Accepter, c’est recevoir avec le sourire. Je retourne à table, continuant la conversation en cours. Cela pourrait ressembler à un déni. Vingt-cinq ans de travail intérieur, accompagné par le même maître ont un effet certain. Je l’avais déjà vérifié lors d’un accident grave de moto deux ans auparavant.

GÉMIR OU ACCEPTER?

Le temps d’un cri de toutes mes forces dans le casque - pour ne pas perdre conscience - c’était la durée pour choisir entre : gémir et en vouloir au conducteur de la voiture qui m’avait renversé ou bien accepter où le Ciel voulait m’emmener. Je sais, de tout mon être, que Dieu ne me veut pas de mal. Il est amour. Mais l'amour divin n’est pas l'amour affectif. Il guide ma vie incluant tous les moyens pour me permettre (ce qui est différent d'obliger) de progresser en conscience, en amour. L'accident de moto m’avait fait changer de vie : passer de chirurgien-dentiste à directeur de publication. Maintenant, où veut-il m'emmener avec ce cancer?

DIEU NE ME VEUT PAS DE MAL

Le premier enseignement que je tire de cette maladie est ceci :
J’étais dans un clan par rapport à la médecine, la médecine marginale.

La vie m’a amené à m’en remettre à l’autre camp. Quel humour! Si bien que je suis réconcilié profondément. Les deux ont leur rôle, et ils ne sont pas interchangeables.
Dans le circuit du traitement du cancer, j’ai été « bien traité ». C’est-à-dire non seulement bien soigné mais encore pris en main humainement par des équipes médicales faisant de leur mieux, à tous les niveaux depuis les aides-soignantes jusqu’aux patrons. Cela n’a pas empêché Dieu de pousser le curseur des épreuves. À la troisième séance de chimio préopératoire, j’ai approché la mort. Est-ce que j’aurais un reproche? Est-ce que j’aurais un regret? Certes non, j’ai vécu de grandes contemplations lors de ce passage. Les scientifiques se demandent s’il y a de la vie ailleurs que sur terre. La vie terrestre visible est une goutte d’eau par rapport à la vie de l’univers. C’est une certitude pour mon être, mais je sors du sujet...

Cette réconciliation me fait voir la médecine autrement. D’un côté, persiste une médecine empirique, héritée des connaissances anciennes lorsque les hommes étaient proches de la nature. Cette connaissance n’est pas d’ordre rationnel, elle ne s’explique pas. Parfois elle dégénère en « savoir » plus ou moins commercial. Dans tous les métiers il y a des charlatans. De l’autre, la médecine moderne atteignant des sommets de performance en diagnostic analytique, en médicaments, en chirurgie. Elle n'exclut pas l’art du médecin : le nez, cette intuition complétant l’expérience qui oriente un diagnostic avant toute preuve matérielle. La réconciliation me fait pressentir la médecine postmoderne. À la technique de plus en plus efficace mais qui rend le malade de plus en plus objet de la science, se joindra la médecine « humanisant ». Le médecin aidera le malade à comprendre le sens de sa maladie et l’orientera vers l’accompagnement nécessaire pour qu’il trouve les actes pour progresser dans sa vie et guérir en profondeur. C’est donc un médecin qui aura fait un travail de fond sur lui-même menant à de « grands yeux » voyant l’intériorité révélée par la maladie, et ayant une vraie compassion pour ses malades (compassion: vivre l’épreuve de la « passion » avec l’autre)...