mardi 7 avril 2020

Le maître du Oui


Voici un nouveau livre pour rester au jour le jour en contact avec l'enseignement du :
Maître du Oui - Swami Prajnanpad
Paroles choisies par Renaud Perronnet

4ème de couverture : La vérité seule libère
Ce livre est un manuel pratique d'audace et de sagesse, il propose pour chaque jour une authentique citation de Swami Prajnanpad, ce maître indien confidentiel qui recevait ses disciples un par un, dans un endroit reculé de la campagne bengalie.
Swami Prajnanpad est véritablement le maître du Oui. En prenant ce Oui pour compagnon de route, le lecteur pourra aller aussi loin que possible dans la découverte de soi et des autres, devenir un être humain meilleur et plus heureux.
Swami Prajnanpad (1891 - 1974) est un maître spirituel accompli. Son enseignement, connu sous le nom d'Adhyatma yoga, propose, entre travail sur l'inconscient et Vedânta, une voie originale vers la liberté.
" Vivez votre propre vie. C'est-à-dire là où vous êtes, tel que vous êtes, avec ce que vous êtes, avec qui vous êtes. Prenez appui sur la situation dans laquelle vous vous trouvez, et essayez en même temps de vous y adapter. Vous ne pouvez pas y échapper. "
Swami Prajnanpad

Extrait de la fin de la préface de Alexandre Jollien :

Amour inconditionnel

Swami Prajnanpad n’y va pas par quatre chemins : « L’amour ne peut exister qu’entre égaux. Pas d’admiration. Si l'on se sent supérieur ou inférieur, c'est de la pitié, de la sympathie, de l’admiration, etc. mais ce n'est pas de l'amour. » Voilà le défi, s’affranchir, se désencombrer de soi pour aimer largement, sans souffrir, comme le dit si bien le psychiatre Christophe Massin.

Êtres de liens, nous nous épanouissons au cœur de l'interdépendance. Le narcissisme, ce cancer du nombril qui gangrène les rapports à l’autre, relève d’un amoindrissement. Aimer autrui, nous apprend le sage bengali, c'est expérimenter et se réjouir que « chacun soit comme il est, et non comme on voudrait qu’il fût ». C'est abandonner les bornes étroites de son mental, quitter un niais romantisme et l'infantilisme pour rencontrer l'autre dans son infinie altérité, dans sa majestueuse différence. L’amour selon Swami Prajnanpad réclame de la précision, une clarté. On ne saurait aimer en vrac ni attraper quiconque dans des filets, dans des catégories grossières. L'amour n'instrumentalise jamais, il rend libre, toujours.

Lire, s'imprégner de Swami Prajnanpad c'est expérimenter une joie radicalement neuve, une force capable de nous extraire des mirages de l'idéalisme, de la prison des habitudes, de l’égocentrisme. Être un avec ce qui est, voilà l'acceptation, en rien résignée, la confiance, l'amour sans possession. Écouter ce grand libérateur, c'est se réconcilier avec le monde, soi et les autres. C'est s'élargir le cœur.

Ne refermons pas trop vite ce recueil ! Il est grand besoin de piqûres de rappel pour que ces paroles de feu puissent décaper ce qui nous éloigne de la félicité inconditionnelle, c’est-à-dire d’un bonheur ici et maintenant, quels que soient les circonstances, le décor quotidien. Puissent les enseignements de Swami Prajnanpad descendre au fin fond de notre intériorité pour que nous nous aidions les uns les autres à atteindre « le relâchement complet de toutes les tensions physiques, émotionnelles et mentales », pour que chacun devienne un lumineux artisan de paix.


Alexandre Jollien


lundi 6 avril 2020

Moins d'égo, plus de joie (5)


Libre sans moi

« Vous ne serez jamais libre. Ce sera libre — sans vous ! »
Arnaud Desjardins

Pendant longtemps, le Moi veut être Libre. Cela représente pour lui l’accomplissement suprême, le nec plus ultra, le sommet de l’expérience humaine. C’est encore un désir d’avoir et non une aspiration à être. Ce contre-sens majeur provient de la confusion entre avoir et être, celle-ci remontant à l’enfance : je suis (quelqu’un qui compte), si j’ai (l’amour et le soutien inconditionnels de mes parents). C’est ainsi que fonctionnent les publicités : « Vous serez quelqu’un si vous avez... »

On pense : « Si j’obtiens Cela (Dieu, l’Amour, la Liberté), je serai davantage, je n’aurai plus besoin de rien. » Les hindous nomment ce piège le devenir, autrement dit, se perdre dans une quête sans fin, en espérant obtenir mieux plus tard. Vouloir s’améliorer, c’est toujours le Moi qui reste le projet central, écueil redoutable ; c’est encore vouloir augmenter son empire.

De plus, le devenir étant soumis à fluctuations, ce ne peut être en aucun cas le chemin de l’Absolu, de l’Amour inconditionnel. « Je deviens quelqu’un d’aimant » est soumis à si — « Si je vis une expérience spéciale, extraordinaire » ; à quand-« Quand j’aurais comblé tous mes désirs et que les autres me trouveront rayonnant » ; et à parce que — « Parce que j’aurai fait tous les efforts possibles ». Conditions, temps et causalité sont les dimensions qui définissent l’axe mouvant du psychisme, le Relatif. Erreur de direction !

Le personnage ne va pas devenir un être rayonnant d’amour, jamais ! Le devenir reste une forme déguisée de l’avoir, donc soumis à l’impermanence : je deviens parce que des circonstances m’affectent heureusement ou douloureusement, parce que j’accumule des expériences de conscience. Il suffira d’une épreuve un peu sévère pour me faire basculer dans la souffrance. Devenir se manifeste en positif ou en négatif, à la différence de l’être qui reste invariablement neutre, inchangé.

Avoir n’a pas de pouvoir direct sur être : tant que je suis accaparé par les préoccupations de l’avoir, j’oublie la possibilité d’être qui s’offre pourtant constamment. J’aurai beau avoir plus, je ne serai jamais plus. Encore faut-il l’expérimenter pour en être convaincu... 

Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
*******

dimanche 5 avril 2020

Préservons la flamme...




Célébrer les Rameaux sans rameaux...

LES RAMEAUX


C'est comme un portique d'entrée dans la Semaine sainte. La foule qui acclame Jésus dans Jérusalem hurlera, quelques jours après : « Crucifie-le ! » En ce dimanche, réfléchissons à cette question : qui est Jésus pour nous ?

Un texte à méditer

Le psaume 23 : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? / L'homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles (et ne dit pas de faux serments). / Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. »

Des gestes

Avec des enfants, commencer un jardin de Pâques (voir sur le site paris.catholique.fr). Un moyen de les faire entrer dans la semaine sainte. Seuls, vous pouvez couvrir vos crucifix d'un tissu, violet si possible, ou réorganiser votre coin prière pour marquer visuellement ces jours particuliers.

*****

Confinement : les conseils des moines (fin)


Conseil n°6 : Confiance !

Pour tous : Alors que l’épidémie se répand, nous sommes gagnés par l’angoisse. Les moines et les moniales ne sont pas épargnés, et certains d’entre eux voient des membres de leur famille touchés par le coronavirus. « Notre principal levier, dans notre vie et particulièrement en ce moment, c’est la confiance en Dieu, notre principale action, c’est de nous en remettre à Lui. » Pour les moines, c’est l’œuvre d’une vie. Nous avons plusieurs semaines pour nous mettre en route...
Les monastères en quarantaine aussi
Hôtelleries et boutiques fermées, offices à huis clos : les monastères sont, eux aussi, confinés. La quarantaine y est prise très au sérieux, car le virus pourrait se propager rapidement dans les communautés. « Nous faisons très attention car nous avons des sœurs âgées particulièrement vulnérables, explique sœur Bénédicte, de l’abbaye Notre-Dame-du-Pesquié. Être confinées nous recentre sur l’essentiel. Cela fait une différence même pour nous qui étions déjà à l’écart. » L’usine qui jouxte le monastère de Sept-Fons s’est arrêtée, permettant aux moines de goûter un vrai silence. Chez les Diaconesses de Reuilly, la consigne a été donnée d’éviter d’être à l’affût de toutes les nouvelles concernant le covid-19. Une religieuse fait un point quotidien en reprenant des sources fiables. Les moniales, moins sollicitées, ont organisé des temps de prière supplémentaire. « Le carême est d’ordinaire un temps qu’il faut arracher à la vie quotidienne, note sœur Mireille. Là, c’est le monde entier qui est à l’arrêt. Nous qui avons l’habitude de ce temps avons à creuser encore plus le sens du silence, de la prière, de la sobriété, de l’authenticité dans les relations. » Tous les moines et moniales interviewés prient sans relâche pour les confinés : « Nous mesurons notre chance et prions pour tous ceux qui sont coincés dans des petits appartements, craignent pour leur emploi ou traversent des situations familiales dramatiques », insiste sœur Anne-Samuel.
*************

samedi 4 avril 2020

Mandala antivirus ou antiennui


De la part de Jean-Pierre Tingaud, artiste parisien :
"je vous envoie ce prototype d'Antivirus (imprimable)
- même les enfants peuvent faire le test avec des feutres (4 couleurs)
ce n'est pas un poisson d'avril (quoique... :-)
éventuellement, vous me direz si ça marche..."

Cliquez sur le dessin pour le voir plus précisément...
****

Confinement : les conseils des moines (6)

Conseil n°5 : De l’humour !

Chez les moines : « Ma surprise en arrivant au monastère, c’était de voir comment ces moines qui parlent peu peuvent rire à gorge déployée », se souvient frère Antoine. « Il faut aussi inventer des pas de côtés qui permettent de soulever ce qui risque de s'appesantir », témoigne sœur Mireille. Confinées elles aussi, les moniales ont d’ailleurs regardé, comme un pied-de-nez à leur situation, un numéro de l’émission Voyage en terre inconnue.
Chez nous : Les confinés rivalisent déjà sur Internet de vidéos ou de dessins humoristiques. À consommer sans modération !




*****

vendredi 3 avril 2020

Coronavirus : les jours barbares


Par René Frégni
Publié le 19/03/2020 à 21:00

Marianne lance une série littéraire intitulée "La vie et le virus à travers ma fenêtre", ou les battements du cœur d'un écrivain dans la tempête. Le corps est confiné mais les mots et l'esprit vivent.

J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots. 

LA LUMIÈRE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AUSSI BELLE
Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.

Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.

J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Je n’avais pas un sou. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. L’eczéma avait disparu. J’avais récupéré mon corps, ma tête, mon temps. J’étais pauvre et libre. Ma vie enfin m’appartenait. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables.


NOUS ÉCRASONS TOUT CE QUI EST VIVANT
Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre. Il a fait tellement de mal…

En quarante ans, nous avons massacré soixante pour cent des vertébrés et nous ne sommes qu’au début de la sixième extinction de masse, la première attribuée à l’homme, l’anthropocène disent certains… Nous avons massacré les baleines, les aigles et les faucons pèlerins, le cheval sauvage de Mongolie, le daim de Mésopotamie, nous avons traqué en jeep l’onyx, aux confins du désert, exterminer les derniers rhinocéros de Java, l’ibis du Japon, la grue blanche américaine, les petits paresseux sont au bord de l’extinction. Nous écrasons tout ce qui est vivant, pour notre jouissance ou pour entasser dans des caves blindées des pyramides de billets de banque.

Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Les vrais rapaces, c’est nous ! Nous avons appelé ces massacres la civilisation. Nous succomberons, broyés par cette civilisation. 


LE VIRUS DE NOTRE TOUTE PUISSANCE
Coronavirus… Serait-ce le début de la fin ? Nous avons dominé la rage, la poliomyélite, la fièvre jaune, dominerons-nous cette fièvre de l’argent, de la possession, du profit, cette maladie contagieuse du pouvoir, cette certitude que nous sommes plus intelligents que tout ce qui est vivant autour de nous, les forêts, les rivières, les océans, l’air et tous les animaux qui sautent, rampent, volent.

Je suis agnostique, je n’ai jamais mis les pieds dans une église sauf quand elle était très belle, qu’il faisait très chaud. Je ne crois pas au châtiment divin, à la punition dernière, à l’expiation. Je crois à une réaction cosmique, une saine réaction. Une réaction non préméditée, ni religieuse, ni vengeresse, le début du soulèvement de tout ce qui est vivant, face à notre impérialisme cynique et aveugle. 


CHACUN DE NOUS EST L’ÉGAL D’UN FIGUIER 

Le virus de notre toute puissance a fait mille fois plus de dégâts, de souffrances, de morts que ce pauvre coronavirus. Nous sommes, sur cette terre merveilleuse, l’espèce la plus criminelle, la plus prédatrice, la plus dangereuse. La vie lentement s’écarte de nous, se méfie de nous, sécrète ses anticorps dans les profondeurs des racines et les molécules de l’eau, de l’air.

Le mot virus vient de venin, poison. Nous sommes le venin et le poison, nous sommes la contagion. Nous nous sommes pris pour les dieux de cette planète. Tout ce qui tentait de vivre nous l’avons méprisé, mis en esclavage. Chacun de nous est l’égal d’un figuier, d’un caillou, d’un ruisseau, d’un ver de terre. Nous avons besoin du ver de terre, il n’a pas besoin de nous. C’est un infatigable laboureur qui travaille jour et nuit pour qu’explose la vie, comme les abeilles, les hérissons, les oiseaux et les nuages.


LE VIRUS REDOUTABLE DE LA VERTU 

Le coronavirus est peut-être notre dernière chance. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de la vertu. » écrit Victor Hugo. Puisse ce virus nous contraindre à cette vertu. Nous avons quelques mois pour ouvrir les yeux, pour nous rendre compte que dans les banques il n’y a rien, que les vraies richesses sont autour de nous, ces géraniums sauvages, ces bourgeons qui éclatent partout, cette lumière unique qui n’existe nulle part ailleurs. Le paradis est partout. Nous y sommes.


La seule intelligence, c’est la vie. Tout ce qui pousse vers la mort est bête, les guerres, la frénésie de l’argent, notre consommation effrénée, la lumière morte de nos écrans, les bonheurs virtuels, l’ère du plaisir instantané. Ce n’est pas le virus qu’il faut combattre désormais mais notre rapacité, notre démence qui nous ont éloignés des rivières car nous leur préférions les fleuves d’argent.

MONTER DANS UN TRAIN QUI N’EXISTE PAS
Notre vie nous appartient, notre corps nous appartient, notre temps si précieux nous appartient. Chaque jour depuis trente-six ans j’écris le mot gare et je monte dans un train qui n’existe pas. L’imagination ne consomme aucune goutte de kérosène et m’emmène tellement plus loin. J’ai passé ma vie à lire, écrire, marcher, rêver, fendre du bois et caresser la tête d’un chat.

Je vis de presque rien et rien ne me manque. J’ouvre les volets le matin, tout est sous mes yeux, l’herbe pailletée de rosée, la brume rose et verte à l’est, les amandiers couverts d’une neige de fleurs qui éclairent les collines. Ma journée sera semblable à celle d’hier, celle de demain. J’aimerais que cela dure encore mille ans, je ne m’ennuie jamais, je n’ai besoin que de douceur et de beauté.


LE PARADIS ET LA MORT SONT PARTOUT
Je sais pourtant que la mort rôde dans les rues de chaque ville, pousse des portes, escalade à pas de loup des escaliers, se glisse sans bruit dans les maisons des hommes. Quand je pousse mes volets, je ne vois que le printemps, insouciant, jeune à nouveau, lumineux, si heureux de vivre, ivre de sa beauté. Chaque chose est à sa place, la nature est sereine, modeste, équilibrée. Nous nous sommes octroyé une place démesurée et le droit de tout détruire, de tout saccager.

Nous n’avons que quelques mois pour regarder le printemps, écouter le printemps, marcher dans le printemps. Nous n’avons que quelques mois pour entrer dans l’été et vivre comme les oiseaux, les feuilles, les nuages et les vers de terre. 


LA BEAUTÉ CONTRE LA GUERRE
Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons tuer la guerre. Nous devons nous ranger du côté du printemps, de la beauté, sinon nous serons balayés et la terre se refermera sur nous, nous oubliera pour ne se concentrer que sur la vie et les saisons qui passent. Nous n’aurons été pour elle qu’un simple virus parmi des millions d’autres, dans ces milliards d’années.

Il y a trente-six ans, j’ai fait un choix. Je vais descendre fendre mes bûches, caresser la tête de mon chat et j’irai marcher un peu dans la colline, au moins, si je pars demain, j’aurai profité du printemps.


******

Confinement : les conseils des moines (5)

Conseil n°4 : Pardonner

Chez les moines : C’est une habitude de se demander pardon, même pour des choses bénignes. « C’est le ciment de la vie communautaire », explique sœur Mireille. Quatre soirs par semaine les 28 diaconesses de sa communauté se retrouvent pour un « cercle de paix » où chacune peut demander pardon : « Cela dure cinq minutes. Il n’y a pas d’explication, c’est simplement déposé. Ce rendez-vous dédramatise le pardon, le tisse dans le quotidien et assouplit le cœur. » Dans sa règle, saint Benoît demande de s’être réconcilié avant le coucher du soleil. « Parfois un signe tacite, un service, un sourire, valent mieux que de longs discours », témoigne sœur Bénédicte. Pour sœur Anne-Samuel, les énervements épidermiques sont aussi l’occasion de prendre conscience de notre fragilité, et donc, par ricochet, de mieux accepter celle des autres. « C’est un exercice d’humilité. Ce confinement nous rappelle que nous sommes petits, pauvres et dépendants ! Cela peut être l’occasion de se remettre à sa juste place. »
Chez nous : C’est le premier pas qui est le plus difficile…
Notre principal levier, dans notre vie et particulièrement en ce moment, c’est la confiance en Dieu, notre principale action, c’est de nous en remettre à Lui.

*****

jeudi 2 avril 2020

Voie, Méthodes, Techniques, Principes, Efficacité spirituelle : quelles différences ?


En spiritualité, comme dans n'importe quel art, il est important de bien définir ce dont on parle.
Je précise ici quelques termes utilisés dans le taoïsme, mais ceci est vrai pour n'importe quelle voie spirituelle éprouvée.
1) La voie (dao 道) : la voie est ce avec quoi on tombe en amour, le lieu de l'appel sans raison. On parle de trouver sa voie, il en va de même en spiritualité. On ne peut vraiment progresser que lorsque l'on a trouvé sa voie. C'est la raison pour laquelle je suggère toujours d'en essayer plusieurs, et une fois la première approximation faite, d'essayer ensuite plusieurs styles différents au sein d'une même voie et plusieurs enseignants ou maîtres. On doit poursuivre jusqu'à ce qu'on se dise: putain, c'est là. Ou n'importe quoi d'approchant et de moins vigoureux que mon vocabulaire. Mais globalement, le sentiment doit être celui du "retour maison de E.T." Quand on l'a trouvé, on sait qu'on l'a trouvé, tout notre corps et notre coeur nous le dit.
Chaque voie a sa personnalité, ses caractéristiques, ses bons côtés et ses côtés moins développés. Il est important de le reconnaître honnêtement. Si on doit comparer avec l'art, la voie correspond aux grands thèmes comme la peinture, la musique, la poésie, etc....Il vaut mieux choisir une voie pour laquelle nous avons à priori un minimum de talent. Cela sera plus efficace à long terme. Par exemple, je suis plutôt bon en musique et en rythme, mais j'ai les capacités d'un enfant de 6 ans en ce qui concerne le dessin. Il serait judicieux de choisir la musique, à moins d'être un peu masochiste.
La voie dit bien ce qu'elle veut dire, c'est le chemin global qui nous emmène vers l'Unité primordiale de toute manifestation, en passant toutefois, sans les nier, par tous les états intermédiaires entre notre condition de départ et le but final.
2) La méthode (fa 法) : une voie utilise une méthode, c'est à dire un moyen au minimum, mais en général de très nombreux, pour nous aider à expérimenter la voie. Toujours en comparant à l'art: admettons que l'on ait choisi la musique en tant que voie, alors nous allons choisir un instrument spécifique pour l'expérimenter et pouvoir la travailler. Il en va de même en spiritualité. Les méthodes servent à expérimenter un aspect de la voie, et comme il y a beaucoup d'aspects différents, il y a logiquement de nombreuses méthodes au sein d'une voie spirituelle. On peut citer des méthodes physiques, émotionnelles, rituelles et spirituelles notamment. Chaque voie développe ses propres méthodes.
3) Les techniques (shu 術) sont ce que l'on fait pour atteindre une expertise dans la méthode. En piano, nous allons faire des gammes, du Hanon, puis jouer progressivement des morceaux de plus en plus difficiles, tout en développant avec le temps notre propre style et en nous orientant au sein des techniques vers celles qui nous inspirent le plus. Ainsi, une voie a de nombreuses méthodes et techniques car elle doit pouvoir répondre à un grand nombre de natures différentes.
4) Les principes (li 里) : ce sont les règles qui sont sous-jacentes à la technique. Par exemple, en piano, on apprend très tôt à relâcher les épaules, et à arrondir les doigts, sinon on en fera les frais plus tard, sous formes de douleurs ou d'impossibilité de dépasser une certaine vélocité au clavier. En spiritualité, ce sont les règles qui sont souvent transversales aux différentes techniques. Par exemple, la notion de trigrammes dans le taoïsme peut être utilisée en Tai Ji Quan, en Qi Gong, en Yi Jing, en alchimie interne et méditation, ou en médecine pour ne citer que quelques exemples. Ces principes sont universels parce que ce sont des motifs de fond, des patterns immuables retranscrit sous une forme intelligible. Autant on peut choisir une technique ou une autre en fonction de ses aspirations, autant les principes ne se discutent pas, au sein d'une voie spécifique. Ils s'apprennent et s'approfondissent, c'est tout. Au même titre qu'en mathématiques on ne discute pas le zéro, le 1 ou le deux, bien qu'on puisse les agencer de toutes les manières possibles.
Je vous encourage à observer vos propres voies pour bien distinguer ces différentes notions. Cela apportera de la clarté à votre voyage.
Notons pour finir que traditionnellement, les méthodes étaient gardées secrètes au sein des lignées, parce qu'on ne les transmettait qu'à ceux en qui on avait confiance et qui avaient fait l'effort de pouvoir les recevoir. Par contre, on enseignait assez facilement les techniques. C'est ce qui explique qu'encore aujourd'hui, de nombreuses personnes enseignent des techniques, mais sans avoir les clés de la méthode complète, qui seules en déverrouillent l'efficacité transformative réelle (ling 靈). Dans un parcours classique, presque tout le monde commence à pratiquer des techniques, c'est plutôt la norme. Mais dès que vous vous sentirez tourner en rond, un conseil, cherchez des enseignants qui peuvent transmettre les méthodes. C'est plus rare, et il faut s'investir pour les trouver. Mais quand le cœur est sincère, cela finit toujours par arriver.
Bonne pratique!
Fabrice
Calligraphie : Li Sigui
****

Confinement : les conseils des moines (4)

Conseil n°3 : Du silence

Chez les moines : Frère Antoine le reconnaît : « La vie communautaire peut être une épreuve. Nous vivons à 80 : heureusement que c’est en silence, sinon ce serait insupportable ! » Les moines alternent des temps en communauté et des temps seuls en cellule. « Les moments ensemble sont les lieux de la charité en acte. La solitude n’est pas une coupure mais un temps habité, en communion », précise sœur Anne-Samuel.
Chez nous : Confinés en famille, est-il possible que chacun puisse avoir un moment dans une pièce séparée ? Et si nous essayions, un jour, le repas en silence ? Pour ceux qui sont seuls, comment habiter cette solitude et ne pas seulement la combler ?

******



mercredi 1 avril 2020

La vie est une crise par Gilles Farcet


« Vous savez que depuis longtemps je nous considère tous sans exception comme des gens qui ayant vécu un naufrage ont échoué sur une île déserte mais ne le savent pas encore. Les personnes qui sont ici le savent. Les autres, ceux qui vivent encore une vie ordinaire, croient toujours qu’un paquebot va arriver pour les sauver demain et que tout va recommencer comme avant. Ceux qui sont ici savent que rien ne sera plus comme avant. Je suis si contente d’être ici. »
Katherine Mansfield (1888-1923 ) , lettre écrite depuis le Prieuré d’Avon où elle vécut ses derniers mois et mourut dans la proximité de Monsieur Gurdjieff




Oui, nous vivons en ce moment une situation « de crise ». Et les situations « de crise », crise individuelle , collective ou une combinaison des deux comme à l’heure actuelle, ne font elles pas que mettre en pleine lumière ce qui de toutes façons est toujours là, à savoir que la vie elle même est par nature une crise ? De la naissance à la mort, cette existence humaine est une crise. Une crise avec des accalmies, des moments plus tranquilles où il ne se passe en apparence pas grand chose, des « vagues », des « pics »,des retombées , des actions et réactions …
Qualifier notre existence de « crise » n’équivaut pas à en dresser un tableau exclusivement noir. Il y a des moments heureux, des joies , du moins pour beaucoup d’entre nous. Que cette existence soit intrinsèquement une crise n’exclue pas la dimension d’émerveillement, la beauté, la création, l’amour, bien au contraire ..
Et la naissance est une crise, l’enfance est une crise, la puberté est une crise, l’entrée dans l’âge adulte et le « monde du travail » est une crise, se mettre en couple est une crise, se séparer une crise, devenir parent une crise … la quarantaine est une crise, la cinquantaine, etc etc, la vieillesse est une crise, la mort une ultime crise … L’histoire, individuelle et collective est une crise. Avec à chaque étape la nécessité impérieuse et vitale de l’adaptation, oui l’adaptation qui est bien le mot clé.

Les grands mystiques, les artistes essentiels , les personnes qui travaillent vraiment sur elles mêmes comme on dit (à ne pas confondre avec les adeptes de la « feel good méditation » et autres béquilles gentillettes même s’il n’y aucun « mal »à tout ça) … toutes ces personnes ne sont elles pas celles et ceux qui, par un mystérieux processus interne, ont pris la mesure de la situation, compris que de toutes façons et quoi qu’il arrive l’existence est une crise ? Ces personnes ne sont elles pas celles qui assument le réel et sa nature de crise permanente - avec encore une fois des vagues, pics, retombées, plages de calme apparent …

Ce que d’aucuns appellent traditionnellement « la pratique de la voie » ne serait elle pas ni plus ni moins de la gestion consciente de crise ?

******

Confinement : les conseils des moines (3)

Conseil n°2 : Redoubler d’attention aux autres

Chez les moines : « Pour les novices, c’est au début difficile de ne plus avoir cette rapidité dans les échanges et des contacts directs avec la famille et les amis, témoigne sœur Mireille. Mais cela pousse à transformer les relations, à être inventives ! » À cette difficulté s’ajoute, pour les jeunes qui ont eu l’habitude de voyager, celle d’être rivée à un lieu. Là aussi, la clé est dans l’approfondissement. « On se rend compte que l’expérience humaine vécue intensément nous fait toucher l’universel, mieux que si nous avions parcouru la Terre entière », témoigne sœur Bénédicte. Pour se supporter mutuellement et ne pas alourdir la vie des autres, frère Antoine insiste sur l’importance de se montrer aimable, sociable et serviable, mais aussi sur la redécouverte de ceux avec qui nous vivons cette période particulière. « Au début, nous voyons la faiblesse d’autrui, ses défauts, mais nous allons peut-être aussi redécouvrir sa richesse ! »
Chez nous : Bannissons les plaintes. Multiplions les petites phrases : « Ça va ? », « Comment puis-je t’aider ? » Et téléphonons, écrivons !
Dans sa règle, saint Benoît demande de s’être réconcilié avant le coucher du soleil.

*****

mardi 31 mars 2020

Interdépendance et partages


"C'est vraiment le moment ou jamais de faire preuve de sollicitude, de fraternité, de prendre conscience de l'interdépendance qui lie tous les êtres vivants"
Matthieu Ricard vous a enregistré une vidéo en direct du Népal 🙏
Merci à tous pour vos partages et surtout faisons tout ce qui est nécessaire et possible pour améliorer les conditions extérieures.


************

Confinement : les conseils des moines (2)

Conseil n°1 : Prendre le rythme

Chez les moines : « Au début, j’avais l’impression d’être dans un train qui roule où rien n’est laissé au hasard », se souvient frère Antoine. Offices, temps de travail, d’étude, d’oraison et de repos s’enchaînent inlassablement. « Il est capital d’avoir des repères objectifs concernant les horaires et la répartition des tâches. Cela nous libère ! », estime sœur Bénédicte, qui partage sa vie avec 46 autres moniales. Autre vertu d’une journée cadencée : la lutte contre l’ennui et la mélancolie.
Chez nous : Nous pouvons commencer par fixer des horaires de repas, puis définir des plages de temps pour le travail, l’école, la lecture, l’exercice, etc.

***********

lundi 30 mars 2020

Statégie de survie


Gilles Farcet : Etre confiné avec des proches peut, si on le veut, s'avérer propice à se voir soi même...
Allez un peu de nourriture fort "solide" en provenance de Monsieur Gurdjieff qui s'y connaissait...
LE TRAIT PRINCIPAL
« Un jour, après les mouvements, Monsieur Gurdjieff commença à nous parler de la confession, de la vraie confession et de la manière dont elle était pratiquée dans les écoles ésotériques. La vraie confession n’a rien à voir avec la confession dans les églises car son essence consiste en la ,nécessité pour l’homme de voir ses propres défauts non comme des péchés mais comme des obstacles à son développement.
Dans les écoles ésotériques, il y avait des hommes hautement accomplis qui étudient la nature de l’être humain dans son ensemble. Leurs élèves étaient des personnes qui voulaient développer leur être. Ils parlaient ouvertement et sincèrement de leur recherche intérieure, comment arriver à leur but comment s’en rapprocher , ainsi que des caractéristiques qui y faisaient obstacle. Pour aller ainsi à confesse il fallait prendre une décision majeure: voir ses propres défauts réels et en parler. Monsieur Gurdjieff nous dit que c’était absolument essentiel , et particulièrement de voir son propre trait principal, celui autour duquel tournent (comme autour d’un axe) toutes nos faiblesses secondaires, stupides et comiques.
Dès les premières jours, Monsieur Gurdjieff nous avait parlé de ce trait principal. Le voir et le réaliser est très douloureux, parfois insupportable. Dans les écoles ésotériques.. quand son trait principal est révélé à quelqu’un , c’est fait avec beaucoup de soin, car la vérité sur elle même peut parfois amener une personne à un désespoir tel qu’elle pourrait décider d’en finir. C’est le lien spirituel avec le maître qui prévient une telle tragédie. La Sainte Ecriture parle du moment où l’on réalise son propre défaut central quand elle dit que, frappé sur la joue droite il faut tendre la joue gauche. La douleur de découvrir votre défaut principal équivaut au choc de recevoir une gifle en pleine face. Un être humain doit trouver en lui-même la force de ne pas fuir cette douleur mais de courageusement tendre l’autre joue, c’est à dire d’écouter et d’accepter encore davantage de vérité sur son propre compte.
Thomas de Hartmann, 
Our life with Mr Gurdjieff

****

Confinement : les conseils des moines (1)

Nous voici confinés seuls ou à plusieurs dans un espace clos pour lutter contre la pandémie liée au coronavirus. Notre repli forcé peut s'apparenter à celui des moines et moniales retirés dans leurs monastères. Comment se repérer et vivre au mieux cette situation ? Les conseils de ceux qui ont choisi cette vie.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS
« Notre vie n’est pas un confinement, mais un élargissement du cœur ! », prévient d’emblée sœur Anne-Samuel, moniale dominicaine de Notre-Dame de Beaufort (Ille-et-Vilaine). « La clôture est la réponse à un appel. Elle nous permet de donner de l’espace et du temps à la recherche exclusive de Dieu », abonde sœur Bénédicte, bénédictine à l’abbaye Notre-Dame-du-Pesquié (Ariège), qui reprend la formule de François de Sales : « Nous ne sommes pas une compagnie de prisonnières ! »
Pourtant, notre repli forcé a certains traits communs avec la vie des moines. 
« Il arrive que nous ne sortions pas de l’enclos du monastère pendant des mois », relate frère Antoine, cistercien de l’abbaye de Sept-Fons (Allier). Et si les religieux ont choisi leur mode de vie, ils n’ont pas choisi leurs compagnons d’aventure. « Il y a dans notre vie une part de contrainte et une part de choix qu’il ne faut pas opposer, explique sœur Mireille, prieure de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly , à Versailles (Yvelines). Si ce temps de confinement est contraint, nous pouvons en partie choisir comment le vivre. » Voici quelques pistes...    (A suivre...)

dimanche 29 mars 2020

Le ciel au bout des doigts



Je reviens d’Inde du Sud. Si j’y ai vu l’Inde spirituelle que je voulais voir, la spiritualité ne s’est pas simplement révélée au travers de grands temples comme celui de Maduraï, où la vie religieuse est intense, mais au travers de massages ayurvédiques. Ce à quoi je ne m’attendais pas. L’ayurvéda, qui signifie “la connaissance de la vie”, est une voie thérapeutique millénaire pratiquée dans le sud de l’Inde et qui, combinant méditation, régime et massages, stoppe les maladies, soigne et rééquilibre les énergies. Bien qu’un pays comme la France ne soit pas hostile aux massages (témoin la considération accordée à la kinésithérapie, aux massages pratiqués en thalassothérapie. ..), ceux-ci sont davantage vécus comme un moyen de confort qui ne fait pas de mal que comme un moyen thérapeutique capable de vraiment faire du bien. Notre rationalisme en est la cause. Aimant pouvoir contrôler les choses mentalement dans le cadre d’une autorité scientifique reconnue, nous nous sentons démunis quand survient une thérapeutique dépassant nos cadres mentaux et sociaux habituels.

Le massage ayurvédique passe pour être brutal. Ce qu’il n’est pas, ce massage toujours tonique s’adaptant avec respect à ce que chacun peut endurer. Original en raison de sa prise en main singulière, il l’est surtout en raison des huiles utilisées, toutes à base d’herbes qui, afin d’être vraiment efficaces, sont associées à un bain de vapeur donné après le massage. De sorte que l’on a l’impression étonnante d’avoir été massé sous la peau avec une sensation de purification surprenante. C’est en voyant le maître de massage prier afin que les huiles prennent toute leur efficacité grâce à une relation au plan divin, que j’ai eu vraiment conscience non seulement d’être en Inde mais d’avoir affaire à un autre niveau de réalité. Qui, dans nos contrées, prie quand il dépose une huile sur un corps avant de masser? L’Inde est un pays où les masseurs sont encore des prêtres et les prêtres encore des masseurs. Ce n’est plus notre cas. Notre religion, quand elle existe, ne se fait plus avec les mains et nos mains ne sont plus religieuses. Il y a pourtant un pouvoir des mains. Le Christ, l’oint de Dieu comme le dit son nom, enveloppé par Dieu comme une huile enveloppe un corps, soignait en appliquant ses mains sur les corps malades. Par ces applications, il rétablissait le lien avec le Père, source ineffable de vie, matrice de tous les possibles et de toutes les énergies. 


Le monde occidental s’est coupé du lien avec le Père. D’où sa difficulté à soigner. Si la médecine fait des prouesses quand elle aborde le corps comme une machine, elle est démunie quand il s’agit d’envisager celui-ci sur le plan de l’être. L’être étant lié au fait miraculeux de la vie, on est dans l’être à chaque fois que l’on est dans une sensation profonde d’existence, seule une telle sensation étant en mesure de nous faire sentir le miracle d’exister. 
Quand on est heureux et en pleine santé, se sentant exister, notre corps comme notre existence sont un miracle en acte. Ils sont l’être-fait chair. Quand on perd son lien avec l’être et la sensation miraculeuse qui va avec lui, l’être entier connaît les affres de la souffrance psychique et physique à travers un exil ontologique. Les maîtres de l’ayurvéda sont dans l’esprit du Christ. “Ce n’est pas nous qui soignons, m’a dit un maître de massage. Ce sont nos mains qui nous disent où soigner, Quand on laisse la vie agir, on a le ciel au bout des doigts.”

Bertrand VERGELY
Professeur de philosophie à Orléans, Bertrand Vergely a publié plusieurs ouvrages sur la diffusion de la philosophie ainsi que sur les questions touchant au bonheur, à l'émerveillement, au sens de la vie, mais également au mal, à la souffrance et à la mort.

samedi 28 mars 2020

Nota bene



****

Moins d'ego, plus de joie (4)


Ne pas chercher à éliminer l’ego

« Tout ce à quoi vous essayez de renoncer vous poursuivra... L'idée même de renoncement, c'est à cela qu'il convient de renoncer. »


Combattre l’ego, afin de le faire disparaître, renforce la conviction qu’il existe - le serpent se mord la queue. Il se manifeste par un flux de pensées, distillant en continu ses opinions sur lui-même et sur le reste. Vouloir endiguer ce flot intarissable se heurte à une impossibilité, sauf temporairement. Nous pouvons constater son instabilité, l’irréalité de la séparation qu’il établit entre nous et le reste, son inconsistance.
Plutôt que d’établir un barrage illusoire, laissons ses commentaires traverser la conscience et attachons-nous à reconnaître son chant : « Et moi, et moi, et moi. » Nous savons il quoi nous en tenir, il ne connaît pas d’autre rengaine... Et si nous tentions de l’observer, sans nous engager, en nous tournant vers ce qui ne change pas, vers la conscience ? 
« Vous êtes un courant continu de changements, c'est vous et ce n'est pas vous. Celui qui voit le courant continu de changements ne change pas. Il est immuable. Il est Absolu. Et c'est vous. » 
La vision suffit : ne plus lutter contre l’ego le laisse choir dans le vide.


Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
*******

vendredi 27 mars 2020

Juste Chat !


Moins d'ego, plus de joie (3)

J'ai pu tester cela hier et ça a marché ! Une détente et quelques larmes émues de cette unification.
Je vous le conseille !

Sortir de la logique binaire : la coïncidence des opposés

Dans mon cheminement, l’opinion que, moi, j’ai de moi-même, face aux différents domaines de la vie, a accaparé beaucoup de mon attention. Mes jugements ont fluctué de la dévalorisation aux prétentions de supériorité. J’observais comment je pouvais osciller d’une seconde à l’autre, m’enorgueillir de certaines facilités puis me trouver nul, peu sympathique.
Où se situe la vérité ? Puis-je trouver une objectivité pour définir ma valeur, ou ma cote dépend-elle uniquement de mon humeur du moment ? Ainsi je peux tergiverser entre « Suis-je beau ou laid ? » et en arriver à « Ni l’un ni l’autre », rien de fixe. Puis j’ai découvert qu’en prenant la formulation opposée : « Je suis beau et laid en même temps », « Intelligent et pas si intelligent que ça », une sidération de ma pensée se produisait, amenant la paix et le silence.

Dans le Relatif, je peux être beau comme être laid, les deux ont leur part de vérité. Laisser ces opinions coexister dans mon esprit, sans chercher à trancher, les neutralise. Je peux penser tout et son contraire à propos de moi, il s’y trouvera du vrai et du faux, mais rien ne me définira entièrement, toute formulation restera relative et fondamentalement réductrice. Quelle détente ! La coïncidence des opposés tétanise l’ego, il ne peut penser dans ces termes, et aussitôt il « bugue » !


Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
*******

jeudi 26 mars 2020

Vision partielle


La plupart du temps, nous ne voyons qu'une partie des choses et nous pensons qu'elles sont séparées. Mais si nous prenons du recul, si nous nous laissons flotter sur l'instant, nous pouvons voir que tout est lié et nous prenons alors goût à ce que nous vivons...




****

Moins d'ego, plus de joie (2)


Revenir à ce que je veux

source : "Equinoxe Infinity" de J-M Jarre
Nous avons intérêt à revenir inlassablement à la question « Qu’est-ce que je veux ? », non seulement sur l’axe du Relatif mais surtout sur l’axe vertical. Quelle est mon aspiration ? La paix ? La liberté ? La joie ? Aimer ? L’unité ? Nous poser cette question nous réoriente, d’instant en instant, et dissipe la confusion. C’est notre repère central : vérifier la cohérence avec Ce-que-je-veux, maintenant.

Si je veux la paix, est-ce le désir qu’on me fiche la paix ou bien être en paix ? Immense différence. Pour être en paix, j'ai à détecter alors avec quoi, avec qui, je suis en guerre pour cesser le combat : Est-ce avec mon émotion ? Avec l’autre ? Avec mes pensées ? C’est un aspect crucial de la vigilance : Ma manière de prendre les choses est-elle conforme à ce que je veux ou bien est-ce que je lui tourne le dos ?

Si je veux l’Amour, au moment où je suis mécontent de mon conjoint, vais-je l’agresser par des reproches ? Revenir à mon but fondamental m’inspire une tout autre approche. Quand je suis tendu, énervé, reconnaître déjà un manque d’amour envers moi-même. Puis-je me pencher sur ma contrariété avec bienveillance ? M’étant moi-même entendu, je serai mieux disposé à m’adresser à mon partenaire sans hostilité. Que puis-je lui dire de moi sans le heurter, sans le blesser et sans farder ma vérité ? Qu’est-ce qui, de ma part, va contribuer à établir entre nous un climat ouvert, aimant, pour nous parler ? La détermination à rester fidèles à notre aspiration empêche l’ego de prendre les commandes.


Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
*******

mercredi 25 mars 2020

Lumière naturelle


*******

Moins d'ego, plus de joie (1)


Ce qu’il convient alors de faire cesser, c’est le fonctionnement du mental, qui est l’expression directe de mon personnage à chaque instant. Ce n’est pas à mes préférences et aversions que je dois m’attaquer mais à mes refus, quand le monde ne coïncide pas avec mon monde. Ce mécanisme de refus, à la différence de l’ego, peut et doit être éliminé, sans compromis : la tradition indienne emploie l’expression « destruction du mental », qui ne laisse aucune 
équivoque.

Avoir un temps d’avance

Mieux je connais mon personnage, ses ficelles, ses pensées habituelles, ses réactions émotionnelles, mieux je le vois venir. C’est justement l’esprit des arts martiaux : voir venir. Le Moi ne se fatigue jamais, ses mécanismes se déclenchent à la vitesse de l’éclair, ce qui exige d’avoir un temps d’avance sur lui. Je dois m’attendre à ce qu’il ramène la couverture à lui, qu’il se pavane, qu’il se plaigne ou proteste, et qu’il calcule. Rien ne sert de lui faire des leçons de morale. Ce qui ébranle l’ego, c’est de le démasquer sur le vif plutôt que vouloir le changer.

Que puis-je faire, ici et maintenant ?

« Et maintenant que puis-je faire ? Accepter, c'est être actif et non passif. »

L’ego, avec son infantilisme, marche au tout ou rien. S'il n’accède pas à ce qu’il réclame, il se ferme, boude, se désespère. Reconnaître le caractère capricieux de son exigence (sans la juger !) aide à s’en détacher. Peu à peu, admettons que nous ne sommes pas aux commandes... 
Qu’est-ce qui m’est possible maintenant ? 
Car, à tout moment, quelque chose nous est possible, ne fût-ce que d’admettre qu'ici et maintenant nous sommes submergés d’émotion. C'est cela une attitude positive : prendre comme point de départ une affirmation plutôt qu’une négation : « Ce qui m'est possible » plutôt que « Je n’y arriverai pas ». Accepter, c est cesser de subir, c’est ce qui conduit à l’action : face à une situation qui ne nous convient pas, une fois que nous l’avons admise telle qu’elle se présente, faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’elle évolue dans un sens plus favorable. L’action réduit l’ego au silence.


Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"

******

mardi 24 mars 2020

Nous sommes encore collectivement tellement étriqués...

Merci à Fabrice Jordan ! C'est si vrai !
Bill Gates, en mars 2015. Comme quoi les visionnaires le restent même quand ils changent de domaine. Parce que les ingrédients restent les mêmes : intuition, vision systémique et grande capacité d'analyse conjointement. Et qu'on ne vienne pas dire que c'est parce qu'il a de l'argent. Beaucoup de monde en a, mais très peu sont aussi percutants et ajustés.

On sait ce qu'il nous reste à faire après la sortie de cette crise majeure. Et ça ne passera pas uniquement par des injonctions de type "suivez votre cœur", "retrouvez votre vraie nature" , "tout ce qui arrive est bien", "boostez votre système immunitaire avec le (à choix) Qi Gong, Yoga, les huiles essentielles" ou tuez le méchant virus avec l'hydrochloroquine.

Ni par "ouuuuhh les méchants financiers, politiciens, etc" et autres théories complotistes indigentes.

Non, c'est bien à une vision systémique, intelligente, rationnelle, technologique, humaniste, aimante et spirituelle que cette crise nous pousse, à coups de pieds au cul, parce que nous sommes encore collectivement tellement étriqués.
La pensée matérialiste se meurt, vive l'avènement de la pensée complexe ! Elle aura inclus et dépassé la précédente, en poursuivant avec justesse le projet voulu par la vie : se déployer et s'ouvrir, toujours plus, vers le toujours nouveau.
Fabrice Jordan


************

Présence et absence


Arnaud Desjardins parlait d'une "présence qui est en même temps une absence".
Cela illustre bien la façon dont je comprends l'effacement : être pleinement là, bien vivant, les antennes sensibles déployées, et simultanément disponible, accueillant, au service de l'autre. 
L'ego s'est temporairement retiré de la scène, je ne veux rien de particulier pour moi... 
Celui-ci admet plus facilement de rester silencieux..


Il en ressort que l'effacement n'est en aucun cas une forme de volontarisme que je m'impose. Cela serait ne pas me respecter. Le Moi se tait parce que je me suis pris en compte, avec bienveillance, que j'ai été attentif à mes besoins et que je reste en contact intérieurement avec le courant de la vie.
Aimer son prochain comme soi-même implique nécessairement l'amour pour soi.
Ce soin favorise l'émergence d'une intention pure, libérée de toute préoccupation égocentrique. Une écoute qui n'attend rien pour soi, souple, vivante, un cœur qui se met à l'unisson de l'autre pour entendre, au-delà des mots, ce qui cherche à s'exprimer.

Christophe Massin
Moins d'ego... Plus de joie !

********

lundi 23 mars 2020

A-t-on vraiment besoin de méditer ?


Lors d’un colloque à Avignon, après l’intervention où je présentais la pratique de la méditation, j’ai été confronté à la question suivante : “Ne médite-t-on pas tout le temps ? 
Personnellement, je pratique en me promenant ainsi que dans nombre de mes activités quotidiennes.”

Il n’est pas une conférence où cette question ne m’a été posée sous une forme ou sous une autre. Or celle-ci est l’une des plus emblématiques et des plus regrettables de notre temps et mérite que l’on s’y attarde. Elle méconnaît le sens de tout engagement spirituel, qui repose sur le principe qu’il nous faut abandonner quelque chose pour entrer dans une pratique réelle. Méditer, en effet, ne consiste nullement apprécier un peu mieux le moment présent et jouir de la vie, mais implique d’arrêter l’apparent confort de la routine. Il y a quelque chose dans notre attitude habituelle qui entrave le rapport à la pleine réalité. Mais comment méditer, sans cette prise de conscience ?

En ce sens, méditer nous confronte avec honnêteté à notre propre confusion, à ce qui en nous est crispé, effrayé, tendu, malheureux et faux. En nous asseyant sur un coussin, nous nous exerçons à| considérer notre esprit avec précision et douceur, exactement tel qu’il est. Ainsi, rien n’est plus éloigné de la méditation qu’une promenade entre amis au bord d'une plage ou que la contemplation du coucher de soleil.

Alors que je lui parlais de la difficulté de clarifier ce qui fait problème dans cette singulière conviction, une amie m’a expliqué qu’elle avait rencontré plusieurs personnes qui étaient venues assister aux méditations guidées que je donne au sein de l’École occidentale de méditation. Elles étaient, lui avaient-elles dit, profondément déconcertées par la rigueur de ces soirées, je n’y avais pas songé tant cette exigence me semble naturelle. Mais il est vrai que pour beaucoup d’entre nous, la méditation est une forme de divertissement amusant qui doit détendre, et la spiritualité une manière de rêver en se retirant dans sa tour d’ivoire.

Le choix de présenter la pratique avec sérieux semble étonnant, voire contradictoire. Pourtant, si la spiritualité à un sens aujourd’hui, c’est qu’elle consiste à nous apprendre la valeur réelle de la discipline qui, en son aspect le plus authentique, nous fait défaut. En effet, désormais, celle-ci est pour nous le plus souvent construite sur une violence qui nous contraint et nous soumet, et non sur la confiance dans la bonté primordiale que notre être recèle et qu’il faut maintenir et préserver.

En vérité, ignorer le sens de la méditation, nous le faisons tous à différents degrés. J’ai beau m’y consacrer, je découvre régulièrement que, sans m’en rendre compte, je tends moi aussi à minimiser le saut qu’elle implique. Car au fond, méditer, c’est sortir de la logique qui nous conduit à nous protéger de l’inconfort pour découvrir qu’il existe un espace vivant au-delà du “moi-moi-même-et-encore-moi”. Et cet espace, nous ne pouvons pas le comprendre, le définir ou le saisir. Il n’émerge que comme un séisme, une brèche qui vient nous réveiller comme par surprise.

Ceux qui s’engagent dans la pratique sur le long cours le font parce qu’ils tombent amoureux fous de cet autre visage du monde, un visage sacré et pur. Ils ont alors courage de se confronter à ce qui en eux le refuse. Ce n’est qu’après ce passage par le feu qu’il devient possible d’avoir un autre regard sur le monde. Et c’est seulement alors - parce qu’on a longuement pratiqué - que la manière de voir un arbre ou de saluer un ami, devient comme une forme de méditation.

Fabrice MIDAL
Philosophe et éditeur, Fabrice Midal est le fondateur de l'École occidentale de méditation, où il oeuvre à transmettre la pratique de la méditation, en dialogue avec la poésie et la philosophie.

Source : Ultreïa