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dimanche 12 juillet 2026

Cheminement spirituel

 La tapisserie de Bayeux sera exposée au British Museum de Londres après un voyage dans un caisson spécialement conçu pour éviter les vibrations du transport.

Cette immense broderie du XIe siècle, 70 m de longueur sur 50 cm de hauteur, qui montre des centaines de personnages et d’animaux, est exceptionnelle de créativité, de mouvement, un chef-d’œuvre inestimable qui fait partie depuis 2017 de la mémoire du monde à l’Unesco.



Lutte sanglante

On ne connaît pas l’artiste qui conçut le carton, mais les historiens s’accordent sur une armée de brodeurs, peut-être des artisans du sud de l’Angleterre. Et d’armée, de bataille, il en est question puisque la tapisserie présente une série de scènes racontant une lutte sanglante pour le trône d’Angleterre après la mort du roi Édouard le Confesseur. Prévoyant sa fin proche, le roi envoie son beau-frère Harold signifier à Guillaume, duc de Normandie, qu’il devient son héritier.

Plusieurs scènes montrent le voyage de Harold, ses mésaventures avec le duc de Bretagne, qui le retient prisonnier, et sa libération par Guillaume, à qui il prête serment de vassalité sur des saintes reliques. Mais, à la mort du roi, Harold s’empare du trône anglais, provoquant la guerre avec le duc de Normandie. Les scènes deviennent guerrières, les cavaliers et soldats en armure incendient des villes, coupent des têtes et des membres. Les images sont terribles, sanglantes, réalistes jusqu’au dégoût. La bataille de Hastings de 1066 donne la victoire à Guillaume le Conquérant, qui deviendra roi d’Angleterre.

Que devons-nous retenir de cette broderie troublante par sa beauté alors qu’elle montre un massacre ? Que peut-elle nous apprendre que nous ne sachions déjà sur la capacité des hommes à se battre pour exercer le pouvoir sur les autres ? Peut-être que la tapisserie, dans notre monde secoué par les conflits, tombe à pic.


La guerre, une métaphore

Elle est plus qu’un document sur une bataille historique. Certes, son réalisme est une mine de renseignements sur la façon de faire la guerre – les cavaliers, les fantassins, les armures, les casques –, mais elle cache son jeu. Son commanditaire serait le demi-frère de Guillaume, un évêque nommé Odon, qui inaugure la cathédrale de Bayeux avec la tapisserie. Un lieu sacré expose et met en avant une vision guerrière ! En réalité, ce qui est montré est moins la défaite anglaise que celle d’un homme félon qui trahit son serment sur les reliques et reçoit en retour une punition divine. Les soldats ennemis ne sont jamais ridiculisés et la broderie laisse une large place à l’histoire anglaise qu’elle honore.

Une autre épopée guerrière, celle du Mahabharata en Inde, montre deux clans opposés malgré des liens familiaux. La guerre devient une métaphore de ce qui se passe dans chaque cœur humain et de ce conflit universel que nous devons affronter en faisant un chemin de connaissance de nous-mêmes. D’une épopée à l’autre, il y a peut-être le partage d’un même cheminement spirituel qui nous permet de regarder la tapisserie de Bayeux avec d’autres yeux.

Paule Amblard- Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne

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dimanche 31 mai 2026

Et c’est le temps qui passe !

 Lorsqu’on prend de l’âge, on se demande parfois comment arrêter le temps, freiner l’accélération des heures que l’on constate. À peine s’est-on retourné que 20 ans sont passés. Déjà ! « Enfant à l’aube et ce soir, un vieillard ! Qu’est-elle d’autre qu’un seul jour, la vie ? », dit Pétrarque dans son poème les Triomphes.

La réalité est que le temps n’existe pas, il appartient au monde de la matière, à nos conditions terrestres, celles que l’on quittera le moment venu.

Le leurre temporel

Toutes les religions parlent du leurre temporel. Un leurre avec lequel on doit pourtant apprendre à composer dans notre incarnation. Comment faire pour prendre distance, ne pas redouter le sablier qui s’écoule mais s’appuyer sur ce qu’il représente ici pour évoluer et s’en détacher ? Ce n’est pas rêver de comprendre qu’un jour, je dirai adieu à Chronos. Mais auparavant, j’aimerais faire en sorte qu’il ne puisse pas me dévorer !


Dans les représentations du temps, Monsieur Chronos est un vieil homme échevelé, à la barbe hirsute, aux ailes noires. Le peintre Francisco de Goya en montre une image effrayante, celle d’un homme aux yeux exorbités en train de déchiqueter de ses dents le corps de son enfant. Ivre de son omnipotence, il redoute que l’un de ses héritiers prenne sa place, aussi préfère-t-il s’en débarrasser. L’image a beau être terrifiante, je pense qu’elle saisit de cette façon extrême pour méditer avant qu’il ne soit trop tard sur cette existence qui passe d’abord lentement et puis trop vite.

Les ailes de Chronos


Le Temps a des ailes noires. Ce signe est double, l’aile désigne le ciel, c’est un attribut du spirituel ; la valeur noire signifie ce qui est caché, ce qui demande à être dévoilé, mis en lumière. Tel le corbeau noir dans l’histoire de Noé, qui montre que le temps de sortir de l’arche n’est pas venu, qu’il faut attendre les ailes blanches de la colombe pour découvrir une terre nouvelle où il fera bon vivre. Les ailes de Chronos m’incitent à la réflexion. Et si le temps n’était pas un simple dévoreur de nos jours mais un allié ? S’il conduit à la mort physique, il permet à l’être une prise de conscience de la fugacité de son existence pour conduire sa vie dans un sens bénéfique.

Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, incite à prendre en compte la valeur philosophique du temps qui permet d’instaurer de l’ordre dans le chaos intérieur de l’être : « La part considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l’on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d’une journée, qui comprenne qu’il meurt un peu chaque jour ? » Cette question du philosophe stoïcien vous semble peut-être âpre. En réalité, elle nous éclaire sur ce monde d’apparences que l’on doit apprendre chaque jour à quitter pour comprendre que le réel de la vie est libéré du temps et ne meurt pas.

Louange des jours passés

La grande faux de Chronos donne le choix à l’homme : subir son tranchant ou s’en servir pour la vie. Si j’ai pris le temps de parler ainsi, c’est pour partager avec vous chers lecteurs ce que je crois profondément. Lorsque notre esprit est paisible comme l’eau d’un lac, on peut s’extraire du temps, sentir la vie cachée sous la surface des choses.

On peut arrêter le temps en étant avec son amour, son ami, on peut arrêter le temps en créant, on peut arrêter le temps en goûtant au souffle des mots du beau livre d’Emmanuel Godo, Une si fragile présence (Albin Michel). On peut… Tout ceci est une louange des jours passés et à venir, une prière. La vie est prière.


Paule Amblard

Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne, elle a publié Un pèlerinage intérieur (Albin Michel), les Enfants de Notre-Dame et la Chambre de l’âme (Salvator), Notre-Dame de Paris, les symboles des pierres (Salvator). Dernière parution : Aube de Jérusalem (Salvator).

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Source : La Vie

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samedi 4 avril 2026

Respiration divine

 Et si la résurrection n’était pas seulement un mystère à célébrer, mais un chemin à vivre ? En relisant Christian Bobin, notre chroniqueuse invite à écouter le souffle du monde et à traverser la mort sans désespoir.

Marie Madeleine avait raison, le Christ est un jardinier. Il a semé sur la terre les germes de la résurrection. Ses gestes et ses paroles sont un mode d’emploi pour redevenir ces corps de lumière, ceux que nous étions à l’origine et que nous deviendrons. Ressusciter, c’est devenir et revenir. Mais le chemin de l’homme ressuscité est long tant il est encombré des gravats de son orgueil, son envie, sa haine, son avidité.

Au regard de l’évolution violente du monde et de l’empressement des va-t-en-guerre, il y a de quoi désespérer y compris en faisant le constat de nos propres faiblesses.

Apprendre des arbres

« Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s’effondrent, privées d’appui, et il ne nous reste plus qu’à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre la compassion que le monde ignore » : cette réflexion de Christian Bobin dans son Ressusciter (Gallimard, 2001) peut sembler naïve face à la brutalité des temps. Le poète pourtant a toujours raison ! Il suggère, pour résister à la déréliction, de se souvenir que tout dans l’univers, dans le moindre brin d’herbe, dans ma main, dans mon cœur, dans mon chien, il y a la présence du souffle. Présence que les arbres, qui font le pont entre ciel et terre, peuvent nous faire entendre.

Si l’on prêtait attention à ce pneuma qui anime chaque être vivant, avant nos intérêts personnels, alors on sentirait battre cette respiration divine dans ce passant qui nous arrête un peu trop longtemps à notre goût, dans le chant des oiseaux qui sont de retour et les petits clins d’œil que la vie nous adresse. On ferait une pause : on inspirerait avec l’idée d’accueillir et on expirerait avec l’idée de restituer ce que l’on a reçu. Ce serait le premier pas pour ressusciter. Cette fête christique nous y invite. Elle ne se cantonne pas à une célébration le temps d’un dimanche, un petit jour et puis s’en va ! Que pouvons-nous expérimenter dans notre quotidien de la résurrection du Christ ? Une philosophie de la vie et une autre approche de la mort.

« Dans la mort, il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie » chante-t-on en ce jour. Ainsi grâce au Christ, nous passerons devant cette mort qui attend toute personne sur terre. Nous passerons sans qu’elle nous piège dans sa fosse, nous passerons en la saluant. Elle ne sera plus notre tombeau, elle sera notre libération. Le Christ désire que nous soyons vivants. Il nous a délivré de l’ultime souffrance. Pourquoi ne pas y penser lorsqu’un être cher nous quitte et rend le dernier souffle ?

L’ultime tabou


En cette fête de notre résurrection avec Lui, j’aimerais aussi faire cette demande : puisqu’en ce jour tout est possible, que l’ultime tabou, le plus grand désespoir n’est plus, j’aimerais qu’Il me raconte l’épisode qui suit sa descente dans la mort. Après avoir brisé les verrous et fait tomber les portes, après avoir délivré du lieu d’attente sombre et oublié ceux qui étaient enfermés, que se passe-t-il ?

Christ, qu’as-tu fait de ceux qui étaient prisonniers dans le gouffre du schéol ? Adam, Ève, Jean le Baptiste, tous ceux que les peintres ont représentés et puis ceux qui resteront des anonymes pour la plupart d’entre nous et des proches pour quelques-uns. Christ dis-moi où est mon frère, mes grands-parents, mes amis, ceux que je ne vois plus et que je garde présents dans mon âme ? « Mon cœur bat dans le noir. La vie s’attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement » (Christian Bobin). Christ, fais-moi goûter la vie qui déborde la mort.

Paule Amblard

------------- source : La Vie

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samedi 14 février 2026

« L’espoir d’un renouveau dans le chaos du monde »

 Je croyais écrire une chronique de dépression hivernale, je me voyais rejoindre ma mère sur son canapé, devant la télévision, pour regarder désolée les mauvaises nouvelles du monde en déliquescence. Jusqu’au moment où la découverte d’un artiste m’a sauvé de ce mauvais penchant.

L’Apocalypse, une démarche cathartique


Maurice de la Pintière pendant 20 ans, à partir de 1960, a dessiné une série de 15 tapisseries exposées à Angers sur le thème de l’Apocalypse où il décrit le chaos du monde mais aussi l’espoir d’un renouveau.

Avant lui, dans le château d’Angers, au Moyen Âge, Hennequin de Bruges avait créé une grandiose Apocalypse de 130 m de long sur 6 m de haut et Jean Lurçat traumatisé par la guerre avait repris le thème de l’Apocalypse à Angers en 1957. Les trois Apocalypses se répondent. Pour Maurice de la Pintière, travailler sur le texte de saint Jean fut une démarche cathartique pour sortir de sa dépression.

L’histoire de cet artiste est exceptionnelle. Alors qu’il est étudiant aux Beaux-Arts à Paris, la guerre de 1940 éclate contre l’Allemagne et le conduit, à 20 ans, dans les rangs de la résistance. Peu de temps car il est arrêté, emprisonné et torturé par la Gestapo avant d’être déporté en Allemagne au camp de Dora.

Dora c’est l’annexe de Buchenwald, le lieu sert à produire les missiles V1 et V2 à marche forcée. Ironie du sort, cette production d’armes nouvelles et secrètes, fleuron de la technologie allemande, sera dans le futur une étape essentielle de la conquête spatiale !

Von Braun, l’inventeur de ces missiles a réalisé son rêve : ouvrir aux hommes les portes du ciel. Mais pour y parvenir, il a dû en laisser beaucoup d’autres aux portes de l’enfer… À Dora, si on a la force de rester en vie, on devient des fantômes tant la peau colle aux os.

À la sortie du camp, Maurice de la Pintière pèse 35 kg et il est malade de la tuberculose. Pendant son temps de convalescence, il dessine les images qui le hantent. Ce premier acte de mémoire est un geste salutaire qui participe à sa guérison. « C’est à l’art que je dois ma survie », dit-il.

Devenir une lumière


Dans le silence, l’œuvre de l’Apocalypse est en train de germer. Elle naît après une rechute de sa maladie. « L’Apocalypse par sa richesse symbolique merveilleuse me guide dans le déchiffrement de ma douloureuse expérience. » Il commence alors à créer un premier carton Feu de vie qui montre un épouvantail vêtu d’un costume rapiécé dont certains bouts de tissus évoquent la tenue rayée des déportés.

Ce pantin le représente. Dépourvu de corps, il est un vêtement usé, vidé de sa chair. Mais, de façon surprenante, il arbore un visage au masque radieux, coiffé d’un chapeau à plumes. Il danse avec une femme lumineuse à la chevelure de flammes qui l’entraîne par la main. La femme est le signe de la vie spirituelle, de l’espoir.

Pendant 20 ans, Maurice de la Pintière va égrener les cartons des tapisseries comme une lente méditation. Grâce à son travail artistique, il s’aperçoit qu’aux pires heures de son épreuve, la lumière l’éclairait, il n’a jamais perdu la foi. Par son œuvre, il guérit. Dans la dernière tapisserie qu’il conçut on voit une lampe briller dans un paysage rouge et noir.

Sur les collines on lit : « Si tu veux être l’étoile dans le ciel ou le feu sur la montagne, sois d’abord la lampe dans la maison. » Nous n’avons pas besoin d’être des héros. Nous pouvons travailler modestement à devenir une lumière éclairant nos pas et ceux qui sont autour de nous. Cette clarté commence à l’intérieur de nous, elle fait fuir l’ombre et nous renouvelle.

Paule Amblard

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dimanche 21 décembre 2025

Naître à Noël

 


La nuit est profonde, la nature est à l’os, dépouillée de son feuillage, elle étend ses branches noires décharnées. L’hiver aux petits jours et aux longues nuits est paradoxalement une saison de clarification. On ne peut pas fuir dans la contemplation plaisante de l’abondance de feuilles, de fleurs, de fruits. Il n’y a que des bois dénudés, des structures austères, des fusains, des encres noires. C’est le temps de l’enfouissement, du retour dans nos terres intérieures, dans ces eaux profondes dont parle le Christ.

Une nostalgie me prend l’âme dans cette période d’attente. Je regrette le temps chaud, lumineux, la nature qui gazouille, coasse, stridule de chants de cigale. Je me rebelle à l’idée de cette noire invitation à aller fouiller mon sol, méditer sur la finition à laquelle me pousse cette saison.

On n’a pas toujours envie de faire ce travail intérieur, lent, sans éclat, tout retourné dans l’ombre de soi avec pourtant l’espoir d’une future floraison. Je n’ai pas le choix, je dois vivre à l’image de cette nature qui nous ressemble. L’humain est un terreux, il a été pétri avec la glaise du sol. Il doit faire avec sa réalité d’incarnation.

Le don de sa vie

Donc Noël, me direz-vous ! Vous qui me lisez, vous vous demandez sans doute où je souhaite vous conduire dans ma réflexion ? En ces derniers jours de l’Avent, je vous mène devant une icône, une Nativité du XVe siècle d’Andreï Roublev.

Ce peintre de renom est un moine formé par un grand artiste, Théophane le Grec. Grâce à son maître qui lui a transmis son art d’écrire l’icône, il a acquis la capacité de faire jaillir de son pinceau tout ce qu’il perçoit. On ne sait pas grand-chose sur sa vie mais certains témoignages, qui construisent aussi sa légende, évoquent sa faculté de peindre sans regarder son support, en laissant faire son regard intérieur.

Cette œuvre de la Nativité ne représente pas qu’une naissance, elle raconte le destin de l’homme délivré de la mort. En bas, Joseph, enroulé dans son manteau, est pensif. Dans ce moment unique, il symbolise le vieil homme dépassé par l’irruption du divin sur la terre, dans sa terre. À ses côtés, un homme également âgé, courbé sur un bâton, porte une peau de bête, signe de cette part animale qu’il doit quitter. Les servantes près de lui préparent sans hasard un bain pour l’enfant nouveau-né. Joseph aussi doit renaître d’esprit, comme chacun de nous.

Le centre de l’image est occupé par Marie. Dans son manteau noir, elle repose sur un drap rouge ourlé d’or, des signes lumineux. Les anges sont auprès d’elle. Ils entourent l’Enfant, les mains cachées sous leurs vêtements, un geste réservé aux personnages sacrés.

Ce qui me frappe c’est leur présence au milieu des humains, des bergers et des mages que l’on voit caracoler sur leurs chevaux, en haut de l’image. Eux suivent l’étoile que Roublev a placée au centre de l’icône. Ses trois rayons désignent l’Enfant né dans cette grotte sombre, noire comme le manteau de Marie, un manteau de nuit, la nuit de l’être humain.

Dans nos ténèbres, il est là, dans cette mangeoire qui a la forme d’une tombe, emmailloté dans des bandelettes évoquant un linceul. Cette convention de l’icône que Roublev suit fidèlement signifie pour le peintre la Passion du Christ à venir. On pourrait dire que dès la naissance de Jésus, il a le don de sa vie, sa mort. Mais celle-ci n’est qu’un passage vers Sa Résurrection. Voilà le vrai sens de Noël, celui qu’il nous a laissé en se manifestant au monde : nous naissons et nous pouvons vaincre la mort.

Paule Amblard


La nativité - Andreï Roublev, 1405 - tempera sur panneau de bois, 142 × 114 cm - Moscou, Cathédrale de l’annonciation

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vendredi 31 octobre 2025

Cultiver la vie jusqu'à la fin

 A quelques jours de la Toussaint et de la commémoration des défunts, la date de ma chronique

tombe à pic pour vous faire part d’une interrogation sur la fin de vie. Dans quelles conditions allons-nous quitter cette existence ? Devrons-nous finir dans la souffrance, sous prétexte que c’est notre destin, même entourés par des proches ou des infirmiers compatissants, même soulagés par des analgésiques ? Cet été, je débattais avec un ami au sujet de cette loi sur l’aide à mourir adoptée par les députés. Un être pourrait désormais s’administrer un produit létal, sous certaines conditions - être atteint d’une affection grave, incurable, être majeur... S’il ne peut procéder lui-même à cet acte, le malade pourrait demander l’aide d’un médecin. Cet ami de 80 ans défendait le droit de mourir dignement et non dans un état de déliquescence. Quant à moi, je lui exprimais mes craintes d’ouvrir une porte étroite à l’euthanasie, qui allait nécessairement s’agrandir sous la pression de la société, peu encline à prendre soin des plus âgés et des personnes handicapées.

Depuis cinq années, j’accompagnais un frère malade d’un cancer métastasé, dont on venait d’arrêter les traitements. Dans ce contexte de fin de vie, j’évoquais les moments intenses et joyeux que je vivais, son désir de vivre malgré la conscience de son échéance proche et la beauté de voir comment l’esprit émerge à la surface d’un corps épuisé.

AU RYTHME DES PETITS MIEUX

Hâter la fin de mon frère qui vivait relié à ses fils d’oxygène et de morphine était à mes yeux sacrilège, tant notre présent était fécond. Lorsque l’on accompagne un malade sur la fin, on vit un moment à part, hors du temps. On est sans arrêt dans la gravité, l’attente, la tension au sujet d’une mauvaise nouvelle qui pourrait parvenir. On vit au rythme des petits mieux qui sont source d’enthousiasmes, des marches descendues, des consultations, autant d’épées de Damoclès... Pourtant, malgré cette réalité, je n’aurais donné ma place à personne ! Avec mon frère, je cultivais la vie.

Sur les conseils de l’ami, je suis allée voir la Chambre d'à côté, de Pedro Almodovar, qui raconte l’histoire d’une femme atteinte d’un cancer en phase terminale. Elle décide de mettre fin à ses jours avant de subir de nouveaux traitements invasifs qui, d’après les médecins, ne feront rien à part lui donner quelques jours de plus. Mais dans quel état ? Elle demande à une amie de l’accompagner dans une belle maison en pleine nature et de rester dans la chambre voisine. Elle a décidé de s’administrer une substance létale sans révéler à son amie le jour où elle le ferait. La beauté qui entoure la malade et son amie est propice aux partages heureux et amicaux, jusqu’au jour où elle met fin à son existence. Elle accomplit ce geste pour éviter de vivre la souffrance de son corps dévasté.

Le jour où je sortais du cinéma, une longue traversée d’épreuves physiques attendait mon frère, qui ne pouvait plus ni s’alimenter ni s’abreuver. Il respirait très mal avec un seul poumon. 11 était de moins en moins conscient, car les doses de morphine l’entraînaient dans un état de grande confusion. Il n’était plus avec les autres. Lorsqu’on vit dans la proximité d’une telle fin, les termes espérance et acceptation de la souffrance ne veulent rien dire. Il y a juste un être qui n’est plus capable de vivre quoi que ce soit de vivant. « Ta mort fait comme une ile noire dans un océan de lumière, relevait poétiquement Christian Bobin. Pour te rejoindre, aucune barque... Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s'apprendre. Cela s’apprend. »•

Paule Amblard
(source : La Vie)

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dimanche 21 septembre 2025

Revenir du pays de Peter Pan

 Conversations avec ma mère qui s’aperçoit à quel point les questions philosophiques lui ont échappé au cours de sa vie. Depuis des années elle me regarde en souriant, amusée de voir sa fille toujours à s’interroger sur l’existence. Je suis frappée du nombre de personnes âgées qui n’ont aucune idée de leurs mondes intérieurs.

Leurs terres sont en friche, ils ont mangé la moisson depuis longtemps dans ce qui leur apparaissait « le beau temps de la jeunesse ». Ils ne savent pas que l’on peut travailler afin que le sol donne une autre récolte, celle-là plus secrète, moins matérielle, plus rassasiante.

Il reste à ces anciens un goût amer et le regret de ne plus pouvoir faire ou aller à leur guise. « C’est pas drôle, ah non ! » Petite ritournelle que j’entends souvent dans leurs bouches.

J’aimerais leur dire que leur âge n’est pas l’antichambre de la mort, qu’il y a autre chose à expérimenter que l’attente. Qu’ils peuvent être des pionniers d’une vieillesse lumineuse aux yeux de ceux qui viennent, parce que là où ils sont parvenus, du haut de leurs montagnes d’années vécues, ils possèdent ce qui ne peut s’acquérir qu’avec le temps, un recul.

Avec le ralentissement du corps, du langage, eux pour qui le temps est compté peuvent le savourer autrement, voir la grâce des instants passés et présents. Au fond, ce temps réduit peut être un allié.

Un garçon qui ne veut pas grandir


La rentrée est morose. Écouter les nouvelles donne la nausée. On demeure impuissant avec nos « pourquoi ? » Plus le monde s’épaissit dans ses vagues de violence plus on a envie de fuir. Mais où ? Jadis, je m’échappais dans les contes.

Les psychanalystes comme Bruno Bettelheim pensaient qu’ils ont le don de structurer la psyché de l’enfant. Ils peuvent être des sources de sagesse pour les adultes par les symboles qu’ils transmettent.

Je pense à l’histoire de Peter Pan écrit par J.M. Barrie en 1911. Si on relit l’histoire, Peter est un garçon qui ne veut pas grandir. Au début du récit, il a perdu son ombre. Sans ombre, on ne peut voir la lumière. La conscience de l’ombre est essentielle pour se connaître. Mais Peter Pan ne veut pas voir le réel, il veut se distraire et entraîner les autres enfants Wendy, John et Michaël dans le pays imaginaire, un pays où l’on fuit la réalité. Même la fée Clochette, petite âme ailée est de la partie pour s’échapper.

Dans ce pays il y a le célèbre capitaine Crochet qui veut se venger de Peter Pan qui lui a coupé la main. Symboliquement, le premier lui a ôté un moyen d’action. Peter a jeté la main à la mer avec le réveil du capitaine dans la gueule d’un crocodile.

Symbole du temps qui passe


Ce détail comique du réveil est un symbole du temps qui passe. Peter Pan a volé au capitaine cette conscience. Au fond le capitaine n’a plus les moyens de devenir adulte. Il est figé dans un moment, enfermé dans la seule pensée de sa vengeance. Le crocodile est un monstre marin. Il est un signe de ces bêtes cachées dans nos profondeurs. Nous avons en nous des animaux aux dents de crocodile qui attendent que nous les affrontions et les maîtrisions au risque de nous dévorer.

C’est ce qui arrivera au capitaine Crochet qui a perdu dans le conte plus qu’une main, sa conscience d’être humain vivant la terre pour un temps limité. Il sera anéanti par le crocodile.

Je retrouve mes chères vieilles personnes que je visite. Et j’ai envie de leur raconter Peter Pan, ce vieil enfant qui veut échapper aux transformations que le temps produit inéluctablement. J’ai envie de leur dire que le temps peut nous aider à ne pas fuir mais à grandir pour redevenir de vrais enfants.

Paule Amblard

Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne, elle a publié Un pèlerinage intérieur (Albin Michel), l’Apocalypse de saint Jean, illustrée par la tapisserie d’Angers (Diane de Selliers éditeur), les Enfants de Notre-Dame et la Chambre de l’âme (Salvator). Sa dernière parution : Notre-Dame de Paris, les symboles des pierres (Salvator).

Source : La Vie

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samedi 22 février 2025

« Le temps nous pose la question de notre limitation »


 En ce moment, étant en lien avec de très vieilles personnes, je suis confrontée à la question du temps. Le temps à notre époque joue un drôle de jeu. On voit ceux qui courent après lui toute la journée : les adultes pris dans les multiples obligations de leur travail et de leur vie quotidienne, avec le sentiment de s’oublier et les enfants qui enchaînent l’école, les devoirs, les activités, sans avoir de répit pour rêver.

De l’autre côté, il y a ceux pour qui le temps s’étire lentement, invariablement, sans en voir la fin que pourtant ils redoutent. Le temps nous est-il contraire pour qu’il ne soit jamais un allié ? Pourquoi sommes-nous de plus en plus prisonniers des caprices de son cours débordant ou aride alors que, paradoxalement, nous vivons dans une société où de nombreuses tâches sont effectuées sans avoir besoin de notre intervention par des machines et avec rapidité ? Selon la Genèse, nous avons été créés libres et nous sommes de plus en plus entravés dans les filets du monde.

L’hiver de la contemplation

Le printemps s’annonce. Nous sommes à l’aube de la saison du renouveau. La nature va reverdir, elle va exploser de fleurs et de fruits après ce long passage de l’hiver où tout s’est arrêté. Dans la terre froide, les graines ont germé, sans pousser, sans mouvement apparent vers l’extérieur. Elles ont fermenté, se sont ouvertes pour se débarrasser de leurs vieilles coques avant de laisser émerger la nouvelle pousse.


Ce moment de réflexion de la nature me semble un grand enseignement. Pour arrêter les chevaux impétueux du temps ou comprendre pourquoi il s’étire au moment où nos corps sont diminués et ne répondent plus à nos envies passées, il faut passer par l’hiver de la contemplation : s’asseoir et méditer, prier, abandonner la partie, laisser le jeu se faire sans nous, regarder.

Dans cette simple attitude, on mesure combien on veut toujours diriger les choses alors qu’au fond on ne maîtrise rien. Et si l’on prenait le risque d’être imparfait, de ne pas toujours devancer ce que l’on croit essentiel à notre bonheur, lâcher une partie de nos projets. Et si l’on finissait de subir le temps en le considérant non comme un ennemi mais comme le garant de notre éveil, de nos émerveillements face à l’éphémère du monde, de notre évolution spirituelle puisque, ici, tout passe mais au-delà tout demeure ?

Si on fait ce pas de côté, on prend conscience que le temps nous pose la question de notre limitation. Il est compté. Le tic-tac avance inexorablement. D’où cette attitude de fuite, de course effrénée ou de volonté de freiner l’inexorable de notre fin. Si le temps est mon allié, je profite de son enseignement pour cultiver mes jours, éclairer mes zones d’ombre, combattre mes animaux intérieurs, accueillir ce qui m’arrive comme un don. Le temps oblige à un travail de conscience pour ne pas pâtir de ce qui ne revient plus, se détacher du passé, observer ce que la richesse du présent apporte chaque jour.

Dans une des histoires de Winnie l’ourson que je lisais un soir à une petite fille, le petit ours pose une question à son ami Porcelet : « Quel jour est-on ? » Il répond : « On est aujourd’hui. » Et Winnie conclut : « C’est mon jour préféré. » Ainsi une comptine pour enfants est une leçon de philosophie ! J’ai envie de dire à mes chères vieilles personnes : ne tombez pas dans le piège des regrets, vous êtes le sel de la terre. Il révèle le suc de la vie. La sagesse est le sel. Elle ne s’acquiert qu’avec le temps, le précieux temps qui est compté alors que la vie est sans limite.

Paule Amblard - Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne

Source : La Vie

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dimanche 25 août 2024

« J’ai le vague à l’âme de l’été, la nostalgie de l’enfance où le temps du repos était long »

 Paule Amblard arpente les rues désertées du Paris estival… et cette saison lui évoque l'insouciance de ses jeunes années, les déambulations des poètes, l'abandon au présent des spiritualités orientales.



À l’heure où j’écris, la ville dans laquelle j’habite est dépeuplée. À Paris, les rues sont en deuil avec leurs commerces fermés par les lourdes ferrailles des rideaux gris, les trottoirs sont désertés des humains, des poussettes, des chiens. Je pourrais me réjouir de ce calme retrouvé, où la cité semble reprendre souffle.

Débarrassée de son trop-plein d’habitants, elle apparaît nue dans la beauté de ses musées, de ses monuments, de ses immeubles de vieilles pierres, de ses éléments qui n’appartiennent qu’à elles : une entrée de métro signée Guimard, une fontaine Wallace avec ses cariatides, un bouquiniste le long de la Seine. La pierre reprend ses droits sur la foule qui s’est enfuie, elle redevient un objet de contemplation. Je pourrais me réjouir de ce spectacle qui brille pour une poignée d’égarés qui ne sont pas partis. Mais le temps radieux m’invite ailleurs.


Ce bonheur d’enfant

J’ai le vague à l’âme de l’été, la nostalgie de l’enfance où le temps du repos était long, heureux, loin de mon quotidien d’écolière. L’été avait le goût de pêche, l’odeur de fleur et de vent, la surprise de l’instant non prévu, le sourire des adultes détendus. C’était si simple, le temps d’enfance, à rêvasser, à bouger sans fatigue ou lassitude, à regarder l’infiniment petit dans une fourmi ou l’infiniment grand dans les constellations célestes.


À l’heure où je devrais travailler, j’aimerais voyager dans ce passé des étés de l’enfance, revoir mon grand-père dans le jardin confectionner pour ma sœur et moi des pagnes de Tahitiennes avec des fanes de carotte. J’aimerais revenir dans l’église où nous allions chaque dimanche célébrer la messe avec ma grand-mère, l’entendre chanter fort à me faire rougir d’être à ses côtés, mettre ma main dans la sienne à l’heure de communier, aller dans le cimetière sur la tombe familiale pour dire un bonjour hebdomadaire à ceux qui sont partis et nettoyer la pierre, l’orner de nouvelles fleurs et enfin revenir dans la maison, rejoindre mon grand-père qui ne croit pas mais respecte la ferveur de son épouse.

J’aimerais retrouver ce bonheur d’enfant fait de grandeurs et de manques, d’engouements et d’ennuis. Pourquoi à l’âge adulte est-ce devenu si complexe de vivre pleinement, sans crainte, en faisant confiance à notre destinée ? Il faudrait faire comme les bouddhistes, laisser passer les nuages des pensées, des obligations, des projections pour fixer sa conscience sur l’instant présent, qui laissera sa place à un autre instant.


Une question de conscience

Il faudrait être comme les poètes qui n’ont pas besoin de sortir de chez eux pour déambuler dans la nature et être en communion avec le monde : « J’irai dans les sentiers, / Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : / Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. / Je laisserai le vent baigner ma tête nue. / Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : / Mais l’amour infini me montera dans


l’âme », écrit Rimbaud dans son poème Sensation.

Il faudrait être comme les voyants, sentir le ravissement spirituel, quitter nos pesanteurs, se retourner et voir le ciel ouvert comme Jean à Patmos. Que l’on reste, que l’on parte, on voit bien que tout ceci est une question de conscience. Vacances ou non, il s’agit de trouver la bonne orientation, celle qui mène à l’Orient de nous-mêmes, vers la lumière qui est la nôtre.

Alors les nuages, les nostalgies seront laissées à ce qu’ils sont, des souvenirs. Si vous partez en vacances ou si vous ne partez pas, - puissiez-vous goûter les pêches et sentir l’odeur du vent. « Ici une buée, et là une buée / Et après la Clarté ! » (Emily Dickinson). 


Paule Amblard

Historienne de l’art, spécialisée dans l’art du Moyen Âge et la symbolique chrétienne, elle est l’autrice de l’Apocalypse de saint Jean, illustrée par la tapisserie d’Angers (Diane de Selliers, 2010), des Enfants de Notre-Dame et de la Chambre de l’âme (Salvator, 2021 et 2023).

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dimanche 9 octobre 2022

« De la chenille au papillon »

En dépit de toutes les nouvelles anxiogènes qui nous parviennent, nous avons le pouvoir de transformer le monde. Paule Amblard, historienne de l’art, nous présente une autre perspective, fondée sur l'Évangile et semblable au travail de l'alchimiste : notre devoir est de nous métamorphoser.

Ce jour-là, assombrie par la lecture des journaux qui dressent un bilan peu réjouissant de ce qui nous attend, je rejoins un groupe d’enfants pour retrouver ma nièce. Ils jouent, déguisés en magiciens avec de grands chapeaux pointus et des capes sur lesquelles sont collées des étoiles, des fleurs et de drôles de planètes explosant de couleurs. De grandes baguettes argentées en mains, ils se poursuivent jusqu’à ce que l’un d’entre eux parvienne à toucher l’autre. À cet instant, ils prononcent la formule : « Immobilos, Lumos, Expelliarmus, Oubliettes », autant de mots qui ont les pouvoirs de transformer ceux qu’ils touchent. Je me fais expliquer qu’« Immobilios » rend l’adversaire incapable de mouvement, « Lumos » projette sur lui un rayon de lumière, « Expelliarmus » le désarme, et « Oubliettes » l’envoie ailleurs.

Transformer le monde


Loin de me faire oublier les prévisions sinistres des économistes, des écologistes, des biologistes et autres spécialistes, leur jeu me fait réfléchir. N’avons-nous pas dans ce monde un pouvoir de transformation ? Au Moyen Âge, on pense que tout est mouvement, rien n’est figé et qu’il appartient à l’homme d’être le gardien de l’ordre naturel, mais aussi d’œuvrer pour le rendre meilleur. L’être a le devoir de se métamorphoser sur cette terre, de trouver ses ailes comme la chenille qui devient papillon. D’ailleurs, sans hasard possible, on voit souvent leurs ailes représentées sur les sarcophages chrétiens.

La parabole des talents

L’homme est à l’image de ces éphémères, c’est un voyageur, un passant qui doit faire fructifier ses capacités. C’est l’enseignement de la parabole des talents dans l’Évangile de saint Matthieu (25,14-30). Un maître sur le départ confie à ses serviteurs différentes sommes d’argent. Lorsqu’il revient, il constate avec satisfaction que ceux à qui il a donné le plus ont su faire prospérer son héritage. Seul le serviteur qui avait le moins est devenu peureux, a enfoui son trésor dans le sol et l’a oublié. J’ai longtemps trouvé très injuste cette histoire car il est dit : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. »

Mais si l’on entre dans une compréhension symbolique du récit, considérant la richesse des serviteurs comme une marque de leurs capacités intérieures, alors la clarté se fait et l’on plaint l’homme qui n’a rien fait de sa nature, même modeste. Il n’a pas créé de vie, il s’est enterré. Dans son existence terrestre, il était comme mort !

Découvrir un au-delà de nous

On voit bien aujourd’hui que face à l’incertitude des jours et aux mauvaises prospectives, notre unique moyen de résistance est d’aller chercher des ressources en nous-mêmes, de les révéler en apprenant à nous connaître et d’aller découvrir un au-delà en nous. Cet inconnu est autrement plus réjouissant. Contrairement aux événements tragiques de la planète, nous avons dans ce domaine une capacité d’action et, selon l’évangéliste ­Matthieu, une raison vitale d’accomplir ce travail intérieur.

Il paraît que nous sommes des fils de Dieu, des « coupes d’or dans la main du souverain ». Il y a eu quelques coulées de boues pour recouvrir l’or ! Jadis, les alchimistes désiraient transmuter la matière. Dans leurs creusets passés au feu, ils recueillaient une quintessence. La matière brute, l’œuvre au noir, purifiée, devenait blanche, puis rouge, signe de l’or spirituel illuminant la matière. Que l’on soit jardinier pour cultiver son jardin ou alchimiste pour faire de l’or, cet accomplissement ne sera jamais perdu, même si le monde l’est. Il nous reste à devenir de bons serviteurs !

Paule Amblard

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dimanche 5 septembre 2021

Comme saint Michel, apprenons à lutter contre notre dragon intérieur


Paule Amblard nous emmène en Crète, où une icône découverte dans une église de La Canée l’amène à méditer sur le combat de nous devons livrer à nos dragons intérieurs, qui nous empêchent de nous élever vers la lumière.

Je marchais depuis longtemps sous le soleil brûlant de La Canée. J’étais venue en Crète chercher la chaleur, les ciels embrasés du soir, les odeurs de thym, d’origan ou de l’herbe divine, le dictamnus, poussant sur les roches, qui guérit les plaies, le foie, le manque d’entrain et que sais-je encore ! Je voulais me gorger de cette nature et de sa vie intense avant de retrouver l’incertitude des jours où nous demeurerons un temps.

La vie des images sacrées


À midi, il n’y avait que les touristes ou les fous pour se promener dans la fournaise ! L’entrelacs des rues débouchait sur la place désertée d’une église, occupée par une statue de pierre : un religieux grec avec une longue barbe descendant sur sa poitrine. Il tenait d’une main une croix et de l’autre bénissait ceux qui venaient à lui. Je m’approchais et découvris son nom, Athénagoras, patriarche de Constantinople. C’est sous sa protection que je pénétrais dans le sanctuaire.

La fraîcheur du lieu me ranima. Je soupirais d’aise sans remarquer la présence du gardien qui somnolait, l’œil mi-clos, devant un tas de cierges et de petites icônes proposés à la vente. Quand il me vit, l’homme se redressa sans m’adresser une parole, m’observa des pieds à la tête pour contrôler ma tenue et, me jugeant apte, me laissa aller dans l’édifice. Le lieu était baigné d’odeurs d’encens, de cire. De nombreuses icônes ornaient les murs et les piliers. Les plus belles couvraient le mur de l’iconostase, fermant le chœur.

Pourtant, ce ne sont pas celles-là qui arrêtèrent mes pas, mais une image imparfaite dans sa facture, éclairée par des dizaines de petites flammes dansant dans l’ombre. Elle représentait saint Michel terrassant le dragon. Un pied dans la gueule de l’animal, il tenait une lance pointée sur la bête échouée qui le regardait. Cette vision m’a donné la force que j’espérais du voyage. Les orthodoxes croient à la vie des images sacrées qui transmettent une connaissance et une énergie spirituelle.

Une force vitale au service du spirituel

Celui qui regarde peut se laisser saisir et son âme être fécondée. Et, par sa vision, il donne vie à l’image. J’observais le dragon. Cet animal fantastique n’existe pas sur terre. Les sages racontent que lorsqu’il fut chassé du ciel, dans la lutte cosmique qui l’opposa à Michel, il fit sa demeure dans le psychisme humain. Il y poursuit sa lutte et sa quête de pouvoir. Certaines peintures représentent le dragon tel un monstre hybride au corps animal avec une tête d’homme. Ce symbole exprime notre propre combat intérieur pour transformer cette immense énergie pulsionnelle qui tend à détruire, prendre, consommer, en une force vitale au service du spirituel. Il s'agit de tenir notre lance, signe de lumière et de conscience sur la bête prête à détourner notre âme de son chemin d’évolution.

Qui est comme Dieu ? C’est l’étymologie hébraïque du nom de Michaël. Le dragon veut être Dieu. Il veut régner, absorber, dévorer. Il s’impose en nous et exerce sa puissance sur nos désirs, nos peurs, nos pulsions égoïstes qui nous abîment. Saint Michel offre sa force. L’automne fête l’archange. À l’heure où la nature se prépare à se détacher et mourir, l’ange de lumière est un signe de feu intérieur. En prenant appui sur cet être divin, nos terreurs, nos dragons intérieurs peuvent être vaincus.

« Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions » (Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.)

par Paule Amblard

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Source : La Vie


lundi 19 juillet 2021

Partir et habiter le monde


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ! De quoi avons-nous besoin ? Une parenthèse, nous l’avons eue. Un temps de pause, un moment chez soi, un autre rythme, une rupture, nous les avons vécus longuement. Cette immobilité, le plus souvent, n’a pas été un temps de respiration propice à la paix intérieure. Elle s’est faite pesante, interminable, sans horizon. Au lieu d’avoir repris souffle, nous manquons d’air. Nous avons essuyé les tempêtes de nos pensées, de nos repères effondrés, du temps soudain inconnu et dysmorphique, qui nous laissent la sensation d’être vidé. En réalité, nous sommes en trop-plein. Vacances vient du verbe latin vacare, « être libre, inoccupé ». Vacuus veut dire aussi « vide ».


ABANDON DANS LE MOUVEMENT

Paradoxalement, cet état de relâchement, d’abandon confiant s’accomplit dans le mouvement. Notre stabilité intérieure vient du fait de bouger, d aller vers. Cela implique de sortir de chez soi, tel Abraham répondant à l’appel de Dieu : « Quitte ton pays ! » (Genèse 12,1). Ce départ, qui suppose aussi de sortir de soi-même, de se défaire de nos vieilles peaux, pour partir léger, est promesse de régénération. Dans les premiers mots de l’Apocalypse, il est dit : « Heureux le lecteur ! » (Apocalypse 1,3). Que le texte hébreu traduit par : « En marche, le lecteur ! » Celui qui laisse ce qu’il connaît en devenant voyageur et lecteur du monde extérieur devient riche d’une connaissance et d’une identité nouvelles. Cette lecture transforme le marcheur. Ainsi, le philosophe Holderlin invite à habiter poétiquement le monde. On voit bien qu'il ne s'agit pas de s’en aller, tel le chasseur, et rapporter un butin de souvenirs, mais de se laisser saisir par ce qui nous entoure. Cet état d’être, cette présence au monde n’est pas dans une consommation mais une communion. Devant un arbre, une montagne, une rivière, le voyageur découvre le lien d’intimité qui l’unit au vivant. Plus il marche, en laissant derrière lui toutes ses habitudes passées, plus il entend le cœur de cette vie qui auparavant lui était cachée. Cette expérience est spirituelle. Tout autour de lui vit, parle, fait écho et répond. La nature devient un temple où l’homme passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers.

ALLER VERS... SOI-MÊME

Dans nos besoins de partir il y a une volonté secrète de se renouveler. Finalement dans cette envie d’ailleurs, il y a le désir d’être pleinement soi-même. Il faut parfois faire le tour de la Terre pour trouver ce que nous sommes. « Quitte ton pays » et va vers toi-même, cette invitation divine est une promesse de résurrection. Lorsqu’on envisage cet enjeu, on voit bien l'importance de nos départs. Le périple du héros grec Ulysse est un modèle du genre. Il fait le tour de son monde, affronte des forces hostiles, remporte des victoires, sur le cyclope dévoreur, la magicienne Circée, les sirènes, les Lotophages et, au terme de son voyage, alors qu’il touche au rêve de l’immortalité promise par Calypso, il renonce pour revenir à Ithaque. Il renonce parce que cette infinitude, qui lui est présentée sur un plateau, est la négation de son identité.


Dans l'Assise et la marche (Albin Michel) de Jean-Yves Leloup, un voyageur demande à un guide : « Où partir en premier?— Commence par ton pays. — Mon pays est grand, où aller ? — Dans ta ville.— Bonne idée, dans quel lieu de ma cité ? — Commence par ton immeuble. — J'habite un vaste ensemble, où porter mes pas ? — Commence par ta famille. — Les miens sont nombreux, qui dois-je voir en premier ? — Toi-même. » Heureux qui comme Ulysse...

Paule Amblard

Source : La Vie

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dimanche 22 juillet 2012

Paule Amblard et l'Apocalypse

Texte étrange du corpus biblique, l’Apocalypse de Jean, exilé sur l’île de Patmos, est à proprement parler une "révélation". Il annonce "le présent et ce qui doit arriver plus tard." Ce dévoilement d’un futur punitif que connaîtra(it) l’humanité est de fait, selon Paule Amblard, davantage une photographie du présent que l’annonce de l’avenir. Haine, guerre, rivalité et vide spirituel hantent la destinée humaine. Aussi est-il plus nécessaire que jamais de "dépouiller le vieil homme" et s’engager avec ferveur vers l’horizon spirituel promis par le Sauveur. 

Attribué à Jean, le préféré du Christ, le texte fut sans doute rédigé par ses disciples vers l’an 90-95 alors que la secte chrétienne subissait les persécutions impériales. D’ailleurs, les pères de l’Eglise verront plus tard dans le chiffre de la Bête la marque même de l’empereur Néron.
Fidèle à sa passion bibliophile, Diane de Selliers a choisi d’illustrer cette Apocalypse par la tapisserie d’Angers, la plus grande jamais tissée au Moyen Âge. Œuvre du peintre Hennequin de Bruges, elle fut commandée par Louis Ier d’Anjou, frère du roi Charles V, d’après un manuscrit enluminé de ce dernier livre du Nouveau Testament. Réalisée de 1379 à 1382, elle entra de facto dans le trésor de la maison d’Anjou puis de France et se trouve depuis 1996 exposée en permanence dans une salle spécialement aménagée au château d’Angers. 


L’Apocalypse de St-Jean, avec l’éditrice Diane de Selliers et Paule Amblard au micro de Christian Ciocca et Christine Gonzalez






Mardi 30 novembre 2010 - 50 min. RSR



Deux vidéos également sur le site de La Procure

samedi 21 juillet 2012

L'apocalypse avec Paule Amblard (5)

Cinquième épisode : De l'ombre à la lumière

1- La prostituée de Babylone : Nous sommes toujours dans les dangers des illusions du monde. Explication symbolique de cette femme et sens historique de cette vision au temps de Jean. 

2- La chute de Babylone : Annonce de cette disparition d’un monde vicié qui s’écroule, comme ces démons combattus par de simples oiseaux blancs. Ils sont signe de la lumière qui perce l’ombre et la fait disparaître.


3- La mesure de la Jérusalem : Image du renouveau de l’homme. Nous met face à cette ville nouvelle : du jardin de l’Eden à une ville. 


4- Conclusion sur ce périple de l’Apocalypse qui est passage de l’ombre à la lumière, avec une lecture du dernier passage du texte de l’Apocalypse : sur l’appel du Christ au lecteur : "Viens !".

vendredi 20 juillet 2012

L'apocalypse avec Paule Amblard (4)

Quatrième épisode : La femme et le dragon 
 ("nous avons tous un dragon intérieur.")

1- Annonce de la victoire : ces sept fléaux sonnés par les anges aux trompes annoncent quoi ? non une fin, mais une victoire.
2- La femme et le Dragon : Une femme enveloppée de soleil qui est en train d’accoucher. Explication de cette mystérieuse figure féminine signe de la Vierge à l’Enfant, nouvelle Eve qui annonce le renouveau de l’homme.
3- La Bête de la mer : Explication historique et symbolique de cette Bête. Réalité du monde envahit de haines.
4- La Bête de la terre : Le pouvoir de la parole, élément d’aveuglement. Les faux prophètes, les fausses lumières de notre monde.

jeudi 19 juillet 2012

L'apocalypse avec Paule Amblard (3)

Troisième épisode : Les 7 trompettes

1. Absinthe (La troisième trompette) : Explication de cette étoile tombée du Ciel, signe aussi de la chute de l’homme. Le fléau de la troisième trompette est aussi un rappel à l’histoire de l’Exode.


2. Les sauterelles (La cinquième trompette) : Explication de cette vision étonnante et du roi des sauterelles : Armageddon. Nous sommes dans le combat du monde envahi par les haines, les dévastations. Nous sommes au cœur de la nuit.


3. L’ange au livre : Au cœur de la nuit. Mais après ces fléaux, il y a une respiration venue du Ciel. Apparition de l’Ange avec ses jambes en colonnes de feu. Il est le messager qui nous guide dans nos déserts intérieurs et nos ombres qui sont, à ce moment, épaisses. Passage à l’image où Jean mange le livre : il a le goût du miel mais aussi est amer aux entrailles.


Nous aussi, nous pouvons nous nourrir de la Parole de Dieu qui nous éclaire mais l’effort de quitter ce monde nous coûtera de l’amertume, de la souffrance. Ici nous sommes des passagers, non des propriétaires. Notre réalité n’est pas d’ici. C’est par la difficulté du chemin que l’on sublimera nos matières. Question : avons-nous faim de la Parole de Dieu ?

mercredi 18 juillet 2012

L'apocalypse avec Paule Amblard (2)

Deuxième épisode : les cavaliers.


Le cavalier au cheval blanc : Explication du mystérieux cavalier à l’appui des indices de la tapisserie. Est-ce un terrible combattant qui vient faire la guerre à l’humanité. On ne voit que le combattant et l’on oublie l’Ange au-dessus de lui qui est un des quatre Vivants entourant le Trône de Dieu. L’image nous dit que la vie est un combat. Le passage vers la lumière passe par l’effort et le dépassement de soi-même. 

Le troisième cavalier au cheval noir, la famine : Image de mort ou image de vie ? Description du cavalier dont le visage se cache dans son manteau, sa fausse balance avec laquelle il affame, son cheval noir annonciateur de mort, du serpent dans l’herbe dont le corps est en forme de six. Et la présence des Vivants, de l’épi de blé avec le papillon… "Si le grain de blé vient à mourir, il porte beaucoup de fruits". 


Le naufrage : Explication des sept trompettes sonnées par les anges et entraînant des fléaux. Symbolique de cette vision où les hommes sont en train de sombrer dans les eaux.

mardi 17 juillet 2012

L'apocalypse avec Paule Amblard (1)

Paule Amblard nous propose le périple de l'apocalypse en cinq épisodes... 
pour un monde nouveau, un dévoilement en compagnie de (Saint) Jean.


Premier épisode : Le livre de notre destin


Introduction : Jean prisonnier sur l’île de Patmos reçoit des visions. Ce message du Ciel il va l’adresser à ses amis, ces petits enfants comme il les appelle, les communautés chrétiennes de l’époque et au-delà à tout chrétien, à tout homme. Ce qu’il raconte dans sa situation d’exil, donc de souffrance, est un chemin d’espoir. Chemin intemporel, puisqu’il révèle le cœur de l’homme dans sa vastitude, sa dimension spirituelle. Ainsi ce texte n’a pas d’époque. Il parle de nous et vient nous trouver dans nos difficultés de vie où nous sommes souvent exilés de nous-mêmes.


1. Le vieil homme : Le grand lecteur nous conduit. Nous sommes dans la nuit mais guidés sous la lumière du ciel et comme l’indiquent les papillons : signe de résurrection, nous sommes destinés à renaître.


2. Le Christ au glaive : Jean tombe "comme mort devant le Christ", lui qui est "le premier et le dernier, le Vivant". Explication de la symbolique du glaive, des chandeliers, des arbres sous l’autel, du visage et pieds rouges du Christ. Le chemin de l’Apocalypse nous conduit vers celui qui est la lumière du monde et qui révèle le vivant en nous, notre lumière.


3. Les larmes de Jean : Le livre qui contient le destin de l’homme est scellé et "nul dans l’univers n’est capable d’ouvrir le livre". Jean pleure. Après être tombé "comme mort" aux pieds du Christ, il y a ses pleurs. Ces larmes sont aussi une prise de conscience de notre condition, de notre pauvreté, de notre manque. Sans elle il n’y a pas de chemin vers autre chose. L’Apocalypse nous oblige à quitter nos conforts, nos certitudes de nous-mêmes et du monde pour "aller vers". Comme Abraham, il faut se quitter et se mettre en route. Le chemin vers le renouveau commence par une souffrance, celle de notre incapacité spirituelle. C’est au cœur de nos difficultés que le travail commence. Alors nous aussi, on a envie de suivre Jean et le vieil homme qui l’entraîne par un pan de manteau. Le vieil homme est un des 24 vieillards. Explication du vieil homme. Il entraîne Jean vers celui qui est capable d’ouvrir le livre : l’Agneau. Le Christ ouvre le chemin de vie à nous qui sommes "comme morts".