UNE BONNE BOUFFÉE D'HUMANITÉ
Le 14 juillet 2026
Avant hier, alors qu’il me restait une heure de route dans mon trajet de retour depuis l’Ardèche, mon téléphone s’est éteint (plus de batterie) et avec lui mon GPS, juste au moment où j’hésitais à propos d’un itinéraire alternatif.
Passant par un charmant village et y voyant un café qui paraissait ouvert en ce dimanche après midi, je m’y suis arrêté pour me rafraichir un peu et demander à recharger quelques minutes mon téléphone.
J’entre dans un bar ou une tablée d’habitués siffle des Ricard en tapant le carton.
Tout le monde me dévisage avec curiosité, intrigué par l’irruption de cet étranger. La patronne, une dame d’une cinquantaine d’années, me sert ma consommation et accède volontiers à ma demande de brancher mon appareil. Ce sur quoi l’un des clients me demande si c’est un i phone et si dans ce cas là il pourrait utiliser mon câble pour recharger quelques minutes le sien, également éteint.
J’acquiesce et bois ma limonade debout tandis que la compagnie rit fort, lance des vannes innocentes en cherchant mon regard.
Je leur décoche des sourires, hochements de tête, etc. La patronne s’est assise avec eux, deux ventilateurs tournent, ce petit monde a quelque chose de joyeux, un entrain peut être un peu forcé, un brin lourdingue mais dont la convivialité me touche.
Tout juste sorti d’Hauteville, un lieu comme ces gens n’imaginent sans doute pas qu’il en existe, je goûte cette immersion dans une vibration toute autre, celle d’un quotidien au ras du réel dans ce bled inconnu, ce café de village où l’on vient aspirer un peu de chaleur humaine.
" Alors , en vadrouille ? ", me demande un gars, short, tatouages, médaille, en train de gratter un jeu. J’apprends que le patronne s’appelle Sandrine, qui blague allègrement avec les uns et les autres, un sourire franc à la cantonade.
Mon téléphone suffisamment rechargé pour me permettre de finir mon trajet, je passe le câble à mon nouveau copain qui tient à me payer un coup. J’hésite une seconde (« vous prenez quoi, whisky, Ricard ? ») et , comme il est clair que demander une autre limonade serait mal perçu, j’opte pour un Ricard avec un glaçon. « Sandrine, un Ricard pour le monsieur ! »
On trinque et on discute un peu. La chaleur, bien sûr. Dans l’idée de trouver un terrain commun, je mentionne les coureurs du Tour de France à la peine, ce à quoi mon interlocuteur me rétorque qu’il « n’est pas vélo », et même pas foot. « Ah, alors vous ne regardez pas les matches ? Remarquez , moi non plus. La finale, peut être, et encore … » - Ouais, peut être, mais bon, voir des mecs courir après un ballon et pour ça gagner des millions pendant que je me crève pour avoir 15OO balles par mois…. Non, le sport, pas mon truc ! »
On se taille encore la bavette quelques minutes, puis je lui demande si ton téléphone est assez chargé, je dois reprendre la route, je remercie pour le Ricard.
« C’est moi qui vous remercie », sur quoi on se serre chaleureusement la main.
Je souhaite bonne soirée à tout ce gentil petit monde comme on dit au Québec et remonte en voiture tout ragaillardi par cette bouffée d’humanité un peu brute de fonderie, ce brin de sympathie qui a circulé entre ces inconnus et moi l’extra terrestre débarqué sur leur planète.
La conscience aime les contrastes. La vie, toute la vie, la méditation au dojo ce matin et ce bar en fin d’après midi, deux déclinaisons du sans forme qui se cherche et s’exprime en la variété de ses créations.
Gilles Farcet
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