samedi 22 juillet 2017

Trois conseils pratiques avec Matthieu Ricard


1. Pratiquer l'altruisme

—> Changer notre vision de ceux qui nous entourent.

Nous pouvons nous entraîner à comprendre et à voir que la vie est beaucoup plus tissée de coopération que de compétition, d'entraide que d'hostilité, de sollicitude que de malveillance. 

—► Vérifier nos motivations.

Il est également utile de vérifier constamment notre motivation. « Notre motivation est-elle altruiste ou égoïste ? Recherchons-nous le bien de quelques-uns ou du plus grand nombre ? À court ou à long terme. » 
Nous devons nous interroger à maintes reprises de cette façon.

—> Nous engager.

Cultiver l'altruisme, ce n'est pas simplement dire que l'altruisme c'est bien. La compassion sans action est stérile. Il faut avoir constamment cet engagement à l'esprit et le traduire en actes dès que possible, dans toutes les circonstances de la vie courante, mais aussi, par exemple, en s'impliquant dans des activités bénéfiques aux autres (bénévolat, ONG, etc.).

2. Manger moins de viande

Manger moins de viande est un exemple typique de quelque chose qui est bon tant sur le plan éthique, sanitaire et écologique. En bref, cela a un impact positif sur les animaux en premier lieu, mais aussi sur les être humains et sur l'environnement.
Ce n'est pas seulement le plaidoyer du végétarien que je suis depuis plus de quarante ans, mais je vous y incite parce que c'est plus facile que d'arrêter de se déplacer en voiture ou de prendre l'avion. Arrêter de consommer de la viande, cela prend trois secondes. Ce n'est pas très compliqué !

3. La simplicité

Simplifier ses actions, c'est-à-dire ne pas consacrer trop de temps au superflu, aux distractions.

Simplifier aussi ses paroles : notre bouche dispense un flot ininterrompu de paroles souvent mutiles. Pensez au temps perdu en colportant des rumeurs et en bavardages inutiles.

Simplifier ses pensées. La simplicité, cela n'a tien à voir avec « être simple d'esprit », c est demeurer dans la simplicité de la fraîcheur du moment présent, libre d'espoirs et de craintes.


source : Se Changer, Changer le monde

***

vendredi 21 juillet 2017

Conseils pratiques avec Jon Kabat-Zinn


1. Suivez ce qui vous inspire

Si la méditation est votre source d'inspiration, pratiquez la culture de la pleine conscience de toutes les façons possibles et imaginables, comme si votre vie en dépendait - parce que c'est le cas.

2. Soyez créatif

Le monde a profondément besoin que chacun d'entre nous consacre tout son être à mettre en avant son imagination, sa créativité et son amour. En fait, c'est un besoin urgent, vital.

3. Incarnez votre vérité et votre amour instant après instant

La question n'est pas tant : « Je me change et ensuite le monde change », que d'être déjà ce que vous êtes, dans votre plénitude, dans toutes les dimensions de ce qu'être humain veut dire. Il s'agit d'incarner votre vérité et votre amour instant après instant, jour après jour, aussi pleinement que vous le pouvez, dans les moments agréables mais aussi dans les moments difficiles.

Lorsque vous vivez ainsi, le monde est déjà différent, dans des proportions qui semblent infimes, à peine significatives. En fait, ce qui paraît petit n'est pas petit. Ces transformations sont gigantesques et leur pouvoir de guérison est immense, à l'intérieur comme à l'extérieur.

***

jeudi 20 juillet 2017

Pour un été zen avec Christophe André


Etre en vacances...détendu et découverte du Pranayama : 



***


mercredi 19 juillet 2017

Réalité à mûrir



Quelle est l’extrémité du fil d’Ariane qui avait guidé Thésée dans le labyrinthe et qui va nous guider, nous, de notre réalité relative actuelle jusqu’au bout du chemin ? 

C’est la réalité telle qu’elle s’exprime ou se manifeste pour moi, extérieurement et intérieurement. Et si cette première réalité-là est faussée, c’est la porte même vers la vérité qui est faussée. Vous pensez bien que, s’il y a une porte dans le mur, que je la recouvre par un rideau et qu’à côté je peins une fausse porte sur ce mur, je ne sortirai jamais de la cellule dans laquelle je suis prisonnier. 
La porte de sortie de la prison, c’est la réalité immédiate. Cette réalité immédiate est à la fois le voile – et la révélation, les deux en même temps, de la grande réalité qui vous échappe.

Arnaud Desjardins
Au-delà du moi
À la recherche du soi II

***


mardi 18 juillet 2017

Le mantra secret

*
**
****

Cela me fait penser au mantra 
qu'un maître tibétain 
a recommandé. 



C'est le mantra le plus secret qu'on puisse imaginer, 
je me demande même si j'ai la permission 
de le partager avec vous. 

Le voici : 

« Je n'ai besoin de rien. ». 

Répétez-le dix fois de suite. 
Vous verrez, on se sent si bien !

***
**
*

dimanche 16 juillet 2017

Histoire sage...

Aiguiser sa hache

Un jeune homme à la recherche de travail arriva un soir dans un campement de bûcherons. Le premier jour, il travailla extrêmement dur et coupa beaucoup d'arbres. Le deuxième jour, il travailla avec autant d'entrain que la veille mais n'arriva qu'à la moitié de sa performance. Très embêté, il décida, pour corriger la situation, d'en abattre davantage le lendemain. Il se mit à la tâche très tôt et s'attaqua furieusement aux arbres avec sa hache, mais ce fut en vain : il en coupa encore moins. Honteux et découragé, il alla voir celui qui l'avait engagé : « Je suis désolé de vous avoir déçu, je m'emploie du mieux que je peux à honorer la confiance que vous avez placée en moi, mais mes résultats sont médiocres : je ne comprends pas ce qui m'arrive. » Après l'avoir écouté, le patron demanda au jeune homme avec douceur : « Quand as-tu aiguisé ta hache pour la dernière fois ? » « Je n'ai pas eu le temps de le faire, répondit le jeune apprenti, j'étais trop occupé à couper les arbres. »



Se changer, cela commence par prendre soin de soi en aiguisant nos capacités de conscience, de sagesse et d’empathie.


***

vendredi 14 juillet 2017

Bouddhisme et fleur de lotus


Le Lotus sacré (ou Lotus d'Orient) sous La Grande Ourse 

Russie, region de Khabarovsk.

Dans le bouddhisme la fleur de lotus est emblématique de Bouddha. Dans tout le monde indien on compte de très nombreuses peintures, sculptures et représentations de la fleur de lotus. Ceci est dû à la particularité unique du lotus qui est la seule plante aquatique dont la fleur est au-dessus de l'eau contrairement aux nénuphars et autres cousins dont la fleur flotte sur l'eau. Cette image, connotant la légèreté, de la fleur s'élevant au-dessus de la surface de l'eau rejoint celle de Bouddha si léger qu'il repose comme un chat au-dessus du sol.

La symbolique du lotus en bouddhisme relève encore du fait que la graine et la fleur apparaissent ensemble, il s'agit de la simultanéité de la cause (la graine) et de l'effet (la fleur) dans la loi de causalité de l'univers qui est l'un des concept majeur de la philosophie bouddhique. À cela il faut rajouter que le lotus puise sa substance vitale dans la boue pour s'épanouir, en effet, au-dessus de l'eau. Ainsi « la boue » représente les souffrances, les troubles, les désirs, qui sont le terreau même de notre épanouissement. Il est donc possible de transformer son karma par l'illumination, l'atteinte de la boddhéité, grâce à notre éveil à la loi de causalité.

Toujours présent dans les autels domestiques et dans les temples, le lotus est à la fois ornement et offrande religieuse.


source : Wikipédia

jeudi 13 juillet 2017

Conversion de la mélancolie






Il y a quelque chose de puéril dans la mélancolie, 
on veut punir la vie parce qu'on estime qu'elle nous a punis, 
on est comme ces enfants qui boudent 
et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie. 

La plus que vive - Christian Bobin

***

mercredi 12 juillet 2017

L'instant silencieux.


QUESTION : Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple!


YOLANDE : 
"Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.
Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…"

Yolande Duran

***


mardi 11 juillet 2017

Etre au service de...


Un jeune moine zen vient d'entrer au monastère, il est guidé vers la pièce où se trouve le Roshi (maître zen) qui l'attend calme et posé, assis sur son « trône ». 


Le jeune moine se prosterne en signe de respect et, de manière inattendue, le Roshi se lève et invite le jeune moine à s'asseoir à sa place. Très gêné, le novice ne sait quoi dire et balbutie : « Mais comment puis-je me mettre à votre place, je ne la mérite pas encore ? » D'un simple regard, le maître lui fait comprendre de s'asseoir enfin puis, sans mot dire, se retire dans l'arrière-salle. 

Quelques secondes après il revient avec une bassine remplie d'eau tiède et une éponge et s'agenouille au pied du disciple pour lui laver les pieds. Le malaise du jeune est à son comble et s'esclaffe : « Pardonnez-moi, mais je ne peux accepter pareille situation, c'est gênant ... » À peine a-t-il terminé sa phrase que le Roshi lève les yeux et lui dit :"quel orgueil" « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », dit le zen. Vous n'avez pas moins de valeur lorsque vous êtes en bas et vous n'en avez pas plus parce que vous êtes en haut. 
C'est le regard que vous posez sur vous qui détermine votre valeur et non la place que vous occupez. 

Une personne qui a suffisamment confiance en elle, et donc qui a une claire conscience de sa vraie nature, ne se sentira jamais moindre dans une situation en apparence « basse ».

Le zen dit aussi : « Servir et être servi sont les deux plis d'un même vêtement »


lundi 10 juillet 2017

Ne pas faire semblant...


Avec un tant soit peu de lucidité, il nous faut bien reconnaître, que nous sommes souvent là en train de méditer, sans être là. Nous faisons semblant. Personne n'en est témoin, cependant nous savons que nous ne sommes pas présents, nous nous trahissons nous-mêmes, ou plus exactement nous trahissons quelque chose qui semble plus important que tout, nous laissons filer « l'événement par excellence, la vie... » (Dogen). 

Dans ces circonstances, se reprendre, ne signifie pas seulement revenir au moment présent, à l'ici et maintenant, c'est répondre de tout soi-même à cette « impulsion de vie qui s'empare de nous » (K.G.Dürckheim). Dans l'activité méditative, le demi-tour opéré face au mur et la tenue actualisent une décision de changement d'attitude et attestent de notre capacité à saisir ou se laisser saisir par cette impulsion dont parle Dürckheim. Assumer pleinement le demi-tour est une action qui engage notre responsabilité : celle de tourner le dos à l'efficacité et à la production d'images ; nous ne cherchons plus à savoir pourquoi nous sommes assis, ni à quoi ça sert. 

Nous prenons la décision de laisser l'action en cours nous initier, nous introduire dans un autre type d'activité. Nous réalisons de cette manière que le demi-tour souligne ce passage d'un fonctionnement égocentrique à celui d'un abandon actif. A chaque fois que nous opérons ce demi-tour, nous pouvons reprendre cette décision en évitant une ritualisation vide de sens. Tout aussi précieuse est la tenue. Se reprendre dans la tenue n'est pas faire acte d'une meilleure position physique, c'est attester dans l'instant que cette tenue prend acte du simplement vivre. C'est une saisie immédiate de l'immanence du vivre. 


La vie nous arrive là, dégagée de son sens moral et intellectuel, elle surgit allégée du poids de l'« à quoi bon ? », la tenue consent et acquiesce. Lorsqu'on s'efforce de ne plus faire semblant, on prend goût à autre chose que le virtuel de la pensée, on prend goût au vivant qui se réalise là, dans l'immédiateté. Alors on peut de moins en moins s'éloigner de cette réalité. On s'habitue au fait de devenir disciple. De quoi devient-on disciple ? Certes, d'un maître, d'un enseignement, mais très vite, ou peut-être moins vite, on réalise que l'on a à se mettre au service de ce qui nous apparaît comme étant la source de ce qui nous est donné : la vie. 

Dans un essai récemment paru, François Jullien a l'audace de « se demander si un nouveau début ne peut avoir lieu dans la vie, sans invoquer d'ailleurs et d'espérance » et s'il est possible « non plus de répéter sa vie, mais de la reprendre et de commencer véritablement d'exister ». Nous ne pouvons qu'être troublé par ce questionnement, qui, un jour ou l'autre nous a peut- être incités à vouloir changer de vie : se reconvertir professionnellement, chercher un regain de vitalité dans une nouvelle relation amoureuse, voguer vers des horizons nouveaux. Eh bien portons cette audace, non dans le développement philosophique, mais dans l'immédiateté de l'attitude méditative : opérer ce demi-tour et s'asseoir le dos droit. 

Dominique Durand

*****

dimanche 9 juillet 2017

Une révérence !




"Plus je découvre, plus je m'émerveille; 
 plus je m'émerveille, plus je m'incline; 
plus je m'incline, plus je découvre." 

Albert Einstein

***

samedi 8 juillet 2017

Maître et disciple...


« Quelle est la différence entre le maître et le disciple ? » 
 Lorsque je lui ai posé cette question Graf Durckheim a souri. Le temps de me rendre compte que ma question avait racine dans une crainte. Peur de la soumission, du paternalisme, de l’autoritarisme. Après un moment de silence il me dit « La différence entre celui qu’on appelle le maître et celui qu’on appelle le disciple ? Il n’y en a pas ; les deux sont sur le même chemin ». Me voilà rassuré, mais il ajoute « Oui, les deux sont sur le même chemin. Mais chez celui qu’on appelle le maître cela se voit déjà un petit peu plus … ». 


 Le chemin est la technique ; la technique est le chemin 
Pour qui pratique la méditation, il n’y a de maître que par rapport à celui, celle, qui s’engage dans une quête inconditionnelle : l’éveil de sa vraie nature. Qu’est-ce donc que notre nature essentielle ? Est-ce une pieuse imagination ? Est-ce le contenu d’une croyance ? Est-ce une spéculation métaphysique ? Le maître ne propose pas un enseignement qui utiliserait les moyens de la pensée analytique. L’enseignement s’appuie sur le fait que : « Le chemin est la technique ». Le maître ne transmet pas des théories mais témoigne de ses propres expériences ; sans cesse, il encourage le disciple à s’exercer. Quant à la technique, ce n’est pas seulement une chose qu’on fait (par exemple, tirer une flèche). La technique c’est la manière d’être de la personne lorsqu’elle fait cette chose. D’où cette observation qui a à faire avec ce qu’on appelle la maîtrise : « Un maître a toujours infiniment de temps intérieur ! ».

Maître, j’ai un problème ! 
Convaincu que ce qu’on appelle la respiration est un phénomène important dans la pratique de la méditation, je profite d’un échange avec Graf Durckheim pour lui dire que pendant la méditation « J’ai de sérieux problèmes avec la respiration ». En riant il me répond « Je ne suis pas sûr que vous ayez des problèmes avec la respiration ; mais une chose est sûre, la respiration a de sérieux problèmes avec vous ! ». L’occasion de me rappeler, que l’acte de respirer est une intention de l’être ; une action innée, issue de notre vraie nature et qui n’est pas du ressort du moi. Quarante-cinq ans plus tard, chaque jour encore, je rectifie ma manière de pratiquer la méditation afin que la respiration naturelle puisse se réaliser. C’est en contemplant le simple va et vient du souffle qu’on devient soi-même tout à fait calme. 

Jacques Castermane

***

vendredi 7 juillet 2017

Les hommes fermés


"Un médecin s’était fait un bureau portatif dans le couloir de l’hôpital. Plusieurs fois par jour, assis sur un tabouret devant une table roulante, il scrutait des chiffres sur un écran dont le sang bleu semblait celui d’un fantôme. On ne pouvait alors rien lui demander. Les ordinateurs doivent être très malades pour qu’on s’occupe autant d’eux.
Les chiffres grignotent les poutres du monde.
Ils avancent, ils avancent.

Un jour il ne restera plus que la poésie pour nous sauver. Je ne parle pas ici d’un genre littéraire ni d’un bricolage sentimental. Je parle de la déflagration d’une parole incarnée. Seuls rendent habitable le monde les bégaiements d’une parole qui ne doit rien à la triste perfection d’un savoir-faire.

La pianiste Zhu Xiao-Mei a été déportée cinq ans en Mongolie. Jean-Sébastien Bach est venu en personne la délivrer : elle s’est dans son exil souvenue des partitions apprises par cœur. Elle les jouait en appuyant ses doigts sur le clavier de l’air. Il y a un flux dans la vie qui est toute la vie. Une onde lumineuse. Quelque chose d’invincible qui tremble. Il faut, dit-elle, quand on joue Bach, porter « chaque phrase comme on le ferait d’une bougie qu’on ne veut pas voir s’éteindre un soir de vent ». C’est une jolie façon de parler de la musique. Jolie et juste. Parler par images c’est s’adosser à l’arbre de Vie.


La poésie capture les choses telles que Dieu les voit à l’instant où il les crée et où elles lui glissent des mains. Cette pointe de feu dans le langage, les chiffres s’en écartent.

La pianiste, sortie du camp de rééducation, vit dans l’Occident riche où, dit-elle, tout est beaucoup plus dur que dans un camp. Personne ne veut entendre cette parole-là.

Les hommes fermés ont fait main basse sur le langage.
Les chiffres avancent, avancent.

Un jour nous lèverons la tête sur le ciel et nous ne verrons plus qu’un panneau d’affichage avec les prix d’entrée pour le paradis. La pianiste est parfois atteinte dans ses concerts d’une discrète fatigue. Se hausser sur le bout des pieds pour toucher le ciel étoilé, c’est fatigant. Elle oublie une note ou deux. La grâce la récompense. C’est une maladie mortelle que d’être professionnel jusqu’au bout des ongles.

Qu’est-ce que l’humain, sinon ce qui ne supporte pas les chiffres, le terrible savoir-faire ? Dans les tableaux du peintre De La Tour, la flamme d’une bougie représente l’âme. Elle éclaire des mains qui ont l’intelligence de ne rien faire. Des mains qui réfléchissent, on les dirait en cire.

Le monde moderne n’est qu’une tentative de moucher la chandelle de l’âme, afin que brille dans le noir la seule brillance hypnotisante des chiffres.
L’âme, vous savez, cette pianiste qui joue toujours la note d’à côté, que le monde ne veut pas engager parce qu’elle manque d’habileté et dont il dit : « enlevez moi ça, tout ira mieux sans elle »

Christian Bobin

Scupture Anna Gillespie

+++

jeudi 6 juillet 2017

Océan d'Amour




Lorsque vous réalisez la Paix véritable, il est naturel de désirer connaître une Paix encore plus profonde. 

L'engagement est dirigé vers l'intérieur, vers le Soi et non vers l'extérieur. Vous aimerez aimer toujours plus si vous rencontrez cet Amour ! 


Papaji

***

mercredi 5 juillet 2017

Il est temps...



Peut-être est-il temps de ne plus essayer de " réparer " celui qui est en face de toi, de ne plus essayer de lui donner des réponses ou de résoudre ses problèmes.
Mon ami, tu n'es pas très bon à cela.
Ta nature n'est pas la manipulation, mais la présence; elle n'est pas la division, mais la plénitude.
Peut-être est-il temps de ne plus prétendre être cette autorité qui sait tout, cet enseignant infaillible, cet expert complètement guéri. Même avec la meilleure des intentions, tu peux, sans le savoir, interférer avec son processus de guérison naturel. Tu peux le maintenir dépendant de toi, en l'empêchant de prendre vraiment conscience de son expérience directe.
Rappelle-toi, il peut avoir besoin de se sentir encore plus mal avant de se sentir mieux. Il peut avoir besoin de ressentir sa douleur plus profondément avant de s'ouvrir à la véritable source de guérison qui lui est propre. Il peut avoir besoin de mourir à ce qu'il pensait être, avant de pouvoir vraiment vivre. Ce qui est vrai pour lui est vrai pour toi.
Alors détends-toi.
Respire.
Sors du drame.
Reconnais ton désir de le changer, de le guérir ou même de l'apaiser.
Écoute simplement, maintenant, sans jugement et essaie de comprendre où il en est maintenant.
Vois clairement ce qui est et qui est en face de toi.
Peut-être la plus grande aide que tu puisses offrir en ce moment est-elle ta clarté et ton attention sans jugement - ta compassion naturelle.
Transmets cela : sois cette présence; offre cette ouverture.
Reste largement ouvert aux solutions qui ne sont pas encore nées.
Aie confiance dans le processus étrange de la vie.
Sois une intention silencieuse... et les bons mots, les bonnes actions, les bonnes interventions, les bonnes décisions, surviendront sans effort.
Sanctifie son moment en ne fuyant pas. Reflète sa propre capacité à être présent.
Aie confiance dans l'ancien mystère de la guérison.
Peut-être que le véritable remède peut fonctionner quand « tu » ne te mets pas en travers du chemin. Oui, les remèdes et les bons conseils peuvent engourdir ou même supprimer les symptômes, mais une invitation à une guérison spirituelle plus profonde peut se tapir juste sous la surface des choses.

Jeff Foster
*****


mardi 4 juillet 2017

Comment la méditation nous aide à moins souffrir avec Christophe André (2)


Une réponse préventive

La méditation s’inscrit aussi dans les évolutions que connaît le monde médical. Pendant longtemps, la médecine occidentale était principalement une médecine de la maladie, ciblée uniquement sur les organes. Par conséquent, aujourd’hui, lorsque vous consultez dans un Centre hospitalier universitaire (CHU), il n’y a plus de praticien généraliste. Même chaque cardiologue est spécialisé sur des pathologies très précises comme l’hypertension ou les infarctus. Mais au fil du temps, on s’est rendu compte que cette organisation ne suffisait pas. Qu’il fallait adjoindre à cette médecine d’excellence des organes, une médecine de la santé. Il s’agit de s’interroger en amont, faire de la prévention pour aider les personnes à rester en bonne santé plutôt que de les soigner lorsqu’elles sont tombées malades. C’est soigner la personne et non seulement ses organes.
Cette mission, la méditation peut y répondre. Car cette approche plus écologique de la santé facilite les capacités d’autoréparation du corps. C’est ce qu’il se passe lorsque vous vous coupez et que votre peau se cicatrise toute seule. Autoréparer nos organes, y compris notre cerveau, est possible grâce notamment à l’apprentissage de l’auto-compassion : la bienveillance et la douceur envers nous-mêmes. Lorsqu’on est malade, il s’agit de ne pas traiter son corps comme un objet qui nous casse les pieds et nous empêche d’atteindre tel ou tel objectif. Au contraire, il faut être attentif à ses besoins. De plus, cette pratique nous incite à modifier notre style de vie. Apprendre à méditer, ce n’est pas seulement s’asseoir tous les matins sur un tabouret pendant une demi-heure, puis conduire le reste de ses journées comme auparavant. C’est prendre davantage d’instants pour se poser, ne rien faire, écouter, ressentir afin d’être plus présents face à ce que nous accomplissons.

Se focaliser et non se disperser

Au travail, nous pensons à nos loisirs. À la maison, nous pensons à notre travail, etc. Nous sommes aujourd’hui dans une société dite de « la dispersion intentionnelle ». La méditation peut nous aider à nous concentrer davantage grâce à l’un de ses mécanismes : l’entraînement intentionnel. Une technique qui utilise le souffle et la respiration, deux cibles mouvantes (voir exercice en encadré). En effet, notre intention se fixe plus facilement sur des objets en mouvement qu’immobiles. Ceci explique pourquoi la majorité des humains entrent dans des états proches de la pleine conscience lorsqu’ils sont face aux vagues de la mer ou les flammes d’un feu.
Toutefois, l’objectif de l’entraînement intentionnel n’est pas d’être toujours attentifs mais de savoir où vont nos pensées : à quel moment notre esprit est-il en train de vagabonder ? À quel instant est-il centré sur un objet ? Puis il arrive que le problème s’inverse. De trop dispersée, notre intention peut devenir trop focalisée. C’est ce qu’il se passe lorsque nous souffrons ou même lorsque nous sommes préoccupés. Lors de ces situations, nous oublions tout ce qui existe autour de nous. C’est pour cela que parmi les pratiques méditatives, certains entraînements sont des exercices de focalisation de l’attention tandis que d’autres que l’on appelle de « conscience ouverte » permettent de s’ouvrir à l’ensemble des éléments présents dans notre environnement.

Souffrance moins destructrice

Méditer modifie des variables biologiques, immunitaires, inflammatoires, etc. Les bénéfices médicaux de cette pratique sont nombreux. Lorsque nous avons découvert les premières études sur ce sujet, nous avons été bluffés. Parmi ces recherches, certaines étudient la diminution de la C-réactive (ou CRP), une protéine qui se révèle être un bon marqueur de l’état inflammatoire. Les unes s’attachent à observer l’impact de la méditation après trois mois de pratique, les autres se focalisent sur des méditants plus expérimentés. Mais toutes concluent sur des résultats similaires : un affaiblissement des niveaux d’inflammation, identifié grâce à des variables biologiques.
Quant aux études sur la douleur, elles montrent que les personnes qui méditent vont avoir davantage de recul psychologique sur leur souffrance. Certes, la source de douleur en elle-même ne sera pas supprimée. Mais ses conséquences psychologiques et affectives seront moindres. À douleur égale, la souffrance sera moins destructrice, moins dévastatrice. Du côté des méditants expérimentés, on observe également des modifications d’ordre anatomique. Chez eux, les aires du cerveau qui traitent les signaux douloureux sont plus épaisses comme si elles travaillaient davantage et qu’elles freinaient plus intensément les impulsions que chez les personnes non méditantes. Tous ces phénomènes sont très étonnants. Ici, il ne s’agit pas de patients qui nous déclarent : « J’ai moins mal, je souffre moins. » Mais bel et bien de données biologiques qui montrent l’impact de ces pratiques.
Ainsi, pour moi, lorsque des hommes modernes déclarent qu’ils n’ont pas le temps de méditer, ils sont en danger. Leur raisonnement est quelque peu absurde. Car cette pratique n’est pas du temps à consacrer en plus mais une manière différente de traverser nos moments de vie habituels qu’ils soient joyeux ou malheureux.

Le souffle et les intentions

« Voici un exercice pour travailler sur vos intentions. Installez-vous correctement : le dos droit, les pieds à plat. Cessez toute activité pour être juste dans la présence de ce qu’il se passe ici et maintenant. Que ressentez-vous à cet instant ? Rappelez-vous que vous avez un corps, puis focalisez votre attention sur les mouvements de votre souffle sans pour autant chercher à contrôler votre respiration. Peut-être qu’à un moment donné, vous allez vous rendre compte que vous n’êtes plus dans la conscience de votre respiration mais que vous pensez à autre chose. Une fois que vous notez cela, acceptez-le. C’est le fonctionnement naturel de notre esprit : il vagabonde. Puis si vos pensées s’éloignent à nouveau du souffle, revenez à votre respiration afin de continuer à travailler sur votre intention première. »

Distinguer le réel du virtuel

« Nos souffrances intérieures ne sont pas liées uniquement à des événements mais aussi à ce que nous en disons et à ce que nous en pensons. Parmi les mécanismes de la méditation, un exercice permet de prendre du recul sur nos pensées et nos émotions, de mieux faire la distinction entre le réel et le virtuel. Quand nous nous sentons tristes ou anxieux, nous pouvons, par exemple, nous demander : suis-je dans la réalité ou dans la lecture la réalité ? Ma tristesse a-t-elle comme origine des faits concrets ou est-elle due à des montées d’angoisses plus anciennes ? Cet apprentissage, qui s’inscrit bien sûr dans le temps, peut jouer un rôle intéressant dans la prévention de rechutes dépressives ou l’apparition de troubles anxieux. Les patients souffrant de ces pathologies seront plus aptes à affronter l’adversité de la vie car ils auront déjà distingué les faits réels des lectures de la réalité. »

Christophe André :
C’est lui qui, en France, a été l’un des premiers à introduire la méditation à l’hôpital. Il est l’auteur de best-sellers sur la psychologie positive et la méditation (vous en trouverez d’ailleurs dans notre boutique en ligne), des livres où il sait trouver les mots et les conseils simples et humains qui nous touchent et rejoignent nos expériences. Ce psychiatre dit aussi sans détour, combien il est lui aussi traversé par cette anxiété, ce stress qui nous concernent tous à un moment de notre vie. Il continue de suivre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, des patients et à poursuivre des recherches sur le traitement et la prévention des troubles émotionnels anxieux et dépressifs.
------


source : la Vie

dimanche 2 juillet 2017

Comment la méditation nous aide à moins souffrir avec Christophe André

Quels impacts la méditation peut-elle avoir sur la santé ? Le psychiatre Christophe André a fait le point en introduction de la journée organisée le 19 mai dernier à la salle Pleyel, à Paris, par La Vie et Sens & Santé.

En Orient, dans un monastère coupé du monde, un moine, au crâne rasé, médite. Tels sont les clichés qu’active le mot « méditation » dans l’esprit des Occidentaux. Ces images exotiques sont aussi des réalités. Mais en tant que médecin ou soignant, nous ne délivrons pas comme message à nos patients que pour méditer, il faut se retirer au loin. Nous leur présentons plutôt la méditation comme un moyen d’accomplir leur vie de la plus belle manière possible sans se faire violence, sans se mettre de pression excessive mais en essayant de devenir meilleur. Là où nous nous trouvons, là où nous voulons aller, la méditation peut nous accompagner.

Un entraînement de l’esprit

On ne devrait pas dire la méditation mais les méditations. Il existe en effet de nombreuses pratiques et formes de méditation. Mais lorsqu’en Occident, de nos jours, nous parlons de cette pratique sans apporter plus de précision, nous faisons référence à la méditation dite de la « pleine conscience ». Il s’agit d’un ensemble de techniques d’origine bouddhiste dont l’esprit pourrait se résumer ainsi : être davantage présents à nous, à notre vie, à l’existence, au monde, etc. En ce qui concerne la pleine conscience, ses techniques ont été laïcisées, codifiées, adaptées pour l’hôpital par le docteur en biologie moléculaire américain Jon Kabat-Zinn, en 1979, pour s’ouvrir au plus grand nombre. Toutefois sans que son message essentiel soit trahi, ni appauvri. Ainsi, tout un chacun en quelques mois peut prendre goût à cet apprentissage et décider de l’approfondir le reste de sa vie.
Si de longues années sont nécessaires pour devenir un méditant expérimenté, c’est que la méditation constitue un entraînement de l’esprit. Face à nos patients, nous la comparons souvent au sport. Pour atteindre des changements sur le long terme, il ne faut pas faire des exercices physiques durant trois mois, puis tout arrêter. Il en va de même pour la pleine conscience : il s’agit d’un entraînement de l’esprit à pratiquer à rythme régulier. C’est à cette condition que pourront s’accomplir des modifications notamment sur notre état de santé.

Être davantage présent

La méditation ne se limite pas à des exercices. L’esprit de cette pratique va plus loin. C’est être tout au long de sa journée davantage présent. Lorsque nos patients sont chez le dentiste ou dans la file d’attente d’un magasin, nous les encourageons à prendre conscience de ce qu’ils sont en train de vivre. Comment sont-ils en train de respirer ? Quelles pensées traversent leur esprit ?
Se rendre attentif aux choses agréables est, de plus, facile. Il s’agit simplement de s’arrêter, de respirer, de ressentir. Par exemple, lorsque je regarde mon enfant dormir, je peux m’absorber dans la contemplation de ce dernier. Ou, à la vue d’un ciel bleu, ressentir ma présence face à cette beauté naturelle. Toutefois, il est intéressant de réaliser également cet exercice lors d’expériences désagréables. Paradoxalement, la méditation nous apprend à ne plus avoir peur ni de souffrir, ni d’être tristes. Mais elle nous enseigne à observer comment ces états modifient notre corps et notre esprit. Régulièrement, prenez du temps pour accueillir ces sensations afin de mieux les comprendre. Les évacuer par des produits toxiques ne les ferait pas disparaître.

Du spirituel à la santé

Pendant longtemps, la méditation a appartenu quasi exclusivement à la sphère de la spiritualité et de la religion. Ce n’est pas un mal en soi. Pourtant ce cloisonnement a constitué un obstacle à son utilisation dans d’autres milieux comme la médecine ou la pédagogie. Puis, la méditation est sortie du champ strict des pratiques religieuses. Le premier palier a été franchi lorsque cette approche a commencé à être en vogue en Occident. Dans les années 1960, ce qu’on appelle la méditation transcendantale, a connu un vif succès. Même les Beatles en étaient friands.
Pour nous, soignants, la bascule s’est produite plutôt dans les années 1980. Lorsque sont sorties les premières études scientifiques sur l’impact et les bénéfices de la méditation en matière de santé. De grands personnages ont contribué à ces recherches comme Richard Davidson, un scientifique américain spécialisé dans les neurosciences contemplatives. Depuis, on assiste à une explosion de publications scientifiques autour de cette thématique. Outre les vertus démontrées par la science, le succès de la méditation s’explique aussi par le fait qu’elle répond à des problématiques liées à nos modes de vie contemporains : accélération des rythmes, obsession des résultats, interruption sans cesse de nos pensées par les publicités ou les écrans, etc.

*****

Contempler le monde : un exercice poétique

Est-on jamais entré dans les airs ? J'entends : à l'intérieur de l'air, comme on pénètre les flots lavés du matin. À l'intérieur des airs où loge le silence. Les airs qui font l'espace, la vision et le souffle d'un même élan. 
A-t-on jamais plongé dans la pureté des airs ? Dans le frais, dans le froid. Le clair, le vif. Le vaste. En les sentant se refermer derrière soi, plus fins que la frémissante transparence des eaux, loin au fond de la vision, et en y pénétrant avec la peau, l'œil et ses couleurs, l'ouïe comme un câble tendu dans les vents.

Les trésors du monde
On y entre en fendant la vague, d'une hauteur incommensurable, toute de verreries, s'y noyant et se redressant mille fois, ruisselant de scintillations, ou en s'égarant dans l'évanescence d'une musique omniprésente, sans jamais pouvoir épuiser l'espace qu'échafaudent les notes, marche après marche, suspendues, en s'ouvrant indéfiniment, et peut-être finirons-nous par toucher les fins cristaux de lumière qui font l'azur, les trésors du monde qui brillent au fond du ruisseau des airs.
Il n'y a pourtant qu'un seul chemin, pour monter et pour descendre - mais si tu prêtes bien attention, dans les brèches, les échancrures de la roche, il continue tout droit, d'un empan démesuré, entraînant tout ce que tu auras su regarder, porter, aimer.
Vois ce pic dressé, solitaire dans le bleu, et comme détaché de la terre, sans âge, pris dans un mouvement qui nous échappe. Vois l'étalement de sa base, les fronces, les plis amples et nombreux, puis l'irrésistible élan de son sommet. C'est ainsi que la montagne est faite, c'est ainsi que nous sommes conçus, bien que nous ayons encore à l'apprendre. Mais les airs - mais l'espace - le chant d'azur, qui pourra nous le rendre dans le murmure d'un ruisseau, qui nous en donnera l'accès, comme on enfonce le bras dans les brillances glacées pour saisir le joyau d'un galet dans la transparence ?





Ce que l'œil ne voit pas

Peut-être n'y a-t-il que ce geste d'atteindre, sans fin, par tous les chemins, le cri d'une voix infatigable, vers la lumière, l'ouvert, cette mystérieuse béance échappée des doigts d'or de la terre, qui s'allongent avec le regard, les mains tendues, le souffle éperdu remuant l'azur pour en fixer le point d'origine.
La spirale, on ne la voit pas, qui entraîne toute chose d'une invincible aimantation, du fond des vallées, où l'air se tasse et s'effiloche au long des routes, jusqu'aux clameurs de la pierre grisée d'altitude, foudroyée d'immensité. Un jour se prépare, d'un éclat insoutenable, et l'œil ne pourra le voir qu'en brûlant les contours de la vision, en écartant les ombres d'un ciel encore lourd de nos paupières soulevées. 

Regarder vers les hauteurs

Ce n'est pas l'heure, et l'herbe la guette, peuple des airs, de sa pointe minuscule dardée comme une antenne, d'un vert si fin, si aigu qu'elle couvre les pentes d'un même frémissement bleu. Tu la caresseras longtemps, tu regarderas vers les hauteurs avec elle, avant d'engager ta petite taille dans l'étroit goulet qui plonge entre les rochers.
Tu épouseras alors son louvoiement, tu entreras dans sa docilité, comme tu t'es coulé dans l'effort des lacets ascendants. Tu descendras - parce que ce mouvement est aussi celui de la terre, à part égale avec la spirale du rapace, le lasso des sentes vertigineuses. Les anges eux-mêmes, incessamment, montent et descendent, au-dessus de la tête des enfants ou des échelles suspendues dans la nuit - et ce sont eux qui font les cieux toujours ouverts.

Philippe Mac leod

****

samedi 1 juillet 2017

A l'écoute...


"Aujourd'hui, on refait beaucoup l'Histoire. On essaye de comprendre pourquoi on n'a pas plus parlé. Je crois que ça vaut la peine d'essayer de comprendre pourquoi mais qu'il ne faut pas refaire l'histoire autrement qu'elle n'a été en disant que c'est parce que les déportés n'ont pas voulu en parler, parce que les déportés ont cherché l'oubli eux-mêmes. Ce n'est pas vrai du tout. Il suffit de voir le nombre de rencontres qu'ils ont entre eux. Si nous n'avons pas parlé c'est parce que l'on n'a pas voulu nous entendre, pas voulu nous écouter. Parce que ce qui est insupportable, c'est de parler et de ne pas être entendu. C'est insupportable. Et c'est arrivé tellement souvent, à nous tous. Que, quand nous commençons à évoquer, que nous disons quelque chose, il y a immédiatement l'interruption. La phrase qui vient couper, qui vient parler d'autre chose. Parce que nous gênons. Profondément, nous gênons."

Simone Veil
2 mai 1988 
L'histoire en direct

***