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jeudi 2 avril 2026

Joie de Pâques

 

On parle rarement de la joie au seuil du Jeudi saint.

Et pourtant, il y a là une forme de joie très singulière, presque paradoxale, qui ne ressemble en rien à l’enthousiasme ou à la légèreté que l’on associe habituellement à ce mot.

Ce n’est pas une joie qui nie l’épreuve.

Ce n’est pas une joie qui évite la nuit qui vient.

C’est une joie qui coexiste avec ce qui va être perdu.

Au moment même où tout commence à vaciller, où les liens vont être éprouvés, trahis, déchirés, il y a encore, dans ce dernier repas, dans ces gestes simples, dans cette présence offerte, quelque chose qui tient. Quelque chose qui se donne, sans se retenir, alors même que tout pourrait se refermer.

C’est peut-être là que se loge une autre manière de comprendre la joie.

Non pas comme l’absence de douleur, mais comme la capacité de rester ouvert, de rester présent, de rester en lien, même lorsque l’on sait que l’on ne sera pas épargné.

Il y a une joie très profonde à pouvoir aimer sans garantie. À pouvoir donner sans être certain de recevoir. À pouvoir être là, entièrement, sans se retirer à l’avance pour ne pas souffrir.

Ce n’est pas une joie confortable.

Ce n’est pas une joie qui protège.

C’est une joie qui consent.

Une joie qui naît, peut-être, non pas de ce qui est facile, mais de ce qui est vrai.

Et peut-être que le Jeudi saint nous approche de cela, de cette capacité à habiter un moment jusqu’au bout, à ne pas fuir ce qui vient, à ne pas se fermer avant l’heure, à ne pas se retirer de la relation par anticipation de la blessure. Une joie grave, silencieuse, presque secrète, mais réelle.

La joie de ne pas se quitter, même quand tout, autour, commence à se défaire.

Kabbalah vitrail

Peinture : Philippe de Champaigne, La Cène

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dimanche 4 juin 2023

Hommage au plus beau métier du monde

Je vous propose de passer un entretien d'embauche ! :


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samedi 30 octobre 2021

Tout se reçoit...


 


Si j’aspire si fort au détachement, comme un naufragé agrippé à une bouée, c’est que je sens que le cœur est assoiffé. Le matériel ne lui offre que de courts répits. Vanité des vanités, tout est vanité ! Vanité de croire qu’un magasin, aussi vaste soit-il, puisse nous rassasier. Illusion de penser qu’il suffit de prendre l’avion et de méditer une heure par jour pour que les traumatismes et les émotions perturbatrices s’envolent. 

Alors, qu’est-ce qui sauve ? 

Rien, peut-être ! À part accueillir, désarmé, ce vide. Impossible de bricoler à la va-vite des solutions palliatives au manque. Je me surprends à vouloir acheter la guérison et je visite le Bouddha ou le Christ comme on se rendrait chez un concessionnaire : « Bonjour, vous n’auriez pas un truc pour moi ? » 

Tout ne se donne pas… Tout se reçoit. 

Alexandre Jollien, Vivre sans pourquoi

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mardi 29 septembre 2020

Recevoir la légèreté


La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches de monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnantes des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets sur le soir, dans la fine touche de bleu, bleu pâle, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant sur le sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté, vous voyez bien, elle est partout donnée. 



Et si en même temps elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.

Christian Bobin 
La folle allure

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mardi 22 octobre 2019

Un nouveau livre guérisseur...

(Sur le père de Yogeshvar)

Une autre anecdote illustre bien les valeurs que voulait lui transmettre son père. Un jour, ce dernier lui demande: « Suppose que le village prenne feu et que le feu s’étende à ta maison et jusqu'à la maison de ton voisin, que ferais-tu ? N'essaierais-tu pas d'éteindre le feu ?
- Oh ! Oui, bien sûr... J'irais voir les autres et je leur dirais que notre maison est en train de prendre feu et je leur demanderais de l'eau pour éteindre l'incendie. »

Et son père de se lancer dans une longue explication sur le bénéfice qu'on peut retirer à venir d'abord en aide aux autres :

« Oui, effectivement, tu demanderais aux autres de t'aider à porter de l'eau pour éteindre le feu de ta maison. Mais suppose que, n'ayant pas d'eau pour éteindre le feu de ta maison, tu ailles voir ton voisin et que celui-ci t'explique que, justement, il ne peut pas t'aider parce que sa maison aussi est en feu. Tu trouverais qu'il a raison. Comment pourrait-il laisser sa propre maison brûler pour aller s’occuper de celle de son voisin ? C'est certainement un argument valable. Mais suppose que tu aides ton voisin, que diraient les autres ? « Oh ! Oh ! Il a laissé sa propre maison pour nous venir en aide. Nous aussi allons-y allons l'aider à éteindre le feu dans sa maison." En agissant ainsi, tu rendras les autres personnes désireuses de venir t'aider à éteindre le feu dans ta maison. Mais si tu t'occupes seulement de ta propre maison, les autres diront « Oh ! Oh ! Il ne s'occupe que de sa maison, laissons-le se débrouiller tout seul." Et personne ne viendra t'aider alors que tu es dans le besoin.

Quelle attitude convient-il d'avoir alors ? Ne rechercher son propre intérêt, mais prendre soin de l'intérêt des autres.

Cette anecdote montre que faire passer l'intérêt des autres avant le sien est une évidence pour le père de Yogeshvar, il n’y a pas d'autres options envisageables. Et il est intéressant de remarquer comment il le justifie. Dans cette anecdote, l'amour du prochain n’émane pas d'une morale évoquant des notions abstraites de devoir, de culpabilité, de sacrifice : « il faut » ou « je devrais » (être moins égoïste, faire passer les autres avant moi-même...). Le père de Swâmi Prajnânpad aborde les choses sous l'angle de la connaissance, en termes de cause et d'effet : si tu te comportes de telle façon, voici ce qu'il se passera; et si tu te comportes d'une autre façon, voilà ce qu'il se passera. L'amour des autres est le moyen d'instaurer des règles d'échange et de réciprocité dont tout le monde bénéficie: prendre soin des autres, c'est donc prendre soin de soi Le non égoisme n'est pas seulement une attitude moralement bonne en soi, c'est aussi une façon plus intelligente de vivre. Si tu es toi-même aimant, tu seras plus aimé et plus heureux.


Vivre 
La guérison spirituelle selon swami Prajnanpad 
Emmanuel Desjardins

mardi 3 avril 2018

Après le carême, un bonheur renouvelé




© Julia Spiers pour La Vie



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« Le bonheur n'est pas le but mais le moyen de la vie », écrivait Paul Claudel. Ainsi, le bonheur n'est pas, ou pas seulement, un simple objectif existentiel, mais avant tout une ressource : une force pour affronter les adversités d'une vie humaine, et une intelligence pour en savourer les beautés. Nos capacités au bonheur se trouvent-elles accrues après le temps du carême ? Oui, si l'on réfléchit attentivement aux trois piliers qui constituent ce dernier – jeûne, don et prière –, tous trois de nature à profondément enrichir notre bonheur. 
Le jeûne, dont nous avons vu qu'il n'était pas une simple privation (de nourriture, d'alcool, de sucre, de temps d'écran...), mais une clarification de nos habitudes. Il nous permet de mieux comprendre comment certaines dépendances ont pu s'installer en nous, alors qu'elles ne correspondent ni à des besoins fondamentaux, ni à des aspirations spirituelles. Et de mieux comprendre ce dont nous avons vraiment besoin, ce qui nous nourrit véritablement. C'est ce que racontent toutes les personnes qui ont conduit un jeûne radical sur plusieurs jours : on découvre que la sensation de faim n'est pas si compliquée à surmonter, mais surtout qu'ensuite, on savoure beaucoup mieux le goût des aliments, et qu'on sait mieux ce qu'est la faim, parce qu'on s'est débarrassé de toutes ses fausses faims (manger parce que c'est l'heure, parce que ça sent bon, parce qu'on ne se sent pas en forme...). Le carême peut nous aider à choisir nos sources de bonheur : acheter et consommer ou savourer et partager ? Facilité ou exigence ? 
Car le bonheur ne rend pas mou et soumis, comme le croient les impuissants. Il est, au contraire, le constructeur de fortes charpentes, des bonnes révolutions, des progrès de l’âme. – Jean Giono, La chasse au bonheur
Le don, second pilier du carême, a été l'objet de nombreuses études scientifiques, qui aboutissent toutes aux mêmes conclusions : donner rend heureux, tout simplement. Cette vérité, qui échappe aux égoïstes inquiets, est une évidence pour les chercheurs et les altruistes. Et fonctionne d'ailleurs à double sens : se sentir heureux augmente aussi la tendance à aider, à donner, à partager, à se rapprocher d'autrui. Enfin, les théories de la neuroplasticité nous disent ceci : plus nous pratiquons un comportement, plus il a tendance à s'installer dans la durée. Avoir fait « l'effort » de donner davantage durant le carême va laisser une trace en nous, et nous aider à donner encore plus facilement et joyeusement à l'avenir. Et donc nous rendre plus profondément et authentiquement heureux. 
La prière, troisième pilier du carême, a également été étudiée dans ses rapports avec le bien-être psychologique : prier fait du bien à nos esprits et à nos corps. Bien évidemment, on ne prie pas pour cela : la prière est d'abord un acte de foi. Mais il est réconfortant et touchant de savoir, au-delà du lien qu'elle nous permet d'établir avec notre Dieu, combien elle nous est bénéfique. Parce qu'elle apaise nos angoisses, parce qu'elle donne du sens à nos souffrances, parce qu'elle nous aide à ouvrir les yeux sur les grâces du quotidien, parce qu'elle nous amène à cultiver l'espérance et la gratitude, la prière nous apporte davantage de bonheur, et un bonheur d'une qualité profonde, loin de toute forme de matérialisme ou d'égoïsme, mais ouvert sur l'humain, l'infini, et le divin. 
On parle parfois en psychologie de rémanence pour décrire la persistance de phénomènes dont les causes se sont interrompues. Il existe clairement un effet de rémanence aux efforts du carême : outre la persistance des habitudes modifiées, retrouvées, figure le renouveau de nos capacités au bonheur. Ainsi, le temps du carême peut nous aider non seulement à mieux vivre notre foi, mais aussi à mieux vivre notre vie. Qui s'en plaindra ?

Deux chemins

La philosophie grecque comme la science considèrent qu'il y a deux voies vers le bonheur : l'hédonisme et l'eudémonisme. L'hédonisme, c'est le bonheur par la répétition et la fréquence des émotions agréables. Cultiver des ressentis de bienveillance, de gratitude, de sérénité, savourer les petits plaisirs du quotidien, tout cela va accroître notre sentiment d'avoir une vie heureuse. L'eudémonisme, c'est le bonheur par le sens donné à nos actes et à nos choix existentiels : nos engagements religieux, caritatifs, associatifs, voire professionnels ou politiques, ne nous procurent pas forcément des émotions agréables. Mais sur la durée, ils sont indispensables au sentiment d'une vie heureuse. Nos engagements donnent un sens à notre bonheur et nos plaisirs lui offrent de l'énergie. Ne renonçons pas aux seconds, nous avons besoin d'eux. Mais n'oublions pas les premiers, pour que notre bonheur ne tourne pas à vide !


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samedi 10 mars 2018

Donner par amour


Pendant le carême, Christophe André nous livre sa chronique sur la vie intérieure. Cette semaine, il nous explique comment pratiquer la charité, avec attention et fraternité.

Parmi les engagements du carême, le don est celui qui nous amène à pratiquer la charité, cet amour du prochain qui dépasse largement le simple cadre de l'aumône, comme le rappelait Jean-Jacques Rousseau : « Ne faites pas seulement l'aumône, faites la charité. » Pratiquer la charité, c'est donner avec amour, avec attention, en pleine conscience, à une personne précise - à la différence de la philanthropie, qui est amour du genre humain en général -, en fraternité : parce qu'elle est humaine et que nous sommes chrétiens. 
On peut ainsi donner de l'argent à une personne démunie, mais on peut aussi confier un peu de soi, en lui offrant du temps et de l'attention, et au minimum un regard et un sourire. Donner, cela concerne aussi nos proches, à qui nous pouvons accorder davantage de notre présence et de notre écoute ; ou nos collègues de travail, à qui nous pouvons décider d'apporter davantage d'aide et de soutien, surtout celles et ceux qui sont isolés ou en difficulté. 
On peut aussi associer le don aux autres engagements du carême. Si nous avons pris la résolution de mettre en œuvre certaines résolutions, ces dernières auront plus de sens si nous les relions à un esprit de charité. Une de mes amies me racontait ainsi avoir pris une année la résolution de ne plus boire de vin aux repas. Mais, alors qu'elle s'en confiait à son curé, celui-ci lui répondit malicieusement : « C'est très bien, mais alors, qu'avez-vous fait de l'argent ainsi économisé ? Avez-vous fait un don ? »
Enfin, nous prenons conscience que si nous pouvons donner, c'est que nous avons reçu auparavant. Que tout don est un « re-don ». Que tout don est en fait une transmission, une chaîne dont nous ne sommes que l'un des maillons. 
Dans ses dernières années, ma grand-mère était connue pour redonner tout ce qu'elle recevait. Lorsqu'on lui offrait un petit cadeau en venant la visiter, elle était ravie, ça lui faisait vraiment plaisir. Puis, un petit moment passait, quelques jours ou semaines : savoir que cet objet, ces chocolats lui avaient été offerts par telle ou telle personne continuait de la toucher. Comme le sillage d'un parfum de gentillesse et d'attention qu'elle appréciait. Puis, elle transmettait. Un jour, à un autre visiteur, elle disait : « Ça te plaît ? Prends-le, je te le donne ! »Et on voyait, lors d'une autre visite, que le cadeau n'était plus là. Ou bien on le retrouvait chez quelqu'un, qui nous expliquait que Mamie le lui avait donné. Tout le monde souriait de ce recyclage des cadeaux, inéluctable destin pour tout ce que nous lui offrions. 
Pourquoi faisait-elle cela ? Elle nous expliquait que, dans la maison de retraite où elle avait choisi elle-même d'aller vivre après la mort de mon grand-père, elle n'avait qu'une chambre, et ne voulait pas y accumuler trop de choses. Mais en réalité, je crois que ce qui lui plaisait dans les cadeaux, c'était l'intention d'amour, qu'elle prenait le temps de savourer. L'objet matériel n'avait pas grande importance. Mais il fallait qu'il soit habité par l'affection. Au bout d'un moment, elle sentait que cet objet ferait davantage plaisir en se remettant à circuler qu'en restant chez elle. Alors elle s'allégeait de l'objet, tout en gardant la trace de l'amour. 
Nous ne possédons rien devant l'éternité, ni nos biens, ni nos relations, ni même notre corps. Tout nous a été donné, prêté, et tout nous sera repris. L'important n'est pas de nous accrocher, mais de savourer, de remercier, de rendre grâce. Puis de redonner : de bon coeur. Par le don, se libérer, se réjouir et s'accomplir.
Un art du don ?
« La main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit » : un ami handicapé me rappelait ce proverbe pour souligner à quel point le don nécessite le désintéressement. Comme il entraîne une situation asymétrique entre la personne qui gratifie et celle qui reçoit, il appelle une parfaite clarté d'attitude : tout don est un don sans attente de retour. Sinon, ce n'est pas un don, mais un investissement : dans son image (pour être bien jugé), dans ses intérêts (pour qu'on nous redonne un jour), voire dans son salut (pour se faire bien voir de Dieu). Peu nous importe d'être remerciés. Et puis, pour ne pas attrister ou humilier la personne qui reçoit le don, ce dernier se doit d'être tout en légèreté : tout don qui n'est pas souriant ou joyeux perd une grande partie de sa valeur. Le poète Christian Bobin écrit : « Tout ce qu'on fait en soupirant est taché de néant. »
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mardi 20 février 2018

Faire valoir intérieur ou valoir des miettes...




Ne confondez pas ce qui vous est offert avec ce que vous valez.

La façon dont une personne vous traite n’est pas le reflet de votre beauté ni de votre grandeur. C’est le reflet de la façon dont elle traite les autres, tout simplement. L’expression de qui elle est, le prolongement de comment elle se sent.

Si elle donne des miettes, cela ne fait pas de vous une personne qui mérite des miettes. Cela fait d’elle une personne qui donne des miettes. Point final. 

Certes, la décision de se rapprocher de vous ou non dépend de son attrait pour vous. Mais même son attirance n’est pas une mesure infaillible… Par exemple, combien de gens recherchent la compagnie de personnes qui nourrissent leurs vieilles schémas toxiques et fuient celles avec qui ils pourraient vivre quelque chose de vrai et de beau? On pourrait dire que parfois, être rejeté semble même le plus grand compliment. 

Ainsi, chacun donne seulement ce qu’il est capable de donner. La capacité de donner d’une personne – ou ce qui l’attire – repose sur des facteurs qui n’ont absolument rien à voir avec nous. Et aussi convaincants soient les scénarios qu’on a l’habitude de se monter, la seule et unique raison pour laquelle on reçoit des miettes, chers amis, est qu’on choisit de les accepter. 
Marie Pier Charron, 

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samedi 29 juillet 2017

Le don comme accomplissement



« Et, finalement, soi, qu'est-ce que l'on aura accompli ? Qu'est-ce qui aura fait sens ? Avoir mis au monde des enfants, les avoir accompagnés, avoir planté quelques arbres, construit une maison, écrit quelques livres. Ce sont des choses qui importent, il est vrai, mais il me semble qu'il n'y a d'accomplissement que dans le don, et je me sens encore si loin de ce don. Le mot "pardon" vient du latin per-donare, la "perfection du don". 

Peut-être n'y a-t-il pas de plus grand don à autrui que ce pardon à soi-même. Se pardonner de s'être laissé blesser ; d'avoir blessé à son tour ; et de ce que nos existences honorent si peu l'infini des royaumes qu'elles contiennent. 
Ce n'est pas que la vie n'ait désormais aucun sens, c'est qu'elle n'a plus aucun sens connu. Qu'est-ce qui compte ? 

Dignité, manifestation, élévation. »

Extrait de Lorette, 
de Laurence Nobécourt,

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jeudi 27 octobre 2016

La gentillesse contre la folie par Roger McGowen



Un souvenir me revient souvent à l’esprit, ici dans ma cellule. Je suis un petit garçon de 7 ou 8 ans et je me tiens debout sur une planche en bois posée entre deux parpaings. Je me vois en train de remuer un liquide visqueux dans le grand chaudron noir de sorcière, comme nous l’appelions à l’époque. J’y mets toute mon énergie, à l’aide d’une cuillère en bois, pour obtenir une belle texture lisse. Comme j’étais fier d’aider ainsi mon arrière-grand-mère à faire du savon ! Elle qui m’a élevé ainsi que tous mes frères et sœurs ! Je n’oublierai jamais comme j’étais heureux de pouvoir remuer cette cuillère dans cette grosse marmite, tandis que la fumée s’élevait du feu allumé juste en dessous.

Quand tout était fondu, les graisses et tout ce qu’elle rajoutait pour parfumer le savon, il fallait laisser refroidir. Puis nous versions le mélange dans une poêle plate qu’elle utilisait pour le faire sécher. Ensuite, elle coupait le savon en petits carrés qu’elle entassait à l’arrière de la maison sous la véranda, pour qu’il sèche encore. Une fois qu’il était bien sec, après de nombreuses vérifications de ma part, nous allions faire le tour du voisinage pour le distribuer aux personnes âgées. Oh mon Dieu, ils étaient tous si heureux de recevoir leur petit carré de savon ! Ensuite, c’était la période des conserves et des confitures. Je grimpais dans le prunier du voisin pour cueillir ses prunes bien mûres. Je remplissais le panier de mon arrière-grand-mère avec tellement d’ardeur ! Puis je l’aidais à éplucher tous les fruits. Cela m’amusait beaucoup, parce que je pouvais lécher la cuillère quand elle avait fini et dérober quelques fruits pour les manger en cachette.

Rasés, baignés, épouillés

Beaucoup de mes amis du quartier se moquaient de nous quand nous refaisions le tour avec mon arrière-grand-mère, pour distribuer cette fois toutes nos conserves et nos confitures non seulement aux personnes âgées, mais aussi aux familles pauvres des alentours. Oh bon sang, comme j’étais gêné parfois que l’on me voie avec cette grand-mère ! Comme il m’est arrivé d’avoir honte de cette distribution sous les yeux de mes copains ! Et bien sûr elle devinait mon embarras et me lançait haut et fort : «Roger McGowen, il n’y a pas de honte à être gentil !» Ou encore : «Roger McGowen, n’aie jamais peur de donner quand tu possèdes plus que le nécessaire !» Ou bien : «Roger McGowen, il n’y a rien de mal à donner tout ce qu’il te reste si quelqu’un en a plus besoin que toi !»

Ces mots se sont imprimés en moi pour le reste de ma vie. J’ai sans doute été si heureux de vivre aux côtés de cette arrière-grand-mère, de participer à tous ces actes de bonté que ces petites phrases et tous ces dons complètement désintéressés ont fini par intimement m’imprégner.

L’un des actes le plus désapprouvé en prison, spécialement dans le couloir de la mort, c’est précisément celui de la «gentillesse». Elle est même fortement déconseillée par les gardiens, tant elle peut produire de la camaraderie, voire de l’amitié, ce qui est formellement interdit en milieu carcéral. Oui, la gentillesse est si dangereuse, tant elle pourrait démontrer combien les prisonniers sont encore des êtres humains, au lieu des animaux que tout le monde souhaite nous voir devenir.

Pour la plupart d’entre nous, l’incarcération se fait en plusieurs étapes. D’abord nous sommes placés dans la prison du comté, en attendant le procès. Et puis une fois que le procès a eu lieu, et que le verdict de culpabilité a été prononcé, chacun doit subir divers examens. Nous sommes alors rasés, baignés, épouillés, et l’on nous donne le peu de choses autorisées en prison. Pendant tous ces épisodes, une phrase nous est constamment répétée par chaque personne que nous rencontrons : «N’accepte jamais quoi que ce soit de qui que ce soit… C’est un piège ! N’accepte jamais rien d’autrui !» Soyons justes, d’ailleurs : il est certain que beaucoup de jeunes détenus se sont parfois fait avoir avec quelques générosités manipulatrices, produisant alors des conséquences graves pour leur vie carcérale. La plupart des détenus qui arrivent en prison sont donc dans une extrême méfiance. Et ils n’acceptent rien de personne même si, dans de nombreux cas, les aides offertes par les codétenus le sont sans intention de mal faire. J’ai tellement vu de vieux prisonniers qui essayaient seulement d’aider le nouvel arrivant à mieux vivre cette période difficile qui suit l’incarcération, un moment que chacun vit toujours si douloureusement. Tout au plus essayent-ils de rendre cet enfermement soudain un peu moins dur que ce qu’ils ont connu eux-mêmes.

Je n’étais pas différent en arrivant dans le couloir de la mort ! J’étais un jeune prisonnier encore sous le choc de son incarcération, rempli de méfiance envers tous les autres. Mais en ayant grandi auprès de cette arrière-grand-mère, une petite phrase trottait sans cesse dans mon esprit : «Roger McGowen, il n’y a pas de honte à être gentil !» Sans doute, malgré tous les avertissements de chacun, avais-je encore un peu confiance dans les hommes !

Odeur âpre, sauvage, animale


Je suis arrivé dans le couloir de la mort en novembre 1987. Et la première chose qui m’a frappé, ce fut l’obscurité, et l’odeur de l’aile de la prison dans laquelle je fus enfermé. Je m’en souviens encore, c’était l’aile J-23 ! Il y avait du grillage de poulailler tendu au-dessus des cellules, et des rangées de clôture tout autour de la promenade. La lumière pâle et blafarde était si faible qu’elle donnait une atmosphère lugubre au cachot. Quant à l’odeur, elle m’était totalement inconnue. Elle était âpre, sauvage comme une odeur animale. Je n’avais jamais rien senti de tel. Quelle stupeur pour un homme d’entrer dans un monde pareil !

J’en suis certain aujourd’hui, tout était amplifié par ma peur. Car personne ne peut imaginer qu’un tel monde soit possible sur la Terre. J’en suis certain aussi, cette odeur incroyable était due aux prisonniers enfermés dans leurs toutes petites cellules. A tous ces corps non lavés, à toute cette sueur, auxquels s’ajoutait la puanteur de la mort ambiante.

Dès mon arrivée, je fus placé dans une petite cellule (3 mètres sur 2) au deuxième étage. Ayant été transféré tard, j’avais manqué le repas du soir. Cette situation était tellement nouvelle, si inattendue, dans un monde tellement hostile, que je ne savais pas à quoi m’attendre. Fallait-il que je dise quelque chose ? Fallait-il que je fasse quelque chose ? Ou bien devais-je tout simplement m’asseoir là, et attendre ?

«N’accepte rien d’autrui»

Mon problème fut vite résolu quand un jeune gardien noir vint dans ma cellule pour m’apporter une sorte d’oreiller contenant aussi deux draps, une brosse à dents, de la poudre de dentifrice et des écouteurs pour écouter la télévision (à cette époque, nous pouvions encore regarder la télévision). Je m’en souviens très bien : il me confia son nom, et me demanda si j’avais mangé. Evidemment sur la défensive, craignant un de ces pièges dont on m’avait parlé, je lui répondis que non !

Alors il partit, et je fus pris par la crainte de la célèbre loi des prisons : «N’accepte jamais rien d’autrui !» Il revint quelques minutes plus tard et déposa un petit sac dans ma cellule sans rien me dire. Ce fut plus fort que moi : j’en sortis le contenu, si dérouté par l’événement qui venait d’avoir lieu. Il y avait là un sandwich au thon, un paquet de chips et une pomme. Il y avait là surtout un peu d’humanité ! Plus tard, j’ai su qu’il m’avait donné la moitié de son propre dîner. Ainsi, peu à peu, lui et moi nous avons eu une excellente relation, sans jamais reparler de ce petit repas offert à mon arrivée.

Les années passant, j’ai souvent été en situation de pouvoir aider à mon tour beaucoup d’autres détenus. Certains acceptèrent mes dons, mais à cause de la règle tacite consistant à refuser toute aide, d’autres non. Combien de chaussures, de cafetières et de vivres ai-je ainsi pu offrir à tous ceux qui le voulaient bien ? C’était à mon tour, comme le faisait mon arrière-grand-mère, de partager avec les plus démunis, même en risquant la honte dans un tel lieu.

Un matin, je fus transféré au tribunal pour le procès concernant mon affaire. Et dans la prison du comté où je fus placé, je savais qu’il allait faire très froid, tant dans ces bâtiments blindés ils maintiennent tout le temps une climatisation glaciale, été comme hiver. Aussi fallait-il s’y préparer en s’habillant chaudement. Les seuls vêtements qui nous étaient donnés pour ce transfert étaient tellement fins : juste une combinaison de prisonnier, à savoir un pantalon et une chemise à manches courtes ! Alors j’ai décidé de rajouter mon sous-vêtement long, et deux tee-shirts, avec en plus ma veste enfilée par-dessus. Mais malgré tout cela, j’avais quand même très froid dans cette cellule d’attente où nous étions déjà trente, si serrés.

Et puis ils ont rajouté un jeune gars dans notre cellule pourtant bondée. Il avait seulement sa petite combinaison légère sur lui. Il tremblait de froid par tous ses membres en essayant de tirer sur ses manches pour les rallonger. Certes, j’avais froid, mais je savais qu’à cet instant il avait bien plus froid que moi. Et c’est là que la voix de mon arrière-grand-mère a surgi dans mon esprit : «Roger McGowen, la gentillesse ne connaît pas la honte !» Alors j’ai déboutonné ma combinaison pour enlever mon long sous-vêtement et l’un de mes tee-shirts, et je lui ai offert de les mettre pour se réchauffer un peu. Il y a eu alors un instant incroyable. Il m’a d’abord simplement regardé. Et je l’ai moi aussi regardé, sans qu’un seul mot soit prononcé. Et nous nous sommes vus, tellement vus tous les deux. Cela a duré peut-être trente secondes. Puis, il a pris les vêtements pour les enfiler sans faire aucun commentaire. Pas un mot ne fut prononcé. Mais je peux vous dire qu’apparemment, il avait bien plus chaud, grâce aux vêtements mais aussi grâce à l’événement qui venait de se passer… Et j’ai entendu mon arrière-grand-mère qui riait derrière moi !

La leçon de l’arrière-grand-mère

Quand on nous ramena à la prison, il fut placé dans la même aile que moi. Et il vint à ma table pendant le dîner, ce tout jeune détenu si égaré qui vivait à son tour son premier jour d’incarcération. Après le repas, en passant devant sa cellule, j’ai pu voir combien il n’avait rien, aucun ustensile, rien. Alors je lui ai apporté d’abord une tasse et un bol. Et puis je lui ai empaqueté un grand sac de nourriture, complément indispensable pour manger à sa faim. Evidemment, il commença par refuser, tant il avait été averti lui aussi de la règle de ne jamais rien accepter. Alors je lui ai raconté ma propre histoire lors de mon arrivée. Et je lui ai dit combien, depuis ce jour, je faisais tout ce que je pouvais pour aider au mieux les nouveaux détenus. Et puis je l’ai rassuré : «Je ne réclame rien en échange, tout ce que je te demande, c’est de transmettre de l’amour à ton tour !» Il a regardé autour de nous, juste pour voir si personne ne nous épiait. Il était inquiet. Il voulait tellement ne pas être pris pour un faible en acceptant quelque chose de ma part. Alors pour le rassurer un peu plus, je lui ai confié ce que mon arrière-grand-mère me disait toujours : «La gentillesse ne connaît pas la honte !» Il a pris le sac, avec un petit sourire. Et nous avons fini par devenir bons amis au fil du temps.

Plus tard, bien plus tard, il fut libéré. Et je l’ai vu donner à un autre prisonnier, qui venait d’arriver, tout ce que je lui avais donné. Après sa sortie, il m’envoya une lettre de remerciements, et il y avait mis de l’argent pour m’aider. Je n’ai plus jamais, par la suite, entendu parler de lui. J’espère qu’il mène une vie droite et honnête, et qu’il continue à transmettre de l’amour.

Savons-nous combien nous pouvons faire toute la différence dans la vie d’une autre personne, seulement en offrant un peu de gentillesse ? Savons-nous combien un peu de gentillesse peut parfois tout changer ? Je crois que c’est la plus grande leçon que m’ait offerte mon arrière- grand-mère. C’est la leçon qui me sert chaque jour, ici, dans le couloir de la mort. Parce que s’il existe un lieu où la gentillesse est vitale, c’est bien dans le couloir de la mort. Etre gentil sans honte, c’est parfois la seule manière de sauver sa raison, d’éviter de sombrer dans la folie. Essayez-le ! Essayez-le surtout avec ceux qui ne sont pas gentils, ou bien envers ceux avec qui vous n’avez jamais été gentils ! Essayez-le sans attendre, tendez la main vers celui qui a besoin d’un geste réconfortant. Souvenez-vous de mon arrière-grand-mère : «La gentillesse ne connaît pas la honte !»


Traduit de l’américain par Catherine Spec
— 12 décembre 2009

En vue de la révision du procès de Roger McGowen, vous pouvez envoyer des chèques libellés à l’ordre de Comité français de soutien à Roger Mc Gowen et adressé à : Comité Français de soutien à Roger Mc Gowen, Poitou, 47220 Caudecoste. Ou sur le site www.rogermcgowen.fr, paiement par carte bancaire ou Paypal. Pour toute correspondance : contact@rogermcgowen.fr


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dimanche 19 juin 2016

Martin Maindiaux, "je me fie chaque jour à la Providence"

Il est arrivé au Cambodge il y a 19 ans pour une mission de six mois avec Enfants du Mékong et il n'en est plus reparti. À l'origine de son choix de vie, une aventure au Mexique digne d'un western. Et un voeu à la Vierge de Guadalupe.

C'était dans le village mexicain de Comalcalco, dans la province de Tabasco, en 1996, j'avais 31 ans. J'étais parti aider un ami négociant pour la saison de la récolte du poivre. Les choses ont mal tourné quand nous avons décidé d'aller nous approvisionner directement auprès des petits agriculteurs en court-circuitant les gros exploitants. En route vers une banque du village, je me suis fait tirer dessus par un petit homme moustachu dont l'image est toujours dans ma mémoire. Sans ressentir de douleur sur le coup, je regardais avec stupéfaction mon bras tordu et lourd, et mon t-shirt devenir rouge. La balle avait traversé le poumon gauche et était ressortie par le côté pour aller se loger dans mon avant-bras.
J'ai été opéré à l'hôpital local mais le médecin me donnait peu de chance. Il fallait m'évacuer en urgence à Mexico City. On m'a mis dans un pick-up bâché, sur une civière, pour filer à l'aéroport. Au-dessus de ma tête, j'ai aperçu un autocollant de la Vierge de Guadalupe, tant vénérée là-bas. Jusque-là, je croyais que Notre-Dame de Guadalupe était une île lointaine ! La douleur devenait terrible. « Si je survis, je promets de servir », ai-je prononcé intérieurement. À l'hôpital de Mexico, une petite soeur m'a donné une médaille de cette même Vierge. J'ai alors juré que si je m'en sortais, j'irais faire un pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, situé dans la capitale. Je m'en suis miraculeusement sorti. Je suis allé au sanctuaire, le bras encore paralysé et le poumon en feu mais l'atmosphère du lieu m'a « pris aux tripes ». J'ai alors fait mon premier vœu devant elle : fini le business. « Je suis là pour servir. Envoyez-moi où vous voudrez », lui ai-je dit. 
Peu après mon retour en Europe, j'ai contacté Enfants du Mékong, une ONG qui cherchait un volontaire pour développer des projets de parrainage scolaire d'enfants au Cambodge, dans des zones où la guérilla civile avec les Khmers rouges sévissait encore. J'ai débarqué là-bas le 17 septembre 1997, pour une mission de six mois. Je n'ai plus quitté le pays depuis, et continue de me mettre au service de ces enfants défavorisés, aujourd'hui comme directeur de l'ONG au Cambodge, où nous soutenons la scolarisation de 3450 jeunes parrainés par des Occidentaux. Dans le centre où je vis, à Sisophon, dans le nord-ouest du pays, je côtoie les 480 enfants qui bénéficient de nos activités pédagogiques, soutien scolaire, foyers d'accueil...
Je dois vraiment à Notre-Dame de Guadalupe d'être encore en vie, d'avoir fait un choix définitif et d'être si heureux malgré les épreuves. J'étais déjà pratiquant avant cette aventure, mais depuis mon voeu, j'ai fait la démarche concrète de remettre ma vie entre les mains de la Vierge. Ma foi s'est appuyée sur la confiance en la Providence. Si un tueur professionnel n'avait pas réussi à me tuer, c'est que le Seigneur me donnait une prolongation pour une mission précise. Depuis, chaque fois que j'ai un ras-le-bol, un coup de révolte, je demande dans ma prière : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Je me retire dans mon oratoire, lieu bien coupé du monde, et là je peux rester des heures devant la statue de la Virgen de Guadelupe, pour faire le vide dans ma tête et dans mon coeur... et en sortant, je dis : « Maintenant, que Votre volonté soit faite. » Je ne suis pas un mystique, je parle peu de ma foi. Mais je ne pourrais pas remplir ma mission ici sans être chrétien, sans avoir un « règlement intérieur » que je puise dans les Dix Commandements. C'est un cadre qui me donne toute latitude pour agir au quotidien.
Cette démarche d'abandon, même si elle ne relève pas toujours de l'évidence, est une philosophie de vie qui me permet de rester heureux et simple. Il m'est arrivé un tas de « tuiles » au Cambodge. J'ai eu quatre fois la dengue, deux fois la typhoïde, une fois le chikungunya, la salmonelle, un zona, je me suis fait rafistoler le poignet, la jambe, les deux genoux et une épaule... C'est contraignant mais je vis avec. Tant qu'il a besoin de moi, le Seigneur fera en sorte que j'aie la santé.
« Qu'est-ce qui est vraiment important ? » : telle est la question que je me pose souvent au cœur de la gestion administrative du centre. Réponse : l'épanouissement des enfants parrainés. Mon objectif principal est qu'ils retrouvent confiance en eux, qu'ils entrevoient un avenir grâce à une scolarité réussie ou à une formation professionnelle adaptée. La richesse et la simplicité des relations me font aussi reconnaître que je ne suis pas parfait. J'avance avec mes faiblesses parce qu'elles me poussent à me mettre à l'écoute des autres. Rien ne me rend plus heureux que de résoudre le petit problème d'un des enfants du centre. Ils sont ma famille. Les Khmers me demandent : « Pourquoi tu ne te maries pas ? » Je réponds en blaguant que je reste célibataire pour rester libre. Cela ne veut pas dire être libéré d'un engagement qui serait un poids, mais libre de me rendre à tout instant disponible pour répondre à un appel.
Les personnes âgées ou handicapées et les enfants ont ceci en commun : une franchise qui ne trompe pas. Je l'ai constaté en travaillant dans différentes associations. C'est sans doute mon père, très engagé dans le social, qui m'a transmis ce goût du service. Souvent les gamins khmers me demandent : « Pourquoi tu m'aides ? » « Combien tu gagnes ? » Je leur réponds que cela me rend heureux. Je suis témoin chaque jour de ce que l'amour construit. Je pense à une filleule arrivée au centre dans des circonstances familiales difficiles. Elle était très introvertie. Nous avons peu à peu réussi par le jeu, la taquinerie, à l'aider à s'ouvrir. Elle suit maintenant une formation professionnelle à Siemreap, dans une école hôtelière. Elle vient de temps à autre à la messe avec moi, même si elle n'est pas croyante, pour me remercier. À mon tour, je me rends parfois à la pagode.
Ces partages sont des « cadeaux ». Il en va de même pour la confiance que les parents des filleuls me témoignent. Quand ils m'accueillent chez eux, dans leurs habitations misérables, ils ne me donnent pas leur surplus, mais ce qui va leur manquer demain. C'est une leçon incroyable.

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samedi 16 avril 2016

Changer les regards avec Joshin Luce Bachoux

C'est un homme comme il y en a hélas beaucoup, plutôt proche de la soixantaine, le visage fatigué, les yeux d'un vaincu, assis sur le trottoir au coin de ma rue avec toutes ses possessions, une tasse en carton, un sac en plastique, une couverture.

Il ne demande rien. Il est là, il ne nous regarde pas, il attend, il survit. J'ai commencé par lui donner une pièce ou deux en passant, puis j'ai essayé de lui parler, d'apprendre où il vivait, mais son français se limite à « Merci Madame. » Cet hiver, je l'ai vu transi, recroquevillé ; il me semblait malade, maigrissait à vue d’œil. Quand je m'arrêtais près de lui, il me faisait comprendre combien il souffrait du froid.

J'apportai un grand sac contenant une veste chaude, des écharpes, des pulls, tout ce que j'avais récolté auprès de ma famille. Il a eu l'air vraiment content, m'a beaucoup remercié. Puis rien. Deux jours après, il était là, sans veste, sans écharpe. Les vêtements avaient-ils été donnés, échangés ? Les lui avait-on pris ? Que s'est-il passé, je ne le saurai pas. Je n'osai pas trop l'interroger ; quand je fis le geste d'enfiler une veste, accompagné d'un regard interrogateur, il me répondit par un mouvement de la main, très éloquent, qui me semblait englober toute une approche de la vie : « Eh oui, c'est comme ça... », juste une constatation, sans amertume, sans révolte.

Depuis, ne sachant trop que faire, je m'en suis tenue à donner de l'argent, des boissons chaudes et des sourires. Nous nous souhaitons bonne journée, moi debout, prête à bouger, à m'activer, lui sur son bout de trottoir, assis, disparaissant ensuite je ne sais vraiment pas vers quoi. Je donne, il me remercie, nous nous regardons, il me sourit, vaguement triste, je lui souris, vaguement coupable, et voilà.

Puis peu après Pâques, la situation s'est transformée. Un matin, lui, toujours si discret, me fait de grands signes en me voyant arriver. Il a un grand sourire, plus joyeux que je l'ai jamais vu. Il ouvre le sac posé près de lui et me montre : c'est plein de petits biscuits, de tablettes de chocolat. L'air réjoui, il fouille dans tout ça, et sort d'un air victorieux un lapin en chocolat, bien emballé dans son papier doré, et me le tend. « S'il vous plaît, s'il vous plaît... » Aujourd'hui, c'est lui qui me donne quelque chose, c'est moi qui remercie. Je range dans ma poche la pièce que j'avais préparée. Je lui montre en riant que cela me fait plaisir, j'exprime par gestes combien je suis gourmande - c'est vrai ! - et je range soigneusement le cadeau dans mon sac. Et je remercie encore, et nous nous sourions cette fois sans aucune arrière-pensée : deux êtres humains qui se rencontrent, deux personnes égales, des dons qui circulent dans les deux sens, un équilibre qui s'est rétabli dans le monde.

J'ai mangé le lapin, délicat chocolat au lait, et j'ai recommencé à lui offrir une ou deux pièces lorsqu'il est là. Mais nous savons tous les deux que tout a changé entre nous. Bien sûr, aujourd'hui, c'est moi qui donne, c'est lui qui reçoit, mais cette situation n'est pas figée, demain, après-demain peut-être, tout peut changer. C'est un moment de la vie, pas une fatalité.

Nous avons remis le monde à l'endroit, dans sa circulation fluide, changeante. Et je me demande si je ne me suis pas trompée souvent dans mon approche du don, si le plus grand don que l'on peut faire à quelqu'un ne serait pas de lui donner à son tour l'occasion de faire un don.

Un lapin en chocolat qui fait réfléchir !

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lundi 16 mars 2015

Guide de Carême (7)

Du lundi 16 au mercredi 18 mars 


Choisissez de percevoir différemment les moments les plus difficiles aujourd'hui. Les journées comprennent parfois des situations tendues. En quoi suscitent-elles des découvertes et des avancées ? Que pourrait-elles laisser entrevoir ? Que pourraient-elles mettre à votre disposition comme ressources nouvelles ? Il ne s'agit pas de nier les difficultés ni de renoncer à faire valoir ses droits, mais de s'entraîner à voir aussi les conflits comme des occasions d'élargir son regard, de le renouveler. Nous vous invitons à cultiver de la gratitude pour les dons qui viennent des moments de combat. Le deuxième et troisième jour, vous pouvez aussi prendre un temps pour réfléchir sur cette attitude par rapport aux situations difficiles au début et à la fin de la journée.


lundi 26 janvier 2015

Père Pedro Opeka...

Il y a 25 ans ce prêtre lazariste argentin sortait les pauvres de la décharge d’Antananarivo pour créer avec eux des villages. Depuis, grâce à son association Akamasoa, 500 000 personnes ont pu retrouver toit et travail, joie et espérance.

Mai 1989. Une scène intolérable, cauchemardesque, se déroule sous mes yeux : par milliers, des adultes et leurs enfants errent dans la décharge de la capitale malgache, Antananarivo, au milieu des porcs et des chiens. Piétinant les ordures, ils se disputent le moindre bout de caoutchouc ou de plastique. Aucun mot ne peut sortir de ma bouche, je suis transi d’horreur et de colère. Le soir même, je ne peux trouver le sommeil. Me mettant à genoux sur mon lit, je lève les bras et implore Dieu : « Aide-moi à faire quelque chose pour ces enfants ! »

Le cri s’avère être une alliance, un pacte intérieur : je décide de rester auprès d’eux et de faire tout mon possible pour les sortir de cette misère, non pas par ma propre force, mais grâce à celle que Dieu me donnera et que je sens déjà germer en moi. Dès le lendemain, je retourne sur le terrain vague, déterminé : « Si vous voulez, nous allons, tous ensemble, vaincre la pauvreté par le travail, la scolarisation des enfants et par une discipline communautaire. » La première chose était d’unir ces pauvres entre eux, d’éradiquer la violence qui intoxiquait leurs relations. C’est comme ça qu’est née il y a 25 ans l’association Akamasoa, ce qui signifie en malgache « les amis fiables et sincères ».

Cela faisait déjà 15 ans que je vivais à Madagascar, dans le sud-est du pays. Curé de la paroisse de Vangaindrano, j’étais prêtre missionnaire auprès des villageois et des paysans. Voilà ce que je désirais plus que tout : être avec, partager le quotidien de ces personnes travaillant d’arrache-pied dans les rizières. Je ne pouvais pas supporter de les voir mourir de faim, abandonnés par leurs dirigeants. Durant cette période de ma vie, que je considère comme une seconde naissance, j’ai appris leur langue et ai tenté de m’adapter autant que possible à leurs coutumes. Moi, le prêtre argentin, je refusais en effet d’apporter des solutions toutes faites et d’imposer quoi que ce soit. Il me fallait vivre pleinement avec eux.

Ma vocation de missionnaire a été confirmée lorsque j’ai rencontré les Indiens mapuches dans la cordillère des Andes. J’avais 18 ans. Ils étaient là, reclus dans les montagnes depuis un siècle. « Pourquoi et comment a-t-on pu oublier ces frères et sœurs ? » me demandais-je, bouleversé. Depuis quelque temps, le désir de servir les pauvres, à l’exemple de Jésus, résonnait en moi, avec la conviction que foi et action étaient indissociables. Durant mon enfance à Buenos Aires, la vision des bidonvilles encerclant la ville me révoltait : comment pouvait-on accepter de vivre dans un monde avec tant d’injustices et d’inégalités ?

Ma foi et ma volonté ont d’abord puisé leur source dans celles de mes parents. Immigrés slovènes ayant fui Tito, ils étaient des exemples de courage, de droiture, d’espérance et de charité. Ma mère nous disait qu’un pauvre qui frappait à la porte ne devait jamais repartir les mains vides. Et ce qu’ils prônaient, ils l’appliquaient. Dès l’âge de 10 ans, j’aidais mon père, aux côtés de mes huit frères et sœurs, dans son métier de maçon. Ce travail physique m’a forgé dans l’exercice de la persévérance.

Jeune séminariste chez les lazaristes, j’ai commencé par étudier la philosophie en Slovénie, où je renouais avec mes ancêtres. Puis la théologie à Paris, après être allé pour la première fois à Madagascar, où j’ai aidé à la construction de maisons et joué au foot avec les jeunes, ma passion !

C’est une fois ordonné prêtre que je suis parti à Madagascar… pour y rester. Après mon expérience de 15 ans dans les rizières, je pensais pourtant quitter le pays, pour me remettre en forme. Les maladies que j’y avais contractées m’avaient en effet totalement mis à plat. La providence a voulu que je sois envoyé à Antananarivo pour m’occuper des séminaristes de la maison Saint-Vincent-de-Paul. C’est là que j’ai découvert la décharge. C’est dans cet état de faiblesse tant physique que spirituelle que j’ai retrouvé de la force auprès des pauvres.

J’ai tout de suite mis cartes sur table : « Vous êtes pauvres, mais c’est ensemble qu’on va combattre. » Il était essentiel qu’ils participent à leur propre relèvement. L’urgence : qu’ils aient un toit et un travail. Non loin de la décharge se trouvait une vaste carrière. En attaquant des milliers de tonnes de granit, nous avons pu exploiter le terrain et utiliser ce matériau pour construire de petites maisons. C’est comme ça qu’a poussé un premier village. Puis une ­vingtaine d’autres ont fleuri, avec leurs écoles, leurs cabinets médicaux… sans oublier le stade olympique ! Le dimanche, nous vivons aussi tous ensemble la messe, en chantant et en dansant. Près de 7 000 personnes viennent fêter l’eucharistie ! C’est à chaque fois une exultation, un cri de joie et de remerciement pour nous avoir sauvés de la mort, de l’asservissement à l’extrême pauvreté, à la haine et à la jalousie.

Durant ces 25 ans de combat auprès des pauvres, je n’ai jamais cédé au découragement. Aujourd’hui, j’ai 12 000 enfants qui ont besoin de nourriture, d’un logement, d’un travail. Face à leurs yeux suppliants, je n’ai pas le droit de baisser les bras ni de les décevoir : je leur ai donné ma vie ! Akamasoa relève du miracle, car, en amont de tout savoir-faire technico-scientifique, notre association a puisé son inspiration dans un esprit de fraternité, sur un terreau de violence et de misère.






mercredi 10 décembre 2014

Nouvelles façons de donner (3)


5. L’arrondi en caisse
Faites vos courses en solidaires

L’idée vient tout droit du Mexique. En 2013, l’entreprise solidaire MicroDon a lancé un programme national d’arrondi solidaire dans les supermarchés Franprix. Le principe est simple : lors de leur passage en caisse, les clients ont la possibilité d’arrondir leurs achats à l’euro supérieur. La différence est reversée à des associations pour financer des actions de solidarité locales. Au total, 340 points de vente se sont déjà convertis à travers toute la France.


6. Le café suspendu 
Payez un petit noir à un inconnu

Passe un café à ton voisin. Le message commence peu à peu à faire son chemin dans les bars de France et de Navarre. Dans le sillage de leurs homologues napolitains, de plus en plus de consommateurs français prennent l’habitude de payer deux petits noirs au comptoir : l’un pour eux et le second, « en attente », pour une personne moins fortunée. Pour connaître les établissements partenaires, rendez-vous sur le site www.cafe-suspendu.com

7. Les produits financiers solidaires 
Développez votre coopération

Non, la finance et l’altruisme ne sont pas forcément antinomiques ! La preuve. Depuis la crise de 2007-2008, de plus en plus de livrets d’épargne, contrats d’assurance-vie et autres fonds communs de placement se déclinent à la mode solidaire. Et ça marche ! 
En 2013, 6,02 milliards d’euros ont ainsi été déposés sur des produits d’épargne solidaire, en hausse de 28,3 % en un an. Cela a permis de soutenir des projets à vocation sociale et/ou environnementale à hauteur de 1,02 milliard d’euros. « Aujourd’hui, les Français cherchent plus volontiers des placements qui ont du sens. Nous nous efforçons de répondre le mieux possible à leurs attentes en mettant notre métier de banquier au service de l’économie réelle et non de la spéculation », souligne Jean-Marc Pautras, responsable de développement des secteurs philanthropie, fondations, enseignement et recherche au Crédit coopératif, l’un des acteurs majeurs de l’économie sociale.




A propos du don (3) avec Alain Caillé



Vous écrivez que « le don est un opérateur politique ». Que voulez-vous dire par là ?

Depuis la nuit des temps, le don transforme les ennemis en alliés. Il crée des obligés, avec toute l’ambivalence que cela produit, puisqu’il y a une obligation de rendre. Et ce que montre très bien l’anthropologue Marcel Mauss dans Essai sur le don, c’est cette ambiguïté du don. Un don qui ne peut pas être rendu transforme celui qui l’a reçu en obligé et le rend inférieur à celui qui l’a donné. Donc à certains égards, le don, s’il devient asymétrique, devient un instrument de pouvoir et de la domination.


Faut-il retenir de cet entretien que le don est toujours intéressé ?

Le premier mobile du don, c’est l’intérêt pour soi. Cela correspond à une pulsion de survie. On le voit dès la naissance, dès les premiers jours. Mais il y a aussi de l’intérêt pour autrui, ce n’est pas contradictoire. Dans tous les dons que nous accomplissons, il y a une part d’obligation sociale et une part de liberté créative. Par exemple, à Noël ou lors d’un anniversaire, on est bien obligé d’offrir un cadeau à ceux qu’on aime. Mais ces cadeaux peuvent être plus ou moins élaborés, ils peuvent être offerts avec plus ou moins de talent ou de grâce. Dans ce domaine, chacun est amené à faire preuve de créativité. Ce qui veut dire que dans le cadre de l’obligation sociale il y a de la place pour la liberté et pour l’inventivité. Ce qui compte, finalement, ce n’est pas seulement la nature du don, c’est aussi la manière dont nous l’accomplissons. 

 source : La Vie


lundi 8 décembre 2014

Nouvelles façons de donner (1)


1. Le bénévolat de compétences 
Proposez vos savoir-faire 

 Vous aimeriez soutenir une association, mais vous disposez de peu de moyens ? 
Pourquoi ne pas mettre gratuitement à disposition l’un de vos savoir-faire sur votre temps libre ? C’est le principe du bénévolat de compétences. Un dispositif gagnant-gagnant qui permet aux organisations à but non lucratif de disposer de compétences qu’elles n’auraient pas pu s’offrir et aux salariés de trouver du sens tout en s’ouvrant à de nouveaux horizons. 

Le principe vous tente ? Inscrivez-vous sur le site internet de l’association Passerelles et compétences (www.passerellesetcompetences.org) en indiquant votre région et vos domaines d’aptitudes. Vous recevez alors des offres de mission conformes aux secteurs que vous avez choisis : création d’un site web, secrétariat, gestion d’une comptabilité, conseil juridique… Libre à vous ensuite de postuler ou non.





(source : La Vie)

A propos du don (1)


Alain Caillé : ... L’abbé Pierre a fondé le mouvement Emmaüs avec un désespéré qui voulait se suicider. Il écrit dans ses mémoires : « Tout à coup, face à cet homme, je fis le contraire de la charité. Au lieu de lui dire “Viens, je vais t’aider, te donner quelque chose”, je lui ai dit “Écoute, de toute façon, tu n’as plus rien à perdre, viens plutôt m’aider”. » Cette histoire est au cœur du mécanisme universel du don. Le véritable don, ce n’est pas de donner. C’est d’offrir à l’autre la possibilité de donner.

Alain Caillé, économiste et sociologue, a publié en 2014 : la Révolution du don.


Louis Bertignac : « Je trouve juste sympa de me sentir utile »

« Je ne vois pas dans la solidarité une sorte de devoir social de l’artiste. Je trouve juste sympa de me sentir utile. Je soutiens deux petites structures, dont une école de musique à Katmandou, au Népal. Je reçois chaque jour au moins trois demandes de parrainage. J’avoue que ce n’est pas toujours facile de choisir qui aider. Je suis particulièrement sensible à la myopathie, qui a coûté la vie à un membre de ma famille. Je trouve gênant que certains producteurs ou maisons de disques démarchent les associations et se bousculent au portillon des manifestations pour s’en servir comme d’un tremplin de promotion pour lancer de nouveaux artistes. »

Mobilisé pour le Téléthon


Garou : « En tant qu’artiste, on a le devoir de servir de grandes causes »

« Pour moi, un artiste est un peu un docteur de l’âme. Il a ce pouvoir magique de rendre les gens heureux, au moins le temps d’un spectacle. Quand on dispose d’un tel privilège, j’estime qu’on a le devoir de le mettre au service de grandes causes. C’est ce qui m’a poussé à devenir ambassadeur de One Drop, organisme engagé dans la lutte pour l’accès à l’eau potable, à soutenir une maison de soins palliatifs au Québec ou à m’engager pour le Téléthon cette année. N’y voyez pas un moyen de faire ma promo à moindre frais. Franchement, j’aurais bien plus d’intérêt à donner un concert rémunéré dans une grande salle. Mais je sais que les malades ont besoin du soutien de chanteurs populaires pour créer une grande chaîne de solidarité et encourager les dons. » 

Parrain du Téléthon 2014


mercredi 9 juillet 2014

La banalité du Bien avec Matthieu Ricard

extrait de:"Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard


Un mendiant reçoit deux billets de cinquante roupies- somme relativement conséquente au Népal -, il en donne la moitié à son compagnon d'infortune.
Une infirmière épuisée après une nuit de garde éprouvante, reste néanmoins quelques heures pour assister un mourant qui part seul. Ma soeur, Eve, qui s'est occupée toute sa vie d'enfants en difficulté, n'a jamais hésité à se lever en pleine nuit pour accueillir un enfant qui fuguait.
Dans le métro, un Maghrébin percevant l'état d'angoisse d'une voyageuse qu'il ne reverra jamais, lui murmure: "Ne t'inquiète pas ma fille, ça va passer."
Au terme d'une journée trop remplie, un ingénieur rentre de son bureau et fait cinq cents mètres de plus pour montrer à un étranger perdu dans la capitale le chemin de son hôtel.

On a pu parler de la" banalité du mal", Mais l'on pourrait aussi parler de la "banalité du bien", en se représentant les mille et une expressions de solidarité, de prévenance et d'engagement en faveur du bien d'autrui qui jalonnent nos vies quotidiennes et exercent une influence considérable sur la qualité de la vie sociale. De plus, ceux qui accomplissent ces innombrables actes d'entraide et de sollicitude disent généralement qu'il est bien "normal" d'aider son prochain. S'il est justifié d'évoquer cette notion de banalité, c'est aussi parce qu'elle est en quelque sorte silencieuse: Le bien de chaque jour est anonyme; il ne fait pas la une des médias à la manière d'un attentat, d'un crime crapuleux, ou de la libido d'un homme politique. Et, enfin, s'il y a banalité c'est encore le signe que nous sommes tous potentiellement capables de faire du bien autour de nous.