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dimanche 13 septembre 2026

Ne pas savoir

 

🌱 Graines de conscience

« Si nous savions ce que nous ne savons pas ! »
« Dieu, nul ne l’a jamais vu »
Le Réel, nul ne l’a jamais vu, nous ne connaissons que les réalités visibles qui le manifestent.
La Vie, nul ne l’a jamais vue, mais nous ne connaissons que les atomes, les cellules, la biologie qui l’incarnent.
La Conscience, nul ne l’a jamais vue.
Nous ne connaissons que les organes, les pensées et les images qui témoignent de son existence.
L’Amour, nul ne l’a jamais vu.
Nous ne connaissons que les désirs, les émotions et les sentiments qu’il éveille dans nos corps.
Dieu n’est pas à portée de main ou de concept, à moins que notre main et notre cerveau, soient capables de saisir l’espace ou la lumière…
Pourtant, Dieu est à portée de souffle, si nous respirions un peu plus profondément…
Mais le souffle « nous ne savons ni d’où il vient, ni où il va ».
Ni d’où vient l’inspir, ni où va l’expir, c’est pourtant de là que nous venons, et c’est là où nous allons.
Savoir que nous ne savons pas ne devrait pas nous empêcher d’écouter. Au contraire, cela pourrait redoubler notre attention, si ce n’est notre étonnement…
Le souffle (pneuma) et avec Lui la vie, la conscience, l’amour… nous est donné à chaque instant…
Si nous savions ce que nous ne pouvons pas savoir !
« Si tu savais le don de Dieu », disait-Il…
Jean Yves Leloup, septembre 2026
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dimanche 6 septembre 2026

Dire OUI

 

" Me vient à l'esprit que, par contraste, notre époque marche sur la tête en valorisant le non. Elle nous a convaincus que refuser c'est faire montre d'intelligence, de puissance, d'autonomie, d'indépendance. Méfiance, rejets, réfutations et critiques systématiques passent pour des vertus. Seuls le niais ou le frêle acquiescent.

Une faiblesse que de dire oui ? On a besoin de force pour consentir, de courage pour dire oui au risque, oui au danger, oui à l'aventure, oui à l'autre, oui à l'amour quand il se présente, oui à l'amour quand il demande des efforts, oui à la Révélation, oui à Dieu."

( Le Défi de Jérusalem - Eric-Emmanuel Schmitt )

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mercredi 27 mai 2026

Réalité sans jugement

 

« Tout est juste beau et terrifiant sur cette terre – et la naissance et la mort – le velouté et le râpeux – le miel et le fiel – la foi et la détresse. J'ai porté la couronne de l'amour et j'ai mordu la poussière. Il ne m'a pas été permis de faire un choix. J'ai dû tout prendre. Et tout était bien ici. Comment la clarté des étoiles nous serait-elle visible, si la nuit ne leur prêtait pas pour s'en détacher, son fond de ténèbres ?

Entre la réalité et nous, Dieu a dressé des murs. ( J'en soupçonne pourquoi : nous faisons si peu cas de ce qui s'offre à nous, seuls l'obstacle et la quête ardue nous éveillent.)

Un cataclysme - l'amour, la mort, le désespoir - y ouvre soudain une fissure et voilà que se révèle à nous le paysage du dehors, l'univers qui nous entourait à notre insu. Ce que nous prenions jusqu'alors pour la réalité s'avère n'avoir été qu'une de ces cages de bois où les paysans ici prennent les loirs. Et les jugements que nous portions basculent dans l'ordre du dérisoire.

Le premier effet de la Révélation - l’œil collé à la fissure est l'abdication de tout jugement.

TOUT DÉPASSE NOTRE RAISON. TOUT. »

Christiane Singer 1943-2007 - Une passion entre ciel et terre

peinture: Véronique Paquereau

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dimanche 10 mai 2026

« Ici, on peut apporter son casse-croûte »

 Nouveau bistrot dans le village. On lit sur la vitrine : « Ici, on peut apporter son casse-croûte. » C’est un lieu sans chichis. Chacun vient comme il est, avec dans sa besace ce qui devrait le rassasier. On peut y apporter aussi sa petite tranche de vie : elle se partage sur le zinc.

L’auberge du Bon Dieu doit ressembler à ça. Il ne faut pas s’attendre à des étoiles. Il n’est pas rare que la vie apportée en millefeuilles avec ses prières en miettes ait certains jours un petit goût de vieux : non pas que ce soit immangeable, c’est seulement un peu rassis. Vieilles croûtes bien emballées des habitudes de l’avant-veille que l’on transporte de jour en jour, de ces itinéraires tellement balisés qu’on ne risque plus de se perdre ni de trouver quoi que ce soit de neuf.

Croûtes du cœur : sécheresses installées, pardons remis à plus tard, élans qu’on a rangés parce qu’ils dérangeaient nos agendas. Allez, croûtes de l’Église aussi quand elle oublie qu’elle est une table ouverte et se transforme en une salle à manger où chacun mange toujours à la même place. À ce comptoir, il n’est pas rare que l’on consomme sans appétit.

Rompre ce qui enferme

Au bistrot de la vie, Jésus ne fait pas que bénir nos repas. Il casse la croûte en s’attaquant à ce qui durcit, à ce qui commence à moisir sous le papier bien plié de nos certitudes : « Est-ce que cela te nourrit encore vraiment ? » se risque-t-il à dire…

Avec le pain, il rompt aussi tout ce qui enferme. Il casse la croûte des évidences, quand tout le monde pense savoir qui a sa place à table et qui ferait mieux d’aller manger ailleurs. Il casse la croûte des pratiques installées : ces « on a toujours fait comme ça » qui tiennent parfois lieu d’Évangile, faute de mieux. Il casse la croûte de nos sécurités spirituelles : cette petite religion transportable dans des boîtes à tartines desquelles rien ne déborde plus jamais.

Pour que sa vie circule

Osons le dire : il ne respecte pas toujours ce que nous mettons sur le comptoir. Il pousse l’impertinence jusqu’à ce geste que nous avons bien trop domestiqué : l’eucharistie. Il y a quelque chose d’incongru à l’appeler « repas » quand elle devient ce moment correct et maîtrisé, où tout doit être en ordre, calibré et prévu. Chacun s’avance, reçoit et retourne à sa place. Mais si l’on gratte un peu la croûte, on redécouvre le geste bouleversant de Jésus : il prend le pain, il rend grâce, il le rompt et le donne. Nous n’avons pas le choix : pour que sa vie circule, il faut casser la croûte.

À quelques jours de l’Ascension et de la Pentecôte, il vient mettre du désordre dans nos affaires. Il disparaît du paysage : drôle de façon de faire au moment où l’on pourrait le tenir en certitudes. Comme s’il cassait la dernière croûte : celle d’un Dieu que l’on pourrait garder sous la main.

Quand l’Esprit s’en mêle

Et puis l’Esprit s’en mêle : finies les tables alignées, finie l’allée centrale par laquelle il nous faut avancer avant de rejoindre nos places par les allées latérales ! Finie la langue unique. Ça parle dans tous les sens, ça sort, ça bouge, ça déborde.

Ce « casseur de croûtes » travaille de l’intérieur pour fissurer ce qui s’est refermé. Il ouvre des brèches. Il remet du mouvement. Il refuse le tel quel. Il nous laisse une étrange promesse : notre pain quotidien peut devenir rassasiant, à condition de consentir à ce qu’il soit rompu. Si vous allez dans mon bistrot, ne soyez pas surpris de voir un inconnu s’asseoir à votre table et avec vous casser la croûte. Laissez-le vous apprendre à savourer la foi et à goûter la vie tout autrement. 

Raphaël Buyse

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dimanche 26 avril 2026

Zaz : « Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée »

En 2025, Zaz a sorti « Sains et saufs » chez Tôt ou tard. Réédité le 27 mars 2026, ce sixième album marque une nouvelle étape dans la vie de la chanteuse française à la renommée mondiale : une entrée dans une vérité de soi plus profonde, libérée des addictions et de la volonté de plaire.

En 2020, après avoir attrapé le Covid, j’ai décidé de faire un jeûne ; j’avais appris que cela pouvait « réinitialiser » le système immunitaire. J’ai surtout arrêté toutes les addictions : le café, les cigarettes, l’alcool. C’était si dur… Mais de jour en jour, je me sentais de mieux en mieux. Je renouais avec une espèce de lucidité sur la vie, une sérénité. À ce moment, j’ai pris conscience que j’agissais jusque-là comme une super-héroïne : je voulais changer le monde, c’était ancré très profondément en moi.

En construisant mon album Isa (Parlophone, 2021), et plus encore Sains et saufs (Tôt ou tard, 2025), j’ai donc fait le choix de sortir de la recherche de perfection pour prendre du plaisir, m’amuser. J’ai testé plein de trucs, dans les textures, dans les voix. J’ai lâché quelque chose, peut-être l’envie de plaire. Je me suis présentée comme je suis.

Le choix de la vie

Je m’appelle Isabelle Geffroy. Je suis née le 1er mai 1980 dans la banlieue de Tours (Indre-et-Loire). Mon père était dysfonctionnel : très alcoolique, mentalement pas sain. Ma mère, dépressive. Comme tous les enfants, je pensais que c’était de ma faute si mes parents n’allaient pas bien. Alors, j’ai voulu les sauver, mais à 13 ans, déjà très curieuse, je me suis mise à la drogue, j’avais envie de tout tester.

La communication avec mes parents est devenue compliquée. Plus personne ne me tenait. Je suis allée en pension, puis en foyer, et à chaque fois je me suis fait virer. La juge pour enfants m’a alors envoyée vivre à Bordeaux (Gironde) chez ma sœur, de neuf ans mon aînée – j’ai un frère qui a quatre ans de plus que moi. J’avais 15 ans. L’école, j’y allais ou je n’y allais pas. Tout était très chaotique. Mais j’avais en moi, depuis l’âge de 4 ans, cette intuition que si j’étais venue sur terre, c’était pour une raison précise. Que je serais chanteuse et que je serais connue.

Ma mère m’avait inscrite au conservatoire, puis à des cours de chant, mais le côté académique m’ennuyait beaucoup. J’ai toutefois pu apprendre à jouer du violon, du piano, et développer une très bonne oreille. Quand je chantais – et je chantais tout le temps –, cela me procurait des émotions : de la tristesse, de la joie. Et, d’un coup, je me connectais aux humains. Enfin ! C’était si difficile avant, pour moi : il fallait décoder tout un tas de psychismes différents.

J’avais 20 ans quand mon ancien petit copain s’est fait assassiner. Cela a été comme un déclic. Moi, j’étais vivante. J’avais encore le choix : la mort ou la vie. Cela ne dépendait que de moi. Grâce à la mission locale, j’ai obtenu une aide financière du conseil régional pour une formation à Bordeaux, au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam). J’y suis entrée en 2000. Il y avait des scènes ouvertes, des ateliers… et j’avais un cadre, une structure. J’ai intégré mon premier groupe de blues. À la fin de la formation, j’ai répondu à une petite annonce pour intégrer un orchestre au Pays basque. J’ai été retenue. Puis, j’ai intégré un groupe de composition en français et espagnol, donné des cours de musique dans une Maison des jeunes et de la culture (MJC)… J’ai toujours eu cette folie d’y aller, et d’y aller à fond.

Retrouver le contact

J’avais une copine qui habitait Paris. Quand je lui rendais visite, j’étais toujours excitée par cette ville. Je voulais « monter à la capitale ». « Tu vas perdre ton intermittence », me disait-on. Mais il fallait que je le fasse. J’agis à l’instinct, pour être cohérente avec moi-même, pas pour l’argent. La vie m’a montré qu’à chaque fois que je faisais preuve d’audace, il y avait quelque chose de mieux, derrière, qui m’attendait. Cela n’empêche pas la peur. J’étais terrifiée quand je suis arrivée à Paris, à 26 ans. J’ai débuté Aux trois mailletz, un cabaret, entre minuit et 5 heures du matin… Puis j’ai atterri dans un autre endroit où je chantais deux fois par semaine.

Un jour, je suis sortie fumer une clope. Un homme est venu vers moi et m’a lancé : « Je t’ai entendue. Est-ce que cela te dit d’aller chanter à Vladivostok ? » J’ai alors appris que cet homme était le directeur de l’Alliance française de cette ville en Russie, Cédric Gras. Je suis partie avec un pianiste, en plein mois de décembre. C’était complètement dingue. Il faisait – 25 °C. Je reprenais des éléments du répertoire de la chanson française et quelques chansons à moi. J’avais déjà mon nom de scène : Zaz. Pour moi, c’est le symbole de l’infini, du serpent qui se mord la queue. Ce qui meurt et renaît sans cesse. C’est un peu moi. Je suis sans cesse en train de mourir et de renaître.

Je suis issue d’une famille catholique mais je ne suis pas allée au catéchisme. Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée. Je me disais que je ne pouvais pas vivre autant de trucs horribles s’il y avait un Dieu. J’étais fâchée avec lui, en tout cas avec ce que j’imaginais être Dieu. Je voyais juste que j’étais en galère, que je n’étais pas aidée, ni dans le concret, ni dans l’invisible. Je me suis même fait tatouer une croix à l’envers – je l’ai refaite à l’endroit. À 20 ans, je suis tombée dans un trou. Mais, étonnamment, il y avait toujours ce je-ne-sais-quoi en moi, cette présence. J’ai compris que c’était à moi de retrouver le contact. Que rien n’avait jamais été contre moi. J’ai alors voulu tout savoir sur les religions. Je me suis mise à bouquiner, énormément.

Après la Russie, je n’avais plus de boulot. Je chantais dans la rue, avec des amis. Un jour, nous avons trouvé un endroit à Montmartre. Nous faisions du folklore et cela collait parfaitement au quartier. Tous les peintres nous ont accueillis. Une foule de gens s’arrêtaient pour nous écouter, certains pleuraient. On me voyait comme « une gamine à la Piaf ». Jusqu’au jour où j’ai participé à un concours. Je suis arrivée en finale, à l’Olympia, et… j’ai gagné. J’ai alors enregistré un album tout en continuant à jouer dans la rue. Mes chansons commençaient à passer à la radio. Je veux a fait un carton, y compris dans d’autres pays, notamment en Allemagne mais aussi en Amérique latine, et à l’Est…

Qui je suis vraiment

À 30 ans, je touchais à la notoriété. On m’adorait ou on me détestait. Je vivais un rêve alors je ne voulais pas me plaindre, je voulais tout donner à ceux qui m’aimaient. Je n’ai pas mis de limites. L’alcool n’a pas aidé. Il était constamment là, comme les clopes. J’ai beaucoup travaillé sur moi, suivi des thérapies. Mais m’arracher à l’alcool, je n’y arrivais pas. En 2018, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Quelqu’un d’hyperdoux, de calme, de compréhensif. Pour moi, c’était l’occasion. J’avais envie de construire. Je désirais aussi savoir qui j’étais vraiment, sans artifice, sans alcool, sans cigarette. J’ai arrêté du jour au lendemain, en 2020, grâce au jeûne.

En parallèle, j’ai réalisé que je n’avais pas la main sur ce qui était extérieur à moi. Quoi que je fasse, le monde ne changerait pas. J’ai compris que je m’étais trompée : il fallait que je change, à l’intérieur. Ce n’était pas mon nom d’artiste que je devais modifier, comme je l’avais songé un temps, mais ce que j’avais mis dedans. Je me suis alors résolue à prendre soin de moi, à appliquer à moi-même tout ce que je voulais faire aux autres. À partir de là, mes relations se sont transformées, mon rapport au monde aussi. J’ai commencé à poser des limites. J’ai préparé l’album Isa. Et puis, mon père est mort. Sa mort a ouvert une autre porte.

Cet album, ce dernier, je l’ai appelé Sains et saufs parce que malgré tout ce que j’ai enduré, je suis saine et sauve. J’écris des chansons pour qu’elles s’adressent à d’autres, les rejoignent. Les chansons sont universelles, voilà pourquoi j’ai choisi le pluriel. Ce n’est pas mon album, mais le nôtre.

Dedans, je parle du pardon, je m’adresse à Dieu. Il est une intelligence qui m’accompagne. J’ai toujours eu le sentiment d’une présence auprès de moi. Aujourd’hui, je médite, cela me permet d’aller dans un espace qui est, pour moi, la source. Là, il n’y a plus de mental. Même si parfois je doute, je sais que j’ai dû traverser toute mon histoire pour incarner ce que je dois incarner aujourd’hui. Ces épreuves, je les ai vécues, et donc je peux en parler. Sans elles, je ne chanterais pas comme je chante. Il y a encore des trucs que je n’arrive pas à régler. Ce n’est pas parfait et cela ne le sera jamais. Mais je veux transformer les choses, pour plus de liberté. Et pour plus de conscience. Nous sommes sur terre, et nous sommes privilégiés pour cela. Cela ne dure pas longtemps. Alors, allons-y quoi. Vivons !


Les étapes de sa vie

1980 Naissance d’Isabelle Geffroy à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire).

2000 Formation au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam), à Bordeaux (Gironde).

2009 Zaz remporte la finale de la troisième édition du concours le Tremplin Génération de France Bleu/Réservoir qui se tient à l’Olympia.

2010 Sortie de l’album Zaz. Buzz de la chanson « Je veux ».

2020 Arrêt de l’alcool, du tabac et du café.

2021 Sortie d'Isa.

2025 Sortie de Sains et saufs, entrée au label Tôt ou tard.

2026 Réédition de Sains et saufs, tournée mondiale.

Interview Isabelle Demangeat

Source : La Vie

mardi 24 mars 2026

« Vérifiez que vous êtes un humain »

 


Un colis se fait attendre : le transporteur qui doit me le livrer me propose de suivre son acheminement en temps réel. Je me connecte donc sur le site de l’agence, mais, avant de me donner les informations nécessaires, un message s’affiche sur mon écran : « Vérifiez que vous êtes un humain »… C’est une belle question pour un temps de carême ! Pour m’en assurer, je dois recopier fidèlement une suite insensée de chiffres et de lettres.

Être humain, ce serait donc cela ? Reproduire ce que l’on a vu ou répéter ce qui se dit ? Cela m’évoque plutôt l’idée d’une vérification que je suis bien un enfant sage, ce que je n’ai pas envie d’être. Entre être un enfant sage de la Loi ou un fils rebelle de l’Esprit, mon choix est fait. Comme je ne m’exécute pas, la machine me propose une alternative : quatre morceaux d’un puzzle à reconstituer. J’ai le sentiment d’être un petit singe dont on voudrait tester l’intelligence.

Se sentir reconnu et appelé

J’ai appris de ce prophète de Nazareth que j’ai pour ami depuis longtemps une autre idée de ce qu’est être humain, sans trop savoir si je le suis assez : je n’ai pas trouvé de plus bel être que lui. Et je sais qu’un grand nombre, depuis des siècles, se sont inspirés de lui. Cet homme-là n’avait rien de l’étoffe d’un surhomme ou d’un héros.

Il se tenait là. Vraiment là. Il était là « pour ». Pour un aveugle à Jéricho, pour une femme submergée par son affectivité, pour un jeune homme que l’on disait riche, pour des lépreux qui n’en pouvaient plus d’être à la marge, pour une femme de Samarie qui se mentait à elle-même et pour tant d’autres encore. Purement présent à leur histoire, sans se soucier des ricanements et des critiques infondées de ceux qui assistaient à leur rencontre. Son « être là » le rendait profondément humain et donnait à d’autres envie de le devenir.

Il écoutait : les gens le savaient bien. Il entendait les joies et les espoirs, les cris et les tristesses. Il entendait même le non-dit. Nombreux sont ceux qui ont osé lui dire, sans crainte d’être jugés, ce qu’ils avaient dans le cœur : deux pèlerins déçus, une femme jetée en pâture à la vindicte des bien-pensants, deux de ses compagnons de route rêvant d’une place de choix dans son royaume. Chacun se sentait reconnu et appelé, invité à faire quelques pas de plus. Il savait restaurer le vouloir-vivre de l’autre. Ne serait-ce pas cela, être humain ?

Plus pauvre que lui, plus simple, il n’y avait pas. Il s’était choisi quelques disciples pas toujours fiables, sans préjuger de leur réponse. Il ne cherchait pas son intérêt. Sa pauvreté le rendait rencontrable, à âmes égales : « Quel bel homme que celui-là », devaient se dire ceux qui croisaient sa route. Sa façon d’être déconstruisait chez l’autre tout désir de puissance. Il apprenait — en le vivant — que la fragilité n’est pas une tare, mais un chemin…

Des chemins d’être

Il n’a jamais voulu voler quelqu’un, le ramener à lui ou l’annexer. Il ouvrait des chemins d’être que l’on croyait impossibles. Il ne remplissait personne de son savoir mais il libérait, déliait, désenchaînait : c’était comme une passion en lui, une « vocation ». Y a-t-il plus juste humanité que celle-là ? Dieu ne pouvait sans doute pas mieux se dire qu’en lui.

Ses quatre postures, être là, écouter, se tenir simplement et ne jamais chercher à manger l’autre m’invitent. Relire ma vie à l’aune de ces quatre attitudes, chercher des points d’ajustement, les déployer dans l’aujourd’hui de ma vie me permettraient de répondre à la question de mon transporteur… Mais j’ai encore bien du chemin à faire. À l’heure qu’il est, à quelques semaines de Pâques, j’attends toujours mon colis…

Raphaël Buyse

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jeudi 8 janvier 2026

Dieu m’a inondé de bienfaits...

 Gilles Farcet : "Pourquoi ne pas, sans rien nier du tragique, sans même s'interdire de demander, prendre la mesure de tout ce que nous avons reçu et recevons ?"

Cette nouvelle vidéo de Gestion des Restes (filmée l'été dernier pendant notre petite tournée) le propose :

Tu le vois dans le bleu du ciel
Tu le vois quand une femme est belle
Tu l’entends dans les contrechants
Dans les pleurs d’un petit enfant
Tu le goûtes dans un fruit mûr
Tu le respires dans l’air pur
Tu le sens omniprésent
Tu le captes au coeur du vivant
Dieu m’a inondé de bienfaits
Je sais
Et je les lui rendrai
Je l’ai vu briller dans la nuit
Dans les étoiles à l’infini
Je l’ai dégusté dans ce vin
Je l’ai senti dans ce parfum
Je l’ai deviné dans l’eau bleue
Dans le crépitement du feu
Je l’ai reconnu dans ton regard
Je l’ai pressenti
Dans la douceur du soir
C’est vraiment fou
Si fort si doux
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mardi 23 décembre 2025

Oui au refus du oui...

 


" Me vient à l'esprit que, par contraste, notre époque marche sur la tête en valorisant le non. Elle nous a convaincus que refuser c'est faire montre d'intelligence, de puissance, d'autonomie, d'indépendance. Méfiance, rejets, réfutations et critiques systématiques passent pour des vertus. Seuls le niais ou le frêle acquiescent.

Une faiblesse que de dire oui? On a besoin de force pour consentir, de courage pour dire oui au risque, oui au danger, oui à l'aventure, oui à l'autre, oui à l'amour quand il se présente, oui à l'amour quand il demande des efforts, oui à la Révélation, oui à Dieu."

( Le Défi de Jérusalem - Eric-Emmanuel Schmitt )

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samedi 13 décembre 2025

Le silence vivant.

 


Dans Seuils du silence, une chronique (Éditions les Grands Détroits, 2025), André Hirt évoque ses trois oncles alsaciens, enrôlés de force dans l’armée nazie, comme bien d’autres « malgré-nous », et revenus de la guerre avec tant d’horreur boueuse, glacée, dans le corps et dans l’âme, que seul le silence pouvait en dire quelque chose.

Pour celui qui vient après ce silence mais qui en procède, puisqu’il a été le paysage familier de son enfance, il n’est pas question de lui substituer un récit circonstancié, de s’introduire de force dans leur histoire. Comme l’écrivait Paul Celan, nul ne témoigne pour les témoins. Les mots engouffrés, le regard absenté, le retirement sont déjà, en soi, un témoignage. Le seul qui puisse dire quelque chose de la violence indicible qui a été vécue sans rémission possible.

À ceux qui vivront après ce silence, un devoir s’imposera : ne pas le trahir. André Hirt, à cette fin, n’écrit pas à la première personne mais recourt à la troisième, au « il », que la grammaire nomme le pronom de l’absence. Comme si parler du silence des trois frères, Georges, Paul et Adalbert, ne pouvait se faire que dans une forme d’absence à soi-même : « Il aura tout de même appris d’un savoir essentiel, mais ce n’est qu’un non-savoir que rien ni personne ne peut certifier, que même les témoins restent muets. Et que ce silence est leur parole. Elle demeure à jamais figée et inscrite sur leurs lèvres. »

Ce qu’il reste à celui qui vient après, c’est un mouvement qui ne se qualifiera ni d’amour ni de compassion mais qui a toutes les allures d’une nécessité intérieure, antérieure à toute science, à tout acte de foi, même : « Alors, lentement, en pensée, il s’assied en pleurs avec eux. »

Parce qu’il se situe en dehors de toute volonté démonstrative, et en dehors même de la foi ou de l’expression de la foi, ce livre d’André Hirt me renvoie profondément à ce en quoi je crois. Me tombent si souvent des mains les écrits qui débordent d’intention apologétique. Les dires saturés d’angélismes, exhibés comme des signes de reconnaissance, de complicité clanique.

Le Dieu d’Israël et de Jésus-Christ nous veut libres. S’il se cache, c’est pour que nous soyons son corps dans l’Histoire, que nous prenions notre responsabilité d’humains, que nous accomplissions sa promesse avec les moyens du bord. Ce Dieu-là n’a jamais demandé qu’on l’adore, qu’on le totémise, qu’on le fige dans le formol d’un formalisme exigu, vétilleux, de ces perfections qui à trop vouloir faire l’ange font imparablement la bête.

C’est là, dans le fil des jours, dans le cahot, l’impréparation et l’imprévisibilité du chemin cabossé, que les plus belles prières, les plus beaux actes de foi s’accomplissent, avec ou sans le nom de Dieu au cœur ou à la bouche. Peu importe, en un sens, puisque de toute façon, quoi qu’on veuille, quoi qu’on prétende faire, y compris se passer de lui, il est le commencement et la fin de tout.

Ce qui frappe à la lecture de la magnifique anthologie De la Bible au poème. De Marot à nos jours (Labor et Fides, 2025), composée par Philippe François, c’est la variété des voix et des chemins empruntés, les plus buissonniers n’étant pas les moins fervents. Les Écritures, le feu qui les traverse, l’amour qui cherche inlassablement à s’infuser, à s’inséminer en nous, par tous les moyens poétiques possibles, leur donnent une vitalité qui ne se borne pas à la dévotion et aux formes de piété recensées comme telles.

À partir du Psaume 89 (« Tu es une maison pour nous »), Frédéric Boyer, dans sa lumineuse préface, commente : « Ta Loi, tes Écritures sont une demeure. Une maison vécue et une maison désertée. Une maison parlée et hantée dans le silence vivant. » Les mots que nous disons ne deviennent parole que dans le rapport secret qu’ils nouent avec ce silence du Dieu qui les appelle.

Emmanuel Godo

Poète, il vient de publier Avec les grands livres. Actualité des classiques (Éditions de l’Observatoire).

source : La Vie

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dimanche 9 novembre 2025

Arrière plan

 "Ce rire que vous entendez en arrière-plan, c'est Dieu qui écoute vos projets. "


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vendredi 9 mai 2025

La paix soit avec vous tous !

 La paix soit avec vous tous !


Frères et sœurs bien-aimés, ceci est le premier salut du Christ ressuscité, le bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix pénètre votre cœur, qu’il rejoigne vos familles, toutes les personnes, où qu’elles soient, tous les peuples, toute la terre. La paix soit avec vous !

C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. Nous avons encore en tête cette voix faible mais toujours courageuse du pape François qui bénissait Rome !

Le pape qui bénissait Rome bénissait le monde entier, ce matin du jour de Pâques. Permettez-moi de prolonger cette bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne triomphera pas ! Nous sommes tous dans les mains de Dieu. Alors, sans peur, unis main dans la main avec Dieu et entre nous, avançons. Nous sommes des disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui, comme d’un pont pour être rejointe par Dieu et son amour.

« Merci au pape François ! »

Aidez-nous, aidez-vous les uns les autres à construire des ponts, par le dialogue, par la rencontre, en nous unissant pour être un seul peuple toujours en paix. Merci au pape François !

Je veux aussi remercier tous les frères cardinaux qui m’ont choisi comme successeur de Pierre, pour marcher avec vous, en Église unie, cherchant toujours la paix, la justice, en travaillant toujours comme hommes et femmes fidèles à Jésus-Christ, sans peur, pour proclamer l’Évangile, pour être missionnaires.

Je suis un fils de saint Augustin, un augustin, qui disait : « Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque. » C’est dans ce sens que nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie que Dieu nous a préparée.

Un salut spécial à l’Église de Rome ! Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte à accueillir, comme cette place aux bras ouverts. Tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, du dialogue et de l’amour.

« Prions pour la paix dans le monde »

(En espagnol) Et si vous me le permettez, un mot, un salut à tous, et en particulier à mon cher diocèse de Chiclayo, au Pérou, où un peuple fidèle a accompagné son évêque, a partagé sa foi et a tant donné, tant donné pour continuer à être une Église fidèle de Jésus-Christ.

(En italien) À vous tous, frères et sœurs de Rome, d’Italie, et du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église en chemin, une Église qui cherche toujours la paix, la charité, qui veut toujours être proche, surtout de ceux qui souffrent.

Aujourd’hui est le jour de la Supplication à la Vierge de Pompéi. Notre Mère Marie veut toujours marcher avec nous, rester proche, nous aider par son intercession et son amour.

Alors, je voudrais prier avec vous. Prions ensemble pour cette nouvelle mission, pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et demandons cette grâce particulière à Marie, notre Mère.

Je vous salue Marie…

Léon XIV

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dimanche 30 mars 2025

« Heureux ceux qui n’ont pas vu »

Dans ce texte, notre chroniqueur explore la tension entre l’invisibilité de Dieu et la responsabilité humaine, soulignant l’importance de la foi authentique. Il appelle à un silence méditatif, source de révélation.

 Dans Exode, l’Éternel dit à Moïse : « Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre » (33, 20). Dans cet espace de retrait voulu par Dieu, se déploie toute la liberté de l’homme, dans une tension entre l’audible et l’invisible, le lisible et l’inintelligible. La Parole est là, toujours à interpréter, Dieu se fait entendre dans cette recherche qui ne peut jamais atteindre à la contemplation, il demeure le Tout-Autre, que je ne peux pas voir, mais dans lequel je peux mettre ma confiance, vers lequel je peux diriger mon pas : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! », redit le Christ à Thomas, en Jean (20, 29).

Présence-absence

Il y a dans ce « ne pas voir » une force inouïe, qui dit bien que la foi est tout le contraire de l’idolâtrie, que ni le Père ni le Fils ne demandent une fixation dans l’image adulée, mais un mouvement vers l’autre, vers le visage frère, dans un geste de redistribution incessant. Si Dieu n’est pas visible, la misère du semblable, du prochain, de soi-même, elle, l’est, à chaque instant. Ce retrait de Dieu – cette sorte de pudeur nécessaire – instaure la responsabilité de l’homme.

Contre les illusions et les vertiges ascensionnels, Dieu renouvelle à l’infini le sens des relations humaines, il donne une valeur inédite au plan horizontal où se déploie notre action dans et sur le monde. Et il institue l’irréductible dignité de la pensée créatrice. Puisqu’il n’est pas possible de voir Dieu et de vivre, l’homme est invité à interroger, à chercher sans relâche, à se défier des protestations trop bruyantes. Et à célébrer tout ce que féconde cette présence-absence de ce Dieu qui veut l’homme libre de venir ou non à lui. Cette liberté de croire ou de ne pas croire est essentielle.

• TOMMY ZHANG/UNSPLASH
La marge est étroite, aujourd’hui, entre un monde qui a rempli jusqu’à la nausée ce qu’il a cru vide et des églises qui n’ont pas toujours su résister à la tentation de l’adoration. On a l’impression de vivre au milieu de deux surenchères en regard. D’un côté un monde profane qui exhibe l’obscénité de ses faux dieux et de ses idoles en toc : étalage de richesse, de gloriole, de clinquant à tous les étages de la société du spectacle. D’un autre un monde dit sacré qui transforme les portes étroites du silence et de la méditation en tribune, parfois en théâtre.

Bien sûr, on comprend que, dans sa ferveur et son enthousiasme, le croyant se laisse emporter, enjambe allègrement ce qui le sépare de ce Dieu qui a fait de son invisibilité la condition même de notre liberté. Dans l’impatience ou le pressentiment de la rencontre, le chant déborde, le dire outrepasse ses possibilités, le témoignage se laisse prendre au piège des preuves. Il y a des protestations de foi qui ne se rendent pas compte qu’elles composent un dieu de substitution, clair comme de l’eau de roche, assimilable en dix leçons, programmatique, vidangé de son mystère. Un feu qui aurait déjà les couleurs de la cendre.

Savoir se taire

La voie, oui, est étroite. Dieu ne veut pas qu’on l’ânonne mais qu’on le pense, qu’on ne croie surtout pas l’avoir trouvé, situé, cerné, dévoilé. Mais qu’on intègre à notre pensée, comme un mot qui resterait toujours sur le bout de la langue, cette lumière qui lui échappe, qui n’est pas un objet mais un aimant qui donne sens et énergie à nos gestes, nos paroles, nos choix, comme des égards inépuisables pour ce que la vie a de saint.

Dans ses Poèmes de la lumière, le poète roumain Lucian Blaga formule ce commandement auquel il se plie : « Je ne piétine pas la corolle de merveille du monde / Et je n’assassine point / De mon raisonnement les mystères que je croise / Sur ma route / Dans les fleurs, dans les yeux, sur les lèvres ou sur les tombes. » Comme le disait Platon dans le Théétète, la pensée est « une conversation que l’âme poursuit avec elle-même sur ce qui est éventuellement l’objet de son examen ». Or il n’y a pas de bonne conversation sans participation du silence. Il faut savoir se taire, ne pas aller trop loin, ménager une place, dans ce que l’on dit, à ce qui ne peut être qu’effleuré.

Le silence, voilà ce qu’en dit Lucian Blaga, encore : « Il y a un tel silence alentour qu’on croirait entendre / Frapper à la fenêtre les rayons de la lune. » Notre monde sait-il encore faire silence, accepter de ne pas voir, d’écouter frapper à la fenêtre les rayons de cette lumière divine qui n’est pas du monde sans laquelle le monde cesserait d’être humain ?

Emmanuel Godo. Poète et essayiste, professeur de littérature en classes préparatoires, il a notamment publié les Passeurs de l’absolu (Artège), la Bible de ma mère (Corlevour), les Égarées de Noël (Gallimard), Maurice Barrès, le grand inconnu (Tallandier), Ton âme est un chemin (Artège).

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dimanche 19 janvier 2025

S’émerveiller comme des enfants

Un peu blasés, maussades, désabusés ? Posologie : s’appliquer à retrouver son âme d’enfant, notamment la capacité à s’émerveiller. Soit le secret pour vivre une bonne et heureuse année…

 


« Il neige, il neige ! » À la maison, l’excitation est à son comble : nos enfants sautent littéralement. Pour quelques flocons, les voilà transfigurés. Les chamailleries sont oubliées, les jeux délaissés et les conversations terminées ; tous arborent de larges sourires et s’extasient bruyamment : « Waouh, c’est trop beau ! » Le vocabulaire est pauvre, mais la joie est riche, et, à vrai dire, contagieuse. À notre tour, nous nous laissons saisir par ce simple mais merveilleux spectacle.

Nous nous attendrissons devant cette capacité naturelle des enfants à s’émerveiller et à s’enthousiasmer de petits riens que nous n’aurions pas remarqués sans eux : la forme d’un nuage, la couleur d’un tronc d’arbre, l’aspect d’un caillou, la taille d’un insecte, la possibilité d’une cabane, de petits bruits dans les feuillages…

Lorsque c’est nous qui nous enflammons, nous avons le sentiment de retomber en enfance, comme si cette spontanéité n’était plus vraiment de notre âge. Il faut dire que nous posons parfois sur le monde un regard blasé, désenchanté, voire endurci. Des paysages vus cent fois peuvent nous sembler dénués d’intérêt ou bien nous nous positionnons en « sachants », croyant ne rien avoir à apprendre de la nature (alors que, pour notre part, nous sommes bien incapables de distinguer deux chants d’oiseaux).

Adultes et urbains, nous avons si bien appris à vivre dans le bruit que nous ne savons plus écouter. Nos yeux happés par les écrans ne savent plus voir et nos esprits sont tant encombrés de soucis et d’activités multiples que nous peinons à être présent à ce qui se vit autour de nous. Nous ne savons plus regarder, encore moins contempler, ce qui ne laisse guère de possibilité de s’émerveiller.

« La beauté sauvera le monde »


Il n’est finalement pas étonnant que tant de personnes restent insensibles aux problèmes environnementaux, car comment peut-on vouloir prendre soin de ce que l’on ne remarque plus ? L’émerveillement rend humble, il nous fait prendre conscience qu’il y a plus grand que nous et qu’il est vain de chercher le bonheur dans les possessions matérielles ou le statut social. Il évite aussi de tomber dans la désespérance ou le découragement face aux crises multiples que nous traversons.

Car nous croyons qu’il y a du vrai dans la phrase de Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde ». Faisant de ces mots leur slogan, des communes ont choisi d’exposer des œuvres d’art sur les panneaux publicitaires de la ville. Et si nous nous exercions avec elles à une plus grande attention au beau dans nos vies, en nous laissant toucher par une nuit étoilée, une cathédrale rebâtie, les vers d’un poème ou le réconfort d’un ami ?

Tel François d’Assise, nous pourrions faire l’expérience d’observer le végétal, l’animal, le minéral, l’humain, nous dire par leur existence : « Regarde qui m’a créé ! Regarde mon créateur ! » En retrouvant une âme d’enfant, capable de s’émerveiller face au beau et au bien, qu’ils viennent de Dieu ou des hommes, nous aurons peut-être nous aussi envie de louer Dieu, et retrouverons sans doute l’espérance qui nous fait parfois défaut. Vraiment, ne craignons pas de redevenir de simples enfants, le royaume des cieux n’est-il pas à ceux qui leur ressemblent ?

Chronique écologiquement vôtre par Adeline et Alexis Voizard dans le magazine La Vie

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dimanche 17 novembre 2024

« Il est urgent de chercher à tricoter le rêve de Dieu »


Samuel lui a téléphoné : « Mamounette, voudrais-tu me tricoter un pull-over, si tu as de la laine chez toi ? J’ai peur que tu t’ennuies. » Une mamie, ça ne s’ennuie jamais, Samuel ! Et les mamies tricoteuses ont toujours de la laine en réserve. L’enfant a poursuivi : « J’aimerais bien qu’il y ait quatre lamas, et un soleil qui se lève derrière la montagne. Et puis de l’herbe verte. Et puis, sur le côté, j’aimerais bien qu’il y ait un petit lama qui court après son papa… »

Le petit Samuel de 5 ans a rêvé : c’est le métier des enfants. Danièle a sorti ses pelotes et ses aiguilles et s’est mise au travail : c’est le métier des grands-mères. Elle lui a tricoté son rêve. Le tricotage, c’est des bouts de laine qui se mêlent. Mais ici, ce sont deux vies qui s’entrecroisent et des années après, on en parle toujours…

Cette histoire que Danièle m’a racontée il y a quelques jours, du soleil plein les yeux, me ramène à d’autres rêves que les petits et les grands vont exprimer à l’approche de la fin de l’année. Rêves de cadeaux en tous genres, bien souvent capricieux ; rêves achetables, pouvant être assouvis sans délais par la « magie » des Black Fridays et des promos de fin d’année. Cadeaux prêts à porter, sans autre engagement que celui d’une carte bancaire. On sera loin alors de l’envie de Samuel, rendue possible par sa confiance et sa complicité avec sa Mamounette, parce qu’il faut le savoir : dans cette histoire de trois fois rien, Danièle et Samuel se sont rendus vivants.

Rêver, c’est le métier de Dieu

Et cela me ramène à un autre rêve, celui d’un Dieu qui « planta un jardin en Éden, à l’Orient », y mit l’humanité naissante « créée à son image », lui confiant la gérance d’un monde inachevé. Rêver, c’est le métier de Dieu. Il y voyait déjà une famille humaine multipliée, responsable de l’à-venir. Il rêvait de bonheur, de vie à profusion, d’amours multicolores. Les paroles de la Bible sont une trace tissée de son désir.

Pendant quelques années, sans jamais cesser de marcher, d’aller à la rencontre, d’inviter à sa table et de se laisser inviter, Jésus a tricoté à sa façon le monde rêvé de son Père. Parce que plus que tout autre, il pressentait que Dieu est jeune, éternellement jeune. L’enfance de son monde l’obsédait. À certaines heures, fatigué par ceux qui vivaient Dieu comme un exercice de gymnastique ou un théorème qui casse la tête, il se risquait à dire : « J’ai joué de la flûte, vous n’avez pas dansé. »

Tricoter le rêve de Dieu

Les quelques-uns qui l’ont suivi jusqu’au seuil du tombeau ont compris au matin de Pâques qu’il leur fallait donner une nouvelle intensité aux lueurs d’espoir qu’il avait allumé. Et ils se sont ligués pour donner forme ensemble aux rêves de leur Ami.

Dans le creux de l’hiver qui s’annonce, il est temps de ressortir nos aiguilles et les trois bouts de laine qui traînent dans nos boîtes à découdre. Dans notre monde abîmé par la violence, malmené par l’hystérie du pouvoir et sclérosé par les replis identitaires – jusque dans notre Église ! –, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, il est urgent de chercher à tricoter le rêve de Dieu. Sans quoi nous mourrons tous de froid.

Raphaël Buyse 

source : La Vie

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vendredi 4 octobre 2024

Grâce divine

 

"Quand vous parlez de la grâce divine, cela sous entend que quelque chose descend sur l'homme sans raison perceptible. Cela vient de soi-même, en son temps. Un enfant par exemple, peut oublier sa mère parce qu'il est absorbé dans son propre jeu; mais la mère se penche vers lui avec amour et le prend sur ses genoux. C'est ainsi que la grâce divine touche quelqu'un. L'affection d'une mère se révèle avant que l'enfant ait le temps d'y penser. Vous allez certainement dire que les bénédictions sous forme de grâces divines sont les résultats des bonnes actions dans les vies antérieures. Cela peut être vrai d'un certain point de vue, mais d'un autre on peut dire qu'il ne faut pas chercher à sonder les intentions de Dieu, dans la mercure où celui-ci est absolument libre de l'enchaînement des causes et effets. Bien que nous nous troublions souvent l'esprit pour essayer de trouver des raisons à la grâce, sa miséricorde s'étend également sur tous les êtres. Mais lorsqu'on développe une vision plus haute, on commence à sentir le contact divin. Prenez refuge en cela, et tâchez d'être toujours en contact avec Lui ; vous ressentirez le libre flot de ses bénédictions sur votre âme, de même qu'un seau d'eau sort d'un puit seulement lorsqu'on tire la corde à laquelle il est attaché."

Bhaïji, Matri Darshan

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dimanche 15 septembre 2024

La trame du temps

 Oui, le temps nous fait et nous défait, nous tisse et nous détisse. Il n’est pas l’ennemi, même s’il nous donne parfois l’impression de nous mordre, de nous faire tourner en bourrique, d’effacer les traces de nos pas sur le chemin. Il nous déleste, nous détache, nous accoutume, nous transforme, nous simplifie. On comprend que Gilles Baudry cite, parmi les exergues qui jalonnent son très beau recueil de poèmes, le Chant du balancier (Ad Solem, 2024), cette réflexion lumineuse, bouleversante de confiance, d’Hölderlin : « Le temps est d’une précision littérale et d’une infinie miséricorde. »

Et cette autre du paysan de Dieu, François Cassingena-Trévedy : « Les heures sont les étamines du temps que chaque jour énumère, émerveillé, jusqu’à ce que le temps même nous cueille. » Nous cueille ! Nous revient à l’oreille, comme un chant d’espérance, la Cantate à trois voix de Paul Claudel : « Mais toi, mon âme, dis : Je ne suis pas née en vain et celui qui est appelé à me cueillir existe ! »


La science de l’adieu

Le temps nous conduit où nous devons aller, fait de nous ce que nous devons être, défait ce qui doit l’être, et sauvegarde ce noyau étrange, cette musique irréductible, ce souffle improbable que nous sommes encore quelques-uns à appeler l’âme. L’âme ! Un de ces « mots déshabillés de tout savoir », comme le dit Gilles Baudry.

Le temps nous apprend la science de l’adieu, si amère vue de l’amour que nous avons contracté pour les choses de cette terre, ses fruits merveilleux, ses passants qu’on voudrait immortels. Le poète y décèle un scintillement autre : « L’adieu tu en connais / les extases et les ombres // la fêlure de rechercher / partout sa doublure invisible // le pied vacille / le cœur se vrille // le silence des larmes / la poignante mélancolie des choses // l’adieu pourtant / ne peut mourir définitivement // il se retire / comme la mer pour laisser advenir // dans l’interstice de l’absence / cette lumière murmurée // l’instant porté / à l’état pur // inattendu se lève en nous / le visage intérieur et sa lueur d’eau vive. »

Il y a une lenteur propre au temps. Cet espace, creusé en lui, pour la naissance. Cette naissance qui n’en finit pas. Qui se confond avec le mouvement même de la vie. Un mouvement, pour ainsi dire immobile. Cette lenteur, nous apprenons à en trouver la porte — c’est une aile, nous dit le poète. Et à l’habiter. Mais pour l’habiter, il faut sortir du temps agité, faussement productif, frénétique, où le monde voudrait nous enfermer : « Plus tu fais, moins tu es / et moins tu contemples, / plus tu t’agites, / moins tu habites. »

Le commencement de l’effacement

Habiter ! Voilà ce que le temps nous apprend. Habiter le passage, la traversée des apparences, l’Évangile douloureux de la mort — cet « ange qui revient chercher ses ailes », comme l’écrit le poète Jean-Baptiste Para, cité par Gilles Baudry. Habiter, ne pas esquiver, amoindrir l’épreuve de la mort : « Immobile la chambre / comme l’attente / la fenêtre se signe / il s’est quitté / enfin. »

Habiter, voir dans le visage de l’ami qui s’en va pour jamais quelque chose de difficile à nommer : le commencement de l’effacement, mais aussi le signe presque imperceptible de l’acheminement. Comme une promesse de Destination. Le poème est dédié à Philippe Mac Leod, mort en 2019 : « Tu n’avais plus que le visage de l’absence / mais au cœur du silence chacun voyait luire / l’inextinguible flamme de l’humble présence. / C’était assez d’amour infini pour partir, / prendre congé de nous sans vraiment nous quitter. / La mort à notre vue qui croyait te ravir / a fait éclore à son insu l’éternité. » Il existe une fécondité et même une sainteté du temps. L’œuvre d’une vie, la seule qui compte ? Le découvrir, en soi et hors de soi. Et pour cela, « voir ce qui demeure dans ce qui passe », comprendre ce qui fait qu’à chaque instant « les aiguilles / de l’horloge sont à deux doigts / de se taire ». 


Emmanuel Godo, poète et essayiste, est professeur de littérature en classes préparatoires. Il a notamment publié les Passeurs de l’absolu (Artège), les Égarées de Noël (Gallimard) et Maurice Barrès (Tallandier). Son dernier livre, Ton âme est un chemin (Artège), sort le 18 septembre.

Source : La  Vie

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lundi 1 avril 2024

Passage sur terre...


 Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d'années. Il n'emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l'air contre ses tempes, les confidences de l'eau entre ses mains les éblouissements des renards qui croisaient son chemin, de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l'univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu'à la corde ces paroles de l'errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l'herbe, ainsi s'agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d'un visage si humain qu'il en devenait divin. "Mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l'économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l'amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s'éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l'existence de Dieu : on ne s'adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Christian Bobin - L'homme-joie page 153

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dimanche 24 mars 2024

Anne Le Maître : « Le silence conduit au cœur profond » (2)


Le silence peut être perçu comme une perte de temps… Vous, vous croyez au contraire à sa fécondité ?

Oui, et j’aime l’image de la jachère : parfois, ne rien faire est plus fécond que faire. Si cela est avéré en agriculture, pourquoi cela ne serait-il pas vrai pour nous aussi ? En passant pendant deux ans dans mon petit jardin à écouter les oiseaux, j’ai réalisé qu’il y en avait 41 sortes différentes. La fécondité de cette écoute ne fut pas seulement l’identification de 41 espèces, elle engendra aussi une prise de conscience le jour où il en manqua un : je mesurai alors l’effondrement biologique, et, face à cette réalité insupportable, je me mis dans l’action en m’engageant dans l’écologie. L’idée de jachère prend ici tout son sens : dans mon silence du matin, j’ai longtemps ignoré que 41 sortes d’oiseaux se cachaient dans le jardin. Le silence permet une autre perception du réel. Il nous rend plus poreux à ce qui nous entoure, et offre ainsi la possibilité de se laisser toucher et rejoindre.

Si le silence est fécond, il peut aussi être mortifère…

On parle de « silence de mort ». Il y a le silence des victimes et celui des bourreaux. Le silence de celui qui n’a pas la place de s’exprimer, et du témoin qui ne veut pas voir, pas dire. Le silence comme négation de l’être, de ce que vit l’autre : ceci n’existe pas, je ne veux pas entendre ta parole. On le voit notamment avec les abus sexuels. C’est là le contraire du silence d’écoute. Il y a aussi le silence enfermant, de la personne qui ne peut plus parler en elle-même, parce qu’elle est, par exemple, en dépression. Il faudra beaucoup d’écoute pour parvenir à la faire sortir de ce silence…

Alors que nous aspirons, dans une société très bruyante, à de plus en plus au silence, ce dernier nous fait peur…

Il y a peut-être, dans ce paradoxe, une réaction de survie : nous vivons dans une société de la sursollicitation permanente, en bruit, en sons, en monde. En images aussi – qui génèrent du bruit intérieur. Nous avons du mal à échapper aux écrans dans l’espace public, cela envahit nos cerveaux. Sans parler de nos téléphones qui nous envoient des notifications. Notre organisme en pleine overdose voudrait être plus tranquille et dans le même temps, s’il est enfin moins sollicité, on se sent esseulé, comme mort. Si la relation n’est que sur le mode de la sursollicitation, alors l’absence de sollicitations reviendrait à absence de relation. Là se niche peut-être l’angoisse, en partie. Et pourtant : si le langage est relation avec l’autre, le silence peut aussi être relation. Merveille du silence partagé dans l’amitié ou l’amour… Pouvoir se taire à deux, c’est vivre ensemble la présence.


Notre société est aussi celle de la performance, de la frénésie, du rendement…

Et le silence, lui, est gratuit et prend du temps… Le risque de nos sociétés hypermatérialistes est de nous vider de l’intériorité. Et ce qu’il reste de l’intériorité, on nous le vend sous forme marchande : multiplication de stages de développement personnel, de yoga, de jeûne, etc. Loin de moi l’idée de condamner tous les stages, mais il s’agit de faire preuve de discernement et il y a des miroirs aux alouettes. La gratuité est d’ailleurs suspecte et c’est comme les stages de jeûne où vous payez très cher le fait d’être encadré pour ne pas manger : j’imagine que si l’on avait réussi à mettre un prix au silence, il y aurait des marchands de silence.

Vous faites le lien dans votre livre entre le silence et le jeûne…

Dans les deux, on creuse pour faire place à l’inattendu. Car, si on attend quelque chose, on ne fait pas réellement place. L’inattendu est comme la Résurrection. Quelle surprise pour les apôtres face au Christ ressuscité ! On retrouve cet inattendu dans la Nativité, faisant suite à l’Avent, temps d’attente et de silence : un roi enfant né dans une mangeoire… Jeûner de bruit, pratiquer « l’abstinence des lèvres », comme l’écrit Nathalie Nabert, dans le Maître intérieur, n’a ainsi pas pour but d’attendre quelque chose de précis, au contraire. La fécondité est la possibilité d’un surgissement quel qu’il soit. D’un projet, d’une parole, d’une rencontre.

Dans le silence comme dans le jeûne, la question du manque est cruciale…

Le silence nous fait éprouver le manque, car il nous oblige à nous asseoir et à nous poser les vraies questions. À revenir à l’essentiel. Or, face à une société du plein, du gavage, avec trop de bruit, de calories, de choses à acheter ; une société qui répond toujours à la satisfaction immédiate du besoin et du désir, se découvrir habité par le manque – et je pense qu’il est consubstantiel à ce qu’on est – me paraît un remède sain. Car c’est en se vivant dans l’incomplétude qu’on ira chercher ailleurs, qu’on s’ouvrira à la relation à l’autre et à Dieu.

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dimanche 10 décembre 2023

Vivre notre incarnation

 Vivre notre incarnation


Aujourd’hui, c’est peut-être donc le chemin d’incarnation du Christ qui nous est désigné : un chemin à accomplir dans l’humilité, non pas forcément en courbant la tête, mais bien plutôt avec les deux bien ancrés sur l’humus de notre terre. Un chemin qui peut alors se vivre à sa manière, à hauteur d’homme et de femme.

À l’heure où les lumières commencent à s’allumer pour préparer la fête, où nos intérieurs se font joyeux, il y a là une invitation à ne pas se contenter de les regarder, mais une invitation à les dépasser pour rejoindre l’essentiel, en vivant nous aussi pleinement notre incarnation. Car ce n’est pas dans les dorures que le Christ vient naître, mais bien parmi les hommes et spécialement parmi les délaissés de la société. À chacun de nous revient d’être chercheurs de ce Dieu qui se fait proche en semant un peu plus d’humanité là où il semble n’y en avoir plus.

Isabelle de la Garanderie

source : La Vie

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dimanche 8 octobre 2023

Se taire

 Actrice, coach et poétesse, Peggy Deleray nourrit plusieurs vocations. Engagée dans l’Ordre des carmes déchaux séculiers, elle témoigne ici de sa conversion et de son combat spirituel pour témoigner de Dieu dans tout ce qu’elle fait.



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