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dimanche 26 avril 2026

Zaz : « Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée »

En 2025, Zaz a sorti « Sains et saufs » chez Tôt ou tard. Réédité le 27 mars 2026, ce sixième album marque une nouvelle étape dans la vie de la chanteuse française à la renommée mondiale : une entrée dans une vérité de soi plus profonde, libérée des addictions et de la volonté de plaire.

En 2020, après avoir attrapé le Covid, j’ai décidé de faire un jeûne ; j’avais appris que cela pouvait « réinitialiser » le système immunitaire. J’ai surtout arrêté toutes les addictions : le café, les cigarettes, l’alcool. C’était si dur… Mais de jour en jour, je me sentais de mieux en mieux. Je renouais avec une espèce de lucidité sur la vie, une sérénité. À ce moment, j’ai pris conscience que j’agissais jusque-là comme une super-héroïne : je voulais changer le monde, c’était ancré très profondément en moi.

En construisant mon album Isa (Parlophone, 2021), et plus encore Sains et saufs (Tôt ou tard, 2025), j’ai donc fait le choix de sortir de la recherche de perfection pour prendre du plaisir, m’amuser. J’ai testé plein de trucs, dans les textures, dans les voix. J’ai lâché quelque chose, peut-être l’envie de plaire. Je me suis présentée comme je suis.

Le choix de la vie

Je m’appelle Isabelle Geffroy. Je suis née le 1er mai 1980 dans la banlieue de Tours (Indre-et-Loire). Mon père était dysfonctionnel : très alcoolique, mentalement pas sain. Ma mère, dépressive. Comme tous les enfants, je pensais que c’était de ma faute si mes parents n’allaient pas bien. Alors, j’ai voulu les sauver, mais à 13 ans, déjà très curieuse, je me suis mise à la drogue, j’avais envie de tout tester.

La communication avec mes parents est devenue compliquée. Plus personne ne me tenait. Je suis allée en pension, puis en foyer, et à chaque fois je me suis fait virer. La juge pour enfants m’a alors envoyée vivre à Bordeaux (Gironde) chez ma sœur, de neuf ans mon aînée – j’ai un frère qui a quatre ans de plus que moi. J’avais 15 ans. L’école, j’y allais ou je n’y allais pas. Tout était très chaotique. Mais j’avais en moi, depuis l’âge de 4 ans, cette intuition que si j’étais venue sur terre, c’était pour une raison précise. Que je serais chanteuse et que je serais connue.

Ma mère m’avait inscrite au conservatoire, puis à des cours de chant, mais le côté académique m’ennuyait beaucoup. J’ai toutefois pu apprendre à jouer du violon, du piano, et développer une très bonne oreille. Quand je chantais – et je chantais tout le temps –, cela me procurait des émotions : de la tristesse, de la joie. Et, d’un coup, je me connectais aux humains. Enfin ! C’était si difficile avant, pour moi : il fallait décoder tout un tas de psychismes différents.

J’avais 20 ans quand mon ancien petit copain s’est fait assassiner. Cela a été comme un déclic. Moi, j’étais vivante. J’avais encore le choix : la mort ou la vie. Cela ne dépendait que de moi. Grâce à la mission locale, j’ai obtenu une aide financière du conseil régional pour une formation à Bordeaux, au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam). J’y suis entrée en 2000. Il y avait des scènes ouvertes, des ateliers… et j’avais un cadre, une structure. J’ai intégré mon premier groupe de blues. À la fin de la formation, j’ai répondu à une petite annonce pour intégrer un orchestre au Pays basque. J’ai été retenue. Puis, j’ai intégré un groupe de composition en français et espagnol, donné des cours de musique dans une Maison des jeunes et de la culture (MJC)… J’ai toujours eu cette folie d’y aller, et d’y aller à fond.

Retrouver le contact

J’avais une copine qui habitait Paris. Quand je lui rendais visite, j’étais toujours excitée par cette ville. Je voulais « monter à la capitale ». « Tu vas perdre ton intermittence », me disait-on. Mais il fallait que je le fasse. J’agis à l’instinct, pour être cohérente avec moi-même, pas pour l’argent. La vie m’a montré qu’à chaque fois que je faisais preuve d’audace, il y avait quelque chose de mieux, derrière, qui m’attendait. Cela n’empêche pas la peur. J’étais terrifiée quand je suis arrivée à Paris, à 26 ans. J’ai débuté Aux trois mailletz, un cabaret, entre minuit et 5 heures du matin… Puis j’ai atterri dans un autre endroit où je chantais deux fois par semaine.

Un jour, je suis sortie fumer une clope. Un homme est venu vers moi et m’a lancé : « Je t’ai entendue. Est-ce que cela te dit d’aller chanter à Vladivostok ? » J’ai alors appris que cet homme était le directeur de l’Alliance française de cette ville en Russie, Cédric Gras. Je suis partie avec un pianiste, en plein mois de décembre. C’était complètement dingue. Il faisait – 25 °C. Je reprenais des éléments du répertoire de la chanson française et quelques chansons à moi. J’avais déjà mon nom de scène : Zaz. Pour moi, c’est le symbole de l’infini, du serpent qui se mord la queue. Ce qui meurt et renaît sans cesse. C’est un peu moi. Je suis sans cesse en train de mourir et de renaître.

Je suis issue d’une famille catholique mais je ne suis pas allée au catéchisme. Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée. Je me disais que je ne pouvais pas vivre autant de trucs horribles s’il y avait un Dieu. J’étais fâchée avec lui, en tout cas avec ce que j’imaginais être Dieu. Je voyais juste que j’étais en galère, que je n’étais pas aidée, ni dans le concret, ni dans l’invisible. Je me suis même fait tatouer une croix à l’envers – je l’ai refaite à l’endroit. À 20 ans, je suis tombée dans un trou. Mais, étonnamment, il y avait toujours ce je-ne-sais-quoi en moi, cette présence. J’ai compris que c’était à moi de retrouver le contact. Que rien n’avait jamais été contre moi. J’ai alors voulu tout savoir sur les religions. Je me suis mise à bouquiner, énormément.

Après la Russie, je n’avais plus de boulot. Je chantais dans la rue, avec des amis. Un jour, nous avons trouvé un endroit à Montmartre. Nous faisions du folklore et cela collait parfaitement au quartier. Tous les peintres nous ont accueillis. Une foule de gens s’arrêtaient pour nous écouter, certains pleuraient. On me voyait comme « une gamine à la Piaf ». Jusqu’au jour où j’ai participé à un concours. Je suis arrivée en finale, à l’Olympia, et… j’ai gagné. J’ai alors enregistré un album tout en continuant à jouer dans la rue. Mes chansons commençaient à passer à la radio. Je veux a fait un carton, y compris dans d’autres pays, notamment en Allemagne mais aussi en Amérique latine, et à l’Est…

Qui je suis vraiment

À 30 ans, je touchais à la notoriété. On m’adorait ou on me détestait. Je vivais un rêve alors je ne voulais pas me plaindre, je voulais tout donner à ceux qui m’aimaient. Je n’ai pas mis de limites. L’alcool n’a pas aidé. Il était constamment là, comme les clopes. J’ai beaucoup travaillé sur moi, suivi des thérapies. Mais m’arracher à l’alcool, je n’y arrivais pas. En 2018, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Quelqu’un d’hyperdoux, de calme, de compréhensif. Pour moi, c’était l’occasion. J’avais envie de construire. Je désirais aussi savoir qui j’étais vraiment, sans artifice, sans alcool, sans cigarette. J’ai arrêté du jour au lendemain, en 2020, grâce au jeûne.

En parallèle, j’ai réalisé que je n’avais pas la main sur ce qui était extérieur à moi. Quoi que je fasse, le monde ne changerait pas. J’ai compris que je m’étais trompée : il fallait que je change, à l’intérieur. Ce n’était pas mon nom d’artiste que je devais modifier, comme je l’avais songé un temps, mais ce que j’avais mis dedans. Je me suis alors résolue à prendre soin de moi, à appliquer à moi-même tout ce que je voulais faire aux autres. À partir de là, mes relations se sont transformées, mon rapport au monde aussi. J’ai commencé à poser des limites. J’ai préparé l’album Isa. Et puis, mon père est mort. Sa mort a ouvert une autre porte.

Cet album, ce dernier, je l’ai appelé Sains et saufs parce que malgré tout ce que j’ai enduré, je suis saine et sauve. J’écris des chansons pour qu’elles s’adressent à d’autres, les rejoignent. Les chansons sont universelles, voilà pourquoi j’ai choisi le pluriel. Ce n’est pas mon album, mais le nôtre.

Dedans, je parle du pardon, je m’adresse à Dieu. Il est une intelligence qui m’accompagne. J’ai toujours eu le sentiment d’une présence auprès de moi. Aujourd’hui, je médite, cela me permet d’aller dans un espace qui est, pour moi, la source. Là, il n’y a plus de mental. Même si parfois je doute, je sais que j’ai dû traverser toute mon histoire pour incarner ce que je dois incarner aujourd’hui. Ces épreuves, je les ai vécues, et donc je peux en parler. Sans elles, je ne chanterais pas comme je chante. Il y a encore des trucs que je n’arrive pas à régler. Ce n’est pas parfait et cela ne le sera jamais. Mais je veux transformer les choses, pour plus de liberté. Et pour plus de conscience. Nous sommes sur terre, et nous sommes privilégiés pour cela. Cela ne dure pas longtemps. Alors, allons-y quoi. Vivons !


Les étapes de sa vie

1980 Naissance d’Isabelle Geffroy à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire).

2000 Formation au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam), à Bordeaux (Gironde).

2009 Zaz remporte la finale de la troisième édition du concours le Tremplin Génération de France Bleu/Réservoir qui se tient à l’Olympia.

2010 Sortie de l’album Zaz. Buzz de la chanson « Je veux ».

2020 Arrêt de l’alcool, du tabac et du café.

2021 Sortie d'Isa.

2025 Sortie de Sains et saufs, entrée au label Tôt ou tard.

2026 Réédition de Sains et saufs, tournée mondiale.

Interview Isabelle Demangeat

Source : La Vie

dimanche 2 mars 2025

François Cheng : méditation sur la vie révélée

 Dans son nouvel opus publié chez Albin Michel le 3 mars 2025, Une nuit au cap de la Chèvre, l’écrivain et académicien d’origine chinoise François Cheng offre une méditation poétique sur notre présence au monde, sur l’univers et sur la mort, dont voici en exclusivité des extraits.

L’Univers est. Une Puissance-créatrice l’a fait advenir. Il se présente à nous sous forme du Cosmos, au sein duquel se déploie une entité spécifique : la Vie. Première constatation qui frappe l’esprit : l’aboutissement de cette Création n’est pas la réalité physique du Cosmos, mais la Vie. 

Certes, le Cosmos nous émerveille par sa splendeur sans égale et sa vastitude sans bornes, alors que la Vie se développe dans un espace plus que restreint, même si bien d’autres planètes que la nôtre pourraient être habitées. Cette écrasante disproportion de volume ne doit pas faire oublier, à l’inverse, une différence de substance tout aussi écrasante.

La voie de la Vie

Alors que le Cosmos ignore sa propre existence, la Vie, elle, vécue par nous, est douée de conscience. Nous, les humains, connaissons la réalité de l’univers physique jusqu’à un certain degré, et surtout, nous sommes capables de nous interroger sur notre destinée en son sein. Le mouvement du Cosmos est mécanique et répétitif ; la voie de la Vie, en revanche, est en devenir, comportant étapes et étages qui ouvrent sur de possibles dépassements qualificatifs. Elle est d’un autre ordre.

Je suis donc là et j’observe. La magnificence produite par les milliards de galaxies aux feux entrecroisés m’impressionne, me stupéfie. Que de fois pourtant, face à la sublime scène d’un soleil levant ou d’un couchant, nous pouvons nous dire : « Cela est sublime parce que nous, humains, l’avons vu. Sinon tout serait en pure perte, tout serait vain. » Je prends soudain conscience que nous sommes, à notre niveau, l’œil ouvert et le cœur battant de cet univers. Si nous sommes à même de penser l’univers, c’est que véritablement il pense en nous.

Alors me vient l’évidence d’une question. Oui, nous sommes en droit de nous demander : « De la part de la Puissance-créatrice qui a fait advenir le Cosmos et la Vie, quel serait le “dessein” ? Pourrait-elle se contenter des astres qui tournoient indéfiniment sans le savoir ? N’aurait-elle pas besoin de “répondants”, d’êtres doués d’une âme et d’un esprit, comme nous le sommes, capables d’entrer en échange avec elle, donnant ainsi sens à sa Création ? »

L’aventure de l’être

C’est pleins d’une déférence sacrée cependant que nous obtenons du Cosmos des connaissances de base. Nous apprenons que la dimension réelle de l’univers est l’infini et que les lois de son fonctionnement sont fondées sur la rectitude : elles sont constantes, dignes de confiance aussi bien dans l’infiniment grand que dans l’infiniment petit, grâce à quoi les conditions de l’avènement de la Vie ont été rendues possibles.

À partir de là, force nous est de constater qu’en réalité la seule aventure en cours, chargée de promesses, est celle de l’Être. De cette aventure, nous les humains, nous sommes partie prenante. À nous d’assumer cette quête au jour le jour, à travers des tâches recelant une sourde grandeur, à la fois nobles et dures.

Nobles, parce que nous résonnons par nos créations à l’appel de la transcendance, et que certains d’entre nous, tendant vers un amour sans réserve, nous élèvent vers l’idéal du don. Dures, parce que nous devons affronter toutes les souffrances que peuvent causer les calamités, les maladies, les accidents, et surtout le Mal qui, plantant en plein centre de l’aventure ses tragiques méfaits, est en mesure de la faire échouer complètement.


Sublimes dépassements

Car le Mal a été rendu possible par l’intelligence et la liberté dont nous jouissons ; quand elles sont à son service, elles creusent un abîme sans fond jusqu’à menacer de détruire l’ordre de la Vie même. Enfin, par-delà toutes ces souffrances demeure un fait incontournable : chacun de nous, après avoir reçu le don de la Vie, est appelé à faire face un jour à sa propre mort.

Disons sans tarder que la Mort n’est nullement une force extérieure qui viendrait anéantir le processus de la Vie. Elle résulte d’une loi imposée par la Vie elle-même afin que la Vie puisse se renouveler et se transformer. C’est la Mort qui fait que la Vie est vie, en nous poussant vers l’urgence de vivre, en vue d’une forme d’accomplissement ou de sublimes dépassements. Tapie au creux de notre conscience, elle est la part la plus intime, la plus personnelle de notre être.

Elle rend tout unique dans notre existence, unique chaque minute de notre temps, unique chaque acte de notre entreprise, unique notre existence. Elle se révèle ainsi le moteur le plus dynamique de ce que nous faisons. Elle confère, en fin de compte, une valeur inaliénable à chaque vie : ainsi Malraux a-t‑il pu dire qu’apparemment une vie ne vaut rien, et que pourtant rien ne vaut une vie.

Accès à la transformation

Par une compréhension erronée de la Mort, surtout en cette vie moderne marquée par le déracinement, nous sommes loin d’une attitude juste envers elle. En refusant de dévisager la Mort en sa vérité et en restreignant notre existence à « ce côté-ci », nous nous enfermons dans un permanent état de peur, de rejet étriqué qui ne fait qu’accentuer notre angoisse.

Dans toute grande ville, on constate la dégradation de l’ultime phase de la vie des personnes. On meurt souvent dans l’isolement et l’anonymat, au grand désarroi des proches. Fuyant leur sentiment de culpabilité, ceux-ci s’abritent derrière un écran de fausse sécurité en abrégeant le temps de « faire le deuil ». Une sentence générale s’affiche au fronton de notre société : toute vie se termine « en queue de poisson ».

La mort d’un être est-elle un plongeon instantané dans le néant ? Nous avons tendance à le penser tout en ayant raison de ne jamais nous y faire. S’être engagé corps et âme dans l’aventure de l’Être, et puis se voir effacé sans laisser de traces comme si de rien n’était ? J’affirme le contraire, comme l’a fait le poète Rainer Maria Rilke : la Mort est un Ouvert ; elle donne accès à la transformation.

La mort, quand elle survient, chaque fois nous ébranle par son abyssale signification : le défunt — ou la défunte — nous apparaît aussitôt dans l’âpre éclat de son unicité irréductible. Épurée d’un coup des contingences et de tout ce qui est superflu, sa présence rendue à l’essentiel nous rappelle la nature sacrée de l’Être, et par là, éveille en nous la conscience ineffable de notre propre existence.

Une communion d’âme à âme

S’instaure alors, entre le disparu et les vivants, une communion d’âme à âme, transparente, éclairante, tendue vers la transcendance. Le disparu, par sa présence même, nous invite à ne pas oublier que nous ne venons pas de nous-mêmes, que nous sommes, chacune et chacun, le résultat d’un immense don de la part de la Puissance-créatrice qui est garante de l’Ouvert.

Au sein de l’humanité, un jour, Quelqu’un a accompli le geste absolu, indépassable, le geste décisif qui a changé la nature et le sens de la Mort. En se laissant clouer sur la Croix, il a affronté le mal — non seulement le mal de ses bourreaux, mais le Mal en soi, le Mal radical. Et dans le même temps, il a affirmé l’Amour inconditionnel, puisque, sur la Croix, s’adressant au Père, il a dit : « Pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » Cette parole faisait écho à ce qu’il avait déjà proféré : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

D’un geste unique, il a tenu les deux bouts de la Vérité : il a vaincu le Mal radical par l’Amour absolu qu’il incarne. Sa mort ouvre la Voie de la Vie qui ne périra plus ; le lien entre l’ordre humain et l’ordre divin est rétabli. Plus précisément, il nous est permis de dire qu’une relation filiale est renouée. Nous sommes les héritiers à qui incombe le devoir d’assurer la marche de la Vie. Ici, je crois entendre la lointaine prédiction du Tao : « Celui qui cède à l’amour en se donnant au monde, à lui sera confié le monde. » 


Un oiseau qui soudain s’envole

À 15 ans s’éveilla en moi la révélation de la poésie. Surgis d’une source inconnue, des mots alignés, chantants, signifiants, illuminants, telles les coulées d’une lave, traversaient le souterrain de mon être.

Puis vint le jour divin. Dans une aube délavée par une brusque averse, sur la colline habillée de hauts pins dont les aiguilles scintillent de perles irradiantes, un oiseau qui soudain s’envole fait entendre les échos d’une chute toute proche. Une présence, aussi souveraine que maternelle, se penche sur l’adolescent tremblant d’émotion.

D’une voix résolue, elle lance un appel : « Chante, et tu seras sauvé, et tout sera sauvé. » Désormais, même au moment du plus imminent risque de perdition, retentirait en moi cette voix d’injonction qui m’empêcherait de succomber au néant.

Que l’univers créé vaille d’être célébré, c’est l’évidence. Que la Vie vaille d’être révélée, c’est l’évidence aussi. La Vie foisonnante, enivrante, provocante, exaltante, à la fois joyeuse et tragique, avec ses envols parmi les nues, ses êtres qui tentent de survivre au fond du gouffre, ses douleurs étouffées, ses émotions tues, sa part invisible et transfigurante qui se prolonge au-delà de la mort.

Le poète digne de ce nom reçoit mission non seulement de dire, mais d’accompagner toutes les âmes espérantes par son chant. Il ne doute pas que si les humains sont reconnaissants au Créateur de les avoir créés, le Créateur, lui, sait gré aux humains de prendre en charge les épreuves. »

(Pages extraites d’Une Nuit au cap de la Chèvre, de François Cheng, chez Albin Michel.) 

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source : La Vie

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dimanche 2 février 2025

Relation musicale !

Texte de Gilles Farcet : 

« IL NE S’AGIT PAS DE MUSIQUE MAIS DE RELATION ! »

LEE LOZOWICK S’ADRESSANT AU GROUPE ATILLA THE HUNZA A LA VEILLE DE LEUR PREMIERE TOURNÉE EUROPÉENNE
(en illustration, photo - floue mais peu importe -prise il y a environ 25 ans, Gilles s'amuse à chanter le blues avec le groupe Shri. A gauche Doug Fulker, à droite Frank Gambielluco, sur scène entre autres Nachama à l'harmonica, Tina à la basse... Michel Tardieu au clavier .. Et les têtes de Lee et d'Arnaud au premier plan ! )
Alors que la petite tournée estivale de Gestion des Restes commence à être préparée (et aussi un EP de 6 compositions, un vinyle collector - les morceaux seront par ailleurs en ligne) , je fais mon miel de ce texte de Lee communiqué lors du récent séjour et concert de Survie aux Etats Unis par Sylvan Incao.

« L’essentiel, c’est que personne ne s’en va.
Personne ne quitte la scène, ne part au milieu d’un concert, et peu importe comment vous vous sentez.
La tension sera très forte, insupportable, mais vous ne partez pas.
Si vous avez un peu de temps libre dans une ville où vous vous trouvez et que vous faites une pause pour un jour ou deux, très bien, mais vous ne partez pas.
Ca, c’est la limite.
Vous faites une sieste si vous en avez besoin. La tension sera élevée et la principale manière de dissiper l’énergie passe par les disputes et les compensations - trop manger, faire du shopping, etc.
Si vous vous retrouvez à faire ça, vous pouvez considérer que toutes les années passées dans notre école ont été vaines. Se complaire dans des prises de tête et des compensations participe d’une non pratique et doit être vu comme tel.
Si vous êtes bien situé vous allez vraiment prendre du plaisir et beaucoup vous amuser. Il n’est pas nécessaire que ce soit toujours tendu. Oui, il faudra travailler dur mais ce sera vraiment super.
Si quelqu’un part, compense en buvant, ou autre, vous faites votre possible pour le remettre dans le bon axe mais jusqu’à un certain point.
Vient un point où vous arrêtez de chercher à les ramener à la pratique ; vous en faites une matière de travail pour vous même, vous y faites face.
Il y aura toujours quelqu’un pour arriver dans le van avec un quart d’heure de retard, toujours. Pas moyen de changer cette personne. Les gens qui sont en retard ne changeront jamais. Si ils continuent à se pointer avec un quart d’heure de retard vous vous contentez d’avancer l’heure prévue de 30 minutes, comme ça vous partirez à temps.
Ne laissez jamais la musique vous crisper.
Ne laissez jamais quelque chose d’aussi accessoire que la musique vous éloigner les uns des autres. Il ne s’agit pas de musique, ce n’est pas la question.
Ca arrive à tout le monde d’avoir un jour sans, un soir où il n’y a pas moyen de trouver le groove. Et alors ?
Ne laissez pas ça vous éloigner les uns des autres.
Cela n’a aucune importance.
N’en faites pas une question de musique ; c’est une question de relation.
Vous aurez forcément quelques très mauvais concerts sur la vingtaine prévus.
C’est la vie.
Les gens qui vous accueillent seront très cons, l’endroit pourri.
Vous jouez comme prévu et c’est tout, sans râler. Vous donnez le concert, prenez l’argent et vous vous en allez.

Soit vous finissez la tournée sur un petit nuage, soit vous la finissez dans la boue.
Ca dépend de vous.
Il y aura pas mal de tension et de stress mais il n’y a pas de raison que vous ne preniez pas du bon temps.
Si vous constatez que c’est la tension qui domine alors c’est que vous prenez les choses beaucoup trop au sérieux, vous êtes trop identifiés à tout.
Ne passez jamais vos nerfs sur les personnes qui vous reçoivent ou sur les gens chargés du son.
Gardez vos tensions pour vous. Elles ne les regardent pas et ils n’ont aucun besoin de savoir que vous êtes tendus.
Idéalement, ne passez pas non plus vos nerfs sur les autres membres du groupe, ne vous prenez pas la tête même si, bon, c’est inévitable.
Il s’agit de faire bonne impression en tant que groupe. Qu’on se dise que c’était facile de travailler avec vous, agréable, pas que vous êtes une bande de divas.
Q : comment pouvons nous intentionnellement considérer le groupe en tant que véhicule de l’enseignement ?
Lee : Bonté, générosité et compassion envers chacun et en toute situation.

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mardi 12 mars 2024

Hommage à Chandra Swami


Q : Affirmeriez-vous connaître votre Être véritable ?
Chandra Swami : Se proclamer soi-même comme tel, c'est le nier. Quand vous vous êtes réalisé, il n'y a rien à proclamer.
Q : Alors vous ne proclamez rien, mais vous dites que vous êtes réalisé...
Swamiji : Je ne dis rien. Quand vous dites que vous vous êtes réalisé, cela semble être une chose du passé.
Q : Non, j'ai demandé si vous vous diriez "réalisé", car je pense que c'est un événement et également un "état d'être".
Swamiji : La réalisation n'est pas une expérience, c'est le fait d'expérimenter. Dans la terminologie hindoue, ce genre de question est appelé "anadhikar cheshta", ce qui signifie inconvenance.
Si vous dites "oui", c'est faux.
Si vous dites "non", c'est faux.
La Vérité/Dieu est quelque chose qui n'est ni connaissable, ni inconnaissable.
Extrait de : Le Chant du Silence
(Arnaud Desjardins signe la préface)
✨ ✨️ ✨
️️Sri Chandra Swami Udasin nous a quittés le 9 mars dernier, quelques jours après son 94e anniversaire.
"Om Hari Sharanam"
(Ô Seigneur, je prends refuge en Toi)
🙏
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(une pensée pour un ami qui est sur place !)

dimanche 15 octobre 2023

Sourire aux ténèbres


 « Au milieu des ténèbres, je souris à la vie…

Alors, je cherche une raison à cette joie…

Je crois que la vie elle-même est l'unique secret. 

Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse 

sous les pas lents et lourds de la sentinelle…

...

Une seule chose me fait souffrir : devoir profiter seule de tant de beauté. 

Je voudrais crier par-dessus le mur : 

je vous en prie, faites attention à ce jour somptueux !

N’oubliez pas, même si vous êtes occupés, 

même si vous traversez la cour à la hâte, absorbés par vos tâches urgentes, 

n’oubliez pas de lever la tête un instant 

et de jeter un œil à ces immenses nuages argentés 

et au paisible océan bleu dans lequel ils nagent. 

Faites attention à cet air plein de la respiration passionnée des dernières fleurs de tilleul, 

à l’éclat et la splendeur de cette journée, 

parce que ce jour ne reviendra jamais, jamais ! 

Il vous est donné comme une rose ouverte à vos pieds, 

qui attend que vous la preniez, et la pressiez contre vos lèvres 

...

Ma chère Sonitschka, il y a tant d'insouciance dans ces nuages qui passent, comme un sourire indifférent, que je n'ai pu m'empêcher de sourire moi aussi, car je suis toujours en accord avec le rythme de vie qui m'entoure. 

Devant un tel ciel, comment pourrait-on être méchant ou mesquin? 

N'oubliez jamais de regarder autour de vous, 

vous y trouverez toujours une raison d'être indulgente. »


Rosa Luxembourg 1871-1919 / Lettres de prison - extraits

photographie: Clarence H. White 1871-1925

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mardi 15 novembre 2022

Chant d'éveil à l'affiche


Sur l’air d’Aznavour (« Je me voyais déjà »), une version alternative, avec les paroles de Gilles Farcet et l’interprétation de Alain Maroger.


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vendredi 24 décembre 2021

Positionnement en action

 Lors d'une premier séminaire où j'ai invité mon maître Liu Yuan Tong en Suisse, nous avons loué une structure d'accueil catholique, tenue par des sœurs.

Mon maître nous a demandé de mettre en place un petit autel très simple.

Nous avons donc disposé un brûle encens, deux bougies, des fleurs, des fruits, du thé, du riz, de l'eau.

Et bien sûr, une petite statue de la forme divinisée de Lao Zi ainsi qu'une autre statue protectrice, de Wang Ling Guan.

À vrai dire, nous étions assez fiers de notre petite mise en place, pour des Laowai occidentaux...


Nous allons donc le chercher pour lui montrer le résultat, sûrs de son approbation. Oui, sauf qu'en arrivant, il regarde l'autel, et fait la moue. Raté pour les félicitations, bordel de bordel (dixit mon ego).

Il regarde de part et d'autre, et cherche quelque chose avec insistance. Puis il se dirige vers une petite statue de Jésus, la prend délicatement, et trouve également une deuxième statue de Marie, qu'il prend également.

Il les dispose alors sur l'autel, met Jésus au milieu, Marie à sa droite et Lao Zi à sa gauche. Puis il fait trois prosternations devant ce panthéon ma foi créatif, et sort brûler quelques offrandes pour les esprits du lieu.

Puis il revient et dit : voilà, maintenant l'autel est complet, avec un petit sourire. Et il s'en va.

Le lendemain, les sœurs, un peu méfiantes de la venue de ces chinois exotiques, voient l'autel, et constatent que Jésus est au centre et Marie à côté. Elles étaient tellement étonnées, mais flattées, que toute résistance est tombée d'un coup. Elles ont été méga Rock avec nous durant tout le séminaire.

Voilà exactement comment se déroulent les enseignements les plus efficaces et vivants. J'adore ces moments.

Joyeux Noël, amis proches ou lointains. Ouvrez vos yeux, aux détails, au petit et au subtil. Osez sortir de vos cadres. Décoincidez ! C'est souvent là qu'est caché le joyau de la transmission.

Mes pensées les plus soutenantes et affectueuses à vous tous. Et mes remerciements pour votre présence, et bien souvent, votre indulgence bienveillante, pour mes blagues navrantes.

Fabrice

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lundi 27 avril 2020

Musiques du ciel...


J'aime bien ces petites vidéos. Et actuellement ces chants se font bien entendre. Ouvrez l'oreille...



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dimanche 5 mai 2019

Union musicale

Vous ne verrez ça dans aucun autre pays.
"Allahu Akbar", "Adonaï" et "Ave Maria" à l'unisson devant le Roi Mohammed VI et le Pape François. ☪️✡️✝️
Ce samedi 30 mars à Rabat, l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) a interprété un arrangement un peu spécial. Des représentants des trois religions monothéistes ont communié en chœur devant Le roi Mohammed VI et le Pape François.
Le muezzin Smahi El Hadni, a prononcé l’appel à la prière musulman (“Allahu Akbar”), accompagné par la chanteuse Françoise Atlan, qui a entonné la prière juive (“Adonaï”) puis rejoint par la chanteuse Caroline Casadesus, fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, qui a interprété l’“Ave Maria” de Caccini.
Ils ont conclu le concert main dans la main.

Cette œuvre fait partie d’une série d'événements lancés par l'Orchestre philharmonique du Maroc en 2016 et baptisée “Les religions à l’unisson”.



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samedi 19 janvier 2019

Chanter le réel avec Alain Galatis

Alain Galatis s'était fait remarquer de manière indicible, en 1997, avec son premier livre aux éditions Accarias L'Originel !

 
« Ce remarquable petit livre est une aide précieuse à la vigilance que nous impose le défi de la pensée incapable de saisir le réel » --Nouvelles Clés 

Voici un autre petit condensé de pensées jaillissantes qui pourra vous enchanter dans son nouveau livre présenté ci après !


Notre esprit et nos sens nous abusent. En croyant que l’image que nous nous faisons du monde est la réalité de ce dernier, nous nous méprenons et nous passons à côté d’une compréhension de nous-mêmes élémentaire. Il s’agit de découvrir comment notre esprit crée des images et comment notre esprit s'identifie à ces images. Et pour se faire, il est nécessaire de se pencher sur la banalité de notre quotidien. C’est là où tout se joue : qu’est-ce qui se produit réellement dans l’instant où vous êtes, à l’endroit où vous êtes ? Au terme de notre enquête, c'est ce labeur d'éclaircissement qui nous permettra de reconnaître ce qui n'est pas images : le réel. Et de découvrir ce que nous sommes. Le ton légèrement caustique et décalé, inhabituel dans ce genre de littérature, oscille avec force entre révolte et humour, entre poésie et philosophie. Un chant d’amour, un chant de rébellion, un chant de partage, un chant de l’unité : le chant du réel.



Né en 1961 d’un père grec et d’une mère suisse, Alain Galatis vit à Lausanne. Durant de nombreuses années, il écrit de la poésie. Son cheminement ainsi qu’un questionnement incessant sur la nature de la réalité, l’amène à la rédaction d’un premier livre L’indicible publié en 1997. Cette même année, il ouvre la Librairie Ex Nihilo. Depuis il a publié six ouvrages tous consacrés à la non-dualité et enregistré deux CD de chansons.

© Extrait avec l'aimable accord des Éditions Accarias L'Originel :

Un exemple page 31 :
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mardi 23 mai 2017

Stage de chant estival

Pour les personnes qui veulent parfaire leur fin d'été, 
voici un stage recommandé :

Tous les détails en suivant le lien :
http://yvesniquil.wixsite.com/chantetpresence


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samedi 2 avril 2016

Rumi et Bouddha


Quand nous ne sommes plus qu'Univers ! 




Paroles du Bouddha

 - L’univers et ses habitants sont aussi éphémères que nuages au ciel. 

 - Les êtres qui naissent et meurent sont comme un spectacle de danse ou une pièce de théâtre, leur durée de vie est aussi brève que l’éclair ou l’éclat fugitif d’une luciole. 

 - Tout passe à la vitesse des eaux ruisselantes d’une cascade.

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samedi 20 février 2016

Deuxième week-end de Carême : Prière de Sainte Thérèse

La mission de Thérèse

À 14 ans, Thérèse voulut devenir religieuse, mais était bien trop jeune. Au lieu de se résigner, elle décida son père... à l'emmener à Rome pour obtenir l'autorisation du pape ! 
Pourquoi l'Église nomma patronne des missions une carmélite, décédée à 24 ans ? Parce qu'elle portait le monde entier dans son cœur : le criminel Pranzini, un missionnaire pour qui elle marchait dans sa minuscule cellule, etc. 
Elle a ainsi tracé une « petite voie » vers le Ciel, qui consiste à vivre l'ordinaire de façon... extraordinaire.




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dimanche 17 janvier 2016

Kyrie Eleison avec Jean-Yves Leloup


...Le père Séraphim m’expliqua que dans le premier Testament, la méditation est exprimée par des termes de la racine haga, rendus le plus souvent en grec par mélété, meletan, et en latin par meditari, meditatio. En son sens primitif, cette racine signifie « murmurer à mi-voix ». Elle est également employée pour désigner des cris d’animaux, par exemple le rugissement du lion (Isaïe XXXI, 4), le pépiement de l’hirondelle et le chant de la colombe (Isaïe XXXVIII, 14), mais aussi le grognement de l'ours.


« Au Mont-Athos, on manque d’ours. C'est pourquoi je t’ai conduit auprès de la tourterelle, mais l'enseignement est le même. Il faut méditer avec ta gorge, non seulement pour accueillir le souffle, mais aussi pour murmurer le Nom de Dieu jour et nuit... Quand tu es heureux, presque sans t’en rendre compte, tu chantonnes, tu murmures quelquefois des mots sans signification, et ce murmure fait vibrer tout ton corps de joie simple et sereine.

Méditer, c'est murmurer comme la tourterelle, laisser monter ce chant qui vient du cœur, comme tu as appris à laisser monter en toi le parfum qui vient de la fleur... Méditer, c’est respirer en chantant. Sans trop m’attarder à sa signification pour le moment, je te propose de répéter, de murmurer, de chantonner ce qui est dans le cœur de tous les moines de l’Athos : Kyrie eleison, Kyrie eleison... »

Cette idée ne me plaisait guère. Lors de certaines messes de mariage ou d’enterrement, j’avais déjà entendu cela, traduit en français par « Seigneur, prends pitié ». Le père Séraphim se mit à sourire : « Oui, c’est l’une des significations de cette invocation, mais il y en a bien d’autres. Cela veut dire aussi “Seigneur, envoie ton Esprit ! Que ta tendresse soit sur moi et sur tous, que ton Nom soit béni”, etc., mais ne cherche pas trop à te saisir du sens de cette invocation, elle se révélera d'elle-même à toi. Pour le moment, sois sensible et attentif à la vibration qu’elle éveille dans ton corps et dans ton cœur. Essaie de l’harmoniser paisiblement avec le rythme de ta respiration. Quand des pensées te tourmentent, reviens doucement à cette invocation, respire plus profondément, tiens-toi droit et immobile et tu connaîtras un commencement d'hésychia, la paix que Dieu donne sans compter à ceux qui l’aiment. »

Au bout de quelques jours, le Kyrie eleison me devint un peu plus familier. Il m’accompagnait comme le bourdonnement accompagne l’abeille lorsqu’elle fait son miel. Je ne le répétais pas toujours avec les lèvres ; le bourdonnement devenait alors plus intérieur et sa vibration plus profonde. Ayant renoncé à « penser » son sens, il me conduisait parfois dans un silence inconnu et je me retrouvais dans l'attitude de l’apôtre Thomas lorsque celui-ci découvrit le Christ ressuscité : Kyrie eleison, « mon Seigneur est mon Dieu ».

L’invocation me plongeait peu à peu dans un climat d’intense respect pour tout ce qui existe, mais aussi d'adoration pour ce qui se tient caché à la racine de toutes les existences...

Extrait de "L'Assise et la marche"
Par Jean-Yves Leloup


mercredi 8 avril 2015

Armelle Six : Chante la Vie... (1)


Armelle Six 
(un extrait d'une émission au Québec)
12 min. 





Suite au décès de son fils en avril 2001, et face à la surprise et l’intensité de l’événement et du vide rencontré, une brêche s’ouvre en Armelle et elle redécouvre alors depuis celle qu’elle avait toujours senti être mais qu’elle ne vivait pas. Une question surgit très fréquemment : "qui suis-je ?" 
Au cœur des larmes et du désarroi, surgissent aussi des rires et une joie spontanée. 
Elle s’émerveille à nouveau des petites choses du quotidien et vit et voit l’extraordinaire dans l’ordinaire. Très vite, elle se rend compte qu’elle ne vit pas la vie qu’elle sent en elle et décide alors de tout changer, et de se mettre à l’écoute de ses élans intérieurs. 
Confrontée à des gens qui doutent autour d’elle et la croyent motivée dans ses actes par la souffrance, elle, elle sent plutôt un désir de vivre pleinement, un renouveau et une reconnexion de plus en plus forte avec elle-même. Elle voit ses doutes reflétés par les autres et choisit de se faire confiance... de là une toute nouvelle aventure commence et de plus en plus d'harmonie dans ses relations. Elle dit d’ailleurs de cet événement "Gauthier et moi, nous sommes mutuellement donnés naissance. Ma grossesse m’avait déjà reconnectée à moi, me faisant me découvrir sous un jour nouveau. Sa mort a donné naissance à ce que je connaissais de moi intuitivement, qui ne pouvait plus être retenu." 

Elle vit, les années qui suivent, un profond retournement sur elle-même, et une écoute de plus en plus authentique de ses élans intérieurs, de toutes les inspirations qui la traversent qu'elle suit, sans compromis. De cela, se révèle plus forte et plus présente, une joie et une fluidité au-delà des expériences vécues. Aujourd’hui, elle est invitée aux quatre coins du monde pour partager cette joie et cette vie sans effort... Au travers d’un message d’une grande simplicité et clarté, elle rend accessible à tous l’inévitabilité du bonheur que nous sommes et invite tout qui elle rencontre à la rejoindre là... à juste se laisser être et s’arrêter un moment pour voir que tout est déjà là, qu’il n’y a rien d’autre à chercher. Et dans cette prise de conscience, tout change. La joie, c’est moi !...


mardi 11 novembre 2014

Voyage intérieur...pour la paix


Devant le succès de ce court métrage (15') les droits de ce film ont été rachetés par les Editions Jade afin de lui donner une diffusion internationale.
Ce film ne comporte aucun dialogue, chaque séquence est sonorisée uniquement par des chants liturgiques orthodoxes en slavon et interprétés par Divna.Ora et labora in horto a été tourné au skite sainte Foy en Cévennes. On voit le frère Jean au jardin et aux offices avec le frère Joseph. Il montre simultanément des gestes liturgiques et des gestes quotidiens au jardin.




mardi 19 août 2014

Les moines de Sainte-Marie de la Garde.





Les monastères sont des doigts silencieux dressés vers le ciel, le rappel obstiné qu’il existe un autre monde dont celui-ci n’est que l’image, qu’il annonce et qu’il préfigure. 

 Dom Gérard Calvet

Fondateur et premier abbé 


Une journée avec nous
Toute la journée monastique est rythmée par les différents offices, chantés en latin et en grégorien. En venant au monastère, vous pouvez assister à tous les offices qui ont lieu dans la chapelle.
Vous pouvez également demander à voir un moine-prêtre. Celui-ci répondra aux questions posées, apportera un secours spirituel à qui le réclame et, si la personne le lui demande, se rendra disponible pour le sacrement de la confession.
Les hommes peuvent partager le repas avec les moines, au réfectoire de la communauté. Moment convivial et fraternel, tout se vit dans un cadre de prière et de silence.
Voici les horaires d’une journée à Sainte-Marie de la Garde :
• Matines à 3 h 30
• Laudes à 6 h
• Messes lues à 6 h 30
• Prime à 7 h 45 (à 8 h dimanche & fêtes)
• Les moines se livrent à la lecture spirituelle et à la prière
• Tierce & Messe chantée à 9 h 30 (à 10 h dimanche & fêtes)
• Les frères s'adonnent au travail manuel jusqu'à 11 h 55
• Sexte à 12 h (à 12 h 15 dimanche et fêtes)
• None à 14 h (à 14 h 30 dimanche et fêtes)
• De nouveau, la communauté se livre aux diverses activités jusqu'à 17 h
• Vêpres à 17 h 30 (suivies, dimanche et fêtes, du Salut du Saint-Sacrement)
• Complies à 19 h 45.

Voir le site du monastère



lundi 19 mai 2014

Chant de pleince conscience avec Thich Nhat Hanh

Puisse, le son de cette cloche pénétrer au plus profond du cosmos.
Même dans les endroits les plus sombres, les êtres vivants peuvent l'entendre clairement, et toute souffrance cesse en eux.
La compréhension vient en leur cœur, et ils dépassent le royaume de la douleur et de la mort.

La porte universelle du dharma est déjà ouverte, Le son de la marée montante se fait entendre clairement.
Le miracle se produit : une magnifique enfant apparaît au cœur d'une fleur de lotus.
Une simple goutte de cette eau de compassion est suffisante pour ramener le printemps rafraîchissant sur nos montagnes et nos rivières.

Au son de la cloche, je sens les afflictions qui commencent à se dissoudre en moi.
Mon esprit est calme, mon corps détendu.
Un sourire est né sur mes lèvres.
En suivant le son de la cloche,
ma respiration me ramène dans la pleine conscience et la sécurité de mon île intérieure.
Dans le jardin de mon cœur, les graines de la paix fleurissent en toute beauté...