1. Habiter avec soi
2. Oser le partage fraternel
3. Cultiver le silence
4. Marcher
5. Écrire
*******
Mes chers amis,
La pratique de base de la méditation est la pacification mentale, shiné (en tibétain) ou shamatha (en sanskrit) et l'intention profonde est la vision profonde, lakhtong (en tibétain) ou vipassana (en sanskrit).
Nous essayons d'abord de poser notre attention en un point (par exemple sur la respiration) afin que notre esprit ne poursuive pas toutes les pensées qui surgissent. Le fait de poser notre attention en un point permet de prendre conscience du chaos qui existe dans notre esprit, ce surgissement permanent de pensées que nous avons l'habitude de poursuivre en y réagissant par d'autres pensées dans un processus sans fin.
Le but n'est pas de stopper les pensées, ni d'arriver à un état particulier.
L'intention est juste d'expérimenter ce qui est là, dans l'immobilité du corps, ce qui est une source de distraction en moins.
Cette expérimentation peut être plaisante jusqu'à l'extase ou déplaisante jusqu'à l'abandon de la méditation. L'important est juste de traverser l'expérimentation de l'instant.
Quand nous sommes juste dans l'expérimentation de l'instant, notre véritable nature, cet esprit clair et connaissant, se dévoile car nous sommes sortis de l'attachement et de l'aversion liés à la saisie d'un moi réellement existant, à la saisie de l'égo.
La réalisation de cela permet à nos qualités inhérentes de se manifester : l'amour, la compassion, la joie et l'équanimité.
Nous n'avons pas de chemin à parcourir car notre véritable nature, notre nature de bouddha, le Christ en nous, ont toujours été là, mais étaient voilés par notre ignorance, notre vue erronée sur nous-mêmes et sur le monde.
Nous pouvons commencer par lakhtong ou par shiné, mais la vision directe de notre véritable nature, sans avoir habitué son esprit à se poser en un point, risque d'être très vite voilée par des émotions perturbatrices liées à nos attachements et nos aversions.
La pratique de shiné me semble à ce jour incontournable pour arriver à vraiment se libérer de la souffrance. Mais shiné peut aussi se faire dans le mouvement, c'est pourquoi j'ai inclus dans la pratique d'hier de la marche méditative.
Je vous présente ici en quelques mots l'essentiel de la méditation, mais cela nécessite bien sûr de beaucoup plus longs développements et surtout une pratique contemplative.
Je vous souhaite à tous une belle journée, libres de trouver cette paix toujours présente au cœur du chaos.
Philippe Fabri
----------------------------
Mais il y a un chemin qu'on ne peut faire qu'à pied. Celui vers soi-même.
Si la vie est un voyage, j'aimerais le faire à pieds.
Partir léger, sans objectif précis.
Partir sans carte.
Et si quelqu'un me prête un plan - je refuserai, car où irai-je avec une carte toute prête? Elle m'amènera dans le sillage des autres, dans l'histoire qui n'est pas la mienne.
Partir sans charge, sans bagage. Et pas à pas, lettre par lettre, laisser la carte se dessiner, le bagage se former avec des découvertes, qui deviendront des connaissances.
Accélérer dans la passion, ralentir dans le doute, s'autoriser des pauses pour voir le chemin réalisé et celui qui fait rêver et reste à créer; et de nouveau, marcher vers d'autres pas, vers d'autres pages.
Et comme le dit le sage, la vérité est dans les talons - apprendre à chaque pas avec son corps, avec son cœur.
Partir d'ici au plus loin pour arriver un jour vers soi-même; trouver des mots à mettre sur le parcours qui se résumera en quelques pages, quelques phrases,
ou juste trois syllabes vont suffire - c'est ma vie.
Elena Venel
**************
"Faites que derrière vous, ne restent que fleurs et beauté..."
Car marcher, c’est se recueillir et prier, accueillir et contempler le miracle de la vie, se reconnecter avec la nature, avec les éléments, avec soi-même, et avec Dieu. C’est chercher ce que l’on a déjà trouvé finalement, et se rendre compte que le trésor est en nous. Autrement dit, la foi passe par les pieds (rires). Et si une personne qui voudrait croire en Dieu, mais qui n’y arrive pas, me demandait conseil, je lui dirais, sans hésiter : “Mets-toi en marche et ça te tombera dessus direct !”
Quand je marche, je me sens légère comme le vent, libre comme l’air, libérée de toutes ces fritures extérieures qui retiennent l’homme encombré de lui-même d’être totalement tourné vers les autres et vers l’Autre. Quand, pas après pas, je me laisse décaper, mettre à nu par la piste, je suis comme dépouillée et purifiée de ce qui n’est pas essentiel ni véritable – la route ne ment pas. Alors je deviens tout ouïe, totalement disponible et réceptive, ouverte à tout et à chacun.
Alors l’amour peut passer avec n’importe quelle personne, par-delà les langues, les dialectes, les couleurs, les tribus, les ethnies, les religions ou les croyances. Parce que nous sommes en vérité, un vrai échange peut avoir lieu. Et c’est merveilleux ! Jusqu’ici, j’ai avalé 20 000 km à pied (et dormi, en cumulé, 7 ans de ma vie par terre…), et j’espère bien ne pas en rester là ! »
**************
Nous vous proposons à présent d'expérimenter la Transition Intérieure par vous-même !
Voici 2 exercices qui vous permettront de prendre un temps pour vous et de réfléchir à ce que le changement intérieur vous évoque.
Il est important que vous lisiez l'ensemble de l'exercice avant de le mettre en pratique.
Durée : à votre convenance
Matériel : aucun
Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez, vous pouvez pratiquer la méditation marchée. Il suffit de prendre conscience que vous êtes en train de marcher.
Marchez… lentement… juste pour le plaisir de marcher… avec liberté et solidité, sans vous dépêcher. Soyez simplement présent·e à chacun de vos pas. Dites-vous « je fais un pas… puis un autre pas… » et sentez chaque partie de votre pied posé sur le sol (d’abord le talon, puis la plante du pied et ensuite les orteils).
Si vous souhaitez parler à quelqu’un ou répondre au téléphone, arrêtez-vous de marcher et prêtez toute votre attention à la personne en face de vous ou au bout du fil, à vos paroles et à votre écoute.
De temps en temps, arrêtez-vous, regardez autour de vous et voyez comme la vie est merveilleuse : les arbres, les nuages, le ciel infini, un insecte, un oiseau qui chante, une brise légère, ou même les jouets de vos enfants sur le sol, la table de la cuisine où vous prenez soin de manger chaque jour.
La vie est tout autour de vous, vous êtes vivant·e et capable de marcher en paix.
Marchez comme une personne libre et sentez vos pas devenir plus légers au fur et à mesure que vous marchez. Exprimez votre gratitude et votre amour à la terre et à la vie.
Appréciez tous les pas que vous faites.
Vous pouvez, si vous le souhaitez, utiliser ce poème (faites deux ou trois pas pour chaque inspiration et chaque expiration, et pensez) :
(inspiré de la méditation marchée, pratique du village des Pruniers, monastère bouddhiste zen en France et dans le monde, Thich Nhat Hanh).

Durée : minimum 10 minutes
Matériel : une feuille de papier, un crayon gris, quelques crayons de couleurs ou marqueurs
Après avoir marché, restez dans un état méditatif et calme. Rendez-vous à votre bureau ou à votre espace de travail. Dessinez sur une feuille une trace de pied ou tracez le vôtre. Remplissez-le ensuite de couleurs ou de mots, tentez de traduire ce que vous avez ressenti durant cette méditation.
Comment vous êtes-vous senti·e ? Était-ce plutôt agréable ou désagréable ? Dans quelle humeur cela vous a-t-il mis·e ? Cela vous a-t-il appris quelque chose ?
Durée : à votre convenance - exercice complet : 30 minutes
Matériel : de quoi écouter une piste audio (baffles de l’ordinateur ou autres)
Musique : choisissez à votre convenance et à votre ressenti du moment
Nous vous proposons, pour cette pratique, de trouver un endroit où vous pourrez être tranquille, à l’abri des regards, si cela est important pour vous de préserver une forme d’intimité.
Nous vous invitons à vous allonger, au milieu de l’espace que vous occupez, par terre ou sur un matelas léger, et à commencer à écouter la musique que nous vous proposons, les yeux fermés.
Nous vous invitons à commencer par rester immobile et simplement écouter.
Prendre conscience de ce que vous écoutez.
Demandez-vous… La musique est-elle lente ou rapide ? Douce ou énergique ?
Que vous fait-elle ressentir ? Où cela se trouve-t-il dans votre corps ?
Quelle énergie est présente en vous en écoutant cette musique ?
Que vous donne-t-elle (ou non) envie de faire ? Voulez-vous bouger ? Chanter ? Crier ? Sauter ?
Dans un second temps, après avoir observé tout cela, nous vous proposons de sentir le sol sous votre corps, de le toucher, doucement, à votre rythme.
Puis nous vous invitons à vous mettre en mouvement, guidé·e par la musique, les yeux ouverts ou fermés, suivant votre ressenti intérieur, et à bouger, danser…, guidé·e par votre intuition. Revenez à des moments de calme si vous le souhaitez. Tout est juste.
Poursuivez jusqu’à la fin de la playlist, ou arrêtez avant si c’est bien pour vous.
Qu’avez-vous ressenti ? Prenez quelques notes si vous le souhaitez.
Vous vous souvenez peut-être de ce matin-là : il fait frais, juste comme il faut, avec une petite brise qui s’élève de la vallée. Vous avez encore quelques courbatures de la veille qui vont très vite disparaître, rien de grave. Marcher, quelle joie ! Dans les Alpes, dans les Carpates ou sur le chemin de Compostelle, votre sac à dos bien calé, vos pieds bien à l’aise dans vos chaussures, la journée s’étend devant vous pleine de promesses de liberté et de merveilleux paysages. Vous échangez des regards joyeux avec vos collègues marcheurs. Allons-y, ne perdons pas de temps, le soleil réchauffe déjà la forêt, un doux parfum monte de la terre... Comme vous avez bien fait de venir !
En marche ! Premiers pas, c’est un matin de rêve, entouré de personnes merveilleuses, dans le plus bel endroit du monde.
Et on marche, et on marche, et on marche... Bien sûr, tout est grandiose, mais justement voilà, comment dire, un peu grand. On dirait que le col, ou le croisement des chemins, ou la sortie de la forêt, se font un peu attendre. C’est drôle, le sac n’était pas si lourd ce matin. C’est un sac tout à fait spécialisé, acheté dans un magasin spécialisé et pourtant les bretelles vous scient les épaules, vous allez avoir d’énormes bleus ce soir. Mais ce n’est rien comparé à vos pieds. Le talon droit est une mini-fournaise, et la chaussure gauche rétrécit d’instant en instant.
Et on marche... depuis combien d’heures ? Vous regardez autour : rien que de l’espace et des cailloux, absolument rien à l’horizon. Ah si, des nuages, de gros nuages noirs qui semblent foncer sur vous. Il ne va pas, en plus... ? Mais si ! Les premières gouttes s’écrasent sur votre front, puis c’est le déluge, grosses gouttes de pluie dures comme de la grêle, vous êtes trempé, pourtant vous aviez tout le matériel spécialisé dans votre sac. On marche...Vous en avez assez, il est temps que cesse cette plaisanterie. Vous voulez vous asseoir juste là et qu’on vous apporte une boisson chaude. Malheureusement vous êtes très exactement au milieu de nulle part, et il faut marcher. Vous grimacez chaque fois que vous posez un pied par terre, votre dos n’en peut plus. Enfin ! Au loin, l’ombre d’un abri, une promesse de repos. Vous vous traînez jusqu’à l’entrée, tant pis s’il n’y a pas de douche, tant pis si vous devez partager la chambre, ce que vous voulez, c’est vous arrêter.
UN ESPACE DE PAIX EN SOI-MÊME
Et puis... sac posé, chaussures enlevées, quelques litres de thé avalé, vous sentez monter en vous une chaleur, un sentiment, comment dire, de satisfaction, presque de fierté. Vous l’avez fait, vous êtes allé au bout, et même un peu plus loin, et voilà : vous êtes détendu, vous avez l’impression de refaire connaissance avec vous-même, d’avoir trouvé cet espace de paix à l’intérieur qui vous avait toujours échappé.
