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vendredi 24 juillet 2020

mercredi 12 août 2015

Swami Prajnânpad (3)


Technique d’éveil n’est pas Éveil


Mais le message du Swami ne se réduit pas à une adaptation exotique de la psychanalyse. Prajnânpad n'a jamais fait la confusion entre la psychologie et la spiritualité, pas plus qu'il ne prenait Freud pour un sage, il le considérait, textuellement, comme «un grand vaillant héros emprisonné dans son moi scientifique et refusant de franchir le pas qui l'aurait conduit de sa vision matérialiste et dualiste à la connaissance spiritualiste et non-dualiste». Pour le Swami, si la méthode psychanalytique constituait un savoir hautement fiable et fort utile pour aplanir la route devant le Seigneur, comme diraient les Chrétiens, le Védanta n'en restait pas moins cet au-delà du savoir qui, seul, correspondait au niveau spirituel. La technique est une chose, l'éveil de la conscience en est une autre !

Et lorsque c'est un éveillé qui manipule la technique, il faut s'attendre à ce qu'elle change un peu de forme et parvienne à d'autres résultats... Tout dépend, en effet, de la nature de l'esprit qui se tient derrière une telle technique Si c'est l'esprit conditionné du psychanalyste ordinaire, tou: juste capable de se référer à son savoir et de traduire ses observations en concepts dualistes, on n'obtiendra guère qu'une mise aux normes, sociales, morales ou même personnelles, de l'individu traité, il ne sera alors question que de remplacer les anciennes structures psychiques, productrices de névrose, par de nouvelles, mieux adaptées au contexte socio-culturel ou aux désirs de l'intéressé. Mais si c'est l'esprit libre de tout conditionnement d'un maître spirituel réalisé qui utilise la technique, elle pourra éventuellement devenir l'occasion, pour le disciple, d'une réelle et définitive destruction des structures psychopathologiques. Et dans ce cas, les anciennes structures ne seront pas remplacées par de nouvelles. Pourquoi ? Parce que ce à quoi invite le Guru authentique, c'est à observer le mouvement des émotions, non plus avec la pensée, mais avec la conscience inconditionnée. Il n'y a plus, alors, de référence à quelque savoir que ce soit, plus de traduction du vécu en terme d'expérience personnelle, plus de stratégie égocentrique récupérant à son profit les informations échappées de l'inconscient, et par conséquent plus de création de nouveaux systèmes de résistance au réel...

De la psychanalyse au Lying



La méthode que Swami Prajnânpad mit au point à partir de la psychanalyse de Freud prit le nom de Lying dès 1966. Bien que ce mot, qui signifie littéralement en position allongée, renvoie d'une manière parfaitement explicite au célèbre divan, peu de disciples occidentaux du Swami firent le rapprochement avec la psychanalyse.
Il faut dire que ce Lying n'imposait au disciple d'autre règle que de se détendre et d'exprimer les émotions qui survenaient en lui, sans retenue ni jugement. Evidemment, exprimer l'émotion ne voulait pas dire qu'il fallût se laisser submerger par elle. Toujours, le recul ontologique était de mise.

Quant à Swami Prajnânpad, qui restait indéfectiblement présent durant toutes les séances, il n'intervenait pratiquement jamais et ne se livrait à aucune espèce d'interprétation. Le seul conseil qu'il donnait était naturellement de chercher à voir la cause des émotions qui se présentaient. Seul «voir la cause» est libérateur, répétait-il.
Pourquoi subissons-nous des émotions ? Parce que la réalité est différente de l'image que nous nous en faisons. Apprenons à admettre la différence entre cette image et la réalité, entre nous et les autres... et nous serons libérés de ces émotions qui nous causent tant de souffrances.

Mais une telle démarche implique, bien sûr, d'abandonner le confort de nos chères habitudes de pensées...



Illustrations extraites de Svâmi Prajnânpad aux Editions de La Table Ronde.

BIBLIOGRAPHIE
Psychanalyse et sagesse orientale - Daniel Roumanoff - L'Originel. 
Swami Prajnânpad, un maître contemporain (3 tomes) Daniel Roumanoff - La Table Ronde.
Swami Prajnânpad, biographie - Daniel Roumanoff- La Table Ronde. 
Le Vedanta et l'inconscient - Arnaud Desjardins - La Table Ronde.
La stratégie du oui - Denise Desjardins - La Table Ronde. Lettres à ses disciples (3 tomes) - Swami Prajnânpad - L'Originel



mardi 11 août 2015

Swami Prajnânpad (2)


"Rarement un enseignement sut aussi bien synthétiser les connaissances scientifiques occidentales et la gnose de l'orient,- en matière de psychisme et de conscience."


Le nettoyage psychique par la connaissance de soi 


Quant à Freud, surtout lorsqu'on le compare à Jung, il n'apparaît certes pas comme une personnalité passionnée par les coutumes religieuses du monde ; mais ceci n'implique pas nécessairement une absence de vie intérieure.
Pour s'être trouvé aussi impérieusement attiré par la recherche de l'origine des troubles psychiques qui freinaient sa propre évolution comme celle de ses patients, Freud a incontestablement fait preuve de cette insatisfaction profonde et de cette auto-révolte qui spécifient et initient la démarche spiritualiste, même lorsqu'elle n'est pas encadrée par une Tradition.

Bien sûr, il n'a jamais osé franchir la frontière de l'investigation biographique, pour entrer dans l'univers transpersonnel et accomplir une réelle connaissance du Soi universel, mais le déblayage psychique auquel il s'est livré en inventant la psychanalyse peut tout à fait être considéré comme un cheminement pré-spirituel, une purification préparatoire.
La réalisation spirituelle n'est que la conséquence d'un affranchissement des limitations mentales, et des illusions pathologiques qu'elles entraînent. Les spiritualistes du monde entier parlent de délivrance, les Hindouistes de libération, les Bouddhistes de Nirvana, ce qui signifie extinction, tous termes négatifs impliquant non pas la création d'un état idéal ou l'atteinte d'un paradis, mais bien la sortie de l'enfer du pathos grâce à la dissipation des imprégnations psychiques, conscientes et inconscientes, qui sont autant d'infrastructures d'un moi illusoire et pathologique auquel on s'identifie à tort. En somme, l'Éveil est réalisé lorsque le psychisme est nettoyé.

La démarche de Freud, bien qu'incomplète, entre donc dans le cadre de ce travail de connaissance de soi et de libération des entraves psychiques, qui sont depuis toujours le propre des humanoïdes humanisés. Or, ce travail peut indifféremment être relié à la spiritualité ou à la science ; et il faut sans doute nous attendre à ce que les nouvelles formes de spiritualité, qui prendront naissance ces prochains siècles après le raz de marée passéiste de l'intégrisme, aient une coloration plus scientifique que mystique.
A cet égard, Swami Prajnânpad a indéniablement fait figure de pionnier.


Science et spiritualité, même combat ! 


Pour Prajnânpad, la science et la spiritualité n'ont qu'un but: «voir ce qui est». Rien d'étonnant donc, à ce que le Swami se soit intéressé au fondateur d'une science dont l'objet était de «voir ce qui se passe en l'homme». Rien d'étonnant, même, à ce qu'il ait préféré Freud à Jung, dans la mesure où Jung faisait en grande partie appel à un ésotérisme flou et non-scientifique, pour expliquer le fonctionnement du psychisme. Le chemin du Swami passe par la clarté et l'exactitude, il veut s'appuyer sur les bases solides d'une logique bien construite et surtout d'un constat défaits bien établis. Aussi, lorsque Freud démontre que les troubles émotionnels et les perturbations comportementales sont les effets de causes passées, Prajnânpad ne peut qu'adhérer à cette vision scientifique dans laquelle il voit un espoir pour l'Inde de se débarrasser de ces superstitions qui prétendaient expliquer la souffrance humaine par l'intervention, extérieure, des démons ou du destin. Mais s'il oppose la science à la superstition, Swamiji ne l'oppose nullement à la spiritualité ; et il ne peut s'empêcher de faire la relation entre la thèse de Freud et la théorie traditionnelle du Karma qui annonçait, depuis des millénaires, la nécessité de se libérer des actions passées, du Karma, pour déchirer le voile de l'illusion, la Maya, et réaliser l'Eveil.

Pour Freud aussi, l'homme est illusionné, aveuglé, par des forces intérieures, en l'occurrence émotionnelles, dont il ne connaît pas l'origine mais qui n'en sont pas moins liées à la loi de causalité, donc susceptibles d'investigations. Pour Freud aussi, la révélation intime des causes des troubles émotionnels est une condition nécessaire et suffisante pour se libérer du passé et déchirer, tout au moins partiellement, le voile de l'inconscient.


Il apparaît donc, finalement, on ne peut plus normal que Prajnânpad ait considéré la psychanalyse comme une science permettant «d'assurer le passage d'une conscience bloquée vers une conscience épanouie». Cette psychanalyse confirmait scientifiquement, à ses yeux, ce que le Védantisme n'avait jamais cessé d'affirmer : «ce qui a été noué dans le passé peut être dénoué dans le présent».

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