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dimanche 13 septembre 2026

Ne pas savoir

 

🌱 Graines de conscience

« Si nous savions ce que nous ne savons pas ! »
« Dieu, nul ne l’a jamais vu »
Le Réel, nul ne l’a jamais vu, nous ne connaissons que les réalités visibles qui le manifestent.
La Vie, nul ne l’a jamais vue, mais nous ne connaissons que les atomes, les cellules, la biologie qui l’incarnent.
La Conscience, nul ne l’a jamais vue.
Nous ne connaissons que les organes, les pensées et les images qui témoignent de son existence.
L’Amour, nul ne l’a jamais vu.
Nous ne connaissons que les désirs, les émotions et les sentiments qu’il éveille dans nos corps.
Dieu n’est pas à portée de main ou de concept, à moins que notre main et notre cerveau, soient capables de saisir l’espace ou la lumière…
Pourtant, Dieu est à portée de souffle, si nous respirions un peu plus profondément…
Mais le souffle « nous ne savons ni d’où il vient, ni où il va ».
Ni d’où vient l’inspir, ni où va l’expir, c’est pourtant de là que nous venons, et c’est là où nous allons.
Savoir que nous ne savons pas ne devrait pas nous empêcher d’écouter. Au contraire, cela pourrait redoubler notre attention, si ce n’est notre étonnement…
Le souffle (pneuma) et avec Lui la vie, la conscience, l’amour… nous est donné à chaque instant…
Si nous savions ce que nous ne pouvons pas savoir !
« Si tu savais le don de Dieu », disait-Il…
Jean Yves Leloup, septembre 2026
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jeudi 6 août 2026

Le système le plus difficile à voir



Le plus grand piège que nous tend l'ego est de nous faire croire que nous n'avons plus d'ego.
Je crois qu'il existe un piège très proche: le plus grand piège que nous tend un système est de nous faire croire que nous n'avons plus de système.
Toutes les grandes traditions proposent une manière de comprendre le monde.
Le taoïsme, le bouddhisme, l'hindouisme, le soufisme ou le christianisme en sont des exemples.
Les grandes philosophies occidentales, la psychologie, la psychanalyse ou les sciences cognitives également.
Chacune possède son langage, ses présupposés, ses outils et sa façon d'interpréter l'expérience humaine.
Cela n'a rien de problématique.
Nous ne pensons jamais dans le vide. Nous avons besoin de repères pour comprendre ce que nous vivons. Un système est d'abord une carte. Comme toute carte, il simplifie le territoire afin de le rendre lisible.
Depuis quelques années pourtant, un autre discours s'est largement développé dans la néo spiritualité. Il affirme qu'il faudrait abandonner toutes les traditions, toutes les méthodes et tous les enseignements pour revenir à la simple expérience de la vie.
L'intention est certainement louable, mais elle a un angle mort important.
Car à partir du moment où une idée prétend expliquer toutes les autres, elle cesse d'être une simple idée. Elle devient une grille de lecture du monde. Autrement dit, un système.
Le paradoxe est là.
Plus un système devient invisible pour celui ou celle qui le porte, plus il exerce d'influence sur sa manière de penser. Non parce qu'il serait plus juste, mais parce qu'il n'est plus perçu comme une interprétation. Il devient une évidence.
C'est probablement ce qui rend les systèmes invisibles plus difficiles à remettre en question que les systèmes assumés.
Une tradition vivante (je précise) qui connaît ses limites accepte d'être discutée. Elle sait que ses concepts sont des outils, pas la réalité elle-même. Elle peut donc évoluer, se corriger, parfois même abandonner certaines de ses formulations.
Lorsqu'un système se présente comme une simple absence de système, cette possibilité disparaît presque entièrement.
Nous avons tous un système de lecture du monde et il est obligatoire pour ne pas sombrer dans la folie : nos expériences doivent pouvoir être interprétées de manière à les rendre cohérentes et intelligibles.
La question n'est donc pas de savoir si nous en avons un ou pas.
La question est plutôt de savoir si nous sommes encore capables de le voir.
Car un système que nous reconnaissons peut évoluer, tandis qu'un système que nous croyons avoir dépassé cesse souvent d'être remis en question et se fige.
Or le vivant ne va jamais dans la direction d'une fixation...
Bonne réflexion et pratique.
Fabrice Jordan

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mardi 21 juillet 2026

L’enfer c’est l’enfermement

 "L’enfer c’est l’enfermement " Jean Yves Leloup

« Chacun a à devenir ce qu’il est. L’homme n’est pas un être, il est un peut-être, un champ de possibilités. 

Tout serait-il donc possible ? L’être humain est un mélange de nature et d’aventure. 

Avec de l‘argile comme avec du marbre, on peut faire un pot de chambre ou une vénus de Milo. Tout dépend de l’orientation que l’on donne à ses déterminismes. 

Aujourd’hui, deux modes de vie sont possibles : consommer ou communier. 

Comme au Paradis, je peux communier avec l’Être à travers les êtres, un paysage, un visage. Ou alors je peux tomber dans un état de consommation de l’autre, de la terre, de la matière. 

Et qui dit consommer, dit consumer. 

Mais alors, comment retrouver, au-delà de la consommation, la communion ? 

En réalisant que l‘important n’est pas la quantité, mais la qualité par laquelle on communie avec l’Être. Et cela suppose que les choses ne soient plus des idoles que l’on accumule. Se nourrir, faire une rencontre, apprendre quelque chose, deviennent ainsi de précieux moments de communion avec la vie. 

Arrive un moment où l’on en a marre de consommer et où l’on revient à l‘essentiel. On mange moins de nourriture mais on la savoure. On a moins de relations, mais on les approfondit. C’est là qu’on se rend compte que l‘on est plus riche de ce que l’on donne que de ce que l’on a.

Lorsqu’on entre dans cet état de reliance à la vie, il arrive que des signes viennent nous guider. L’invisible englobe le visible. Ces signes prouvent que la lumière est là. La sagesse n’est ainsi pas seulement théorique, mais sensorielle. 

Rien ne sert d’accumuler les livres, une seule citation peut suffire à communier avec la pensée de l’auteur… Et peut-être même à entrevoir le paradis ! »

Jean Yves Leloup

Revue Inexploré – N°31 – Jean-Yves Leloup, né en 1950 à Angers, est un théologien, essayiste, traducteur du grec, de l’hébreu et du copte. Prêtre français, dominicain puis orthodoxe, il est l’auteur de plus de quatre-vingt-dix ouvrages traitant essentiellement de spiritualité chrétienne


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vendredi 29 mai 2026

Pour mieux connaître Swami Prajnanpad


Je vous conseille cette vidéo avec Yann le Boucher qui prend le temps de présenter la vie de ce grand maître qu'était Swami Prajananpad.

 


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mercredi 29 avril 2026

Vous n'êtes pas libres


"La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres 
de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si

tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion :je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion

pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90

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vendredi 24 avril 2026

Tao ?

 Dans le Tao Te King, Lao-Tseu ne donne pas une définition figée du Tao, car il affirme d'emblée que le Tao ne peut pas être défini par le langage. Il le décrit plutôt par ses attributs, sa fonction et ses manifestations paradoxales.


Voici les traits essentiels qui caractérisent le Tao dans le texte :
1. L'inexprimable (L'Absolu)
​Le Tao est situé au-delà des mots et des concepts. Dès le premier chapitre, Lao-Tseu explique que si l'on peut nommer une chose, on limite sa nature. Le "Tao éternel" est une réalité fluide, sans forme et indescriptible.
​2. La Source (L'Origine)
​Le Tao est le principe créateur, la matrice qui précède l'univers.
​Le Vide primordial : Il est souvent décrit comme un vide qui n'est pas "rien", mais une potentialité infinie.
​La Mère de toutes choses : Il est l'unité dont découle la multiplicité du monde (le ciel, la terre et les dix mille êtres).
​3. Le Non-Agir (Wu Wei)
​Le Tao n'agit pas de manière volontaire ou forcée. Il est le modèle de l'action sans effort :
​Spontanéité : Le Tao agit en se laissant être. Il ne force rien, il laisse chaque chose suivre sa propre nature.
​Souplesse : Dans les chapitres 76 et 78, Lao-Tseu compare le Tao à l'eau. L'eau est molle et faible en apparence, mais elle est capable de venir à bout de ce qui est dur et fort. Le Tao triomphe par la douceur.
4. L'impartialité (L'Indifférence bienveillante)
​Le Tao ne possède pas de moralité humaine ou de préférence. Le chapitre 5 le dit explicitement :
​« Le ciel et la terre ne sont pas humains ; ils traitent les dix mille êtres comme des chiens de paille. »
​Cela signifie que le Tao est parfaitement impartial. Il soutient la vie sans s'attacher aux résultats, sans juger, et sans posséder ce qu'il crée.
​5. Les caractéristiques paradoxales
​Lao-Tseu utilise souvent des paradoxes pour aider l'esprit à concevoir le Tao :
​Il est "le plus grand" tout en étant "le plus infime".
​Il est "invisible", "inaudible" et "insaisissable".
​Il est le "retour" : tout ce qui est en mouvement finit par revenir à sa source, le Tao.
En résumé :
Le Tao est une loi naturelle, un flux ou une dynamique universelle. C'est le chemin de la simplicité et du retour à l'état originel, où l'individu, en harmonie avec ce flux, n'essaie plus de dominer le monde mais s'y intègre parfaitement.

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source : article FB

dimanche 19 avril 2026

Choisir

 LA SPIRITUALITÉ NE NOUS ÉPARGNE PAS. ELLE NOUS APPREND À CHOISIR

Il y a une attente sourde chez beaucoup de cheminants spirituels : que comprendre suffise à alléger. Que voir les choses clairement permette de ne plus les subir. Que l'éveil soit une sorte de sortie de secours.
Mais ce qui se passe est plus étrange et plus exigeant.
La pratique ne désamorce pas les obstacles.
Elle modifie le terrain sur lequel on les rencontre. Et progressivement, elle rend visible quelque chose qu'on préférait ne pas voir : une grande partie de nos souffrances ne nous tombent pas dessus. Nous les reconduisons.
Pas par masochisme. Par habitude. Par familiarité avec ce qui nous épuise.
Il y a des difficultés qui ne mènent nulle part. Les disputes qu'on rejoue pour ne pas affronter quelque chose de plus profond.
Les liens qu'on maintient parce que les rompre engendrerait des conséquences, souvent supposées, que nous ne sommes pas prêts à assumer.
Les résistances qu'on appelle des principes. On s'y abîme, mais elles ont la forme rassurante du connu.
Et les autres difficultés. Celles qui demandent quelque chose de réel : un renoncement, un positionnement, une rupture avec une image de nous-mêmes. Elles ne sont pas douces. Souvent, elles sont bien plus déstabilisantes que les premières. Mais elles ont une orientation. Quelque chose se transforme pour de bon dans celui ou celle qui les traverse.
La tradition taoïste parlerait ici de 辨 (biàn) — le discernement, la capacité à distinguer. Non pas le bien du mal, mais le fécond du stérile. Ce qui nourrit le mouvement, le vivant en nous, de ce qui l'entrave sous des apparences de profondeur.
Ce déplacement-là ne se fait pas une fois pour toutes. Il se refait, à chaque carrefour.
Choisir l'inconfort qui structure plutôt que celui qui disperse.
Tenir une direction même quand elle coûte.
Cesser de spiritualiser ou de rationaliser ce qui demande simplement du... courage.
Le critère change. Ce n'est plus "est-ce difficile ?", parce que de toute façon, tout finit par l'être.
C'est "est-ce que cette difficulté nous engage dans quelque chose de vivant ?". Ou à minima, fait à nouveau renaître une étincelle?
La spiritualité ne simplifie pas la vie, au contraire.
Elle nous rend simplement moins disponibles pour ce qui nous consume sans nous nourrir.
Et après de nombreuses années de pratiques, souvent plusieurs dizaines, plus disponibles du tout pour autre chose que ce qui nous nourrit, tout en servant l'ensemble, et l'indicible.
Fabrice Jordan

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mardi 7 avril 2026

Subir l'expérience

 Q : Qu'en est-il de la douleur physique ? Et de la souffrance ? 


Mooji : Tout est grâce. Si vous aviez vraiment le libre arbitre et le pouvoir de façonner votre destin, de créer votre vie idéale, vous laisseriez probablement de côté tous les inconforts, tout ce qui défie votre ego, tout ce qui expose vos sentiments de culpabilité ou de honte et tout ce qui menace vos attachements. Vous excluriez tous ces éléments et les remplaceriez par des expériences à saveur de chocolat.

Mais quel que soit votre effort pour construire et sécuriser une vie qui satisfasse vos projections, vous échoueriez toujours à égaler, en qualité et en bon augure, la vie qui se déroule sans intention humaine.

Un homme a dit un jour à Sri Nisargadatta : "Maharaj, vos paroles résonnent profondément dans mon cœur. Je sens leur pouvoir et je sais qu'elles sont vraies. Mais si je dois être honnête en décrivant mon expérience, je dois admettre que tout au long de ma vie, j'ai ressenti continuellement de la souffrance..."

Et Maharaj répondit : "Non, ce n'est pas vrai. Vous ne faites pas l'expérience de la souffrance, vous souffrez parce que vous subissez votre expérience."

Vous souffrez parce que vous n'acceptez pas votre expérience.

Quand vous ne souffrez qu'à moitié, vous pouvez l'endurer. 

Mais si vous souffrez totalement votre souffrance, elle vous laisse tomber.

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dimanche 15 mars 2026

Une autre réalité ?

 "Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est"...

Q : Dans un entretien, tu disais que tu te trouvais dans un voyage sans fin, que le cœur est un abîme sans fond et que dans notre essence, on pouvait mourir toujours plus. Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas d'éveil définitif où l'on arrête de souffrir et que l'on voit le monde depuis sa vraie beauté ?


Nathalie Delay : On ne pourra jamais simplement effacer la souffrance. Mais mourir toujours plus veut dire se dissoudre dans un "Je ne sais pas". Tout ce que la vie nous montre, c'est exactement ce dont nous avons besoin pour nous libérer des illusions qui nous rendent malheureux. Nous mourons à la vue du mensonge que pour être heureux, nous aurions besoin d'autre chose que ce qui est déjà là. Cette mort permanente de la personne doit avoir lieu au niveau cellulaire. Il s'agit au final d'une déprogrammation du cerveau. La mort de la personne est synonyme de la reconnaissance que tu es l'Absolu. Cette reconnaissance est sans fin, car l'Absolu est sans fin. 

Tu ne vas jamais pouvoir dire : "Maintenant je l'ai". S'éveiller signifie ouvrir une porte – mais le voyage sans fin ne fera que commencer. Ce n'est pas le chemin d'une personne, mais un mouvement vers l'Absolu.

Q : Dans différents enseignements et livres spirituels, il est dit que nous les humains pourrions et devrions devenir des créateurs. Est-ce à l'opposé de ce que tu enseignes – notamment de simplement écouter et d'aller d'instant en instant avec la vie, comme elle se montre, sans résister ?

N.D. : Quand tu ouvres la porte vers l'Absolu, tu te rends compte qu'il n'y a pas une personne qui pourrait créer quelque chose. Il y a seulement un seul créateur – tu peux l'appeler comme tu veux : Conscience, Shiva, Dieu, Amour. Le plus tu te libères de l'idée d'être quelqu'un, le plus ce créateur universel peut se montrer à travers toi. Alors tu fais l'expérience que quelque chose te pénètre, quelque chose qui incarne cet aspect universel et créateur. Le plus tu te libères de toi-même, le plus la création peut se déployer en toute beauté à travers toi.

Q : Tu as suivi la voie de l'illumination quand tu étais pleinement dans la vie : tu étais dans une relation, tu avais une fille et un métier exigeant dans le domaine publicitaire. Comment as-tu trouvé le temps pour la pratique de la méditation ?

N.D. : Dans mon quotidien, il n'y avait pratiquement pas de temps pour une pratique formelle. Il y a eu une période où je voulais quitter ma fille, pour me retirer et me consacrer à une voie spirituelle – mais mon maître me l'a strictement interdit. Il disait que ma fille et mon quotidien étaient ma pratique. Alors j'ai fait 30, 40 fois par jour une micro-pratique : arrêter, prendre quelques respirations conscientes, sentir le sol sous les pieds et le ciel sur la tête. Les exigences du quotidien étaient des maîtres inexorables. 

Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est. Dès que je peux arrêter de me battre contre la réalité, je suis libre. Nous cherchons l'illumination dans le dernier recoin de l'Himalaya, alors qu'elle nous attend dans notre propre cuisine.

~ Nathalie Delay 

Extrait d'un entretien paru dans la revue "Yoga Aktuell", édition 2/2017

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samedi 28 février 2026

Sur le chemin avec le Ckeikh Bentounes...

  La série "Sur les Routes Spirituelles" part à la rencontre de traditions spirituelles authentiques toujours vivantes.  Les trois épisodes du chapitre 4 sont consacrés au soufisme tel que transmis pas le Cheikh Bentounes, guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya.

Pour voir la vidéo, c'est ici


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vendredi 27 février 2026

Qualité du Tout


 Ne vous attardez pas sur les défauts des autres, mais efforcez-vous de découvrir leurs qualités, en vous rappelant que c'est votre façon de voir les choses, en particulier le fait de critiquer les gens, qui vous cause de la souffrance.

Toutes ces difficultés sont dues à votre propre karma. Dans la création divine, les conséquences de nos actions doivent être vécues dans le plaisir et la souffrance jusqu'au moindre détail. 

Tout est Sa volonté. 

Vous devrez trouver la Vérité !

Gardez toujours à l'esprit que vous devez épuiser tout karma, et qu'Il vous purifie ainsi pour vous rendre digne de vous unir à Lui.

~ Anandamayi Ma

Kedernath Swami, An introduction to Anandamayi Ma's Philosophy of Absolute Cognition, page 81, Quotes from from Ma.

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vendredi 13 février 2026

Quand rien ne transforme

 On entend souvent dire que l’Orient valorise l’efficacité tandis que l’Occident cherche la vérité. La formule est séduisante, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle est simplifiée et récupérée par la néo-spiritualité contemporaine. Car si tout ce qui « fonctionne » devient vrai, alors plus rien ne sert de repère. Et sans repère, il n’y a pas de transformation durable.

Dans une grande partie de la pensée chinoise classique, la validité d’un enseignement ne se mesure pas à sa capacité à décrire une réalité abstraite, mais à sa justesse dans le réel. Est juste ce qui régule, harmonise, restaure l’équilibre, permet à la vie de circuler. Un modèle médical est valide s’il soigne. Une pratique est juste si elle aligne l’être avec le Dao. La vérité y est relationnelle, opératoire, incarnée.

L’Occident, depuis la Grèce antique, a privilégié une autre approche : la vérité comme adéquation entre l’intellect et le réel. Un énoncé est vrai s’il correspond objectivement à ce qui est. Cette quête a rendu possible la science moderne, le droit, la logique formelle. Elle a aussi installé l’idée qu’un système peut être évalué indépendamment de son utilité.

Dans les voies spirituelles, cependant, ces deux approches se rencontrent et se transforment. L’efficacité d’un chemin ne dépend pas nécessairement de sa vérité ontologique, mais de sa cohérence interne, de sa puissance symbolique et de l’engagement du pratiquant.

Un système cohérent structure le sens, stabilise l’esprit, aligne le comportement, permet l’intégration somatique et émotionnelle. Ce n’est pas la « véracité » du modèle qui transforme, mais la relation vivante que l’on entretient avec lui.

Les recherches en psychologie et en neurosciences confirment aujourd’hui ces mécanismes. Le cerveau humain n’est pas un simple organe d’enregistrement du réel : il construit en permanence des modèles pour orienter l’action. Un cadre symbolique cohérent réduit l’incertitude, apaise le système nerveux et favorise la régulation émotionnelle.

La répétition de pratiques structurées renforce les circuits neuronaux par neuroplasticité. L’engagement et la croyance augmentent la motivation, la persévérance et même les effets psychosomatiques mesurables. Autrement dit, un système peut produire des transformations réelles sans pour autant décrire littéralement la réalité.

C’est ici que surgit le piège majeur de la néo-spiritualité. À force de puiser dans toutes les traditions, de juxtaposer pratiques, concepts et rituels sans cadre unificateur, la cohérence disparaît. Le sensationnel remplace la structure. L’intensité émotionnelle tient lieu de profondeur. On confond expérience forte et transformation réelle.

Picorer dans toutes les assiettes spirituelles donne l’illusion d'ouverture et de liberté, mais produit souvent l’effet inverse : dispersion, instabilité, dépendance aux nouveautés. Sans cohérence, il n’y a ni intégration, ni maturation, ni incarnation. Le pratiquant devient collectionneur d’expériences plutôt qu’artisan de sa propre transformation.

Un système spirituel transforme lorsqu’il crée une continuité, lorsqu’il organise le sens, lorsqu’il permet au corps, à l’esprit et à la conduite de converger. L’efficacité véritable n’est pas l’intensité d’un moment, mais la qualité d’un processus. Elle se mesure à la stabilité, à la lucidité accrue, à la capacité d’agir avec justesse dans le réel.

À l’inverse, l’efficacité apparente peut provenir de mécanismes moins nobles : effet de groupe, suggestion, dépendance affective, fascination pour l’exotisme, fuite de soi. Ce qui produit un soulagement immédiat n’est pas toujours ce qui libère. Ce qui impressionne n’est pas toujours ce qui transforme.

La véritable question n’est donc pas de savoir si un système est « vrai » au sens occidental, ni s’il est simplement « efficace » au sens utilitaire. Elle est de discerner s’il est cohérent, intégrable, et s’il conduit à plus de liberté intérieure plutôt qu’à plus de dépendance.

Dans un monde saturé d’offres spirituelles, la maturité consiste peut-être à renoncer à tout expérimenter pour enfin habiter un chemin, et surtout, habiter enfin sa propre vie. 

Car lorsque tout est possible, rien ne s’approfondit. Et lorsque rien ne s’approfondit, rien ne transforme.

Fabrice Jordan

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dimanche 25 janvier 2026

Tragédie et joie



Il existe une manière d’habiter le monde qui ne cherche ni à fuir le tragique, ni à le résoudre.
Une manière de se tenir, simplement, au croisement de deux axes : la verticalité et l’horizontalité.
C’est souvent à travers le symbole de la croix que cette posture peut être pensée — non comme instrument de souffrance, mais comme lieu de tenue, de tension assumée entre l’intériorité et l’existence concrète.
Habiter cette croix, ce n’est pas choisir entre la tragédie et la joie. C’est accepter de tenir les deux ensemble.
Non pas une joie naïve, consolatrice ou euphorique, mais une joie capable de supporter le tragique, de ne pas s’en détourner, de ne pas l’effacer.
Une joie qui ne nie rien, mais qui permet néanmoins de rester vivant.
Dans cette perspective, l’intériorité n’est pas un repli. Elle n’est pas une fermeture sur soi.
Elle est profondeur respirée, verticalité du souffle. Plus le souffle descend, plus il ouvre un espace habitable, relié au monde.
L’horizontalité, elle, est le plan de l’existence : le corps, la relation, l’exposition, la vulnérabilité.
L’une sans l’autre devient soit fuite, soit dispersion. La tenue humaine naît de leur croisement.
Cette compréhension rejoint une anthropologie très ancienne : celle de l’humain façonné à partir de l’humus, de la matière, de l’argile, et animé par un souffle.
L’humain n’est ni pur esprit ni simple matière.
Il est pâte vivante, fragile, altérable, et pourtant habitée. C’est peut-être pour cela que la pâte humaine demeure un lieu de sens si fort. Non pas comme objet d’idéalisation, mais comme réalité incarnée.
Le corps humain, dans cette lecture, n’est pas à aimer parce qu’il est intact ou performant, mais parce qu’il est habité, vulnérable, traversé par la vie. Même — et surtout — lorsqu’il est blessé, marqué, ou défait.
Cette posture ne nie pas les mouvements premiers de rejet, de peur ou d’aversion.
Elle ne prétend pas être pure.
Mais elle affirme qu’un autre mouvement est possible : celui de la présence, lorsque l’on accepte de se tenir intérieurement, de faire face, et de se laisser affecter sans vouloir réparer, corriger ou sauver.
À cet endroit précis, quelque chose peut advenir :
non pas une morale,
non pas une explication,
mais une joie grave, discrète, presque silencieuse.
Une joie de la rencontre humaine, telle qu’elle est, sans écran.
Cette manière d’habiter le monde se reconnaît souvent dans des formes simples :
la nudité d’un arbre en hiver, dont les branches racontent une histoire sans mots ;
la finesse d’une graminée, fragile, petite, presque invisible, et pourtant parfaitement accordée à son environnement.
Toujours sur fond de ciel.
Toujours sur fond de silence.
Rien de spectaculaire.
Ces formes ne disent rien.
Elles ne promettent rien.
Elles se tiennent.
Et peut-être est-ce là une vocation profondément humaine : apprendre à tenir dans la fragilité, dans la blessure, dans le tragique, sans perdre pour autant la capacité de joie.
Non pas une joie qui vient après,
mais une joie qui se tient au cœur même de ce qui fait mal.

Kabbalah Vitrail
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dimanche 30 novembre 2025

Vivre l'Avent

 


Un ami confie avoir trouvé chez lui des punaises de lit et nous voilà taraudé par l’impression qu’elles se cachent partout : dans les trains, notre matelas, les salles de cinéma. La moindre micro tache brune nous fait bondir, suspicieux… au point même d’être pris par des démangeaisons ! Pourtant, ces insectes n’envahissent pas le monde : c’est seulement notre attention qui s’affole.

De la même manière, si quelqu’un s’adresse à nous en employant un mot inattendu, jusqu’alors inconnu, il se grave dans notre esprit, on se surprend à l’entendre partout et, pour finir, à l’utiliser soi-même… Les algorithmes des réseaux sociaux amplifient ce phénomène : il suffit de s’arrêter quelques secondes sur une image de canapé, pour que la toile tout entière nous inonde de publicités pour des fauteuils semblant plus confortables les uns que les autres. Il semble alors que le monde s’est transformé en gigantesque entreprise de sofas !

Le syndrome Baader-Meinhof

Ce phénomène, les psychologues l’appellent le syndrome Baader-Meinhof, ou l’illusion de fréquence. Il désigne cette impression que tout à coup, un mot, une idée ou une chose deviennent omniprésents, simplement parce que notre cerveau a décidé d’y prêter attention. Avant, nous ne voyions rien ; maintenant, nous ne voyons plus que cela. Qu’est ce qui a changé ? En réalité, rien. Seulement notre attention sélective qui s’est activée. Le regard s’est ouvert.

Ce phénomène m’évoque quelque chose de la vie intérieure. Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que notre attention le filtre. Ce qui devient signifiant pour nous se met à éclairer tout le reste. Lorsqu’une expérience, une émotion ou une rencontre nous marque, elle ouvre en nous une sensibilité nouvelle.

Et soudainement, nous repérons mille signes que nous n’aurions jamais vus auparavant. Le monde semble se mettre à parler autrement. Les événements trouvent un nouveau sens. Nous nous ouvrons à une nouvelle lecture de la vie. La peur nous a marqués ? Tout devient menaçant. Nous cultivons la gratitude ? Tout devient occasion de bénédictions. Nous découvrons que nous sommes aimés ? Tous les êtres deviennent des candidats à notre amour.

Quand une Parole de Dieu ou un appel intérieur deviennent notre « trésor », notre regard se met à en percevoir les signes partout. Dieu ne « parle » pourtant pas plus qu’avant, mais nous devenons capables d’écouter, jusqu’à nous dire : « il y a là, dans ce qui advient, quelque chose de lui pour moi ». Mystère de la foi : notre cœur s’accorde à sa fréquence.

Se réjouir des étoiles qui s’allument

L’Avent qui débute ces jours-ci nous place dans cette dynamique du syndrome Baader-Meinhof ! Le Christ vient, certes – mais, il ne vient pas plus qu’avant puisqu’il est déjà là.

Vivre l’Avent, ne consiste pas à chercher frénétiquement à en faire plus, mais plutôt à vivre dans le désir de tout voir autrement. Il s’agit tout simplement de laisser l’Esprit de Dieu éveiller nos regards, comme on ajuste la focale d’un appareil photo pour que l’image devienne nette. Alors le monde devient tout autre, transparent à la divine présence : les événements se découvrent tels des passages de Dieu dans notre histoire. C’est ce qu’a vécu Marie, la mère de Jésus : elle a un jour entendu dans l’histoire du peuple d’Israël un passage de Dieu. Et tout est devenu pour elle passage de Dieu dans sa propre existence.

Ainsi, il est temps en cet Avent de ne plus se laisser tromper par des punaises fantasmatiques, mais plutôt de se réjouir des étoiles qui s’allument. De découvrir cette épidémie de présence de ce Dieu que l’on croyait rare et qui pourtant se niche déjà dans le secret du quotidien.

Raphaël Buyse


Source : La Vie magazine
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mardi 28 octobre 2025

Plantes en modèle

 


"Ce coin de jardin, à l'abri de tout, n'est-il pas merveilleux ? La silhouette des lotus, si attirante, le gazouillis des loriots si agréable ? Apparemment, tous les êtres jouissent du bonheur d'être là. Il n'y a rien à en dire.

Et les hommes, dans quel but sont-ils venus sur Terre ? Que ne connaissent-ils la même lenteur, la même confiance et le même bonheur de vivre que les plantes",

François Cheng, L'éternité n'est pas de trop,

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samedi 25 octobre 2025

Transmission


"Qu'aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu'ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C'est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons.
Ce qu'en revanche nous pouvons leur léguer, c'est une source d'inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l'évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci."

Jigme Khyentse Rinpoche (b. 1964)
Transmis par Matthieu Ricard
📷 : Petite fille de la région de Denkhok, Tibet oriental, avec son oncle, un ermite qui a passé douze ans en retraite. 2003

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dimanche 7 septembre 2025

Lignes libres


 Les urbanistes de ce nouveau quartier ont pensé à tout : des immeubles bas et élégants, des arbres qui manquent tant à nos villes, des pelouses gazonnées, des bancs et des chemins pavés qui serpentent entre les édifices. Seulement voilà, les habitants de ce quartier n’empruntent pas ces chemins : en témoignent les nombreux sentiers diagonaux, tracés par les piétons sur les pelouses fraîchement semées : on les appelle des « lignes de désir ».

Tout comme les alternatives aux sentiers de grande randonnée, tracées par les marcheurs eux-mêmes, par érosion, au fil de leur piétinement. Les gardes-champêtres disent que 15 passages suffisent à faire apparaître une nouvelle piste qui attire alors d’autres promeneurs.

Ces « lignes de désir » traversent parfois des secteurs sauvages et sensibles ; elles peuvent menacer, si on n’y prend pas garde, la flore, la faune et la sécurité des lieux. Elles naissent quand les chemins officiels sont indirects, biscornus, difficiles ou même inexistants. Mais il arrive aussi qu’elles offrent des points de vue nouveaux ou des itinéraires plus attrayants que les passages officiels, sans compter le sentiment d’une certaine liberté.

Jésus, un marcheur libre

S’il n’est pas rare que les administrations cherchent à bloquer la création de ces lignes de désir en posant des clôtures, en plantant des végétaux feuillus ou en édictant par des panneaux de signalisation « Passage interdit » ou « Restez sur le chemin », il arrive qu’elles aient l’intelligence d’observer ces empreintes inattendues et d’intégrer ces marques tracées par le commun des mortels dans leur plan de mobilité officiel.

En pensant à ces « lignes de désir », à ceux qui les ouvrent comme à ceux qui les empruntent, j’ai dans le cœur l’image de Jésus qui allait et venait sur l’esplanade du Temple de Jérusalem et « allait son chemin », en marcheur libre, dans les campagnes de Galilée, au point même d’enfreindre les règles établies par les religieux de son époque en traversant la Samarie, ce qui « ne se fait pas ! »

« On vous a dit », aimait-il dire, et « Moi, je vous dis ». Sa ligne de désir était bien autre chose qu’un acte de désobéissance. Elle prenait source dans l’existant religieux de la grande tradition, mais elle incarnait une forme de réappropriation de la foi d’Israël par le croyant qu’il était. Loin d’être une infraction, elle exprimait sa fine intelligence spirituelle, son accueil de la vie des femmes et des hommes qu’il rencontrait et un « sacré » bon sens.

C’est bien parce qu’il suivait sa ligne de désir, de parabole en guérison, de table en puits, de désert en village, qu’il a rendu bien plus humains tous ceux qu’il rencontrait. Il disait du berger qu’il était qu’il venait ouvrir les portes des enclos pour que les brebis puissent « aller et venir » et trouver de la vie dans les verts pâturages.

Quand arrive la rentrée de septembre, il est bon de repérer les lignes de désir tracées par des hommes et des femmes de bonne volonté, dans notre société comme dans notre Église ; plus particulièrement par les sans-voix et les gens de peu. Elles ouvrent des voies nouvelles, souvent prometteuses. Elles nous invitent à ne jamais nous en tenir aux sentiers délimités, mais à nous autoriser du neuf, en préférant toujours la liberté aux conformismes de tout poil.

Sans nouveauté, on ne s’en sortira pas.

Septembre : il ne s’agit pas de reprendre ou de refaire.

Et tant pis pour nos plans. Et tant mieux pour la vie.

Il s’agit de commencer. 

Raphaël Buyse

(source : La Vie)

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