samedi 30 avril 2016

Pâquerettes en paquets...



Dans le langage des fleurs, elle signifie innocence et attachement. 
Fleurs et feuilles de Bellis perennis sont comestibles : avec une salade verte ou de fruits, dans un potage, ou, encore, les boutons floraux confits façon câpre... 

Dans le langage des fleurs, elle signifie innocence et attachement. La pâquerette est connue pour ses propriétés médicinales...

Propriétés de la pâquerette 
Les fleurs et les feuilles séchées de la pâquerette à l’ombre sont astringentes et désinfectantes. En cas de grippe, de rhumatismes, de bronchites, les préparer en infusion à boire entre les repas, 3 fois par jour. 
On peut également se servir des fleurs et feuilles fraîches. 

Usage externe 
Fleurs et feuilles sont utiles dans les inflammations de la bouche et de la gorge. Les préparer en décoction : une petite poignée dans ½ l d’eau, bouillir quelques minutes, laisser refroidir et passer. 

A employer en gargarismes ou en bains de bouche. A utiliser aussi en cataplasmes contre les courbatures, les torticolis. 

Une infusion de pâquerettes (fleurs et feuilles) peut être versée dans l’eau du bain ; elle agit alors comme tonifiant. 

Contre les migraines, on préconise aussi des compresses de fleurs de pâquerettes broyées. 

L’huile de pâquerette (macérat) est raffermissante; s'en servir pour le corps et pour le visage. (Remplir à moitié un petit bocal de feuilles et de fleurs; ajouter de l'huile de tournesol 1ère pression à froid ou de l'huile d'olive 1ère pression à froid. Laisser macérer au soleil un mois. Filtrer et mettre en petits flacons.).



vendredi 29 avril 2016

Te savoir en vie...


"Tu es celle par qui me vient le goût profond de vivre. Il ne faut pas craindre une telle phrase. Elle ne t'engage en rien. Le don que tu me fais est un vrai don - impossible à reprendre. 
Le bonheur c'est de te savoir en vie, et que cette vie passe au plus loin de moi n'importe pas. Au début, j'ai cru que tu étais le monde entier. 
Je l'ai cru d'une croyance enfantine et sans doute nécessaire. 
Aujourd'hui je n'attends rien de toi. Je voudrais seulement que la vie te soit douce et que tu ne meures jamais." 

C. Bobin.
"L’éloignement du monde" 


jeudi 28 avril 2016

Au nom de Martin Gray...


"Savoir accepter l'autre tel qu'il est.
Être joyeux du bonheur qu'il trouve. 
L'aimer dans sa totalité : pour ce qu'il est, laideur et beauté, défauts et qualités. 
Voilà les conditions de l'amour, de l'entente. 
Car l'amour est vertu d'indulgence, de pardon et de respect de l'autre. "


"L'homme peut être seul au milieu des autres. Mais celui qui est ouvert au monde, celui qui sait demeurer fraternel, celui qui est solidaire des autres, celui-là, même solitaire, n'est jamais seul. "



"Aider les autres, c'est encore la meilleure façon de s'aider soi-même."


Martin Gray 
Le livre de la vie

mercredi 27 avril 2016

Le corps est le mystère du monde par Jean-Jacques Prade



C'est lui qui sert à la Conscience pour se manifester. 
C'est lui, qu'il soit petit ou grand, en bonne santé ou malade, jeune ou vieux, c'est lui, toujours lui et uniquement lui, qui permet à l'Absolu de déployer sur cette Terre la Conscience dans le monde du manifesté. 

 Il est toujours à la disposition de la conscience personnelle. Il dépend d'elle et selon ce que cette conscience lui propose et lui impose, il peut s'épanouir ou se rétracter, jouir ou souffrir, vivre ou mourir. 

Le corps sait et même s'il ne connaît pas l'évolution au niveau spirituel, il peut donner des indications précieuses pour la vie quotidienne. Il guide, pas à pas la personne, lui montrant jusque dans les moindres détails quel est l'acte juste. 
Il sait, grâce à son lien constant avec l'inconscient, quel doit être le rôle de l'individu durant sa vie.

 Extrait du livre :
 Corps mon ami de Jean-Jacques Prade.

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mardi 26 avril 2016

Lilly Jattiot et le psychisme



Lily Jattiot nous parle des mythes et de l'évolution du psychisme... afin de mieux voir ce que nous sommes...
Je me souviens encore de son analyse du rêve que je lui avais partagé...






Voici le lien.

lundi 25 avril 2016

Se laisser toucher par la Vie

En considérant la peau comme l'organe le plus important du corps, du moins par son étendue, et connaissant la densité du réseau nerveux de l'épiderme, il est compréhensible que le toucher permette les sensations les plus fortes, agréables ou douloureuses et qu'il constitue un générateur non seulement de plaisirs d'une grande variété, mais aussi de sentiments parmi les plus profonds :

« C’est par la peau principalement que nous sommes devenus des êtres aimants. »
— Harlow, The maternal affectional system of rhesus monkeys

« Les mains sur la peau touchent l'âme à vif. »
— Christian Bobin

« La caresse recrée l'être qu'elle caresse. »
— Jean-Paul Sartre

« Faites les gestes, et les sentiments entreront dans le cœur. »
— Confucius


source : wikipedia
Azur Shiatsu
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samedi 23 avril 2016

Vivre en confiance : interview de Christophe Massin (1)


Certaines personnes ne parviennent pas à aimer, à faire des choix constructifs, à devenir elles-mêmes. A l’origine de ces incapacités, se trouve la peur psychologique. Censée nous préserver, elle s’active dans des moments inadéquats, et nous empêche d’avancer. Comment la neutraliser et revenir à un état de confiance ? 


Voici l'interview remise en forme de RFI
Première partie (17 min.)
 

 • Dr Christophe Massin, psychiatre et psychothérapeute à Boulogne, dans les Hauts-de-Seine, auteur de l'ouvrage « Une vie en confiance. Dialogues sur la peur et autres folies » aux éditions Odile Jacob


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vendredi 22 avril 2016

Préface du livre de Christophe Massin par Fabrice Midal


 La notion de confiance est très peu questionnée pour une raison toute simple : nous ne savons pas vraiment la penser. Nous connaissons celles d’estime de soi, d'optimisme, de bonté ou de gentillesse, mais pas celle-ci. En effet, elle est d'un tout autre ordre. À la rigueur nous pouvons penser à la « confiance en soi », ou « dans les autres », mais la notion de confiance intrinsèque nous échappe. Or celle-ci est par principe primordiale. Si bien que certains qui réprouvent ne s’en rendent pas compte, et que ceux qui en manquent au point d’en être meurtris ne discernent pas que là réside la source de leurs difficultés, de leurs angoisses et de leurs souffrances.

L’ouvrage de Christophe Massin éclaire avec brio le nœud du problème. En effet, explique-t-il, seule une approche « spirituelle » peut nous permettre d’aborder la cause réelle de notre souffrance et les moyens de nous en délivrer. Notre manque d’assurance ne vient pas d’abord d'un problème lié à notre éducation ou à notre environnement social, mais au fait que nous soyons des êtres humains. Tout être humain est ainsi pris par la peur et le doute qui le séparent de l'ampleur de la réalité, de l'ampleur de la vie. C'est donc un travail sur notre propre existence en tant qu'être humain qu'il faut faire. Retrouver confiance, c'est réapprendre à mieux coexister avec la réalité, au lieu de nous en séparer. Et un tel travail est l'œuvre la plus profondément humaine.

Le poète Rainer Maria Rilke a le plus souverainement fait l'épreuve de la déchirure qui, au cœur de nos existences, nous prive de toute confiance. Comparant l'homme à la fleur, il écrit ainsi : « Nous, les violents, nous durons plus longtemps. Mais quand, dans laquelle de toutes nos vies, sommes-nous enfin des êtres qui s'ouvre lit pour accueillir ? » Pour lui, ce qui nous sépare de la vie, c'est cette conscience qui interprète, examine et commente. Elle nous conduit à nous séparer de ce qui est, nous fait nous retourner sur ce qui a eu lieu, nous privant ainsi d'une ouverture réelle au présent.

La grande méprise est de croire que la confiance viendrait d'une forme d'assurance qui nous serait octroyée par un tiers. Nous cherchons tous à être rassurés et nous croyons que si nous l'étions comme nous le voulons, alors tout irait bien. En réalité, ce souci d'être rassuré est précisément ce qui empêche toute confiance. Attendre que quelque chose d'extérieur vienne nous apporter ce qui nous manque est une manière de creuser notre propre malheur. Or tant au niveau social qu’individuel, nos sociétés favorisent une telle méprise. Elles nous éloignent de la source de vie.

Nous ne pouvons trouver l'assurance qu'en abandonnant toute recherche d'une confirmation extérieure et en nous ouvrant sans condition à la réalité telle qu'elle est. Le geste de la méditation rejoint l'intuition de Rilke car il invite à ne rien faire, absolument rien. Cesser de chercher à comprendre, à analyser, à essayer de trouver des solutions.

Regagner ainsi la confiance n'est donc pas du tout un geste convenu pour se rassurer mais au contraire une ouverture profonde. C’est même là un mouvement radical. Voilà au fond, une excellente manière d'approcher le sens de tout chemin authentique spirituel : nullement chercher une sorte de cocon protecteur où tout serait apaisé, serein, mais aller à la racine de notre humanité, à la racine de ce qui la brime. Malheureusement, la compréhension habituelle de la spiritualité est trompeuse puisqu'on croit qu'il s’agit d'une forme d’élévation, de supplément d’âme alors qu'il s'agit tout au contraire d'un risque assumé nous exposant à la réalité nue. Non un refus du plus concret, mais la seule manière de lui rendre toute sa densité.

La véritable spiritualité, si peu connue aujourd'hui, si souvent confondue avec son contraire qu'est le divertissement, vise tout simplement à nous éveiller à ce qui est, là, maintenant. Autrement dit alors que pour la plupart des gens la spiritualité est une sorte de vague promesse, de consolation, elle est, tout au contraire, comme le montre Christophe Massin, l'analyse la plus lucide et convaincante des raisons de notre emprisonnement, des raisons de notre peur d'aimer et d'être aimé.

Cet ouvrage va vous permettre ainsi de découvrir ce qui vous empêche d'être vraiment ce que vous avez à être. Mais il contient aussi un autre apport décisif. La voie de la confiance n'est pas une voie qui passe par-delà nos difficultés et épreuves, mais qui au contraire nous invite à les rencontrer. Mouvement radical, poignant, souvent difficile et courageux : Christophe Massin vous invite à aller embrasser ce qui vous fait peur, ce qui vous blesse, ce qui vous inquiète car là, et là seulement, une forme de libération peut apparaître.

La question de la confiance ne cesse de me hanter depuis des années. Enseignant la méditation, je suis frappé de constater encore et encore que c'est elle qui fait le plus souvent défaut et empêche à nombre de gens d’entrer dans la pratique. Sans elle, en effet, la pratique de la présence attentive (Mindfullness) et la pratique de l'amour bienveillant restent pauvres, à la lisière de l'essentiel. Des sortes de techniques pour se protéger du monde, pour se protéger de soi, pour ne pas vivre. C'est pourquoi à présent, j’enseigne souvent les pratiques de confiance que j’ai reçues, voyant mieux au fur et à mesure de mon travail, leur importance décisive, leur force libératrice.

Puisse ce livre que vous tenez dans vos mains permettre à la confiance d’irradier, à notre monde de trouver enfin le souffle lui donnant la force de faire face aux défis nombreux qui aujourd’hui le menacent et de ne pas se laisser aller à la peur et au découragement.

Fabrice Midal



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jeudi 21 avril 2016

Une vie en confiance avec Christophe Massin

Une nourriture précieuse pour s'ouvrir à l'élan vital...

Présentation du livre par Gilles Farcet :

"Je suis heureux de signaler ici la parution du dernier livre du Dr Christophe Massin et d'en dire quelques mots. Il me semble que ce livre rendra service à beaucoup de monde. Je le ressens comme un ouvrage à dimension avant tout pédagogique. 
La forme du dialogue est ingénieuse et rend la lecture facile. Les thèmes abordés sont somme toute tous les thèmes fondamentaux avec lesquels chacun se débat : la peur, bien sûr qui est l’axe et à partir de là, le jugement, la bienveillance envers soi-même, les positionnements intérieurs et extérieurs au quotidien… 
Et surtout, l'auteur s'attache à dissiper toutes sortes de confusions et malentendus.

C’est au final un livre de pratique (mais pas de recettes), une pratique mise en perspective et exposée dans des mots simples et dans le langage de notre époque.
Enfin, l’une de ses qualités à mes yeux majeure est qu’il s’agit bien d’un livre de spiritualité ; Christophe est parvenu à faire un livre susceptible de s’inscrire dans un courant actuel de recherche de « bien être » au travers d’outils au départ spirituels sans pour autant, comme c’est à mon sens souvent le cas, brader la dimension spirituelle en la réduisant à un outil de confort.

Sans doute est ce une des vocations de Christophe Massin en tant qu'auteur : transmettre l'enseignement venu de Swami Prajnanpad et d'Arnaud sans l’édulcorer mais en en donnant une version en phase avec notre temps."





Résumé

Le psychiatre utilise sa formation de médecin et une démarche spirituelle fondée sur l'acception pour déceler les causes de la peur psychologique. Il montre les différents mécanismes permettant de passer d'un monde de la peur à un monde de la confiance, à travers ses dialogues avec un homme et une femme qui s'interrogent sur leurs blocages. ©Electre 2016

Quatrième de couverture

Comment en finir avec la frilosité de vivre ? Depuis plus de trente ans, Christophe Massin écoute ceux qui ne parviennent pas à s'aimer ni à s'accomplir... Au coeur de cette souffrance, la peur psychologique qui inhibe douloureusement et coupe des autres. Comment se dégager de son emprise afin de trouver «le sol ferme de la confiance» ? À travers ses dialogues avec un homme et une femme qui s'interrogent sur leurs blocages et sur leurs espoirs, Christophe Massin nous montre quels mécanismes permettent de passer du «monde de la peur» au «monde de la confiance», deux univers psychiques très différents. C'est une expérience radicale à laquelle il nous convie. Sa connaissance des stratégies mentales mais aussi sa démarche spirituelle fondée sur l'acceptation éclairent nos comportements parfois si incompréhensibles, au point qu'une envie naturelle puisse se réveiller en nous : changer de perspective et devenir, enfin, plus sereins.

mercredi 20 avril 2016

Gratitude au mystère...



Nous faut-il vraiment beaucoup plus que cela ?

Rendre honneur au jour qui se lève.

Visiter un jardin.

Parler à un ami.

Contempler un nuage.

Savourer un repas.

Rester humble face au mystère du jour.

N'est-ce pas suffisant ?



Kent Nerburn

mardi 19 avril 2016

La grande aventure initiatique - Siddhârtha aujourd'hui


DOMINIQUE SCHMIDT
LA  GRANDE AVENTURE  INITIATIQUE

SIDDHÂRTHA AUJOURD’HUI
(chez Accarias L'Originel)


Voici un livre particulièrement intéressant. Le titre en est volontairement ambigu : on pourrait s’attendre à y découvrir une nouvelle biographie du Bouddha historique ou encore des réflexions à son sujet. Il n’en est rien, puisqu’il s’agit du héros du roman philosophique bien connu de Hermann Hesse intitulé Siddhârtha, paru en langue allemande en 1922. D’ailleurs, on y rencontre Siddhârtha Gautama, mais d’une manière furtive et très différente des approches habituelles du fondateur du bouddhisme.

 Le livre mérite de retenir l’attention du lecteur pour plusieurs raisons. D’abord, il fait connaître ou remet en mémoire un roman dont on ne parle peut-être pas suffisamment. Ensuite, il est écrit d’une manière accessible et se lit aisément. Surtout, il interpelle le lecteur sur la question de son rapport à la pratique spirituelle.

Il en est même dérangeant puisqu’il interroge et remet en question la relation au maître spirituel, quelle qu’en soit la tradition, fût-il le Bouddha lui-même, le moins dogmatique de tous les maîtres. Il pose aussi la question de la progression spirituelle : le chemin de Siddhârtha n’épouse pas la progression initiatique telle qu’on se la représente d’ordinaire ; l’ascèse spirituelle du héros est ainsi suivie d’une sorte de rechute dans le monde le plus trivial qui soit, au regard de l’homme ordinaire. Une chute nécessaire dans la matérialité du monde.

Ainsi l’ascension vers la sagesse est-elle présentée comme inséparable d’une plongée dans la multiplicité toujours changeante et bien vivante des choses et des êtres. L’universalité ne s’obtient que par l’acceptation totale de l’individualité. La paix intérieure s’établit en harmonie avec le tumulte des passions à traverser. Les deux plans – spirituel et matériel – sont indissociables. Il ne s’agit pas seulement de se libérer de l’ego par une pratique régulière ou par de longues retraites méditatives, mais de revivifier la nature même de l’être humain et de recréer une conscience nouvelle de l’Humanité, qui prenne en compte les deux dimensions de l’existence que l’on oppose artificiellement.

Finalement, le seul maître digne de ce nom se révèle être un élément de l’univers : le fleuve, qui est l’image même de la vie. C’est par sa contemplation  que le héros se place sur le chemin de la libération. Autrement dit, le véritable maître de Siddhârtha n’est rien d’autre que le cours même de son existence, avec ses rencontres les plus anodines en apparence.

Ce livre a le mérite de pointer du doigt les dangers de toute intellectualisation de la pratique spirituelle et du dogmatisme, même le plus subtil. Et, sans nul doute, ce sont là des pièges qui sont tendus à chaque pas du chercheur spirituel.


   On peut néanmoins ajouter ou préciser que tout maître digne de ce nom est précisément là pour nous permettre d’éviter ces pièges. Un maître vivant et authentique ne dirait pas autre chose que ce livre ! Pourquoi donc faudrait-il se priver d’un tel maître ?

                                                      Sabine Dewulf


lundi 18 avril 2016

Le doigt vers soi... c'est pratique !



Ce seul texte suffit pour toute la pratique.

1-Inversez la flèche de l'attention
2-Voir la nature de l'esprit
3-Stabiliser la vision en se familiarisant avec elle
4-Accueillir tout ce qui se présente à partir de la nature claire de l'esprit et le laisser s'autolibérer.

José Le Roy




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samedi 16 avril 2016

Changer les regards avec Joshin Luce Bachoux

C'est un homme comme il y en a hélas beaucoup, plutôt proche de la soixantaine, le visage fatigué, les yeux d'un vaincu, assis sur le trottoir au coin de ma rue avec toutes ses possessions, une tasse en carton, un sac en plastique, une couverture.

Il ne demande rien. Il est là, il ne nous regarde pas, il attend, il survit. J'ai commencé par lui donner une pièce ou deux en passant, puis j'ai essayé de lui parler, d'apprendre où il vivait, mais son français se limite à « Merci Madame. » Cet hiver, je l'ai vu transi, recroquevillé ; il me semblait malade, maigrissait à vue d’œil. Quand je m'arrêtais près de lui, il me faisait comprendre combien il souffrait du froid.

J'apportai un grand sac contenant une veste chaude, des écharpes, des pulls, tout ce que j'avais récolté auprès de ma famille. Il a eu l'air vraiment content, m'a beaucoup remercié. Puis rien. Deux jours après, il était là, sans veste, sans écharpe. Les vêtements avaient-ils été donnés, échangés ? Les lui avait-on pris ? Que s'est-il passé, je ne le saurai pas. Je n'osai pas trop l'interroger ; quand je fis le geste d'enfiler une veste, accompagné d'un regard interrogateur, il me répondit par un mouvement de la main, très éloquent, qui me semblait englober toute une approche de la vie : « Eh oui, c'est comme ça... », juste une constatation, sans amertume, sans révolte.

Depuis, ne sachant trop que faire, je m'en suis tenue à donner de l'argent, des boissons chaudes et des sourires. Nous nous souhaitons bonne journée, moi debout, prête à bouger, à m'activer, lui sur son bout de trottoir, assis, disparaissant ensuite je ne sais vraiment pas vers quoi. Je donne, il me remercie, nous nous regardons, il me sourit, vaguement triste, je lui souris, vaguement coupable, et voilà.

Puis peu après Pâques, la situation s'est transformée. Un matin, lui, toujours si discret, me fait de grands signes en me voyant arriver. Il a un grand sourire, plus joyeux que je l'ai jamais vu. Il ouvre le sac posé près de lui et me montre : c'est plein de petits biscuits, de tablettes de chocolat. L'air réjoui, il fouille dans tout ça, et sort d'un air victorieux un lapin en chocolat, bien emballé dans son papier doré, et me le tend. « S'il vous plaît, s'il vous plaît... » Aujourd'hui, c'est lui qui me donne quelque chose, c'est moi qui remercie. Je range dans ma poche la pièce que j'avais préparée. Je lui montre en riant que cela me fait plaisir, j'exprime par gestes combien je suis gourmande - c'est vrai ! - et je range soigneusement le cadeau dans mon sac. Et je remercie encore, et nous nous sourions cette fois sans aucune arrière-pensée : deux êtres humains qui se rencontrent, deux personnes égales, des dons qui circulent dans les deux sens, un équilibre qui s'est rétabli dans le monde.

J'ai mangé le lapin, délicat chocolat au lait, et j'ai recommencé à lui offrir une ou deux pièces lorsqu'il est là. Mais nous savons tous les deux que tout a changé entre nous. Bien sûr, aujourd'hui, c'est moi qui donne, c'est lui qui reçoit, mais cette situation n'est pas figée, demain, après-demain peut-être, tout peut changer. C'est un moment de la vie, pas une fatalité.

Nous avons remis le monde à l'endroit, dans sa circulation fluide, changeante. Et je me demande si je ne me suis pas trompée souvent dans mon approche du don, si le plus grand don que l'on peut faire à quelqu'un ne serait pas de lui donner à son tour l'occasion de faire un don.

Un lapin en chocolat qui fait réfléchir !

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L'énergie de l'habitude avec Thich Nhat Hanh


Pour permettre à l’énergie de la pleine conscience de faire son travail en vous, il est capital que vous pratiquiez régulièrement la pleine conscience, aussi bien en marchant que sur la respiration. 


Dès que vous remarquez que l’énergie de l’habitude est à l’oeuvre en vous, continuez à respirer normalement, reconnaissez-la et dites : «Bonjour, mon énergie de l’habitude. Je sais que tu es là, mais je suis libre. Tu ne vas pas réussir à me pousser encore une fois à dire ou faire de telles choses.» C’est de cette façon-là que vous pouvez réaliser un mode de réaction différent : en créant une bonne énergie de l’habitude en remplacement d’une mauvaise énergie de l’habitude. 

Notre bonheur dépend beaucoup de la qualité de nos relations, que ce soit avec nous-même ou avec le monde extérieur. 
Il advient que l’énergie de l’habitude nous pousse à nous maltraiter, ou bien à maltraiter quelqu’un d’autre. Nous devons nous traiter avec respect, avec tendresse, avec compassion. 

Cela est extrêmement important, parce que si nous avons du respect pour notre propre corps et nos propres sentiments, nous saurons témoigner tout autant de respect envers les autres. 
C’est de cette façon-là que la paix, la liberté et le bonheur se développeront dans notre monde. 

Chacun de nous peut contribuer à ce développement. Il suffit pour cela d’un peu d’entraînement. 
Avoir un ami pratiquant la pleine conscience est certes une chance. Lorsque deux personnes pratiquent ensemble, il y a la possibilité d’un soutien mutuel : en marchant, en respirant, en mangeant, etc., elles cultivent de concert l’énergie appelée pleine conscience. 

 Thich Nhat Hanh 
Soyez libre là où vous êtes


vendredi 15 avril 2016

Les rides de l'esprit posé sur le calme de l'eau...


voir la vidéo


Un instructeur de méditation veut faire réagir les participants pendant une séance. Il lève un verre d'eau, tous s'attendent à l'habituelle question du verre à moitié plein ou à moitié vide. Mais à la place, il demande, sourire aux lèvres : "Quel est le poids de ce verre?" Chacun y va de sa réponse, entre 15g et 400g. 

 L'instructeur reprend alors la parole : " Le poids réel importe peu. Tout dépend du temps passé avec le verre dans votre main. Si je le tiens une minute, il n'y a aucun souci. Si je le tiens une heure, je vais avoir mal au bras. Mais si je le tiens ainsi toute la journée, je peinerai et mon bras finira engourdi et incapable de plus bouger. Or dans chacune de ces situations, le poids du verre ne change pas, mais plus je passe de temps à le garder dans ma main, plus il semble lourd. 

Le stress et les soucis dans nos vies sont semblables à ce verre d'eau. Si vous y pensez juste un bref instant, cela passe. Si vous les gardez à l'esprit plus longtemps alors ils commencent à vous faire souffrir. Mais si vous les ruminez toute la journée et vous finirez engourdis, paralysés, incapables de faire quoi que ce soit." 

 Je vous invite à déposer le verre!


(extrait de Petit Bambou)

mercredi 13 avril 2016

Grand-mère avec Joshin Luce Bachoux

« Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ? »

Eh bien, vois-tu, j’apprends. J’apprends le petit, le minuscule, l’infini. J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne. J’apprends à être transparente, à regarder au lieu d’être regardée. J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent, la précipitation du cœur qui bat trop vite. J’apprends à marcher doucement, à bouger dans des limites plus étroites qu’avant et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

« Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ? »

J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j’apprends avec les nuages. J’apprends à rester en place, et à vivre dans le silence. J’apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j’apprends la patience et aussi l’ennui ; j’apprends que la tristesse du cœur est un nuage, et nuage aussi le plaisir; j’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
J’apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l’automne, à voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre. J’apprends que les chemins se divisent et se perdent, que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent et qu’il est meilleur que nos mains restent ouvertes. J’apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis, et toutes les joies qui se faufilent, poissons d’argent dans la masse de notre vie. 

« Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ? »

Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée ; parce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées, j’apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux. J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs. J’apprends qu’on avance mieux en se donnant la main, que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille. Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

« Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu donc grand-mère ? »

J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends à être vieille !

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mardi 12 avril 2016

L'harmonie au creux des mains (conte asiatique)




La belle-mère et sa bru vivaient sous le même toit.
Depuis le début, les deux femmes ne pouvaient se supporter.
Le mari, lâche comme la plupart des hommes dans cette situation, se gardait bien de prendre parti.
La vie de la jeune femme était devenue intolérable et elle éprouva une haine sans borne pour son bourreau de belle-mère.
Elle résolut de la faire disparaître discrètement et décida donc d'aller consulter une vieille chamane vivant dans une cabane de branches non loin du village.
Sans manifester la moindre émotion, la vieille écoute sa funeste demande.
Elle ferma les yeux un long moment et répondit enfin : « En matière de poison, il faut être très prudent.
Je vais vous donner un mélange d'herbes toxiques qui agissent très lentement.
Pour activer leur effet, vous devrez masser votre belle-mère deux fois par jour.Mais pour qu'elle accepte ce traitement, vous verserez tout d'abord cette préparation dans sa nourriture. Elle sera malade quelques jours.Quand le médecin du village l'aura auscultée sans trouver de remède, envoyez-moi chercher. Je donnerai alors la prescription ».
Le plan se déroula comme prévu.
La vieille de la montagne fut appelée au chevet de la belle-mère. Elle prescrivit une tisane et des massages deux fois par jour pour un mois.
Elle montra à la jeune femme comment les exécuter. Par la vertu des massages quotidiens, la belle-mère se détendit et son caractère se bonifia.
Les deux femmes se rapprochèrent, leurs énergies s'harmonisèrent. Au bout de quinze jours, elles étaient devenues comme mère et fille, liées par une véritable affection.
La belle-fille fut prise de remords. Elle courut jusqu'à la cabane de la magicienne pour lui demander un antidote.
La vieille l'accueillit avec un sourire radieux : « Ne vous inquiétez pas ma fille, la tisane est inoffensive. Elle est même bénéfique. Tout s'est déroulé comme je l'avais prévu. La pratique du Tao nous enseigne à transformer le négatif en positif. » Ce fut comme une révélation pour la jeune femme.
A partir de ce jour, elle revint souvent rendre visite à la vieille de la montagne pour suivre ses traces sur les sentiers de la sagesse.
Elle prit ensuite sa succession comme médecin des corps et des âmes, surtout à travers l'art du massage, qu'elle transmit généreusement.


Peut-être est-elle à l'origine de cette jolie habitude familiale en Orient : de masser les uns les autres au quotidien ?
Une tradition qui peu à peu voyage vers l'Occident.

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lundi 11 avril 2016

Pierre Rabhi et le mystère de la vie...

Depuis que l’Homme a levé la tête vers les cieux, il ne cesse de s’interroger sur les grands mystères de sa présence : D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Nous serions des poussières d’étoiles animées par une intelligence dont on sait peu de choses : la vie. 
Plus cette vie évolue, plus elle se complexifie, jusqu’à faire apparaître des arbres, des animaux et même des hommes qui prennent conscience de leur propre existence. 
Aujourd’hui, en entrant dans l’anthropocène, nous comprenons seulement l’impact que notre présence engendre sur ce qui l’entoure, tout en nous rendant compte du rôle de modérateur qu’il va falloir essayer d’adopter.
Lors de notre entretien avec Pierre Rabhi début 2016, nous avons pu questionner le paysan philosophe sur des énigmes métaphysiques auxquelles ils donnent une réponse simple : l’amour.

Bio à la Une : Pourquoi la graine germe-t-elle ?

Pierre Rabhi : J’ai beaucoup fréquenté les philosophes pour savoir si quelqu’un pouvait m’éclairer sur ce mystère. Je me suis rendu compte que les philosophes n’étaient pas forcément d’accord. Il n’y en a qu’un que j’ai retenu, Socrate, qui dit “la seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas”. C’est clair. Nous ne savons pas, ou pas grand-chose. Pourquoi nous sommes nés, etc. Quand au mystère de la vie, c’est vrai qu’on est fasciné de voir une graine germer. On peut méditer dessus des heures. Une toute petite chose contient une puissance de vie complètement extraordinaire. Vous la mettez dans la terre, elle va germer.

Une simple graine de tomate va donner des kilos et des kilos de tomates, on peut même dire des tonnes de tomates. On comprend le mécanisme à peu près, mais au-delà, je ne sais pas pourquoi la graine germe. Je ne connais rien de l’intelligence qui la conduit. On est dans le monde du mystère de la vie. Même notre propre corps est un formidable mystère. Il n’y a pas un bouton pour dire respiration, un autre pour dire circulation du sang, le corps est intelligent lui-même. Il fait tout sans avoir besoin d’autre chose, sans que notre mental s’en mêle. Justement, quand il s’en mêle, c’est là qu’arrivent toutes sortes de complications. Le corps humain s’autorégule, il est lui-même d’une très grande intelligence. D’où vient cette intelligence, moi je n’en sais rien. C’est là le mystère.

Bio à la Une : Même si on ne sait pas pourquoi, la graine germe, c’est un fait. Est-ce pour vous le début d’une réflexion plus profonde ?


Pierre Rabhi : La vie m’émerveille. Je ne la comprends pas. À travers ce mystère, je crois vraiment que la plus grande puissance que peut développer un être humain pour modifier le cours de sa vie, c’est l’amour. Ce n’est pas simplement l’amour humain, mais l’Amour dans sa grande dimension d’aimer. Vraiment aimer. S’il y avait l’amour dans notre quotidien et nos décisions, on ne détruirait pas la vie, nous n’aurions pas d’armements, de missiles, de chars d’assaut et toutes ces stupidités liées au meurtre. Non, on n’aurait pas besoin de tout cela. Il faut surtout apprendre à aimer et prendre soin, plutôt qu’à détruire ou à haïr.
Je suis très attaché à ce monsieur qu’on a crucifié, alors qui ne parlait que d’amour. Il n’a jamais dit “construisez-moi des cathédrales ou des églises”, il a simplement dit que l’amour est la puissance absolue qu’un être humain peut déployer, à condition, toutefois, que cet amour ne soit pas réduit à rien du tout. Dans les couples par exemple. “Je t’aime” un jour, “je ne t’aime plus” un autre. L’amour ce n’est pas ça. Je ne juge personne bien entendu, je ne veux pas choquer qui que ce soit.

Bio à la Une : Pensez-vous comme Vendana Shiva que les femmes doivent être au cœur du changement ?

Pierre Rabhi : Les femmes ont un rôle important à jouer. En donnant la vie, elles sont un être d’amour par excellence. Attention tout de même, car elles savent aimer, mais aussi haïr, peut-être pour mieux se protéger. C’est dans les deux sens. Il ne faut pas tomber dans le piège. Par contre, ce à quoi je souscris, c’est qu’il est dommage que les femmes soient partout sur la planète subordonnées et que, effectivement, si il y avait eu cette énergie inouïe, peut-être que l’histoire n’aurait pas été la même.

Bio à la Une : On revient sur la modération donc ?

Pierre Rabhi : Oui, bien sûr.

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dimanche 10 avril 2016

un point ( de vue)... c'est tout


"Lorsque vous adoptez le point de vue que tout ce qui existe est une partie de vous-même, que toute personne qui existe est une partie de vous-même, que tout jugement que vous faites est un auto-jugement, que toute critique que vous élevez est une autocritique, vous vous donnez avec sagesse un amour inconditionnel qui sera la lumière de votre monde.

Lorsque nous serons conscients que la seule différence entre chacun d'entre nous réside dans nos croyances et que ces croyances peuvent être créées et décréées avec aisance, un monde de paix s'ensuivra et tandis que le jeu du bien et du mal disparaîtra, un jeu de co-création verra le jour". 

Henry Palmer


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samedi 9 avril 2016

Le facteur humain par Sophie Rabhi


La formation proposée par l'université des Colibris pour créer des oasis se termine demain. 
De grande qualité, elle pourra j'espère permettre de former de nouvelles communautés respectant au mieux l'homme et la nature.

à suivre...

Voici la vidéo où Sophie Rabhi aborde l'humain :




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jeudi 7 avril 2016

A la Source de l'esprit...


"Surveillez votre esprit, comment il vient à être, comment il opère. Pendant que vous surveillez votre esprit, vous découvrez que votre soi est le surveillant. 
Quand vous vous tenez immobile, seulement observant, vous découvrez que votre soi est la lumière derrière l’observateur. La source de lumière est sombre et la source de connaissance est inconnue. Seule cette source est. Retournez à cette source et demeurez là."

Nisargadatta Maharaj

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mercredi 6 avril 2016

Libre de nature... avec Arnaud Desjardins


Mais, en vérité, votre vraie nature est libre et vous perdez seulement une condition qui s’était surajoutée à votre liberté, celle de l’emprisonnement. 
De même votre vraie nature est d’être éveillés et sortir du sommeil n’est pas à proprement parler un gain mais simplement la fin d’une modalité d’être adventice. Ne l’oubliez jamais et ne confondez pas des améliorations à l’intérieur de la prison ou du sommeil – même si celles-ci vous paraissent d’ordre spirituel – et l’éveil. Vous pouvez obtenir des accomplissements yogiques importants, développer des pouvoirs qui sortent de l’ordinaire, acquérir une maîtrise et un rayonnement certains, tout en restant à l’intérieur du sommeil et de la prison. Et vous pouvez aussi être éveillé ou libre mais sans avoir apparemment, aux yeux des autres hommes, rien d’extraordinaire.

Quand certains êtres éveillés se trouvaient avoir de surcroît, sur le plan relatif de leur manifestation, des dons éclatants, ils ont connu la notoriété et la tradition a conservé leur nom. Mais aucune tradition ne nie qu’un moine effacé et ignoré puisse avoir atteint la sagesse suprême ni qu’un disciple ayant beaucoup progressé sur le chemin qui s’ouvre à tout homme pour devenir réellement un homme, ne soit pas forcément libéré. Cet éveil représente réellement une rupture de niveau complète, un passage de l’existence à l’être... 

 Arnaud Desjardins
 « Tu es cela »
À la recherche du soi IV

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mardi 5 avril 2016

Douglas Harding et l'Unique Centre


"A la racine de l'avidité économique, de l'agressivité, de la violence, de la délinquance junévile, très profondément et secrètement, et tout au long de la vie, persiste en nous l'assurance, propre à l'enfant que nous avons été, d'être l'unique Centre et, sans restrictions, le Propriétaire de toutes choses ; combien compréhensible alors toute cette fureur contre l'ordre établi qui, animé par des vues et des intérêts totalement différents, nous taille en pièces, puis prend une bribe de réel et l'érige sur nos épaules pour y tenir lieu d'univers ! 

On pardonnera aisément ces efforts pathétiques pour reconquérir au moins une parcelle de l'Empire perdu, même quand il ne s'agit que d'acquérir pignon sur rue et d'en imposer aux voisins. 
Le remède, comme toujours, consiste à regarder ici et à voir que la vérité est du côté de l'enfance, sans tête, sans image d'elle-même, qu'il n'y a ni boule, ni caillou, ni poutre, ni paille sur ces épaules ; à la première personne du singulier (indicatif présent), je ne suis pas dans le monde, le monde est en moi. 
Même les étoiles sont à moi, vraiment elles sont moi ; mon seul regard ne suffit-il pas à créer entre elles et moi le rapport le plus intime ?

 Je cherche vainement un espace entre l'étoile et moi, entre vous et moi : je vois maintenant que je suis espace, tout espace."

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lundi 4 avril 2016

La méditation aujourd'hui par Jacques Castermane


Méditer aujourd’hui peut apparaître comme étant un archaïsme par ceux qui considèrent notre époque comme celle de la technique et de la maîtrise rationnelle de la vie. Le monde actuel est dominé par la rationalité qui privilégie un seul aspect de l’être humain : son égo, indissociable du mental. Nous vivons sous le règne d’une pensée qui objective le réel et tout ce qui ne peut pas prendre place dans les catégories de la raison est réduit à un jugement draconien : « Ce n’est que subjectif ! ».
Mais aujourd’hui la méditation loin d’être considérée comme un phénomène marginal attire des femmes et des hommes qu’on ne peut plus ranger dans la catégorie des originaux, comme au temps de la culture hippie.

« Tant qu’il respire, l’individu ne se révolte pas » écrit Durckheim, « Mais qu’il vienne à étouffer - vécu intérieur d’un nombre croissant de personnes - il ressent un appel d’air qui vient du plus profond de lui-même ». Un appel de la vie, un appel de l’être, un appel de l’humain refoulé par un monde de plus en plus déshumanisé.
C’est cet appel de l’être qui engage la personne à s’intéresser à la méditation.
Méditation ! Ce mot, qui n’est pas un mot mais une action, accompagne une nostalgie légitime : faire l’expérience de ce vécu intérieur qu’est le silence intérieur, le calme intérieur, la paix intérieure.
Expérience qui n’est pas “que” subjective ; expérience que tout homme peut vivre “en tant que sujet du verbe être” : « Je suis ».
Ce « Je suis » qui semble n’intéresser personne à moins d’ajouter à « Je » un épithète : « Moi ».
« Je suis Moi ». Moi ! C’est -à- dire : entrepreneur, fonctionnaire, infirmière, professeur, employé (ajoutez ce qu’on désigne comme étant votre « identité »).

La méditation n’est pas se mettre en quête d’un plus d’identité ; autrement dit de passer d’un ego de taille XXL à un ego de taille XXXL en espérant que ce « + », dans le domaine du faire, va changer ma vie intérieure.
La méditation est une rupture avec le processus mental d’identification à cet illusoire point d’appui qu’est notre identité. Rupture, mise entre parenthèse de l’ego.« Je vis parce que je suis un être vivant » ; « Je pense parce que je suis un être pensant ».
A cette vérité proclamée par le philosophe Martin Heidegger, Durckheim ajoute que « Si l’homme occidental perçoit l’impasse dans laquelle sa pensée l’a conduit, il reconnaîtra qu’il est vain d’essayer d’en sortir par les moyens mêmes qui l’ont créée. Et il sera obligé de prêter l’oreille à la voix de son être essentiel insaisissable à la pensée objective ».

Méditer ? Un chemin de libération de notre vraie nature : « Je suis », hors des chaines de : « Je suis Moi ». ; le moi mondain qui souffre de cette maladie propre à l’être humain lorsqu’il ne vit plus selon les intentions de l’être, de l’acte d’être : l’angoisse et les états qui l’accompagnent. Notre vrai point d’appui, tout au long de notre vie, est-il « Je pense, donc je suis » ou « Je respire, donc je suis » ? Si vous doutez, pour connaître la réponse, il suffit d’arrêter de respirer…



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dimanche 3 avril 2016

L'homme poésie, c'est Christian Bobin

On ne lit pas Christian Bobin, l'un des plus grands poètes de sa génération, sans se laisser emporter, pénétrer, par la transparence cristalline de son verbe. On découvre, on savoure ses mots avec précaution, tant il nous offre la vérité bouleversante de son être et de ses expériences, de manière tranchante, forte, unique, authentique. Dans son livre, L'homme-joie (éditions de L'Iconoclaste), il nous parle de sa manière d'être présent à ce qu'il ressent ; des moments qui le frôlent légèrement ; des rencontres qui s'insèrent intensément en lui ; et de son amour perdu, qui n'empêche en rien, dit-il, que la vie soit "bien plus belle que ce que nous l'imaginons".
Une découverte que nous pouvons également faire grâce à ce recueil. Un voyage étonnant au coeur des mouvements du silence, des couleurs de la lumière, des ténèbres du quotidien, des éclats de rire exubérants de l'existence. Et parce que, pour ce poète incandescent, tout est vivant, en lien et en résonance, et quand nous refermons son livre, ébranlés, différents, nous regardons le monde autrement.

Le Point.fr : On vous sait solitaire, on vous imagine sauvage, peu enclin à la conversation, et notre rencontre commence par un grand rire...



Christian Bobin : En réalité, beaucoup de sourires traversent mes livres. Ils rayent, un peu, la vitre de papier. J'aime aller voir ce que je ne connais pas, l'imprévu, rencontrer des gens. Il n'y a rien de plus rare, ni de plus vivant, ni de plus important au monde que d'essayer de rencontrer quelqu'un. L'autre est un miroir. Si le miroir est de bonne qualité, il nous permet de nous deviner en lui. Il y a très peu d'événements fondateurs dans une existence. Quatre ou cinq. Tout ce qui mérite le nom d'événement est sans doute de l'ordre de la rencontre. Le coup porté par une émotion, le bouleversement induit par une beauté ou une épreuve, font que l'on se rencontre soi-même tout en découvrant autre chose de soi. La rencontre est le but et le sens d'une vie humaine. Elle permet qu'on ne la traverse pas en somnambule. Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m'auront ému, troublé, éclairé. Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre, l'illumine, le rend vivant. Il capte une lumière et la renvoie. C'est quelque chose de rare. La richesse de cette vie est faite surtout de visages et de quelques paroles. Les mots ne sont pas les plus importants. Ils enferment parfois. Alors que quand ils sont simplement allusifs, à peine écrits, ils amènent le lecteur à faire un travail psychique et délivrant sur lui-même. Les livres sont agencés pour permettre à un silence bienfaisant, fraternel, de venir. Dans cet espace, quelque chose de l'auteur rencontre le lecteur et celui-ci y rencontre quelque chose de lui. Dans ce monde, on parle trop pour ne rien dire. Écrire permet d'aérer le langage, de faire venir de la lumière, quelque chose de neuf et de silencieux entre les mots, sous les phrases. Ce silence est bienfaisant.

Comment présenteriez-vous L'homme-joie ? C'est un livre construit en 15 récits dédiés à celle que vous avez aimée et que vous continuez à aimer...

L'homme-joie est au bord d'être perdu, au bord d'être trouvé... (Immense éclat de rire)... C'est un titre de noble, une figure archétypale de l'homme à venir qui n'existe, en chacun de nous, que par intervalles. La joie dont je parle ici ressemble au sautillement, bref, suspendu, d'une enfant dans des flaques d'eau. Passagère, elle nous traverse le cœur par intermittence. Pourtant, étrangement, elle est plus nous que toute autre chose. L'enfant qui sautille convertit la petite malédiction de la pluie en jubilation, en jeu. Cette joie transforme toute malédiction en gaieté. C'est quelque chose vers lequel nous pouvons tendre, un soleil à venir. Il n'y a pas de règles, pas de recettes. La vie dispose de nous. C'est elle qui fait le travail. Pas nous. Quand cet état d'émerveillement et d'acquiescement à la vie, cette capacité à jouer avec elle, nous tombe dessus, on le sait. La spiritualité est du vif-argent, une floraison étonnante. Elle a de l'insolence, du charme, est toujours imprévue, ne se possède pas. Elle est un printemps hors saison qui pousse dans nos cœurs et qui ne dure qu'un temps. Et ce n'est pas grave. Le passage en nous de quelque chose de spirituel, le sentiment d'être pleinement vivant, nous permet de traverser la nuit du monde. Le monde et la nuit, c'est aujourd'hui à peu près la même chose. Il ne se passe pas de jours sans que l'on voie des dizaines d'étoiles tomber par terre. La spiritualité permet de traverser tout ça et de continuer. Mais toute définition est un enterrement de première classe. Je préfère évoquer la spiritualité en parlant de confiance, cet étrange sentiment, grâce auquel je sais que les moments d'enfermement ou de désespoir que je connais comme tout le monde sont temporaires et qu'autre chose arrivera ensuite. L'enfer sur terre est monotone et normé, un endroit assez conventionnel. Le paradis est tout sauf convenu. Tout y est sans arrêt nouveau ; d'une nouveauté de fleur de cerisier non commerciale. Chaque instant y est vécu comme étant le dernier. La vie est un trésor que nous gâchons. Si on regarde ce qui est autour de nous, de plus fragile, de plus banal, nous pouvons y voir quelque chose d'illuminant. Les mères le savent bien. Quand l'une d'entre elles se penche sur le berceau de son tout-petit en train de dormir, elle est une géante qui veille sur la course des étoiles. Ces choses-là, qui ne sont petites qu'en apparence, sont le meilleur de l'existence. L'esprit est la vraie trace de la vie en nous.
Chaque instant, chaque mot, chaque expérience sont pour vous à la fois mort et renaissance. Tout est possible à chaque instant ? Je le ressens comme ça. Rien n'est jamais perdu. La suite des jours et des nuits est comme une partie de jeu de cartes. On peut toujours la rejouer. La mort est peut-être la carte la plus belle. Le drame d'aujourd'hui est que le temps du cœur, beaucoup plus lent que le temps mesurable, n'est pas respecté, compris.

Quand on vous lit, on a le sentiment que tout est vivant autour de vous...

(Énorme éclat de rire) J'aime beaucoup ça ! C'est nous qui sommes en défaut par moments, qui avons une paupière un peu trop lourde pour le voir. Parfois, nous y parvenons comme le soir où, en passant devant un rosier, j'ai eu la sensation que le rouge des fleurs trouait la nuit et m'appelait, me sifflait. Ce sont ces sortes d'accidents lumineux, imprévus, qui, quand ils m'arrivent, me font prendre conscience que tout est vivant, en lien.

Quelle est la fonction d'un livre ?

Un vrai livre écoute le lecteur. Mon expérience de lecteur sait qu'à de rares moments quelque chose sort d'un livre, vient s'asseoir à côté de vous et se met à vous écouter. Les mots sont écrits et agencés de telle façon que vous vous sentez écouté par eux. Quand la chose vraie vous est dite, vous n'avez pas besoin d'un expert pour l'authentifier. Votre cœur et votre expérience la reconnaissent, résonnent avec elle.

L'un de vos récits évoque votre expérience de la peinture de Soulages. Un bouleversement total pour vous.

Mon âme prend un bain de nuit devant ses tableaux. Pour moi, Soulages n'est pas un peintre, mais l'un des plus grands penseurs de tous les temps. Il a des noirs pascaliens. Il se sert du noir comme d'un ambassadeur pour faire venir la lumière. C'est inouï et génial. En jouant sur le relief, les sillons, la pâte de sa peinture, Pierre Soulages fait venir la lumière du ciel à partir de quelque chose qui devrait être morne, constant, sans nuances, comme le sont souvent nos jours. La matière de sa peinture a à voir avec le silence qu'une page heureuse peut modeler. C'est un peu comme une main qui se pose sur le coeur et qui commence à le masser, à l'apaiser, à le purifier. C'est une grande joie de voir ça. Ce sont des montagnes noires, heureuses. Des paradoxes. Heureuses, car la pensée est suscitée, réveillée, à son maximum. Les peintures de Soulages atteignent en moi LE grand lac des images ; le lieu souterrain de la psyché d'où vient toute poésie. Et il est très curieux qu'il atteigne ce lac en ayant supprimé toute représentation.

Le bonheur, qu'est-ce que c'est pour vous ?

Ce n'est pas le contraire du malheur. Une vieille gitane a dit un jour que la vie la plus riche est celle où on a beaucoup souffert. Si on entend précisément cette phrase, il n'y a rien de doloriste. C'est juste que la vie qui s'est affrontée le plus à la vie est sans aucun doute la plus heureuse. L'image physique du bonheur serait d'imaginer un rosier injurié par la grêle. Il est dans le réel brut et pur.

Christian Bobin, Entretien avec Catherine Jarry

samedi 2 avril 2016

Rumi et Bouddha


Quand nous ne sommes plus qu'Univers ! 




Paroles du Bouddha

 - L’univers et ses habitants sont aussi éphémères que nuages au ciel. 

 - Les êtres qui naissent et meurent sont comme un spectacle de danse ou une pièce de théâtre, leur durée de vie est aussi brève que l’éclair ou l’éclat fugitif d’une luciole. 

 - Tout passe à la vitesse des eaux ruisselantes d’une cascade.

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vendredi 1 avril 2016

Sourire d'avril




Hommage à Imre Kertész

L'écrivain hongrois Imre Kertesz est décédé le 31 mars 2016 à l'âge de 86 ans. 

  "Celui qui survit n'est pas le coupable, mais il représente l'erreur, le grain de sable, car toute la machinerie nazie, ce que Raul Hilberg nomme la « destruction des juifs d'Europe », est conçue pour fabriquer un phénomène de masse : la mort en masse. Le survivant, c'est la panne imprévisible du fonctionnement ! Quand on m'a retrouvé à moitié mort dans une flaque d'eau gelée sur le béton de Buchenwald, je ne peux toujours pas considérer comme rationnel le fait d'avoir été sauvé. Pourquoi moi ? Pourquoi pas un autre ? C'est cela, être sans destin. Si vous voulez vraiment apprendre quelque chose d'Auschwitz, interrogez donc les morts ! Eux seuls savent. Nous autres survivants, nous n'avons participé que d'une manière infime à l'extermination, même si nous en avons payé le prix fort moralement. Dans la dynamique de l'extermination, le bourreau et sa victime vont la main dans la main. Ils ont le même but, la mort." 
(interview : Le Point)

Je l'avais déjà entendu dire, et je pouvais désormais en témoigner : en vérité, les murs étroits des prisons ne peuvent pas tracer de limite aux ailes de notre imagination.
Le fait est que, même en captivité, notre imagination reste libre.
Etre sans destin

« Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,

sombrer,
mon Dieu !
faites que je sombre
pour l’éternité,
Amen. »
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas

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