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lundi 3 novembre 2025

Désapprendre



« N'apprends qu'avec réserve. Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que, naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête innocent! sans songer aux conséquences.
Apprendre, apprendre, cela va toujours. Mais désapprendre, désapprendre, il y faudrait une vie de chaque jour.
On te met dans la tête des certitudes. Plus tard, tu t'apercevras qu'il fallait tout remettre en question. Trop tard. Les habitudes de pensée sont prises. Tu resteras un homme à idées fixes, un homme à cases, un homme qui a réponse à tout, sauf aux vraies questions.
La vie est un désapprentissage. Le sage est un désappreneur. »

Henri Michaux~ {Poteaux d'angle}


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lundi 25 août 2025

Privation impossible

 

Il aurait sans doute préféré ne pas savoir, ne pas se poser de questions, ne se douter de rien, et continuer de se complaire dans le charme de l'insouciance, la douceur de l'illusion, la paresse de la tranquillité de l'esprit.

Mais la vie est malicieuse et têtue, elle se charge d'éclairer vos ombres en semant inlassablement sur votre chemin les événements qui vous obligeront à apprivoiser vos démons.

Impossible de priver votre âme de ce qu'elle a besoin d'expérimenter ici-bas. Impossible de couler une existence heureuse en contournant ce que vous devez apprendre.

Laurent Gounelle - Un monde presque parfait

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jeudi 22 mai 2025

Apprendre ou à laisser ?

 


Le meilleur pour les turbulences de l'esprit, c'est apprendre. C'est la seule chose qui n'échoue jamais. Vous pouvez vieillir et trembler, vous pouvez veiller la nuit en écoutant le désordre de vos veines, vous pouvez manquer votre seul amour et vous pouvez perdre votre argent à cause d'un monstre ; vous pouvez voir le monde qui vous entoure dévasté par des fous dangereux, ou savoir que votre honneur est piétiné dans les égouts des esprits les plus vils, il n'y a qu'une seule chose à faire dans de telles conditions : apprendre.

Marguerite Yourcenar


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mardi 9 juillet 2024

Apprends à être heureux avec Fabrice Midal

1. QU'EST-CE QUE TU CHERCHES ? NOURRIS TON AVIDITÉ !

Ferme les yeux. Souviens-toi de moments récents où tu t’es enfin senti.e satisfaite, comblé.e. Tu risques d’être déconcerté.e par ce qui vient : marcher dans le silence, écouter de la musique, appeler un ami, prendre un café sur une terrasse, nager... T’accordes-tu le droit de pratiquer ces « petites choses » qui te procurent un sentiment de plénitude parce qu’elles te nourrissent en profondeur?

Décide de leur laisser plus de place dans ta vie.

À travers cet exercice, comprends que seuls peuvent te combler ces petits moments que tu as tendance à mépriser, à considérer comme dérisoires, à assimiler à une perte de temps.

Or, ces moments reflètent un besoin profond en toi que tu n’écoutais pas assez. Ils doivent devenir une construction fondamentale de ton existence.

2. LE RITUEL DE L'APPRÉCIATION


On accomplit quantité d’actions d’une manière mécanique qui nous assèche, nous appauvrit, nous frustre. Par exemple, habiller le petit dernier pour aller à l’école, éplucher les légumes du dîner, arroser les plantes. Choisis l’une de ces actions (ou une autre qui lui est équivalente) et prends le temps de la réaliser en l’appréciant. Tu n’iras pas forcément moins vite mais, plutôt que de te focaliser sur la tâche elle-même, rentre dans toutes les émotions agréables que tu ressens. Il y a, en chaque situation, une part de beauté, d’émotion, qui ne demande qu’à se découvrir. Quand tu as terminé, remercie pour ce moment de bonheur que tu as vécu dans une tâche aussi banale que tu exécutes chaque jour.

3. LES QUALITÉS QUI TE NOURRISSENT

Au fond, de quoi as-tu besoin? Autrement dit, qu'est-ce qui te donne de la joie? Le rire, la tendresse, le courage, l’action? Les réponses à cette question varient au fil des jours, voire au cours d'une journée. Ferme les yeux et laisse venir à toi les deux qualités qui, à cet instant, te combleraient. Est-ce l’amour et la tendresse? Convoque-les ! Appelle un proche dans cette intention très précise et laisse la conversation irradier et te nourrir. Ne bavarde pas mécaniquement! Cette tendresse, tu peux aussi te l’offrir : fais-toi plaisir, va te promener ou écoute une musique qui te plaît, sans penser à autre chose qu’à la joie qu’elle te procure. Par cet exercice, tu redeviens acteur.rice de ta vie.

Une fois que tu as identifié ce qui t'apportera ici, tout de suite, de la joie, envisage l’action à mettre en œuvre pour vivre ce moment. Il s’agit d’actions simples qui suffisent à nourrir le vide, à combler l’avidité.


4. S'ENRACINER DANS LA TERRE

Cet exercice peut s'effectuer en quelques minutes, en une demi-heure ou même plus. La seule règle est ton ressenti.
Si tu es debout, concentre ton attention sur tes pieds, en contact avec le sol.
Si tu es assis.e ou allongé.e, laisse ton attention aller là où ton corps rencontre la terre, le sol.
Autorise-toi à être attiré.e par la terre, à sentir que tu peux t’y enraciner par tous les points de contact que tu as avec elle.
Ancre-toi et sens-la te nourrir.
Si cela t’aide, visualise des racines qui sortent de ton corps comme d’un arbre et rentrent profondément dans le sol pour en absorber les nutriments, les rapporter à toi et régénérer chaque cellule de ton corps grâce à la puissance nourricière de la terre. 

source : psychologies magazine

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mercredi 17 avril 2024

Ecole de la souplesse

 L’école du saule (par Cécile Bolly)


Il était une fois, il y a très longtemps, dans un pays très loin d'ici, un homme qui marchait. Il marchait parfois vite, parfois lentement, sous le soleil ou dans le vent. Il quittait la Chine, où il venait d'apprendre les arts martiaux, et rentrait chez lui. En chemin, il pensait à la technique qu'on lui avait enseignée. Il sentait qu’il y avait sans doute quelque chose à associer à cette technique ; quelque chose de plus intérieur, une réflexion philosophique, peut-être, ou un fondement spirituel. Quelle est, se demandait-il, la force qu’il faut opposer à la force pour la combattre ? Se retirant longuement dans un temple zen afin d'y méditer, il se promène un jour dans le grand jardin alors qu'il y neige abondamment. Son attention est subitement attirée par le bruit d’une branche de cerisier qui casse sous la neige malgré sa robustesse. Un peu plus loin, alors qu'il s'approche d’un saule, il voit la neige glisser silencieusement à terre et la branche pourtant fragile du saule se relever, indemne. À ce moment-là, son esprit s'éclaire, son âme s’éveille. Il comprend que ce n’est pas la force qu'il faut opposer à la force, mais bien la souplesse ; que ce n’est pas la lance qu’il faut opposer à la lance, mais bien la main vide et le cœur pacifié. Depuis lors, on attribue à ce médecin japonais, Shirobei Akiyama, la création de l'école du saule, Yoshin-ryu, qui a donné naissance au judo et au ju-jitsu. Cette école du saule, ou plus précisément cette école de l’esprit du saule, est ma préférée ! Que ce soit dans mon travail de médecin, dans celui de vannière ou à d’autres moments encore, je me sens avant tout dans la recherche du geste juste.

Le saule est un des arbres qui permet de faire de la vannerie. Les branches de saule une fois coupées deviennent des brins d’osier, que des mains tissent pour réaliser un panier. La beauté de celui-ci dépend de la qualité de chaque geste effectué, qui n’est pas seulement un geste technique, mais une trace de l’interdépendance entre différentes formes du vivant. Au moment de l’imaginer ou même de le créer, nul ne sait ce que ce panier pourra contenir. Dans mon travail de médecin et de psychothérapeute, la recherche du geste juste est tout aussi importante. Pour moi, elle se manifeste avant tout dans la qualité de l’écoute que je peux offrir à l’autre. Qu’est-ce qu’écouter, si ce n’est offrir un contenant, être contenant, afin que ce moment de rencontre puisse accompagner, relier, soutenir, contenir, protéger parfois.

Plus largement, quels que soient notre place, notre rôle, notre fonction, l’école de l’esprit du saule nous apprend donc la souplesse, la disponibilité, l’attention à tout être vivant. Elle nous rend ainsi capables de tisser des liens solides et porteurs de sens, des liens qui libèrent.

Extrait du livre "La puissance des liens" de Ilios Kotsou, Caroline Lesire, Christophe André, Abdennour Bidar, Fabienne Brugère, Rébecca Shankland, Matthieu Ricard

jeudi 11 mars 2021

Emotion quand tu nous tiens...


« Les émotions sont le sel de la Vie ! »


Oui, c’est vrai, sauf quand elles se nouent, se bloquent, ou s’expriment peu ou mal. Dans ce cas, les émotions peuvent devenir le principal vecteur de nos petits et grands tracas, entraînant parfois des conséquences que nous aurions souhaité éviter. 


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vendredi 19 février 2021

Transmission directe

 


L'opinion de mon professeur était que les textes taoïstes n'ont jamais été destinés à être la seule source d'apprentissage. Il disait plutôt qu'il s'agissait de livres de notions clés, d'aides à la mémoire pour aider un maître à exposer le Tao. Dans une culture où le professeur et la tradition orale sont primordiaux, cela semble juste. Cela renforce également le penchant traditionnel pour le secret - seul l'initié pouvait déchiffrer les paroles des sages.
Trois points méritent d'être soulignés ici. Premièrement, l'ambiguïté, la brièveté et le caractère parfois illogique des écrits sont tout à fait acceptables. Tant que quelqu'un peut expliquer la signification des textes, ils sont utiles.
Deuxièmement, il n'est pas possible de chercher des arguments soigneusement construits et indépendants que nous pouvons analyser comme nous le faisons avec les écrits philosophiques occidentaux. Ils n'étaient pas destinés à persuader qui que ce soit de leur propre chef.
Troisièmement, cela rend la traduction problématique. Il est impossible de saisir les nuances et les jeux de mots, et cela rend toutes les traductions lourdes de points de vue et d'interprétations personnelles.
Aujourd'hui, les gens sont de plus en plus nombreux à apprendre à partir de vidéos. Leurs mouvements sont étonnamment bidimensionnels. Après tout, ils n'ont vu qu'un seul angle et ne peuvent obtenir aucune réponse à leurs questions.
Je continue à croire qu'il faut apprendre les arts martiaux, le taoïsme, et en fait presque toutes les matières avec un professeur vivant. L'essence de tout art existe au-delà de sa technique. Seule une transmission directe au-delà des écritures, comme le disent les maîtres zen, éveille le Tao en vous.

Fabrice Jordan
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samedi 11 avril 2020

Période pour apprendre




Si je n’apprends rien de moi durant cette période, je n’apprendrai jamais rien.
Si elle ne pose pas de questions sur mes liens, mes relations à l'autre, mon rapport à mes proches et à moi-même : qu’en dire ?
Si elle ne remet pas en cause mon appréhension de l'Intérieur et de l'Extérieur : qu'en faire ?
Si elle ne me permet pas de Voir mes habitudes délétères, mes mécanismes, mes enchaînements machinaux : alors quoi ?
Si elle n’est pas le moyen de faire un pas de côté, de labourer quelques champs laissés en friche, d’essayer quelque chose : quid du sens ?
Si, finalement, elle n’est qu’un temps subi qui n’attend que de me voir sauter de nouveau, pieds joints, mains attachées derrière le dos, dans la précipitation du monde, alors :
pauvre de moi.
Judith Wiart
Ceux qui ont aimé le texte de Judith peuvent visiter son site (La Mare Rouge) pour en lire d'autres.

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dimanche 8 septembre 2019

Talents...



"Développez vos talents naturels, asseyez-vous devant les faits comme un petit enfant et soyez prêts à renoncer à toute idée préconçue, laissez-vous humblement guider dans n'importe quel abysse et partout où la nature vous mène, car autrement vous n'apprendrez rien."

T. H. Huxley

jeudi 23 mai 2019

Apprendre... à s'aimer !

 
peinture Emmanuel Zairis 1876-1948

Comme (presque) toutes les petites filles j’ai rêvé d’un prince qui m’aimerait...il serait beau, il serait doux, il serait fort, me protégerait et par-dessus tout me réveillerait, me révélerait; derrière ma timidité et ma rondeur, il verrait ma beauté intérieure et bien entendu, nous serions très heureux et aurions beaucoup d’enfants.
Je pense à ce jour que beaucoup de jeunes garçons rêvent de filles qui les aimeront, qui seront belles et tendres, les écouteront, les comprend
ront et qui les révéleront, car derrière leur acné, leur timidité ou leur couardise, elles verront leur beauté, leur force et leur courage.
Nous ne rêvons pas de l’amour, nous rêvons d’être aimés.
Alors bien sûr la déception est grande car nous sommes tous imparfaits et la relation amoureuse, avec le temps, révélera plus encore nos imperfections et nos manques, nos frustrations et nos limitations.
Faut-il que notre blessure d’amour soit profonde et faut-il qu’en notre enfance nous en ayons bien peu reçu de cet amour sans condition, pour ne pas pouvoir avancer dans la vie le cœur plein, sans attendre d’une autre ou d’un autre qu’il le remplisse.
Il faudra parfois toute une vie pour le comprendre, remplir son cœur de sa propre richesse et apprendre à s’aimer...

Elisabeth Kuhn 
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lundi 20 novembre 2017

Que fais-tu grand-mère ?


Que fais-tu grand-mère ?

J'apprends la patience et l'ennui,

Le goût de l'instant, la joie de chaque jour,
J'apprends que la tristesse du cœur est nuage,
Et nuage aussi est le plaisir …
Que fais-tu grand-mère, assise-là, dehors, toute seule ?
Eh bien, vois-tu, j'apprends.
J'apprends le petit, le minuscule, l'infini,
J'apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne.
J'apprends à être transparente.
A regarder au lieu d'être regardée.
J'apprends le goût de l'instant quand mes mains tremblent,
La précipitation du cœur qui bat trop vite.
J'apprends à marcher doucement,
A bouger dans les limites plus étroites qu'avant
Et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère ?

J'apprends avec les arbres, et avec les oiseaux.
J'apprends avec les nuages.
J'apprends à rester en place et à vivre dans le silence.
J'apprends à regarder les yeux ouverts et à écouter le vent.
J'apprends la patience et aussi l'ennui :
J'apprends que la tristesse du cœur est un nuage,
Et nuage aussi est le plaisir :
J'apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir
Et à recommencer sans me lasser.
J'apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l'automne,
À voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie
Et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre.
J'apprends que les chemins se divisent et se perdent,
Que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent
Et qu'il est meilleur que nos mains restent ouvertes …
J'apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis,
Et toutes les joies qui se faufilent, poissons d'argent dans la masse de notre vie.

Grand-mère, je ne comprends pas : pourquoi apprendre tout cela ?

Parce qu'il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains,

A accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée.
Par ce qu'avec l'élan de la vague et le long retrait des marées,
J'apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux.
J'apprends qu'il n'est pas de temps perdu ni de temps gagné,
Mais que l'infini est là, dans chaque instant …
Cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
J'apprends qu'il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur,
Que leurs yeux se reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs.
J'apprends à marcher sur des sentiers étroits sans peur,
A regarder les montagnes qui se profitent au loin et que je n'atteindrai pas :
J'apprends les milliers de pas qui ont marché avant moi sur ces même sentiers.
J'apprends les vieilles traces et les jeunes nuages.
J'apprends qu'il faut se tenir prêt à partir quand le vent souffle.
Qu'on avance mieux en se donnant la main.
Que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille.
Que la route est sans fin, est pourtant toujours exactement là.

Et avec tout ça, pour finir, qu'apprends-tu grand-mère ?

J'apprends, dit la grand-mère à l'enfant, j'apprends tout simplement à être vieille.

Joshin Luce Bachoux
nonne bouddhiste:
L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, plante, plein air et nature 


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jeudi 14 juillet 2016

Il arrive un temps...

Il arrive un temps dans la vie où on apprend
la différence entre tenir la main de l'autre
et l'enchaîner à soi.
Un temps où on apprend que l'amour
ne signifie pas se soulager de tout soucis sur l'autre.
Et que la compagnie n'est pas toujours
une garantie contre la solitude.
Un temps où on apprend que les baisers
ne sont que des cadeaux
ne sont pas des promesses.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend
à accepter ses échecs en gardant la tête haute
et les yeux ouvert,
où on apprend à bâtir notre vie dans l'instant présent
parce qu'on ignore si on sera toujours là demain.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend
que même le soleil brûle si on abuse.
Il arrive un temps dans la vie où on apprend...
La souffrance, la peine, l’absence,
Mais où on apprend qu'on a en soi
la force d'y faire face.
Il arrive un temps dans la vie où on découvre...
ce que l'on vaut vraiment...
Et on continue d’apprendre...
Avec chaque abandon, chaque perte,
chaque départ, on apprend.
Alors travaillons à décorer notre jardin intérieur,
au lieu d'attendre que quelqu'un nous offre des fleurs.

Inspiré d’un texte de Veronica A.Shoffstall

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mercredi 13 avril 2016

Grand-mère avec Joshin Luce Bachoux

« Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ? »

Eh bien, vois-tu, j’apprends. J’apprends le petit, le minuscule, l’infini. J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne. J’apprends à être transparente, à regarder au lieu d’être regardée. J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent, la précipitation du cœur qui bat trop vite. J’apprends à marcher doucement, à bouger dans des limites plus étroites qu’avant et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

« Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ? »

J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j’apprends avec les nuages. J’apprends à rester en place, et à vivre dans le silence. J’apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j’apprends la patience et aussi l’ennui ; j’apprends que la tristesse du cœur est un nuage, et nuage aussi le plaisir; j’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
J’apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l’automne, à voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre. J’apprends que les chemins se divisent et se perdent, que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent et qu’il est meilleur que nos mains restent ouvertes. J’apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis, et toutes les joies qui se faufilent, poissons d’argent dans la masse de notre vie. 

« Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ? »

Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée ; parce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées, j’apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux. J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs. J’apprends qu’on avance mieux en se donnant la main, que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille. Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

« Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu donc grand-mère ? »

J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends à être vieille !

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