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mardi 23 septembre 2025

Le ciel est bleu...?


Il y a très longtemps, quelqu'un vous a dit : « Le ciel est bleu. » Et depuis vous avez toujours transporté cette idée avec vous.

Un chien ne dit jamais : « Le ciel est bleu ». Les chats ne disent jamais : « Les arbres sont verts ». Un chien ne dit jamais « Je suis un chien ». Les chats ne savent pas qu'ils sont des chats. Les êtres humains fabriquent tout et se disputent ensuite à ce sujet. Leur vue est une vue erronée. Ils fabriquent la couleur, la taille, la forme, le temps, l’espace, les noms et les formes. Les êtres humains fabriquent la cause et l’effet, la vie et la mort, la venue et le départ.

Originellement, ces choses n'existent pas. Tout vient de notre pensée : notre pensée fabrique chaque phénomène. Ce n'est rien de plus que l'idée de quelqu'un d'autre. Les Américains ont une idée américaine : ils disent dog. Les Coréens ont une idée coréenne : ils n'appellent pas ça dog mais gye . Lequel des deux est correct ?

Pour avoir la bonne réponse, allez donc demander à un chien : « Êtes-vous un chien ? ». Sa réponse risque d'être intéressante.

Si, pour la transformer en sagesse, nous voulons digérer toute notre compréhension des choses, nous devons retourner à notre esprit avant le moment où s'est élevée la première pensée. Cet état n'a ni nom ni forme. Certains l'appellent : esprit, nature, substance, Dieu, soi, Bouddha, âme ou conscience. Mais originellement cet état n'a pas de nom, pas de forme, parce qu'il se situe avant la pensée. Aussi, ouvrir la bouche pour nommer quoi que ce soit, est déjà une faute grave.

Seung Sahn

Extraits de 365 jours Zen, Ed. Le Courrier du Livre, 2002.

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lundi 2 juillet 2012

Que suis-je ? avec Grazyna Perl

Daniel Morin nous parlait "Du Grand Je ne sais pas". Voici un extrait du livre de Grazyna Perl, "Quand la fleur se fane, où s'en va son parfum ?" où le parfum du "ne sais pas" nous embaume de nouveau...


«Que suis-je ? » Qu'est-ce que cet être qui respire, qui marche, qui mange, qui est assis là à méditer? Est-ce mon corps ? Mais je ne suis pas qu'un corps ? Qu'est-ce qui se pose ces questions ? Mon esprit? Mais je ne suis pas qu'un esprit. Qu'y a-t-il plus qui constitue ce «moi» ? Comment répondre ?
Maître Seung Sahn dit : « La question originelle est: "Que suis-je?" Et votre réponse est: "Je ne sais pas." Qu'est-ce qui "ne sait pas"? Vous êtes toujours coincé dans la question. Vous êtes à l'un de ses bouts : soit je sais, soit je ne sais pas, et ils sont opposés. Qu'arrive-t-il si vous jetez juste toutes ces questions et vous contentez de vivre ? » 


Un point essentiel de l'enseignement de Maître Seung Sahn est ce qu'il appelle l'esprit «ne sais pas ». L'esprit «ne sais pas » est l'esprit d'avant les pensées. « Qu'es-tu ? — Je ne sais pas. » C'est l'esprit que vous avez quand vous faites une réponse spontanée, sans avoir à réfléchir, sans qu'elle entraîne des pensées en chaîne. «De quelle couleur sont tes cheveux ? — Blonds. » 
Ou quand vous conduisez, et que vous ne faites que conduire ; quand vous dansez et que vous ne faites que danser ; quand vous riez, quand vous pleurez à chaudes larmes. Quand vous laissez la réalité apparaître.
 «Les dix mille questions ne sont qu'une question, disait Maître Seung Sahn : "Que suis-je ?" » 
Et cette question est le seul moyen direct pour comprendre l'esprit «ne sais pas». 


La position de méditation, la position zazen, correspond à cela : il s'agit de se poser, de déposer l'esprit, de laisser le corps respirer, avant que les questions viennent. Le but de la pratique que j'ai apprise de Maître Seung Sahn et que j'enseigne à mon tour est de conserver en permanence, partout et tout le temps, cet esprit «ne sais pas ». « Ne sais pas » n'a rien à voir avec l'ignorance. C'est l'esprit prêt à recevoir le monde tel qu'il est, «juste ainsi ». Il est pleinement ouvert à la vérité qui advient et nous ouvre au contraire les horizons les plus vastes.


p.54-57

mardi 7 août 2007

"Cendres sur le Bouddha" de Seung Sahn

Né en 1927 en Corée du Nord de parents chrétiens protestants, Seung Sahn atteint l'éveil à vingt-deux ans. Il est militaire durant cinq ans puis réformateur de l'ordre bouddhiste Chogye. Il enseigne alors neuf ans au japon. En 1972, il arrive aux États-Unis sans argent ni connaissance de la langue. Il a dirigé un réseau mondial de centres zen, jusqu'à sa mort, en 2004. J'ai beaucoup apprécié ce livre de référence, Cendres sur le Bouddha, dont voici un extrait :
Le cercle Zen


Un soir, au Centre zen de Providence, Seung Sahn Soen-sa prononça le discours suivant

« Qu'est-ce que le Zen ? Le Zen, c'est se comprendre soi-même. Que suis-je?

« J'explique le Zen au moyen d'un cercle. Il y a cinq points marqués sur ce cercle : zéro degré, quatre-vingt-dix degrés, cent quatre-vingts degrés, deux cent soixante-dix degrés, et trois cent soixante degrés. 360 degrés sont exactement le même point que 0 degré.

«Nous commençons avec l'intervalle compris entre 0 et 90 degrés. C'est la zone de la pensée et de l'attachement. La pensée est désir, le désir est souffrance. Toutes choses sont divisées en opposés : bon et mauvais, beau et laid, à toi et à moi. J'aime ceci, je n'aime pas cela. J'essaie d'être heureux, et d'éviter la souffrance. Donc, la vie ici est souffrance, et la souffrance est la vie.

« Au-delà de 90 degrés se trouve la zone de la conscience, ou "Moi-Karma". Avant 90 degrés, on est attaché au nom et à la forme. Ici, il y a un attachement à la pensée. Avant de naître tu étais zéro, maintenant tu es un, dans le futur tu mourras et de nouveau deviendras zéro. Donc, zéro égale un, un égale zéro. Toutes choses ici sont identiques, car elles sont faites de la même substance. Elles ont toutes un nom et une forme, mais leurs noms et leurs formes viennent de la vacuité et retourneront à la vacuité. On reste encore dans le domaine de la pensée.

« À 180 degrés, il n'y a pas de pensée du tout. C'est l'expérience de la vraie vacuité. Avant la pensée, il n'y a ni mots ni discours. Il n'y a donc ni montagne, ni rivière, ni Dieu, ni Bouddha, rien du tout. Il y a seulement... » À ce moment, Soen-sa frappe la table.

« Ensuite, vient la zone au-dessus de 270 degrés, la zone de la magie et des miracles. Ici, la liberté est totale, sans limite ni dans le temps ni dans l'espace. C'est ce qu'on appelle "la pensée vivante". Je peux me transformer en serpent. Je peux chevaucher un nuage jusqu'au Paradis de l'Ouest. Je peux marcher sur l'eau. Si je veux la vie, j'ai la vie; si je veux la mort, j'ai la mort. Dans cette zone, une statue peut pleurer; le sol n'est ni clair ni foncé; l'arbre n'a pas de racines; la vallée pas d'écho.

« Si tu restes à 180 degrés, tu deviens attaché à la vacuité. Si tu restes à 270 degrés, tu deviens attaché à la liberté.

« À 360 degrés, toutes choses sont simplement comme elles sont, la vérité est juste ainsi. "Juste ainsi" signifie qu'il n'y a pas d'attachement à quoi que ce soit. Ce point est exactement le même point que zéro; nous arrivons où nous avons commencé, où nous avons toujours été. La différence est qu'à zéro degré il y a une pensée avec attachement, tandis que 360 degrés correspondent à une pensée sans attachement.

« Par exemple, si tu conduis une voiture en étant attaché à la pensée, ton esprit sera ailleurs, et tu passeras au feu rouge. Si tu n'es pas attaché à la pensée, ton esprit est clair tout le temps. Lorsque tu conduis, tu ne penses pas, tu te contentes de conduire. Aussi la vérité est-elle "juste ainsi". Le feu rouge signifie "Arrêtez-vous", le feu vert signifie "Allez-y". C'est de l'action intuitive. Action intuitive veut dire agir sans aucun désir ou attachement. Mon esprit est comme un miroir clair, qui réfléchit toutes choses simplement comme elles sont. Le rouge vient, et le miroir devient rouge; le jaune vient, et le miroir devient jaune. C'est ainsi que vit un bodhisattva. Je n'ai aucun désir pour moi-même. Mes actions sont destinées à tous les êtres.

« Zéro degré, c'est le "Petit Moi". 90 degrés, le "Moi-Karma". 180 degrés désignent le "Moi-Vide". 270 degrés, le "Moi-Liberté". 360 degrés correspondent au "Grand Moi". Le "Grand Moi" est temps infini et espace infini. Alors, il n'y a ni vie ni mort. Je souhaite uniquement sauver tous les êtres. Si les gens sont heureux, je suis heureux; si les gens sont tristes, je suis triste.