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jeudi 8 mai 2025

Dans le bon sens

 


« L’absurde naît lorsque l’être humain cherche un sens dans un univers indifférent. Mais de cet absurde jaillissent des forces : la révolte, la liberté et la passion. Accepter que la vie soit dénuée de sens intrinsèque n’est pas une résignation, c’est un appel à vivre pleinement, à créer du sens dans chaque acte, car même dans le silence du monde, l’existence mérite d’être embrassée. »

Albert Camus

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samedi 3 septembre 2016

Lumière miraculeuse... avec Albert camus


"Ce jardin de l'autre côté de la fenêtre, je n'en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c'est encore les feuillages. Plus haut, c'est le soleil.
Et de toute cette jubilation de l'air que l'on sent au dehors, de toute cette joie épandue sur le monde, je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs.
Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum blond d'herbes séchées. Une brise, et les ombres s'animent sur le rideau. Qu'un nuage couvre, puis découvre le soleil, et voici que de l'ombre surgit le jaune éclatant de ce vase de mimosas.
Il suffit : cette seule lueur naissante et me voici inondé d'une joie confuse et étourdissante.
Prisonnier de la caverne, me voici seul en face de l'ombre du monde. Après-midi de janvier. Mais le froid reste au fond de l'air. Partout une pellicule de soleil qui craquerait sous l'ongle, mais qui revêt toutes choses d'un éternel sourire.
Qui suis-je et que puis-je faire — sinon entrer dans le jeu des feuillages et de la lumière. Être ce rayon de soleil où ma cigarette se consume, cette douceur et cette passion discrète qui respire dans l'air.
Si j'essaie de m'atteindre, c'est tout au fond de cette lumière . Et si je tente de comprendre et de savourer cette délicate saveur qui livre le secret du monde, c'est moi-même que je trouve au fond de l'univers.
Moi-même, c'est-à-dire cette extrême émotion qui me délivre du décor. Tout à l'heure, d'autres choses et les hommes me reprendront.
Mais laissez-moi découper cette minute dans l'étoffe du temps, comme d'autres laissent une fleur entre les pages. Ils y enferment une promenade où l'amour les a effleurés. Et moi aussi, je me promène, mais c'est un dieu qui me caresse.
La vie est courte et c'est péché que de perdre son temps. Je perds mon temps pendant tout le jour et les autres disent que je suis très actif. Aujourd'hui c'est une halte et mon cœur s'en va à la rencontre de lui-même.
Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts comme les perles du mercure.
Laissez donc ceux qui veulent se séparer du monde. Je ne me plains plus puisque je me regarde naître. Je suis heureux dans ce monde, car mon royaume est de ce monde.
Nuage qui passe et instant qui pâlit. Mort de moi-même à moi-même. Le livre s'ouvre à une page aimée. Qu'elle est fade aujourd'hui en présence du livre du monde.
Est-il vrai que j'ai souffert, n'est-il pas vrai que je souffre ; et que cette souffrance me grise parce qu'elle est ce soleil et ces ombres, cette chaleur et ce froid que l'on sent très loin, tout au fond de l'air.
Vais-je me demander si quelque chose meurt et si les hommes souffrent puisque tout est écrit dans cette fenêtre où le ciel déverse sa plénitude.
Je peux dire et je dirai tout à l'heure que ce qui compte est d'être humain, simple. Non, ce qui compte est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité. Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?
Instant d'adorable silence. Les hommes se sont tus. Mais le chant du monde s’élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d'avoir désiré.
L'éternité est là et moi je l'espérais. Maintenant je puis parler. Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux que cette continuelle présence de moi-même à moi-même.
Ce n'est pas d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient.
On se croit retranché du monde, mais il suffit qu'un olivier se dresse dans la poussière dorée, il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance.
Ainsi de moi. Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse."

Albert Camus,
Extrait de « Carnets I. — Mai 1935 – Février 1942.

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lundi 9 mai 2016

La phrase du renouveau de Pierre Rochefort


"C'est finalement au plus fort de l'hiver 
que j'ai compris qu'il existait en moi un invincible printemps." 
Albert Camus (1913-1960). 
Cette citation est tirée du Mythe de Sisyphe 

 « Je suis souvent victime de coups au moral, où je me dis que tout va mal, que je n’y arriverai pas, que je ne saurai pas progresser, devenir plus altruiste, plus généreux, plus ceci ou cela... Au fond, je passe le plus clair de mon temps à tendre vers un idéal si inaccessible qu’il m'arrive de douter. Dans ces moments, je me souviens de cette phrase, lue pour la première fois au lycée. Elle m’ouvre un autre chemin. J’aime son optimisme qui me rassure.

Gagner en confiance est le chantier sur lequel je travaille depuis une décennie. J’ai vu des psys, j’ai essayé un peu tout : rêve éveillé, hypnose... Tout m’a plu, mais je n’ai rien poursuivi. Parce que lorsque je suis “au plus fort de l’hiver”, j’ai tendance à fuir. A “me” fuir. Or, cette phrase de Camus appelle, au contraire, à oser regarder en soi, et y découvrir des forces cachées. J’espère avancer dans ce sens. Pour me sentir un jour, enfin, en compagnie de l’homme abouti en moi. » 

Pierre Rochefort
(source : psychologies magazine mai 2016)


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lundi 25 novembre 2013

Une rencontre avec Abd Al Malik


Samedi soir, je suis allé écouter Abd Al Malik. Un concert qui m'a paru très court car j'ai été transporté par les mots et la musique. 

" Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre." 
Albert Camus

Ci-joint une chanson de l'album "l'art et la révolte",
et la lettre d'Abd Al Malik adressée à Camus (désolé pour le son mais l'enregistrement a été effectué avec un portable)



La nuit à Naïma



Il est des lieux où le où s’est éteint ou le comment de l’action ne signifie plus rien
Il est des lieux où il n’y a rien aux alentours ou en pleine nuit le soleil éclaire comme en plein jour
Il est des lieux où les directions s’éteignent ou les cieux ne reflètent plus aucun par terre
Il est des lieux où l’égo et l’endroit de la tourmente et le cœur celui de la félicité que l’on contemple
Il est des lieux où l’on ne voyage que de nuit où la louange est une station ou l’on s’évanouit
J’ai entendu parler de Naima, j’ai rêvé de Naima, j’ai cru te voir Naima, je suis allé à Naima par une piste qui descendait au ciel

Il est des lieux où l’on ne revient pas même si l’on s’en va, qu’on ne quitte pas

Il est des lieux où le temps ne peut imposer sa raison, ou le sommeil est l’allusif de la mort et de la résurrection
Il est des lieux où la présence te change ou chaque mot prononcé est étrange
Il est des lieux où les cœurs chantent à tue-tête, ou le poème n’est plus le privilège de l’esthète
Il est des lieux où l’on vit éternellement ou alors on y meurt à chaque instant
J’ai entendu parler de Naima, j’ai rêvé de Naima, j’ai cru te voir Naima, je suis allé à Naima par une piste qui descendait au ciel

Il est des lieux où les voix sont des silences, où des voiles de lumières nous tiennent à distance

Il est des lieux où les astres se ramassent à même le sol où les animaux pleurent avec les hommes
Il est des lieux où le langage est solaire puisque la demeure est polaire
Il est des lieux où les tables sont toujours déployées en ton honneur
Il est des lieux où la générosité toujours exulte de bonheur
J’ai entendu parler de Naima, j’ai rêvé de Naima, j’ai cru te voir Naima, je suis allé à Naima, par une piste qui descendait au ciel

Il est des lieux où le où s’est éteint ou le comment de l’action ne signifie plus rien

Il est des lieux où il n’y a rien aux alentours ou en pleine nuit le soleil éclaire comme en plein jour
Il est des lieux où les directions s’éteignent ou les cieux ne reflètent plus aucun par terre
Il est des lieux où l’égo et l’endroit de la tourmente et le cœur celui de la félicité que l’on contemple
Il est des lieux où l’on ne voyage que de nuit où la louange est une station ou l’on s’évanouit
J’ai entendu parler de Naima, j’ai rêvé de Naima, j’ai cru te voir Naima, je suis allé à Naima par une piste qui descendait du ciel


Lettre à Albert Camus