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lundi 12 février 2024

Dépasser l'égo

 

16 octobre 1959

Swamiji : Prenez un autre exemple. Vous dites " j'avance ". Est-ce que réellement vous avancez ? Svâmiji vous répond : " Non, vous n'avancez pas malgré les apparences." 

Avancer est une réaction... réaction de quelle action ? Essayez de répondre... 

de l'action de pousser le sol vers l'arrière. On ne monte pas un escalier, on ne fait que pousser les marches vers l'arrière. On n'atteint pas le Soi, on dépasse l'ego. Comment ? C'est ce que nous verrons la prochaine fois.

Extrait de Candide aux pays des Gourous de Daniel Roumanoff. Éd. Dervy 

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vendredi 12 janvier 2024

Six portes vers le présent

Merci à Colette Roumanoff (et à Jean-Louis Accarias) de nous permettre d'accéder à l'enseignement de Swami Prajnanpad avec six entretiens entre Daniel et Swamiji


Quatrième de couverture :

 Daniel Roumanoff a suivi Svâmi Prajnânpad dès 1959 et l’a fait connaître par de nombreuses publications. Colette Roumanoff nous livre ici un document inédit, l’intégrale de six entretiens enregistrés en 1972. C’est un témoignage pratique, applicable au quotidien, auquel le lecteur pourra s’identifier pour agir, comprendre ses motivations, rétablir son unité intérieure, développer des relations fécondes, faire de ses désirs un chemin vers l’unité.

La voie de Svâmi Prajnânpad est une voie de découverte personnelle inséparable du quotidien. Questionner ses croyances, ses désirs, son savoir-faire, goûter et ressentir la richesse de ses sensations, de ses impressions, de ses satisfactions, de ses dépits et frustrations, permet de grandir et de s’accomplir. Le système est rigoureux, pourtant il ouvre des portes : « Tout est différent, et tout est relié ». On passe ainsi naturellement du matérialisme à la spiritualité : « Tout est Un, tout est neutre. »

A travers ce dialogue entre le sage et le disciple, le lecteur est invité à revisiter son espace intérieur et son rapport au monde. Chacun de ces six entretiens montre comment dénouer ses croyances, se défaire des obligations que l’on s’impose, pour découvrir la source de ce qui nous fait vivre. En se déliant des pesanteurs mémorielles et émotives, des conflits internes, de la répression des désirs incompris, on peut faire du Présent, ici et maintenant, une porte vers le Soi.

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Le chemin peut se résumer en trois mots : 
- Différence, changement, action-réaction 
ou
- Voir, sentir, agir.

En deux mots :
- Non-séparation
ou
- Non-dualité.

En un mot : 
- OUI.

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samedi 19 mars 2022

dimanche 28 mars 2021

L'expression des émotions

 

Extraits du livre de Daniel Roumanoff, Swami Prajnânpad, Biographie


(...) « La psychanalyse analyse les processus du mental. Les complexes sont dénoués. Alors cela devient facile de les annihiler avec l ’épée acérée du Vedânta. La psychanalyse est au service de la science spirituelle. » Pour comprendre en quoi la psychanalyse est, pour Swâmiji, complémentaire des Grands Énoncés des Upanishads, il faut se reporter à la définition si personnelle que Swâmiji donnera plus tard, à propos de la psychanalyse effectuée sur ses instructions par un disciple français chez un psychanalyste à Paris : « Il n’y a psychanalyse que lorsqu’il y a expression d'émotions. » Cette expression est pour Swâmiji le cœur même de la psychanalyse. L’expression est ce qui peut rendre l’inconscient conscient. D’où la séquence du cheminement de Swâmiji dans sa quête de la vérité que l’on peut reconstruire de la manière suivante :

Qu’est-ce que la délivrance ? La libération des samskâras, c’est-à-dire des jugements de valeur. Il n’y a donc ni bien, ni mal, ni plaisir, ni déplaisir, tout est neutre.

Pourtant des émotions restent présentes, émotions par lesquelles on est emporté, qui échappent à tout contrôle conscient et sur lesquelles on n’a aucune prise : leur source est inconnue car elles sont inconscientes. Comment rendre l’inconscient conscient ? Un seul moyen : l’expression aussi libre que possible de tout ce qui se présente à la conscience.

Dès que les faits peuvent être présentés au regard de la conscience, le travail d’investigation, de délibération (vicâra) ou de discrimination (viveka) peut être poursuivi. Ainsi il devient possible de décider en toute connaissance de cause ce qu’il convient de faire face au désir. Ne pas être emporté mais choisir délibérément comment le satisfaire si nécessaire.

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lundi 16 novembre 2020

Une rencontre inoubliable avec Swami Prajnanpad


Svâmi Prajnânpad (1891 – 1974) est un maître spirituel, l’un des plus grands que je connaisse, en même temps qu’un thérapeute : il a inventé, entre psychanalyse et Vedânta, une voie originale vers la sagesse ou la liberté. Sagesse de l’action, sagesse de la lucidité : sagesse libérée et libératrice. C’est à ce titre qu’il nous importe. « La spiritualité, disait-il, n’est qu’un autre nom pour l’indépendance. » Et rien ne libère, que la vérité. Il ne s’agit pas d’inventer une nouvelle religion. Il s’agit de trouver – entre Orient et Occident – un chemin vers l’essentiel, où nous sommes déjà. C’est sur ce chemin que Prajnânpad nous guide, nous accompagne, nous éclaire. Un philosophe ? Point, mais beaucoup mieux : un sage. La denrée est plus rare et – y compris pour les philosophes – plus utile.
André Comte-Sponville « De l’autre côté du désespoir »


Interview de Colette Roumanoff par Quincy Russell 22 août 2020 / Copyright: Quincy Russell


Le visage de celui/celle qui marche sur la voie de prajñana devrait resplendir de l’éternel épanouissement de la jeunesse! S’il n’en est pas ainsi, tout est inutile.

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mercredi 29 janvier 2020

Dites-leur de viser haut ! (2)

par Gilles Farcet (suite)

…. Si les « éveillés » et témoins plus ou moins auto proclamés d’une « néo spiritualité » paraissent pousser comme des champignons en Europe et en Amérique du Nord, les « amis spirituels » dignes de ce nom, dûment formés par une sérieuse ascèse (par « ascèse » il ne faut pas entendre la pratique d’austérités et autres mortifications mais une « saddhana », un travail structuré mené dans le temps sous la conduite d’un guide disposant de « moyens habiles ») se font de plus en plus rares. Peut-être parce que c’est une chose de donner quelques conférences et séminaires pour un auditoire vis à vis duquel aucun engagement n’est pris, et que c’en est une autre, une toute autre, que de devenir l’associé intime d’une personne dans son combat contre l’illusion sous toutes ses formes, à travers les vicissitudes de l’existence concrète abordée comme l’ashram par excellence.

C’est une chose que de dispenser la bonne parole, c’en est une autre, une toute autre, que de consentir à accompagner, et de ce fait à inévitablement servir de nourriture aux projections, attentes, résistances et manœuvres inconscientes de personnes investies dans ce que le poète René Daumal voyait comme la vraie guerre sainte.

Les amis spirituels sont rares, que dire alors d’un couple d’amis spirituels ! Car Eric et Sophie, à maints égards très différents l’un de l’autre, sont un couple, partenaires dans la vie et sur la voie, parents de deux enfants, ce qui confère une puissance et une pertinence supplémentaire à leur témoignage.

….
Les chapitres du présent livre, où alternent la parole de Sophie et celle d’Eric, reflètent bien la complémentarité de leurs deux styles.

Exposant hors pair des subtilités de l’enseignement, Eric en aborde les fondements avec beaucoup de finesse, de rigueur et d’acuité pédagogique. Il s’appuie sur sa vaste culture pour, au fil des nombreuses citations dont il illustre son propos, nous faire toucher l’universalité des lois qui régissent le chemin spirituel, par-delà les époques et civilisations.

Sophie n’est pas en reste en matière de clarté pédagogique. Ses développements sur les pensées et les émotions, notamment, nous emmènent dans les arcanes des fonctionnements humains et donnent à pressentir très concrètement le travail possible à partir de cette matière. Mais Sophie fait aussi preuve d’un art consommé de l’anecdote : elle s’y entend à partager des échantillons de sa vie de mère et d’épouse, ainsi que des souvenirs de sa fréquentation d’Arnaud pour en extraire des pépites spirituelles.

On se trouve donc en présence d’une « voie à deux voix », d’un alliage qui est plus que la somme des deux parties. Fidélité n’est pas servilité, enseignement vivant n’est pas reproduction.

Aussi ce livre n’est-il pas une synthèse par Eric et Sophie Edelmann de l’enseignement d’Arnaud Desjardins mais une transmission par Eric et Sophie, dans leur style propre d’une part de ce qu’ils ont assimilé de l’enseignement reçu à travers Arnaud Desjardins.

Reste que ce livre véhicule à mon sens l’essentiel de cet enseignement. Le lecteur touché par cet ouvrage aura naturellement à cœur de se tourner vers ceux d’Arnaud, certainement vers ceux élaborés par Daniel Roumanoff pour restituer la parole de Swami Prajnanpad…

Cependant, j’ose dire que le livre d’Eric et Sophie pourrait en lui-même suffire à un aspirant sur la voie réellement déterminé en tant que matière première de travail, tant il me parait exhaustif dans son approche des thèmes fondamentaux.

La nature des émotions et leur possible disparition, la manière de travailler avec elle plutôt que contre elles, la pratique sur les pensées, l’écueil de la culpabilité, l’importance de la compassion, la culture de la réceptivité, la place de la dimension dévotionnelle bien comprise, l’importance de la vigilance … Tous les piliers de la pratique sont ici abordés de manière limpide et toujours exigeante.

Il y a largement là de quoi travailler. J’y ai moi-même trouvé une nourriture pour ma pratique, et parfois entrevu de nouvelles dimensions dans l’exigence de la démarche, en particulier pour ce qui touche aux émotions et à la communion.

Le remarquable chapitre qu’Eric consacre, nombreuses citations à l’appui, à la proximité de la « quatrième voie » transmise par Monsieur Gurdjieff avec celle issue de Swami Prajnanpad est important. Il montre comment, par-delà les cultures et continents, le vingtième siècle a vu émerger ce qui lui était nécessaire, à savoir la voie vécue dans le monde dit profane, partant de l’implacable constat de la toute puissance de la « mécanicité » chez l’être humain.

Enfin, à travers quelques souvenirs et paroles d’Arnaud glanées dans la proximité vécue avec lui à Mangalam, ce livre donne à entrevoir des facettes moins publiquement connues du maître qu’il était, au-delà de l’inlassable pédagogue et exposant de la voie que beaucoup ont eu la possibilité d’approcher, en particulier à Hauteville. Certains passages donnent un aperçu vertigineux de son exigence et de la toute autre perspective qui l’habitait. Il n’avait pas son pareil pour, alors qu’on ne s’y attendait pas, dans des contextes informels et pour ainsi dire « entre deux portes » laisser tomber pour le bénéfice des proches qui se trouvaient là une remarque inoubliable qui raisonnait de manière stridente dans le sommeil ambiant. On trouvera ici quelques exemples de ces « chocs » infligés l’air de rien.

Eric et Sophie, il convient de le préciser, ne se revendiquent pas « sages » ; ils ne se comparent pas à leur maître, lequel, d’ailleurs, ne se comparait pas non plus au sien ! S’ils prétendent quoi que ce soit, c’est d’être au mieux de leurs capacités, consacrés au service de la transmission.

C’est la profondeur et l’intensité de cette consécration qui cimente ces pages et fait la valeur de ce qu’Eric et Sophie ont à donner bien au-delà de leurs personnes. …

Comme d’autres lieux où a vécu un être de grande dimension spirituelle, Mangalam est aujourd’hui un sanctuaire imprégné d’une présence. Tout comme à Hauteville, le dernier ashram fondé par Arnaud en France et où il passa les seize dernières années de son existence- quand il n’était pas au Québec- le visiteur réceptif s’y sent nourri d’un climat bien particulier, d’une densité à couper au couteau en certains endroits.

Mais si cette dimension pourrait à elle seule justifier un passage à Mangalam, elle n’est pas sa raison d’être. Mangalam n’est pas avant tout un lieu de pèlerinage mais un foyer spirituel vivant, porté par son passé, rayonnant dans le présent et tourné vers l’avenir.

Je voudrais donc terminer cette introduction par une réflexion participant de l’évidence : le temps passe vite et tout en ce monde est soumis à la loi du changement. Si bien que les « fenêtres d’opportunité » ne demeurent pas indéfiniment ouvertes.

Quand j’ai rencontré Arnaud pour la première fois au Bost, il était de dix ans plus jeune que ne l’est Eric à l’heure où j’écris ces lignes. J’étais trop immature pour avoir réellement conscience de la nature fugace des lieux, des personnes et des contextes, y compris les plus précieux. Et cependant, et je m’en félicite, assez déterminé pour ne pas tergiverser et m’investir autant que je le pouvais, même si je n’avais évidemment pas réellement conscience de l’aventure en laquelle je m’embarquais.

A celles et ceux qui, à travers ce livre, vont découvrir cet enseignement, et se sentir appelés à aller plus loin que la lecture je citerai la belle chanson de U2, « When Love comes to town » :
"When love comes to town I'm gonna jump that train
When love comes to town I'm gonna catch that flame »
« Quand l’amour viendra en ville je vais sauter dans ce train
quand l’amour viendra en ville je vais attraper cette flamme »

Ne laissez pas se refermer cette fenêtre d’opportunité. Et à celles et ceux qui connaissent déjà cet enseignement, voire se sont déjà rendus à Mangalam, je dirai … la même chose ! Nourrissez-vous, ouvrez-vous à l’aide aujourd’hui disponible

Parce que quand l’amour passe par chez nous, c’est toujours la première fois.

DITES-LEUR DE VISER HAUT ! (Éditions du Relié, 2020)

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mercredi 8 janvier 2020

Note de lecture par Gilles Farcet

    Je termine la lecture de ce livre. J'adhère à ce qu'écrit Gilles Farcet. Cet ouvrage nous entraîne sur les pas de Swami Prajnandad et nous décrit la beauté de son chemin qui s'inscrit dans le monde. Suivre sa trace, comme l'a montré Arnaud Desjardins et comme le montre Emmanuel, permet de changer profondément notre marche dans cette existence.


VIVRE, la Guérison Spirituelle selon Swâmi Prajnanpad, 
d'Emmanuel Desjardins
J’avoue avoir entamé le livre d’Emmanuel avec un questionnement : pourquoi un livre « de plus » sur Swâmi Prajnânpad , sa vie et son enseignement , en particulier pour des lecteurs assidus des publications menées à bien par Daniel Roumanoff …

Et dès les premières pages, j’ai été heureux de constater que non seulement le livre captait mon intérêt mais s’annonçait comme précieux, impression qui n’a fait que se confirmer au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture.
Passionné par Swâmi Prajnânpad, ayant , je crois, tout lu (où à peu près) des publications parues sous son nom ou à son sujet grâce à l’inestimable travail de Daniel Roumanoff (lettres, entretien transcrits, biographie, témoignages de Srinivasan, Sumangal Prakash …), je n’ai rien appris en termes d’information sur la vie de Swâmiji ou sur son enseignement à la lecture du livre d’Emmanuel qui puise ses sources dans cette abondante bibliographie.
Pourtant, cette lecture m’a captivé et nourri et je la recommande vivement à toutes celles et tous ceux que cette voie interpelle. Je me propose de dire pourquoi à l’occasion de cette recension :
Le grand intérêt de ce livre, outre son sujet en lui même, tient aux qualités de son auteur :
Tout d’abord, le style d’Emmanuel est clair, fluide, concis, d’une lecture plus agréable et abordable que celle des livres de Roumanoff (ce qui n’enlève rien à leur intérêt et à leur immense apport)
Plus abordable et agréable aussi que celle des entretiens retranscrits de Swâmiji, lesquels, si passionnants qu’ils soient pour les pratiquants de cette approche, restent des transcriptions de dialogues, traduits de l’anglais, avec toutes les lourdeurs, répétitions et défauts intrinsèques à une parole retranscrite telle quelle.
La fluidité de l’écriture reflète le grand talent de pédagogue d’Emmanuel. Comme son père (je pense notamment aux trois volumes des Chemins de la Sagesse ou Arnaud donnait un époustouflant résumé de l’enseignement de Swâmiji recueilli à travers ses entretiens avec lui) Emmanuel a l’art de la synthèse. Si bien qu’il réussit une forme d’exploit : donner au lecteur , sous une forme à la fois abordable et fine, sans aucune simplification dans le mauvais sens du terme, un condensé , d’abord de la vie et de la personne de Swâmiji, puis surtout de tous les aspects fondamentaux de ce qu’on peut appeler son enseignement, citations et références à l’appui. Si j’osais une formule, je dirais que ce livre, c’est le Swâmi Prajnânpad sans peine mais en aucun cas au rabais. L’auteur a pour ainsi dire fait le travail pour nous. Avec une grande rigueur intellectuelle et un sens aigu de ce que j’appellerais l’orchestration des concepts, il nous déroule un exposé magistral mais jamais ennuyeux de la perspective spirituelle propre à Swâmi Prajnânpad. Swâmiji, à mon sens, était un génie dans son domaine, si on considère qu’un génie est quelqu’un qui renouvelle sa discipline, la pousse un cran plus loin tout en s’appuyant sur une tradition. La virtuosité pédagogique d’Emmanuel rend le génie de Swâmiji très accessible. Tout est limpide, articulé et ainsi d’autant plus puissant. De fait, si je devais ne recommander qu’un seul livre à un lecteur désireux de se familiariser avec la perspective de Swâmiji, ce serait celui là.
Par ailleurs, si l’auteur a vraiment su se mettre au service de son sujet et donc s’effacer , il n’en apparait pas moins ici et là de manière très juste et pertinente, au travers d’une image de son cru, d’une clarification d’un point délicat, voire d’un trait d’humour bienvenu.
Car, et c’est aussi ce qui fait la qualité de ce livre, Emmanuel est imprégné de son sujet. Ainsi qu’il le rappelle lui même dans les premières pages, Swâmi Prajnânpad a fait partie de sa vie depuis sa naissance. Il ne l’aborde donc pas seulement avec les qualités et compétences d’un universitaire apte à brillamment restituer un enseignement sur la base de sources bibliographiques et d’une affinité intellectuelle ou philosophique. Ce livre est d’un bout à l’autre porteur et véhicule de ce « quelque chose en plus » qui vient de ce que l’auteur a fait de cet enseignement un sujet non seulement d’étude mais de pratique personnelle. A ce titre, l’ouvrage d’Emmanuel transmet cet élément vivant et sensible que seul peut conférer une résonance intime, une compréhension pour ainsi dire « sur le terrain »
Un mot du titre qui me semble particulièrement approprié :
L’enseignement de Swamiji consiste en effet à vivre : vivre le plus consciemment, le plus pleinement possible. Il ne s’agit pas de chercher à éviter l’existence et ses aléas où à s’en extraire « par le haut » mais à jouer le jeu de la vie en beau joueur, en jour lucide, audacieux et digne. Seule le fait de vivre ainsi guérit. C’est bien là le « message » de Swâmiji , « message » que ce livre parvient à rendre admirablement.
Je redirai donc pour terminer que, si ce livre ne m’a rien « appris » au sens linéaire du terme, il m’a profondément nourri et n’a fait que renforcer mon émerveillement face au génie spirituel de Swâmiji. Je recommande et recommanderai sans réserve sa lecture, avec gratitude envers son auteur pour ce si utile cadeau.

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mardi 8 janvier 2019

Colette Roumanoff et Alzheimer


Colette Roumanoff tente de nous présenter malgré les fréquentes interruptions de la journaliste une autre façon de voir la maladie en entrant dans son présent... (vous pouvez passer la première minute).
Le bonheur plus fort que l'oubli !


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lundi 10 septembre 2018

Action et engagement...


A propos de l'action chez Swami Prajnanpad par Daniel Roumanoof

- Ce qui est destiné va arriver. Oui, c’est pourquoi on fait un effort. L’effort et la destinée ne s’opposent pas. Agir et accepter le résultat. S’il n’est pas favorable, trouvez la cause. L’effort produit la destinée.
L’effort s’insère dans un contexte dont dépendent les résultats. Il s’agit d’appréhender le plus correctement possible ce contexte.
-    Mon action dépend de moi, mais non son résultat, car le résultat dépend de beaucoup d’autres facteurs.
-    Quand vous agissez, vous croyez agir de manière indépendante. Pendant combien de temps allez-vous continuer ainsi ? Tant que vous ne réaliserez pas que vous faites partie de la totalité.
En fait, rien n’est indépendant, car tout est relié. Ainsi le fatalisme et la liberté de l’effort sont une seule et même chose, vue sous des angles différents...

extrait de
Svami Prajnanpad,un maître contemporain
- Le quotidien illuminé
De Daniel Roumanoff

Une autre approche avec Goethe:


mercredi 2 novembre 2016

Swami Prajnanpad et l'action




- Avant l’action, voir tous les aspects favorables et défavorables.

- Il y a une distinction entre ce qui arrive et ce que vous faites. Un homme n’est pas un animal. Il agit. Il examine les avantages et les inconvénients.

- Pour agir, donner avant de recevoir, s’incliner pour conquérir, reculer pour avancer, obéir pour commander.

- Pour être vous-même ici et maintenant, voyez s’il y a des réactions. Etre libre ? C’est agir sans avoir d’autre alternative.

- Agir et non réagir.

- Toute action produit nécessairement une réaction. Mais la réaction tend à diminuer quand l’action est délibérée et positive.

- Agissez délibérément. Alors tout ce que vous ferez vous aidera et vous montrera la voie. Soyez seulement lucide.

- L’émotion produit une action ayant deux caractéristiques : la contrainte (compulsion) et l’excès (overemphasis). Mais si votre mental est libre de réactions anormales, vous pouvez délibérément vous engager dans une activité qui, en fin de compte, vous rendra libre de votre mental.

- Pour être libre de l’action-réaction et agir comme un véritable homme d’action, dans tout ce que vous faites, vous devez pouvoir dire : « Oui, je sais ce que je fais, pourquoi je le fais et comment je le fais. »

- Avant d’être entreprise, toute action doit payer un tribut à Sa Majesté la Lucidité.

Svami Prajnanpad, un maître contemporain : Le quotidien illuminé
Par Daniel Roumanoff


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vendredi 12 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (3)

 — Swami Prajnanpad demandait d'aller jusqu'au bout de ses désirs pour les accomplir, pour ensuite, par delà le désir, découvrir l'état sans désir ?

Oui, c’est pas l'expérience du désir qu’on arrive au non-désir, et non pas en plaçant celui-ci au départ. On trouve beaucoup d’anecdotes qui montrent cela dans les Upanishads. Je pense à Yajna-valkya, considéré comme le plus grand sage de son époque. Il était marié, avait deux femmes, un serviteur et ne dédaignait pas du tout les richesses matérielles, comme le montre l’épisode où il s’empare des mille vaches du roi Janaka. II vivait au milieu de choses, au milieu du monde, dans le flux de la vie avec tous ses aspects. Et c’est ainsi qu’il a grandi, qu’il est arrivé au détachement. C’est le détachement par les affaires.

 — Nous arrivons à la troisième phase de votre vie : la création de votre entreprise.

 J’étais très inquiet au départ. Je pensais n’être pas doué pour ce métier et je pensais aussi que le monde des affaires n’était peuplé que de requins malhonnêtes qui allaient constamment chercher à me tromper. J'ai donc commencé en m’associant avec des amis de mes parents, qui me paraissaient être des hommes d’affaires chevronnés. Mais en quelques mois je me suis rendu compte de mon erreur, car justement ils avaient par trop ce qu’on appelle « le sens des affaires ». Je vais vous donner deux exemples. Grâce à mes contact avec l’Inde on importait des foulards indiens. Il y avait une grosse demande, mais les Indiens livraient toujours en retard. Alors mon partenaire a voulu qu'on commande dix fois la quantité de nos besoins réels, qu’on prenne livraison de la petite quantité qui arrivait dans les délais prévus, et qu’on refuse le reste sous prétexte que c’était au delà des délais. Juridiquement, il n'y avait rien à redire. Mais j'avais établi des relations de confiance avec les Indiens et je savais qu'ils auraient un mal fou à récupérer la marchandise refusée. Problèmes de douanes, de devises, etc. Mon associé ne voulait rien entendre de cela. Il fallait profiter au maximum, gagner au maximum, sinon c'est nous qui nous ferions avoir. Moi, j'étais un idéaliste, un rêveur... Deuxième anecdote. Certaines marchandises arrivaient défectueuses. Alors quand les clients venaient acheter, mon associé montrait les bons produits puis, la commande passée, bourrait le fond du carton des mauvais produits qu'il recouvrait des bons. C'est une pratique courante, qu'on retrouve souvent sur les marchés. Moi, je trouvais cela scandaleux, et je ne pouvais pas continuer à travailler comme cela.
Nous nous sommes donc séparés et j’ai créé une autre société faisant le même commerce. Pour eux, je vivais dans les nuages, sans le minimum de réalisme nécessaire à la réussite dans les affaires.
Pour moi, ce n’était pas en trompant constamment les gens qu’on pouvait réussir. On se surveillait mutuellement pour savoir lequel était dans le vrai, et voir ce qui allait se passer. Dès ma première année, mon chiffre d'affaires a été le double du leur. Puis, nos deux chiffres ont augmenté mais le mien restant toujours double du leur. Je n’étais donc pas aussi inefficace qu'ils croyaient, et on pouvait réussir en étant honnête. Mais également, et cela me troublait, leur réussite montrait qu’on pouvait aussi réussir en étant malhonnête. Puis je me suis rendu compte que « qui se ressemble s’assemble ». Ils avaient tellement peur d’être trompés qu’ils discutaient les prix à mort, que les fournisseurs étaient obligés de tellement baisser les prix qu’ils fournissaient une qualité inférieure, qui finalement ne satisfaisait pas vraiment les clients. Ceux-ci vendaient donc moins volontiers ces produits, et en conséquence avaient du mal à les payer. Ayant beaucoup d’impayés, mes anciens amis en concluaient que « les gens étaient malhonnêtes », et la boucle était bouclée. Leurs résultats, leur expérience confirmaient leur philosophie de départ. Cela a duré pendant douze ans puis ils ont fait faillite. Ils ont pensé faire un gros coup en trompant quelqu’un, mais il y avait un piège et c'est eux qui sont tombés.

 En appliquant des principes d'honnêteté je me suis rendu compte que cela fonctionnait très bien. Il y a une histoire concernant Birla, que j'aime beaucoup. Il avait appris qu’un des ses employés venait de donner sa démission. Très surpris, il avait demandé une enquête. "Comment pouvait-on quitter son entreprise alors qu'elle donnait des conditions de travail supérieures à tout ce qu'on pouvait trouver ailleurs ? " Par cette histoire j’ai compris que dans les relations avec le personnel l’élément déterminant était sa satisfaction, le sentiment de son propre accomplissement. Le salaire joue un rôle mais n’est pas tout. De la même manière qu’au travers de l’entreprise je cherche mon propre épanouissement, les employés, les fournisseurs, les clients cherchent eux aussi à travers leur travail leur propre épanouissement. Donc pour obtenir quelque chose de quelqu’un, je dois essayer de le satisfaire. Satisfait, en profondeur, il sera à son tour prêt à tout faire pour me satisfaire. C’est à l’opposé de ce qu’on dit du monde des affaires : chacun pour soi, croc-en-jambe chaque fois que possible, jouissance de la chute de l’autre. Ma préoccupation essentielle a été de trouver où se situait l’intérêt de l’autre, et de chercher à le satisfaire.

 — D'une façon pratique, comment arrivez-vous à connaître l’intérêt véritable d’une personne et comment le satisfaire ?

J’ai fait du recrutement, pour lequel j’ai passé des milliers d’entretiens. Et j’ai constaté qu’il y a très peu de gens qui recherchent un travail, c’est-à-dire dont l’activité dans la profession est la motivation première. La plupart recherchent un revenu et donc demandent combien on va les payer, quels sont les avantages sociaux, quelle est la période des vacances. Ils sont préoccupés de ce qu’ils vont recevoir, non de ce qu’ils vont donner. Dans l’entretien il y a une sorte d’explicitation de ce que l’on veut et de ce que l’on attend, des deux côtés. Et cela correspond ou non. On peut être d’accord au départ, il restera à voir ensuite si cela continue et si le travail correspond à ce que demande l’épanouissement de la personne. Cela ne dure pas forcément toute la vie, mais à chaque instant on doit avoir plaisir à travailler, on doit faire une expérience enrichissante. Le travail est un mode d’expérience et d’élargissement qui doit nourrir, indépendamment du gain pécuniaire. Mais chacun a son tempérament. Il y a des gens qui sont comptables et ne veulent être en rapport avec personne ; ils sont enfermés dans leur bureau et sont heureux avec les chiffres. D’autres au expression et de réussir dans cette expression là. Que je connaisse ce que fait le concurrent c’est normal, mais utiliser cette information pour le copier, c’est une manière de régresser. En faisant cela je ne suis pas fidèle à moi-même. Comme il est dit dans la Gita : « Mieux vaut son propre dharma que le dharma d’un autre, aussi bien accompli soit-il. » Mon propre dharma, c’est ma propre expression. Quand je suis dans ma propre expression je suis dans mon assise, dans mon centre. On ne peut pas me bousculer, je suis en paix avec moi-même. 

— A l'heure actuelle les marchés deviennent petits par rapport aux puissances de production. Il s'en suit une sorte de guerre pour le contrôle d'un marché.
Je ne crois pas que le problème se pose de cette façon là. Il n’y a pas qu’un seul marché et les produits peuvent se diversifier. Une entreprise fabrique un produit parce qu'elle y trouve du plaisir et aussi parce qu’il existe un public qui est dans la même demande. J’ai remarqué que lorsqu’il y avait une fidélité à soi-même, il y avait toujours un groupe de gens suffisamment grand, sensible à ce que vous proposez pour faire vivre le produit. Il y a un rapport entre le marché, le produit et l’attitude d’ouverture par rapport à ce que l’on fait. Cela demande une certaine habileté, toujours une connaissance. Une disponibilité aussi, car il y a une évolution permanente, et donc une nécessité d’adaptation permanente. 

— Je pense à cette phrase bien connue : « Le yoga c'est l'habileté dans l’action ». 
Absolument. C’est quelque chose qui nous éclaire sur les rapports entre l’action dans le monde, la vie des affaires et la spiritualité. L’habileté vient de la connaissance, de l’expérience. Elle ne s’invente pas. On n’est pas habile d’emblée. En Occident on parle de bonheur et de malheur. En Inde on a les mots sukha et dukha. Etymologiquement, ka c’est la roue du chariot, su c’est bon, du c’est mauvais. Il faut bien sûr se rappeler que les Aryens sont arrivés en Inde avec des chariots tirés par des bovins. Le bonheur c’est la roue qui tourne bien. Et pour qu’une roue tourne il faut qu’elle soit bien ajustée ; il faut surtout qu’elle soit bien dans l’axe. Être dans l’axe, j’appelle cela l’éthique. Cette adaptation permanente au monde qui change vous met dans le sens de l’énergie, et cela procure le bonheur. Quand on recherche cet axe, on s’aperçoit toujours qu’on est un peu à côté. Il faut alors rectifier, ajuster. On regarde, on apprend, on est en contact, on fait l’expérience. Je me suis beaucoup amusé dans les affaires !

Pour aller plus loin :
□ Daniel Roumanoff a raconté ses rencontres en Inde dans CANDIDE AU PAYS DES GOUROUS Dervy-Editions

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jeudi 11 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (2)


— Et ce fut le début d’une nouvelle phase de votre vie...

Oui, cette prise de conscience s’est appuyée sur la pratique du Hatha Yoga, qui a eu pour moi des effets absolument extraordinaires. Je me suis, par la suite, beaucoup interrogé sur la force transformatrice de ces exercices. J’avais comme des pans de structure mentale qui tombaient les uns après les autres. J’étais alors plus ou moins athée ou agnostique, rationaliste et matérialiste. J’ai commencé à percevoir qu’il y avait une autre réalité possible.

— Du Hatha Yoga vous êtes passé à l'Inde où vous avez rencontré Swami Prajnanpad : c’est une partie de votre vie que vous avez raconté dans vos livres. J'aimerais en venir à ce qui, de votre immersion dans la pensée de l’Inde, vous a conduit à vous lancer dans les affaires.

L’enseignement de Swami Prajnanpad était très opposé à la séparation entre un monde matériel et un monde spirituel. Il n’v a qu'un seul monde. Cette division entre le relatif et l'absolu était pour lui une erreur. Il y avait là une dualité qui devait être surmontée pour arriver à l'absolu. Le travail ne s’effectue pas par un retrait du monde, par un renoncement au monde, mais par une prise de possession du monde, par une connaissance du monde, par lesquelles ensuite on devient libre du monde.

Par ailleurs, il enseignait une voie qui passait par l'expérience des choses, et donc par la satisfaction des désirs. Il insistait beaucoup sur la notion de bogha, jouissance, qu'on oppose traditionnellement en Inde à yoga. Le yoga étant ce qui permet de se dépasser soi-même, le bogha ce qui nous maintient dans la dualité. Pour lui, au contraire, le bogha était la voie vers le yoga, l'absolu s’atteignant à travers le relatif.

Il considérait également que l’accomplissement de soi était une expansion de l’ego jusqu’à ses extrêmes limites. Il disait : « Il faut essayer de s’élargir le plus possible jusqu’à ce que l'élargissement lui-même ne soit plus possible ». Cela implique de vivre l’expérience du monde. On rejoint, en fait, la tradition du sannyasin, du moine errant en Inde, qui ne doit pas rester plus de trois nuits au même endroit. Il peut ainsi voir la variété du monde, rencontrer une grande diversité de gens, élargir toujours plus sa vision du monde. Un équivalent de cette vie d’errance est la vie des affaires, qui exige les rencontres, les contacts, l'expérience approfondie du fonctionnement du monde.

A l’époque j’hésitais entre une carrière d’enseignant - car j'étais diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes - et les affaires. Swami Prajnanpad m’a dit : " Votre nature vous porte vers l’enseignement mais la vie des affaires présente un avantage. Elle vous mettra en rapport avec des gens qui ont un désir d’argent, et qui, par cela, se révèleront eux-mêmes. C'est pour vous une opportunité de mieux connaître la vie."

— Vous vous êtes lancé dans les affaires par obéissance à votre maître ?

Obéissance, n’est pas le mot ; j'ai suivi ses encouragements. Il m'avait dit aussi : " Dès que vous aurez créé votre société vous allez vous trouver confronté à des "non" _ les "non" de la réalité de la vie."  Mon désir allait se confronter à la réalité.


— On est tous pleins de désirs. La vie professionnelle est-elle un moyen de les accomplir, d'aller au bout des désirs ?

Une vie professionnelle réussie rapporte de l'argent, donc donne des moyens de satisfaire ses désirs par l’argent. Mais au delà de l'argent, on peut comparer la vie d’un chef d'entreprise actuel à celle d'un prince de la Renaissance. Il a un territoire qui est son marché, un territoire qui n'est même pas délimité par des frontières. Il est à la tête d'un gouvernement qui comporte un ministre des finances - son comptable, un ministre des affaires étrangères - le directeur de l’export, un ministre de l'intérieur - le chef du personnel, etc. L'organigramme d'une société ressemble tout à fait à celui de la cour d’un prince de la Renaissance. Le chef d’entreprise, comme le prince, peut devenir mécène, il peut rencontrer d'autres chefs d'entreprise comme le prince peut rencontrer d'autres princes, et tous deux peuvent signer des traités avec leurs homologues. Dans son entreprise, le patron a des rapports de monarque à sujet avec son personnel, il peut être tyrannique ou paternaliste. Dans tous les domaines, dans tous les aspects de la vie son pouvoir est énorme.



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mercredi 10 février 2016

Vie des affaires et vie spirituelle : entretien avec Daniel Roumanoff (1)


Colette Roumanoff et ses enfants font part du décès de Daniel Roumanoff survenu le 1er décembre 2015, à Paris.


Lors de la dernière fête des pères, Anne Roumanoff avait révélé la maladie dont souffrait Daniel depuis 2006, d’un petit texte très touchant sur Facebook. " Il a presque 80 ans, confiait-elle alors, ses cheveux sont tout blancs, ses petits-enfants l’appellent ‘papou’. Il me regarde d’un air absent. C’est toujours la question que les gens posent : ‘D’accord, ton père a Alzheimer, mais il te reconnaît ou pas ?’ Je prends sa main, je la serre. Il n’est plus ce qu’il a été, mais il est là, bien vivant. Il me sourit et je retrouve l’étincelle de malice dans ses yeux."

En hommage à Daniel Roumanoff, je vous propose un article extrait de Terre du Ciel n°15

Disciple d'un maître indien — Swami Prajnanpad —, Daniel Roumanoff a été en même temps un homme d'affaires qui a parfaitement réussi.
Ces deux trajectoires sont-elles compatibles ? Et comment les vivre pleinement toutes les deux ?

Est-ce la spiritualité ou le commerce qui a été premier dans votre vie ?

J'ai fait des études commerciales à HEC. Mais c’était avec une visée disons altruiste, philanthropique. J’étais scandalisé par l’inégalité qui existait entre les pays riches, qui brûlaient leur surproduction. et les pays pauvres qui mouraient de faim. Mon idée était d’apprendre les mécanismes qui permettraient l'acheminement des surplus vers les pays pauvres. Naturellement ce n’est pas cela qu’on enseigne A HEC. Ce sentiment d’injustice, et la recherche des moyens permettant d’y mettre fin, me sont toujours restés.

Et quand vous avez eu votre diplôme d'HEC en poche ?

HEC a été une grande déception. Je suis alors allé en fac où j’ai pris des cours de psychologie, de sociologie, d’économie pour essayer de comprendre les grands mécanismes de l’économie, les lois des échanges internationaux. J’étais plutôt à gauche. Je voulais changer, transformer la société. Puis je suis allé en Israël vivre dans un kibboutz.
Cette vie collective dans laquelle on ne manipulait plus individuellement d’argent, où les problèmes étaient résolus par la communauté sur un pied d’égalité entre tous, était le prototype môme de la société socialiste à laquelle j’aspirais. Naturellement cela fut une déception épouvantable. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que les problèmes ne pouvaient être résolus de l’extérieur, mais demandaient une solution venant de l’intérieur.

Pourquoi cette déception dans les kihhoutzs ?

Parce que si, effectivement, les gens étaient nourris, logés et n’avaient pas de problèmes d’argent, ce mode de vie créait d’autres problèmes que les sociétés capitalistes n’ont pas. Par exemple, ces gens étaient des travailleurs agricoles, mais il fallait constamment prendre des décisions d’ordre administratif. Alors, après leur journée de travail dans les champs, les gens se trouvaient obligés de participer au comité du poulailler, au comité des tomates, au comité de l’éducation, etc. C'était chaque fois des heures à discuter des problèmes, et quasiment toutes les soirées y passaient.

Par ailleurs les décisions se prenaient à la majorité, ce qui créait beaucoup de frustrations car les priorités de chacun n'étaient pas les mêmes. Certains auraient préféré moins dépenser en nourriture pour mieux élever leurs enfants, alors que pour d'autres la priorité passait par les systèmes d'irrigation ou de nouvelles constructions.

J'ai pris conscience que, focalisé sur un mode de vie qui nous paraît mauvais, on cherche à l'améliorer, mais qu'ainsi on crée de nouveaux problèmes ; et ainsi de suite, sans fin.
C’était, en fait, la contestation de l’idée même de progrès : chaque progrès crée un nouveau mal qui, sur un autre plan, est une régression.

La solution n'apparaît plus dans la structuration sociale

La solution n’était plus dans la recherche d’une meilleure organisation sociale. Toutes les améliorations qu’on pouvait apporter passaient par des hommes, et ces hommes obligatoirement déformaient l'amélioration et créaient une réaction, une régression. C’est-à-dire que dans l’organisation d'une société il y a les vices de fonctionnement que toute organisation génère. A un certain moment on en prend conscience et on modifie la structure. Mais celle-ci entraînera d’autres problèmes, etc. C’est sans fin, et sans solution.

C’est de là qu’est venue votre prise de conscience de la nécessité d'un travail intérieur ?

Oui. La solution n’est pas dans le changement extérieur, mais dans la transformation intérieure.
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mardi 22 septembre 2015

lundi 6 juillet 2009

Daniel Roumanoff et l'accueil d'Alzheimer

Comme l'avait précisé Colette Roumanoff dans un post du 12 mai 2008, une vidéo devait être réalisée pour montrer comment la maladie d'Alzheimer pouvait être vécue de manière heureuse. Voici donc l'interview de Daniel Roumanoff sur sa maladie.

vendredi 26 septembre 2008

L'enseignement de Swami Prajnanpad

Je vous propose d'aborder l'enseignement de Swami Prajnanpad à travers le livre de S. Srinivasan . " Srinivasan a approché Swamiji en disciple, cherchant à se libérer de ses illusions, de ses fausses conceptions ; de ses perceptions déformées pour atteindre la vérité, la réalité, la communion avec ce qui est..." précise Arnaud Desjardins.
Grâce aux témoignages de ses élèves francais, notamment Frédéric Leboyer, Arnaud Desjardins et Daniel Roumanoff, auteur de plusieurs ouvrages sur le maître Bengali, Swami Prajnanpad a acquis en quelques années une très grande notoriété dans les milieux de la spiritualité.
Qui est Swami Prajnanpad (1891-1974), seulement connu d'une élite restreinte dans son propre pays? Il est un homme égal à lui-même en toutes circonstances et à qui rien d'humain n'est étranger. Voici ce que disait Swamiji en réponse à un disciple indien qui lui demandait ce qui réellement avait changé sa vie:

"Ce qui se passe, c'est que les événements arrivent de l'extérieur, vous ne vous laissez pas affecter par eux. Vous vous fermez. C'est pourquoi aucun changement ne se produit dans votre vie… par contre celui qui est affecté profondément par eux est obligé d'y faire face. Il n'y a pas d'échappatoire, il perd ses illusions et se libère."
(Cette phrase est souvent citée par Emmanuel Desjardins)

lundi 12 mai 2008

Svami Prajananpad par la famille Roumanoff

Je vous conseille à nouveau le site sur Svami Prajnanpad réalisé par Valérie Roumanoff. Vous pouvez également y trouver le témoignage touchant de Katherine Roumanoff, intitulé "LE PETIT BEIGNET DE SVAMIJI" : D’aussi loin que je me souvienne, mon papa a toujours fait du Svamiji. Et maintenant encore presque quarante ans plus tard, c’est toujours d’actualité...

(Pour revoir le diaporama, actualiser la page - touche F5)
"Vous êtes responsable de votre bonheur. Vous seul et personne d’autre." Swami Prajnanpad

Rencontre avec Daniel et Colette Roumanoff

J’ai rencontré, avec le groupe de Bruxelles, ce samedi 10 mai, Colette et Daniel Roumanoff. Je vous en laisse quelques empreintes.
Tout d'abord Daniel a expliqué qu'un diagnostic médical lui avait révélé qu'il était atteint de la maladie d'Alzheimer et que donc, par moments, il aurait des pertes de mémoire. Il a ajouté que son médecin lui avait demandé, en le voyant souriant et serein, de témoigner en tant que malade, sur ce thème : "comment peut-on être heureux en ayant la maladie d'Alzheimer ?".

A la première question sur ce qu'il retient d'essentiel de sa rencontre avec Svami Prajnanpad, il répond :
"Etes-vous à l'aise ou pas ? Ce qui compte, c'est la manière dont on reçoit les choses... Et qu'est-ce qu'on en fait ?"

Daniel explique qu'à la mort de Swami Prajnanpad, il a senti qu'un trésor pouvait disparaître. Il a donc passé plus de 30 ans de son existence à réunir les paroles et les histoires de Swamiji. Son "testament" sera les 3 tomes qui vont paraître aux éditions "L'originel" et dont le titre est "La connaissance de soi".

De sa relation avec Swamiji, il dit ceci :
- « Une relation de reconnaissance et de joie, c'est ce que je ressens. Rien ne me prédestinait à rencontrer des sages indiens... Je fais toujours appel à lui en cas de difficultés. Je ressens sa présence, une présence permanente qui me guide, dont je suis très heureux. »
- « La difficulté est devenu le marchepied de la délivrance. On transforme le désagréable en quelque chose d'agréable. »


Daniel Roumanoff est souvent revenu sur la phrase de Swami Prajnanpad : « Your being attract your life » et qu'il traduit par : « La vie que l'on a est produite par ce que l'on est. »
- « C'est vraiment intéressant, les choses qui nous arrivent. »

Colette Roumanoff a pris la parole très souvent. Voici quelques unes de ces phrases :
- « On ne sait pas la souffrance des gens. On est parachuté on ne sait où. La situation de tout être humain, elle est dramatique en soi. L'idée de ne pas avoir de chance est à remettre en question. Vous ne savez pas ce qui est pire, ce qui est facile, ce qui est difficile. »
- « A quoi ça sert de se comparer ? A rien. »
- « Si on arrive vraiment à se connaître soi-même, on connaît tout le monde. »
- « Prenez ce que vous avez (tout ce que la vie vous offre), c'est à vous. »
- « Il faut toujours partir de son expérience, dans ce qu'elle a de plus intime, de plus concret. »

-« Si on a une question, il faut garder la question jusqu'à ce qu'on ait la bonne réponse. […] On peut quelquefois attendre longtemps. »

Colette prend l'exemple écrit dans son livre pour illustrer son propos :
"Pourquoi j'ai battu une orpheline quand j'avais 7 ans ?" Cette question, elle l'a gardée sans véritable réponse jusqu'à 27 ans, lors de sa rencontre avec Swamiji. Celui-ci lui a dit d'essayer de voir les yeux de cette orpheline. Colette a mis la main devant ses propres yeux et le visage de l'orpheline est apparu "J'ai vu ses yeux et son visage, c'était moi l'orpheline, je n'avais pas de papa, je n'avais pas de maman."
Elle s’est mise à sangloter pendant que Swamiji disait : "Yes, yes , yes", en souriant.
Colette a dit : "I want to kill my mother."
"Very nice", a répondu Swamiji.


- « Dans votre coeur, quel que soit l’être humain que vous ayez en face de vous, vous ne le jugez pas. Vous savez qu'il est comme vous. »
Swamiji disait : « Vous pouvez tuer quelqu'un avec un sourire plein d'amour dans les yeux. »


Daniel Roumanoff nous a parlé ensuite de sa pratique de la méditation :
- « J'ai beaucoup pratiqué la méditation dans le sud de la France… Je méditais pendant des semaines entières. » Il explique qu'il a eu une révélation. L'état de contentement qu'il ressentait en méditation restait imparfait : « Il fallait redescendre sur terre. Il fallait m'ouvrir à ce qui est désagréable. Qu'est ce que je fais avec cette chose désagréable ? "
- « Ca frappe à la porte, et on l'accueille .»


Daniel a également insisté sur la voix intérieure.
- « On a chacun une voix intérieure qu'il s'agit d'écouter. Cette voix intérieure, elle ne nous raconte pas d'histoire."
- « Etre fidèle à la voix du coeur, elle ne trompe pas, on peut lui faire confiance. Ca consiste à s'ouvrir et à laisser rentrer. »
-« Il y a à la fois une ouverture et une discrimination. »
- « Savoir si la note est juste ou non, la note qui détend. »
- « J'ai le sentiment que tout le monde a cette sensibilité mais que peu de monde l'utilise. »

lundi 7 avril 2008

Swami prajnanpad par Daniel et Colette Roumanoff

Je vous conseille d'aller voir, de Daniel et Colette Roumanoff, ce site d'où est tirée la vidéo suivante :
Entretien de Svami Prajnanpad 9 janvier 1974