dimanche 20 mai 2012

L'amour qui enflamme la vie avec Magda Hollander-Lafon

Je ne peux que vous recommander cette écoute.. un témoignage humain pour traverser nos peurs...

Issue d’une famille juive hongroise non pratiquante, elle est déportée à Auschwitz à 16 ans. Baptisée en 1950, elle nous raconte comment, après un long chemin de guérison intérieure, la foi l’a aidée à faire resurgir la vie en elle.


Ma vie s’est arrêtée à 16 ans, en pleine crise d’adolescence. À ­Auschwitz, j’ai quitté ma mère et ma sœur, sans un regard, sans un geste, et lorsque je me suis interrogée sur leur absence, une kapo polonaise m’a dit d’un ton indifférent : « Regarde la cheminée en flammes, ils sont déjà tous dedans. » J’étais pétrifiée par l’horreur de cette vision, par le remords de n’avoir pas pu dire au revoir aux miens. Je suis tombée dans un épais chagrin. Si je n’avais pas étouffé immédiatement cette désespérance, sans doute aurais-je perdu la raison. 


À Auschwitz, nous avons vécu ­l’horreur. Tenaillées par la faim, nous travaillions jusqu’aux limites de nos forces, cassant des cailloux sous le regard d’Edwige et d’Irma, deux surveillantes sadiques qui nous terrorisaient. Un jour, je fus affectée avec d’autres détenues au crématorium IV. Nous devions ramasser à la pelle des cendres humaines, les jeter dans une charrette puis les déverser dans un lac. Plusieurs fois, j’ai failli me noyer dans cet étang qui dégageait une odeur insoutenable. Seules les étoiles, la nuit, m’apportaient un peu de réconfort. Je sentais qu’elles nous observaient, avec des yeux brillants de larmes, ahuries de tant de cruauté sur la terre des hommes. Debout, épuisée, je cherchais des forces dans ces milliers de lumières. J’imaginais que ma famille, nos familles se trouvaient dans chacune d’elles et qu’elles veillaient sur nous. Ces instants, rares, allégeaient le jour démoniaque qui se levait. Je me souviens d’un dimanche après-midi. Ce jour-là, le ciel n’était pas voilé de cendres, mais auréolé de lumière. Le vent chassait les nuages qui courraient à vive allure ; j’étais fascinée par la beauté de ce mouvement. Je me disais que si les nuages bougeaient, moi aussi je pouvais le faire. Et je faisais ainsi le tour du monde en rêve. (à suivre)


Première partie