samedi 28 février 2015

Denise Desjardins et les lyings (2)






Deuxième partie proposée de l'interview de Denise Desjardins
(23 min.)
 





vendredi 27 février 2015

Denise Desjardins et les lyings (1)


J'ai sélectionné deux parties de la récente émission de Frédéric Lenoir avec Denise Desjardins à l'ashram de Hauteville, notamment celles concernant les lyings. Ces lyings sont un des chemins possibles pour entrer en contact avec l'inconscient et des souvenirs passés marquants...



Bonne écoute !
(17 min.)
 





jeudi 26 février 2015

Guide de Carême (2)

Du jeudi 26 au samedi 28 février 

Décider de vous engager dans un « acte de bonté ». Soit en y réfléchissant à l'avance, soit en laissant venir ce qui vous fait envie. Remarquez si votre geste bienveillant se porte plutôt vers un étranger que vous ne connaissez pas, un passant dans la rue, dans les transports en commun. Ou plutôt vers un de vos proches avec qui il existe déjà de la proximité. 

Dans les deux cas, offrez vos services sans attendre une reconnaissance particulière. Notez ce que cette attitude produit en vous. Sentez combien ce désintéressement apporte de la plénitude, combien il est plaisant de lâcher cette attente d'un remerciement en retour de nos bonnes actions. 
Le lendemain, optez pour un nouvel acte de bonté en choisissant une personne différente.


mardi 24 février 2015

Libérer la joie avec Agathe Frémy


J’aide la personne à faire mémoire de ses talents qu’elle ne voit plus. Chaque personne a un ressort intérieur et des ressources insoupçonnées. Rien n’arrête une racine : en cas d’obstacle, elle le contourne et ouvre un autre chemin. De la même façon, nous avons à tracer notre chemin de vie. Sans nier les échecs, les tristesses, les peurs, mais en choisissant d’agir et non de réagir. Solliciter ses forces et les talents qui nous sont propres donne la joie. 

 Quelle est la hauteur de la marche que vous pouvez franchir  ?
 Parfois, on se donne un objectif trop ambitieux. Si on attend la joie d’être en haut de l’Himalaya, on risque d’attendre longtemps. Chaque petit pas, chaque action nourrit ma joie et donne de l’énergie, si j’accepte de la savourer.

(source : la vie)

Présence témoin...

lundi 23 février 2015

Guide de Carême (1)


Lundi 23 au mercredi 25 février 

 Chaque soir, dressez un inventaire des événements de votre journée pour lesquelles vous vous montrez reconnaissants. Écrivez au moins cinq points qui ont compté aujourd'hui. 
Relisez-les. Laissez-les s'immiscer dans votre esprit et apaiser votre corps. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi ils vous ont touché, demeurez juste présents à ces cadeaux. 

Cet exercice peut aussi s'effectuer en groupe. Après le dîner du soir, par exemple, allumez une bougie et invitez les participants à s'exprimer en nommant une chose pour laquelle il éprouve de la reconnaissance. 
Laisser résonner les paroles de chacun, sans commenter les propos du voisin. Selon l'élan du groupe, effectuez plusieurs tours avant de terminer par quelques minutes de silence.

dimanche 22 février 2015

Rue du Paradis pour Pedro Meca


C’est une nounou très pauvre qui m’a élevé. Avec elle, nous avons vécu de la mendicité. Je n’avais rien, sauf l’essentiel : l’amour de cette femme que j’appelais Maman. 

 Il n’y a pas d’itinéraire, je me laisse guider par la beauté des rencontres.

 J’ai toujours fréquenté les infréquentables. 

 L’axe de ma vie, c’est le lien social avec les pauvres, les rejetés, soulignait-il. Le pape François a dit qu’il voulait une église qui soit dans la rue. C’est ce que j’ai essayé de vivre… Au ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as-tu fait pour ton frère ?



Après avoir consacré sa vie aux plus démunis, le père Pedro Meca est décédé le 17 février dans sa 80e année. « C'était un compagnon de la nuit pour ceux qui n'avaient rien. C'était un mendiant. » C'est par ces mots que l'ordre dominicain, dont il était membre, a annoncé sa disparition...


Sentir quelqu'un avec Philippe Mac Leod




On ne chasse pas le mental par le mental, mais en allant réveiller d'autres sources, en rompant avec la logique humaine, en allant nous poser, plus bas même que notre cœur, sur le fond nu de notre chair. 

L'inconnu du silence, même quand il nous effraie, vaut mieux que tous les cabotages à la périphérie de notre psychologie. L'océan de l'amour nous demande l'infini de notre amour. 

Et ne l'oublions pas, il n'y a pas d'amour sans passion, sans désir, sans liberté. 
Il s’accommode mal du conformisme, des sentiers battus, des recettes mesquines, il fuit les pâleurs du convenu, il veut du neuf, du vrai, du vivant, il veut sentir quelqu'un.


Intériorité et Témoignage
Aux sources de la présence,
éditions Ad Solem 2014.


samedi 21 février 2015

La flamme de la prière avec Christian Bobin



[...] Et c'est quoi au juste, prier.
C'est faire silence.
C'est s'éloigner de soi dans le silence.
Peut-être est-ce impossible.
Peut être ne savons-nous pas prier comme il faut : toujours trop de bruit à nos lèvres, toujours trop de choses dans nos coeurs.
Dans les églises, personne ne prie, sauf les bougies.
Elles perdent tout leur sang.
Elles dépensent toute leur mèche.
Elles ne gardent rien pour elles, elles donnent ce qu'elles sont, et ce don passe en lumière.
La plus belle image de prière, la plus claire image des lectures, oui, ce serait celle-là : 
l'usure lente d'une bougie dans l'église froide.

- Christian Bobin
(Une petite robe de fête)


vendredi 20 février 2015

Les conseils d'Ève Ricard pour accueillir la maladie.


Elle a consacré toute sa vie à transmettre le goût des mots aux enfants en échec scolaire. Atteinte de la maladie de Parkinson depuis 23 ans, cette ancienne orthophoniste a fait de l’écriture un antidote contre la peur.



1. Dissipez le sentiment d’injustice
Hier, vous vous croyiez bien portant. Et voilà que, aujourd’hui, vous apprenez que vous êtes malade. Le diagnostic résonne en vous comme une déflagration. Certitudes, croyances, habitudes… tous vos repères volent en éclats. Vous vous cognez à la réalité la plus inattendue, celle de la fragilité de la vie. Pas question pour autant de vous laisser gagner par la peur ou le sentiment d’injustice. En plus de ne donner aucune clé, l’angoisse et la révolte ferment la porte à l’autre.

2. Ne vous identifiez pas à la maladie
Votre corps certes a une maladie, mais votre être, lui, reste intègre. Pourquoi seriez-vous obligé de porter une étiquette et d’endosser un costume qui ne vous appartient pas ? La maladie n’est pas souveraine, votre royaume, lui, vous appartient. Puisez dans votre force intérieure et aidez-vous vous-même comme vous aideriez une amie.

3. Changez vos lunettes
Sous l’effet de la maladie, chaque geste du quotidien demande à votre corps une somme d’exploits. Malgré la souffrance, ne perdez jamais goût à la vie. Ce serait la pire affection qui pourrait vous atteindre ! Au lieu de regarder ce qui vous fait défaut, focalisez-vous sur ce que la vie vous offre. Vous verrez alors bien au-delà des murs.

4. Ne vous renfermez pas
L’autre vous est nécessaire pour recevoir, vous êtes nécessaire à l’autre pour qu’il donne. Veillez donc à l’aimer comme vous-même. Cela implique de le regarder dans sa beauté, de construire avec lui une force de vie et d’accepter vos liens d’interdépendance. Vous êtes responsable de lui par votre regard et vos paroles.

5. Savourez l’instant présent
Face à une urgence de vie, vous ne devez plus envisager le temps comme une durée mais comme une profondeur. N’attendez plus rien. Accueillez tout ce qui vous arrive comme un cadeau.


Ce que je crois par Eve Ricard (1 min.)




jeudi 19 février 2015

La vraie vie commence aujourd'hui... avec Anne Dufourmantelle


Psychologies : Le manque de confiance en soi que nous sommes nombreux à ressentir est-il seulement lié au contexte incertain dans lequel nous vivons ? : 

Au risque de paraître radicale, selon moi, le « manque de confiance en soi » n’existe pas. Lorsque nous croyons manquer de confiance en nous, ce qui manque, en réalité, c’est la confiance en l’autre. Et c’est d’abord le résultat de notre histoire personnelle, même si, effectivement, aujourd’hui, la défiance règne, les relations se déshumanisent, les solidarités sont attaquées. Le sentiment de ne pas être assez performant, pas assez affirmé, pas assez séduisant - pas à la hauteur - est la conséquence de premiers liens insécurisants dans l’enfance. Les impératifs angoissants, les « il faut », les « je dois » face auxquels nous nous sentons défaillants sont les héritiers de toutes les injonctions morales, parentales que nous avons intériorisées et qui composent le surmoi (notre loi intérieure). L’enfant que nous étions a été entamé dans ses capacités par ces peurs que l’autre, l’adulte, a fait peser sur lui. Dans certaines situations, pour être aimé, il n’avait d’autre choix que de se comporter comme on le lui prescrivait. Au point, parfois, de perdre sa propre boussole, le sentiment de son être, le sens de son véritable désir.


En quoi cette sensation de ne pas être à la hauteur, que nous interprétons comme un manque de confiance en soi, nous détourne-t-elle de notre puissance?

A.D. : Bien souvent, elle nous sert d’excuse commode. Nous lui attribuons nos rendez-vous ratés avec la vie - les examens auxquels nous échouons, les réalisations inachevées, les projets sans cesse reportés au lendemain. En réalité, c’est notre névrose qui nous pousse à répéter, à rencontrer toujours les mêmes obstacles, les mêmes déceptions, les mêmes impasses, dans le but de nous garder dans le monde connu, de faire en sorte que rien, jamais, ne change. Evidemment, nous n’en avons pas conscience, nous croyons prendre de grands risques. Nous passons d’un travail à l’autre, d’un compagnon à l’autre, mais c’est toujours la même équation inconsciente qui agit. Cette répétition est motivée par le désir de réparer le passé, mais il s’agit également d’une forme de loyauté à la mère ou au père de notre enfance, ce premier autre que nous voulons protéger, légitimer, même lorsqu’il nous a été néfaste. Retrouver sa puissance supposerait de sortir de cette emprise, d’oser désobéir à cet autre intériorisé.

Comment retrouver notre puissance manquante?

A.D. : Agir audacieusement, prendre des risques et des décisions définitives nous donnerait momentanément une sensation de force et de puissance. Mais ce ne serait qu’une fuite en avant, une manière de faire le jeu d’un surmoi sévère ne tolérant aucune faiblesse. La priorité serait d’abord de marquer un temps d’arrêt : ne rien faire, résister à l’impulsion de juger, de vouloir. Les sagesses orientales savent à quel point ce « non-agir » est agissant.

Ce temps de suspension nous révèle à nous-mêmes, nous informe à la manière d’un rêve. Il s’agit juste de laisser « infuser ». Cela donne naissance à un espace intérieur apaisant grâce auquel nous entrons dans une relation de bienveillance envers nous-mêmes et envers le monde.

Un espace de douceur dans lequel nous pouvons accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre, d’être vulnérables, rassemblant ainsi toutes les facettes de notre être, y compris celles que nous réprouvons, dont nous croyons devoir nous détourner. En tentant d’en faire nos alliées, nous récupérons une marge de manœuvre. Au bout d’un moment, des chemins insoupçonnés se dessinent, qui nous remettent sur la voie de la puissance.

Pour se sentir véritablement puissant, ne faut-il pas malgré tout, à un moment, être dans l’action?

A.D. : Certainement. Cependant, avant de pouvoir agir en toute conscience, nous devons nous affranchir des logiques névrotiques : en cessant de considérer que « la vraie vie commence demain », plus tard, quand nous serons prêts, suffisamment confiants, minces, forts, que sais-je ? Ensuite, nous devons dépasser la logique binaire du « tout ou rien » : être le premier ou rien. La voie de la douceur me paraît ici encore la meilleure stratégie. Commencer à jouer trois notes, sans attendre d’être concertiste. Nul besoin d’avoir confiance en soi pour effectuer ces micropas. C’est ainsi que la puissance intérieure se reconstruit. Un pas après l’autre.

Anne Dufourmantelle est l’auteure, entre autres, de Puissance de la douceur (Payot, 2013).





mardi 17 février 2015

Jeunons ensemble avec Matthieu Ricard


« Le bouddhisme a plutôt tendance à privilégier au jeûne – "Nyoung-Né", en tibétain –, la frugalité et le non-attachement à la nourriture, aux vêtements et aux biens matériels, en général. Il existe cependant une tradition, assez répandue chez les laïcs, mais aussi chez les moines et surtout chez les nonnes, qui consiste à jeûner en groupe pendant deux jours et à se placer dans une attitude de compassion envers tous les êtres en chantant des mantras. 
Cette pratique spirituelle a été initiée au XIe siècle par la nonne bouddhiste du Cachemire, Lakshmi. C'est après avoir eu une vision du bouddha de la compassion, Avalokiteshvara, doté de 1000 bras, 1000 yeux et 11 têtes, que l'ancienne lépreuse en formalisa les principes par écrit.

Beaucoup plus rare, la pratique yogique durant laquelle les méditants très avancés renoncent à la nourriture classique pour "se nourrir", dans leurs visualisations, de l'essence des éléments et de la nature : des fleurs, du ciel, des pierres... Personnellement, je n'ai fait cette expérience que deux fois, dont une en Thaïlande, pour accompagner un de mes frères malades. Mais après la tragédie de Charlie Hebdo, il me semble plus que jamais utile de rassembler toutes les religions autour d’une même cause, celle du respect mutuel, de la tolérance et de la bienveillance. 

En jeûnant collectivement, on met en exergue l'impérieuse nécessité de remédier aux inégalités sociales et d'instiller davantage de solidarité entre les populations, au-delà de l'émotion du moment. Une déclaration par l'action en faveur d'un altruisme durable. »


lundi 16 février 2015

Appel interreligieux au jeûne, à la prière et au partage contre la violence et la division

Du 7 au 14 mars.

Deux mois après les attentats survenus à Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, aux côtés des réponses nécessaires sur la sécurité, l’éducation, la prévention…, nous croyons qu’il y a un indispensable combat spirituel à mener contre toutes les divisions, qu’elles soient collectives, comme le terrorisme et le radicalisme, ou individuelles, au cœur même de notre être. Les religions, dans le cadre de l’espace laïc, peuvent apporter ces réponses particulières que sont le jeûne, la prière, le partage. Et ce, tous ensemble, ceux qui croient au ciel (chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes…), et ceux qui n’y croient pas.
Nous avons choisi le jeûne, la prière et le partage non seulement parce que ce sont des pratiques communes aux religions, mais aussi parce qu’elles peuvent unir tous les individus de bonne volonté.
Vous pouvez vous associer du 7 au 14 mars à cet appel :
● Individuellement, en vous engageant à jeûner chez vous le temps d’un repas le jour que vous aurez choisi (par exemple le mercredi ou le vendredi pour un chrétien ; le lundi ou le jeudi pour un musulman…).
● Collectivement, en organisant une rencontre interreligieuse (repas, prière…) dans votre communauté ou association, avec vos voisins (de toutes confessions), vos amis, en famille… en osant inviter des personnes de confessions différentes. Une manière de créer ensemble de nouveaux réseaux contre la violence et la division. 

Père Patrice Gourrier,
Mohammed Chirani,
Rabbin Avraham Weill,
Matthieu Ricard.

> Pour nous rejoindre :

Si vous acceptez de vous associer à cette initiative, votre nom sera inscrit sur une carte de France qui paraîtra dans La Vie.
Merci pour cela de répondre d'ici le 25 février, en précisant bien votre nom et votre ville, en écrivant à v.durand [arobase] lavie.fr

Voir l'article en entier


dimanche 15 février 2015

De l'air contre la colère avec Joshin Luce Bachoux


C’est difficile, vraiment difficile : je m’efforce de ne pas laisser s’échapper les mots qui se bousculent dans ma tête. Je suis en colère, très en colère après cette personne en face de moi, qui vient de me dire des choses blessantes que je trouve injustes. « On m’attaque ! » dit une voix à l’intérieur de moi, qui mobilise toutes mes défenses. Je suis prête à être moi aussi injuste, à blesser, à faire mal avec mes mots. Je la connais bien, je sais ce qui la touche et je sens combien ce serait « facile » de faire mal à mon tour.

Je ne peux pas grand-chose sur les pensées toutes noires et pointues qui m’ont envahie, mais je garde la bouche résolument close.

La journée avait pourtant bien commencé : matin de gel blanc et or, et, près du bassin, des mésanges gracieuses qui échangeaient des nouvelles. Une matinée qui donnait envie de travailler à l’extérieur, aussi fut-il décidé de ranger la cabane à bois, de trier et de jeter, ce qui laisse toujours un petit goût agréable de travail accompli. Mais les choses se gâtèrent quant à ce qu’il fallait ou non garder, dérapèrent avec des « Ho ! toi, tu veux toujours… » et des « En tout cas, ce n’est pas moi qui… », réveillant de vieux arguments trop souvent entendus, jusqu’à ce que, le ton montant, les accusations deviennent personnelles, nous jetant l’une contre l’autre à la recherche de ce qui fera gagner, gagner sur l’autre qui a tort, qu’il faut faire taire une bonne fois.

Tout à coup, je m’aperçois de ce que je fais : je sens la colère qui me brûle, mon corps entier en est envahi : épaules raides, nuque contractée, poings serrés. Les yeux étrécis, je ne vois plus rien d’autre que cette ennemie en face de moi ; mon cœur bat à toute allure, et ma respiration superficielle me laisse presque haletante… la colère est un fardeau qui m’écrase sous son poids ; j’étouffe, il me faut de l’air pour qu’elle se dissolve, qu’elle s’envole.

D’abord respirer : je me concentre sur l’air qui pénètre mes poumons, mes épaules se relâchent, j’expire et mes mains s’ouvrent.

Je sais, même si je ne suis pas toujours prête à le reconnaître, qu’il y a un élément plaisant dans cette émotion : je me sens pleinement vivante, je me remplis moi-même ; le moment a une intensité vibrante, comme un feu d’artifice. La colère est d’abord passionnante, elle me prête une force tout à fait illusoire.
Car je sais aussi, d’amère expérience, que blesser l’autre, c’est me blesser moi-même. Tout à l’heure, demain ou plus tard, je tressaillirai de honte au souvenir de ma voix, de mes paroles. Je souhaiterai de toutes mes forces que cela n’ait pas eu lieu, que je n’aie pas dit ces mots terribles. Pourquoi n’ai-je pas su garder mon calme, ou quitter la scène avant de me laisser aller à cette violence ? Car c’est bien de violence qu’il s’agit : violence des mots qui deviennent des armes, violence de la voix qui s’élève pour couvrir celle de l’autre, violence du corps qui cherche à intimider.

Respirer : je me détends, et je vois, en miroir, l’autre personne se détendre aussi. Je me sens plus légère, je reprends conscience de la terre sous mes pieds, du grand ciel au-dessus de ma tête. La colère m’avait coupé de l’extérieur, m’enfermant en moi-même, dans mon petit enfer privé ! Mes mains s’ouvrent, mes mâchoires se desserrent, je me sens délivrée comme après une maladie. Mon esprit a lâché prise, et c’est mon corps et ma respiration qui m’ont fait revenir au soleil de cette matinée. L’air légèrement honteux, je tente un petit sourire…

Joshin Luce Bachoux, nonne bouddhiste, elle anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.


samedi 14 février 2015

Faire l'amour... avec Arnaud Desjardins



...L’amour devient réellement une participation et une méditation. Rien n’est cherché. Tout est reçu dans une disponibilité totale à l’inconnu et à la découverte. L’orgasme qui est généralement considéré comme une fin, un achèvement, se révèle au contraire un commencement, une ouverture sur un état intérieur de communion et de contemplation, dans lequel la conscience est dégagée du fonctionnement psychomental. Le bonheur conjugal est alors fait d’une réconciliation et d’une harmonisation avec l’ordre cosmique dans lequel l’homme et la femme s’insèrent.



Extraits de « Les Chemins de la Sagesse » d’Arnaud Desjardins (2ème partie / chap. 4 « Faire l’amour »)


Peur et profondeur avec Jean Vanier

Se cacher derrière les murs

La peur nous pousse à nous cacher derrière les murs de notre cœur, de notre groupe, de notre communauté. C'est si profond en chacun de nous. Nous recherchons la sécurité, mais souvent en oubliant qui nous sommes au plus profond. Nous avons peur de ne pas être : ne pas être aimé, ne pas réussir, ne pas être apprécié ou reconnu, ne pas avoir de place si nous quittons la sécurité de notre groupe. 


Peur de reconnaître ce qu'il y a de plus profond en nous

Nous jugeons et condamnons l'"autre", celui qui est différent et qui a quelque chose que nous n'avons pas. Nous sommes profondément jaloux parce que nous n'avons pas la plénitude de la vie en nous. Nous avons peur de reconnaître nos propres blessures, nos fautes, notre faiblesse, comme nous avons peur de reconnaître ce qu'il y a de plus profond en nous, notre beauté intérieure, notre valeur.


Jean Vanier, Recherche la paix


vendredi 13 février 2015

Et les masques sont tombés...par Jean Vanier

Il y a cinquante ans (en 2014), inspiré et soutenu par le père Thomas Philippe, j’accueillais Raphaël Simi et Philippe Seux. Ces deux hommes vivaient dans une grande institution depuis la mort de leurs parents. Comme tant d’autres, ils n’avaient pas de place dans la société. Ni l’un ni l’autre n’avait pu aller à l’école. Je les ai accueillis dans le désir de suivre Jésus et d’annoncer une Bonne Nouvelle pour les pauvres. L’Arche est née ainsi.

Puis, l’Arche a grandi. De cette petite maison dans le village de Trosly, près de Compiègne, dans l’Oise, d’autres sont nées. Aujourd’hui, ce sont 125 communautés dans 33 pays. Chacune comprend plusieurs foyers de type familial, où vivent 10 à 15 personnes. Notre vie communautaire est belle et inten- Né en 1928 au Canada, Jean Vanier est d’abord officier de Marine, docteur en philosophie, enseignant à Toronto... Avant de s’installer, en 1964 à Trosly-Breuil (Oise). L’Arche est aujourd’hui implantée dans 30 pays et accueille, en France, 1 000 personnes dans 26 communautés. se, source de vie pour tous. Les personnes ayant un handicap vivent une véritable transformation et retrouvent confiance en elles-mêmes, la capacité de faire des choix et surtout leur dignité d’être humain. Les jeunes ou moins jeunes, célibataires ou mariés, qui s’engagent à leurs côtés pour un an ou plus, découvrent un lieu qui donne un sens à leur vie. Le propre de nos communautés est précisément ce «vivre avec».

Il y a peu de temps, une assistante de 30 ans, qui avait passé cinq mois dans une de nos communautés, m’a raconté son histoire. Elle avait fui sa famille, car ses parents ne s’entendaient pas. Elle s’était lancée dans les études, puis dans une vie professionnelle intense et brillante. Elle avait peur de la relation, source de conflit, donc dangereuse. Par Internet, elle a trouvé l’Arche, s’est engagée dans un foyer. Ses masques sont tombés ; elle y a découvert une nouvelle liberté et la joie de la relation. Aujourd’hui, elle ne fuit plus les autres ; elle n’a plus besoin de gagner, d’être la première. Elle a découvert ce qu’est aimer et célébrer la vie en communauté, et réalisé que Jésus est quelqu’un qui peut l’aider dans ce chemin de transformation.

Chacun est appelé à vivre cette expérience ; chacun découvre la différence entre générosité et communion des cœurs. La générosité implique une supériorité : on donne quelque chose (biens, connaissances, nourriture...) à quelqu’un qui en a moins. Dans la communion des cœurs, chacun donne et chacun reçoit, et devient vulnérable l’un par rapport à l’autre. Bien sûr, la générosité peut et doit conduire à la communion, mais elle en est séparée si souvent... On peut même chercher sa propre gloire dans la générosité !

La communion implique des souffrances. Pas si simple de faire descendre les murs de protection construits autour de nos cœurs. Pas simple d’entrer dans une relation d’amitié avec quelqu’un de différent. On découvre assez vite nos préjugés, nos peurs et nos angoisses cachés derrière ces murs. Nous découvrons assez vite nos capacités de violence quand une personne plus faible s’oppose à nous ou bien quand nous n’arrivons pas à la comprendre. C’est la découverte de nos fragilités profondes. Beaucoup de jeunes viennent à l’Arche pour s’occuper des « pauvres », mais ils ne restent que s’ils découvrent qu’eux aussi sont pauvres. Qu’ils ont besoin d’être aidés par des frères et des sœurs dans la communauté et par l’Esprit-Saint que Jésus nous a promis pour changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair.

Vivre à l’Arche est une aventure, un chemin de croissance vers la compassion. L’Arche est une école de relation, où nous apprenons à voir le positif dans l’autre. À ne pas vouloir faire tout, tout seul. À coopérer pour créer ensemble un monde où il y a plus d’amour et de respect de la dignité de l’autre.

Source : La Vie 2004


L’homme de la compassion

1928 Naît à Genève de père canadien.
1942 Intègre la Marine royale canadienne.
1950  Études de philosophie à la Catho de Paris.
1962 Thèse sur le bonheur chez Aristote.
1963  Enseigne la philosophie à l’université de Toronto.
1964 Fonde l’Arche à Trosly (60).
1971  Fonde Foi et Lumière.
1971 à nos jours Nombreuses fondations de foyers de l’Arche, multiplication de livres, tournées de conférences et de retraites spirituelles dans le monde entier.



jeudi 12 février 2015

Nature tranquille...



La tranquillité est notre nature inné. 
C'est une réalité. 
Par conséquent, il n'est pas nécessaire de lutter pour la produire. 
Eliminez l'agitation et la tranquillité se révèle. 
L'effort est requis non pas pour générer la tranquillité, mais pour bannir l'agitation.

Tapovan Maharaj


mercredi 11 février 2015

Arbres d'Osho...



Je sais qu'il est possible d'aimer un arbre, mais seulement après avoir aimé les êtres humains si profondément et si totalement qu'on a découvert les arbres, les animaux, les oiseaux dans chacun d'eux, car l'être humain a été tous ces êtres et en garde encore les traces dans son inconscient ou dans l'inconscient collectif. 




Vous avez déjà été un arbre, un oiseau, un animal, une pierre. Vous avez été toutes les choses, un million de choses et vous portez encore en vous toutes ces expériences. La seule façon de communiquer avec un arbre est d'entrer d'abord en contact avec l'arbre qui est à l'intérieur de chaque être humain. 



 Osho, 
extrait de : The Wisdom of the Sands, Vol 1



mardi 10 février 2015

Conscience d'humilité avec Clotilde Courau


Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie.

 Sénèque 



 « Cette phrase m'accompagne, au quotidien, depuis des années. Elle m’aide à entreprendre chaque journée comme un cadeau, comme une aventure. Y aller, avec plaisir, avec envie, intensément. Elle m’aide, aussi, à relativiser ce qui peut m'arriver et à ne pas trop me prendre au sérieux. Je ne sais pas exactement ce que Sénèque entendait par "bien vivre", mais j'ai tendance à traduire : “Hâte-toi de vivre", tout simplement.

Ce qui, pour moi, est un appel urgent à revenir à ce que je suis et vis ici et maintenant, sans songer au passé ni me préoccuper du futur. Une manière de contrer cette façon que j'ai, comme tout le monde, de fuir la réalité présente. Et puis, prendre conscience, grâce à cette phrase, que vivre le temps présent est une chose particulièrement difficile constitue, à mes yeux, une merveilleuse leçon d’humilité. » 

Sénèque : Philosophe romain (v. 4av. J.-C.-65apr.J.-C). 
Cette citation est extraite des Lettres à Lucilius (Mille et une Nuits, “La Petite Collection”, 2002).



lundi 9 février 2015

Humanité avec Robert Guédiguian


« Mes cahiers de lycéen étaient couverts de citations glanées au fil de mes lectures. Mais s'il en est une qui a déterminé ma vie, c'est celle-ci :


"Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
Et si je ne suis que pour moi, que suis-je ?
Et si ce n'est pas maintenant, quand ?"
(Avot 1.14). 

Hillel l'Ancien
(v. 70 av. J.-C.- v. 10 apr. J.-C.) 

Elle signifie qu'il faudrait, à chaque instant, unir le geste individuel au geste collectif; agir sans perdre de vue que tout ce que je fais, je le fais pour moi mais aussi pour les autres. Le jour où je l'ai découvert, ce précepte est devenu ma règle de vie. Je dirais même : mon traumatisme ! Car il met une pression énorme et ôte toute insouciance. Cependant, considéré avec plus de légèreté, il indique que chacun doit faire comme il peut, avec ce qu’il est, donc avec modestie. J’y entends un appel pour l'engagement et contre l’égoïsme. 
À une époque où l'on se noie chaque jour davantage “dans les eaux glacées du calcul égoïste", comme disait Marx, le monde, je crois, a besoin de se souvenir que, seul, on n'est rien et que, dans chacun de nos pas, c'est l’humanité tout entière qui avance. »

Robert Guédiguian


dimanche 8 février 2015

Le monde dans mes mains avec Joshin Luce Bachoux:


Vivre dans ce monde et espérer le transformer un tout petit peu : ce matin, devant le travail de la journée à accomplir, je me demande si cela passe par mes idées, ou par mes mots, ou simplement par mes mains. Parce que ce sont elles qui ont touché le monde, chaque jour, qui y ont travaillé, avec amour ou impatience et qui l’ont rendu présent à chaque instant.

Elles ont savonné, rincé, repassé ; elles ont passé la serpillière, le balai et le chiffon, elles ont fait la vaisselle et manié la tronçonneuse ; elles ont accroché des milliers de lessives, empilé des bûches, reçu pour leur peine des dizaines d’échardes et laissé tomber quelques jolis vases. Elles ont essuyé des larmes, rectifié une mèche vagabonde ou un foulard, noué des lacets pour de petites mains. Elles ont enfourné tartes et gratins et envoyé d’un coup de pelle décidé le gravier dans la bétonnière. Elles ont cloué, scié et raboté avec enthousiasme et maladresse. Elles ont été potelées, douces, gelées, ravinées par des crevasses, bronzées, solides. Elles ont consolé, nourri, caressé, soigné ; elles ont soulevé des malades, rafraîchi des visages en sueur et serré fort des mains qui tremblaient.

Je ne me souviens pas qu’elles aient frappé, ni homme ni bête, mais il est peut-être des choses que notre mémoire préfère oublier. Elles ont épluché, coupé en dés, en allumettes, en rondelles ; elles ont pelé les pommes et les tranches de melon, pressé des oranges, écrasé des graines d’anis et de coriandre, pétri le pain et découpé de la pâte sablée en faisant des ronds avec un verre. Elles ont fait sauter des crêpes et brûlé du caramel. Elles se sont essayées à la sculpture avec un bloc de terre glaise et joué avec des tubes de peinture avant de comprendre qu’elles n’étaient pas des mains d’artiste, mais des mains tout à fait banales, utiles, non pour créer, mais pour maintenir et protéger la vie, là, juste devant elles.

Elles portent des cicatrices de coupures, de brûlures, de coups de marteau et aussi la trace d’anciennes ampoules ; elles se sont fait pincer dans des tiroirs ; quelques chiens et deux ou trois chevaux les ont mordues ; des ­chatons joueurs s’y sont fait les griffes. Elles ont essayé d’être aussi légères que le vent pour tenir un oiseau, petit cœur battant trop vite, et aussi fortes que la pierre pour protéger ceux qu’elles aiment. Elles ont écrit à l’encre, au stylo et enfin ont adopté le clavier de ­l’ordinateur, tapant comme des petits marteaux sur des touches qui n’en demandent pas tant…


Elles ont arraché des orties, planté des graines en tassant la terre, transporté des centaines de lourds arrosoirs, ramassé les haricots et les fraises, plongé dans la terre pour y retrouver les dernières pommes de terre. Elles ont manié le sécateur et le râteau et brisé les cageots en menus morceaux pour faire du petit bois. Elles ont assemblé des bouquets, accroché des guirlandes, décoré des sapins. Elles ont emballé des surprises, noué des rubans multicolores et déballé de précieux cadeaux faits de trois bouts de ficelle.

Elles ont été poing, enserrant un chagrin ou vibrant de colère, et main tendue, aussi, dans le geste du pardon ; elles ont parfois caché un sourire ; elles se sont jointes pour une prière. Elles sont restées fermées longtemps avant d’apprendre à s’ouvrir, à accueillir, à recevoir. Elles ont tissé et retissé toute une tapisserie de travail et d’amour, d’odeurs et de goûts, de quotidien et de joies. Et peut-être, oh peut-être, un petit peu offert quelques couleurs à ce monde, tout comme les vôtres.

Joshin Luce Bachoux est nonne bouddhiste, elle anime la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche.

vendredi 6 février 2015

Méditer pour témoigner que, là où nous sommes, le monde peut encore être en ordre !

Les événements cruels qui, ces dernières semaines, ont bouleversé notre conscience remettent brutalement en question notre être au monde. A l'heure où se passait ce fait abject, j'étais entouré d'une trentaine de personnes participant à une semaine de pratique de la méditation. Est-il légitime de prendre le temps de méditer dans un monde où, comme on l'observe quotidiennement, les fausses valeurs tentent de prendre le pouvoir ? Après quarante ans de pratique de la méditation je réponds : oui !

Le philosophe Martin Heidegger énonce deux vérités inéluctables :
« Je vis parce que je suis un être vivant »
« Je pense parce que je suis un être pensant »

En d'autres mots, l'être humain est, comme l'animal, « doué de vie » et l'être humain, à la différence de l'animal, est aussi « doué de raison ». Doué de raison. Un processus qui avec la pensée, le langage, l'intelligence constitue ce qu'on appelle : le mental. Le mental. C'est le noeud du problème ! Le mental a une puissance telle que l'homme se voit à travers ses propres constructions mentales. D'où cette conviction illusoire : « Moi, je crois, que je suis, ce que je pense que je suis ! ». D'où cette autre illusion : « Ce que moi je pense est la vérité ! ». Identifié à ses constructions mentales l'homme se coupe de son essence. Lorsque « Je pense » devient plus important que « Je suis », les fruits du raisonnement, comme nous l'observons dans de multiples domaines, ne sont pas toujours raisonnables.

Dans quel monde vivons-nous ?
Nous vivons, sans en être vraiment conscients, dans un monde construit et organisé selon nos constructions mentales. L'organisation politique et sociale du monde est la manifestation de constructions mentales. L'organisation industrielle et économique du monde est le fruit de constructions mentales. La publicité, la mode, la spéculation financière ne sont rien d'autres que le résultat de constructions mentales. Les prises de positions dogmatiques des différentes confessions religieuses sont la traduction des constructions mentales.
L'identification à la somme des productions mentales nous plonge dans l'ignorance des « valeurs de l'être ».
Ces valeurs de l'être que la méditation nous aide à dé-couvrir.
Lorsque le collectif humain est entraîné dans le marasme, le découragement, la détresse, la peur, il est important d'accompagner celles et ceux qui refusent de foncer plus avant dans cette impasse.

Je ne suis pas niais au point de croire ou de penser que la méditation va changer le monde d'un tour de main. En même temps, j'observe que le mot méditation, qui comme un tsunami, aborde aujourd'hui l'Occident, répond peut-être à une intuition et une exigence à laquelle adhèrent de plus en plus de personnes qui souffrent du non-sens dans lequel le monde semble plonger.
Les valeurs essentielles, celles qui font d'un homme un être humain, peuvent surgir du plus profond de soi grâce à ce travail artisanal sur soi qu'est la méditation de pleine attention.
La méditation de pleine attention ? Un exercice spirituel parfaitement adapté à notre temps !

Dans les années 1970, au lendemain d'un reportage sur la guerre au Vietnam qui dénonçait l'insupportable : une petite fille brulée au napalm, courant, nue, sur une route bombardée, Graf Durckheim a introduit la pratique méditative en disant : « Nous ne pratiquons pas la méditation pour nous mettre à l'abri des bombes ; nous pratiquons la méditation pour témoigner que là où nous sommes, en ce moment, le monde peut encore être en ordre ».

Jacques Castermane






jeudi 5 février 2015

L'homme qui marche... (2)


La poésie devient aussi révolutionnaire…

Elle l’est. C’est que les puissances mortifères qui se développent à certains moments, dans l’histoire, ne supportent pas la moindre herbe de vie, la moindre brise. Il faut qu’il n’y ait plus aucun courant d’air dans les rues de la ville ; iI faut que le ciel soit fermé. Et il n’y a rien qui rouvre tout, à la fois les fenêtres et à la fois le ciel, comme la poésie, ou comme une parole d’enfant ; il n’y a rien d’aussi puissant. La parole poétique est par essence subversive, elle n’est pas gentille, elle n’est pas mièvre, elle n’est pas sentimentale. Elle est insurrectionnelle, c’est une force de vie, pas de mort, oui…

Est-ce que les mots d’aujourd’hui saisissent la vie ?

Les mots qui servent à rendre compte de la vie d’aujourd’hui, la plupart du temps, sont prémâchés et donc ils ne sont pas nourriciers. Aujourd’hui, on nous voile les choses sous prétexte de nous les éclairer. On ne peut guère ouvrir un journal ou entendre une émission de radio ou de télé sans qu’on vous parle d’économie. L’argent a une main mise sur presque tout. Le commerce cherche à attraper la vie, mais la vie est inimitable. Or moi, je crois que la langue économique n’est pas la première. On a besoin d’un langage et d’un monde qui ne soient pas mis tout entier sous un code-barres. On en a un besoin affolant, cela explique une partie des choses qui se passent. Il faut aller dans une forêt de mensonges en se guidant juste avec son instinct et son oreille, essayer d’entendre là où on nous ment. On peut y arriver…

La quête de réussite, de richesse, de jeunesse éternelle, est-ce compatible avec cette recherche ?

Il n’y a pas un gramme de vie dans les images lisses que proposent d’eux-mêmes les plus grandes fortunes de ce monde, ces vies fermées de milliardaires américains avec leurs piscines infernalement bleues. Je ne sais pas si l’argent à lui seul réussit ce prodige, mais ce n’est pas avoir de la chance que de se mettre à l’abri de la vie, des surprises, de l’imprévu. Ces châteaux-là sont des châteaux de néant et ils s’écrouleront. Ils ont peut-être déjà commencé…

Le monde autour de nous est en train de se couvrir de carapaces (casques, gilets pare-balles), cela vous inquiète-t-il ?

Tout cela tombe au premier coup de tonnerre, ou alors quand on est amoureux. Ces jeunes, dont vous dites qu’ils ont des casques greffés sur le crâne, attendent le tremblement de terre amoureux. C’est devant eux, et c’est quelque chose devant quoi toute l’électronique ne tient pas. Devant le tremblement d’une mèche blonde ou brune, devant le sourire de quelqu’un que l’on aime et qui s’en va, toutes les armures que nous avons inventées ne tiennent pas, elles tombent. Elles tombent… Elles tombent. Ma confiance, elle est dans ce point-là, elle est, au fond, dans le fait que la protection totale nous est impossible, et on le sait, on le voit en plus…

Les extrêmes s’affrontent désormais, les mèches dont vous parlez sont parfois cachées sous un voile…

Je pense que le bateau coule et en même temps, je suis confiant. Malheureusement, l’humain s’éloigne ces temps-ci. Il est enlevé même des visages et des regards, mais cela ne peut pas ne pas revenir parce que, tôt ou tard, vous avez à faire à l’inconnu d’aimer, à l’inconnu de mourir, à l’inconnu de perdre quelqu’un ; à des joies, à des amours, à des épreuves qui sont la base même de la vie et devant lesquelles vous vous redécouvrez. Et pas uniquement des choses malheureuses, mais la simplicité de l’humain est inaltérable. Elle est recouverte, parfois même détruite, mais elle peut renaître. À tout moment.

Beaucoup de visages se ferment dans les villes…

C’est vrai… Mais cette fermeture n’est pas définitive. L’inépuisable est à notre porte. Dans le métro, les gens ne le savent pas, mais ils sont magnifiques. Parfois, ils ont des visages de livres fermés, mais il suffit de très peu pour rouvrir un livre fermé. Chacun doit trouver sa place dans la vie, personne n’est inutile, absolument personne. À partir du moment où vous avez l’intuition que vous avez trouvé votre place, il faut la tenir, faire votre travail. Il y a un trésor de choses pauvres qui nous est redonné, à tous, chaque matin, tant qu’on est vivant et que nous devons essayer de ne pas trop abîmer. Une belle vie, c’est une vie où la personne a beaucoup donné d’elle-même, s’est beaucoup élancée. Il y a eu beaucoup de floraisons, beaucoup de risques pris. C’est ça, la vraie chance, c’est parfois coûteux, c’est parfois déchirant, mais c’est magnifique.


mercredi 4 février 2015

L'homme qui marche... (1)


Vous donnez au musée Rodin une lecture de votre texte « L’homme qui marche »… Qui est cet homme ?

J’ai essayé de parler de quelqu’un, c’est le moins qu’on puisse dire, de mondialement connu, comme on ferait de quelqu’un qui vient de rentrer dans la pièce, dont on ne sait pas le nom, mais dont la présence commence à nous bouleverser. Dans cette vie, nous sommes aveuglés par les connaissances que nous avons. Pour rencontrer vraiment quelqu’un, il faut traverser tous les écrans, tout le dictionnaire, toutes les rumeurs, toutes les opinions. Il s’agit du Christ. C’est un livre très bref sur le Christ, mais il n’est jamais nommé en tant que tel. Je me suis basé sur sa présence humaine, vibrante, mais sans prononcer son nom, car c’était tout de suite faire venir tous les gardes du Vatican, et 2 000 ans d’histoire. C’était beaucoup trop lourd pour moi, cela soulevait beaucoup trop de poussière…

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?

C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu. Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur. Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre. C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes. C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.

L’inquiétant aujourd’hui, c’est que pour certaines religions, même un mot d’amour peut choquer…

Les religions sont de beaux tombeaux, mais le vivant ne s’y trouve pas. J’aime le pape François, mais je ne suis pas sûr que le Christ habite encore au Vatican.

Lisez-vous des textes religieux ?

Je ne fais pas la démarcation entre les textes religieux et les autres. Je cherche la plaque chauffée à blanc de la vie. Certains vers d’Ossip Mandelstam, un poète russe mort en 1938 dans un camp, me parlent de la vie éternelle aussi bien, et même sans doute mieux, que certains textes dits spirituels. J’aime aussi beaucoup les poètes arabes. Le penseur perse et fondateur du soufisme au XIIIe siècle, Rumi, me touche beaucoup. Il y a chez lui une ivresse des mots qui fait danser la vie autour de cette chose impossible à dire, même le mot de Dieu n’y suffira pas.

...

mardi 3 février 2015

Les mains dans la terre avec Belinda Cannone




« J’ai toujours été une femme pressée et, avant de m’installer dans ma maison des champs, je n’avais jamais à mettre les mains dans la terre. Et puis j'ai décidé de planter deux hortensias devant la porte et, comme par un engrenage inexorable, je suis tombée jardineuse... 
 Et j’ai ainsi appris la lenteur, le calme du temps étiré. On est entré un instant plus tôt dans le jardin et soudain, comme s’éveillant d’un beau songe, on ne sait plus depuis quand on jardine : deux heures, trois ?

Le temps a passé à sa manière et on avait tout oublié de la vie ordinaire. Car il a d’abord fallu regarder - oh ! comme on a envie de regarder, passionnément : où en est donc le lilas ? Les tiges des pivoines ont-elles commencé à poindre, rouges et charnues ? Les anémones du Japon n’en prennent-elles pas trop à leur aise? Il faut arracher, patiemment - oh ! cette patience ! -, les plantes fanées, choisir les emplacements des fleurs annuelles, creuser, et, si vaste soit l’emprise des mauvaises herbes sous la poussée printanière, on sait que l’on en viendra pourtant à bout, tranquillement. 

Devenue jardinière, rien ne sera plus comme avant, on aura appris à s’insérer dans le grand flux du temps naturel, celui qui nous extrait de nous-mêmes - de ce petit moi si inquiet, si exigeant -, car le jardin, comme la musique, est l’occasion d’abandonner provisoirement ses oripeaux trop singuliers pour s’harmoniser à l’univers. » 

Belinda Cannone est l’auteure, notamment, du Don du passeur (Stock, 2013).




lundi 2 février 2015

La marche réenchante mon existence avec David Le Breton



« La marche implique les ressources élémentaires du corps, sans technologies, à pas d’homme, sans hâte, chacun selon son rythme. Elle sollicite un temps ralenti à ma mesure et à celle de mon désir. Je parcours les sentiers, j’arpente les forêts ou les montagnes, je gravis les collines pour avoir le plaisir de les redescendre, tout en restant à hauteur d’homme, livré à mes seuls moyens physiques, introduit à la sensation continue de moi et du monde. 

La marche réenchante mon existence. Elle n’est pas seulement regard, elle m’est aussi immersion parmi les nappes d’odeurs, les sons, la tactilité, quand le sentier se confronte soudain à une rivière, un ruisseau et que mes mains s’abandonnent à la fraîcheur de l’eau. Je sens l’épaisseur subtile de la forêt que recouvre l’ombre, les effluves de la terre ou des arbres, j’éprouve la texture du jour. 

J’entends les cris des oiseaux, les bruits de l’orage ou les appels des gamins dans les villages, les stridulations des cigales ou le craquement des pommes de pin sous le soleil. Selon les saisons, je cueille les fraises des bois, les noisettes, les champignons... La marche est une expérience sensorielle totale qui ne néglige aucun sens. Les retrouvailles avec le cosmos ne sont jamais loin, mes pas me mènent infiniment plus loin que le paysage. » 

 David Le Breton, sociologue et écrivain, est l’auteur, notamment, de Marcher, éloge des chemins et de la lenteur (Métailié, 2012).


dimanche 1 février 2015

Samsara et nirvana avec Alexandre Jollien


Voilà quelques mois que nous avons atterri au sommet de cet immeuble de 15 étages. Dire qu’il y a dix ans la Corée du Sud représentait à mes yeux qu’une terre lointaine, un nom presque insignifiant, perdu dans l’atlas de mon enfance. Aujourd’hui, elle constitue le cœur de notre quotidien.


Voilà la formation spirituelle rêvée : vivre sans repères, se rapprocher d’un réel inconnu, se mettre à l’écoute des gens avec le cœur quand les mots font défaut. Tout cela déconcerte et peut engendrer un stress immense pour qui veut se maintenir dans la performance, la compétitivité. Mais le pari de ce séjour, c’est de sortir pour un temps du contrôle, de laisser se reposer un peu les verbes avoir et réussir, ces hyperactifs. Au final, tout est dans les mains du Créateur, tout est prêté. Je le dis souvent aux enfants. Notre corps, la nourriture, le toit qui nous abrite, la famille et les parents… tout est prêté. Aussi, il s’agit de s’exercer à considérer les choses sous un nouvel angle ou, mieux, sans angle du tout. Comment ne pas rire lorsque, incapable de demander à la pharmacienne une pommade contre un gros rhume, je suis obligé de mimer la toux et de me frotter la poitrine à grands renforts d’atchoums…

En arrivant, je m’attendais naïvement à croiser des bouddhas à tout bout de champ. Et quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’en entrant dans une supérette je suis tombé sur un homme en train de battre vertement l’épicière ! Après avoir fui lâchement, je me suis soudain souvenu de Nagarjuna et de Maître Eckhart. Oui, le monde est à la fois nirvana et samsara, les rires côtoient les larmes. Aucun voyage, même en avion supersonique, ne peut nous arracher au tragique de l’existence, rien de nouveau sous le soleil…

Dans la rue, mon fils me montre un lugubre bassin dans lequel d’infortunés animaux marins attendent qu’un client les bouffe. J’ai essayé de le consoler :
« On est en plein samsara, mon fils, c’est la vie ! » Un homme aux larges bottines perdues sous un immense tablier jaune sort alors. Il se saisit d’une sorte de pieuvre et disparaît… Devant l’abat­tement de mon enfant, je lui confesse que, pour ma part, je me réjouis du sort du malheureux qui échappe enfin à une condition infernale et quitte pour de bon cet aquarium maudit dans lequel il ­poireaute, souffre et dépérit.

Dans la journée, il y a des flashs de nirvana, des moments de joie intense. Le samsara n’est jamais très loin non plus ! Un rien et tout bascule… sans parler des tiraillements qui se succèdent. Le tout est toujours et encore de se fixer nulle part. En ce sens, je pense à Céleste, ma fille cadette de 2 ans et demi, qui n’aura probablement aucun souvenir de notre séjour coréen. Parfois, je me dis que c’est dommage, mais au fond, j’aimerais être comme elle et accueillir gratuitement l’instant sans le comparer à ce qui a été déjà vécu, tout ouvert à l’être, à ce qui advient.

Le soir, au sommet de ma tour, j’imite sa confiance lorsque je me jette dans mon lit et dans les bras du Père céleste et que j’abandonne tout. Souvent retentit une intuition : « Si je veux maîtriser notre vie ici, je suis foutu. » Les épicières battues et les aquariums glauques n’effaceront jamais le miracle inouï d’ouvrir chaque jour nos yeux.