lundi 26 janvier 2026
Accepter les névroses cachées
mercredi 7 juin 2023
Beauté directe !
mardi 14 février 2023
S'accepter
Nous devons être prêts à être des gens complètement ordinaires, ce qui signifie nous accepter tels que nous sommes sans essayer de devenir plus grands, plus purs, plus spirituels, plus perspicaces. Si nous pouvons accepter nos imperfections telles qu'elles sont, tout à fait normalement, alors nous pouvons les utiliser comme faisant partie du chemin. Mais si nous essayons de nous débarrasser de nos imperfections, elles seront alors des ennemis, des obstacles sur la route de notre « amélioration personnelle ».
Mythe de la liberté et voie de la méditation - Chogyam Trungpa
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lundi 30 janvier 2023
Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi...
Les éditions Accarias-L’ORIGINEL (Jean-Louis Accarias) viennent de faire paraître un nouveau livre intitulé « Je suis celui qui est », qui rassemble des écrits et des enseignements directs du sage Râmana Maharshi, né en 1879, mort en 1950 et foudroyé dès l’âge de 16 ans par la révélation de sa véritable nature.
Cet ouvrage, comme d’autres parus sur le sujet chez le même éditeur, est présenté, traduit et annoté par Patrick Mandala. L’introduction de ce dernier est suivie d’un texte de Chögyam Trungpa , extrait de Voyage sans fin (1981), qui montre notamment à quel point la sagesse de ce guru indien ne relève pas plus de l’Orient que de l’Occident et qu’elle est universelle, puis d’un beau témoignage d’Henri Le Saux, qui écrit : « Les fonctions mentales et physiques de Râmana sont pure Brahma-shakti, pure radiance de la conscience du Brahman Lui-même. Il n’y a rien d’autre en elles qui les détourne de leur objet essentiel. » (p. 19)
L’ensemble du livre est divisé en deux grandes parties.
La première section est consacrée aux écrits inédits du sage, ce qui permet de découvrir les différentes versions des textes centrés sur l’unique question posée : « Qui suis-je ? » Ces écrits se présentent sous la forme de questions-réponses, de versets ou de poèmes rédigés par le Maharshi à la demande de ses disciples, d’une lettre (un document très rare parce que le sage ne répondait pas directement aux missives qui lui étaient adressées), ou encore d’exposés poétiques et métaphoriques de ses enseignements, ce qui permet de mettre en évidence les absurdités du mental. L’un de ces exposés se présente même sous la forme d’une recette de cuisine populaire, en lien avec la nourriture que lui préparait sa mère lorsqu’il se tenait ou écrivait en silence dans une grotte (par exemple, des galettes nommées « papadams ») !
La seconde section du livre regroupe ses « instructions spirituelles », sous la forme de dialogues avec ses disciples. Elles concernent divers sujets tels que le « Libéré vivant », la source du « je », les deux sortes de « je », l’ego, la réalité ou l’irréalité du monde, la vie après la mort, l’intellect, la paix, la béatitude du Soi, le sommeil ou encore la nourriture…
Les réponses comme les poèmes du Maharshi se caractérisent par une constante brièveté. Cette présentation des textes rédigés par son disciple très proche, Srî Sivaprakasam Pillai, nous le confirme : « Certains textes sont écrits à la hâte – car il fallait saisir au vol la spontanéité et la rapidité des réponses de Bhagavân, lesquelles se faisaient parfois par gestes quand il était en silence, ou qu’il écrivait sur le sable, ou sur des bouts de papier. » (p. 24)
Nous avons donc affaire ici à bien plus qu’un ouvrage : un inestimable trésor de spiritualité !
Extraits :
« 11. Est-il possible de détruire toutes les traces de pensées enracinées dans le mental depuis des temps immémoriaux, et de réaliser le Soi ?
Le mental doit être fixé si fermement dans la méditation de l’âtma-svarûpa qu’il ne lui sera même pas possible d’entretenir une pensée de doute. Toutefois, si un doute apparaît, il ne faut pas essayer de le dissiper, il faut d’emblée se demander à « qui » s’adresse ce doute et par cette introspection, cette pensée disparaîtra alors. Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi.
Même celui qui est un grand pécheur ne doit pas s’affliger en cherchant à savoir s’il atteindra ou non la libération. La pensée même d’être un pécheur doit être abandonnée et l’on se concentrera sur Atma-svarûpa : le Soi sera ainsi réalisé. » (p. 30)
« 3. Le corps est à l’intérieur du Soi.
Et pourtant, on pense être dans un corps inerte,
Comme un spectateur qui suppose
Que l’écran sur lequel l’image est projetée
Est contenu dans cette image. » (p. 58)
« 5. Placez les papadams dans le beurre clarifié [ghî] qu’est le pur Brahman,
Posez-les dans la poêle de l’unité de l’infini silence
Et chauffez-les doucement sur le feu de la Connaissance ultime
Qui resplendit en elle-même.
Maintenant, comme le « je » s’est fondu en Cela,
Mangez-les et savourez le Soi en tant que tel,
Goûtez à cette Béatitude à laquelle tous nous aspirons.
Faites des papadams, et une fois prêts,
Mangez-les afin de satisfaire votre appétit [du Soi] ! » (p. 72)
----------- rédaction par Sabine Dewulf
mercredi 24 août 2022
Etre en sentier
" Le sentier est une expérience personnelle, et l'on devrait se réjouir de ces petites choses qui prennent place dans nos vies, les obstacles, les séductions, les paranoïas, les dépressions et l'ouverture. Toutes sortes de choses se produisent, et c'est le contenu du voyage, qui est extrêmement puissant et important. Sans ces problèmes, nous ne pouvons avancer sur le chemin. Nous devrions nous sentir reconnaissants d'être dans le monde samsarique, de sorte que nous puissions fouler le sentier, que nous ne soyons pas stériles, complètement lessivés, que le monde n'ait pas été conquis par un système informatisé. Il y a encore de l'espace pour la crudité et la rugosité dans toute la place. Bonne chance !"
Le chemin est le but : Manuel de base de méditation bouddhique - Chögyam Trungpa
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dimanche 24 juillet 2022
Chemin ardu...
" Selon le Bouddha progresser sur la voie spirituelle, est une situation ni agréable ni exaltante. D'après les enseignements et les biographies des grands maîtres du passé, siddhas et gurus, il s'agit d'un processus constant de mettre bas le masque, d'un abandon continu, d'un déshabillage incessant, de mue répétée, dévêtant couche après couche, façade après façade. S'engager sur le chemin, c'est comme monter dans une voiture qui n'a pas de freins, cela implique l'abandon, le rejet, la mise à nu de chaque fibre du fourreau de l'égo."
Chögyam Trungpa.
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jeudi 7 juillet 2022
Vision fondamentale
mercredi 13 avril 2022
Rencontre avec Emmanuel Desjardins (2)
MK : Comment se porte la spiritualité dans notre siècle ? Pensez-vous avec Malraux que « Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas », comme il le disait en 1972 ?
ED : La spiritualité se porte à la fois bien et mal. A l’époque où mon père s’est intéressé à ce sujet, la spiritualité était presque éteinte en Occident. On le prenait pour un demi fou dans sa propre famille. Par ailleurs, dans les années 80, lorsque j’étais à Sciences-Po, la spiritualité, comme l’écologie d’ailleurs, n’était pas du tout prise en compte. A cette époque, quand les médias parlaient de spiritualité, tout était confondu : le problème des sectes, la superstition, la religion, l’ésotérisme. Ce n’était pas clair. Aujourd’hui, les temps ont beaucoup changé. La spiritualité est devenue visible et légitime et suscite une abondante littérature, avec d’énormes succès de librairies. Dans les années 60, les gens qui voulaient changer le monde, qui se disaient « révolutionnaires », étaient absolument contre toute forme de spiritualité. Sans doute du fait des traces laissées par le matérialisme historique de Marx. Aujourd’hui, la spiritualité apparaît comme faisant partie des forces de guérison du monde. Les gens qui veulent faire bouger les choses et lutter contre la folle fuite en avant du monde actuel, associent la dimension spirituelle à la dimension écologique, sociale et humanitaire. Il est donc difficile d’avoir une représentation homogène de la spiritualité contemporaine car, oui, d’un côté, tout le monde s’y intéresse, mais de l’autre, on peut relever une part de dévoiement par effet de mode. La spiritualité actuelle émerge dans une société matérialiste, obsédée par la consommation et le divertissement et il y a forcément un appauvrissement. Cela dit, même une spiritualité authentique peut donner naissance à des formes plus ou moins dénaturées. Au Moyen Age, la foi, la religion, la spiritualité étaient très présentes mais avec en parallèle un degré très élevé d’intolérance, d’inquisition, de guerres de religion… De nos jours, il y a un risque de superficialité.
Donc que sera le 21ème siècle ? Sans doute beaucoup de choses à la fois. Il sera probablement spirituel et très douloureux. Mais lorsqu’elle est vécue consciemment, la souffrance nous ouvre les portes de notre propre profondeur.
MK : La spiritualité deviendrait-elle un super instrument de la société de consommation ?
ED : Oui ce risque existe en effet. Un maître tibétain, Chogyam Trüngpa, parlait même de « matérialisme spirituel », la récupération de la spiritualité pour le renforcement de l’ego. Mais par ailleurs il y a une forte recherche de sens. A Hauteville, le centre où je travaille, j’ose croire que nous faisons un travail sérieux et je constate que les personnes qui frappent à notre porte ont une vraie demande. Et nous ne sommes pas les seuls, évidemment. Les propositions foisonnent : il y a les mouvements spirituels authentiques, mais il existe aussi beaucoup de contrefaçons, des manifestations superficielles et d’autres carrément toxiques. C’est pour cela que tout repose sur le discernement de celui qui se met en recherche. Sans cela, le risque est grand de tomber sur des sectes ou autres impostures. Mais, aujourd’hui, dans l’ensemble, des enseignements de qualité existent. Et l’homme étant différent partout dans le monde, il ne peut y avoir une seule réponse. Chacun doit trouver celle qui correspond à sa quête profonde.
MK : La démultiplication de « l’offre de spiritualité » n’est-elle pas le signe d’une recherche élargie d’une « voie de guérison »?
ED : C’est certain. On a exploré de multiples voies, depuis le début du 19ème siècle. A cette époque, le progrès technique apparaît (la médecine, l’industrie, la technique…) comme la solution qui sortira l’humanité de la pauvreté, de l’insalubrité, de la famine, de la maladie et de la misère. Et pendant deux cents ans, cette dynamique génère un formidable espoir : on a trouvé la réponse à toutes les difficultés de la condition humaine. La perspective d’un monde meilleur était crédible et il semblait que c’était dans cette direction qu’il fallait chercher le sens et le bonheur. Mais il y a eu beaucoup de désillusions et d’espoirs déçus. Aujourd’hui, il est difficile de croire que le monde de demain sera meilleur et que, dans les années 2030, 2040, cela ira beaucoup mieux. C’est parce qu’on ne croit plus que le Progrès peut faire le bonheur de l’humanité que la spiritualité revient sur le devant de la scène. La question fondamentale qui reste donc posée est celle de savoir comment faire face et réduire l’étendue de la souffrance sur terre, qui reste immense. Car il y a toujours des tragédies, des guerres, des injustices, de la misère. On se dit alors que ce n’est pas seulement le monde qui doit changer mais aussi chacun de nous individuellement et qu’il nous faut apprendre à être heureux et en paix dans le monde tel qu’il est.
MK : Comment analysez-vous la crise que l’on traverse actuellement ?
ED : La crise actuelle révèle la fragilité d’un organisme malade dont les symptômes s’amplifient chaque jour. Si l’on se penche sur la littérature scientifique de ces dernières années, plusieurs experts annonçaient déjà le risque de la propagation de maladies contagieuses et de pandémies, notamment comme conséquence du réchauffement climatique. La crise d’aujourd’hui n’est donc pas totalement une surprise. Elle est le fruit d’un grand dérèglement. Un autre symptôme est la multiplications des dérives extrémistes de certains pays (Mexique, Brésil, Turquie…) et l’arrivée au pouvoir de candidats populistes en Europe ou aux États-Unis. La situation au Moyen-Orient n’est pas plus rassurante. Comment en est-on arrivé là ? Beaucoup de choses sont liées entre elles : la perte du lien spirituel mais aussi la toute-puissance, la coupure d’avec la nature, le fait de considérer le vivant comme un objet dont on peut faire ce que l’on veut, la fixation sur la croissance économique, l’urbanisation massive.
Nous arriverons sans doute à vaincre l’épidémie de coronavirus. Mais que sera l’après-pandémie ? L’union nationale a fonctionné, les sacrifices et le confinement ont été acceptés. Mais quand l’épidémie sera derrière nous l’heure des comptes et de la critique sonnera inévitablement. Il y avait déjà en France un front anti-gouvernement très fort et qui continue de couver. Va-t-on vraiment goûter durablement à la solidarité, au ralentissement imposé par cette pandémie ? Quel impact durable cela aura-t-il d’avoir constaté que la pollution avait diminué, qu’on entendait le chant des oiseaux, que l’eau des canaux de Venise redevenait claire ? Prendra-t-on vraiment conscience de la question du réchauffement climatique et des 50 millions de réfugiés qui en souffrent dans le monde. Quel sera l’avenir pour la jeune génération ? Ce que l’on partage aujourd’hui c’est surtout l’incertitude. Une crise, c’est toujours un mélange de forces très puissantes de destruction et de guérison qui créent une dynamique conduisant vers l’inconnu.
MK : Notre société peut-elle toujours fabriquer des vivants heureux ?
ED : C’est un grand mystère. Les gens heureux et ceux qui sont malheureux existent depuis toujours. Il y a deux mille cinq cents ans, le Bouddha disait déjà que « tout est souffrance ». De nos jours, très nombreux sont encore les gens très malheureux. Il y a beaucoup de misère de toutes sortes, matérielle ou affective. Ce qui fait qu’une société fabrique des gens heureux reste une question entière. Et d’ailleurs, est-ce le rôle de la société de « fabriquer » des gens heureux ? Est-ce en son pouvoir ? C’est aussi une responsabilité individuelle. C’est à chacun d’avoir le courage et l’honnêteté nécessaires pour cheminer vers la véritable joie.
MK : Quel sens a pour vous aujourd’hui « l’audace de vivre » dont parlait Arnaud Desjardins ?
ED : Swâmi Prajnânpad disait « soyez audacieux », Arnaud Desjardins parlait, lui, de « l’audace de vivre ». Plus que jamais cela me semble d’actualité. On associe facilement la spiritualité à une vie calme et retirée, à l’écart de l’agitation du monde, « Vivons heureux, vivons cachés » disait Épicure. La spiritualité peut aussi consister à prendre la vie à bras le corps, à assumer tous les aspects de la condition humaine (la joie, l’amour, la créativité, la peur, le désir). Plus le monde est agité et incertain, plus prendre la vie à bras le corps peut paraître difficile, et pourtant c’est nécessaire. « Accepter la vie dans ses aspects contrastés, sans jugement, c’est découvrir l’unité et la béatitude » disait Sawami Prajnânpad.[1] Pour lui, la connaissance vient après que l’on ait fait tout ce que l’on a pu pour agir, en connaissant la peine et le plaisir. « Assumer à 100% la condition humaine finie révèle l’infini qui la sous tend »[2]. Donc, oui, il faut vivre à fond. De la naissance à la mort, nous connaissons des succès et des échecs, nous traversons tous de grandes joies et de grandes souffrances. Vivre pleinement, c’est donc être assez grand pour arriver à embrasser la vie dans tous ses aspects. Les possibilités sont immenses. Aura t-on le cœur assez grand pour toute cette immensité ?
Emmanuel Desjardins est né en 1964. Après des études de sciences politiques et de sociologie, il commence à travailler dans le milieu de la culture à Paris. Depuis 1995, il travaille dans le centre spirituel d’Hauteville, fondé par Arnaud Desjardins, dont il assure aujourd’hui la direction. Il a publié : « Prendre soin du monde », « Spiritualité, de quoi s’agit-il ? », et récemment « Vivre, La Guérison spirituelle selon Swâmi Prajnânpad. »
[1] Vivre, La Guérison spirituelle selon Swâmi Prajnânpad- Emmanuel Desjardins-Ed. du Relié 2019
[2] Ibid
Source : Rebelle(s)
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dimanche 10 mai 2020
Le cœur nu...
"Imaginons que nous sommes assis par terre, nus, touchant le sol de nos fesses nues. Puisque nous ne portons ni foulard ni chapeau, nous sommes également exposés au ciel. Nous sommes pris en sandwich entre le ciel et la terre : un homme nu ou une femme nue, assis entre ciel et terre.
La terre reste toujours la terre. La terre laisse quiconque s'asseoir sur elle et jamais elle ne cède. Elle ne fait jamais faux bond ; on ne tombe pas de la terre pour aller se perdre dans l'espace intersidéral. De même, le ciel reste toujours le ciel ; il reste toujours le ciel au-dessus de nous. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, le jour comme la nuit, le ciel est toujours là. En ce sens, nous savons que le ciel et la terre sont dignes de confiance.
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| En photo, deux grands guerriers et amis réunis sur une scène : Allen Ginsberg le poète de la beat generation, et Chögyam Trungpa le maître de méditation. |
La logique de la bonté fondamentale est analogue. Lorsque nous parlons de la bonté fondamentale, nous ne voulons pas dire qu'il faille prendre position pour le bien et rejeter le mal. La bonté fondamentale est bonne parce qu'elle est inconditionnelle, parce qu'elle est primordiale. Elle est toujours déjà là, de la même façon que le ciel et la terre sont toujours déjà là. On ne rejette pas l'atmosphère. On ne rejette pas le soleil et la lune, les nuages et le ciel. On les accepte. On accepte le fait que le ciel est bleu ; on accepte les paysages et la mer. On accepte les autoroutes, les immeubles et les villes. La bonté fondamentale est à ce point fondamentale, à ce point inconditionnelle. Ce n'est pas un parti pris pour ou contre, de la même façon que la lumière du soleil n'est ni pour ou contre quoi que ce soit.
Les quatre saisons se succèdent libres des exigences des gens, sans que personne n'ait besoin de voter pour elles. La peur et l'espoir ne peuvent changer le cours des saisons. Il y a le jour ; il y a la nuit. La nuit il fait noir et le jour il fait clair, sans qu'il soit besoin d'ouvrir et de fermer un commutateur. Il y a une loi et un ordre naturels qui nous permettent de survivre et qui sont fondamentalement bons ; ils sont bons parce qu'ils sont là, parce qu'ils fonctionnent, parce qu'ils sont efficaces.
Lorsqu'on est assis dans la posture de méditation, on est exactement l'homme nu ou la femme nue que nous avons décrits plus haut, assis entre ciel et terre. Affaissés, nous essayons de cacher notre cœur, de le protéger en voûtant le dos. Par contre, dans la posture de méditation, assis droits mais détendus, notre cœur est à nu. Tout notre être est exposé, en premier lieu à nous-mêmes, mais aussi aux autres. C'est pourquoi lorsque nous nous exerçons à rester assis dans le calme et à suivre notre souffle à mesure qu'il sort et qu'il se dissout, nous établissons un contact avec notre cœur. En nous laissant tout simplement être tels que nous sommes, nous commençons à éprouver une réelle sympathie envers nous-mêmes.
Quand nous éveillons ainsi notre cœur nous découvrons avec surprise qu'il est vide. Nous constatons que nous regardons l'espace. Que sommes-nous, qui sommes-nous, où est notre cœur ? Si nous regardons vraiment, nous ne verrons rien de tangible ni de solide. Bien sûr, il se peut que nous trouvions quelque chose de très solide si nous en voulons à quelqu'un ou si nous vivons un amour possessif. Mais ce n'est pas là un cœur éveillé. Si nous cherchons le cœur éveillé, si nous creusons dans notre poitrine pour le trouver, nous n'y découvrirons rien d'autre qu'une sensation de tendresse.
Habituellement, être courageux veut dire ne pas avoir peur, ou alors retourner les coups que l'on reçoit. Mais ici nous ne parlons pas du courage des bagarres de ruelle. Le véritable courage est le produit de la tendresse. Il survient lorsque nous laissons le monde effleurer notre cœur, notre cœur si beau et si nu. Nous sommes disposés à nous ouvrir, sans résistance ni timidité, et à faire face au monde. Nous sommes disposés à partager notre cœur avec les autres."
Chögyam Trungpa
(Shambhala, la voie sacrée du guerrier)
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dimanche 19 avril 2020
Je m'en balance avec Alexandre Jollien
L’éveil coïncide avec l’absence de toute manipulation, de toute volonté de maîtrise envers les autres, le réel, envers notre futur. L’Évangile ne nous convie-t-il pas à cette conversion du cœur, à l’abandon dans l’amour? « Regarde/ les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. »
Invitation claire, nette, limpide ; voilà le diagnostic posé : plus je m'éreinte à tout contrôler, plus je morfle.
Comment se défaire de la peur du lendemain, de l’obsession de l’avenir, de l’hypervigilance?
Bien sûr, le défi est énorme : oser la confiance, remplacer la crispation par l’ouverture, la disponibilité.
Chogyam Trungpa avait coutume de prononcer ces initiales ô combien libératrices : CCL.
Il dégage une voie souverainc pour pulvériser ce fardeau, cette chape de plomb qui interdit toute fluidité, qui tue la vie. Couldn’t care less, CCL,... « Je m’en fous », « Je m’en balance », « Je m’en cogne », « Je m’en balek », « Rien à cirer »... Chacun optera pour sa traduction... Le geste est grandiose et simple : qu’en-dira-t-on, apparence, reconnaissance, désir de plaire, et si on s’en contrefichait carrément ?
Voici un exercice : repérer les soucis qui me plombent, dresser la liste de ce qui m’angoisse, me terrorise et m’interdit toute insouciance.
Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas ici d’un «je-m’en-foutisme » bas de gamme, d’une lâche démission, d’une coupable résignation. Au contraire, ultimement, nous sommes appelés à devenir plus vivants, plus actifs, plus rebelles dans un certain sens ; comme si toute l’énergie gaspillée à lustrer d'illusoires armures pouvait enfin se consacrer à une mission plus haute, plus noble, plus réjouissante. Ce qui reste de la plus haute importance, et Chôgyam Trungpa ne fait aucune concession, c’est la compassion, le don, la générosité, qui fait passer l’autre avant soi sans exception, et la pratique, le démantèlement systématique de l’égoïsme, de chacune de nos illusions bien coriaces. Mais qui a dit qu’il fallait un esprit de sérieux pour tordre le cou à ce cancer mental, à cette paralysie de l’affection, à cette sclérose de la liberté ? Atisha, un maître indien du X siècle, nous prête main-forte pour dissoudre cette tendance si mortifère qui nous pousse à tout solidifier : « Regarde tous les dharmas minuscules comme des rêves. »
Un bref coup d’œil sur les derniers mois ne révèle-t-il pas la loi implacable et rassurante dans le fond de l'impermanence? Nos priorités étaient-elles si prioritaires, si capitales, si essentielles au bout du compte? Qu’est-ce qui nous nourrit véritablement? Qu’ont produit ces heures d’agitation, de planification, de rumination?
En appeler au calme, donner du lest à la machine à mouron, c’est abandonner le désir de plaire pour l’amour, renoncer au plein pouvoir et se rendre disponible; c’est s’engager en disant adieu, un à un, aussi difficile que ce soit, aux tracas qui nous empoisonnent ; c’est voyager léger.
Source : Psychologies Magazine
mercredi 1 mars 2017
Vie irritante avec Chögyam Trungpa
Nous pourrions dire: "J'ai pratiqué; j'ai cherché l'illumination, le nirvana, mais j'ai toujours été repoussé. Au début, ces pratiques m'ont apporté une sorte d'excitation. J'ai cru que j'allais arriver quelque part. Je me sentais beau, béat, et je pensais pouvoir faire mieux encore, aller encore au-delà. Mais après, rien n'est arrivé. La pratique est devenue monotone, et j'ai commencé à chercher une autre solution, quelque chose d'autre. Mais en même temps je me disais: je commence à ne plus croire aux pratiques qui m'ont été transmises. Je ne devrais pas chercher d'autres pratiques. Je ne devrais pas chercher ailleurs, je devrais garder la foi, tenir bon. Très bien, il faut faire avec. Alors je me suis accroché. Mais cela reste pénible, monotone. En fait, c'est énervant, trop douloureux."
Et on continue toujours ainsi. On se répète. on construit quelque chose en quoi l'on puisse croire. On se dit:"Maintenant je devrais avoir la foi. Si je croyais, si j'avais la foi, je serais sauvé." On tente de préfabriquer la foi et on en tire une excitation momentanée. Mais après, tout se termine encore et toujours de la même façon - on ne tire rien de tout cela. Ceux qui abordent la spiritualité de cette manière sont toujours confrontés à ces problèmes.
Dans la façon qu'à Padmasambhava d'approcher la spiritualité, on ne cherche pas une excitation, une inspiration ou quelque félicité. Au contraire, on creuse dans ce que la vie a d'irritant, on y plonge et on s'y établit. Si l'on est capable d'agir ainsi, alors tout désagrément devient une source de grande joie, de joie transcendantale- parce qu'il n'y a plus aucune douleur en jeu. Cette forme de joie n'est absolument plus reliée ou opposée à la douleur. Alors, tout devient précis, aigu et compréhensible, et l'on est capable d'établir un lien avec cela.
Chögyam Trungpa.
Extrait de "Folle sagesse"
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samedi 12 mars 2016
Entretien avec Lee Lozowick (3)
WIE : J'ai entendu dire que vous parliez de vous comme étant un enseignant de sagesse folle, un bouffon divin, le fou de Dieu.
LL : J'aime me voir comme un enseignant subtil de sagesse folle.

WIE : Qu'est-ce que vous voulez dire ?
LL : Je me vois comme un enseignant subtil de sagesse folle parce qu'en général, ce que je manifeste est extrêmement conservateur. Des élèves me disent «votre énergie est si révolutionnaire». C'est bien bon, et au début, je faisais bien plus de choses avec mes élèves, on allait danser ou je faisais des choses étranges. Mais depuis dix ans, je suis content de vivre à l'ashram, de faire tous les jours la même chose et de manger ma salade. Apparemment, de l'extérieur un enseignant de sagesse folle est quelqu'un qui agit de manière folle pour provoquer ou choquer les élèves dans la perspective d'une sorte de changement de contexte. Je fais maintenant cela si rarement que c'est bien gentil de la part de mes élèves de continuer de me considérer comme un enseignant de sagesse folle. En fait, c'est ce que je suis, mais les subtilités en sont si obscures que je suis toujours surpris quand quelqu'un les voit.
WIE : Qu'est-ce que la sagesse folle ?
LL : L'un des aspects principaux de la sagesse folle est que l'enseignant utilise tous comportements, peu importe qu'ils soient choquants, irrévérencieux ou perturbants, seulement, et seulement si, ce comportement a une très grande chance de provoquer un changement chez l'élève, un approfondissement en lui. Bien entendu, à notre époque, en raison de l'industrie de la communication, on entend parler partout dans le monde de chaque abruti dont l'ego s'arroge un rôle de sagesse folle et qui s'en va, utilisant des techniques de choc quand bon lui semble, en négligeant totalement le choix du moment. Tout est dans le choix du moment. Gurdjieff était un maître en la matière. Il ne se limitait pas à provoquer un choc comme un chercheur scientifique, pour voir le résultat. Il ne provoquait un choc que lorsque les chances de succès, en termes d'approfondissement de la relation d'un élève au Divin, étaient élevées. Cela ne marchait pas toujours parce qu'il ne s'agissait que d'une probabilité mais il ne le faisait pas au hasard. Et les enseignants que j'appelle des charlatans aujourd'hui sont complètement irresponsables dans leur utilisation de leur pouvoir et de leur manifestation de la folie. J'aurais de la considération pour un enseignant de sagesse folle qui utiliserait n'importe quel moyen, mais jamais de manière arbitraire ni en suivant sa motivation personnelle. Celui-là n'utiliserait des méthodes frappantes et choquantes que dans des circonstances bien particulières et exactement au bon moment. C'est comme de tailler un diamant - si vous ne comprenez pas la structure de la pierre et que vous la frappez d'un coup de ciseaux, vous n'obtiendrez que de la poussière de diamant. Vous devez en connaître exactement la structure, parce que vous devez l'attaquer par un point de fracture particulier. Si vous l'attaquez entre deux points de fracture, vous briserez la pierre au lieu d'obtenir un bijou parfaitement ciselé. Il en va de même pour les êtres humains. Ils ont ce que l'on pourrait appeler des lignes de révélation, ou des lignes d'éveil. Un enseignant de sagesse folle est un maître du ciselage. Un charlatan est quelqu'un qui se contente de prendre le marteau et de frapper et tailler à l'aveuglette en espérant qu'il y aura un résultat positif - ou peut-être qu'il ne s'en inquiète même pas mais qu'il s'en fiche même complètement et adore simplement l'euphorie de l'exercice du pouvoir et que les gens rampent à ses pieds.
WIE : La manière dont vous décrivez la sagesse folle ressemble à une science très précise.
LL : En fait, l'homme de science est spontané et instinctif. Ce n'est pas une science du mental. C'est l'art de tenir son rôle.
WIE : Une manière habituelle de décrire la sagesse folle est de dire que ultimement, nous ne pouvons pas comprendre la Réalité avec l'intellect ; l'enseignant de sagesse folle agit ainsi pour ainsi dire, pour exploser le mental.
LL : C'est l'une des révélations qui peut approfondir la relation d'un élève au divin. Alors on peut faire quelque chose dans une circonstance donnée pour provoquer la réalisation du fait que la réalité n'est pas linéaire. Mais en général on ne fonctionnerait pas comme ça tout le temps simplement pour le prouver. C'est seulement au moment où l'élève est sur le point de vraiment comprendre ce point, au delà de la simple connaissance de la ligne du parti. Une autre considération importante est que le comportement qui démontre l'absurdité de la linéarité ne serait pas nécessairement un comportement violent ou le type de comportement qui laisserait des cicatrices psychologiques.
WIE : Beaucoup d'enseignants de sagesse folle dont on entend parler n'adopteraient pas nécessairement cette position. Je sais que vous êtes connu pour votre côté extrême, provocateur, et parfois imprévisible, alors vous êtes en un sens dans le camp de la sagesse folle. Je sais aussi qu'avec vos élèves des exigences particulières, ou des règles sont requises. Par exemple être célibataire ou monogame. Vous n'autorisez pas les relations passagères.
LL : Je ne dirais pas que nous ne les autorisons pas, nous ne les recommandons pas. Cela ne signifie pas que si quelqu'un a des relations passagères, il perdra son statut d'élève et sera exclu de l'école. Mes élèves ont très peu de relations passagères, parce que je suis si puritain dans mes attitudes. Mais les règles ne consistent pas à exclure les gens qui les enfreignent.
WIE : Vous recommandez à vos élèves de ne pas boire d'alcool, au moins dans l'ashram.
LL : Ni cigarettes, ni caféine. Ce n'est pas drôle ! Ni sexe, ni alcool, ni caféine, ni tabac, ni drogues. C'est pour ça qu'on va si souvent au cinéma.
WIE : Mais quand on pense à des personnes comme Trungpa Rinpoche ou Osho, c'est bien différent. Alors, vous mettre dans le camp de la sagesse folle ne me semble pas complètement juste. Vous avez l'air d'être différent de tous ceux que l'on identifie à la sagesse folle.
LL : Cela fait partie de mon style sagesse folle. C'est drôle parce que j'ai une estime absolue pour Trungpa, absolue. A mon sens, il ne pouvait pas mal agir, même s' il a fait des trucs vraiment nuls. Il y en a d'autres qui font bien moins que Trungpa n'a fait et que je ne considère même pas comme des enseignants à quelque degré que ce soit, dont je pense qu'ils sont complètement dupes d'eux-mêmes, et que j'appellerais des charlatans. Alors, entre ceux que je respecte et ceux que je ne respecte pas, c'est vraiment instinctif. Cela ne repose pas sur une quelconque linéarité, parce que certains enseignants sont considérés comme des enseignants de folle sagesse à cause de leur comportement alors que je pense qu'ils sont tout simplement fous, et absolument pas des enseignants. Et pourtant envers Trungpa, dont le comportement était complètement insensé, j'ai une estime absolue.
WIE : Beaucoup d'entre nous au moins ne remettent pas en question le fait que Trungpa avait atteint un degré de réalisation élevé. Il avait un effet immense sur bien des personnes. Et ses étudiants prétendaient bien sûr qu'il était un enseignant de sagesse folle, aussi précis qu'un ciseau à diamant. Et pourtant le résultat de certains de ses comportements n'a pas été si concluant. Voyez le scandale lié au sida et au sexe qui a mis en cause son successeur, Osel Tendzin. Et Osel Tendzin et d'autres élèves sont également devenus alcooliques. Je pense que souvent les élèves essaient d'imiter leur enseignant, et reproduisent, peut être inconsciemment, les attitudes de leur maître. Quand on voyait Trungpa, il était presque inévitable que ses élèves feraient de même.
LL : Oui c'est un danger et on ne peut rien y faire, j'imagine. Un véritable enseignant essaierait de décourager ses élèves, mais on ne peut rien y faire. Les élèves vont copier l'enseignant, et parfois, ils amèneront l'intégrité, mais dans la plupart des cas, non. Alors ce que l'on voit ce sont ces cas où il n'y a aucune intégrité. De mon point de vue, le fait que les élèves copient l'enseignant et que l'enseignant ne peut les en empêcher, n'est pas nécessairement à mettre au passif du maître. Chaque nouvel élève doit comprendre cela dans mon école : «Fais ce que je dis, pas ce que je fais». Je décourage vivement les élèves à copier mon comportement.
WIE : Ne vous imposez-vous pas les mêmes critères que ceux que vous aimeriez voir respectés par vos élèves ?
LL : Absolument pas.
WIE : Pourquoi ?
LL : Je pourrais vous donner une bonne raison, mais il se pourrait que ce ne soit pas la vraie raison. La manière dont j'enseigne est instinctivement faite pour optimiser la possibilité pour mes élèves de dupliquer mon état de conscience. Le comportement n'a rien à voir avec ça. Alors je les décourage vivement de m'imiter. De toute façon, certains le font à un certain niveau. La fonction de l'enseignant est d'optimiser la duplication d'un état de conscience, pas nécessairement de produire une copie conforme de l'enseignant.
WIE : Mais il semble que le comportement pourrait être pertinent pour expliquer «cet esclavage spontané à la volonté de Dieu» dont vous parliez. Et c'est le type de comportement que vous voudriez trouver chez vos élèves.
LL : Non, parce que ma fonction est différente de celle de mes élèves. Ma fonction est de les amener à un alignement avec la volonté divine. Leur fonction après cela dépendra de la volonté de Dieu. Cela n'a rien à voir avec moi ou avec eux. Je n'entraîne pas des enseignants. Si l'un d'entre eux ou plusieurs s'éveillent, ils deviendront peut-être enseignants, mais peut-être pas. Cela dépend de la volonté de Dieu. Cela n'a rien à voir avec ce que je veux ou ce qu'ils veulent. Je ne pense pas que tous les éveillés enseignent.
WIE : Mais tout de même il doit y avoir une essence, quelqu'en soit la définition ou les manifestations, de la manière dont fonctionne l'état d'éveil dans le monde.
LL : Je suis intègre dans mon travail. Peu importe ce que manifeste mon activité, si les gens réussissent à voir mon intégrité dans ce que je fais, c'est quelque chose qu'ils peuvent apprendre. C'est un modèle pour eux. Il y a, je suppose, des aspects subtils ou internes dans mon travail qui agissent comme un mécanisme à reproduire, mais pas mon activité. L'intégrité de mon engagement envers mon travail, l'intégrité de mon engagement envers mon maître, ces choses là - oui.
WIE : Vous avez aussi un groupe rock. Pour autant que je sache, vous êtes le seul enseignant spirituel à faire cela.
LL: J'espère bien. Je ne voudrais pas que le fait d'avoir un groupe rock devienne galvaudé.
WIE : Est-ce que vous essayez avec votre groupe, «Menteurs, Dieux et Mendiants», de communiquer votre enseignement, peut-être même à une plus grande échelle?
LL : Je pense que «Menteurs, Dieux et Mendiants» peut communiquer une essence de l'enseignement, même de manière subtile, à une plus grande échelle. Mais je ne me permettrais jamais de penser que le vrai travail et le yoga de l'enseignement puissent être communiqués à une grande échelle - bien que je perçoive le groupe comme un virus subtil capable de toucher un large public. Mais bien des personnes ne sont tout simplement pas attirées par le type de pratique qui mène aux effets envisagés par ce type de travail.
WIE : Qu'est-ce qui fait qu'une personne est vraiment sérieuse dans sa pratique?
LL : Etre prêt à tout sacrifier pour la réalisation divine.
WIE : Après vingt cinq ans d'enseignement, êtes-vous satisfait du résultat ?
LL : Je suis relativement satisfait du résultat, mais je ne peux être entièrement satisfait parce que les résultats sont relatifs. Je suppose que ce qui me satisferait vraiment objectivement serait de voir mon rôle dupliqué en un ou plusieurs de mes élèves. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. J'ai eu des élèves qui ont passé des mois dans un état d'éveil mais qui, d'une manière ou d'une autre, ont adopté des comportements qui prouvent qu'ils ne sont pas entièrement réalisés. Je suis satisfait si je compare ces résultats avec ceux de n'importe quelle autre communauté, ou si je regarde la manière dont mes élèves vivent l'enseignement et leur capacité à le transmettre, mais c'est une satisfaction relative. Tant reste à faire. Et voyez-vous, même si un élève y parvient, il y a toujours plus de personnes qui en ont besoin. Je pense que la question n'est pas le bonheur ou la satisfaction. Je suis aussi occupé que je peux l'être. Le travail ne manque pas .
WIE : Quel serait l' ultime accomplissement pour vous au sein de la communauté ?
LL : Je voudrais voir chacun heureux, dans une relation équilibrée. S'aimant les uns les autres, sans aucune violence ni compétition. Ce serait suffisant. Ou sans relation, mais par choix. Avoir une relation de couple par choix ou ne pas avoir de relation de couple par choix, mais vivant une vie complètement nourrie et libre de violence et de manipulation. Ce qui a changé en vingt-cinq ans, c'est la façon dont j'utilise le langage. Au début, c'était tout le temps «Réveillez-vous, réveillez-vous, réveillez-vous». Et maintenant, c'est comme si la grâce nécessaire à l'éveil était telle qu'elle semble se produire dans le cours de nos vies mêmes, ensemble. Nous n'avons pas besoin d'y penser tout le temps, mais c'est la raison même pour laquelle nous sommes ensemble. Nous ne serions pas ensemble si cela n'en était pas la raison, alors nous n'avons pas besoin de nous appesantir dessus. Nous nous appesantissons en revanche sur le fait d'être attentifs les uns envers les autres d'une façon générale, de développer une intimité qui soit libre de toute relation passagère, de toute séduction et de tout enfantillage. C'est bien assez.
Cet entretien date approximativement de l’année 2000. Il a été initialement publié le 10 décembre 2014 sur la page « Lee Lozowick Tribute ».
mercredi 1 mai 2013
Rencontre avec Fabrice Midal (2)
Peut-on trouver une forme de sérénité dans un monde qui souffre et où tant d’êtres humains sont sacrifiés ? Comment vivre pieds et poings liés à la dictature de la rentabilité, qui tient pour rien ce qui ne se comptabilise pas, ce qui ne se gère pas ? Nous avons certes le choix. Nous pouvons nous lancer à corps perdu dans la bataille, et faire alors de la sérénité un à-côté de la vie, un loisir. Jouir de l’instant présent et accumuler les profits, être zen pour être plus efficace… Ou alors nous pouvons ouvrir les portes et les fenêtres de la maison et de notre propre esprit. mercredi 16 mai 2012
Partir à l'aventure corporelle avec Marie Lise Labonté
Cette méthode s’inspire de son expérience et de plusieurs années de recherche sur les "cuirasses" et sur la relation intime entre le corps et la psyché.
Marie Lise Labonté a notamment publié aux Editions de l'Homme, en 2011, Derrière le rideau, roman et récit initiatique : comment vivre et non survivre après une épreuve ; et en 2000, Au coeur de notre corps, un essai sur la libération des cuirasses.
vendredi 6 mai 2011
Chogyam Trungpa par Fabrice Midal
jeudi 3 juin 2010
La recherche intérieure avec Fabrice midal (3/3)
"L’instant pur est ce qui vient comme par effraction dans l’instant présent. Nous connaissons tous ce moment où nous avons soudain la sensation d’une harmonie entre le monde, notre esprit et notre cœur. Où nos a priori tombent, au bénéfice d’une simple constatation de ce qui est et de notre présence. Sauf que, comme ce moment est bref et rare, nous pensons qu’il est sans importance et nous l’écartons. Or, le Bouddha enseigne que tout au contraire, c’est cet instant qui est le vrai. "(émission "Les racines du ciel" 2009) :
Fabrice Midal est docteur en Philosophie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Sa thèse obtenue en 1999, porte sur le sens du sacré dans les œuvres d’art moderne.
mercredi 2 juin 2010
Le chemin intérieur par Fabrice Midal (2)
Cette aventure intérieure est un chemin palpitant... Bonne écoute
(émission "Les racines du ciel" 2009) :
mardi 1 juin 2010
La quête intérieure avec Fabrice Midal (1)
Ce chemin est une aventure extraordinaire... Bonne écoute
(émission "Les racines du ciel" 2009) :
mercredi 19 mai 2010
Le secret du non-agir (Wu Wei)
L'immobilité est la Voie du Tao.
En cédant elle avance.
Emergeant du vide,
elle retourne au vide.
mercredi 7 novembre 2007
Fabrice Midal, un bouddhiste occidental
Je vous ai déjà parlé de Fabrice Midal.Voici une émission de France Culture, For intérieur, où il dévoile son parcours et parle du bouddhisme et de son maître Chogyam Trungpa (le blog Just' Attitude en donne souvent des extraits)...
deuxième partie (18 min)
Puis, pour l’anniversaire des 20 ans de la disparition de Chögyam Trungpa, Fabrice Midal lui rend hommage :





















