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mercredi 1 juillet 2026

La Douceur


quand tout est dit
que nous reste-t-il
sinon la douceur
la douceur
si rare
si abrupte vis à vis
de nos pentes naturelles
la douceur
qu’il faut aller débusquer
à l’essentiel de soi
invoquer
invoquer encore
à rebours
de la dureté réflexe
du coeur sous coquille
de la pesanteur de ces jours
sans elle
sans la douceur
jours jalonnés de gestes robotiques
vidés d’elle , la douceur
sans elle que nous reste-t-il
une fois les jeux faits
toutes les messes dites
la vitalité dépensée
que nous reste -t-il
sinon elle, la douceur
seule à même de donner sens
à ce qui vient avec la nuit

Gilles Farcet

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mardi 26 novembre 2024

Que veux-tu ?

 QUE VEUX-TU ? 


Cette question est souvent la première que pose un.e maître.

En apparence banale, elle a le tranchant du diamant à qui a la maturité pour l'entendre. Elle est terrible, ou même terrifiante si l'on prend la mesure de sa profondeur. Elle ne souffre aucune réponse alambiquée, rationalisée, floue, bien présentable. On n'enfume pas cette question, ni le questionneur. 

Dans les entretiens spirituels, le fait d'obtenir une réponse sincère, authentique, ajustée, entière, est déjà un premier grand accomplissement pour tout le monde. 

Très rares sont les pratiquant.e.s qui sont au clair avec cette question. Alors avant d'arriver à cette réponse vraie, que de circonvolutions et cécités de toute sorte ! 

Bien involontaires et souvent inconscientes. Pour préserver le système de défense qui protège l'idéal du moi tout en étranglant la partie la plus vivante et vibrante qui cherche à émerger.

Oui, sauf que le système de défense sait, ou pressent, les multiples petites morts auxquelles l'idéal du moi va devoir être confronté, et personne n'aime mourir n'est-ce pas ?

Les tenailles du démon de la perfection de l'image de soi lâcheront. Elles se briseront comme des chaînes. Qu'elles sont. 

Mais il en faudra du cœur et de l'intensité (Feu), tempéré par l'Eau d'une forme de nettoyage profond, pour que fonde le froid Métal qui encercle mécaniquement et sans intelligence (Terre), le germe du Renouveau et du mouvement de Vie (Bois).

Alors on continue.

Et en attendant, on nourrit chaque parcelle de vie identifiable, avec douceur, mais avec méthode.

Et un jour, l'air et l'espace, enfin. Le miracle, presque toujours inattendu. Apparition en appui doux sur la subtilité multiple de tous nos petits efforts.

Et le mouvement. La danse. La musique. L'évidence. 

Et plus de question.

Fabrice

mardi 19 novembre 2024

Câlins en conscience

Vous souvenez-vous de votre dernier vrai câlin ? Peut-être venait-il de votre maman, d’un ami, de votre conjoint, de votre enfant… Avez-vous vraiment pris le temps de l’apprécier à sa juste valeur ? Le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh propose sa façon à lui de profiter pleinement de tout le réconfort que peut offrir une belle et longue accolade.


« En 1966, une amie m’a déposé à l’aéroport d’Atlanta. Au moment de se dire au revoir, elle m’a demandé « Est-ce vraiment correct d’offrir une accolade à un moine bouddhiste? ». Dans mon pays, on n’est pas habitué à exprimer ses sentiments de cette façon, mais j’ai pensé : « Je suis professeur de zen. Ça ne devrait pas me poser de difficulté. ». Alors j’ai dit « Pourquoi pas ? », alors on s’est serrés dans les bras mais je suis resté très raide. Une fois dans l’avion, j’ai décidé que si je voulais continuer à travailler avec des occidentaux, il me faudrait apprendre leur culture. »


« Il faut réellement serrer la personne que l’on tient dans ses bras. Il faut la rendre bien réelle, bien présente, ne pas faire semblant de lui caresser le dos, mais respirer profondément et la serrer avec tout votre corps, votre conscience et votre cœur. Cette forme de méditation est un véritable exercice de pleine conscience. […] Si vous respirez bien à fond, en entourant de vos bras cette personne qui vous est chère, elle recevra l’énergie de votre amour, s’en nourrira et éclora comme une fleur. […]

Avant de serrer la personne dans vos bras, tenez-vous face à elle et revenez au moment présent. Ensuite, ouvrez vos bras et commencez à la câliner. Comptez trois respirations complètes. Pendant la première, prenez conscience de votre corps et de l’énergie qui l’anime. Pendant la deuxième, imprégnez-vous de cette présence et du bonheur qu’elle vous procure. Pendant la troisième, imaginez vos deux corps comme un tout et mesurez toute la gratitude qui vous traverse alors. […]

Prendre le temps de serrer l’autre dans ses bras, c’est un peu comme lui réinsuffler de la vie. Pour ça, pas besoin d’être sur le point de se quitter, vous pouvez la prendre dès maintenant dans vos bras et vous nourrir de la chaleur de sa présence. »

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dimanche 16 juillet 2023

vendredi 27 janvier 2023

L'année 2023 : remettre en cause nos troubles habitudes

 

Douceur et travail sur les peurs.
Prendre du recul pour se régénérer et structurer des actions.
Faire et se faire confiance !


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jeudi 29 décembre 2022

Amener la douceur en douce


« Faire usage de la douceur, c’est s’armer du pouvoir de désarmer la violence. La plupart de mes idées, je les ai faites passer en douce. Mes combats, je les ai menés en douce. La violence, malgré ses dégâts, m’est toujours apparue faible. Elle est impulsive et désordonnée. Elle porte un défaut qui la condamne d’emblée : elle manque de conviction. De fait elle ne peut jamais gagner bien longtemps. 

La douceur, elle, réfléchit comme un organisme végétal autonome qui croît, même sans lumière. Elle est une forme supérieure d’intelligence. Elle suppose d’abord d’être complice avec soi-même : je me suis aperçue que bien souvent, une personne violente est une personne qui souffre. Une personne douce est quelqu’un qui a déjà fait la paix avec ses cataclysmes intérieurs. 

Il faut nuancer pour ne pas confondre : la douceur n’est pas la mièvrerie. Les deux ne se ressemblent ni dans la forme ni dans le fond. Quand j’évoque la douceur, je parle de l’art ingénieux de savoir glisser sur les conversations, sur les conflits et sur les malheurs. Il ne s’agit pas de dénier la vérité mais d’encaisser le réel et de le fondre dans tout ce qu’on porte de poétique en soi — un mélange de tact, de subtilité et de conscience des choses — afin d’apprecier les événements avec recul et répondre de la manière la plus efficace. 

À quoi tout cela sert-il ? À conserver ce qui rend digne tout humain : rester soi quoi qu’il arrive. L’authenticité est une grâce qu’on ne peut ni feindre ni acheter. Sans cette boussole nous prenons le risque d’égarer l’essentiel : la beauté de nos âmes. La violence n’étant rien d’autre, finalement, qu’un miroir déformant. 

La douceur, elle, est une terre sauvage et paisible. Elle exige de la souplesse mentale et de l’ouverture d’esprit ; un travail d’équilibriste que la violence ne maîtrise pas. 

La violence l’ignore mais elle est si raide, aride et arc-boutée, qu’elle est condamnée à ne jamais grandir, contrairement à la douceur qui elle seule donne naissance à l’espoir, cet acte militant unique qui ouvre tous les champs des possibles. »

Ines Leonarduzzi

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jeudi 28 octobre 2021

Saveur de fondre

 


Je suis 

vivante comme jamais 

et je suis morte, en même temps. 

C'est une absence 

étonnamment présente. 

À tout vivre dans la paix

je suis tombée dans un étonnement profond 

et je me suis laissée faire.

de plus en plus

de plus en plus profondément. 

Il y a 

cette saveur du Silence...

Une douceur

qui est là, en continu

C'est ce silence qui sait

C'est ce silence qui fait

Tu laisses cette fluidité agir

La vie s'occupe de toi

Tu n'as pas à porter ta vie

...

Yolande Duran


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samedi 3 avril 2021

En contact avec la Vie

 


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" Les oiseaux m’empêchent de penser, quel bonheur."
La nuit du cœur de Christian Bobin


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samedi 21 novembre 2020

Il y a un chemin !

Je souhaite vous faire connaître une poète, Brigitte Maillard , dont le désir est de faire vivre la poésie au cœur de nos vies ! 



Renaître chaque seconde de l’ampleur du monde.

Renaître au plus beau souvenir de l’ombre, pour que danse l’image dévoilée. Renaître à la solitude des géants, la nature sauvage, la grâce du vivant. Renaître pour donner au monde ce goût de la renaissance. Cette odeur fraîche sur les papilles, ce transfert des organes à la lune et le ciel en pleine étoile. Première image, premier rouge, premier dommage, premier désir, première victoire, premier soleil, première urgence.

 

Ouvre le chemin, porte le monde, il est à ta mesure. Sous les dents, l’haleine. Sur la langue sa fraîcheur, son endurance, sa solitude.

L’aventure se déploie. De la rive à la mer je suis le salut des vents, mon seul terrain d’exil.

Vivre sans rien refuser de la vie. Accueillir. Aimer. S’aimer. Vous aimer. Vivre sa fragilité et s’élancer vers le seul lien qui nous relie au cosmos, la lumière !


J’ai traversé une longue période de maladie et par ce chemin, j’ai commencé à
parler à la rivière, chanter avec l’oiseau, rafraîchir la pluie, faire lever le soleil pour ne ne plus vivre la vie, mais la vie devenir. La vie se chante quand elle revient vers nous avec tant de vérité. C’est le regard intérieur qui pas à pas m’a conduit à vivre la réalité d’une façon plus intime, à découvrir qu’au-delà des apparences, il y a une Vie. J’ai du réapprendre à vivre. Repartir, recommencer, respirer à nouveau et me défaire de bien des choses – concepts, évidences, croyances...  Renaître à chaque seconde, cela pourrait être la vraie santé humaine ! Nous sommes en manque de Vie.

Vivre directement avec la vie, c’est cela la santé. Même si nous sommes « malades ». Nous ne sommes pas la maladie. Il y a autre chose à découvrir en nous. Une vie immense, généreuse, discrète, étoilée, vibrante.

Face à cet inconnu, accepter d’être en prise directe avec la vie, sans vivre au travers de ceci ou cela, permet l’ouverture d’une voie vraiment personnelle.

Ainsi se mettre au monde. Oui.

Si mon corps ne porte plus la guerre et ses stigmates, s’il n’est plus soumis au dur, pourrais-je le réinventer dans la douceur, écouter le murmure de la source, entendre mon âme se dire.

 Renaître pour que danse l’image dévoilée du monde. Renaître à la grâce du vivant.

  

Ô lumière !

C’est le cri de tous les personnages placés, dans le drame antique, devant leur destin

                                                                                                    Albert Camus

 

Il y a un chemin Brigitte Maillard ed. Librairie Galerie Racine 2019




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mardi 29 septembre 2020

Recevoir la légèreté


La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches de monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnantes des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets sur le soir, dans la fine touche de bleu, bleu pâle, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant sur le sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté, vous voyez bien, elle est partout donnée. 



Et si en même temps elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.

Christian Bobin 
La folle allure

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vendredi 31 juillet 2020

Qualités de la vie


" On pense trop et on ressent trop peu.
Plus que des machines, on a besoin d’humanité.
Plus que d’intelligence, on a besoin de gentillesse et de douceur.
Sans ces qualités, la vie perd son sens . "
- Charlie Chaplin -

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jeudi 9 novembre 2017

La vérité de la Douceur...


" La douceur apparaît d'abord comme une défaillance.
Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social.
Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs.
Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d'un agir qui est constamment une manière d'être au monde.(...)
De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière. (...)
Dessous est la douceur, tapie. Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c'est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée.(...)
...Attenter à la douceur est un crime sans nom que notre époque commet souvent au nom de ses divinités : l'efficacité, la rapidité, la rentabilité. (...)
La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.(...)
Comment faire entendre le manque de la douceur dans l'existence, la mémoire, la fragilité des êtres ?
Ce manque n'est presque pas audible, je ne sais même pas s'il est vraiment perçu. Il apparaît en creux dans la norme de plus en plus présente que fait peser une société qui se veut démocratique et libérale mais dont la logique consumériste fait s'indifférencier les êtres dans une économie qui ne souffre aucun "état d'âme"....(...)
ANNE DUFOURMANTELLE
" puissance de la douceur "
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photo de Ged Rudrau

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samedi 27 août 2016

Auto-bienveillance avec Christophe André


"De nos maladies, la plus sauvage c'est de mépriser notre être." 
 Montaigne 

L’auto-bienveillance, c’est simplement faire preuve de respect pour soi, de douceur avec soi, notamment lorsque l’on souffre. Lorsque nous sommes blessés, d’abord nous consoler, nous apaiser, nous réparer, avant même de vouloir nous corriger ou nous sermonner. Et ne jamais nous faire de mal, jamais.




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samedi 6 août 2016

Rien ne presse... avec Jacques Castermane



Lorsque, vivant dans la Forêt Noire, nous croisions Graf Dürckheim sur le chemin qui traverse le village, il s’arrêtait et, avec un sourire malicieux, il nous disait : « Rien ne presse... ».
Rien ne presse !
Lorsqu’il est arrivé au Japon, ce qui a fasciné Graf Dürckheim, au point de l’écrire dans une des premières lettres adressées à sa famille, est le fait que les maîtres zen qu’il rencontrait lui donnaient l’impression « d’avoir toujours infiniment de temps intérieurement ».

La maturité de l’être humain – qu’il soit japonais ou français – se révèle dans le calme intérieur avec lequel l’homme accomplit une action ; une manière d’être qui, où qu’il aille et quoi qu’il fasse, ne laisse pas place à la précipitation. L’immaturité du corps qu’on est (IchLeib ; Je suis corps) se manifeste dans un état d’être tendu et dans le besoin obsessionnel d’aller vite et de tout faire vite. Cette addiction à la vitesse témoigne que l’être humain est identifié au niveau d’être qu’est son ego et qu’il n’est plus en contact avec sa vraie nature, sa propre essence.

La tyrannie de la vitesse conduit à une manière d’être qui apparaît à certains comme étant inéluctable et ... normale. Quelqu’un me disait dernièrement : « Mais, Monsieur, tout le monde court aujourd’hui ; c’est l’époque à laquelle nous vivons qui veut ça ! ». Ah oui ? Etre en chemin ce n’est pas se contenter ou se sentir obligé de faire comme ... tout le monde ; ce n’est pas rester conditionné à l’esprit du temps et se bourrer de médicaments afin de continuer à vivre d’une manière sotte sans plus ressentir les symptômes de cette manière absurde de vivre.

La méditation de pleine attention est la culture du calme intérieur, la culture du silence intérieur. Ce qui conduit, dans la vie de tous les jours, quelle que soit notre activité existentielle, a avoir infiniment de temps intérieurement.

Rien ni personne ne peut m’empêcher de marcher tranquillement de la salle de bain à la cuisine. Que ce soit sur la rue ou sur votre lieu de travail, rien ni personne ne peut vous empêcher de vous déplacer sans être soumis au diktat de la vitesse. Lorsqu’elle ne s’impose pas pour sauver sa peau ou sauver une personne en danger, la vitesse est une fuite en avant. Aller vite ! Faire vite ! C’est donner plus d’importance au monde extérieur qu’à notre vie intérieure.
Allez où il vous faut aller ! Faites ce que vous avez à faire ! Mais, vraiment ... « Rien ne presse ! »


Jacques Castermane

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lundi 5 janvier 2015

VOEUX 2015


Phytospiritualité vous remercie de votre fidélité et vous partage sa vidéo 
pour cette nouvelle année.
Restons proches de notre nature pour entrevoir l'éclosion de chaque instant.
Bonne rentrée sur le chemin 2015 !





mercredi 17 avril 2013

La douceur sauvera le monde avec Alexandre Jollien


Tous les êtres aimants m’aident à comprendre que rejoindre le fond du fond, le cœur de notre intimité n’est pas amer. Descendre dans le silence c’est rentrer à la maison et y abandonner toute tension, dans la douceur. 

Dans le bus, l’agressivité ambiante ainsi qu’un manque flagrant de douceur me font une étrange impression. Pourquoi dans les transports publics avoir le sentiment de devoir protéger son territoire? Pourquoi des gestes aussi naturels que sourire, dire bonjour ou céder sa place à une femme enceinte ou à une personne handicapée commencent à se faire rares? Je venais de confier à mon fils qu’à mes yeux l’essentiel tient en trois mots: joie, paix et amour, quand, ce jour-là, devant les visages des passagers, je me suis surpris à m’exclamer: «Pourquoi on tire autant la gueule dans ce bas monde?» 
La crise continue certes, la vie est dure bien sûr mais à quoi bon en rajouter une couche en sombrant dans un climat de morosité et d’agressivité? Etre à l’aise avec l’autre n’est pas si aisé. Demeurer joyeux dans la solitude, non plus. Souvent, on trimballe ses complexes et ses peurs au milieu de la foule. On se fuit sans jamais se débarrasser de ce qui nous tourmente. Demeurer seul dans sa chambre, ne rien faire, relève d’une corvée voire carrément d’une insupportable torture pour qui n’a pas rejoint la paix au cœur de son être. De là à tenter d’échapper à soi-même en rampant vers les autres, il n’y a qu’un pas et il est, ma foi, vite franchi. Tant d’aigreur et tant de méchancetés trouvent leur origine dans l’incapacité quasi congénitale d’être, pour soi, de bonne compagnie. Il ne s’agit pas de se précipiter dans le culte de son petit ego mais plutôt d’apprendre à cohabiter paisiblement avec ses faiblesses, cesser de craindre ses blessures pour commencer à s’envisager avec un peu de douceur.

Devenir l’ami de nous-mêmes

Déjà, et c’est énorme, ne plus être pour soi un fardeau. Du matin au soir, mille désagréments mentaux nous assaillent et dès que nous nous retrouvons seuls une multitude de fantômes peuvent accourir et nous terroriser. Des fantômes? Oui, l’autocritique, le dénigrement perpétuel, l’ennui, la culpabilité, le manque, tous ces démons stériles et voraces nous mettent insidieusement et sans relâche au supplice et semblent n’attendre que le silence pour brailler plus fort. A y bien regarder, nous sommes plus d’une fois des experts pour nous rendre malheureux, incapables d’être doux avec nous et, sans doute, guère davantage avec les autres. Sénèque est précieux lorsqu’il nous invite à devenir l’ami de nous-mêmes. Rire de nos travers, repérer ce qui nous repose vraiment, savoir ce qui nous détend profondément sont autant de pas qui nous rapprochent de la paix, de la joie et de l’amour. La douceur peut faire tout péter, même les traumatismes les plus tenaces. Ce qui m’aide à oser quitter toute dureté ce sont les sourires, les mains ouvertes qui sont là, à mes côtés, inflexiblement bienveillants, quoi que je fasse. Voilà le trésor d’une vie. Ainsi, sur ma route, je suis épaulé par un comédien, un prof de grec, un trader, un croque-mort, un prêtre, une épouse, trois joyeux petits enfants et bien d’autres. Devant ces êtres chers, aucun rôle ne tient. Quoi de plus tragique d’ailleurs que de mentir aux proches? La tendresse fait disparaître carapaces et armures.

Se confier en toute liberté

Celui qui se sent inconditionnellement aimé quoi qu’il fasse n’a plus besoin d’en faire des tonnes pour être apprécié ni de danser les claquettes pour attirer l’attention. Etre doux c’est abandonner tout jugement, accueillir la vie sans vouloir la changer à tout prix et permettre d’être ce que nous sommes véritablement. Je ne suis pas toujours philosophe devant mes intimes. Je pleure, je ris, et il m’arrive souvent d’être paumé et pénible. Est-ce aimer que d’exiger d’autrui d’être joyeux, spirituel, drôle tout le temps? Avec un ami dans le bien, je suis aussi bien dans la légèreté que dans la profondeur. J’écoute et me confie avec une absolue liberté. Et quel plus vrai plaisir que de méditer trente minutes sans dire un mot, juste présent et disponible aux côtés d’un frère ou d’une sœur en humanité et finir la soirée en rigolant autour d’un bon film comique. Ainsi tous ces êtres aimants m’aident à comprendre que rejoindre le fond du fond, le cœur de notre intimité n’est pas amer. Descendre dans le silence c’est rentrer à la maison et y abandonner toute tension, dans la douceur.

L’autocritique, c’est… Une critique, du grec «kritike» signifiant «l’art de discerner» et qui porte sur soi. Elle se réfère à des croyances, pensées, actions ou encore à des résultats.
Sénèque, c’est… Un philosophe de l’école stoïcienne (laquelle préconise l’absence de passions sources de souffrances). Il était également dramaturge et homme d’État romain au Ier siècle de l’ère chrétienne.
La tendresse, c’est… Un lien entre deux êtres, dénué de tout élément de contrainte. Elle transparaît principalement dans l’absence de tout sentiment négatif.
source : Fémina