Affichage des articles dont le libellé est maturité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est maturité. Afficher tous les articles

vendredi 13 février 2026

Quand rien ne transforme

 On entend souvent dire que l’Orient valorise l’efficacité tandis que l’Occident cherche la vérité. La formule est séduisante, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle est simplifiée et récupérée par la néo-spiritualité contemporaine. Car si tout ce qui « fonctionne » devient vrai, alors plus rien ne sert de repère. Et sans repère, il n’y a pas de transformation durable.

Dans une grande partie de la pensée chinoise classique, la validité d’un enseignement ne se mesure pas à sa capacité à décrire une réalité abstraite, mais à sa justesse dans le réel. Est juste ce qui régule, harmonise, restaure l’équilibre, permet à la vie de circuler. Un modèle médical est valide s’il soigne. Une pratique est juste si elle aligne l’être avec le Dao. La vérité y est relationnelle, opératoire, incarnée.

L’Occident, depuis la Grèce antique, a privilégié une autre approche : la vérité comme adéquation entre l’intellect et le réel. Un énoncé est vrai s’il correspond objectivement à ce qui est. Cette quête a rendu possible la science moderne, le droit, la logique formelle. Elle a aussi installé l’idée qu’un système peut être évalué indépendamment de son utilité.

Dans les voies spirituelles, cependant, ces deux approches se rencontrent et se transforment. L’efficacité d’un chemin ne dépend pas nécessairement de sa vérité ontologique, mais de sa cohérence interne, de sa puissance symbolique et de l’engagement du pratiquant.

Un système cohérent structure le sens, stabilise l’esprit, aligne le comportement, permet l’intégration somatique et émotionnelle. Ce n’est pas la « véracité » du modèle qui transforme, mais la relation vivante que l’on entretient avec lui.

Les recherches en psychologie et en neurosciences confirment aujourd’hui ces mécanismes. Le cerveau humain n’est pas un simple organe d’enregistrement du réel : il construit en permanence des modèles pour orienter l’action. Un cadre symbolique cohérent réduit l’incertitude, apaise le système nerveux et favorise la régulation émotionnelle.

La répétition de pratiques structurées renforce les circuits neuronaux par neuroplasticité. L’engagement et la croyance augmentent la motivation, la persévérance et même les effets psychosomatiques mesurables. Autrement dit, un système peut produire des transformations réelles sans pour autant décrire littéralement la réalité.

C’est ici que surgit le piège majeur de la néo-spiritualité. À force de puiser dans toutes les traditions, de juxtaposer pratiques, concepts et rituels sans cadre unificateur, la cohérence disparaît. Le sensationnel remplace la structure. L’intensité émotionnelle tient lieu de profondeur. On confond expérience forte et transformation réelle.

Picorer dans toutes les assiettes spirituelles donne l’illusion d'ouverture et de liberté, mais produit souvent l’effet inverse : dispersion, instabilité, dépendance aux nouveautés. Sans cohérence, il n’y a ni intégration, ni maturation, ni incarnation. Le pratiquant devient collectionneur d’expériences plutôt qu’artisan de sa propre transformation.

Un système spirituel transforme lorsqu’il crée une continuité, lorsqu’il organise le sens, lorsqu’il permet au corps, à l’esprit et à la conduite de converger. L’efficacité véritable n’est pas l’intensité d’un moment, mais la qualité d’un processus. Elle se mesure à la stabilité, à la lucidité accrue, à la capacité d’agir avec justesse dans le réel.

À l’inverse, l’efficacité apparente peut provenir de mécanismes moins nobles : effet de groupe, suggestion, dépendance affective, fascination pour l’exotisme, fuite de soi. Ce qui produit un soulagement immédiat n’est pas toujours ce qui libère. Ce qui impressionne n’est pas toujours ce qui transforme.

La véritable question n’est donc pas de savoir si un système est « vrai » au sens occidental, ni s’il est simplement « efficace » au sens utilitaire. Elle est de discerner s’il est cohérent, intégrable, et s’il conduit à plus de liberté intérieure plutôt qu’à plus de dépendance.

Dans un monde saturé d’offres spirituelles, la maturité consiste peut-être à renoncer à tout expérimenter pour enfin habiter un chemin, et surtout, habiter enfin sa propre vie. 

Car lorsque tout est possible, rien ne s’approfondit. Et lorsque rien ne s’approfondit, rien ne transforme.

Fabrice Jordan

---------------

dimanche 20 juillet 2025

mardi 26 novembre 2024

Que veux-tu ?

 QUE VEUX-TU ? 


Cette question est souvent la première que pose un.e maître.

En apparence banale, elle a le tranchant du diamant à qui a la maturité pour l'entendre. Elle est terrible, ou même terrifiante si l'on prend la mesure de sa profondeur. Elle ne souffre aucune réponse alambiquée, rationalisée, floue, bien présentable. On n'enfume pas cette question, ni le questionneur. 

Dans les entretiens spirituels, le fait d'obtenir une réponse sincère, authentique, ajustée, entière, est déjà un premier grand accomplissement pour tout le monde. 

Très rares sont les pratiquant.e.s qui sont au clair avec cette question. Alors avant d'arriver à cette réponse vraie, que de circonvolutions et cécités de toute sorte ! 

Bien involontaires et souvent inconscientes. Pour préserver le système de défense qui protège l'idéal du moi tout en étranglant la partie la plus vivante et vibrante qui cherche à émerger.

Oui, sauf que le système de défense sait, ou pressent, les multiples petites morts auxquelles l'idéal du moi va devoir être confronté, et personne n'aime mourir n'est-ce pas ?

Les tenailles du démon de la perfection de l'image de soi lâcheront. Elles se briseront comme des chaînes. Qu'elles sont. 

Mais il en faudra du cœur et de l'intensité (Feu), tempéré par l'Eau d'une forme de nettoyage profond, pour que fonde le froid Métal qui encercle mécaniquement et sans intelligence (Terre), le germe du Renouveau et du mouvement de Vie (Bois).

Alors on continue.

Et en attendant, on nourrit chaque parcelle de vie identifiable, avec douceur, mais avec méthode.

Et un jour, l'air et l'espace, enfin. Le miracle, presque toujours inattendu. Apparition en appui doux sur la subtilité multiple de tous nos petits efforts.

Et le mouvement. La danse. La musique. L'évidence. 

Et plus de question.

Fabrice

samedi 27 janvier 2024

L'œuvre de la maturité


 "Dans l'avancée de la maturité et l'approche de la vieillesse, il est un ... phénomène qui frappe :  le rajeunissement progressif du cœur et de l'âme.

Depuis toujours, je pressentais que la nature ne pouvait pas vouloir la déchéance de l'homme.   Aujourd'hui, je le sais.

Si la deuxième moitié de l'existence ne recelait pas un projet, nous serions éliminés - comme le sont certains animaux - après le cycle de la fécondité.

Ce projet qui nous est confié est invisible à l'œil.

J'aurais la tâche légère si je me plaignais de maux de dents : même si j'étais la seule à pouvoir vérifier mes dires, personne ne douterait de ce que j'avance.   Mais si j'affirme que mon âme et mon cœur rajeunissent de jour en jour, je ne serais pas étonnée que certains n'y voient qu'une licence poétique. Ou un sujet d'agacement. Et pourtant!

Dans la jeunesse, l'âme n'est pas jeune.   Elle est percluse du rhumatisme des modes, plie sous les idéologies, les normes en vigueur.  L'Alzheimer juvénile la ronge :  l'oubli de tout ce que l'enfant savait encore sur le sens profond des choses.  La jeunesse transbahute tous les préjugés qu'on lui a inculqués, les jugements féroces, les catégories assassines. Elle est souvent dure comme le monde qui l'accueille. Sa lumière est sous le boisseau.

Ce long travail de la libération de l'intelligence, ce déminage du terrain après tant d'années d'occupation étrangère sont l'œuvre de la maturité.  Quand l'obligation de faire un avec sa génération n'est plus une question de survie, on peut enfin écarter les œillères, laisser venir la clarté. Comme dans les grandes forêts où l'automne, en dépouillant les branches, donne le ciel à voir.

"Il faut toute une vie, écrit Jean Sulivan, pour élargir son cœur, ses opinions, pour conquérir sa liberté spirituelle."

Toute une vie.

Voilà une chance à ne pas manquer."

Christiane Singer - N'oublie pas les chevaux écumants du passé

Image:  Portrait d'un vieillard, de Rembrandt

*************************************

lundi 26 décembre 2022

Suivre l'appel

 


“Amen Amen , je vous dis, quand tu étais plus jeune, tu t’habillais et tu allais et venais ou tu voulais, mais quand tu auras vieilli, tu tendras les mains, et un autre t’habillera, et te conduit où tu ne veux pas.” … Et après avoir prononcé cela, il lui dit : accompagne moi!” 

Evangile selon Saint Jean, ”Evangiles”, nouvelle traduction de Frédéric Boyer, Gallimard

Ce moment de l’Evangile n’est pas un passage “ de Noel” et il me touche toujours autant. 

Comme toujours avec ces textes il peut être compris de tant de manières, à tant de niveaux différents, depuis le niveau littéral (allusion au futur martyre de Pierre) jusqu’à une toute autre perspective, celle de l’intériorité, l’une n’excluant d’ailleurs pas l’autre. Pierre, le disciple sur lequel le Christ s’appuie et qui pourtant connaîtra bien des résistances, doutes, « reniements » 

Accompagner le Christ, autrement dit suivre la voie a un degré d’engagement radical c’est bien abdiquer une illusion de liberté propre à «  la jeunesse » pour avec la maturité consentir de plus en plus à ne rien contrôler et à aller là ou l’égo ne veut surtout pas, à aucun prix, aller . 

Une invitation bien peu mièvre et qui n’a guère de chances d’être très populaire, quelle que soit l’époque…

Gilles Farcet

-------

mercredi 29 juin 2022

Maturité

 

Dans la nouvelle vidéo de la chaîne Aux Portes du Tao est sortie: j'y parle de la différence fondamentale entre Éveil (états de conscience modifiés, capacités, etc...) et Maturité de l'adulte. 

En tant que pratiquant.e.s nous sommes souvent confrontés à un paradoxe: comment quelqu'un décrivant une expérience d'éveil (les personnes se présentant comme "éveillées" éclosent comme des pop-corns sur les réseaux sociaux) peut-il ou peut-elle rester aussi immature en tant qu'adulte, à tel point que n'importe qui ne faisant pas de spiritualité pourrait lui donner des cours? 

Une réponse possible est à chercher dans la différence entre états de conscience (l'éveil) et structure de conscience (le grandir) selon le modèle de Wilber, ou dans les stades de la normose selon le modèle de Ferdinand Wulliemier. 

En tous les cas, différencier les deux est essentiel dans le domaine de la spiritualité, bien sûr, mais cette capacité est également très utile dans d'autres secteurs de nos vies: familial, amoureux, professionnel ou social. 

17 minutes. J'ai fait le max pour être synthétique!

Fabrice Jordan


************

mercredi 16 juin 2021

Un parfum d'émotion

 


Si l'on trouve un moyen de se débarrasser des émotions négatives dont tout le monde s'accorde à reconnaitre qu’elles ne peuvent pas contribuer à notre bonheur, pourquoi néanmoins ne pas garder toutes les émotions positives ? La raison en est que l'on ne peut éliminer les unes et garder les autres parce qu’elles proviennent de la même source : le mental et son refus de la vérité.
Telle est l'origine de toute émotion : une pensée - souvent imperceptible - qui conteste ou interprète la vérité de l'instant. La pensée qui précède l'émotion négative consiste à dire que les choses ne devraient pas ou n'auraient pas dû arriver. Et Swâmiji apporte une nuance à ce sujet. Le mental ne considère pas que ce qui arrive dans l'instant est mal mais anormal. Et il conteste cette pseudo-anomalie. La pensée qui précède l'émotion positive, quant à elle, consiste à dire que ce qui arrive aurait pu ne pas arriver. Cette distinction illusoire produit un effet de dilatation. L’effet est bien réel (l’émotion positive), mais il repose pourtant sur une pure fiction. Et comme ce type d'émotion est ressenti comme agréable, il est bien difficile de concevoir qu’il n’est pas souhaitable.
Que l’émotion soit positive ou négative, de manière identique dans les deux cas, il y a le jeu mensonger d'une comparaison. Le paradoxe est que, tout en reconnaissant l'inanité de la comparaison (les « devrait » ou « aurait pu »), l'attachement à l’émotion persiste. Et la conviction de toute la fausseté de l’ensemble n'est pas encore arrivée à maturité.
Un jour, lors d'un entretien, Arnaud m'a illustré ce point de la manière suivante :
Si l’on vous dit que pour les rhumatismes, il faut prendre des bains en y mettant de l'eau de Cologne, que cela vous coûte cher et que vous apprenez ensuite que c’est inutile, vous arrêtez tout de suite. Si vous étiez convaincu de l'inutilité de l'émotion, elle cesserait tout de suite.
L’ego préfère souffrir que mourir.
La cristallisation, c’est la cristallisation de la conviction.
Une instruction qui ne convainc qu'à 99 % est égale à zéro.

LA SPLENDEUR DU VRAI
Eric Edelmann / Éditions Le Relié

*************

mardi 18 septembre 2018

Donner une cohérence à sa vie est essentiel

« Aligner ses sens, ses pensées et ses actes »...
C’est là une évidence que nous avons tous ressentie à tel ou tel moment de notre vie. 
Par exemple à l’adolescence, quand il nous est arrivé de nous sentir coupé en morceaux, avec notre part enfant restée du côté de notre famille, notre part teen-ager caracolant du côté de nos camarades, notre part adulte se cherchant du côté de nos professeurs… 
Ces différentes parts de nous-mêmes pouvaient avoir du mal à se combiner, en contradiction les unes avec les autres. 
Quel bonheur quand, parfois, les pièces du puzzle s’arrangeaient pour former une seule image ! 


En réalité, l’image en question ne cesse jamais d’évoluer. Notre cohérence est mouvante et change au fil du temps. Nous n’avons pas la même selon notre âge. À nouveau, tâchons d’être concret. Prenons la question sous l’angle de la vie hormonale – il faudrait dire la « Symphonie hormonale », car à chaque instant de notre existence, tout ce que nous ressentons, pensons, croyons, exprimons (ou au contraire taisons) par nos activités ou nos comportements, tout cela se trouve relayé, milliseconde après milliseconde, par une véritable symphonie hormonale à l’intérieur de nous (en lien inextricable, et comme en contrepoint, avec une symphonie neuronale, une symphonie immunitaire, etc.). 

On le sait, la symphonie hormonale féminine est particulièrement fantastique, comme dans une cohérence mise au carré d’elle-même parce qu’elle participe au miracle de l’enfantement. Du coup, la ménopause se remarque davantage que l’andropause. Mais l’idée qu’elle marquerait une sorte d’entrée dans la vieillesse, dans une cohérence de résignation et de fin de vie, cette idée est de plus en plus absurde à notre époque d’allongement de l’espérance de vie. 

Les faits le démontrent : il y a bien une vie, complète, entière, totale, intellectuelle, sensuelle, sentimentale, sociale, professionnelle… bien après que soit passé l’âge d’enfanter. La priorité ? Rester debout ! La formule est à entendre dans tous les sens du mot. Au sens figuré, cela peut être une question morale, éthique, philosophique. Et au sens propre une question simplement physique : l’axe qui fait de nous des humains, dressés entre Terre et Ciel, passe aussi très concrètement en chacun, dans sa colonne vertébrale, sa moelle épinière, son dos… 

Se tenir vraiment debout est bon pour la totalité de notre organisme, pour notre respiration comme pour notre cœur, nos relations avec les autres et notre créativité. Un corps dont l’axe vertical est bien planté pense mieux et développe mieux son intuition. Car l’intuition se cultive. Les vieux sages nous invitent à vivre avec nos intuitions et à leur faire confiance, comme l’animal se fie à son instinct pour survivre. 

Mais attention, l’intuition – capacité propre à notre cerveau droit – peut aussi s’avérer trompeuse et une décision intuitive peut s’avérer aussi dangereuse que bénéfique. 
Il ne faut donc jamais négliger, en parallèle, la réflexion – propre à notre cerveau gauche. Cette réflexion peut porter sur la question concernée par la dite-intuition, bien sûr, mais aussi sur l’intuition elle-même et sur les éventuels mécanismes inconscients qui peuvent bloquer, déformer ou transposer la remontée de l’information jusqu’à la conscience. 

Les plus récentes découvertes en neuro-cognitivisme le démontrent : qu’il s’agisse d’intuition ou de réflexion, un cerveau qui réfléchit sur lui-même transforme positivement ses propres réseaux neuronaux. Comme pris dans un ruban de Moebius ! Nous pouvons mûrir au sens actif, et pas seulement subir la maturité comme une fatalité.

source : "Nouvelles Clés"

****

mardi 23 décembre 2014

L'être le plus fragile qui soit! avec Jean Vanier




« L’enfant est l’être le plus fragile qui soit. Il n’y a rien de plus fragile que l’enfant. De tous les petits des vivants, il est parmi les plus fragiles et cette fragilité dure très longtemps.

Il faut très longtemps au petit d’homme pour atteindre la maturité. Il lui faut du temps pour marcher ; il lui faut du temps pour acquérir des connaissances ; il lui faut du temps pour atteindre la maturité physique ; il lui faut encore plus longtemps pour atteindre sa véritable maturité intellectuelle, psychologique, pour qu'il devienne capable d'affronter notre monde, capable de supporter tensions et difficultés, capable d'aimer son ennemi. Sur le plan psychologique, la maturité vient quand on est capable de supporter les tensions, les agressivités.

Acquérir la maturité au niveau du cœur, c'est être capable d'aimer son ennemi et devenir un homme ou une femme de paix.»

Jean Vanier