mardi 27 juin 2017

De la nuit intérieure à la grâce avec Christophe Massin (1)

En 1974, Christophe Massin part pour l'Inde, où il rencontre Kangyur Rinpoché et Ma Anandamayi.
C'est son premier contact avec la spiritualité. À son retour, saisi par la lecture des livres d’Arnaud Desjardins, il entame une démarche spirituelle auprès de lui. À l'issue de ses études de médecine, il se spécialise en psychiatrie et rédige un mémoire sur les aspects psychologiques du Vedânta hindou et de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad. 

« Tout mon travail est nourri par cet enseignement », confie-t-il.

La nuit est parfois associée aux tourments de l'âme, à des états intérieurs faits de souffrance. De nombreux mystiques, comme saint Jean de la Croix, mais aussi d'autres traditions, ont connu des nuits de doute, de crise... Certains ont même parlé d'une nuit de l’angoisse. Avec quel regard le psychiatre que vous êtes considère-t-il ces nuits psychiques ?

Lorsque l’on est habité par une forte aspiration à trouver la lumière, la conscience, l’amour. Dieu - quel que soit le nom que l’on donne à cette réalité -, on vit à la fois des instants de grâce et des heures d'extrême aridité, de coupure, où le cœur est fermé. Au cours de ces « nuits intérieures », on se sent coupé du divin, on doute de soi et des autres, on a des pensées négatives, on ne perçoit plus aucun horizon. Tout est récupéré par la pensée. On peut exprimer cela en termes religieux, à travers la notion du « diable » - celui qui instille le doute -, mais cette nuit du cœur, que l’on retrouve poussée à son extrême chez les grands mystiques, est aussi un phénomène psychologique que nous connaissons tous, à notre mesure. Chaque personne qui chemine plus modestement dans sa vie traverse des périodes difficiles, en ayant la sensation d’être fermée, l’impression de piétiner, de tourner en rond. Ce n'est pas la nuit de saint Jean de la Croix, mais nous avons tous nos périodes obscures, avec des flots de pensées négatives.

Le cheminement intérieur que vous proposez unit psychothérapie et spiritualité. En quoi cela consiste-t-il ?

Depuis plus de trente ans, je reçois des personnes engagées dans une démarche de transformation personnelle. Certaines viennent à la spiritualité au cours de leur thérapie, alors que d'autres décident d’entamer un travail sur les émotions car elles se sentent freinées dans leur cheminement spirituel par des blocages psychologiques. Le maître indien Swami Prajnanpad, qui avait constaté ce phénomène chez ses disciples, insistait sur le fait que pour aller plus loin il était essentiel d’entrer en contact avec notre vérité émotionnelle. Si toute pratique spirituelle mène à l'ouverture du cœur, il arrive le plus souvent que des émotions réprimées nous ferment le cœur. Pour vivre une transformation authentique, il est nécessaire de plonger en soi-même, d’entrer en contact avec nos émotions et nos peurs, de les accepter pour s’en libérer. Il ne suffit pas d'analyser nos émotions uniquement à la lumière de notre histoire, mais de voir comment notre sensibilité a été touchée, affectée et s’est refermée à la suite d’une blessure, d’une déception, d’une violence, d’un abus... Il est essentiel de vraiment comprendre cela dans tout son être et pas seulement dans sa tête.

Ce chemin de réconciliation avec soi-même passe par des séances de lying, que vous conduisez avec vos patients. Cette pratique de « libération des schémas psychologiques » n’est pas toujours agréable et demande un peu de courage...

Oui, car pendant les séances de lying, nous sommes confrontés à des émotions, des vécus, que nous avons refusé de ressentir, sur lesquels nous avons posé un couvercle. Accepter de découvrir la personne que nous sommes vraiment, au niveau de notre vie émotionnelle, demande effectivement du courage. Nous n'avons pas toujours envie d’aller explorer les lieux en soi où ça fait mal. Il ne s’agit pas de le faire par masochisme, mais - si on se réfère aux symbolismes anciens - pour « franchir les portes de l’enfer », « affronter son dragon intérieur »... Si nous nous ouvrons totalement à une douleur émotionnelle, en acceptant de la traverser, nous découvrons qu'il existe un plan de conscience en nous qui n'est jamais affecté. En laissant complètement les émotions être, nous réalisons que la conscience n’est jamais triste, désespérée, ou en rage... La conscience est toujours lumineuse et paisible. L'approche du lying permet de faire cette expérience fondamentale : au fond de nous, comme au fond de l'océan, tout est calme. Dès lors, on n'a plus peur des turbulences émotionnelles, et on se rend compte qu’il n’y pas à les raisonner ni à essayer de lutter contre elles, mais juste à les traverser comme on traverserait, en avion, d'énormes nuages.



Propos recueillis par Nathalie Calmé
Source : revue Sources

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lundi 26 juin 2017

Satsang... avec Mooji


Satsanga (sanskrit Sat = vérité, réalité absolue, Brahman. Saṅgha =compagnie, union, assemblée, rassembler.), signifie « être en compagnie de la vérité »...



Quand le Juif, le Chrétien, et le Musulman s'endorment, qui sont-ils ? Quand l'homme riche et l'homme pauvre s'endorment, qui sont-ils ?
Où sont leurs différences ? Vous devez trouver ce lieu dans votre cœur, où tout est, en quelque sorte, neutralisé dans la pure équanimité.
Les guerres, elles ont toujours existé, et continueront peut-être encore très longtemps. Mais la liberté est ce que nous sommes, non ce pour quoi on doit se battre. Le satsang est la voie de la Nature, de la Vie, de la Conscience, de Dieu – une sortie de la souffrance. Nous n'avons pas besoin d'aller sur une autre planète. C'est ici-même !
Vous devez ramener votre Éden ici-même.
Vous devez ouvrir la porte de votre propre être afin d'y laisser passer Dieu. 

Et vous la franchissez en tant qu'Un. »
Mooji ॐ

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dimanche 25 juin 2017

Pardon avec Tim Guénard

Y a-t-il des situations difficiles à pardonner ?


Oui, tout ce qui touche les enfants abusés, les choses qui atteignent la croissance physiologique. Avant de pardonner, il faut déjà digérer. Pour moi, le plus dur dans mon pardon, c’était l’atteinte au corps parce que le fait d’être cassé partout, d’avoir subi des choses pas très jolies, tu ne t’aimes plus. Tu es abîmé avant d’être fini. Tu as des peurs, des manques de confiance. On a atteint ton image, une image divine. 

Le Big Boss a dit : « tu honoreras ton père ou ta mère » et non pas « tu aimeras ton père ou ta mère » parce qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans qui sont plus durs que des Everest, des Kilimandjaro, sommets presque inatteignables. Je trouve ça très beau qu’il n’ait jamais dit « tu aimeras ». Je pense qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans faciles à aimer mais que d’autres sont inatteignables, c’est-à-dire qu’ils sont des sommets dangereux. 


Donc, pour certains petits enfants, il est normal qu’ils ne puissent pas accéder au pardon tout de suite. Ils vont devoir d’abord se « déséquestrer » de leur histoire. Le premier temps, c’est de se reconnaître vierge.  Il m’est arrivé de dire à des prostituées qu’elles étaient vierges : « ton âme est vierge ». L’homme peut tout salir, sauf ton âme, c’est-à-dire l’intimité de ton intimité. Du coup, il faut toujours donner quelque chose de propre à quelqu’un qui a quelque chose de sale. Personne ne peut salir le cœur du cœur. C’est l’âme qui alimente le cœur. C’est le disque dur de la pureté. C’est pour ça que tout le monde est récupérable.


Le problème de nos rancunes, c’est d’accuser, parce qu’on a été blessé. La blessure devient une accusatrice. Au début, c’est une réalité et après, le danger, c’est de l’entretenir en devenant accusateur. On honore la date anniversaire à tel point qu’elle va nous séquestrer, nous anesthésier et elle peut devenir une maladie psychique en ayant décidé de toujours voyager avec sa souffrance. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de malades psychiques qui pourraient guérir. Il suffit qu’ils choisissent de se délester comme le voyage en montgolfière. 


Si on veut aller plus haut et plus loin, il faut lâcher du poids et ce n’est pas jeter. Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est savoir vivre avec. Ta plus grande ennemie, ce n’est pas ta souffrance, c’est ta mémoire, car elle te rappelle que tu as souffert tel jour et elle va avoir le bon plaisir de te le rappeler. Elle va prendre de plus en plus d’espace. 


C’est là où la dimension spirituelle devient un cadeau, car tu prends conscience que tu es un tout pour tout et non pas un tout pour rien. Et c’est ça Dieu. Il va falloir que tu deviennes l’ami de ta mémoire, c’est-à-dire qu’en pardonnant, elle ne va pas se sauver. Et du coup, tu es comme une belle bagnole. La belle bagnole ne reste belle et propre que parce que le gars qui aime sa bagnole la regarde, la nettoie mais il ne se dit pas que c’est le dernier lavage. Le pardon, c’est ça. Tu pardonnes une fois, c’est un lavage, ce n’est pas définitif. Tu vas te resalir mais ce n’est pas grave, tu iras te relaver. Du coup, la mémoire n’efface pas. Elle devient une archive dans laquelle tu peux aller faire des visites et tu prends ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. 


Quand tu vis sans le Big Boss, c’est-à-dire par toi-même, tu restes dans la rancune et tu te laisses polluer. Le jour où tu rencontres ta dimension spirituelle, tu acceptes qu’il y ait des choses qui te dépassent qu’on appelle les rencontres. Un tel va dire tout haut ce que tu penses tout bas et tu vas dire : « putain je suis normal »...




Pourrait-on dire que le pardon est une nécessité biologique ?

Moi je dirais que c’est le GPS du bonheur. Tu ne peux pas continuer la route vers le bonheur si tu ne rentres pas le pardon dans ton GPS. Tu ne verras personne d’accompli. Toutes les belles personnes que tu vois, ce ne sont pas des gens qui s’embarrassent du passé mais qui l’ont offert. Tu le vois chez les gens qui ont été dans les camps à Auschwitz, ceux qui ont vécu de grands drames, quand tu les regardes, ils sont beaux. Leur passé, ils l’ont vécu mais il ne les empêche pas de vivre. Ils ont fait paix avec leur histoire.

Mère Teresa, on lui avait interdit d’aller voir son papa et sa maman mourir, tout prix Nobel qu’elle était. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle avait un pardon à vivre, toute sainte qu’elle était ? Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a connu une colère, qu’elle a connu un pardon à vivre. Le GPS de mère Teresa a été justement d’être un pardon infini parce qu’elle a ressenti Jésus au démarrage. Elle a eu des coups de chaleur avec Lui. Tant qu’elle était en activité, elle servait le pauvre comme elle servait Jésus. Quand elle était en non-activité, en état de prière, elle était remplie d’angoisses. Ne crois-tu pas qu’elle a renouvelé ses pardons indéfiniment ? Marthe Robin qui a fait un bien fou à des quantités de gens du fond de son lit, eh bien elle était toute petite devant le suicide de son frère, elle qui a sauvé tant de monde. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a été confrontée aussi à des combats pas possibles ? Ce sont les saints de notre temps. Je pense que pour aller vers la route du bonheur, tu ne peux pas le vivre sans ce GPS du pardon. Si tu refuses le pardon, tu refuses le bonheur. Quand tu pardonnes, tu te sens léger.





extrait inédit du magazine Reflets (n° 23)

samedi 24 juin 2017

Traversée... avec Christian Bobin

Vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! si nous avons pratiqué ces actes de résistance et même si la vie nous submerge, ce n'est pas grave...
C'est lié à la joie. Il faut savoir perdre. Et trouver la joie dans la défaite. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu..

Je vais vous donner un exemple que tout le monde va comprendre tout de suite. Quand on a trente ans à peu près, l'âge des bandes d'amis, et que c'est l'été, cette saison incroyablement belle, et que l'on tente de traverser une rivière sans trop se mouiller, que fait-on ? On passe d'un galet à l'autre. On peut gagner, c'est-à-dire arriver sur l'autre rive indemne. Mais on peut aussi perdre tout d'un coup, glisser brusquement, tomber, se mouiller... et s'apercevoir que perdre, c'est encore plus drôle que de gagner, et que ce n'est pas grave ! Ce qui comptait, ce n'était pas d'atteindre l'autre rive indemne mais d'être ensemble, vivant, de se réjouir de petits riens comme ceux-là. 
On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j'ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l'argent mais des êtres. J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons. Mais je sais aussi, en même temps, que c'est une perte et qu'elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus? 
Christian Bobin.

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vendredi 23 juin 2017

Esprit coloré...




"Lorsqu’un arc-en-ciel apparaît, lumineux dans le ciel, vous pouvez contempler ses belles couleurs, mais vous ne pouvez l’attraper et le porter comme un vêtement. 
L’arc-en-ciel naît de la conjonction de différents facteurs, mais rien en lui ne peut être saisi. 
Il en va de même pour les pensées. Elles se manifestent dans l’esprit, mais elles sont dépourvues de réalité tangible ou de solidité intrinsèque. Aucune raison logique ne justifie donc que les pensées, qui sont insubstantielles, disposent de tant de pouvoir sur vous, aucune raison pour que vous en soyez l’esclave." 

 Dilgo Khyentsé Rinpoché

jeudi 22 juin 2017

Une conférence de Faouzi Skali (3)


"Aujourd’hui plus que jamais, on voit l’importance de la dimension soufie, qui se trouve au cœur de la société marocaine. Il s’agit d’un rempart contre l’extrémisme. Il y a donc un besoin d’en témoigner dans le monde entier."



Troisième partie : (15 min.)
 

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mercredi 21 juin 2017

Une conférence de Faouzi Skali (2)


"Rappelle-toi que tu n’es pas seul au monde. Tu dépends de mille créatures qui font le tissu de ta vie."






Deuxième partie (15 min.)
 

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lundi 19 juin 2017

Une conférence de Faouzi Skali (1)


Un précieux partage de ce qui peut se transmettre à travers une pratique spirituelle... Un témoignage de Faouzi Skali imprégné du soufisme.



Première partie (16 min.)
 

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Vigilance en ordre...



Et, un beau jour, on se rend compte que cet état de conscience de soi devrait en effet nous être normal et naturel, qu’il n’y a aucune raison pour qu’on soit tout le temps emporté, identifié, absorbé. Je prends appui sur ce qui est, et je suis là, attentivement conscient de ce qui m’entoure. Ce qui nourrit cette conscience, c’est ce désir d’adhésion et la constatation de toutes les émotions, même légères, qui se lèvent et qui m’arrachent à cette adhésion. Je me surprends en flagrant délit de non-acceptation que ce qui est soit, de non-acceptation du sourire d’une personne, du regard d’une autre, du geste d’une autre, de la coiffure d’une autre, du vêtement d’une autre, de la réflexion d’une autre. Or chaque fois que je ne suis pas d’accord, je décroche de la réalité. 

Cela demande une grande vigilance – je ne dis pas qu’on puisse le faire en rêvassant – mais cette vigilance est possible parce que le point d’appui est là. J’entre dans le salon et je vois un désordre indicible, des balais qui n’ont pas été rangés, des pull-overs par terre. Bien. Immédiatement : « oui », et non pas : « oh ! » Et maintenant, qu’est-ce que je fais ? J’agis, j’interviens. Vous verrez que, de seconde en seconde, les moments où vous n’êtes pas totalement d’accord sont la presque totalité du temps. Les moments où vous êtes vraiment d’accord sont tout à fait rares. Dès que je décroche, je repars dans mon monde et, dès lors, je n’ai plus de point d’appui pour voir vraiment ce qui m’entoure. C’est cette vision du monde réelle parce que non émotionnelle qui me ramène à la conscience de moi et fait que je ne peux plus être emporté ni identifié, que je ne peux plus être tout le temps confondu avec tout, emporté par tout.



Arnaud Desjardins 
Adhyatma yoga 
À la recherche du soi I

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dimanche 18 juin 2017

Deux dénominateurs communs avec Arnaud Desjardins

Il y a 92 ans naissait Arnaud Desjardins. Voici un extrait d'un séminaire pour lui rendre hommage... (et me remercier...)


... Peu à peu j’ai essayé de regarder, pour arriver justement à une certitude, s’il existait des dénominateurs communs que je rencontrerai sur toutes les voies spirituelles avec lesquelles je pourrai être en contact. Il est évident que l’utilisation de musiques, de trompes et de cymbales par exemple, je la rencontre chez les Tibétains, mais je ne la rencontre pas chez les soufis dans l’islam. Cela je peux l'éliminer comme ne faisant pas partie des dénominateurs communs. Ainsi il m’est apparu qu’il n’y avait en fait que deux dénominateurs communs, deux, que j’ai retrouvés partout. Le reste je le trouvais presque partout peut-être, mais pas partout. Il n’y avait que deux dénominateurs communs, mais il y en avait deux, et ces deux-là étaient partout sous-jacents à toutes les techniques. 
C’était en fait l’essence de la voie; le reste étant des points d’appui, et parfois des points d’appui combien précieux. Parce qu’il ne faut pas non plus se priver de tous les points d’appui comme l’ont fait certains héros védantiques de la spiritualité qui voulaient être ce qu’on appelle en sanscrit « sans support ».

Ces deux dénominateurs communs, c’est d’une part ce que j’appelle moi, en français, pour utiliser un seul mot, vigilance — mais vous pouvez utiliser d’autres mots qui seront équivalents ou peut-être meilleurs — et qui traduit l’idée de la présence à soi-même, d’une conscience de soi particulière, apportée dans l’existence en plus de la conscience ordinaire, par laquelle je suis très conscient que je suis en face de l’inspecteur des contributions et pas en face du dentiste, par laquelle je ne parle pas de mes bridges ou de mes couronnes à l’inspecteur des contributions, ni de mes tiers provisionnels au dentiste. Cela est ce que nous appelons ordinairement la conscience. Et en plus de cette conscience qui nous permet de vivre sans que la famille appelle le psychiatre au secours, il existe une autre conscience que les contemporains ignorent totalement, et qui est au contraire la préoccupation essentielle des moines, des ascètes et des yogis, que j’appelle vigilance parce que ce mot implique le mot veille — « veillez », « éveillé au milieu des endormis » — qu’on peut appeler aussi présence à soi-même, conscience de soi ; en anglais le vocabulaire est plus riche, mindfulness, collectedness, awareness, self remembering, c’est toujours l’idée d’une vigilance particulière. 
Dans l’islam on insiste sur l’aspect non-oubli ou sur l’aspect souvenir de cette conscience. Mais fondamentalement il s’agit d’une même réalité : est-ce que je suis absorbé, confondu, emporté par les circonstances que je suis en train de vivre au point de me perdre dans ces circonstances, ou est-ce que je peux rester présent à moi-même ? La lutte pour cette présence à soi-même, l’exercice de cette présence à soi-même, je l’ai, comme vous pouvez le vérifier vous aussi, découverte comme un des dénominateurs communs, un thème fondamental partout illustré par des anecdotes et partout étayé par des méthodes particulières. 

 Et le deuxième dénominateur commun, diversement exprimé, c’est toujours un travail de libération des émotions. On l’appelle parfois détachement, équanimité, sama-darshan en sanscrit, vision égale, purification des passions dans l’ancien vocabulaire de la tradition ascétique et mystique chrétienne. Quand il s’agit de se débarrasser de vices, de défauts ou de souillures, en regardant bien, on découvre tout de suite que ces vices, ces défauts, ces souillures quel que soit le mot, sanscrit ou non, utilisé pour les désigner, ne sont rien d’autre que des émotions, telle ou telle forme d’émotion, peur, désir, haine, jalousie. C’est toujours une émotion qui apparaît, momentanée, créée par des circonstances et qui nous arrache au calme, à l’équanimité, à la stabilité du centre de nous-même, de la conscience profonde. « E-mus », mus hors de nous, emportés.

Voilà les deux dénominateurs communs que j’ai retrouvés partout, depuis le monastère trappiste jusqu’à la confrérie soufie, en passant par des entretiens avec des rinpochés, la lecture de certains livres, jusque dans l’hindouisme, au Japon dans les monastères zen. Sous des tormes différentes, j’ai retrouvé ces deux dénominateurs communs partout. 

 Qu’est-ce qui m’empêchait de lutter aussi souvent que je le pouvais pour les vivre, pour vivre cette vigilance et vivre ce dépassement des émotions ? Qu’est-ce qui m’empêchait de les vivre dans les conditions où je me trouvais, quelles qu’elles soient? Il n’y avait plus cette différence massive entre ce que j’avais si longtemps considéré comme des circonstances favorables, la vie dans un ashram ou auprès d’un grand sage, et les circonstances défavorables, les moments ingrats, pénibles, tendus de l’existence. Une fois, une personne m’a posé cette question, avec une grande nostalgie : « Comment progresser malgré les difficultés quotidiennes? », sous-entendu, et je connais bien ce sous-entendu, « tout le monde n’a pas la chance comme vous d’avoir passé plusieurs années de sa vie entre Ma Anan-damayi, Gyalwa Karmapa, Kangyour Rinpoché et les monastères zen ». Comment progresser malgré les difficultés quotidiennes ? Et la vraie réponse c’est : comment progresser grâce aux difficultés quotidiennes. Ce qui change évidemment tout lorsqu’on ne vit plus auprès d’un sage dont la grâce, la lumière, la réalisation nous éclairent intérieurement mais momentanément; et lorsqu’on se retrouve dans les conditions plus ou moins laborieuses et parfois difficiles qui sont les nôtres. Vigilance, ne plus se laisser happer, identifier, emporter, absorber par la situation, par l’état d’âme; et intense désir de dépasser le jeu des émotions qui nous mène, qui nous mène toujours comme des marionnettes dont la vie tire les fils. 


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vendredi 16 juin 2017

Agréable présent...




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Atelier de Feng Shui


Pour mon anniversaire, j'ai prévu un atelier de Feng Shui dans le Nord avec Yannick David, architecte qui vient de Bordeaux et qui a plus de 25 ans d’expérience. Le 22 et 23 juillet.
Pour qu'il se réalise, il manque encore 4 ou 5 inscriptions.
Alors n'hésitez pas à en parler aux personnes qui pourraient être intéressées.
Merci

Voir le programme : http://azur-shiatsu.com/programme.html
sur FB




Le Feng Shui a pour base différentes théories chinoises. Il est notamment basé sur la présence de deux forces contraires, le Yin et le Yang. Ainsi, ces deux principes coexistent dans la nature et seraient à l'origine de l'énergie vitale qui nous entoure et qui est également en nous. Au même titre que l'acupuncture ou le tai-chi-chuan qui améliorent la circulation de l'énergie dans notre corps, le Feng Shui a pour but de faciliter ce mouvement dans notre environnement.

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jeudi 15 juin 2017

Présence cachée...


De mon point de vue,
Il n’y a pas la présence et l’absence,
mais seulement la présence.
Et en son sein, la croyance, l’idée, la perception que l’on puisse parfois lui échapper.
Cette perception ne voile rien,
la présence la contient.
Et malgré toutes les tentatives que nous faisons à chaque instant pour fuir la présence,
malgré notre acharnement à éviter d’embrasser cette évidence,
la présence demeure.
On ne peut s’en rapprocher,
on ne peut faire que semblant de s’en éloigner.
Quand l’évidence de l’omniprésence est vue,
La présence se dévoile sous tous ses aspects.
Et alors,
tout s’y joue,
tout s’y vit,
même l’absence,
qui est vue comme simple expérience au sein d’un même instant,
simple mouvement au sein de l’éternité silencieuse.


Ici l’invitation est bien sûr d’embrasser le réel qui se présente à chaque instant,
de densifier et intensifier notre présence par le simple fait d’habiter en nous-même,
de se couler de plus en plus profondément, intensément dans notre corps de chaire, nos sensations, nos perceptions.
Mais surtout, je vous invite à ne plus vous blâmer d’une absence,
ou à rencontrer avec douceur en vous ce blâme,
car l’absence est pure expression de la grâce au même titre que toute chose en ce monde.
C’est dans ce regard de plus en plus doux et aimant posé sur nos absences,
que le va et vient entre présence et absence va devenir une danse du vivant,
Et peu à peu cette danse s’inscrire dans un unique instant éternel.


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mercredi 14 juin 2017

Hara !



Il existe donc un point à trouver en vous, qui se situe à peu près à mi-chemin entre le haut du pubis et le nombril. Si vous trouvez ce centre (c’est assez aisé, il n’y a pas à tâtonner pendant des jours et des jours), en expirant vous concentrez l’énergie dans le ventre, c’est la première étape; au bout de quelque temps, lorsque vous y arrivez facilement, vous poussez un peu à l’expiration. Et ce centre de gravité avec lequel vous serez familiarisés, dont vous aurez aisément la sensation, deviendra votre meilleur ami, un point d’appui qui ne vous trahira pas. 

Dans ce centre vital, il n’y a pas de pensées inutiles, il n’y a pas ce fatras de l’intellect et du mental coupés de la vie; il n’y a pas non plus ces émotions infantiles par lesquelles vous vous laissez si vite emporter. Vous y trouverez au contraire une puissance stable qui vous dépasse tout en étant vôtre et qui se révèle facilement canalisable pour ne pas cristalliser l’ego sur lui-même. Elle ne vous conduira pas dans l’impasse d’une force de caractère et d’une résistance aux chocs qui soient en même temps une prison. L’avenir reste disponible.  

Approches de la Méditation
Par Arnaud Desjardins

mardi 13 juin 2017

Suffisante beauté !




L'effarante réalité des choses 

est ma découverte de tous les jours. 
Chaque chose est ce qu'elle est,
et il est difficile d'expliquer combien cela me réjouit 
et combien cela me suffit.

A. Caeiro (F. Pessoa)

lundi 12 juin 2017

L’interdépendance corps-esprit... Un corps qui parle


La sagesse populaire nous enseigne depuis longtemps que les tensions de notre corps sont en lien avec nos attitudes dans la vie. Nombreuses sont les expressions qui traduisent cette relation : nous rentrons les épaules pour nous protéger, nous bombons le torse pour nous affirmer, nous serrons les poings pour contenir notre colère, nos yeux se fixent sous l’effet de la peur, nous pouvons en avoir gros sur le cœur ou plein le dos. Aucun d’entre nous n’existe séparément de son corps : tout ce que nous vivons, nous l’éprouvons dans notre corps, et tout ce que nous ressentons dans notre corps a des effets sur notre état intérieur. Cette relation à double sens nous invite à considérer l’être humain dans sa globalité comme une unité corps-esprit.

Le bien-être est à la fois physique et intérieur, la santé ne peut se limiter à l’absence de maladie. Notre moral est fonction de nos sécrétions hormonales et du fonctionnement de notre système nerveux, comme le prouvent toutes les recherches scientifiques menées sur le stress. Celles-ci ont d’ailleurs mis récemment en évidence l’existence, caché au creux de l’intestin, d’« un cerveau du ventre », un second cerveau avec 200 millions de neurones, antérieur dans l’évolution à notre cerveau crânien et qui serait en relation autant avec les processus digestifs qu’avec la vie émotionnelle.




De la manière dont il bouge, dont il fonctionne, dont il se tient, notre corps traduit nos expériences de vie et notre vécu.
Ses tensions et ses maux au quotidien reflètent au présent nos difficultés à traiter avec certaines situations de notre vie, avec les sentiments qui nous dérangent, les émotions qui nous perturbent, les motivations subconscientes qui nous animent. Avec le temps, nos comportements coutumiers, nos émotions prédominantes et nos réactions habituelles modèlent petit à petit notre posture physique et conditionnent la santé de nos organes

Par ses contractures, ses douleurs, par ses symptômes de toutes sortes, au pire par la maladie ou même par des accidents, notre corps nous signifie à sa manière qu’il n’est pas d’accord avec certains de nos comportements et de nos positionnements de vie. Les tensions du corps comme les dysfonctionnements organiques sont des messages du corps qui requièrent une compréhension plus large de nous-mêmes et des enjeux profonds des situations dans lesquelles nous sommes impliqués. Ces tensions et ces dysfonctionnements mettent souvent en lumière des conflits intérieurs, des peurs, des motivations inconscientes que nous préférerions ignorer.

Nous sommes ainsi invités par notre corps, avec ce que nous ressentons, à nous interroger sur l’origine et la cause des tensions physiques et des soucis de santé qui nous affectent pour trouver des positionnements de vie plus adéquats et plus en accord avec nous-mêmes. 

Le Massage Corps Esprit n’a pas pour but de débarrasser le corps de ses tensions musculaires ou organiques comme si elles étaient nuisibles et préjudiciables. Il vise, en les relâchant et en amenant un ressenti positif, à favoriser des repositionnements de vie, à réaccorder et à réconcilier la personne avec sa dynamique de vie. Il implique de la part du masseur une approche sensible du corps et de la personne, une empathie pour la souffrance de l’autre qui permettra l’écoute de cette souffrance et sa transformation. Cette empathie de cœur - certains préfèrent le terme de compassion -, détermine la relation du masseur et du massé et inspire la conduite du masseur et ses gestes en leur donnant toute leur valeur.

Chaque partie du corps remplit une fonction physiologique et elle gère de la même manière un aspect de notre vie : nos jambes par exemple nous servent à nous tenir debout et à marcher, elles sont en lien avec notre stabilité intérieure et notre capacité à avancer dans la vie. Dans la marche, le mouvement débute avec les hanches, les genoux servent d’amortisseur et les chevilles permettent le déroulement du pied. Chaque partie de la jambe a un rôle différent, les tensions et douleurs ont un sens autre selon l’articulation concernée : les hanches concernent la décision de quitter une situation, les genoux, l’adaptation aux conditions extérieures, les chevilles, l’énergie mise en œuvre. 
Prenons maintenant l’exemple d’un organe : l’estomac qui digère la nourriture sera en lien avec l’assimilation des expériences de la vie : de l'acidité ou des crampes d’estomac nous invitent à rechercher une expérience que nous avons plus de mal à intégrer que nous le pensions, qui nous laisse un mauvais goût. Cette identité de signification s’applique aussi aux grandes fonctions corporelles : les vaisseaux sanguins permettent la circulation du sang autant que l’échange des sentiments, le squelette maintient le corps en même temps que l’intégrité de la personne, la force musculaire détermine la capacité à agir. Une douleur ne nous interroge pas de la même manière selon qu’elle est osseuse ou musculaire ou circulatoire.


Jean-Louis Abrassart
Extraits de Massage Corps Esprit

dimanche 11 juin 2017

Passer de "se servir de la méditation" à "la servir"

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Lorsque au début d’un séjour au Centre Dürckheim, je demande aux personnes présentes si, éventuellement, elles pratiquent déjà l’exercice de la méditation, les réponses sont variées.
Cependant, parmi celles et ceux qui pratiquent déjà une forme de méditation, ces réponses révèlent surtout que, dans la plupart des cas, elles/ils se servent de la méditation afin d’atteindre un but pré-médité.
Les motivations sont nombreuses et diverses: vaincre l’insomnie ... assumer le stress dans le milieu de l’entreprise ... élargir ses capacités mentales ... espérer guérir telle ou telle maladie ou échapper au cancer... ou encore, cette espérance un brin immature et illusoire résumée dans cette formule tendance : “rien que du bonheur !”.

Si la méditation devient pré-méditation c’est parce que, dans notre culture occidentale, on ne peut penser l’homme autrement qu’en rapport avec sa conscience des choses, la conscience “de” (mind). Or, depuis vingt-cinq siècles, en Orient et en Extrême-Orient, l’exercice de la méditation a pour sens de se percevoir et de percevoir le monde à travers la conscience intérieure, la conscience sensitive qui est antérieure à la conscience qui objective et fait de tout ... un objet. Or, la méditation de pleine attention s’appelle : méditation sans objet.

Je connais bien le danger de se servir de la méditation pour répondre aux désirs de la conscience-ego. Méditer afin de garantir son besoin de sécurité, d’assurer son confort, d’assurer son désir de permanence et autres vaines espérances.
La méditation de pleine attention enseignée au Centre invite la personne en chemin à une rupture avec l’ego; rupture avec notre manière d’être habituelle, rupture avec notre manière de penser habituelle.
Plus de quarante ans de pratique de la méditation de pleine attention m’incitent à dire à celles et ceux qui s’engagent sur ce chemin d’exercice et d’expérience :

« Ne vous servez pas de la méditation ... servez-la ! »

Pratiquer sans but n’est pas sans effets. Mais ces effets n’ont rien à voir avec les désirs du « moi », cette part superficielle de nous-même qui n’est pas notre vrai point d’appui dans l’existence.
C’est en servant la méditation que la personne qui médite se glisse à un niveau d’être d’elle-même qui est autre que l’ego; le zen l’appelle la vraie nature de l’être humain, Dürckheim l’appelle notre propre essence.
Notre vraie nature est le domaine du calme fondamental, du silence intérieur, de l’équilibre intérieur; qualités d’être que nous ne pouvons pas construire à coups d’exercices.

Les retraites et sesshin que nous vous proposons cet été auront pour thème : « Ne vous servez pas de la méditation ... servez-la ! ». Ce faisant, « La méditation de pleine attention favorise la rencontre avec soi-même d’une façon jusqu’alors refoulée ou inconnue». (K.G. Dürckheim)

Jacques Castermane

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vendredi 9 juin 2017

Immensité




L'expérience, aussi sublime soit-elle, n'est pas la chose réelle.
Elle va et vient par nature.
La réalisation de soi n'est pas une acquisition.
Elle serait plutôt de la nature de la compréhension.
Une fois qu'on l'a atteinte, on ne peut plus la perdre.
D'un autre côté, la conscience est changeante, elle coule en subissant des transformations à chaque instant.
Ne vous attachez pas à la conscience et à son contenu.
La conscience que l'on retient cesse.
Essayer de faire durer un éclair d'intuition ou une explosion de bonheur détruit ce que l'on veut préserver.
Ce qui est venu doit s'en aller.
La permanence est au-delà de tout va et vient.
Allez à la racine de toute les expériences, au sentiment d'être.
Au-delà de l'être et du non-être se situe l'immensité du réel.

Nisargadatta Maharaja

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jeudi 8 juin 2017

Tu es, elle Est


Tu es Celui 
qui est conscient d'avoir conscience des objets et des idées. 
Tu es Celui 
plus silencieux même que la conscience. 
Tu es la Vie 
en amont du concept de vie.
Ta nature 
est le silence auquel on ne peut parvenir.
Elle EST 
toujours.


Papaji

mercredi 7 juin 2017

«Vous savez, on peut être heureux avec rien !»


A propos du mouvement régénérateur

 « Pratique corporelle instinctive pour une santé naturelle, le Mouvement Régénérateur est l'aboutissement pour tous de la technique du Seitaï créé au Japon au siècle dernier par M. Noguchi et transmise par Itsuo Tsuda en France. C'est aussi une voie spirituelle qui ne se présente pas comme telle. Harmoniser la circulation du Ki est une pratique spirituelle : le Ki japonais est synonyme du prana hindou, du pneuma grec, du spiritus latin, c'est à dire de l'esprit – l'esprit qui ne peut être saisi, ni compris, ni ressenti mais dont on perçoit les effets en tant qu'être humain, et qui est porteur de la vie même. 

 L'originalité de cette voie est sa simplicité, son unité avec la manifestation de la vie chez le pratiquant. C'est pourquoi Itsuo Tsuda la définissait comme une pratique sans but. La vie n'est pas un but, elle préexiste à tout le reste. Le non-faire laisse au Ki, à « l'esprit », le champ libre pour s'accomplir dans l'organisme qu'il a créé - organisme qui inclue les niveaux physique,psychologique et spirituel.» 

Olivier Humbert

Source : mouvement regenerateur



Message à Olivier, par Hélène Denjean 

«Merci Olivier de nous avoir initiés et guidés dans le mouvement régénérateur avec une simplicité digne du « sans connaissance, sans technique, sans but » d’Itsuo Tsuda, dans le cœur de ciel pur d’Haruchika Noguchi, et d’avoir pratiqué avec nous dans cet esprit de liberté, de non attente, de don qui permet de se reconnecter au vivant. 

Ton regard clair, lumineux, ouvert éclaire notre conscience tel le cœur du ciel pur. Ton expression « Bain de Ki » exprime bien notre pratique du lundi soir qui mène au vide, au rien, là où l’on quitte son identité, le passé, le futur et les doutes du mental, là où l’on retrouve la cohérence, la plénitude, la source d’amour, celle où nous sommes tous un dans l’instant présent. Merci de cette rencontre lumineuse.»


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mardi 6 juin 2017

En souvenir d'Olivier Humbert

Dans la nuit du mardi 30 mai au mercredi 31 mai 2017, Olivier Humbert a quitté son corps pour rejoindre la conscience une.

Olivier Humbert est né en 1930. Ingénieur commercial ESCP. il a assumé des postes de direction commerciale dans différentes entreprises. puis de consultant et de formateur en relations humaines durant vingt ans. Il s'est formé à la psychologie sociale et à la psychologie émotionnelle et corporelle au début des années 70. Il a pratiqué la thérapie de groupe dans la ligne des groupes marathons initiés en France par jacques Durand-Dassier.

Sa rencontre avec Arnaud Desjardins en 1976 l'a conduit à interrompre cette activité. Dans le cadre de l'adhyatma yoga. il s'est alors soumis à l'ascèse des lyings durant trois années. Puis. pendant vingt ans. il a accompagné en lyings et en psychothérapie des personnes motivées par la recherche spirituelle. notamment dans le Gard où il a créé en 1985. avec son épouse. un centre résidentiel pour pratiquer ces activités en cohérence avec l'enseignement d'Arnaud Desjardins.
Il vivait à Montpellier depuis plus de vingt ans.



A propos du Lying (Extrait de l’ouvrage «Swâmi Prajnânpad et les lyings», co-écrit par Éric Edelmann, Olivier Humbert et Christophe Massin)
 «Le paradoxe est que le lying fait partie d'une voie qui met en avant l'acceptation mais que le chercheur a le plus souvent pour demande de changer en lui ce qui lui déplaît. Ceci peut l'entraîner à tourner le dos à la nécessité de s'accepter tel qu'il est. Pourtant, tous les problèmes psychologiques peuvent se ramener à un seul désir impossible: celui d'être autre que ce qu'on est. Garder à l'esprit cette nécessité d'en arriver à s'accepter soi-même et de faire confiance pour le reste à la vie, qui se charge de nous quoi qu'on en pense, est donc important pour ne pas s'engager dans la poursuite interminable d'un idéal d'homme ou de vie sans émotions ni douleurs.» Olivier Humbert

source :article FB

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lundi 5 juin 2017

Ces choses Sont...




Les objets qui émergent du Soi sont tous comme ils doivent être.

Le samsâra que nous voyons autour de nous est, dans sa totalité, une manifestation du Soi. 

Tout ce qui se voit, se sent, ou se goûte est magnifique.

Il n'y a pas d'erreurs dans le Soi. tout est comme cela doit être, un déploiement merveilleux de la perfection même…

Tout se déroule comme cela doit se dérouler.

Ce que je dis, c'est : "Restez tranquille"…
Si vous laissez le mental pendant une seconde, juste une seconde, la sainteté se révélera elle-même et vous fusionnerez avec elle.

Papaji

dimanche 4 juin 2017

Axelle Huber : avec Léonard, un amour au goût d'éternité

En novembre 2013, son époux est décédé d'une maladie dégénérative. Aujourd'hui, cette mère de quatre enfants puise dans sa foi la force de vivre l'instant présent, en communion avec Léonard, dans le mystère de la résurrection.

Léonard, l'homme que j'avais tellement attendu, espéré, est tombé malade au bout de six ans de mariage. Quelques mois après notre première rencontre, il me demandait si j'étais d'accord pour passer les 50 prochaines années avec lui. J'avais 28 ans, lui, quasiment 30, la vie nous souriait. Au lieu des 50 ans prévus, nous en aurons vécu physiquement ensemble 10.
En 2010, le diagnostic tombe : Léonard est atteint de la maladie de Charcot, maladie dégénérative entraînant la paralysie des muscles. Sur le moment, nous refusons de nous engouffrer dans des recherches angoissantes sur Internet. Notre quotidien avec nos quatre enfants – l'aînée a 6 ans, le dernier 18 mois – mène la danse. Quelques mois plus tard, nous comprenons que le pronostic vital est engagé. Léonard boite de plus en plus, le voile se lève. Dès le départ, nous nous promettons que cette maladie n'emportera pas notre amour. Une parole entendue lors de notre retraite de fiançailles : « J'ai beaucoup souffert de maux qui ne me sont jamais arrivés » sera notre leitmotiv, une injonction à vivre pleinement le présent. Nous ignorons de quoi l'avenir sera fait et évitons d'envisager le pire. En avril 2012, Léonard devient complètement dépendant. Nous comprenons qu'il restera de manière définitive dans ce fauteuil. Notre vie prend alors un tout autre tournant. 
Mon caractère volontaire et énergique m'a soutenue, mais à vue humaine cette épreuve est insupportable. C'est la grâce qui m'a permis de tenir, en plus du soutien de nos proches. Nous savions que nous étions dans la main de Dieu, Lui qui s'était engagé avec nous dans le sacrement du mariage. J'ai expérimenté avec Léonard cette grâce de vivre au jour le jour, en sachant m'émerveiller de choses admirables. En une seconde, vous vivez à la fois la beauté de la vie et son âpreté, sa dureté. Beauté, lorsque je voyais Léonard dans son fauteuil, un enfant sur ses genoux, deux autres derrière en roller, et le quatrième sur sa trottinette. Dureté d'être au four et au moulin, en permanence sollicitée, et de contempler son corps amaigri qui se dirigeait vers la mort. Aujourd'hui encore j'ai énormément de mal à voir les photos de Léonard malade. Je n'ai jamais voulu m'habituer à la laideur et je crois que d'avoir toujours été tournée vers le Beau m'a portée jusqu'à présent.
Mon chemin spirituel jalonné de rencontres marquantes, lectures, retraites, divers engagements m'a aidée à vivre cette épreuve durant laquelle ma foi a été renforcée. À 17 ans, j'ai découvert Bernanos et son Journal d'un curé de campagne. Cette lecture fut au cœur de ma maturation spirituelle. Au fil des pages, je compris que notre bonheur dépend de l'acceptation, non résignée, de ce qui nous arrive. Là se situe notre liberté, à l'orée de deux chemins : soit on se révolte, soit on accepte.
Je ne me suis jamais révoltée contre Dieu même quand nous repartions de Lourdes sans guérison. Dieu n'a pas voulu le mal, il l'a permis, c'est le fruit de notre liberté. La non-guérison de Léonard n'est pas une question que je me pose, car elle est vaine et mortifère. Je sais que je n'aurai la réponse qu'au Ciel. À la fin du Journal d'un curé de campagne, sont repris ces mots de sainte Thérèse de Lisieux : « Tout est grâce. » Personnellement, je ne peux pas dire que tout est grâce mais que tout devient grâce. Je ne veux pas faire d'angélisme, cette maladie a été terrible, d'une violence indicible. Ma question aujourd'hui est : comment répondre à ma souffrance et à celle des autres ? J'essaie, avec mes limites et mes fragilités, d'aider ceux qui en ont besoin, et d'être à ma place ici et maintenant, en faisant mon devoir d'état, de mère de famille et dans mon travail.

J'ai évidemment connu des heures de révolte contre la maladie. La tentation était d'ailleurs parfois forte de faire un raccourci entre la maladie et le malade. Les moments où Léonard me demandait de l'aide, de la toilette aux repas, pouvaient être difficiles à vivre, entre les nuits non récupératrices et les journées tourbillon. Certaines fois, je me demandais ce que je faisais là et j'étais saisie de l'envie d'échapper à cette vie, de revenir à celle d'avant... J'aurais aimé ne pas avoir ces pensées mais c'est ainsi, et je regarde tout cela avec douceur. Je suis de chair et d'os, imparfaite, et c'était dur d'être déchirée entre lui, les enfants, mes projets professionnels. Si j'ai pu douter, me demander si je n'allais plus l'aimer, je répondais très vite, je l'aimais même de plus en plus. 
J'ai été édifiée par toutes les qualités de mon mari et son acceptation aussi paisible de l'épreuve. Certes, j'aurais préféré qu'il ne soit jamais tombé malade, mais même si j'avais su dès le départ ce qui allait nous arriver, même si notre mariage n'allait durer que trois jours, j'aurais signé. Dix ans, c'est court, mais si c'était à recommencer, je le referais. La beauté n'est pas tributaire de la durée. Nous avons tant construit et vécu pleinement, que je ne regrette rien. Notre volonté d'être ensemble dans la fidélité était plus forte que tout.
Aujourd'hui, je suis très heureuse de la vie que j'ai et je considère que j'ai une chance incroyable d'avoir été la femme de Léonard, qu'il soit le père de nos enfants. Je puise de la fierté, de la joie, de la force d'avoir eu la grâce de pouvoir rester à ses côtés lors de son agonie. D'avoir pu être là, à son chevet, de lui avoir tenu la main, l'avoir caressée, et lui avoir dit : « Tu peux partir en paix, ne t'inquiète pas. Je serai heureuse, et les enfants aussi. » Lui avoir dit « pardon, merci, je t'aime ». Nous être redemandé l'un et l'autre en mariage. Ces trois jours où j'ai vécu de façon concomitante le mystère de la mort et de la résurrection m'ont changée à tout jamais. À certains moments, j'avais la tête dans le ciel, habitée d'une joie et d'une paix profondes. J'ai perçu de manière très incarnée, à l'approche de sa mort, puis lors de son dernier soupir, qu'il mourait et naissait en Dieu. Qu'il vivait une seconde naissance au ciel.
Cette joie profonde est toujours là en moi, et j'espère qu'elle ne me quittera pas. Vivre la maladie et la mort de Léo a renforcé mon goût de la vie. Je m'émerveille de toutes les petites et grandes joies du quotidien et m'ancre dans le moment présent, car penser que j'ai encore 50 ans à vivre sans lui serait insoutenable. Son absence est crucifiante, j'aimerais partager physiquement avec lui cette vie, le voir ne serait-ce que quelques minutes, même avec sa maladie. Mais je sais qu'il est là avec nous et que si nous allons bien, c'est grâce à lui : par son intercession, je gagne des qualités qui étaient siennes : de patience, de confiance, de sérénité... et je m'étonne moi-même !
Le jour où Léonard a su qu'il ne pourrait plus marcher, il m'a dit de son air malicieux : « Si je ne marche plus, je courrai. » Non pour fuir la mort, mais pour courir le risque du bonheur. Je suis convaincue que le jour où je naîtrai au ciel, nous nous jetterons dans les bras l'un de l'autre. Je me jetterai aussi dans ceux de mon Père qui m'attend déjà ici-bas et qui est là à chaque instant.

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source :  La Vie