vendredi 18 août 2017

L’intérêt pour la méditation avec Jacques Castermane


Voici ce que me disait K. Graf Durckheim en 1970 :
« Je rencontre de plus en plus de gens qui sont intéressés par les pratiques méditatives. La plupart sont poussés par un malaise intérieur. La situation actuelle de l’homme occidental est une forme d’existence qui l’éloigne de plus en plus de sa vraie nature, sa nature essentielle. L’esprit occidental a créé une civilisation qui invente tout ce qui est possible pour que l’homme gagne en liberté. C’est le monde des objets et des techniques auquel l’homme se sent obligé de s’adapter. En s’adaptant l’homme devient lui-même un ... objet. Un objet qui se doit d’être performant et qui pour cela est réduit à ce qu’il sait et sait faire.
Mais il est méconnu dans ce qu’il « est » ; l’homme-objet a effacé l’homme-sujet qui alors suffoque et crie ... j’étouffe !
Le mot méditation répond à cette souffrance et à cette nostalgie : « Laissez-moi souffler. Laissez-moi respirer ! ».
Karlfried Graf Dürckheim

Aujourd’hui ce tableau coïncide, plus encore qu’il y a un demi-siècle, avec la situation de l’homme actuel. L’intérêt pour la méditation est tel que toute personne attirée par l’enseignement des pratiques méditatives devrait se poser trois questions : Quoi ? Pourquoi ? Qui enseigne ?

Aux personnes intéressées par la méditation de pleine attention - que Dürckheim propose à l’homme occidental à son retour du Japon (en 1947), après une immersion d’une dizaine d’années dans le Zen (le kanji "zen" signifie : méditer) - nous suggérons la lecture de ces quelques ouvrages :
Le centre de l’être - K.G. Durckheim (propose recueillis par Jacques Castermane) - ed. Albin Michel
Méditer: Pourquoi et Comment - K.G. Durckheim - ed. Le Courrier du Livre
Le zen et nous - K.G. Durckheim - ed. Le Courrier du Livre
Comment peut-on être zen ? - J. Castermane - ed. Le Relié
La sagesse exercée - J. Castermane - ed. Le Relié
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mercredi 16 août 2017

dimanche 13 août 2017

Rumeur d'instant...




« La vie, elle est si loin, elle est si proche, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, sur les paupière d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue... tout est comme au premier matin du monde : donné. »

Christian Bobin


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samedi 12 août 2017

Vide accueillant...



"Notre ravin sera comblé quand nous aurons fait le vide en nous, 
quand nous arrêterons notre pensée .
Dans la méditation quand nous ne pensons plus nous devenons un abîme ....
rien ne s'oppose à la Lumière ..." 


Alejandro jodorowsky ..
(Un évangile pour guérir )

vendredi 11 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (3)


Et après, est-ce qu’il n’y a pas le besoin de rembourser la dette spirituelle contractée auprès du maître ?

Absolument ! D’abord on est redevable de la vie, ce que les bouddhistes appellent ce précieux corps humain. Mais surtout, si on a la chance de croiser un maître et de vivre une transformation, on est dépositaire d’une richesse qu’on ne peut pas garder pour soi seul. Vient le moment de partager ce trésor. Il y a différentes façons de le faire. Cela peut être une nouvelle manière d’entrer en relation avec les autres, d'être une lumière dans leur destin. J’ai un souvenir très fort à cet égard. Un jour, dans le centre tibétain de Karma Ling, nous étions nombreux dans le temple à attendre le dalaï-lama qui devait donner des enseignements. Soudain, il est arrivé et par la simple manière dont il est entré, dont il s’est tourné avec chaleur vers chacun, toute l’atmosphère a été changée. Voilà un être qui a le pouvoir, simplement en apparaissant, d’ouvrir les cœurs, de vous remplir de joie. Nous ne sommes pas des dalai-lamas mais, chacun à notre niveau, que pouvons-nous faire, dans notre sphère d’action, pour être des facteurs de guérison du monde et non pas d’aggravation de la maladie du monde ? Ce critère, cher à Arnaud, est tellement simple.

Et pour vous, le décès d’Arnaud a mis l’accent sur cet aspect dette par rapport à lui ?

Oui, bien sûr, mais pas par rapport à lui. Non, ça, ce serait terrible. Une des plus belles choses qu’Arnaud m’ait dite à la fin de sa vie, c’est : « Tu ne me dois rien et tu ne dois rien à Hauteville (1) ». Cela a eu un effet libérateur et, du coup, la dette dont vous parlez n’est pas une dette imposée de l’extérieur, comme une contrainte, mais quelque chose qui vient de l’intérieur. C’est à partir d’une grande liberté que je ressens, tout naturellement. « Je ne peux pas ne pas donner ce que j’ai reçu ». Cela participe d’une circulation énergétique. Le maître nous a donné en abondance et, à notre tour, nous redonnons, à notre mesure, ce que nous avons reçu mais dans une forme qui est la nôtre.

C’est ce que vous vivez actuellement ?

Oui, j’ai une gratitude immense pour ces paroles-là, « tu ne me dois rien ». C’est un cadeau qu’il m’a fait et, en même temps, il savait parfaitement qu’en libérant ainsi tous ceux qui lui étaient redevables, il allait leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.



1 - Hauteville est le centre fondé par Arnaud Desjardins en Ardèche. Véronique, étant l'épouse et la collaboratrice d’Arnaud, a beaucoup œuvré pour Hauteville du vivant d’Arnaud.

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jeudi 10 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (2)


Peut-on suivre une voie sans accompagnement ?

Il semble que non, sauf pour de rarissimes exceptions : les traditions sont unanimes à cet égard. Parce que sinon on bricole sa voie à sa façon : je prends ce qui m’arrange et j’élimine ce qui me déplaît. Le maître est là précisément pour nous remettre en cause. Au début, il commence par nous apprivoiser. Puis au bout d’un moment, il va nous montrer certaines choses sur nous-mêmes qu’on ne veut pas forcément voir. Impossible de le faire seul. Il faut le regard neutre, bienveillant et en même temps ferme d’un être en qui on a profondément confiance. Car seule cette confiance peut nous permettre d’intégrer le choc de la remise en cause, d’accepter de regarder comment nous fonctionnons. Après tout, nous venons là pour changer, pas pour être indéfiniment bercés.

Quels sont les degrés de l’accompagnement ?

Je crois que dans toute école, un élève goûte l’indispensable lune de miel. Pour commencer, il y a un énorme transfert sur le maître, encore plus que sur un thérapeute, et peu à peu une relation de confiance s’établit à un niveau très profond. Cette lune de miel dure plus ou moins selon l’élève, par exemple s’il est très blessé psychologiquement, elle peut durer un peu plus longtemps. S’il est assez solide, le maître pourra intervenir plus vite. Cela dépend donc de la maturité de l’élève. Mais si on veut entrer dans le cœur du sujet, il faudra accepter d'être secoué, mis au défi. On entre alors dans une autre phase d’accompagnement dont la durée dépend de la force de notre mental, de notre déformation psychique. Plus cette déformation est puissante, plus il faudra éroder en donnant certains chocs, ce qui peut prendre du temps. Il n’y a pas d'accompagnement stéréotypé, c’est ce qui en fait la beauté. Je l’ai beaucoup vu auprès d’Arnaud. De l'extérieur, on pouvait se demander pourquoi il se comportait ainsi avec telle personne ? Nous - certains membres de l’équipe qui l’entourait - , nous aurions voulu être fermes et lui se montrait, au contraire, d’une patience à nous faire bouillir. Il laissait une situation perdurer, regardant les choses mûrir tranquillement jusqu’au point critique et là, il pouvait intervenir comme la foudre. Un maître est le roi du timing, le roi du moment opportun, il sait intuitivement quand ne pas intervenir et quand intervenir, alors que nous intervenons à partir d’une compulsion intérieure : il faut remettre de l’ordre là-dedans, c’est inadmissible, scandaleux ! C’est nous que cela dérange. L’accompagnement est un art qui suppose une réelle liberté.

Y a-t-il encore un autre stade après celui-là pour l’élève ?

Oui, quand on commence à être dégagé de la gangue du mental, c’est-à-dire de notre distorsion fondamentale, qu’on cesse d’en être dupe et qu’on devient vraiment soi-même et non plus une caricature, alors vient l’étape des questions fondamentales. Qu’est-ce que l’existence ? Entre le moment où je suis né et le moment où je mourrai, qu’est-ce que je veux avoir parcouru ? Au moment de mourir, serai-je prêt à tout lâcher ? Nous devons nous préparer. Les temps d’épreuves sont une excellente occasion de mûrissement. Quand on est touché en plein cœur, parce qu’on a perdu quelqu’un d’essentiel ou parce qu’on est confronté à une maladie grave, là on est obligé d’intégrer la dimension souffrance de l’existence, acculé à sortir d’une vision étroite « je veux l’agréable mais pas le désagréable ». Notre regard s’élargit alors, car la vie c’est l’ensemble, les hauts et les bas, les joies et les souffrances. Nous apprenons en quoi consiste le samsara, le fait d’être plongé dans l’existence et d’être confronté à l’impermanence, avec son lot inévitable de souffrances. La troisième étape concerne les questions existentielles. Un goût réel naît pour l’essence de la vie spirituelle, qui prendra des formes différentes pour chacun.


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mercredi 9 août 2017

La voie spirituelle avec Véronique Desjardins (1)


Véronique Desjardins a été l’épouse et la collaboratrice d’Arnaud Desjardins pendant 25 ans. Parallèlement, elle a dirigé la collection des Chemins de la Sagesse à La Table Ronde. Ecrivain et conférencière, elle exerce à présent ses activités dans la ligne de ce qu’Arnaud Desjardins lui a transmis.

Qu’est-ce qu’une voie spirituelle ?

On ne peut parler de voie spirituelle sans parler du maître qui l’incarne : quelqu’un qui a lui-même reçu un enseignement, l’a mis en pratique et à son tour le retransmet. Quelle est la particularité d’un maître ? Il tranche complètement par rapport à toutes les relations que nous avons pu connaître auparavant car il n’a envers nous aucune attente, pas de projections ni de contre-transfert. Il est là juste pour notre bien, notre transformation, notre bonheur. La rencontre avec un maître nous guérit peu à peu, au plus intime de nous-mêmes, parce que, pour la première fois, nous sommes non seulement aimés de façon inconditionnelle par quelqu’un qui croit en nos potentialités mais nous sommes vus dans notre essence.

Qu’est-ce qu’un chemin spirituel ?

On ne peut pas dire : « Je suis une voie spirituelle » en accumulant les stages, un séjour en Inde, ou quelques week-ends avec un chaman. Une voie, c’est vraiment s’engager avec un maître particulier sur une voie précise. Il existe des voies dévotionnelles, des voies de la connaissance, des voies de l’action qui correspondent aux différents tempéraments des disciples. Le choix se fait en fonction de notre affinité avec telle ou telle voie mais surtout par rapport au maître. Là, s’opère une rencontre de cœur à cœur qui nous touche dans la profondeur, comme si quelque chose était déjà inscrit. Je pense à Matthieu Ricard qui, du jour au lendemain, a vu sa vie basculer en voyant dans une salle de montage un film d’Arnaud, Le Message des Tibétains. Il a croisé le regard de Kangyur Rinpoché sur ce montage et il a décidé de partir rencontrer ce maître. Toute sa vie a été orientée différemment. On reconnaît le maître - on pourrait employer l’expression coup de foudre car il y a quelque chose de cet ordre, de non rationnel.

La différence entre religion et voie spirituelle ?

On peut dire qu’une religion - le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme ou l’islam - est le socle qui permet au plus grand nombre de recevoir, dès l’enfance, une éducation et des valeurs qui donnent un sens à l’existence et les relient à une dimension plus vaste qu’eux-mêmes. Mais la spiritualité est réellement une voie de transformation : certains êtres humains ressentent un appel intérieur : ils ne sont pas sur terre juste pour avoir une famille, faire carrière et cumuler toutes sortes d’expériences. L’avoir ne leur suffit pas, ils sentent un besoin de croissance intérieure et se mettent en quête d’un maître qui puisse les guider - un directeur de conscience dans le christianisme, un maître soufi dans l’islam. En fait, on trouve des maîtres spirituels dans chaque tradition mais la quête intérieure concerne quelques individus, moins nombreux que les fidèles d’une religion. Aller à la messe le dimanche est très différent de suivre un chemin dans une voie au long cours, nous accompagnant toute notre existence. Il ne s’agit pas de sombrer dans une approche élitiste opposant la religion pour le peuple et le chemin spirituel pour les élus. Simplement, chacun n’a pas la même soif. Chaque religion engendre d’ailleurs des mystiques remarquables (comme par exemple Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Hildegarde de Bingen au sein du christianisme). En leur temps, on les considérait comme des maîtres pour leur communauté ; mais il y a aussi celui qui se nourrit des préceptes de l’Evangile avec une telle consécration, un tel amour de Dieu, un tel abandon à la Providence divine - c’est ce qu’on appelle la foi du charbonnier - qu’il en sera peu à peu transformé.


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mardi 8 août 2017

Hommage à Anne Dufourmentelle (2)

D. L. : Quels sont les risques nécessaires pour vivre pleinement?

A. D. : Aimer. Etre autonome. On brade trop sa liberté. On demande toujours aux autres de nous prendre en charge.


D. L. : Faut-il renoncer à vouloir tout maîtriser et accepter l’incertitude ? 

A. D. : Absolument ! L’incertitude est ce dont la névrose a le plus horreur. Toute notre organisation névrotique (et nous sommes tous névrosés) consiste à faire barrage à l’inattendu. L’inconscient est un GPS qui intègre toutes les données de votre généalogie, de votre enfance et de ce que vous avez vécu. Il vous indique des chemins et des routes qu’il trouve plus sûrs ou moins encombrés. Si vous lui donnez un itinéraire ou un lieu inconnu, il va tout faire pour que vous n’y alliez pas parce qu’il y a trop de risques. Par contre, ce qui est sympathique avec l’inconscient c’est que, de la même manière qu’un GPS, il va intégrer la nouvelle route la deuxième fois, il va y aller. L’inconscient fonctionne dans la répétition.

D. L. : Oser lâcher prise ?

A. D. : Cette capacité à l’inattendu c’est quelque chose qu’il faut trouver dans l’aptitude à être au présent. Et le lâcher prise est fondamental. Le problème, c’est que cela ne se décide pas. Ce n’est pas une question de volonté. Le lâcher prise n’empêche pas la vigilance. Au contraire, il l’appelle. Le risque met sur le qui-vive, puisqu’il y a du danger. Celaa met en éveil . Il faudrait lutter contre les deux piliers de la névrose qui, pour éviter l’inattendu, se repose à 90% sur deux grosses ficelles – à savoir « la vie commence demain » ou dans deux heures ou dans une heure. C’est-à-dire qu’elle vous dit : « Oui, bien sûr, on va changer ci et ça ». Elle est très accommodante, la névrose. Elle veut bien changer, mais pas tout de suite. L’autre ficelle, c’est le tout ou rien. « C’est noir ou blanc ». D’où l’idée qu’il n’y a pas de petit choix, comme s’il n’y avait pas de gris entre les deux. Or, dès que vous commencez du gris, vous amorcez quelque chose.

D. L. : Donc, le risque c’est de sortir de nos habitudes ?

A. D. : On fonctionne tous, même mentalement, sur les mêmes trajectoires. Prenez l’exemple d’une dispute. Dix ans après, ce sont les même arguments que se renvoient les deux personnes. Parfois, quand les êtres sont extraordinairement déprimés, qu’ils n’ont plus la force de rien, il suffit de leur dire : « Voilà. Aujourd’hui, vous prenez une rue différente. C’est tout ». Il suffit d’une modification minuscule et ça va mettre en route quelque chose. Ou une pensée différente.

D. L. : Faire une psychanalyse, c’est un risque ?

A. D. : J’espère ! Dans l’analyse, il y a deux mouvements. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier ce qui a été négatif, par exemple, dans notre enfance pour essayer de comprendre, d’entendre et de voir ce qui s’est passé. Après, il faut tout reprendre en soi et se demander « Mais pourquoi ai-je accepté d’être là ? » Pourquoi me suis-je mise dans ce scénario-là ? C’est sortir de la plainte, du « C’est la faute de l’autre ». Vous avez en mains les clés de votre liberté, vous seule. Vous ne pourrez pas faire que l’autre soit différent. Vous ne pourrez pas faire que votre enfance ait été autre. Mais vous pouvez vous situer autrement dans ce paysage et, du coup, découvrir des chemins de traverse extraordinaires dans n’importe quel paysage donné. Il faut explorer. Ensuite, une fois qu’on l’a reconnu tel qu’il est, on peut s’y promener autrement. Et ça, c’est un risque. On a toujours peur de déplaire, de ne plus être aimée, de souffrir, d’être abandonnée.

D. L. : Parler, est-ce un risque ? Faut-il se taire ?

A. D. : Parler est un des plus beaux risques. On ne dit pas assez à quel point la parole érotique, les mots de l’amour sont importants parce qu’ils relient le corps de l’autre, notre corps et notre intériorité. Mais pouvoir se taire à un moment donné, ne pas tout dire à l’autre, est absolument essentiel. Sinon, on fait de l’autre un parent. A qui doit-on transparence quand on est enfant ? Aux parents.

D. L. : Dire « Je t’aime », est-ce un risque ?

A. D. : Oui, et ce que je trouve assez joli, c’est que ça reste un risque pour toutes les générations. Le moment où on dit « Je t’aime » reste une espèce de saut dans le vide vertigineux. C’est étonnant que cette parole ait perduré le long de toutes les métamorphoses des siècles comme un des moments les plus intenses du risque. Le seul vrai « Je t’aime », c’est celui qui est donné et qui n’attend pas de réponse.


A lire aussi : A quoi peuvent nous servir nos rêves ?



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lundi 7 août 2017

Hommage à Anne Dufourmantelle (1)

Inspirée, inspirante, aimée et aimante, c'est peu dire d'Anne Dufourmantelle. La philosophe et psychanalyste, décédée le 21 juillet en sauvant des enfants de la noyade, avait de surcroît, le don rare de joindre l'acte à l'élégance de sa parole. Lorsqu'elle a publié Eloge du risque, (Manuels Payot), la journaliste Danièle Laufer a réalisé cette belle interview pour le magazine Prima. Nous la partageons avec vous.

Danièle Laufer : Anne Dufourmantelle, comment définiriez-vous le risque ?

Anne Dufourmantelle : C’est une projection de soi-même dans une situation inédite, nouvelle, qui déchire le temps en deux : le temps d’avant et le temps nouveau. Il y a toujours une part de hasard, de pari et la perte d’un état ancien auquel on ne pourra pas revenir. La rencontre amoureuse est un exemple type. Un joueur qui mise sur un numéro à la roulette sait ce qu’il risque tandis que dans la rencontre amoureuse, on n’est pas en temps réel dans la perception du danger. C’est pour ça qu’il est parfois difficile de se rendre vraiment compte de l’enjeu dans l’instant. Parfois, c’est dans l’après-coup que l’on se dit : « J’ai couru un risque », « J’ai pris à ce moment-là un risque qui a déterminé ma vie».

D. L. : On n’est donc pas toujours conscient qu’on court un risque ?

A. D. : Non. Je pense d’ailleurs que beaucoup de séparations ne se passent pas en réalité au moment où l’on en est conscient. En fait, cela commence souvent bien avant que l’on se quitte. De la même façon, on est préparé à l’amour avant de rencontrer effectivement la personne. Il y a une sorte de présage.

D. L. : Vous faites l’éloge du risque à une époque qui nous enjoint d’en prendre le moins possible. Pourquoi ce paradoxe ?

A. D. : Nous vivons en effet dans une société ultra sécuritaire où l’on nous enjoint en permanence de nous protéger et, quand on n’en a pas envie, on nous dit « Mais faites-le au moins pour vos proches ». Cela joue sur la peur. C’est la logique de la dépression. Quand on est déprimé, une partie de soi a envie de changer sa vie, tandis que l’autre est empêchée et c’est ce statu quo qui l’emporte dans un régime de tristesse et de paralysie. Très concrètement, ne pas prendre de risque, c’est ne pas oser la liberté. Le risque le plus grand, on le sait depuis toujours, c’est aimer ! On n’est jamais sûr de l’issue.

D. L. : Vous dites que le risque, c’est la liberté...

A. D. : Oui, c’est l’épreuve par excellence du courage et de la liberté. Nous sommes tous très angoissés par l’idée de la perte et de l’échec. Quand on prend un risque, on échoue parfois (par exemple, on tente un concours et on le rate) mais on est toujours grandi de l’avoir pris. Cela nous modifie intimement, de façon positive. La force intérieure que l’on en retire est, de toute façon, plus importante, à mon sens, que le danger de l’échec encouru.

D. L. : Y a-t-il des risques insignifiants ?

A. D. : J’ai vu plusieurs de mes patients commencer à opérer des revirements très importants dans leur vie en décidant tout d’un coup de prendre une heure par semaine pour faire du yoga ou aller déjeuner avec leur meilleur ami, eux qui n’avaient jamais le temps. Où est le risque là-dedans ? Après-coup, vous vous rendrez compte que c’en était un parce que ça vous a fait sortir de vos habitudes et de votre carcan. Cela ouvre un corset et on ne sait absolument pas jusqu’où ça va aller. En général, c’est un premier pas qui vous emmène vers une métamorphose intérieure. Alors non, je dirai qu’il n’y a pas de petits risques.

D. L. : Mais il y a des risques dangereux – faire du saut à l’élastique, quitter sa famille pour un homme que l’on rencontre. Parfois, l’enjeu est énorme... 

A.D. : Il y a des risques dangereux et des issues très négatives. Mais on ne le sait qu’après-coup. C’est pris dans une logique auto-destructrice. Pour moi, ce sont de « faux risques », des fuites et des situations dans lesquelles on est toujours perdant. Prenons l’exemple d’une femme qui quitterait mari et enfants pour un homme qui la mettrait sous son emprise. Rien ne garantit que cette femme ne se retrouvera pas peu de temps après, très malheureuse, pieds et poings liés à cet homme. Cela arrive. Est-ce un risque ? Comment évaluer le danger ? En allant vers cet homme, une part de cette femme savait qu’elle aliénait déjà sa liberté. Dès lors que quelqu’un devient votre raison de vivre, on peut se demander ce que vous êtes déjà en train d’abdiquer de vous-même. Cela peut aussi arriver dans la vie professionnelle. On peut être pris par les sirènes de la séduction, d’une situation, d’un patron qui vous attire et se retrouver avec un travail qui s’avère absolument destructeur. Mais en principe, si on est relié à elle, notre boussole intérieure nous signale très vite si l’on est en train de se tromper. Encore faut-il y avoir accès, ne pas avoir perdu la clé. Quelqu’un qui est très gravement déprimé ne sait vraiment plus même ce qu’il aime ou ce qu’il désire.

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dimanche 6 août 2017

Hommage à Anne Dufourmantelle par sa fille Clara

Réseau de lumières éparses dans la nuit je vous cherche encore 
Réseau de lumières amies venez pressez-vous autour de nos visages 
L’ombre nous avale 
Et le rire de maman contre mon épaule 
Me montre le chemin. 
Eteignez les lumières de la ville 
Eteignez les bougies 
Les phares de vos voitures 
Je cherche le rayon vert qui part du cœur 
Comme un ange 
J’ai attendu toute la nuit 
Je voulais entendre ta voix encore une fois 
Et c’est ton rire qui a explosé dans mes pensées 
Comme un bateau 
En deuil 
Au milieu de l’espace


Maman,

Tu m’as appris à me réjouir de chaque imprévu

Tu m’as appris à dire oui

A plonger la tête dans l’invisible et tu m’as donné une soif de vivre, une soif de célébrer la vie, qui m’habite inépuisablement et qui est au cœur de mon désir de travailler avec la scène. De créer des communautés enthousiasmées et enthousiasmantes autour de la musique, de la parole. On a écumé ensemble les musées et les opéras, tu m’as donné l’amour de la renaissance italienne, l’amour des romans, de la philosophie, l’amour de l’amour. Un jour je t’ai dit que ce qui nous différenciait toi et moi, c’était le rapport qu’on avait à la vérité. Je pensais que tu n’y croyais pas et je trouvais ça facile. J’avais tort je crois. A ta façon, un slalom tout en douceur, tu restes libre. Tu passes dans nos vies avec ton amour et tu disparais maman. Une histoire de karma. Mon problème, tu disais, c’est que je veux toujours être une fée.

Tu as toujours fait ce que tu désirais maman. Je me souviens d’une discussion sur l’héroïsme qu’on avait eue ensemble. J’étais très excitée après avoir lu un passage des séminaires de Lacan. Je trouvais ça merveilleux de définir la figure du héros comme celui qui ne cède pas sur son désir. Je crois que tu es une belle héroïne maman.

Tu as publié ton premier roman (1), tu as aimé follement et toujours comme tu le voulais toi.

Tu as ta façon bien particulière d’être hors-la-loi maman. Tu fais toujours les choses un peu à côté, avec un sourire tendre, comme pour t’excuser d’être celle qui regarde dans le sens inverse. Comme si c’était involontaire, comme si tu n’y pouvais rien. Tu as cette façon de te tromper toujours de mois ou de jour quand tu achètes des billets d’avion, de taper le rythme des chansons avec la pédale de frein dans la voiture. Tu te débrouillais toujours pour couper toutes les files, mais avec une telle tendresse que personne ne disait jamais rien. Tu avais cette façon de défendre les positions anarchistes les plus belles, les plus courageuses, avec ce petit rire d’excitation que tu as quand tu t’enthousiasmes. Tu as une force et un courage et une puissance inouïs, maman. Tu montres souvent pattes blanches mais personne n’est dupe. Moi, je ne suis pas dupe. Ta puissance, je l’accueille dans mon cœur, et j’espère que de là-haut, tu seras fière des fêtes à venir.

J’ai envie de partir de l’autre côté du monde

Maud et Gabriel dans les poches

A la recherche de la tendresse évanouie

Je fais partie de celles qui ne tombent pas maman

Je continuerai à danser comme si la Terre allait arrêter de tourner

Comme tu me l’as appris

Fontaine végétale tes mains délicates portent l’anneau colombien

Depuis des années

J’ai peur des départs maman

J’ai peur de ton départ

J’ai constitué une armée d’enfants soldats qui dans cette maison ont fait venir les aurores boréales dont tu me parlais quand j’étais petite

Tu étais là, assise par terre, derrière la table de papy Alain

Et ce goût de liberté tendre et joyeuse

Arrimée à tous ceux qui t’entourent

Etait là, avec nous

On refait le monde maman. On refera le monde maman, comme tu m’as appris, toujours à la pointe de l’épée. Je regarde papa peindre depuis petite tu sais. Il fait toujours venir la lumière de l’obscurité. C’est grave et léger à la fois, la joie.

Ode à toi maman. Ode à la joie partagée. Ode à nos fous rires qui nous faisaient quitter les salles d’opéra. Je le convoque aujourd’hui autour de ton corps que j’aime et qui repose tendrement à côté de cette maison que tu aimes tant.

Le monde entre comillasnous arrive toujours avec un temps de latence, les monstres se cachent derrière le figuier du jardin

J’ai appris à leur parler dans la nuit

La peine comme un trou au milieu de la poitrine duquel Salen flores mama

Salen flores y ojos verdes abiertos en el río

Les magiciens aux voix blessées écrivent des comptes dans les placards

Un jour, je te les murmurerai à l’oreille

J’ajoute une chose,

Hier, le grand feu a embrasé l’horizon. J’écoutais les merveilleux amis s’inquiéter pour nous et préparer les bagages, au cas où. L’électricité était coupée à la maison. J’ai eu envie de rire, et de pleurer aussi un peu. Je me suis dit : elle nous a fait le coup de l’incendie. Horizon rouge, gris, les flammes, et le vent qui emporte tout sur son passage. Je savais bien que tu ne pouvais pas partir sans nous faire un signe à 15 000 volts. J’ai pensé au prologue de ton roman : «Les grands feux sont une espèce en voie de disparition. Ils se propagent à la vitesse du vent et de la nuit. Leur souveraineté soumet l’espace. Pareils aux météorites et au désir, leur dangerosité, leur degré de combustion, leur trajectoire sont imprévisibles.

Dévastation. Régénération. Nous sommes de même nature ; des feux.»

Tu es notre maman aimée J’ai prié pour toi toute la nuit 
 Je t’aime. 


Clara Dufourmantelle
(Clara, la fille aînée de la philosophe Anne Dufourmantelle, rend hommage à sa mère disparue le 21 juillet.)
(1) L’Envers du feu, éditions Albin Michel, 2015.

source : Libération

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samedi 5 août 2017

De la poésie qui s'en balance... avec Christian Bobin


« Ma vie n’est rien qu’écrire. Le panda mange de l’eucalyptus, moi de l’encre. »




« J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine. »

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vendredi 4 août 2017

La petite Castafiore capricieuse


Ouf ! Les courses de la semaine sont terminées.
Mon mari, ma fille et moi sortons de l'un de ces immenses supermarchés.

Mais, après l'effort, le réconfort ! De quoi j'ai envie ?
Qu’on se fasse un resto en famille. Tout le monde est d’accord à l’unanimité, parfait ! Il y en a un. juste là.

Nous voilà attablés, prêts à déguster ce moment tous les trois. Quand, tout à coup, des hurlements d'enfant envahissent mes oreilles! Des cris, des pleurs... Bref, un caprice comme on les aime bien! Les cris s'amplifient, et j’ai la très désagréable impression que ce n'est que le début de l’opéra de la petite Castafiore capricieuse !

Aux cris de « l’emmerdeuse ». je sens monter en moi une grande violence, car, à ce niveau sonore, ce n’est plus d’une enfant dont il s’agit, mais bien d’une « emmerdeuse » ! Dans les coulisses de ma tête, en apparence plus ou moins contenu, se trame un meurtre : « Elle va la fermer ou quoi ! Ce n’est pas croyable, ça ! Et sa mère, qu’est-ce quelle fout ? Elle ne voit pas que sa gamine gêne tout le monde ! Pas moyen d’être tranquilles » !

Cette mélodie secrète de haine prend corps en moi et, de la pensée aux gestes, les kilomètres se font courts !
À ce moment-là, j’entends la maman hurler à son tour: « Th veux rester là ? OK. Nous, on part. Je te laisse ici, je t’abandonne. Reste toute seule ! ».

À ces mots « je t’abandonne », les commentaires tueurs qui se déroulaient dans ma tête cessent immédiatement. Un point de la situation se fait en moi.
Quoi ? Je suis prête à tuer un enfant du regard, juste parce qu'il pleure, pour des cris ? Mais je ne veux pas ça, moi ! J’ai mal tout à coup d’avoir eu ces pensées !...

Mais, qui suis-je à cet instant précis ?

Quelque chose se retourne en moi ; quelque chose s’apaise, se pose.
Ce «je t’abandonne» résonne dans ma tête... Je le connais, ce goût de moi en bouche, je le reconnais !

En une seconde, je revois mes caprices d’enfant et ma pauvre maman qui menaçait de m’abandonner sur place. Je revis, dans l’instant, toute ma souffrance d’enfant qui voulait juste un câlin de sa maman et qui, pour être vue par elle, devenait la petite Castafiore capricieuse.

Je sens même ma maman, du haut de ses 19 ans, désespérée de ne savoir que faire pour que j’arrête de hurler et extrêmement gênée de ce caprice en public.
Non! Elle n’est pas capricieuse cette petite, et non, sa maman n’est pas une mauvaise maman.

Combien elle a mal, cette petite fille ! Mon Dieu, combien elle est désemparée, cette petite maman !

Mon corps pivote sur ma chaise en direction de la petite fille. Je vois ses deux petits yeux remplis de larmes de désespoir, perdue, ayant tout tenté pour attirer l’attention de sa maman.

Elle est si touchante cette petite fille ! On n’a qu’une envie, la serrer dans ses bras.

Elle tient son doudou dans sa main et là, je m’entends lui dire avec une délicatesse infinie : « Tu es fatiguée, ma chérie ? Comme il est beau, ton doudou ! ».

La petite s’arrête net de pleurer. Elle me regarde, elle me voit. Oui, on se voit toutes les deux. Plus aucun jugement dedans. Quelle tendresse !

Puis, je croise le regard soulagé de sa maman.

Sa petite copine de 2 ou 3 ans, qui a assisté à la scène, s’approche et me dit :
« T’as vu ? Z’en ai deux de doudous, moi. Ze peux te faire un bisou ? ».

Et elle me fait un bisou sur la joue.

Je suis un peu sonnée sur ce qui vient d’avoir lieu !

« Pas grand-chose en apparence » direz-vous ; mais un véritable miracle en moi a eu lieu.
Je suis lavée de ce vieux scénario.

Je me sens aimée... tellement aimée ! 

Marie
(source : Revue Reflets)

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jeudi 3 août 2017

En bonne voie !





La paix profonde. 

Certains évènements de notre vie, certaines émotions sont pensés et perçus comme étant des freins et des entraves à l'Unité, à la Complétude, au bonheur. 
Est-ce vraiment vrai ? et si le bonheur, celui qui ne s'altère jamais, ne dépendait pas de ce que nous vivions. Et si le bonheur n'était pas plutôt au cœur même de chaque expérience ? 
Et si l'Unité, la complétude n'était pas plutôt l'intégration totale de tous les aspects de notre vie ? 
Unité veut dire Un sans exclusion aucune. Tout, absolument tout ce que nous vivons est déjà pleinement accepté, accueilli même ce qui nous semble intolérable, même ce que nous voulons éviter à tout prix. 
Parce qu'il est est Vu clairement que tout est déjà là, dans une parfaite perfection qui, parfois, échappe totalement à la compréhension. Et pourtant cette Perfection est Confiance absolue en tout ce qui se vit, parce que c'est cela qui est donné, là, en cet instant. C'est le secret dévoilé. C'est l'Amour révélé. C'est la Paix profonde. Gratitude 

Marion Renault
cequiest.org

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mercredi 2 août 2017

En prendre de la graine !



extrait du documentaire de Linda Bendali et Sophie Le Gall 
« Que mangeons-nous vraiment ? De la terre à l'assiette » diffusé sur France 3 fin juin 2015 où est présent Éric Marchand, artisan semencier de Jardin'envie, adhérent des « croqueurs de carottes » et de Minga.

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mardi 1 août 2017

Joyaux...



La simple vie de chaque jour nous donne toute sa lumière puis s'en va, comme une invisible fiancée portant à son doigt une bague d'air, incrustée de silences scintillants...

Christian Bobin 

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lundi 31 juillet 2017

Intensité d'être



Ce ne sont pas des contenus qu’il faut transmettre. 
Les Dieux se rient de nos théories. 
C’est une manière intense d’être. 
Ce qui manque le plus à notre vie d’aujourd’hui, 
c’est cette intensité surgie de l’intérieur. 
C’est dans la rencontre de personnes vivantes qu’on en donne le goût. 
Chacun est dans une telle richesse ! 
Mais il faut que cette richesse soit réveillée. 
La transmission, c’est cette attention portée à un autre 
qui fait qu’en lui surgit le meilleur de lui-même. 

Christiane Singer

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dimanche 30 juillet 2017

Trois conseils pour emprunter le chemin de la liberté



1 Devenez qui vous êtes

Dans la tradition juive, Rabbi Zousia, un rabbin hassidique du XVIIIe siècle dit: « Dans le monde qui vient, lorsque je me présenterai devant le tribunal céleste, on ne me demandera pas pourquoi je n'ai pas été Abraham, Jacob ou Moïse ; la question qu'on me posera c'est : "Pourquoi n'as-tu pas été Zousia ?" » Le « Deviens qui tu es » passe forcément par un chemin d'acceptation de soi. Nous sommes désir de Dieu, chacun dans notre singularité. Il est vain de nous fantasmer autres. Ainsi, devenir véritablement qui l'on est, c'est faire place au divin en nous.

2 Comprenez qui vous êtes

Je suis habitée par la nécessité du sujet. Par le « Je suis » du Christ. Qui parle quand on parle ? À quel moment est-on vraiment soi en train de parler ? Nous sommes sans cesse agis par des choses : sans cesse objet, de nous-même, de nos émotions, de la pensée collective. Donnez-vous l'espace intérieur pour comprendre par quoi vous êtes mus et pour revenir au plus près de votre vérité. Il se déploie dans ma vie dans la solitude, par une heure de silence le matin, et par l'écriture quotidienne. Écrire peut être en effet un canal pour déposer, pour faire clair (« La vérité vous rendra libre », Jean 8, 32). Proust dit que « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. »

3 Prenez des risques

Dans un de mes livres, un de mes personnages dit que sauter dans le vide sans parachute est la seule façon de savoir que l'on peut voler. Comment connaître qui l'on est si l'on ne va pas à la rencontre de l'inconnu, si l'on ne prend pas de risques ? L'inconnu ce n'est pas forcément le voyage à l'autre bout du monde, mais le courage d'affronter des endroits et des situations qui nous bousculent, le courage d'aller regarder notre ombre, ou celui de s'engager dans l'amour. Le courage d'être créateur de sa propre vie. Le plus grand voyage qu'un homme puisse accomplir mesure 33 cm. C'est celui qui va de la tête au coeur.


source : La Vie
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samedi 29 juillet 2017

Le don comme accomplissement



« Et, finalement, soi, qu'est-ce que l'on aura accompli ? Qu'est-ce qui aura fait sens ? Avoir mis au monde des enfants, les avoir accompagnés, avoir planté quelques arbres, construit une maison, écrit quelques livres. Ce sont des choses qui importent, il est vrai, mais il me semble qu'il n'y a d'accomplissement que dans le don, et je me sens encore si loin de ce don. Le mot "pardon" vient du latin per-donare, la "perfection du don". 

Peut-être n'y a-t-il pas de plus grand don à autrui que ce pardon à soi-même. Se pardonner de s'être laissé blesser ; d'avoir blessé à son tour ; et de ce que nos existences honorent si peu l'infini des royaumes qu'elles contiennent. 
Ce n'est pas que la vie n'ait désormais aucun sens, c'est qu'elle n'a plus aucun sens connu. Qu'est-ce qui compte ? 

Dignité, manifestation, élévation. »

Extrait de Lorette, 
de Laurence Nobécourt,

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vendredi 28 juillet 2017

transmission d'un témoignage : Laurence Nobécourt

Longtemps, elle a écrit pour survivre. Pour nettoyer un passé marqué par la violence psychique. En 2013, au terme d'une longue errance spirituelle, elle connaît une véritable renaissance en retrouvant son prénom de baptême.

J'ai toujours parlé à Dieu. C'est à Lui que j'ai adressé mon premier texte abouti, une lettre. J'avais 17 ans, souffrais d'un chagrin d'amour, et estimais qu'Il était le seul interlocuteur raisonnable. Enfant, bien que je ne le nomme pas, je me sentais en lien avec autre chose, en toutes choses. Avec naturel, je m'adressais aux arbres, imaginais des mondes, me pensais en mission sur terre. J'ai même envisagé la vie religieuse. Mais cette soif d'absolu s'est vite cognée à une autre réalité. Ce que je voyais dans le monde des adultes ne concordait pas avec ma perception du divin. Cette distorsion a créé en moi une soif de vérité du verbe, un besoin viscéral que les choses qui soient dites soient ce qu'elles sont. Et que les choses qui sont soient dites.
Chez les soeurs ursulines, où j'étais scolarisée, je notais un écart entre l'amour exprimé dans les mots, et les actes. Même chose dans ma famille : lorsqu'un père se rend à la messe le dimanche, affirme qu'il n'y a rien de plus important pour lui au monde que sa femme et ses trois filles, tout en tenant dans le même temps des discours de haine, alors il y a distorsion. Et lorsqu'on sent que le regard posé sur soi n'est pas celui d'un père vous reconnaissant comme une personne, sa fille, mais celui d'un homme manquant de clarté, alors il y a distorsion. Quand une mère stipule qu'elle ne voudrait surtout pas être intrusive mais qui, en réalité, se place sans cesse dans le commentaire destructeur, alors il y a distorsion.
Je n'étais pas sujet, mais objet. Et c'est seulement des années plus tard que j'ai pris la mesure de ce qui s'était passé dans mon enfance et mon adolescence. Ces rapports incestuels sont comme des taches de mercure entre elles : tout s'amalgame et il est très difficile de parvenir à devenir qui l'on est. À se séparer. 
Mon choix de changer de prénom à l'adolescence n'est pas anodin. « Laurence » était peu à peu devenue « Laurette », surnom familial qui m'avait été donné et que j'ai décidé d'adopter par fascination pour les « lorettes », ces femmes dites de mauvaise vie, admirables pour mon jeune esprit rebelle. Choix qui fut sans doute aussi une manière de rendre hommage à Ève, une prostituée qui vivait en bas de chez mes parents, à Paris. Je descendais souvent voir cette femme au grand coeur. Ève me considérait comme j'étais. M'aimait vraiment. Ce chaos identitaire m'a entraînée dans une longue nuit qui a duré presque 30 ans, où je me suis brûlé les ailes. Consumée.
Pendant toutes ces années, j'allais très mal tout en l'ignorant. Je ne trouvais guère de sens à la vie, mais quelque chose me tenait de manière irrépressible : dans mes plongées obscures, je devinais qu'à la noirceur endurée correspondait un équivalent de lumière. Qu'elle brillait quelque part. Ce « relève-toi » battant au plus profond de moi a pris différents visages. La maternité en a fait partie. Quand l'idée du suicide assiégeait mon esprit, ma fille me ramenait à la vie : « Tu ne peux pas ne pas être là pour son biberon demain matin. » La littérature aussi a été salvatrice : il fallait que je vive pour continuer à écrire, pour aller au plus profond de mon expérience humaine en essayant de répondre à la question : qu'est-ce qu'un homme vivant ?
Mon eczéma est apparu lorsque j'ai été nommée « Laurette ». Il a duré plus de 40 ans ; s'est arrêté lorsque je suis retournée vers Laurence. Cette affection de la peau, criant ce qui était tu, a été un maître, puisqu'elle m'a incitée à chercher des réponses dans diverses traditions spirituelles. Je me suis tournée vers le soufisme, l'ésotérisme, le bouddhisme, la kabbale... J'en retiens aujourd'hui qu'elles nous mènent toutes à un même essentiel : l'Amour est essence et l'expérience majeure de l'existence. Aujourd'hui, mon rapport au monde n'est pas religieux. Il est spirituel. Le divin relève pour moi de l'évidence. Ce n'est pas que je crois, j'éprouve que Cela est.
Le jour où, en 2013, j'ai appris que Laurence, signifiait « l'or en soi » dans la langue des oiseaux, j'ai été bouleversée. Cette découverte a lavé « l'eau rance », stagnante, où m'avait enfermée mon passé. Dès lors, je me suis à nouveau présentée sous mon véritable prénom, avec cette sensation que des racines me poussaient des pieds. L'étymologie d'exister est ex-sistere : « se placer hors de », c'est-à-dire naître, mais aussi « se montrer, se manifester ». J'étais enfin à ma place. Depuis, je n'écris plus pour survivre mais pour transmettre. J'ai observé avec quelle puissance l'écriture sauve et guérit. Désormais, je la transmets aux autres à travers mes livres et les ateliers que j'ai créés.
Seul celui qui a été nommé peut commencer à aimer. Après plusieurs échecs amoureux, j'ai décidé de vivre seule. C'est une fois que j'ai été apaisée et que j'ai commencé à me fréquenter avec joie, que j'ai rencontré J., mon bien-aimé, à peu près au moment où je me suis réapproprié mon prénom. Pour la première fois, j'ai reconnu un masculin susceptible de « fixer » mon féminin. En me regardant comme sujet à part entière, cet homme m'a aussi aidée à me séparer de ma famille. Il m'a offert de découvrir l'amour authentique, qui est harmonie et vérité.
Récupérer mon prénom a provoqué une seconde naissance. Ma part intacte, inaltérable, sacrée, celle qui habite tout être vivant a retrouvé une place. La parole. Mon âme n'a jamais souffert d'eczéma ni de mélancolie. Je vais avoir 48 ans, j'ai beaucoup écrit pour nettoyer mon passé, et je peux enfin commencer à faire ce pour quoi je suis venue : me laisser entièrement habiter par le Verbe. Je ne vois pas de distinction entre le verbe écriture et le Verbe qui s'est fait chair. Tout mon cheminement spirituel s'est accompli par ce verbe qui engendre la séparation.
Plus le moi disparaît, plus je suis qui je suis, plus il y a de la place pour le divin. J'aspire à arriver jusqu'à cet endroit de la langue où le silence peut enfin se dire. Car dans le silence, Dieu se tient.

Les étapes de sa vie

1968 Naissance à Paris.
1994 La Démangeaison (Grasset) et naissance de sa fille Suzanne.
2002 Séjour à la Villa Médicis.
2004 Naissance de son fils Otto.
2007 Installation dans la Drôme.
2009 L'Usure des jours (Grasset).
2011 Grâce leur soit rendue (Grasset).
2012 Création des ateliers d'écriture « En vivant, en écrivant »
2013 La Clôture des merveilles. Une vie d'Hildergarde de Bingen, (Grasset).
2016 Lorette (Grasset), qu'elle signe pour la première fois de son vrai prénom.

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jeudi 27 juillet 2017

Soleil de connaissance





La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière, à son propre soleil. 

L'homme qui se connaît est un homme vivant.

Marie-Madeleine Davy

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mardi 25 juillet 2017

La contagion du changement avec Ilios Kotsou et Caroline Lesire


Nourrir l’espoir et s'intéresser au positif ne signifie pas avoir une vision idéalisée du monde ou ignorer les souffrances et les difficultés.




Comment donc, à partir de notre action individuelle, contribuer à mettre en place les conditions pour que la forêt grandisse et s'épanouisse ? Le changement est contagieux : diverses expériences illustrent la manière dont des spirales positives sont à même de s'enclencher à partir de petites émotions et gestes du quotidien. Lorsque nous modifions nos comportements et que nous décidons de mettre un peu plus de cohérence dans nos vies, cela a un effet sur nous mais également au-delà : nous influençons notre entourage direct ainsi que chacune des personnes avec lesquelles nous interagissons. Et cela, tant dans les grands moments de notre existence que dans chaque petite rencontre du quotidien.

Dès lors, se centrer sur les forces, les vertus, les qualités d'un individu ou d'un groupe, reconnaître les bienfaits des autres ou tout simplement nous tourner vers ce qu'il y a de mieux en chacun de nous est le ressort d'une spirale positive ascendante à même de transformer la société bien plus qu'on ne peut l'imaginer.


Prenons la gratitude : cette émotion qui renforce nos liens et nous connecte au monde est, selon le Dr Emmons qui a consacré sa vie à l'étudier, l'un des rares éléments de nature à apporter un changement mesurable dans nos vies et dans celle des autres. La gratitude naît en soi quand on réalise que l'on a reçu un bénéfice, un bienfait, grâce à l'action d'autres personnes. Nous reconnaissons par là nos liens et notre interdépendance avec les autres, nous prenons conscience que nous avons besoin les uns des autres pour exister. Comme le dit André Comte-Sponville, « remercier, c'est donner ; rendre grâce, c'est partager. » De très nombreuses recherches scientifiques montrent que la gratitude élargit les comportements positifs de celui qui a été aidé au-delà d'une simple norme de réciprocité. Par ailleurs, le bienfaiteur en bénéficie aussi : le sentiment d'utilité sociale qui voit le jour après avoir reçu des expressions de gratitude nous motive à continuer à nous engager pour aider les autres.
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lundi 24 juillet 2017

Trois pistes d'action pour être présents à nos vies


1. La détox digitale

Que peut-on faire pour améliorer cette présence à notre vie ? Pour nous affranchir, pair exemple, des dépendances digitales ?

—► Faire en sorte que notre premier geste de la journée ne soit pas d'allumer notre ordinateur et de consulter nos mails ou notre mur Facebook, mais de nous asseoir, de respirer, de méditer.

—► Prendre la décision, plusieurs fois par jour, de ne pas répondre au téléphone ou à nos mails et de simplement nous concentrer sur ce que nous sommes en train de faire au travail, avec nos proches.

—► Alors, avant de vouloir changer le monde, avant même de vouloir nous changer nous-mêmes, nous ferions peut-être mieux de commencer par revenir à notre intériorité, à observer ce qui s y passe, à choisir de nous en occuper et, à partir de là, de reprendre le cours de nos existences, en étant conscients et attentifs des choix que nous avons à faire.

C'est là que les changements commencent. En prenant seuls la décision de se rendre davantage présents à notre vie, nous nous rendons également plus présents pour nos proches, et c'est extrêmement contagieux.

2. Manger en pleine conscience

Lorsque nous sommes face à un plat ou à notre assiette, sommes-nous capables d'écouter notre corps et de nous demander : « Est-ce que j'ai vraiment envie ? Est-ce que j'ai vraiment besoin de manger ce qui m'est présenté ? » Est-ce qu'il faut que je force mes amis, mes enfants a finir ce qui est dans leur assiette ?»

Mais il y a aussi beaucoup d'autres choses à faire : chaque fois que possible, demander les plus petites portions. Militer pour que la tendance malsaine à surdimensionner les parts soit dissuadée. Tout seul, c'est compliqué, nous avons besoin d'associations qui prennent le relais, militent et rouspètent pour interrompre ces gâchis. Et nous devons les soutenir dans leurs actions.

3. Cultiver la gratitude, la générosité

Chaque jour de notre vie, nous rappeler que tous nos bonheurs viennent de ce qui nous entoure : gratitude ! Alors, chaque jour :

—► faire quelque chose pour un autre humain (un sourire, un réconfort, un don, une aide, une prière);

—► et quelque chose pour la Terre (l'admirer, la remercier, la protéger) ; ...

—► puis ne pas oublier de faire quelque chose pour nous (nous accorder un moment de plaisir, de tranquillité, de sens, en pleine conscience) !

Aimez tout : la vie est belle ! Et donnez beaucoup : elle est encore plus belle lorsqu'on partage !

Christophe André