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vendredi 21 août 2026

L'effet placebo (2)

 En tant que kinésithérapeute, avez-vous observé ces phénomènes dans votre propre pratique ?

Oui, et parfois de façon cocasse. Je me souviens d’une patiente à qui je faisais une mobilisation du dos : à un moment, c’est mon propre poignet qui a craqué. Elle a aussitôt soufflé : « Ah, ça y est, ça va mieux. » Quand je lui ai dit que c’était mon articulation à moi, on a ri ensemble, et cela nous a permis d’avoir une vraie conversation. Elle avait associé le craquement à la guérison. Attention, ce n’est pas imaginaire ! Ce craquement avait bel et bien déclenché quelque chose de réel dans sa perception de la douleur.

On voit d’ailleurs beaucoup cela avec des pratiques comme l’ostéopathie : des patients qui attendent qu’un dos « craque » pour avoir la certitude que le traitement a fonctionné. Le craquement en lui-même ne répare pourtant rien : il est provoqué par des bulles d’air qui éclatent dans l’articulation. Mais il peut déclencher un effet placebo puissant, parce que le cerveau l’a associé à une idée de réalignement, de réparation.

Quel rôle joue la relation soignant-soigné ?

C’est fondamental. Quand la relation est bonne, elle envoie un signal très fort : « Je suis entendu, pris au sérieux, quelque chose est en train d’être fait pour moi. » Ce signal renforce les attentes positives et active les mécanismes dont on vient de parler. À l’inverse, une relation froide, expéditive ou anxiogène peut affaiblir l’effet d’un traitement par ailleurs efficace. Le soin, ce n’est jamais seulement une molécule ou un geste technique. C’est aussi la façon dont cette molécule ou ce geste sont donnés.

Et c’est un point essentiel : l’effet placebo n’est pas propre aux traitements placebo. Il est présent dans tous les soins ! Quand vous allez chez le médecin, quand vous entrez dans une pharmacie, quand vous poussez la porte d’un hôpital, il y a déjà de l’effet placebo. Lorsqu’on teste une substance active en utilisant un groupe placebo, on veut savoir ce que celle-ci va apporter en plus de l’effet placebo ! La vraie question est donc celle-là : comment donner aux soignants les moyens de maximiser cette dimension dans ce qu’ils font déjà ?

Un placebo fonctionne-t-il encore quand le patient sait que c’est un placebo ?

Oui, et c’est là que les résultats sont vraiment surprenants. Les études sur le « placebo ouvert » que nous avons menées au laboratoire TIMC montrent quelque chose d’inattendu : si le traitement est bien expliqué, le fait de savoir qu’il s’agit d’un placebo n’en annule pas les effets. Le placebo ouvert marche aussi bien que le placebo donné à l’insu de la personne. C’est plutôt rassurant, car si parler du placebo suffisait à le neutraliser, écrire un livre sur le sujet serait une mauvaise idée ! L’effet placebo, c’est de l’apprentissage du système nerveux. C’est comme un réflexe : qu’on le sache ou pas, il se déclenche dans le contexte approprié.

Quelles sont les limites de l’effet placebo ?

Il agit sur des symptômes modulés par le système nerveux central : la douleur, l’anxiété, la fatigue, certaines fonctions motrices. Il y a par exemple des études prometteuses sur la fatigue liée à la chimiothérapie où des placebos ouverts ont permis aux patients de se sentir moins épuisés.

Mais le placebo ne traite pas les causes des maladies. Il ne répare pas un os cassé, ne détruit pas un virus, ne fait pas disparaître une tumeur.

Ces mécanismes que vous décrivez peuvent-ils s’appliquer à d’autres pratiques comme la prière ou la méditation ?

Oui, certains mécanismes comparables peuvent se mettre en jeu, mais il faut le dire avec nuance. La science peut étudier les effets physiologiques de ces pratiques. Elle ne se prononce pas sur leur dimension spirituelle. Ce qu’on peut dire, c’est que toute pratique inscrite dans un contexte porteur de sens peut mobiliser ces mécanismes : un rituel ou bien une attente positive. On retrouve exactement la même chose chez les sportifs de haut niveau avec leurs rituels d’avant compétition. Si on les perturbe, les athlètes se sentent moins performants. Ce n’est pas de la superstition, mais de l’apprentissage.

Ces découvertes peuvent-elles transformer la médecine ?


Elles aident surtout à mieux comprendre la médecine d’aujourd’hui. Ce que montre l’effet placebo, c’est que l’efficacité d’un soin ne dépend pas seulement de ce qu’on administre, mais aussi de la manière dont on le fait. Une même molécule, une même séance de rééducation peuvent produire des effets très différents selon le contexte, la relation, les mots employés, le temps disponible. Et là, franchement, c’est inquiétant, car le système de soin actuel a tendance à prioriser le traitement au détriment du soin lui-même. Si votre médecin n’a que deux minutes, s’il est épuisé, si vous attendez des semaines avant de le voir, le contexte thérapeutique est déjà abîmé avant même que le soin commence.

Et ce n’est pas seulement une question de placebo. Quand on a du temps de consultation, on passe moins à côté d’un diagnostic. Quand un soignant écoute vraiment, les patients se livrent mieux. Quand le soin se passe bien, les gens adhèrent davantage au traitement. Tout cela se renforce. Le placebo et le nocebo sont peut-être un argument de plus pour défendre une certaine idée du soin. Mais l’argument de fond, c’est simplement que le soin, ce n’est pas que le traitement. Le temps, l’écoute, la qualité de la relation en sont des ingrédients précieux.

Extrait de La Vie (08/2026)


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jeudi 20 août 2026

L'effet placebo (1)

 Kinésithérapeute de formation, chercheur au laboratoire TIMC (Recherche translationnelle et innovation en médecine et complexité) du CNRS et à l’université Brown, aux États-Unis, Léo Druart est coauteur de Placebo, enquête historique et scientifique sur un mystère médical (les Arènes, 2026), écrit avec Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault.

À la croisée de l’histoire et de la science, ils y décryptent les mécanismes biologiques qui font de nos attentes un véritable outil thérapeutique. Et nous ouvrent la porte d’un champ de recherche en plein essor : celui de nos forces de guérison intérieures.

Vous racontez dans votre livre des cas spectaculaires d’effet placebo. Lequel vous a le plus marqué ?

Il y a les chirurgies placebo des années 1970, qui ont profondément transformé la médecine. On pratiquait alors des ligatures d’artères mammaires pour soulager l’angine de poitrine. Un chirurgien a eu l’idée de faire un test : un groupe recevait l’opération complète, un autre était anesthésié, incisé, puis recousu sans que l’on ait touché à rien. Résultat : les deux groupes allaient tout aussi bien. Cela signifiait qu’on avait opéré des milliers de patients pour rien, mais aussi que le contexte chirurgical lui-même produisait un effet thérapeutique réel.

Et puis il y a ce cas vertigineux, qui illustre les deux faces, positive et négative, du même phénomène : celui d’un homme participant à un essai clinique sur un nouvel antidépresseur, qui, à la suite d’une rupture sentimentale, a avalé l’ensemble de ses comprimés pour tenter de mettre fin à ses jours. Aux urgences, les médecins n’arrivaient pas à le stabiliser. Il semblait sur le point de mourir… Jusqu’à ce qu’ils appellent les responsables de l’étude pour connaître la composition du médicament. Réponse : l’homme était dans le groupe placebo ! Ses pilules ne contenaient aucun principe actif. Une fois qu’on le lui a dit, son état s’est rapidement amélioré. Ses attentes négatives l’avaient presque tué, et la vérité l’a sauvé.

L’effet placebo, ce n’est donc pas « juste dans la tête ». Que se passe-t-il concrètement dans notre cerveau ?

On dit souvent « c’est placebo » comme si cela voulait dire « c’est imaginaire », « ça ne marche pas ». En réalité, l’effet placebo est un phénomène bien réel, avec des mécanismes physiologiques mesurables. Sans que nous en ayons conscience, notre cerveau ne cesse d’anticiper ce qui va se passer. Il ne se contente pas d’enregistrer le présent : il prédit l’avenir à partir de ce qu’il a appris. Il interprète donc certains signaux du contexte de soin – une parole rassurante, un geste thérapeutique, une simple blouse blanche – comme des indices qu’une amélioration est possible. Prenons le cas de la douleur : le cerveau peut en « baisser le volume » en diffusant des endorphines. Le mot « endorphine » vient d’ailleurs de « morphine endogène », la morphine que l’on a en soi.

Nous avons en nous une véritable pharmacie. Le cerveau peut libérer ses propres analgésiques – endorphines et opioïdes endogènes –, activer nos récepteurs cannabinoïdes pour produire apaisement et bien-être, et mobiliser les circuits dopaminergiques qui déclenchent motivation et plaisir. Une étude de 2021 illustre ce mécanisme de façon assez stupéfiante. Tous les participants recevaient un placebo. On disait à certains : « Ce traitement agira dans 5 minutes. » Et aux autres : « Ce traitement agira dans 20 minutes. » Il y avait une horloge dans la pièce. Résultat : le soulagement s’est produit exactement au moment annoncé pour chaque groupe. Le cerveau a pris l’information au pied de la lettre !

Sommes-nous tous égaux face au placebo ?

Il n’existe pas de « profil placebo-répondeur ». Tout le monde en a la capacité, parce que c’est ancré dans le fonctionnement de base de notre cerveau. Ce qui varie, c’est le moment dans la vie : on est plus ou moins sensible au contexte selon les périodes. Et surtout, les déclencheurs sont très personnels. Le cerveau apprend par association, tout au long de la vie. Enfant, quand j’avais mal, ma mère me donnait un comprimé effervescent. Mon cerveau a donc appris à associer ce petit bruit à l’idée que ça allait aller mieux.

Aujourd’hui encore, ce son déclenche chez moi une cascade de signaux neurophysiologiques qui atténuent la douleur, avant même que la moindre molécule active ait pu agir. Je suis conditionné. Comme nous le sommes tous, mais chacun différemment. Ce bruit effervescent ne déclenchera probablement rien chez vous si vous n’avez pas vécu cette association-là. C’est ce qui explique qu’il n’existe pas de placebo universel. Il n’y a pas de recette miracle qui fonctionnerait pour tout le monde. L’effet placebo est toujours une rencontre entre un contexte et une histoire personnelle. D’ailleurs, à la fin de notre ouvrage, chacun des auteurs raconte son propre placebo, et ils n’ont rien en commun !

Extrait du magazine La Vie - août 2026

A suivre...

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samedi 4 octobre 2025

Riche rencontre.

 


"La rencontre est le but et le sens d'une vie humaine. Elle permet qu'on ne la traverse pas en somnambule. Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m'auront ému, troublé, éclairé. Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre, l'illumine, le rend vivant. Il capte une lumière et la renvoie. C'est quelque chose de rare. La richesse de cette vie est faite surtout de visages et de quelques paroles."

Christian Bobin

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mercredi 25 juin 2025

Début de guérison

Nous faisons partie des autres. Plus vous êtes détendu, mieux vous pouvez soigner autrui... 



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lundi 17 juin 2024

Etre dans de bonnes mains

 Bien qu’elles me servent beaucoup au quotidien – elles tiennent le stylo, le pinceau, le volant, le couteau à pain, la brosse à dents, elles caressent le chat, désherbent les fraisiers et tournent les pages des livres – bien qu’elles soient mes premières et précieuses auxiliaires, je ne regarde que rarement mes mains. Elles sont ce qu’un bon auxiliaire doit être : efficaces et invisibles.

De bonnes et honnêtes mains


Je ne les traite pas très bien : ayant souvent à faire avec l’encre et la peinture, je suis restée à l’écart de cet engouement pour l’onglerie qui transforme chaque doigt en griffe ou en bijou. Tout au plus les paré-je d’une demi-douzaine de bagues en argent sans lesquelles, il est vrai, je me sentirais un peu nue. Elles n’ont jamais été fichues de faire un nœud marin ni d’apprendre convenablement le piano, mais ce sont de bonnes et honnêtes mains.

La difficulté que j’ai certains matins à passer l’anneau à mon annulaire droit aurait pu m’alerter : ces jours-ci, je me suis aperçue que l’un de mes pouces accusait au niveau de l’articulation une forte bosse, un peu rouge et sensible au toucher, qui lui donnait un air tout de guingois.

Et voici que je contemple, posées sur mes genoux, les mains de ma mère et de ma grand-mère. Elles sont assez trapues, un peu noueuses ; les articulations forcissent, la peau en est moins ferme : mes mains ont 50 ans. Ce demi-siècle que je n’ai pas vraiment conscience d’avoir traversé, j’en lis les stigmates dans chaque phalange un peu tordue ; le froid de l’hiver passé s’est chargé de rajouter à tout cela, en guise de pense-bête, une douleur légère mais tenace.

Mes mains ont 50 ans et quand je les regarde, ce sont les mains déformées, fripées, toujours affairées de mes aïeules que je vois. Des mains aux ongles taillés court, jamais en repos, qui équeutaient les haricots, essoraient la lessive et tricotaient des brassières. Mes mains ont 50 ans et moi aussi. J’ai perdu ma vue perçante et le pas léger de mes 20 ans ; mon corps s’alourdit, s’alentit. Mon corps n’a pas l’âge que je crois avoir et c’est un défi de chaque jour que d’habiter ce décalage.

Doucement, insensiblement, je recule


Je n’aime pas ça, bien sûr. Cela ne fait ni envie ni plaisir. Mais je suis reconnaissante à mes mains de me rappeler qui je suis – aussi : une femme qui fait son temps. Dans cette confusion du monde qu’il nous faut bien habiter, la jeunesse est le critère absolu et l’âge une malédiction à combattre par tous les moyens – je suis la première à mener une guerre opiniâtre et coûteuse contre les cheveux blancs. Mais je n’occupe pas seulement un morceau d’espace : j’habite un morceau du temps. Comme les saisons, comme les moissons, je passe.

Lentement, mais je passe. Je pousse comme un arbre et mon écorce se fait rugueuse, et mes rameaux un peu se tordent. J’aime à croire que c’est en solidité que je gagne, à tendre ainsi chaque printemps davantage mes branches vers le ciel. J’aime à croire que sous mon ombre il fait bon se poser. Que mes fruits ne sont pas que pour moi, qu’ils nourrissent les petits animaux et les oiseaux du ciel. Que cette ramure convenablement entretenue offre une protection aux jeunes pousses plus tard venues, aux arbres en devenir.

Mes mains de 50 ans, les mains des femmes à l’ombre de qui j’ai grandi, ce soir je les masserai d’un peu de crème douce, pour la souplesse et pour la gratitude ; en les remerciant de ces années dont elles portent la trace ; en soignant, à travers elles, tous les gestes qu’il me reste à accomplir, demain, après-demain et jusqu’à la fin de mes saisons. 


Anne Le Maître, autrice et aquarelliste, géographe de formation, vit en Bourgogne et enseigne aux jeunes et aux adultes. Elle a publié Un si grand désir de silence (Cerf), qui a reçu le prix littéraire de la Liberté intérieure 2023, et le Jardin nu (Bayard).

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lundi 27 mai 2024

Exercice de gratitude

 Exercice de gratitude du matin, pour prendre soin de notre vie


Cet exercice consiste à explorer, dès le réveil, les éléments positifs que nous parvenons à identifier dans l’instant : se réveiller dans une chambre agréable, percevoir la luminosité dans la pièce, penser à une chose positive prévue au cours de la journée à venir... 

Cet exercice nous aide à prendre davantage conscience des spécificités de notre quotidien qui peuvent passer inaperçues une fois que nous nous y sommes habitués. Par exemple, au début, lorsque l’on achète un nouveau matelas ou que l’on emménage dans un nouvel appartement, l’on apprécie ses qualités, mais, au bout ce quelques semaines, notre attention n’est plus attirée par ces particularités. Nous nous habituons rapidement au confort, à la propreté, à la décoration. 

Pratiquer un exercice d’attention le matin, c’est comme essayer une nouvelle paire de lunettes: cela nous aide à redécouvrir ce que nous ne voyons presque plus. Porter notre attention à ce que nous avons de précieux, aux proches que nous apprécions, nous encourage à nous y intéresser davantage et à en prendre soin.

Extrait du livre "Prendre soin de la vie".

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dimanche 26 mai 2024

Surmonter la tragédie en prenant soin des autres

Voici un exemple très inspirant de la façon dont nous pouvons surmonter les tragédies de l'existence en prenant soin des autres et de notre société.


Latifa Ibn Ziaten est la maman d’Imad Ibn Ziaten, soldat assassiné par Mohamed Merah le 11 mars 2012. Elle a créé l'association IMAD pour la jeunesse et la paix en avril 2012. Son but est de venir en aide aux jeunes des quartiers défavorisés, de promouvoir la laïcité et le dialogue interreligieux. Latifa a gagné de très nombreux prix dont le prix de la tolérance en 2016 et elle a été nommée pour le prix Nobel de la paix en 2018. Voici ce qu'elle nous dit :

« Quarante jours après le décès de mon fils, je suis retournée chez moi et j’ai commencé à sombrer dans la souffrance. Imad était plus qu’un fils pour moi : c’était un confident, un ami. Durant cette période, j’ai rêvé de lui à trois reprises. Dans le premier rêve, il m’a dit: “Maman, lève-toi.” J’en ai parlé à ma famille, qui a attribué cela à un effet des médicaments. Mais j’ai refait le même rêve. Puis, la troisième fois, j’ai senti une présence. Mon fils était assis sur le lit, il me tenait la main et répétait: “Maman, lève-toi. S’il te plaît, maman, lève-toi. Je ne veux pas te voir comme ça. Maman, j’ai besoin de toi.” Là, je me suis dit : “Il faut que je me lève”, et j’ai annoncé à ma famille : “Je vais sortir; je ne veux pas sombrer comme ça. Je vais prendre soin de vous, de moi, de la mémoire de mon fils, et tendre la main aux autres.” Et c’est ainsi que je suis sortie de chez moi. Aujourd’hui, une partie de moi est partie avec lui. Et ce vide que j’ai à l’intérieur de moi, j’essaie de le remplir en tendant la main aux autres: je me rends dans des établissements scolaires, auprès de jeunes qui ont besoin d’aide, de conseils, d’amour, de confiance et d’espoir. Je fais de même auprès de prisonniers dans des maisons d’arrêt. Je mène plusieurs projets pour aider ces jeunes à échapper à leur quotidien, leurs souffrances, leur malchance de ne pas réussir. Et j’accompagne des familles, parce que l’éducation, la présence des parents et leur amour sont à la base de tout.

Je ne souhaite à personne de perdre un fils de 30 ans, un fils merveilleux qui était lui-même empli d’espoir et d'amour...Il me manque énormément, mais à travers cette association, à chaque vie que je contribue à sauver, je vois Imad grandir encore un peu : lorsqu’un jeune ne part finalement pas en Syrie, ou décide d’en revenir ou lorsque je convaincs un jeune en maison d’arrêt de prendre soin de lui et de démarrer le moteur de sa vie pour avancer, ce qu’il est le seul à pouvoir décider au final.

Notre société a mis l’humain de côté alors que l’humain a besoin d’aide. Dès lors, pour mieux prendre soin de notre humanité commune, malgré la souffrance et le deuil, il faut garder à l’esprit que ce n’est pas la peur qui nous fait avancer, mais une meilleure compréhension de l’autre et un vrai dialogue avec celui-ci.»

Extrait du livre collectif "Prendre soin de la Vie, de soi, des autres et de la nature"
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samedi 21 octobre 2023

Imprégner l’empathie de compassion

 Extrait du livre de Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme...



Je discutais récemment avec une infirmière qui, comme la plupart de ses collègues, est continuellement confrontée aux souffrances et aux problèmes des patients dont elle s’occupe. Elle me disait que dans les nouvelles formations de personnel soignant, l’accent était mis sur la « nécessité de garder une distance émotionnelle vis-à-vis des malades » pour éviter le fameux burnout qui affecte tant de professionnels de la santé. Cette femme très chaleureuse, dont la simple présence rassure, me confia ensuite : « C’est curieux, j’ai l’impression de gagner quelque chose lorsque je m’occupe de ceux qui souffrent, mais lorsque je parle de ce “gain” à mes collègues, je me sens un peu coupable de ressentir quelque chose de positif. » Je lui décrivis brièvement les différences qui semblent exister entre la compassion et la détresse empathique. Cette différence concordait avec son expérience et prouvait qu’elle n’avait aucune raison de se sentir coupable. Contrairement à la détresse empathique, l’amour et la compassion sont des états d’esprit positifs, qui renforcent la capacité intérieure à faire face à la souffrance d’autrui.

Si un enfant est hospitalisé, la présence à ses côtés d’une mère aimante qui lui tient la main et le réconforte avec d’affectueuses paroles lui fera sans doute plus de bien que l’anxiété d’une maman submergée de détresse empathique qui, ne pouvant supporter la vue de son enfant malade, fait les cent pas dans le couloir. Rassurée par mes explications, cette amie infirmière me confia qu’en dépit des scrupules qu’elle avait de temps à autre, ce point de vue s’accordait avec son expérience de soignante.

À la lumière de ces recherches préliminaires, il semblerait donc logique de former à l’amour altruiste et à la compassion ceux dont le métier consiste à s’occuper quotidiennement de personnes qui souffrent. Une telle formation aiderait également les proches (parents, enfants, conjoints) qui prennent soin de personnes malades ou handicapées. L’amour altruiste crée en nous un espace positif qui sert d’antidote à la détresse empathique et empêche que la résonance affective ne s’amplifie au point de devenir paralysante et d’engendrer l’épuisement émotionnel caractéristique du burnout. Sans l’apport de l’amour et de la compassion, l’empathie livrée à elle-même est comme une pompe électrique dans laquelle l’eau ne circule plus : elle va rapidement s’échauffer et brûler. L’empathie doit donc prendre place dans l’espace beaucoup plus vaste de l’amour altruiste. Il importe également de considérer l’aspect cognitif de la compassion, autrement dit la compréhension des différents niveaux de la souffrance et de ses causes manifestes ou latentes. Ainsi, nous sera-t-il possible de nous mettre au service des autres en les aidant efficacement tout en préservant notre force d’âme, notre bienveillance et notre paix intérieure. Comme l’écrit Christophe André : « Nous avons besoin de la douceur et de la force de la compassion. Plus on est lucide sur ce monde, plus on accepte de le voir tel qu’il est, et plus on se rend à cette évidence : nous ne pouvons rencontrer toutes les souffrances que l’on rencontre dans une vie d’humain, sans cette force et sans cette douceur."

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vendredi 8 septembre 2023

Bonté en soi

 "Lorsque nous parvenons à nous ouvrir à nous-mêmes, que nous cessons de nous punir ou de nous condamner, nous pouvons toucher notre bonté primordiale. 

Cette tendresse à notre égard passera par l’apprentissage de la détente et de l’abandon. Elle va nous permettre de poser un regard honnête sur nos problèmes et nos possibilités, ce qui sera le point de départ pour nous aider nous-mêmes et pour aider les autres. 

C’est parce que nous possédons en nous cette bonté primordiale que nous pouvons nous apprécier et aimer la vie. C’est parce que nous bénéficions d’un esprit et d’un corps qui sont précieux que nous pouvons entrer en relation avec le monde et le comprendre. 

Bien que notre vie soit précieuse, elle est cependant éphémère et personne ne peut dire combien de temps elle va durer. Tant que nous sommes en vie, nous avons tout intérêt à en faire bon usage ; et avant d’en faire bon usage, pourquoi ne pas l’apprécier ?

Cependant il y a un problème. Tant que nous continuons à entretenir nos habitudes anciennes et que nous ne prenons pas la ferme décision d’arrêter de courir dans tous les sens, nous n’aurons aucune possibilité d’apprécier notre vie. 

Nous sommes tellement absorbés dans l’activité à poursuivre nos désirs, que nous ne parvenons pas à trouver un peu d’espace pour reprendre contact avec notre cœur. Si nous persistons à prendre nos désirs pour la réalité, ceci ne nous mènera pas à la paix intérieure mais plutôt au désastre. 

D’ailleurs soyons honnêtes et jetons un regard sur ce qu’a été notre vie jusqu’ici ! Pour la majorité d’entre-nous, sincèrement ce n’est pas folichon ! 

Qu’avons-nous fait réellement de bien pour nous-mêmes et pour autrui ?"

- Karma Seunam Dordjé -

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mercredi 25 janvier 2023

Savoir, et pourtant ne pas agir


Aujourd'hui, la quête de sens est devenue une quasi obsession. Tant mieux, jusqu'à un certain point, car cela nous remet au centre de l'équation de nos vies.

Pourtant, combien d'entre nous l'avons trouvé ce fameux sens, ce vers quoi nous savons devoir aller, et pourtant, nous n'agissons pas.

Parmi toutes les personnes qu'il m'est donné de recevoir et qui disent chercher du sens et une direction, mes statistiques personnelles (et donc subjectives) montrent que 70% d'entre elles savent en réalité très bien ce qu'elles doivent faire. Mais elles ne le font pas, se cachant derrière le pseudo doute.

En réalité, il n'y a pas de doute. Il y a un manque de courage, un fantasme qu'il sera possible de bouger, plus tard, un jour, à moindre mal, pour soi et ô suprême excuse altruiste, pour les autres.

Bullshit.

Voici ce qui se passe si on ne bouge pas lorsque les choses sont claires :

1) Manifestations psychosomatiques fonctionnelles (mois, à années). À ce stade : réversibilité totale et liberté ultérieure de décision ++. Si obstination à ne pas bouger, step 2.

2) Manifestations psychosomatiques lésionnelles curables (après plusieurs années, souvent plus que 7, dépend de l'âge). À ce stade, réversibilité totale avec intervention externe, ou partielle. Liberté de décision ultérieure +. Si obstination à ne pas bouger, step 3. 

3) Manifestations psychosomatiques lésionnelles dépassées. Curables par remplacements, parfois incurables. Liberté de décision ultérieure : faible.

La nature se fout complètement de la bienséance sociale, elle est bien plus archaïque, puissante et sauvage que ça. Son projet est notre déploiement complet. On n'entrave pas un projet aussi fondamental sans conséquences.

Souvenons-nous d'une chose : plus nous assumons vite et incarnons notre souveraineté, plus notre liberté, ainsi que celles de nos proches, est respectée.

Et plus nous participons au déploiement de toutes et tous, et du Tout. 

C'est le message brut et sauvage du principe qui meut l'univers entier. Et qui ne craint aucunement de nous recycler au besoin, pour nous relancer dans une nouvelle ronde créatrice. Il a l'éternité devant lui, et donc tout son temps.

Bonne pratique et bon...courage !

Fabrice

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mercredi 13 juillet 2022

Quelles méthodes ?


Les méthodes d’entretien de la santé/vitalité sont très nombreuses, elles touchent à tous les aspects du vivant. Cela nous montre qu’il y a un grand nombre de façons d’accompagner sa santé, améliorer son bien-être physique et psychique.
Quelques exemples connus :
🍽 L’alimentation
🕰 Le rythme de vie active général (horaires, équilibre pro/perso)
😴 Le rythme du sommeil
🎭 La gestion des émotions
⛹️‍♀️. L’exercices physique régulier
💆‍♀️. Le massage et auto-massage
🧘‍♀️. La méditation
Quelques exemples moins connus :
🏠. L’organisation intérieure du lieu de vie (Feng Shui)
🌠. La connaissance de notre trame énergétique (Ba Zi)
🧥 L’art vestimentaire, savoir se servir des couleurs et textures de nos habits
👤 L’harmonie des cinq sens (savoir solliciter et reposer les organes des sens adéquatement)
🌦 L’harmonie aux saisons (qui résonne avec le rythme de vie active, le sommeil, l’alimentation et l’exercice physique)
🎊 La sexualité
🏵 L’Art en général et tout ce qui nous fait approcher la Beauté et ouvrir le Cœur
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Il existe une théorie en Médecine Chinoise qui, une fois de plus, fait appel à des images simples et connues et nous parle de branches et de racines
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A ce propos, avez-vous remarqué que l'idéogramme 木 mù, qui signifie Bois, représente un arbre dans son ensemble :
🔹 un trait vertical pour le tronc
🔹 un trait horizontal pour les branches
🔹 deux traits descendants de biais pour les racines
La poussée vers le bas est plus importante que la poussée vers le haut !
L'image est frappante : l'esprit chinois ne conçoit pas un arbre sans ses racines et les rend bien vivantes et visibles dans son écriture.
Pour en revenir à la santé :
On considère les manifestations symptomatiques comme les branches d'un arbre, qui sont visibles et bougent avec le vent. Mais lorsqu'elles sont malades, avant de s'attaquer directement aux branches, il vaut mieux aller d'abord à la racine pour renforcer la santé de l'arbre entier !
Pareil avec le corps :
Avant d'aller travailler sur les symptômes, il est toujours judicieux d'aller renforcer l'ordre vital de la personne, puisqu'en dernier lieu c'est bel et bien son corps qui fera le travail !
Plutôt logique, non ?

Alice Korovitch
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jeudi 27 janvier 2022

Une présentation du shiatsu


Je suis toujours étonné de ce que peut apporter cette technique... qui quelquefois devient pour moi un art, une porte pour entrer en contact avec le mystère du vivant.


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source Europe 1




vendredi 19 novembre 2021

Carnet d'entretien

 Notre corps est notre véhicule. Alors, il est bon de prévoir des entretiens réguliers pour qu'il fonctionne au mieux sur notre chemin de vie.

La vie terrestre demande une vidange régulière.
Assurons-nous d'être bien éclairé : feux de croisement pour nous rencontrer et clignotant pour nous alerter à temps.
Pour les chocs et les coups du destin, il est bien de vérifier les amortisseurs pour diminuer les émotions sur les routes pavées de bonnes intentions.
Ne pas oublier qu'à force de ronger son frein, on va droit dans le mur.
Alors n'épuisons pas nos bougies au fil des ans, et soyons moteur de notre existence...


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mardi 21 août 2018

Approches du shiatsu (2)


La bienveillance au cœur du soin 

Face à une société souvent déshumanisée, dont les membres ne communiquent plus qu’à distance, où plus personne ne se touche ni ne se rencontre, le shiatsu propose la bienveillance. Les Japonais l’appellent Kokoro (« le bon cœur ») et l’évoquent depuis toujours dans leurs chansons d’amour ! Le maître Tokujiro Namikoshi disait : « Le cœur du shiatsu est comme l’amour d’une mère. » Un bon praticien de shiatsu est un homme qui accueille l’autre, essaye de se mettre à sa place et le soigne comme s’il était de sa famille. Il se met à genoux, au même niveau que lui. Ce qui, symboliquement, n’est pas anodin !

Par ses gestes très ritualisés, il est comme en prière, une prière qui dirait au grand tout : « Passe à travers moi, mon cœur est léger, mon mental est paisible, mes mains vont transmettre ton énergie. »

Le praticien cherche la non-séparation, cet état qui fait que l’on ne sait plus si c’est le corps de l’autre qui vient dans nos mains ou si ce sont nos mains qui vont dans / le corps de l’autre : c’est un toucher de cœur à cœur.

Il va sans dire que le praticien doit avoir fait un minimum de travail sur lui, parce que s’il a le cœur qui bat à l’envers ou s’il n’est pas bien ancré, cela ne marchera jamais, il n’invitera jamais le grand tout dans ses mains ! Le shiatsu est une voie spirituelle qui implique un engagement total. À une époque où les hôpitaux sont dirigés comme des entreprises, où le soignant est considéré comme un « technicien » devant se « protéger » de toute implication émotionnelle, le personnel hospitalier est en grande souffrance. C’est pour cette raison d’ailleurs que, sous convention avec les directions de plusieurs hôpitaux, nous soignons les soignants, en les aidant à libérer leur stress ou à soulager leurs maux de dos. Au fil du temps, les portes s’ouvrent ! Le praticien a pour vocation de transmettre les préceptes de sagesse qu’il incarne lui-même (faire attention aux excès, bien se nourrir, dormir suffisamment mais pas trop...) et qui permettent d’éviter l’apparition de la maladie.

Le shiatsu, comme toute la médecine asiatique, tient en effet la prévention de la maladie pour fondamentale.


De la prévention aux maladies de civilisation 


Les maladies de civilisation regroupent de nombreuses pathologies telles que les allergies, la fatigue chronique, le surpoids et l’obésité, les maladies neurodégénératives, endocriniennes, cardio-vasculaires, génétiques ou encore le cancer. Elles sont souvent la conséquence directe de notre mode de vie « moderne » avec ses rythmes effrénés, ses écrans, la mauvaise qualité de l’alimentation ou la dégradation de l’environnement par diverses pollutions... Le shiatsu utilisé à des fins thérapeutiques apporte un soulagement rapide de la douleur dans des maladies inflammatoires telles que l’asthme ou la polyarthrite rhumatoïde, ou encore au cours des chimiothérapies du cancer. Pratiqué par des professionnels qui peuvent être par ailleurs titulaires de diplômes de santé (infirmier, aide-soignant, médecin, kinésithérapeute...) et longuement formés au shiatsu thérapeutique, ce dernier ne prétend pas guérir. Mais il accompagne la maladie, toujours avec bienveillance.    

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lundi 19 février 2018

Prendre soin avec Christian Bobin




"Prendre soin", ce pourrait être la devise d'un artisan, d'une mère ou d'un amoureux. C'est la devise de la vie dans son ensemble, puisque son ensemble n'est composé que de détails, comme la peinture qui grandit sur la toile par légères touches du pinceau, minuscules vibrations de la main.
"Prendre soin", c'est ce que murmure la vie fragile à Boubat.
Boubat. Celui-qui-prend-soin-des-invisibles.
Prendre soin, être confiant. Et naître.
Naître une fois, deux fois, trois fois, entrer à chaque instant dans une vie blanche comme dent de lait."
Christian Bobin

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"La confiance est la matière première de celui qui regarde : c'est en elle que grandit la lumière. La confiance est la capacité enfantine d'aller vers ce que l'on ne connaît pas comme si on le reconnaissait. "Tu viens d'apparaître devant moi et je sais qu'aucun mal ne peut me venir de toi puisque je t'aime, et c'est comme si je t'aimais depuis toujours.
La confiance est cette racine minuscule par laquelle le vivant entre en résonance avec toute la vie,avec les autres hommes, les autres femmes, comme avec l'air qui baigne, la terre ou le silence qui creuse un ciel.
Sans confiance, plus de lien et plus de jour. Sans elle, rien."
Christian Bobin

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lundi 22 janvier 2018

Mieux s'aimer... pour mieux aimer les autres. (1)

On s'aimerait trop, on ne serait pas assez altruiste. C'est tout l'inverse, nous dit Fabrice Midal, philosophe et fondateur de l'École occidentale de méditation. Et d'inviter à relire le mythe de Narcisse, qui est mal compris. Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est être bienveillant avec soi pour... mieux aimer les autres. 

De livre en livre, celui qui médite depuis 30 ans et qui a fondé l'École occidentale de méditation dénonce la course à la performance que nous imposent nos rythmes de vie et de travail, mais aussi l'idéal de perfection qui traverse la société, avec l'illusion de pouvoir « tenir » grâce à des outils antistress, comme le serait la méditation. En 2017, son précédent ouvrage, Foutez-vous la paix !, visait déjà à nous déculpabiliser de ne pas être « zen ». Cette fois, en réhabilitant le mythe mal interprété de Narcisse, le philosophe nous invite à avoir de la tendresse pour soi, comme on l'aurait pour un ami.
Que nous raconte le mythe grec de Narcisse ?
J'ai longtemps cru que Narcisse était l'être qui s'aime trop. Or, c'est tout l'inverse. Le mythe nous conte l'histoire d'un enfant à qui on a prédit qu'il vivra vieux s'il ne se connaît pas. Il grandit donc éloigné de tous les miroirs. Il est beau, mais se croit vilain petit canard. Loin de lui-même, il ne sait pas vraiment qui il est. Un jour, se mirant dans l'eau d'une source, Narcisse découvre un beau jeune homme et tombe amoureux de sa propre image, de cet étranger qui n'est autre que lui-même. Quand il finit par se reconnaître, il est heureux et se transforme en fleur blanche au cœur d'or, le narcisse, la première à éclore après l'hiver.
Ce mythe ferait écho aux souffrances de notre temps ?
Oui ! Car jamais nous n'avons vécu aussi loin et avec une telle défiance de nous-mêmes. Si, au XXe siècle, le mythe d'Œdipe était l'emblème de la psyché humaine, de cet homme écrasé par la loi du père, bravant l'interdit et qui cherche sa singularité, celui de Narcisse nous parle de l'être fragmenté d'aujourd'hui, qui s'auto-exploite et cherche sa cohérence. Conduit par la quête de performance, l'homme contemporain ne respecte plus ses besoins, il ne s'autorise plus à se reposer et se donne jusqu'à l'effondrement. Les risques d'épuisement psychologique  – dont le saisissant burn-out !  – sont les nouveaux virus du siècle. Chacun s'efforce en permanence d'être au top : bon professionnel, bon parent, bon compagnon, bon citoyen... s'instrumentalisant lui-même comme une machine. On le voit avec les jeunes enfants, qui ont déjà l'angoisse de plus en plus tôt de ne pas être à la hauteur. Il en découle des déficits d'attention, signe de ce stress qu'on leur impose pour rentrer dans la performance scolaire, en les évaluant de plus en plus tôt. Il est urgent de retrouver qui nous sommes, de faire la paix avec nos corps et nos esprits.
Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est avoir de la tendresse pour soi. 
Quelle nouvelle image de nous-mêmes Narcisse nous propose-t-il d'habiter ?
Le mythe nous invite à regarder dans le miroir pour retrouver notre vulnérabilité et les limites de notre propre humanité. Voir en moi « l'humaine condition », écrivait Montaigne. Être narcissique, ce n'est pas être égoïste, c'est avoir de la tendresse pour soi. C'est se regarder dans le miroir pour ne plus être trop loin de soi-même, pouvoir se témoigner de l'amitié  – comme à un ami dont on connaîtrait les défauts  – et se reconnaître des talents pour les faire grandir. Nous n'avons pas assez d'amour narcissique. À cet égard, il est symptomatique de constater que lorsque je demande aux participants de mes sessions sur l'amour bienveillant d'identifier une qualité qu'ils possèdent ou un acte bénéfique qu'ils ont accompli dans leur vie, plus de la moitié n'y parvient pas spontanément...
Ce serait donc en reconnaissant nos fragilités que nous pourrions retrouver confiance ?
Le psychiatre américain Milton Erickson raconte que, appelé un jour auprès d'une femme dépressive qui vivait isolée de tous, il lui a fait cette étonnante prescription : ayant repéré dans sa maison une bouture de violette dont la patiente prenait grand soin, il lui a demandé d'acheter dix pots garnis de fleurs et dix pots vides et de remplir ces derniers de boutures pour les offrir un par un aux autres villageois. L'existence de cette femme en a été bouleversée. En retour de ces cadeaux qui réveillaient en elle le plaisir et l'élan vital, elle a reçu compliments et reconnaissance jusqu'à devenir une personnalité appréciée de son village. L'histoire montre qu'un narcissisme bien orienté n'est pas une méthode de plus pour cultiver l'estime de soi, mais une image de soi-même à habiter, une confiance à nourrir pour retrouver sa vitalité et s'engager sur la voie de la transformation.

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source : la Vie

jeudi 14 décembre 2017

vendredi 21 avril 2017

Accueil de la vie proche de la mort avec Marie-Félicie Rousseau




C'est une chance de pouvoir lire un livre de cette qualité. 
J'ai adoré suivre les différents exemples d'accompagnement qui nous sont exposés tendrement et chaleureusement par l'auteur. 

On suit avec cœur ces expériences d'une grande humanité, où chaque action est importante et la présence à soi primordiale.


Je ne peux que vous conseiller cette lecture et je vous mettrais des extraits prochainement.













Quatrième de couverture


Dans le contexte du débat sur la fin de vie, le Dr Marie-Felicie Rousseau décrit la complexité des situations vécues par les patients (et leur entourage) lorsqu'ils se savent porteurs d'une maladie grave. Avec un travail de décodage des véritables raisons qui poussent certains a réclamer le droit a une mort anticipée . Rares sont les textes qui abordent ces questions avec autant de simplicité, de modestie, d'intelligence et de profondeur. Et plus rares encore, ceux dont on sort le cœur léger et les yeux éblouis par le miracle de notre propre humanité. A travers ces témoignages d'un médecin de soins palliatifs, ces portraits émouvants de personnes que l’échéance ultime révélé a leur vérité intérieure et ou l'auteur s'implique et se dévoile personnellement, ce livre nous amène à regarder autrement, ce que nous éludons trop souvent. 

Il nous fait comprendre que c'est justement dans les jours, les semaines, ou les instants qui précédent notre fin, que nous pouvons accéder le plus surement a la force inexplicable et mystérieuse qui anime l’être humain, a cette forme de vérité qu'aucun mot ne saurait décrire, mais dont ces témoignages nous démontrent la puissance et la bouleversante beauté. 

Un livre intelligent, émouvant et magnifique."