Kinésithérapeute de formation, chercheur au laboratoire TIMC (Recherche translationnelle et innovation en médecine et complexité) du CNRS et à l’université Brown, aux États-Unis, Léo Druart est coauteur de Placebo, enquête historique et scientifique sur un mystère médical (les Arènes, 2026), écrit avec Richard Monvoisin et Nicolas Pinsault.
À la croisée de l’histoire et de la science, ils y décryptent les mécanismes biologiques qui font de nos attentes un véritable outil thérapeutique. Et nous ouvrent la porte d’un champ de recherche en plein essor : celui de nos forces de guérison intérieures.
Vous racontez dans votre livre des cas spectaculaires d’effet placebo. Lequel vous a le plus marqué ?
Et puis il y a ce cas vertigineux, qui illustre les deux faces, positive et négative, du même phénomène : celui d’un homme participant à un essai clinique sur un nouvel antidépresseur, qui, à la suite d’une rupture sentimentale, a avalé l’ensemble de ses comprimés pour tenter de mettre fin à ses jours. Aux urgences, les médecins n’arrivaient pas à le stabiliser. Il semblait sur le point de mourir… Jusqu’à ce qu’ils appellent les responsables de l’étude pour connaître la composition du médicament. Réponse : l’homme était dans le groupe placebo ! Ses pilules ne contenaient aucun principe actif. Une fois qu’on le lui a dit, son état s’est rapidement amélioré. Ses attentes négatives l’avaient presque tué, et la vérité l’a sauvé.
L’effet placebo, ce n’est donc pas « juste dans la tête ». Que se passe-t-il concrètement dans notre cerveau ?
On dit souvent « c’est placebo » comme si cela voulait dire « c’est imaginaire », « ça ne marche pas ». En réalité, l’effet placebo est un phénomène bien réel, avec des mécanismes physiologiques mesurables. Sans que nous en ayons conscience, notre cerveau ne cesse d’anticiper ce qui va se passer. Il ne se contente pas d’enregistrer le présent : il prédit l’avenir à partir de ce qu’il a appris. Il interprète donc certains signaux du contexte de soin – une parole rassurante, un geste thérapeutique, une simple blouse blanche – comme des indices qu’une amélioration est possible. Prenons le cas de la douleur : le cerveau peut en « baisser le volume » en diffusant des endorphines. Le mot « endorphine » vient d’ailleurs de « morphine endogène », la morphine que l’on a en soi.
Nous avons en nous une véritable pharmacie. Le cerveau peut libérer ses propres analgésiques – endorphines et opioïdes endogènes –, activer nos récepteurs cannabinoïdes pour produire apaisement et bien-être, et mobiliser les circuits dopaminergiques qui déclenchent motivation et plaisir. Une étude de 2021 illustre ce mécanisme de façon assez stupéfiante. Tous les participants recevaient un placebo. On disait à certains : « Ce traitement agira dans 5 minutes. » Et aux autres : « Ce traitement agira dans 20 minutes. » Il y avait une horloge dans la pièce. Résultat : le soulagement s’est produit exactement au moment annoncé pour chaque groupe. Le cerveau a pris l’information au pied de la lettre !
Sommes-nous tous égaux face au placebo ?
Il n’existe pas de « profil placebo-répondeur ». Tout le monde en a la capacité, parce que c’est ancré dans le fonctionnement de base de notre cerveau. Ce qui varie, c’est le moment dans la vie : on est plus ou moins sensible au contexte selon les périodes. Et surtout, les déclencheurs sont très personnels. Le cerveau apprend par association, tout au long de la vie. Enfant, quand j’avais mal, ma mère me donnait un comprimé effervescent. Mon cerveau a donc appris à associer ce petit bruit à l’idée que ça allait aller mieux.
Aujourd’hui encore, ce son déclenche chez moi une cascade de signaux neurophysiologiques qui atténuent la douleur, avant même que la moindre molécule active ait pu agir. Je suis conditionné. Comme nous le sommes tous, mais chacun différemment. Ce bruit effervescent ne déclenchera probablement rien chez vous si vous n’avez pas vécu cette association-là. C’est ce qui explique qu’il n’existe pas de placebo universel. Il n’y a pas de recette miracle qui fonctionnerait pour tout le monde. L’effet placebo est toujours une rencontre entre un contexte et une histoire personnelle. D’ailleurs, à la fin de notre ouvrage, chacun des auteurs raconte son propre placebo, et ils n’ont rien en commun !
Extrait du magazine La Vie - août 2026
A suivre...
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3 commentaires:
Bonjour Eric,
Est-ce l'effet placebo qui a permis le déblocage d'accés à ton blog ?
Merci Eric.
Amitié
Brigitte (Marseille)
J'espère qu'il prendra soin de sa santé au mieux pour vous garder avec lui..
🙏🏻
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