mardi 26 décembre 2023
haïkus
lundi 20 décembre 2021
« La joie qui nous emplit ne dépend de rien que de nous-mêmes »
Lors de sa déambulation dans une galerie d’art, la nonne bouddhiste s’arrête pour contempler quatre mots calligraphiés à l’encre de Chine sur un papier ivoire. Elle médite sur chacun d’eux. Eau, joie, lumière… sont le reflet d’une source qui ruisselle à l’intime de nous-mêmes.
« Eau pure… Cœur joyeux… » : quatre mots, calligraphiés d’une belle encre de Chine, noire et profonde, sur un papier ivoire, lui-même accroché sur un fond de tissu beige et or, qui attirent mon regard.
Dans cette galerie sont exposées des encres chinoises, paysages brumeux et montagnes lointaines, et je suis surprise de voir parmi les rouleaux de soie et les signes mystérieux ces quatre mots familiers élégamment tracés au pinceau. Ils en deviennent nouveaux, inattendus, et ils m’attirent comme un rayon de soleil qui se serait faufilé au milieu des nuages.
Un grand souffle de légèreté
Calligraphié ? Rien de bien ordonné, comme le mot pourrait le faire croire, rien de la belle écriture occidentale, mais de l’espace, des mots qui jouent et dansent, des vagues, un grand souffle de légèreté et, oui, de joie. La dernière lettre de chaque mot, prolongée d’un trait léger et sinueux, semble s’écouler sur le papier comme un petit ruisseau ; les mots jouent aux quatre coins sur la feuille, et montent et descendent portés par une brise de printemps ; entre eux, de l’espace qui ouvre une respiration et tout cela ensemble m’évoque un nouveau possible en cette grise journée.
Ces mots qui jouent dans l’espace
Il me semble qu’il suffirait de les relier comme on le fait sur un dessin d’enfant afin de trouver leur sens : un par un d’abord, deux par deux ensuite : qu’est-ce qu’une eau pure ? Comment l’imaginer et où la voir ? Un cœur joyeux : bat-il plus vite ? Est-il traversé par des flots de joie ? Puis en les permutant, je fais de nouvelles découvertes : apparaissent un cœur pur, une eau joyeuse, et puis une eau et un cœur purs et joyeux…
À force de les regarder, de les rêver, j’ai envie de sourire. Ces mots qui jouent dans l’espace entrent en moi, dans un ruissellement qui me traverse et me lave des obscurités que je porte aujourd’hui, comme un ruisseau, qui court dans la prairie et emporte dans son élan feuilles mortes et branches cassées, tout en fredonnant un petit air allègre.
Une source qui coule jour et nuit
Je m’arrête devant la vitrine pour mieux regarder : d’abord percevoir le rythme des mots ; « eau pure » : j’en vois la transparence dans les reflets du papier, comme des paillettes d’or scintillant au creux du courant ; « cœur joyeux » : j’en vois l’énergie dans la force du trait, dynamique, tantôt léger, tantôt appuyé ; c’est le chant de l’eau, sa force qui entraîne tout ce qui fait obstacle à la joie. Et ce cœur, mon cœur, cœur lourd, cœur trop plein, cœur fragile d’inquiétudes et de doutes, le voilà qui s’éveille, grandit, prêt à recevoir l’eau pure qui apaisera mon esprit agité.
La joie ici n’est pas la joie fugitive de l’instant, la joie d’un désir réalisé puis oublié : l’eau murmure d’une source plus profonde, une source pérenne, qui coule jour et nuit, et chuchote dans le silence ; hors d’atteinte des bruits du monde, proche d’atteinte de mon cœur lorsque je la cherche pour étancher ma soif.
Une joie qui ne dépend que de nous
Dans les rues animées, sous les guirlandes, au milieu de tous ceux qui se pressent pour des achats et des cadeaux, je la vois, cette joie qui nous emplit lorsque nous l’accueillons où que nous soyons, car elle ne dépend de rien que de nous-mêmes.
Je vois cette lumière qui passe à travers nous, qui se glisse dans les âmes ; et comme on aimerait que, de proche en proche, elle emplisse le monde ! Ainsi chante Ryokan, moine poète japonais : « Comme le petit ruisseau se frayant un chemin à travers les pierres moussues, moi aussi, peu à peu, je deviens clair et transparent. » Comment mieux se préparer en ce mois de décembre à accueillir la Lumière : « Eau pure… cœur joyeux ! »
Joshin Luce Bachoux
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mardi 23 novembre 2021
Sept chemins sauvages
mercredi 24 octobre 2018
Laisser partir...
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source : La Vie
jeudi 14 septembre 2017
lundi 11 septembre 2017
Sur la voix avec Christian Bobin (1)
(émission de RCF)
vendredi 8 septembre 2017
La poésie, une médecine absolue...
Christian Bobin : Mon premier tout petit livre était déjà une lettre. Adressée à qui ? Peut-être à moi... Avec le temps, j’ai appris qu’écrire, c’était chercher quelqu’un dans le noir, attendre un écho dans les ténèbres du monde. Pour prendre une autre image — puisque mon infirmité est de ne penser et vivre que par images—, le principe de l’écriture est celui de la petite marchande d’allumettes, qui les craque une à une dans l’espérance que cela éclairera un visage face au sien.
Patrice van Eersel : Pourquoi serait-ce une infirmité ?
Christian Bobin (sourire) : Ce n’est ni vrai ni faux. Quand un sens s’atrophie, un autre se développe—les aveugles entendent même un sourire ! Je pense que mon goût des images est venu d’une chose qui me manquait pour avoir une vie stable dans ce monde. Mais cela a fait naître autre chose, qui a pris la forme de ces grappes d’images. Mais la poésie, ce n’est pas pour faire joli. C’est une impulsion, un élan du printemps dans le langage. C’est donc la chose la plus précieuse qui soit, la médecine absolue.
Patrice van Eersel : Le poète japonais Ryokan hante votre livre...
Christian Bobin : Je l’ai rencontré peu à peu, assez tard. Les livres, comme les gens, arrivent à leur heure.
Je le connaissais de loin, mais c’était une rumeur, un nom qui fane dans un dictionnaire. Puis la vie, les épreuves et aussi les enchantements m’ont amené à lire des textes orientaux, des poètes japonais ou chinois, des demi-fous, et j’ai été touché par celui qu’on appelait « le moine enfant », autant par sa vie que par sa parole. Les Japonais le considèrent comme leur saint François d’Assise. La lecture de Ryokan m’a rendu heureux. Etant heureux, j’ai eu envie de vivre, et pour moi, vivre passe par écrire et m’adresser à d’autres et chercher quelqu’un dans le monde.
Patrice van Eersel : Plusieurs fois, dans ce livre, vous vous dédoublez. Une partie de vous part ailleurs, pour écrire ou voyager, votre main droite, par exemple...
Christian Bobin : J’écris toujours à la main, et ma main est très heureuse. Ma pensée vient tard, d’un pas très lent. Ce n’est pas la première invitée. Le premier invité est une sorte de joie, d’énergie, de danse des atomes des doigts, du corps, du cerveau, mais aussi de la chaise où je suis assis, des atomes du pré que je vois par la fenêtre, et tous ces atomes se mélangent Je suis en moi, clôturé par un songe, mais aussi au dehors, parce que le songe peut envahir tout l’Univers et je ne fais plus guère de distinction entre le brin d’herbe, le bois de la table et ce qu’on appelle « moi », de façon incertaine.
voir aussi : Christian Bobin et Ryokan
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samedi 5 août 2017
De la poésie qui s'en balance... avec Christian Bobin
« Ma vie n’est rien qu’écrire. Le panda mange de l’eucalyptus, moi de l’encre. »
« J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine. »
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samedi 7 juillet 2012
dimanche 13 novembre 2011
Christian Bobin et Ryokan
en suivant les vers de Ryokan, le moine au coeur d'enfant :
mercredi 15 août 2007
Ryokan et le Haïku
Ryōkan (1758-1831) est un moine zen mais aussi un doux poète à connaître, à travers notamment ses haïku.Les glycines poussent chaque année un peu plus
Nulle préoccupation mondaine ne m'atteint
Parfois un bûcheron chante
Je recouds ma robe de moine au soleil
Je lis des poèmes à la lumière de la lune
Je voudrais dire aux hommes
Que pour être heureux peu de choses sont nécessaires.
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