Affichage des articles dont le libellé est Bertrand Vergély. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bertrand Vergély. Afficher tous les articles

dimanche 29 mars 2020

Le ciel au bout des doigts



Je reviens d’Inde du Sud. Si j’y ai vu l’Inde spirituelle que je voulais voir, la spiritualité ne s’est pas simplement révélée au travers de grands temples comme celui de Maduraï, où la vie religieuse est intense, mais au travers de massages ayurvédiques. Ce à quoi je ne m’attendais pas. L’ayurvéda, qui signifie “la connaissance de la vie”, est une voie thérapeutique millénaire pratiquée dans le sud de l’Inde et qui, combinant méditation, régime et massages, stoppe les maladies, soigne et rééquilibre les énergies. Bien qu’un pays comme la France ne soit pas hostile aux massages (témoin la considération accordée à la kinésithérapie, aux massages pratiqués en thalassothérapie. ..), ceux-ci sont davantage vécus comme un moyen de confort qui ne fait pas de mal que comme un moyen thérapeutique capable de vraiment faire du bien. Notre rationalisme en est la cause. Aimant pouvoir contrôler les choses mentalement dans le cadre d’une autorité scientifique reconnue, nous nous sentons démunis quand survient une thérapeutique dépassant nos cadres mentaux et sociaux habituels.

Le massage ayurvédique passe pour être brutal. Ce qu’il n’est pas, ce massage toujours tonique s’adaptant avec respect à ce que chacun peut endurer. Original en raison de sa prise en main singulière, il l’est surtout en raison des huiles utilisées, toutes à base d’herbes qui, afin d’être vraiment efficaces, sont associées à un bain de vapeur donné après le massage. De sorte que l’on a l’impression étonnante d’avoir été massé sous la peau avec une sensation de purification surprenante. C’est en voyant le maître de massage prier afin que les huiles prennent toute leur efficacité grâce à une relation au plan divin, que j’ai eu vraiment conscience non seulement d’être en Inde mais d’avoir affaire à un autre niveau de réalité. Qui, dans nos contrées, prie quand il dépose une huile sur un corps avant de masser? L’Inde est un pays où les masseurs sont encore des prêtres et les prêtres encore des masseurs. Ce n’est plus notre cas. Notre religion, quand elle existe, ne se fait plus avec les mains et nos mains ne sont plus religieuses. Il y a pourtant un pouvoir des mains. Le Christ, l’oint de Dieu comme le dit son nom, enveloppé par Dieu comme une huile enveloppe un corps, soignait en appliquant ses mains sur les corps malades. Par ces applications, il rétablissait le lien avec le Père, source ineffable de vie, matrice de tous les possibles et de toutes les énergies. 


Le monde occidental s’est coupé du lien avec le Père. D’où sa difficulté à soigner. Si la médecine fait des prouesses quand elle aborde le corps comme une machine, elle est démunie quand il s’agit d’envisager celui-ci sur le plan de l’être. L’être étant lié au fait miraculeux de la vie, on est dans l’être à chaque fois que l’on est dans une sensation profonde d’existence, seule une telle sensation étant en mesure de nous faire sentir le miracle d’exister. 
Quand on est heureux et en pleine santé, se sentant exister, notre corps comme notre existence sont un miracle en acte. Ils sont l’être-fait chair. Quand on perd son lien avec l’être et la sensation miraculeuse qui va avec lui, l’être entier connaît les affres de la souffrance psychique et physique à travers un exil ontologique. Les maîtres de l’ayurvéda sont dans l’esprit du Christ. “Ce n’est pas nous qui soignons, m’a dit un maître de massage. Ce sont nos mains qui nous disent où soigner, Quand on laisse la vie agir, on a le ciel au bout des doigts.”

Bertrand VERGELY
Professeur de philosophie à Orléans, Bertrand Vergely a publié plusieurs ouvrages sur la diffusion de la philosophie ainsi que sur les questions touchant au bonheur, à l'émerveillement, au sens de la vie, mais également au mal, à la souffrance et à la mort.

dimanche 26 janvier 2014

Yvan Amar par Marie de Hennezel

...sans doute pour cela qu’au lieu de l'hospitaliser, le 15 juin 1999, Roland décide de le laisser rentrer chez lui. Il sait qu'il ne le reverra pas. L'examen cardiaque a montré que le cœur n’était plus oxygéné. Il se demande comment Yvan a pu venir jusqu’à lui ce jour-là. Il se demande maintenant s’il pourra tenir pendant l’heure et demie de trajet qui sépare Aix de Gordes. Il faut rendre hommage ici à ce médecin qui a su respecter le désir de son malade de rentrer chez lui, malgré la gravité de son état. 
Roland dit que deux choses l’ont décidé : le désir d’Yvan et la force de Nadège. Sans elle, sans la qualité de sa présence et de son accompagnement, ce retour à domicile n’aurait pas été possible. « Je ne veux pas mourir étouffé », dit Yvan à son ami médecin, Pierre, lorsqu’il comprend que la fin arrive. 

Rester maître de lui jusqu’au bout est important. Il ne veut pas céder à la panique, se voir étouffer comme un poisson hors de l’eau. Pierre le rassure, cette fois-ci à bon escient : « C’est un mauvais fantasme, ça ne se passera pas comme ça ! C’est le cœur qui va s’arrêter. Tu vas mourir d’un arrêt du cœur, tu ne seras pas en train de chercher ton souffle. » 
Pierre confirme ainsi ce que Roland a déjà dit. Nous voulons saluer au passage l’attitude de ces deux médecins qui ont su aborder avec leur patient les conditions de son mourir. Nous savons qu’aujourd’hui la majorité des demandes d’en finir, d’anticiper la mort, en particulier lorsque la crainte de mourir étouffé est là, s’enracinent dans la peur que les personnes ont des conditions dans laquelle la mort surviendra. Aborder sereinement les peurs, informer et dire ce que l’on sait, promettre de ne pas abandonner et de ne pas laisser souffrir, permet d’approcher la mort plus sereinement. On peut penser que ces paroles de médecin ont permis à Yvan de se laisser mourir tranquillement dans les bras de Nadège. 

La question de l’origine de cette insuffisance respiratoire reste mystérieuse. Certes, Yvan a souffert d’une primo-infection à l’âge de deux ans. Y a-t-il une fragilité des bronches réactivée plus tard par le virus de la malaria attrapé en Inde ? Y a-t-il une origine psychosomatique ou même karmique ? Alors que son entourage le pousse à chercher à comprendre d’où vient cette maladie, Yvan ne semble pas s’intéresser à cet aspect de la question. On peut s’en étonner, mais c’est ainsi. Cela restera le mystère d’Yvan. Ce n’est pas le « pourquoi » de la maladie qui lui importe, mais le « pour quoi ? » 
Non pas la cause, mais la finalité. « Sommes-nous capables de percevoir une maladie non comme un événement qui touche quelqu’un mais l’humanité entière ? J’ai pu observer dans les milieux spirituels que la maladie est souvent interprétée comme l’expression d’un désordre, d’une faute ou d’une transgression. Loin de cette vision culpabilisante et négative, nous pouvons voir la maladie comme la quête d’un passage vers l’ordre. Ce n’est que dans la mesure où je suis victime de la maladie que je peux l’interpréter comme un coup du sort pour me punir. Mais si je la vois comme l’expression de la vie qui me pousse à apprendre pour grandir, elle devient pour moi, et à travers moi, pour l’espèce entière, un moyen d’accéder à un autre niveau d’organisation, à un ordre et à une conscience plus vaste. » Pourquoi cherche-t-on toujours un sens à la maladie ? Ne peut-on accepter qu’il y ait de l’inacceptable, de l’insensé ? Pourquoi vouloir toujours tout expliquer ? 

Dans l’une de ses interventions récentes, le philosophe Bertrand Vergely, questionnant ce besoin irrépressible de donner du sens à l’inacceptable, se demandait s’il n’y aurait pas une troisième voie entre la recherche du sens et la révolte. Accepter de ne pas comprendre, et constater simplement qu’au cœur des pires épreuves, la vie est toujours là, imprévisible, plus forte que tout. En l’écoutant, je pensais aux fleurs du désert qui se fraient mystérieusement un passage au milieu des pierres et du sable du Sahara.

L’enseignement :

 A partir de juillet 1989, on commence à venir voir Yvan. Un enseignement naît. Un enseignement qui lui est propre, avec ses mots à lui. Les gens lui posent des questions et Yvan répond. Une relation s’établit qui devient le cœur de l’enseignement : « L’enseignement naissait véritablement de la relation qui s’instaurait avec les personnes qui venaient me solliciter, et non pas d’une vérité à laquelle je m’étais éveillé. » Yvan veut que les gens qui viennent à lui se rencontrent eux-mêmes, en toute liberté.
Sa capacité d’accueil est reconnue : « On pouvait venir vers lui, se sentir totalement accueilli, et on pouvait repartir », disent ses amis. « L’instructeur est un homme qui a deux portes constamment ouvertes, celle de devant qui accueille, celle de derrière qui laisse partir. »

Qu’enseigne Yvan ? « J’ai vécu quelques années auprès d’un sage en Inde, et je n’en suis pas revenu hindou. Je suis revenu avec un cœur ouvert pour retraduire ici dans mon quotidien ce que j’avais vécu là-bas. Il m’a fallu actualiser, dans cet environnement, l’ouverture du cœur commencée là-bas. En faire avec le temps une action appropriée au sein de ma famille, et parmi les êtres que je côtoie tous les jours. » 
Yvan enseigne la pratique de la « relation consciente ». Comment être présent à tout ce qui est, être disciple de ce qui est. Il ne s’agit pas de fuir la réalité, dans la quête d’une expérience spirituelle coupée du monde, mais de s’y confronter et d’apprendre de chaque moment de la vie. Yvan décourage ceux qui sont obsédés par l'« éveil ». Il voit là un danger. Il faut entrer en relation consciente avec ce qui est. C’est ce qu’il appelle la « voie du monde », la voie de l’immanence. C’est une voie exigeante, car elle oblige à sortir de son égoïsme, à prendre ses responsabilités, à tenir compte d’autrui. « Aimer, c’est être responsable, écrit Yvan. On ne peut envisager un enseignement sans être responsable de son prochain ; il n’est pas question de s’éveiller tout seul, mais de faire grandir le tout. » 

Il ne s’agit pas de « s’éveiller » pour tirer son épingle du jeu, mais pour grandir ensemble. « Dans mon enseignement, j’ai voulu... que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l'autre, en entrant en relation profonde avec l’autre dans la mesure où celui-ci est l’occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. » Yvan a le don de « faire grandir ». Il sait voir en l’autre l’« or en puissance ». Il aide l’autre à aller vers lui-même. C’est cela la vraie transmission. Non pas donner quelque chose que l’autre n’a pas, mais permettre à l’autre, en votre présence, de « se souvenir » de ce qu’il est profondément. C’est pourquoi son enseignement n’a rien d’une aliénation à une pensée ou à une théorie. 

Non, il sait rendre libre. Et tous ses amis, tous ses élèves le reconnaissent aujourd’hui. Il a une contagion d’être. Sa liberté intérieure, sa confiance dans la vie, son amour des êtres sont contagieux. "Il était contagieux de quelque chose, d’une force incroyable" témoigne Arnaud Desjardins qui l’a rencontré quelques années avant sa mort et qui l'à inviter à venir parler lors de l’assemblée générale de son association. Et d'ajouter « C’était un être totalement cohérent. Tout sonnait juste ! » 

 Extrait de "Mourir les yeux ouverts"
Par Marie de Hennezel



mercredi 12 janvier 2011

Bertrand Vergely et l'émerveillement

Bertrand Vergely nous parle de l'émerveillement et également de Christiane Singer :

Source : "Clés"

mardi 22 juin 2010

Une vie pour se mettre au monde

Marie de Hennezel, Bertrand Vergely ont écrit ensemble un livre : Une vie pour se mettre au monde (Parution : jeudi 25 mars 2010)
Vivre c’est se mettre au monde plusieurs fois : la première naissance est évidente, physique ; les autres passent parfois inaperçues. Une vie, avec ce qu’elle nous donne et nous inflige, suppose de chercher profondément en soi les ressources pour s’adapter, faire naître en nous, à chaque étape, un être renouvelé, amélioré, plus mûr, plus dense. Une vie pour se mettre au monde c’est une vie pour apprendre à faire corps avec ce qui advient, les joies et les drames ; une vie pour faire de son existence un tout, décousu parfois mais unique ; une vie surtout pour apprendre à rester dans l’émerveillement...


Pour en savoir plus, ils ont présenté cet ouvrage à la librairie La Procure (juste une petite heure)

jeudi 30 avril 2009

mardi 28 avril 2009

Bertrand Vergély et l'absence de bien

Ecoutons Bertrand Vergély ! Dieu est avec l'homme... Le mal, c'est l'absence de bien :

mercredi 8 avril 2009

Bertrand Vergély et la soif d'intériorité

A écouter : Bertrand Vergély nous parle de l'expérience de la vie, du religieux...et de l'homme intérieur !