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dimanche 14 juin 2026

Beauté du monde

 

"Garrowby Hill" (1998), huile sur toile.


« Le monde est très, très beau si vous le regardez. Mais la plupart des gens ne regardent pas beaucoup. Ils scannent le sol devant eux pour pouvoir marcher, mais ils ne regardent pas vraiment les choses incroyablement bien, avec intensité. Oui, et je l'ai toujours su. ”

David Hockney

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mardi 26 mai 2026

C'est pour rien


C'est pour rien peut-être
qu'on entre dans le vert des rencontres,
les forêts de fougères et de vent,
qu'on se perd dans leur étreinte,
qu'une ombre court encore
dans la mémoire insatiable et trompeuse,
pour rien qu'on tente de peser
en nous l'illisible,
qu'on essaie de ne pas succomber
aux chemins qu'on n'a pas voulu prendre
et aux êtres dont le souvenir
fait mal malgré tout le soleil à naître,
pour rien peut-être qu'on cherche encore
l'épaule d'une fleur où reposer,
l'épaule toujours plus nue des beautés qui expirent.
Jean-Christophe Ribeyre
Photo : Marie Alloy
Arrêt sur image n°3, Été 2026.


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mardi 31 mars 2026

Insaisisable


C'est pourquoi la simple contemplation de l'insaisissable est génératrice d'amour. 

Regardons une fleur, sans cupidité, sans vouloir la saisir, regardons-la absorber le soleil. 

Qu'aucune pensée d'égoïsme ne brouille le dialogue qu'elle entretient avec nous, et bientôt l'âme même de sa vie florale rejoindra notre plus intime sensibilité. 

D'elle à nous l'amour se réfléchira comme entre deux miroirs.

Roger Godel - "Essais sur l'expérience libératrice"


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dimanche 15 février 2026

Le chant des forêts

 LE CHANT DES FORETS de Vincent Munier

Ce documentaire forestier et animalier est d'une rare beauté. Les regards des animaux, grand ouverts et pleinement attentifs, croisent leurs semblables humains, prêts à endurer la nuit et le froid pour les rencontrer dans le plus grand respect. Aucune parole n'est de trop. Le brame du cerf, les claquements de becs d'oiseaux, les notes de la grive musicienne, le chuchotement des voix..., tout forme concert improvisé. Ailes, plumes et fourrures se fondent dans une obscurité veinée d'éclats, vibrante du jour à venir. Traces de pattes et de doigts dans la neige se relient pour creuser le chemin de la quête du grand tétras, oiseau-totem du grand-père, Michel Munier. Le flambeau de l'amour du sauvage est minutieusement transmis au petit-fils, Simon, qui finit par offrir ses propres traces à son aïeul. Des Vosges jusqu'en Norvège, le trajet est tranquille, sans amertume mais non sans émotion. Un fil de lumière miroite de temps à autre, sécrétion et rappel de nos liens à la forêt, notre matrice, où même le grand arbre couché nourrit un nouveau petit peuple... L'indifférence humaine est l'obstacle majeur, que trois hommes de générations successives s'efforcent de briser sans rien abîmer, dans la petite flamme de leur veille qui vacille mais semble inaltérable...

Sabine Dewulf

"La nature n'est pas un spectacle, c'est une rencontre partagée. "
"On est dans ce qui s'en va."

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lundi 2 février 2026

Les multiples visages de la beauté

 


Dans L’infini dans la paume de la main, un dialogue entre l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et moi-même, nous avons consacré un chapitre à la relation entre la beauté et la vérité. Une théorie ou une équation mathématique est « belle », me disait Thuan « quand elle a un caractère inévitable, nécessaire, et qu’une fois élaborée, elle s’impose comme une évidence. Face à une belle théorie, un physicien se dira : “ Elle est tellement belle qu’elle doit être vraie. Pourquoi ne l’ai-je pas vue auparavant ? ” Ainsi, la théorie de la relativité d’Einstein, de l’avis général des physiciens, la théorie la plus belle et l’édifice intellectuel le plus harmonieux que l’esprit scientifique ait jamais conçu, est belle comme une fugue de Bach à laquelle on ne peut changer une note sans que toute l’harmonie ne s’écroule, ou parfaite comme le sourire de la Joconde auquel on ne peut changer le moindre trait sans en détruire l’équilibre. »

La beauté d’une théorie scientifique tient aussi à sa simplicité. Enfin, la plus indispensable d’une belle théorie, c’est sa vérité, son critère ultime de validité étant sa conformité avec la Nature et le fait qu’elle révèle des connexions jusque-là insoupçonnées.

On peut également considérer la beauté comme l’harmonie des parties avec le tout. Dans l’art bouddhiste, il existe une iconographie précise définissant les proportions idéales d’une représentation du Bouddha. On utilise une grille sur laquelle se placent très exactement la courbe des yeux, l’ovale du visage et les différentes parties du corps. Ces traits correspondent à une harmonie parfaite et sont les reflets extérieurs de l’harmonie intérieure de l’Éveil. 

De l’accessoire à l’essentiel, la beauté varie donc en fonction de la manière dont chacun conçoit le plaisir esthétique. On pourrait dire aussi que l’amour et l’altruisme sont beaux, tandis que la haine ou la jalousie sont laides. Regardez comment les premiers peuvent embellir un visage, et les deux autres le défigurer. La vraie beauté reflète ainsi une adéquation avec la nature profonde de l’être humain. Plus nous sommes en accord avec notre nature fondamentale, plus nous découvrons la beauté intérieure qui est en chacun de nous. La beauté ultime est l’accord parfait avec la nature de Bouddha, la connaissance suprême, l’Éveil.

Matthieu Ricard

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mercredi 21 janvier 2026

Forêt primaire où le respect du temps

 

Le projet de forêt primaire de Francis Hallé :
Retour en 2023, sur cette balade dans la forêt de Fontainebleau, en compagnie de Francis Hallé 🌳 Botaniste, artiste et visionnaire, il nous parlait de son projet démesuré mais bien réel : créer une forêt primaire européenne, porté par son association Association Francis Hallé pour la forêt primaire. Soit 70 000 hectares où la nature évoluerait de façon autonome, renouvelant et développant sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et ce, pendant des siècles.


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samedi 3 janvier 2026

Hommage à Francis Hallé

Francie Hallé est décédé à la Saint Sylvestre, lui qui aimait tant les arbres !



“ À quoi sert le beau ? Qu’est-ce qu’il signifie ? Dans les forêts tropicales, j’ai réfléchi à ça puisqu’on est entouré de belles choses. Ma conclusion, au moins provisoire, c’est que la beauté est la preuve de l’évolution a bien fonctionné et que le résultat est parfait.”

Et je constate que l’émerveillement, à mesure que les années passent, prend de plus en plus d’importance. J’en suis à prétendre que la beauté devrait faire partie intégrante de la biologie et de l’écologie 

J’ai souvent été en colère. Je me souviens particulièrement d’une altercation avec un autre chercheur qui me disait que la beauté n’était pas mesurable. Je lui avais répondu : « Et ton intelligence, tu crois qu’elle l’est ? » C’est quand même une vraie question : pourquoi la science se résumerait à ce qui est mesurable ? Qui a décidé de ça ? Quand j’ai découvert les forêts primaires, la beauté m’a sauté aux yeux. Là-bas, si tu as une empathie pour le monde végétal, l’émerveillement est permanent. Tu ne peux pas l’ignorer. Pour ma part, je crois que c’est le dessin qui m’a sauvé. Il exige une attention, un regard, de l’imagination. Ça a été une méthode très efficace pour me débarrasser de l’approche réductrice de certains scientifiques.

« L’être humain peut-il coexister avec une nature intacte sans l’abîmer ? Nous devrions en être capables, mais il nous reste à le prouver »

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mardi 2 décembre 2025

Pas moi

 


« Je ne suis pas moi.
Je suis celui
qui va à mes côtés sans le voir
que parfois je vais voir
et que parfois j’oublie.
Celui qui se tait serein quand je parle
celui qui doucement pardonne quand je hais
celui qui se promène où je ne suis pas
celui qui restera debout après ma mort. »
Juan Ramón Jiménez 1881-1956
peinture : Richard Morin

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samedi 1 novembre 2025

L’Adieu à ma mère


Ma mère est décédée fin septembre. J’ai pu vivre toutes les étapes de l’accompagnement. J’étais auprès d’elle en fin de vie. Je l’ai lavée, nourrie, je lui ai parlé même quand elle ne parlait plus. En septembre, son état s’est dégradé, mais nous pouvions encore échanger. Elle répétait « Je veux partir, je veux partir ». Avec mes sœurs, je lui ai répondu : « Tu peux partir. Tu as été une super maman, et on est prêts pour ça. » Mon père était là, je voulais qu’il le lui dise aussi. Il a du mal à exprimer ses sentiments. Mais il a dit : « Tu peux partir pour le grand voyage, pour Celui que tu as toujours aimé et pour qui tu as travaillé toute ta vie. Je suis prêt. » Ma mère était silencieuse, elle nous regardait et nous serrait la main. Son organisme a lâché en quelques semaines, et elle est décédée. Plusieurs personnes, dont des col-lègues, m’avaient dissuadée de m’occuper des soins mortuaires moi-même. Mais j’ai senti une force plus grande qui -m’accompagnait. J’étais prête. Ça a été très beau, un dernier moment privilégié avec ma mère. J’ai mis une musique douce et allumé une bougie. Je lui ai fait un shampoing. Je l’ai maquillée comme elle le faisait, avec du fard à paupières, mais très léger. Tout le monde m’a dit qu’elle était très belle et que c’était bien elle. Même mon frère, qui n’est pas à l’aise avec la mort et les corps des défunts, a voulu la voir.

Tous ses petits-enfants sont venus l’entourer et lui parler. Ils ont déposé plein de mots et de jeux près d’elle, parce qu’elle jouait beaucoup avec eux. Au cimetière, on a aussi collé sur le cercueil des pièces d’un jeu auquel on jouait souvent, une idée de Bleuenn, ma dernière fille. C’était comme célébrer la beauté de la vie d’après ! Il y a eu aussi une très belle messe, avec de beaux chants. L’église de Corse dans laquelle mes parents sont très investis était pleine à craquer. Nous avons vécu un moment d’espérance et d’amour.

Laëtitia Cado-Guiomar, thanatopractrice.

(source : La Vie)

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dimanche 5 octobre 2025

Révélation


 « Émerveillée par la beauté qui m'entourait, j'ai dû entrer dans un état de conscience accrue. Il est difficile, voire impossible, de décrire avec des mots le moment de vérité qui m'a soudainement envahie. Même les mystiques sont incapables de décrire leurs brefs éclairs d'extase spirituelle. En essayant ensuite de me remémorer cette expérience, il m'a semblé que le moi était totalement absent : moi, les chimpanzés, la terre, les arbres et l'air semblaient fusionner, ne faire qu'un avec la puissance spirituelle de la vie elle-même. L'air était rempli d'une symphonie ailée, le chant du soir des oiseaux. J'ai entendu de nouvelles fréquences dans leur musique et aussi dans le chant des insectes – des notes si aiguës et si douces que j'en ai été émerveillée. Je n'avais jamais été aussi intensément consciente de la forme, de la couleur de chaque feuille, des motifs variés des nervures qui rendaient chacune d'elles unique. Les odeurs étaient également claires, facilement identifiables : fruits fermentés et trop mûrs, terre détrempée, écorce froide et humide, odeur humide des poils des chimpanzés, et oui, des miens aussi. Et le parfum aromatique des jeunes feuilles écrasées était presque irrésistible.

Cet après-midi-là, c'était comme si une main invisible avait tiré un rideau et, pendant un bref instant, j'avais vu à travers une telle fenêtre. En un éclair de « vision extérieure », j'avais connu l'intemporalité et une extase tranquille, j'avais perçu une vérité dont la science traditionnelle n'est qu'une infime partie. Et j'ai su que cette révélation m'accompagnerait pour le reste de ma vie, imparfaitement mémorisée, mais toujours présente en moi. Une source de force sur laquelle je pourrais puiser lorsque la vie me semblerait dure, cruelle ou désespérée. »

Jane Goodall vient de nous quitter à 91 ans, sa lumière continue de briller. 💚

(Image : avec l'aimable autorisation du Jane Goodall Institute)

source FB et donc incertaine

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jeudi 3 juillet 2025

Perception d'âme


 "Tout le ciel étoilé, toute la terre nourricière, toute la splendeur de l'aube et du soir, toute la gloire du printemps et de l'automne, tout le Souffle aimant de l'univers porté par un vol d'oiseaux migrateurs, tous les hauts chants humains montés de la vallée des larmes, tout cela constitue un "ici et maintenant" où l'éternité se ramasse. Cet "ici et maintenant" ne peut rayonner, irradier, faire fleurir et porter fruit, susciter écho et résonance et, par là, prendre tout son sens que s'il est vécu par une âme."

François Cheng- D'une Âme

peinture: Kikuchi Yuichi 1912 - 1993 Print 4 from the series 'Four Aspects of Mount Fuji' 1950


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vendredi 16 mai 2025

Chut !

 Il y a une voix qui n'utilise pas de mots. Écoutez.

Rumi.


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mercredi 19 mars 2025

Ames

 

Aimez et souffrez, espérez et contemplez. 

Malheur, hélas ! à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences ! 

La mort lui ôtera tout. Tâchez d'aimer des âmes, vous les retrouverez.

Les Misérables - Victor Hugo - Chapitre IV


Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. 

La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

Post scriptum de ma vie, une œuvre posthume publiée en 1901, composée de recueils de textes philosophiques rédigés en 1860.

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jeudi 13 mars 2025

La grâce de l'aube

 L'un des plus beaux textes de notre littérature... Il fait bien évidemment partie des 33 textes que j'avais sélectionnés dans mon livre-jeu "Les jardins de Colette - Parcours symbolique et ludique vers notre Éden intérieur", paru aux Editions Le Souffle d'Or en 2004.

Sabine Dewulf


" Car j’aimais tant l’aube, déjà, que ma mère me l’accordait en récompense. J’obtenais qu’elle m’éveillât à trois heures et demie, et je m’en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.
À trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par son poids baignait d’abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J’allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C’est sur ce chemin, c’est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d’un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau..."
Extrait de Sido de Colette.

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mercredi 29 janvier 2025

Nourritures

 


Depuis notre naissance, une seule chose guide nos vies : la nourriture. Ou plutôt, les nourritures.

Freud a bien identifié le stade oral du début de la vie. Mais au fond, en sortons nous vraiment ?

Pas sûr.

Dans nos premiers mois nous dépendons directement du lait, nutriment extérieur. Nourriture tangible, mesurable. Mais dès les premiers stades, cette nourriture est inséparable de l'affect de la personne qui nous nourrit. Ce lien entre nourriture et affect est indissociablement établi au plus profond de notre psychisme.

Plus tard, ce seront peut-être les jeux qui nous nourriront. Et avec qui on joue. Ou pas.

Les lectures. Les écrans. Les passions. Le sexe. Le saut à l'élastique. L'alcool. La spiritualité. Les dramas.

Peu importe, pourvu que l'on soit stimulés et que nous recevions ou ressentions de l'énergie et de l'attention.

Au fond, toute notre vie, nous recherchons des nourritures.

La seule chose qui différentie quelqu'un qui s'est déployé de quelqu'un qui n'y arrive pas c'est simplement le niveau de subtilité des besoins en nourriture.

Ce n'est pas une question de domaine. On n'est pas plus évolué en renonçant à certains domaines. La plupart du temps on ne fait que se frustrer.

On évolue et on grandit en espace intérieur en nous réjouissant de capter des nourritures de plus en plus subtiles, peu importe le domaine. 

Car oui, le plaisir et l'affect restent au centre de l'attrait pour les nourritures. Seule la subtilité de la nourriture change quand on élargit notre espace intérieur et notre présence. 

Et le subtil, le tout petit, le frémissant, est partout. Il est accolé au Beau. À notre dignité intrinsèque. Dans tous les domaines.

Saurons nous lâcher le trapèze du grossièrement stimulant qui cache l'appui indéfectible du subtil et de sa nourriture d'immortalité ?

C'est tellement difficile...

Fabrice Jordan


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dimanche 19 janvier 2025

S’émerveiller comme des enfants

Un peu blasés, maussades, désabusés ? Posologie : s’appliquer à retrouver son âme d’enfant, notamment la capacité à s’émerveiller. Soit le secret pour vivre une bonne et heureuse année…

 


« Il neige, il neige ! » À la maison, l’excitation est à son comble : nos enfants sautent littéralement. Pour quelques flocons, les voilà transfigurés. Les chamailleries sont oubliées, les jeux délaissés et les conversations terminées ; tous arborent de larges sourires et s’extasient bruyamment : « Waouh, c’est trop beau ! » Le vocabulaire est pauvre, mais la joie est riche, et, à vrai dire, contagieuse. À notre tour, nous nous laissons saisir par ce simple mais merveilleux spectacle.

Nous nous attendrissons devant cette capacité naturelle des enfants à s’émerveiller et à s’enthousiasmer de petits riens que nous n’aurions pas remarqués sans eux : la forme d’un nuage, la couleur d’un tronc d’arbre, l’aspect d’un caillou, la taille d’un insecte, la possibilité d’une cabane, de petits bruits dans les feuillages…

Lorsque c’est nous qui nous enflammons, nous avons le sentiment de retomber en enfance, comme si cette spontanéité n’était plus vraiment de notre âge. Il faut dire que nous posons parfois sur le monde un regard blasé, désenchanté, voire endurci. Des paysages vus cent fois peuvent nous sembler dénués d’intérêt ou bien nous nous positionnons en « sachants », croyant ne rien avoir à apprendre de la nature (alors que, pour notre part, nous sommes bien incapables de distinguer deux chants d’oiseaux).

Adultes et urbains, nous avons si bien appris à vivre dans le bruit que nous ne savons plus écouter. Nos yeux happés par les écrans ne savent plus voir et nos esprits sont tant encombrés de soucis et d’activités multiples que nous peinons à être présent à ce qui se vit autour de nous. Nous ne savons plus regarder, encore moins contempler, ce qui ne laisse guère de possibilité de s’émerveiller.

« La beauté sauvera le monde »


Il n’est finalement pas étonnant que tant de personnes restent insensibles aux problèmes environnementaux, car comment peut-on vouloir prendre soin de ce que l’on ne remarque plus ? L’émerveillement rend humble, il nous fait prendre conscience qu’il y a plus grand que nous et qu’il est vain de chercher le bonheur dans les possessions matérielles ou le statut social. Il évite aussi de tomber dans la désespérance ou le découragement face aux crises multiples que nous traversons.

Car nous croyons qu’il y a du vrai dans la phrase de Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde ». Faisant de ces mots leur slogan, des communes ont choisi d’exposer des œuvres d’art sur les panneaux publicitaires de la ville. Et si nous nous exercions avec elles à une plus grande attention au beau dans nos vies, en nous laissant toucher par une nuit étoilée, une cathédrale rebâtie, les vers d’un poème ou le réconfort d’un ami ?

Tel François d’Assise, nous pourrions faire l’expérience d’observer le végétal, l’animal, le minéral, l’humain, nous dire par leur existence : « Regarde qui m’a créé ! Regarde mon créateur ! » En retrouvant une âme d’enfant, capable de s’émerveiller face au beau et au bien, qu’ils viennent de Dieu ou des hommes, nous aurons peut-être nous aussi envie de louer Dieu, et retrouverons sans doute l’espérance qui nous fait parfois défaut. Vraiment, ne craignons pas de redevenir de simples enfants, le royaume des cieux n’est-il pas à ceux qui leur ressemblent ?

Chronique écologiquement vôtre par Adeline et Alexis Voizard dans le magazine La Vie

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mercredi 1 janvier 2025

Désir de durer

 Pour cette nouvelle année 2025, recevez tous mes vœux de fleurissement, d'amitié, de fraternité et de lumière !

J'accompagne ces souhaits d'un extrait de notre dialogue poétique intitulé "Magie renversée" et coécrit avec Isabelle Lévesque, paru aux Les-Lieux-Dits Éditions avec les très belles peintures de Caroline François-Rubino.

[...] Regarde avant midi

la pluie la rosée la peine oubliées,
restées sur le bord,
elles fleurissent.
Ne dis pas qu’elles fanent,
de ta mémoire elles feraient
du plomb. [...] (I. L.)
*
[...] Tu l’écrivis :
"Ce qui cesse commence."
L’achèvement des roses
précède la rosée.
Cascade sur la fleur
comme dans l’œil démesuré.
Nous nous délivrerons du désir de durer. [...] (S. D.)

Sabine Dewulf
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mardi 31 décembre 2024

Etre à l'écoute

 Qu'est-ce que vous décidez vraiment ?


Vous constatez vos émotions, vous constatez votre ressenti. Mais il n'y a pas la place pour une décision. Donc, il n'y a pas de fuite possible. On ne peut ni faire face, ni fuir. Parce que ça impliquerait une personnalité. La personnalité, c'est une vie romantique. Il n'y a pas de personnalité. Il y a une expression et votre expression et la mienne sont différentes. On peut appeler cela la personnalité mais c'est l'expression. Et ce qui s'exprime n'est pas quelque chose.
Vous ne pouvez pas décider de faire face à vos peurs, ça c'est imaginaire. Vous ne pouvez pas décider de ne plus être jaloux, vous ne pouvez pas décider de ne plus être angoissé. Qu'est-ce que vous pouvez vraiment décider ? La décision, c'est un imaginaire. Comme l'alcoolique qui décide tous les soirs de ne plus boire, ce genre de décision a peu de valeur...
La vraie vie est dans une écoute, elle n'est pas dans une décision. De cette écoute, j'ai des évidences. On peut s'arrêter de boire, mais ce n'est pas par décision, c'est par évidence. Quand vous changez de mari, c'est par évidence, ce n'est pas une décision. La décision va concrétiser l'évidence, mais la décision n'amène pas l'évidence.
(extrait d'une vidéo)
Ce n’est pas ce que vous écoutez qui vous rend tranquille : c’est d’écouter. La joie, c’est d’écouter. Ce qu’il y a de plus beau à écouter, c’est vous, votre peur, votre avidité, votre tristesse. Là se trouve la beauté. C’est mille fois plus profond que d’écouter quiconque.
~ Éric Baret

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