jeudi 27 novembre 2014

Vigilance avec Arnaud Desjardins

«La vigilance me permet de voir ce qui est au-dehors de moi, la circonstance que je rencontre, les conditions dans lesquelles je me trouve, et de voir la façon dont je réagis. Je vois une émotion qui se lève en moi, je vois une crainte, je vois un refus, je le vois… 
Et ce JE qui voit n’est plus l’ego. C’est une vision tellement honnête et désintéressée qu’elle ne peut plus être une fonction de l’ego. Si nous sommes vigilants nous ne pouvons plus « penser », au sens péjoratif du mot penser. Nous éliminons tous les fonctionnements de l’ego qui nous coupent de la réalité. 

Cette réalité vient à nous et nous en prenons connaissance directement, par une communion, avec toutes nos facultés de perception, avec notre sensation, notre sentiment et notre intellect, de façon objective, impersonnelle, silencieuse. Si la vigilance est active, le mental fait place à la buddhi, c’est-à-dire la vraie intelligence qui voit quel acte doit être accompli, quelle décision doit être prise. C’est la nécessité même des circonstances qui vous dicte la réponse, qui décide à votre place. Sans vigilance les prétendues actions ne sont que des réactions et, comme le disait Gurdjieff, l’homme n’est qu’une machine.» 

 Extrait de: Au-delà du Moi


mercredi 26 novembre 2014

Un modèle de spontanéité...


La danse, n'est-elle pas la marche dans son apothéose ; 
marche noble, dépouillée d'un but utilitaire, et libre comme un jeu d'enfant ? 

Anne Hébert





mardi 25 novembre 2014

Mauvais regard sur les bonnes herbes...

Le célèbre botaniste a écrit une cinquantaine de livres, dont une quinzaine spécifiquement sur les plantes. Aujourd’hui âgé de 81 ans, il est toujours à la tête de l’Institut européen d’Écologie.

En un demi-siècle, le regard de la société sur les plantes a-t-il changé ?
Oui, complètement. Je me souviens qu’en 1961, lorsque j’ai passé mon agrégation sur les plantes médicinales à la faculté de Paris, on m’avait dit que ce serait la dernière année. Et que tout cela serait remplacé par l’enseignement des molécules de synthèse. Fort heureusement, les plantes ont bien résisté. Non seulement, leur usage médicinal n’a pas diminué – il n’est qu’à voir le développement de la phytothérapie ou de l’homéopathie – mais elles tiennent aussi le choc face au puissant courant technologique qui veut imposer les OGM et le brevetage du vivant.

Comment réagissez-vous à l’expression « mauvaises herbes » ?
Les jardiniers qui s’évertuent à arracher le petit chénopode blanc qui pousse au milieu de leurs salades devraient se rappeler qu’on le mangeait au Moyen Âge, précisément en salade, et qu’il est toujours délicieusement comestible. Pareil au XIXe siècle quand les impressionnistes comme Cézanne ou Monet peignaient leurs tableaux, il y avait toujours au milieu des champs des taches rouges ou bleues, celles des coquelicots ou des bleuets. Aussi, même si on a voulu les chasser à coups de pesticides, je suis content quand j’en aperçois au bord des routes et des chemins.

Quel est le livre que vous avez écrit sur les plantes qui vous tient le plus à cœur ?
Celui sur la Vie sociale des plantes (Fayard, 1984). J’y montre que même si elles sont parfois en compétition, elles se mélangent aussi et s’entraident. C’est une leçon de vie pour les hommes et ceux qui comme moi, croient à la fois à la Création et à la théorie de l’évolution.

Le site de Jean-Marie Pelt

source : La vie 2014

lundi 24 novembre 2014

Un livre précieux sur la Bible et les évangiles par Yannick David


C'est avec une grande joie que j'annonce la sortie de ce livre . C'est aussi un honneur d'avoir eu l'autorisation de Mooji d'utiliser une de ses peintures, "Le Prophète", en page de couverture. 



"J’ai commencé à écrire quelques commentaires, puis j’ai découvert le sens hébraïque de certains mots, y ai pris gout, pour finalement étudier de près les passages les plus connus, que je n’avais jamais compris tant le sens paraissait caché. Sentant que cela commençait à prendre de la consistance, je me suis interdit tout appui sur des livres de commentaires quelconques. Je voulais que cela vienne de ma propre compréhension, de  mon interprétation, afin de rester authentique.


Certains symboles étaient clairs, connus, d’autres obscurs, peut être expliqués mais pas lus pour ma part."...


Je vous conseille vivement la lecture de ce livre très riche... comme l'est intérieurement son auteur !

Voir le post sur le site de Yannick pour le commander...




dimanche 23 novembre 2014

La poésie est prophétie avec Lydie Dattas

Il n’y a pas de séparation entre la vie et le sacré. Tout est spirituel. Je ne veux pas porter la couronne de la spiritualité ou de la religiosité. Je me méfie de tous les mots qui finissent par « ité ». Cela me paraît prétentieux de dire que je vais parler de ma spiritualité, d’appartenir à une caste de spirituels. J’essaie juste de vivre le plus profondément, sincèrement possible avec les autres en Dieu, qui est l’abîme intérieur. 

Je suis née dans une famille d’artistes. Mon père était organiste titulaire de l’orgue de chœur de Notre-Dame. Ma mère était actrice de théâtre. Elle souhaitait que je suive le même chemin qu’elle. J’ai pris des cours de théâtre, mais je ne voulais pas être actrice. J’ai très vite compris que le seul rôle que je souhaitais jouer était le mien. J’ai été élevée dans la religion chrétienne, mais je m’en suis émancipée rapidement.

Inapte à m’intégrer dans les cadres scolaires, j’ai cherché dès mes 13 ans ma propre voie dans la poésie. Je me suis fabriqué un monde pour échapper à l’enfer de la récréation, un monde où l’on est consolé par un poème, ressuscité par une phrase. Très tôt, j’ai été marquée par des figures de contes, telles que Neige-Blanche et Rose-Rouge, Shéhérazade. J’ai senti à travers elles qu’il y avait un équilibre à trouver entre le charnel et le spirituel. Shéhérazade a un physique plaisant et en même temps elle raconte des histoires, elle est dans le verbe. C’est la femme qui essaie de combattre le tyran. L’écriture m’a sauvée de la cour de récréation comme du moule de la société.

Mon premier recueil de poèmes, Noone, fut remarqué et publié par Jean Grosjean. Quand j’ai lu cet auteur, tout s’est éclairé. Ses livres m’ont réconciliée avec les Écritures saintes. Ils m’ont révélé un mode de pensée inchangé depuis Abraham, où la valeur suprême est la vie ordinaire et autrui. J’y ai trouvé une pensée de la rencontre et de la personne répondant à ma propre quête. Le but est d’aller vers l’autre et d’établir avec lui un lien de vérité qui ne se confond pas avec les rôles sociaux. Pour Jean Grosjean, Dieu est une personne, et le hasard n’existe pas, puisqu’il est un des visages de Dieu.


... En 1968, je suis allée à Paris pour étudier la philosophie. Puis je suis entrée au Cirque d’hiver. J’y ai rencontré mon futur mari, le dompteur Alexandre Bouglione, et les Gitans, ma famille d’âme. Des gens en chair et en os, plus incarnés que les idées ou les concepts philosophiques que j’avais étudiés, qui réconciliaient la pensée et l’instinct. L’instinct est capital ; la pensée est limitée. L’instinct traverse tout, il voit beaucoup plus loin que les idées. Avec mon mari, nous rêvions de créer un cirque qui serait un lieu de vie sauvage et de pensée vitale à la fois, rappelant un mode de vie biblique. Un cirque dépouillé de tous les numéros spectaculaires habituels, où le sacré reprendrait sa place. Où la joie et la vie seraient présentes. Chez les Gitans, un repas est une messe ; la nourriture partagée, une communion ; le quotidien, une liturgie. Nous avons alors créé le cirque Lydia Bouglione, qui est devenu plus tard le cirque Romanès. 

Ma spiritualité est inclassable. Elle est inédite. Je ne prie pas au sens commun du terme, je ne vais pas à la messe. Néanmoins, je fréquente les églises, qui sont des « maisons » silencieuses où l’on peut réfléchir et méditer. Je lis des auteurs de toutes confessions. Je peux trouver dans des textes profanes des illuminations aussi spirituelles que chez les grands mystiques. Car toutes les pensées intériorisées sont des prières. Jean Genet disait qu’un certain temps de vie nous est donné et qu’il s’agit d’en faire quelque chose. Selon moi, il faut retrouver le sens du sacré, aimer, ce qui consiste d’après Jean Grosjean non pas à regarder dans la même direction, mais être dos à dos pour voir d’où vient l’ennemi, celui qui détruit la vie, hisser la vie à son niveau le plus haut.



source : La Vie

vendredi 21 novembre 2014

Quand souffle le pur silence...

Vous devez me croire quand je vous dis que la raison de tant de malheur, tant de souffrances, de douleur, de violence, d'abus, de colère, de meurtres, de frustration, de solitude, d'apathie, de toxicomanie, de divorce, de combat, de rage et de maladie mentale est que nous ne l'avons évidemment pas encore trouvé. Nous n'avons pas découvert, dans toute sa finalité, une bonne fois pour toutes, qui nous sommes et quel est notre but. Parce que si nous le savions, de toute évidence tout ce qui précède disparaîtrait en un clin d’œil.

Vous avez besoin d'entendre cela aujourd'hui, haut et fort, dans toutes les fibres de votre être. Peut-être que maintenant, à cet instant, vous allez l'entendre.

Vous et moi ne sommes rien du tout. Nous ne sommes que le Pur Silence, la Conscience elle-même qui a donné naissance à une forme, un corps, un cerveau, une réaction chimique. Il n'y a pas de Vous ni de Moi. Nous sommes exactement le même dans notre pur néant. Pourquoi faire encore semblant? Pourquoi continuer à vivre ce mensonge selon lequel il y a un moi spécifique et un vous spécifique qui sont différents, qui ont différents niveaux de pouvoir, de richesse, de spiritualité, de santé?

Nous avons été conditionnés par la société, par le passé, par la tradition, par notre ADN lui-même, à vraiment croire qu'avec la compétition, les possessions amassées, les prières récitées, en suivant les règles de quelqu'un d'autre, en devenant bons, riches et bien éduqués, nous formions une certaine singularité, une particularité qui nous différencie, qui dit: "Regardez, moi, je vais mieux, je suis le meilleur, je suis une célébrité, je suis .... etc"


Il vous a tant été dit par tout le monde. Vous avez été nommés par vos parents. Vous avez probablement été aussi blessés par eux. Vos professeurs vous ont probablement dit que vous étiez stupides ou intelligents. Vous avez été traités de bon ou de mauvais par vos leaders religieux. On vous dit tous les jours, par le pouvoir fou des médias, qu'il y a des choses dont vous avez besoin pour paraître beau, pour vous sentir bien, agir bien. Est-ce que cela est VOUS ?????

Qu'avons-nous donc fait? Quelle grave erreur l'humanité a-t-elle faite?
Nous nous sommes séparés les uns des autres et du cœur même de qui nous sommes.

S'il vous plaît, assez de mots. Arrêtez maintenant. Arrêtez toute pensée de singularité. Arrêtez tout et regardez ce qui est là. Qu'est-ce qui est toujours là? Juste ce doux moment de liberté, si subtil, si petit, si tranquille, si Vous! Et je suis là, et vous, et nous tous appelés êtres humains, là, dans ce souffle! Soufflez maintenant et ressentez la liberté que vous êtes, que nous sommes tous.
Nous sommes le Pur Silence lui-même!

Plein d'amour pour vous!

Mark Mac Closkey
Page originale traduite par Christine

jeudi 20 novembre 2014

Plaidoyer pour les animaux avec Matthieu Ricard (2)


...mon propos n'est ni de condamner, ni d'imposer aux gens ce qu'ils doivent faire ; c'est une supplique, je dis juste : essayez de ne pas détourner le regard et après, tirez-en vos propres conclusions, en votre âme et conscience. 


 


mercredi 19 novembre 2014

Plaidoyer pour les animaux avec Matthieu Ricard (1)


"Ces tueries de masse et leur corollaire - la surconsommation de viande dans les pays riches - sont une folie globale : elles entretiennent la faim dans le monde, accroissent les déséquilibres écologiques et sont nocives pour la santé humaine."






mardi 18 novembre 2014

Né à chaque instant...


Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’enfant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…


Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.


Fernando Pessoa


lundi 17 novembre 2014

Présence de Douglas Harding à Ardenne


Douglas Harding et l'histoire de sa vie :
Les faits sont favorables...

"Etre un avec le monde comme j'avais essayé en vain de l'être pendant tant d'années, consiste simplement à n'être rien. Aimer, c'est disparaître en faveur d'une autre personne. 
C'était vraiment une bombe puissante et dangereuse. 
Plus rien ne reste, ici, pour refuser le monde."
Alain Bayod 
(après une rencontre avec Douglas Harding)




dimanche 16 novembre 2014

Ivresse de l'altitude avec Philippe Mac Leod


Sur les chemins d’humus et de rêveries, qui s’insinuent entre la mousse et la pierre, la lueur pâle du petit jour qui peine à percer la verte forêt, des hêtres en nombre se sont assemblés pour dérouler l’espace que je déplace, épais mais sans obstacles, couvert mais non point séparé, croisé d’ombre et de lumière, tendu de jeunes feuilles qui filtrent le rayon maintenant trop vif.

Je reviens souvent en ces lieux oubliés, ne négligeant aucune sente, ajoutant aux arbres une branche nouvelle chaque fois plus fine, dans les miroitements d’octobre ou l’éclat perlé d’avril, m’enfonçant, me faufilant, avant de franchir le dernier saut du ruisseau et de poser un pied familier sur le haut plateau, la clarté nue, la grappe d’or d’un soleil souverain, le fruit qui m’aura mûri avant de pouvoir le cueillir.

Je marche maintenant à la pliure d’un livre ouvert, sur la jointure d’un fil cousu dans la roche, entre deux grandes pages dressées de part et d’autre comme une mer qui livre passage sous mes pas. Le vallon suspendu s’élève en pente douce, tandis que je saute de ligne en ligne, qu’étagent les lacets de l’étroit sentier.

Je cherche l’autre versant des mots, l’esprit sous la lettre, au-delà du col que je ne perçois pas encore. J’avance comme sur une échelle, en me guidant aux buissons qui flambent, contournant la tache des reliefs ou écartant les larges plis d’ombre. Mon nom est inscrit là, dans la roche, parmi d’autres qui m’ont précédé et ceux dont la naissance dort toujours sous les pierres. Il a des résonances étranges, des voyelles vastes et ventées. J’apprends seulement à le connaître – ou lui-même aujourd’hui consent à me rejoindre.

Le silence qui se murmure au creux des paupières closes, chaque lettre le forme, les jambages comme les courbes, chaque syllabe le recompose, chaque nom l’entonne, clarines d’azur, cliquetis des sources, tintement de l’air contre la roche. Du livre, j’ai levé la tête. Une autre langue sourd des pentes nues, et roule d’une voix légère, parole pleine, parole à boire, où je disparais derrière la brèche, alors qu’au loin, de la vallée perdue, une cloche sonne longtemps, comme un reflet de métal au soleil.

Oh ! tout ce grand air que nous sommes ! L’air qu’on respire, qui est en nous, avec le vert, le brillant de la nuit, la clameur pleine d’un jour rond. Tout cet air qui se boit, qui se pleure, c’est la terre qu’on enlève d’un regard, l’espace jeune où la forme scintille, où je disparais pour un jour plus haut, un jour d’air qui remplit d’une plénitude sans bord ni lendemain.

Et ce grand silence plus bas, plus loin que la chair, qui remonte les courants comme l’aile immobile du rapace et traverse le cœur en défaisant chaque pli, d’où vient-il, de quels infinis qui semblent se rejoindre à la couture du ciel et de la terre, où dehors et dedans n’ont plus cours ? À travers le grand prisme de l’air, je vois maintenant des formes qui n’enferment plus rien, un monde nouveau qui n’apporte que sa fraîcheur pour me refaire un visage, une chair, un jour neuf et brillant comme un sou bien froid dans la main qui ne voudrait plus jamais se refermer.

Souffle moiré, froissement de lumière, atmosphère comme une élévation, une éclosion, une émanation, un bouquet, un essor d’ailes transparentes, un envol, une radieuse et claire expansion : l’air que je respire comme celui qui m’aspire m’enveloppent et me défont, souffle je passe, souffle je demeure.

source : La Vie 2014