vendredi 4 septembre 2015

Quelle est la richesse du moment présent ? avec Jacques Castermane


Il nous faut avouer que nous semblons préférer penser notre vie ou rêver notre vie plutôt que de vivre notre vie d’instant en instant. Se laisser emporter - en pensée - dans le passé qui n’est plus ou dans le futur qui est à venir (peut-être) est la cause première d’une vie intérieure agitée. Lorsque le mental (mind) devient cette puissance autonome qui fabrique sans cesse des idées d’espace et des idées de temps, il devient le domaine du souci, de l’agitation, du stress, de l’inquiétude et de cette angoisse souterraine qui conduit à une consommation abusive d’anxiolytiques.

L’intuition qu’il est possible de guérir, de cette maladie qui est propre à l’être humain, engage aujourd’hui bon nombre de personnes à la pratique de la méditation. Cependant, le sens de la demi-heure quotidienne consacrée à l’exercice de la pleine attention devrait nous inciter à exercer la pratique méditative dans le quotidien.

Il s’agit, comme pour l’exercice appelé zazen, d’une rupture avec notre manière d’être habituelle dans tout ce qu’on fait. Le quotidien comme exercice, c’est apprendre à voir et à vivre la coïncidence de trois évènements. Quelle que soit mon action, elle est réalisée dans l’espace-vécu et le temps-vécu. « Ici et maintenant » je fais le pas qui participe à mon déplacement d’un bureau à l’autre, de mon domicile au parking. « Ici et maintenant » je prépare le café, je beurre la tranche le pain, je lève le bol en direction de mes lèvres.

Ici et maintenant - Hic et Nunc - ! Invitation à, non pas s’ancrer mais à se couler dans la réalité présente. Il n’est rien de statique dans cet adverbe d’espace associé à cet adverbe de temps qui s’adjoint à tout verbe d’action.


Que ce soit au cours de la méditation de pleine attention ou dans la pratique méditative dans le quotidien il faut éviter, à tout prix, de vouloir « fixer » l’attention. L’attention, fonction du corps vivant (Leib) coule ... coule ... comme la respiration coule. Ce qu’on appelle le moment présent, coule... coule ... comme l’eau du ruisseau coule. C’est le mental, la conscience « de », qui fixe ce qui ne peut être fixé. Méditer, c’est demeurer dans le non situé. Voilà encore une rupture avec notre manière d’être habituelle, notre manière de faire habituelle et notre manière de voir habituelle.

Comme quiconque, longtemps j’ai pensé que ma vie commencerait véritablement lorsque la vaisselle sera terminée ... lorsque j’aurai répondu au courrier... lorsque j’aurai fini de tondre la pelouse. Jusqu’au jour où m’a été posée cette question : « Quelle est la richesse du moment présent ? ». Il m’a fallu me poser cette question souvent, très souvent, pour que, tout à coup la réponse fuse du plus profond de moi-même : « La richesse du moment présent ? C’est celle que je lui donne ! ».

Jacques Castermane

mercredi 2 septembre 2015

Vivre le temps présence...





Emotions à métaboliser et non pas à diaboliser... avec Thierry Janssen


Il y a quelques semaines, une dame me dit qu’elle est à la recherche d’un spécialiste de la médecine des émotions. Deux jours plus tard, j’entends un psychiatre parler de la nécessité de bien gérer les émotions. Et, ce matin, je lis un article sur les nouvelles thérapies des émotions. Mais d’où vient cette idée qu’il faut soigner les émotions ? Éprouver des émotions serait-il le signe d’une pathologie ? « Gérer », « traiter », « guérir » sont-ils des mots appropriés pour parler de la bonne attitude à adopter face à nos émotions ? Je pense que non.

Le concept d’une « médecine des émotions » me paraît révéler une profonde méconnaissance à propos de ce qu’elles sont et, surtout, de ce que nous pouvons en faire. Il faut dire que nous sommes les héritiers d’une culture qui a longtemps diabolisé les phénomènes émotionnels, considérant que ceux-ci perturbaient la sacro-sainte rationalité. Des générations avant nous ont tenté de les maîtriser, de les refouler, voire de les nier. Puis des chercheurs comme Antonio Damasio ont montré que, sans elles, il ne pouvait pas y avoir de véritable rationalité. Car nos émotions sont de l’information; elles nous renseignent sur la qualité de nos expériences. Elles sont agréables (joie, enthousiasme) quand ce que nous percevons ou ce que nous pensons est bon pour nous. Elles sont désagréables (peur, colère, tristesse) dans le cas contraire. Chacune de nos perceptions génère une émotion qui devient un sentiment qui alimente nos pensées. Et, en retour, chacune de nos pensées génère une émotion qui se manifeste dans notre corps et donne lieu à une perception. Nos émotions sont le pivot central de notre expérience. Elles contiennent l’énergie qui fait le lien entre le corps et l’esprit; elles permettent de transformer une pensée en acte, et un acte en idée. Energeia en grec : la « potentialité d’une action ». Nos émotions nous font bouger dans la tête et dans le corps ; elles sont ce qui nous rend vivants. Emovere en latin : « mettre en mouvement ».

Nous devrions faire attention aux mots que nous utilisons. Car parler de médecine, de soins, de traitements ou de guérison en ce qui concerne les émotions risque de perpétuer les représentations négatives héritées de nos ancêtres. Au lieu de combattre nos émotions, nous devrions les considérer comme des phénomènes incontournables et indispensables. Cela nous permettrait d’apprendre à les métaboliser pour utiliser l’énergie et l’information qu’elles contiennent. Le métabolisme est l’ensemble des réactions chimiques qui permettent de récupérer l’énergie contenue dans les aliments grâce à l’apport d’oxygène. Métaboliser une émotion demande donc de l’accueillir comme une nourriture et de respirer profondément. Dès que nous nous comportons de la sorte, la manifestation corporelle de notre émotion s’estompe, son information génère des idées nouvelles dans notre pensée et son énergie devient disponible pour une réponse adaptée à la situation.

Un petit conseil, donc. La prochaine fois que vous éprouverez de la colère ou de la tristesse, ne contractez pas vos muscles pour réduire la sensation désagréable qui accompagne ces émotions. Ne bloquez pas le mouvement de la vie en vous. Au contraire, inspirez amplement, détendez-vous, restez présent à vous-même, prenez pleinement conscience de votre émotion, écoutez votre sentiment et goûtez le plaisir de vous sentir intensément vivant. C’est si bon et tellement rassurant.

Thierry Janssen
(source Psychologies)


lundi 31 août 2015

En contact avec la prière avec Sogyal Rinpoché


J'aimerais partager avec vous cette très belle prière de Jigmé Lingpa, que nous récitons au Tibet afin d'invoquer la présence du maître dans notre cœur :

"Du lotus de la dévotion qui s'épanouit au centre de mon coeur,
Ô maître plein de compassion, mon seul refuge, élevez-vous
Je suis tourmenté par mes actions passées et mes émotions turbulentes;
Afin de me protéger dans cet état infortuné,
Demeurez, je vous prie, comme un joyau au sommet de ma tête,
le mandala de la grande félicité,
Faites que s'élèvent en moi toute ma claire conscience
et toute mon attention."

...J'ai connu des personnes qui, même aux derniers stades précédant la mort, ont accompli des progrès spirituels tout à fait surprenants, grâce à une seule prière, un seul mantra, une seule visualisation avec lesquels elles avaient réellement établi un lien de cœur.

Sogyal Rinpoché
Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort


dimanche 30 août 2015

Le moi encore en vacances avec Alexandre Jollien


C'est quand même dingue qu'il faille presque lutter pour se laisser aller, apprécier la vie et, en un mot, être en vacances. Comment s'approcher d'un esprit plus contemplatif et quitter les mécanismes de la réaction et de la précipitation ? Et comment garder cet esprit-là au retour des vacances ?

M'aide le conseil de ce moine qui m'a dit tout net : « Tant que votre ego ne sera pas lui-même en vacances, vous n'atteindrez jamais à la paix, à la cessation des tiraillements, à la disparition de la fatigue. Aussi longtemps qu'il s'accroche, qu'il poursuit avidement, du matin au soir, des buts, toute rémission vous sera interdite. » Le diagnostic posé, ne reste plus qu'à trouver le remède, car nous risquons fort de tourner carrément en rond jusqu'à l'épuisement, et il y a quelque chose d'éreintant à échapper à l'insatisfaction.

Épicure nous livre déjà une clé pour nous mettre un peu au vert : « Notre seule occupation doit être notre guérison. » Et si prendre des congés, c'était avant tout prendre soin de soi, ménager notre corps, oser quelque halte et véritablement franchir une étape ? Mais guérir de quoi ? D'abord, il convient de s'éloigner des poisons, de couper le téléphone, de fermer Facebook et pourquoi pas s'inscrire, pour une période, aux abonnés absents ? Qui a dit que ce retrait momentané participait de l'égoïsme alors que c'est tout le contraire ?

Mais rompre avec les habitudes ne suffit pas. Il s'agit, comme le préconisaient les philosophes grecs, de nous prescrire un kanôn, une règle à suivre. On peut continuer longtemps à se réveiller dans la dispersion, à vivre sous le mode du pilotage automatique, mais vient l'heure où l'urgence est à la pratique. Sans s'encombrer d'une armada d'outils, il y a un chemin qui s'ouvre.

Dans la Vie parfaite, Catherine Millot dit mieux que quiconque celui dont je dois prendre congé : « Le moi est avant tout une instance de maîtrise. C'est un système de défense, au service du principe de plaisir, contre le dehors, mais aussi contre ces pulsions, intimes et étrangères à la fois, qui nous habitent. Ce sont ces remparts qu'il s'agit d'abattre, ce barrage contre le Pacifique qu'il faut ruiner. Disons-le autrement : le moi est une organisation pour résister à la passivité essentielle du sujet à l'égard de l'Autre. Le moi est foncièrement résistance à Dieu (...). »

Au fond, pour garder l'esprit en vacances, il faut se départir, se déprendre de l'ego. Sa seule tâche est de nous pourrir l'existence, de nous faire croire à des chimères et de nous installer sur des rails qui peuvent nous conduire droit dans le mur. Ce supermanipulateur nous attache de toutes parts, il nous empêche d'être libre. Dès lors, l'exercice des vacances, c'est de lui désobéir, de descendre plus profondément en soi pour s'ouvrir à autrui, pour tenter un nouveau mode de vie.

Voilà le véritable périple : entreprendre ce déménagement intérieur, ce décentrage, oser le grand saut, renoncer à la pleine maîtrise. Pour notre malheur, nous avons associé l'abandon, la confiance, le laisser-être, l'ascèse à quelque chose de triste, voire à une corvée. Alors que s'échapper des bornes de nos schémas mentaux, quitter un peu l'étroitesse du coeur conduit à un bonheur redoutable pour l'égo.

Alexandre Jollien est un philosophe et écrivain né en 1975 à Savièse, en Suisse. Son dernier livre, Petit Traité de l'abandon, est paru au Seuil.


samedi 29 août 2015

Danis Bois et "La vie entre les mains" (1)



...Un autre événement rapporté également dans La vie entre les mains allait m'interpeller. J'y raconte un épisode qui m'était arrivé en 1973, alors que j'étais jeune kinésithérapeute : «j'eus à m'occuper d'un malade en état de coma profond nouvellement arrivé en service de réanimation. J'allais lui apporter des soins, et m'aperçus en entrant, que je le connaissais : ‘si vous me reconnaissez, serrez-moi trois fois la main', lui dis-je. Il le fit, des larmes coulaient sur son visage. Cette rencontre fut bouleversante : et si le coma profond laissait intact une certaine forme de perception ? S'il existait une autre perception ?... »

Je découvrais étourdi, l'existence d'une conscience qui se cache dans l'ombre et je soupçonnais la présence d'une perception qu'il fallait redécouvrir en plongeant dans soi. En vue de pénétrer ce mystère, je commençais à me familiariser avec une pratique d'intériorisation. Chaque jour, je m'offrais un moment de silence où je fermais les yeux et vivais à l'intérieur de mon corps, ce qui était jusqu'alors inaccessible à ma conscience. C'est ainsi qu'à l'âge de vingt-sept ans j'écrivais dans mon journal : « Un vent nouveau m'amène plus loin : l'exploration du silence interne. Sans technique orientée, sans influence d'aucune sorte. Je m'installe dans une chambre isolée, dans une position de mon choix, et je ferme les yeux. Il y a dans ces rendez-vous un goût d'insolite. Chaque moment, est source de nouvelles découvertes, ne ressemblant jamais à aucune attente. Ces sensations éphémères continuent de résonner dans mon corps » (journal intime, 1976). 

Ce que je rencontrais était plus étrange que ce que mon entendement était capable de concevoir, c'est pourquoi j'écrivais à l'époque : « J'ai décidé de soigner ma surdité à l'inaudible, non pas en ouvrant grand mes oreilles, mais en débridant la partie trop rationnelle de moi-même. (...) Je me sens au bord de quelque chose de nouveau. mais un mur invisible m'en sépare encore.» (Journal intime, 1976). 

Jusqu'alors, je faisais l'expérience de l’intimité du corps en me sondant moi-même dans mes faces à face quotidiens avec le silence. La pratique de la kinésithérapie ne répondait plus à ma quête de profondeur, c'est pourquoi j'entrepris dans les années 1975, des études d'ostéopathie, discipline qui me paraissait plus en adéquation avec ma quête existentielle. Avec cette pratique, je rencontrais la vie subjective mais cette fois-ci à travers le corps d'autrui et non plus seulement à travers mon propre corps...


"Rien n'est plus proche de l'absolu que le silence. 
Il n'y a rien de plus proche de l´être que le silence habité de la présence en soi"


vendredi 28 août 2015

Imploration...





photos prises près de Bondigoux, au nord de Toulouse, dans un petit carrefour perdu en campagne...



mercredi 26 août 2015

Mudras : le yoga des doigts


L'origine des mudras remonte à la tradition védique où les hymnes étaient récités à l'aide de mouvements de doigts.

Dans la doctrine du yoga, une mudra est un geste de la main ou une position corporelle symbolique. Il existait au départ neuf mudras de Bouddha, destinées à accompagner la méditation. Aujourd’hui, les danseurs indiens en ont inventé plusieurs dizaines, lesquelles auraient des effets bénéfiques sur le corps et l’esprit grâce à une stimulation des zones réflexes de la main et des doigts. Parmi les différentes mudras, en voici une que vous pouvez effectuer chez vous afin de vaincre le stress. Commencez par mettre dos à dos les doigts de chaque main puis frottez-les doucement les uns contre les autres. Ensuite, mettez les pouces en contact et rabattez les autres doigts sur la paume des mains. Celles-ci sont à hauteur d’estomac et les avant-bras à l’horizontale. La thyroïde sera alors régulée et vous retrouverez un rythme respiratoire adéquat. Cinq à sept minutes suffisent généralement pour faire disparaître la tension.





lundi 24 août 2015

Profitez des 1000 vertus de la lavande

S'il ne vous fallait qu'une huile essentielle, ce serait celle-ci tant son usage est polyvalent. Entre autres, elle combat l'anxiété. Grâce à elle est née l'aromathérapie.

Calmante, sédative, antiseptique, antidouleur et cicatrisante : la lavande possède de nombreuses propriétés et convient à toute la famille, jeunes enfants comme personnes âgées. Au début du XXe siècle, le négociant de parfum lyonnais René-Maurice Gattefossé, atteint de gangrène suite à une grave brûlure, décide de se soigner avec l'huile essentielle de lavande, dont il fait négoce. Suite à ses résultats stupéfiants, la précieuse fragrance fut alors introduite dans de nombreux soins médicaux et hôpitaux. De fait, s'il ne vous fallait qu'une huile essentielle, ce serait celle-ci, tant elle est d'usage facile et polyvalent. On l'appelle lavande vraie, fine ou officinale et c'est avec elle qu'est née l'aromathérapie. Il ne faut pas la confondre avec les lavandins (bien moins chers) ou la lavande aspic (Lavandula spica) : plus efficace contre les piqûres et venins d'insectes ou animaux, elle ne convient pas aux jeunes enfants, femmes enceintes et allaitantes et n'a pas les vertus apaisantes et sédatives de la lavande officinale.

Propriétés

« De nombreuses études rapportent son efficacité sur le stress, le sommeil et les palpitations cardiaques », dit Françoise Couic-Marinier, pharmacienne, aromathérapeute et formatrice au sein de plusieurs hôpitaux. « Elle agit si efficacement sur l'anxiété qu'elle a donné lieu à un médicament en Allemagne, qui offre les mêmes performances que le Témesta ou le Valium, des anxiolytiques aux lourds effets secondaires ». D'autres études ont montré son effet antiseptique et son action sur le sommeil lent, profond des bébés et la diminution de leurs pleurs.

Mode d'emploi

C'est une des seules huiles essentielles que l'on peut utiliser pure sur la peau (une à deux gouttes) : sur les poignets en cas de stress, de problème de sommeil ou de palpitations cardiaques (difficulté à respirer) ; ou sur une brûlure, associée ensuite à un tulle gras ou du gel d'aloe vera. Elle convient aussi aux femmes enceintes et aux nourrissons : diluez-la par exemple dans une huile d'amande douce (2 à 5 % d'huile essentielle) pour masser les bébés le soir. Contre l'eczéma, on peut aussi la mélanger à de l'huile de calophylle inophylle (ou autre huile ou crème). Pour une qualité optimale, choisissez-la bio ou AOC (Haute-Provence).

Relaxation et rhumatismes :

Tisane : si vous appréciez son goût, voici un moyen efficace pour retrouver le calme et le sommeil à moindre coût : une cuillère à café de fleurs dans 20 cl d'eau frémissante infusée de 10 à 15 minutes, une à trois fois par jour (soir et coucher pour le sommeil).
Bain relaxant : pour les troubles du sommeil, la peur du noir chez les enfants ou les problèmes de peau, plongez dans l'eau du bain 50 à 100 g de lavande contenus dans un sachet de tissu fin, ou diluez trois gouttes d'huile essentielle (HE) dans deux cuillères à soupe de crème ou de lait (les HE ne se dissolvent pas dans l'eau, il leur faut un corps gras au préalable).
Huile antirhumatismale : laissez macérer 15 jours au soleil 50 g de fleurs dans une bouteille de 500 ml d'huile d'olive, d'amande ou de jojoba. Filtrez, conservez à l'abri de la lumière et utilisez cette huile en friction sur les zones douloureuses (courbatures, tensions, rhumatismes...).