lundi 26 octobre 2020

Au gré du courant des mots...

 


Voici quelques extraits d'un livre que je viens de lire :

"On embrasse, on acclimate, on déraisonne, on raccommode, on s'accommode, on marchande, on saisit, on repousse, on ment, on fait ce que l'on peut, et on finit par croire que l'on peut. On veut faire croire aux hommes que le temps s'écoule d'un point à un autre, de la naissance à la mort. Ce n'est pas vrai. Le temps est un tourbillon dans lequel on entre, sans jamais vraiment s'éloigner du cœur qu'est l'enfance, et quand les illusions disparaissent, que les muscles viennent à faiblir, que les os se fragilisent, il n'y a plus de raison de ne pas se laisser emporter en ce lieu où les souvenirs apparaissent comme les ombres portées d’une réalité évanouie, car seules ces ombres nous guident sur cette terre."

"L'œil hésite devant l’harmonie, parcourt, s’en va, revient, ne s'attache pas durablement, voyage à l’infini. L’œil n’hésite jamais face à la rupture, l’évidence d’un contraste, aussitôt attiré qu’il se détache de ce qui l’a précisément attiré, comme repu. L’attraction primaire n’est que vulgarité. Trop de rouge sur les lèvres, sur les joues, trop de fard autour des yeux ; ces vêtements qui parlent à la place des corps, ces démarches qui s’appuient sur d’éphémères désirs. la beauté est une humaine conception. Seule la grâce peut traduire le divin. La beauté peut s’expliquer, pas la grâce. La beauté parade sur la terre ferme, la grâce flotte dans l'air, invisible. La grâce est un sacrement, la beauté, le simple couronnement d’un règne passager."

"Le vent se leva, donnant un volume supplémentaire à la forêt, comme un oiseau gonfle son plumage pour impressionner l’ennemi, signifiant que quoi que les hommes entreprennent contre elle, que quelque infime bataille gagnée n'en feraient jamais un vainqueur. La vallée contenait à elle seule le passé, le présent et l’avenir, s’était fabriqué un temps unique, pas une éternité à hauteur d’homme."

Frank Bouysse

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A faire soi-même

 Réaliser ses produits vaisselle pour respecter l'environnement :


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dimanche 25 octobre 2020

Le visage éternel

 

Lors d'une de mes promenades dans les rues de Paris, je suis tombée sur un jeune garçon de 5 ou 6 ans qui contemplait pensivement la façade de l'immeuble devant lui, attendant patiemment que sa mère termine une conversation à quelques pas de là. J'aime toujours regarder ce que regardent les enfants, car ils voient ce que nous ne savons plus voir et qui pourtant saute aux yeux. En l'occurrence, il y avait au rez-de-chaussée de l'immeuble, une large et grande fenêtre à barreaux qui réfléchissait dans le miroir de sa vitre teintée le bleu du ciel, le blanc des nuages et le feuillage d'automne d'un arbre.


Les anges portent-ils des masques ?

« Que regardes-tu ainsi ? », lui ai-je demandé. Il a levé les yeux vers moi, et il m'a répondu en riant : « Tu ne vois pas ! Ils ont mis le ciel en prison ! » Oui, ce n'était pas un mirage, et j'avais bien devant moi la prison du ciel. Pourquoi mettons-nous des barreaux à nos fenêtres ? Pour que personne ne rentre chez nous ! Pourquoi mettons-nous des vitres teintées ? Pour que personne ne voie à l'intérieur ! Et bien souvent, nous oublions qu'il suffit de quelques barreaux et d'une vitre teintée pour arrêter le ciel et fermer notre porte à Celui qui frappe patiemment pour entrer chez nous et y faire sa demeure. Or voilà que le vent souffle, faisant défiler les nuages et tomber les feuilles dans le miroir.


Heureux d'avoir quelqu'un à qui parler, ce jeune garçon m'a demandé si je pensais que les anges autour de nous portaient des masques eux aussi. Je lui ai répondu que je ne savais pas, mais que je pensais que les anges pouvaient perdre, en ce moment, leurs plumes, comme les arbres, leurs feuilles. Que se retrouvant nus, ils auraient besoin cet hiver de la chaleur de nos coeurs, et que, dépourvus d'ailes, ils emprunteraient nos bicyclettes, au printemps, pour aller chercher des plumes toutes neuves.

« Es-tu prêt à prêter ton vélo à un ange ? », ai-je demandé à cet enfant, conquis par mon histoire. Du haut de son âge encore déraisonnable, il m'a dit que oui, si c'était pour qu'il change de plumes et en retrouve d'autres ! Il m'a alors confié que sa mère lui avait expliqué que les masques que les adultes portent dans la rue sont comme les masques de beauté qu'elle étale parfois sur sa peau le soir. Ce sont des masques qui vont permettre aux personnes de se faire beaux et belles. Des masques qui vont soigner leur peau, et réparer quelque chose en eux pour que leurs sourires reviennent au printemps.

 

L'autre : un visage, un rivage

Moi qui ne sais plus regarder les gens dans les yeux, ne voyant que leurs masques, voilà que ces paroles de mère et d'enfant me sauvaient du naufrage. Quelle joie de pouvoir envisager différemment ces barreaux de tissu où nous emprisonnons le ciel et nos sourires ! Comme si seules les mères connaissaient pleinement ce mystère du face-à-face, du cœur-à-cœur, du « joue-à-joue » que sont les visages. Comme si seules les mères pouvaient entendre le désir du jeune enfant en nous de dévisager. Comme si seules les mères pouvaient nous apprendre à voir en l'autre ce qu'il est : un visage, un rivage.

Rentrée chez moi, désireuse de plonger mon regard dans un visage, j'ai mis sur ma table de travail une icône de la Sainte Face. Les peintres d'icônes nous rappellent que le Christ est un visage. Non pas un masque de personnage, mais le visage d'une personne. Un visage qui a connu nos ténèbres et qui s'est illuminé d'amour pour ces enfants perdus en recherche de face-à-face que nous sommes. Une icône ne fige pas les traits et elle ne masque rien. Elle accepte la vie comme la mort, elle accomplit tout et elle nous donne à contempler ce que le ciel a ouvert et révélé en nous : son visage éternel.


Charlotte Jousseaume
source : La Vie
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samedi 24 octobre 2020

Perdre...

 Christian Bobin:

"Et vous, vous avez beaucoup perdu ?
On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j'ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l'argent mais des êtres. J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons. Mais je sais aussi, en même temps, que c'est une perte et qu'elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus?"


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vendredi 23 octobre 2020

En communion avec vous...


Je voudrais remercier les éditions Accarias L'originel pour la qualité de leurs publications. 
A la manière de l'agroécologie qui nous offre de voir le rapport à la nature différemment, elles nous offrent une "cerveauécologie", une approche différente de notre façon de penser et d'aborder le réel.
Enraciner notre être dans la nature et déraciner les pensées créées par le mental...
Voici un nouveau livre qui peut nous aider précieusement sur ce chemin de communion, avec Arnaud Desjardins.


Les Lettres d’Arnaud Desjardins à ses élèves est le premier ouvrage posthume de l’auteur, mort en 2011. Ces correspondances suivies permettent d'entrer dans l'intimité de la relation maître à disciple et de voir comment l’élève est guidé pas à pas au travers des situations existentielles qu’il rencontre dans son quotidien. Arnaud ne répond pas seulement à l’élève dont il a le courrier sous les yeux, c’est à chacun de nous qu'il parle directement, de cœur à cœur.
Ce livre apporte des réponses concrètes aux questions que toute personne se pose face aux difficultés qu'elle rencontre dans sa vie, que ce soit dans les domaines professionnel, affectif ou familial. Toutes les circonstances qui jalonnent une existence humaine, avec ses joies et ses épreuves, y sont ainsi abordées, en étant chaque fois resituées dans une perspective spirituelle.
C’est un ouvrage tout public mais le lectorat d’Arnaud Desjardins sera particulièrement intéressé par ce livre posthume qui permet de découvrir cet auteur sous un jour nouveau.


« Pour Arnaud, la découverte de la conscience infinie et éternelle, c’est la réalisation de la communion, de l’unité. Découvrir le Soi, Dieu en nous, c’est être en communion avec tout ce avec quoi nous entrons en relation, c’est être “ un ”avec tout ce dont nous prenons conscience. » 
Geoffroy d’Astier

« Puissent ces lettres, intemporelles et universelles, nourrir notre démarche, éclairer notre quotidien et nous rappeler que la réponse ultime se découvre dans l’intime de notre être. » 
Véronique Desjardins 

 232 pages. 18 € / Editions Accarias - L’Originel 3 allée des Œillets 40230 Saint Geours de Maremne.

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Un extrait :

François,

Tout ce que vous avez écrit est juste, parfaitement juste. Ne vous faites pas à l’avance d’idée trop précise sur ce qui vous attend en progressant vers le grand but. Mais vous avez compris comment faire un pas, puis un pas, puis un pas. 

Voir = ici, maintenant, ce qui est -> la paix inconditionnelle.

Discriminer entre voir et penser.

C’est en moi (dans la conscience) que tout se passe : « namarupa », les noms et les formes (sensations, émotions, pensées).

Je suis en communion avec vous.

Arnaud

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mercredi 21 octobre 2020

Recevoir...


 "Savez vous pourquoi le contentement imprègne mon ressenti ? Pas parce que je vis des états d'"éveil" extraordinaires. Mais Parce que ce que je reçois chaque jour, d'un bout à l'autre d'une journée ordinaire, je le reçois vraiment, pleinement. La lumière du jour, le paysage, l'énergie d'une rue, marcher, goûter un vin, boire un café, m'allonger pour quelques minutes de repos, entendre une voix amie, écouter de la musique, lire, m'asseoir à table, m'endormir … Me sentir vivant …

Tout cela je le reçois, sans que le mental n'interfère, ne m'empêche de pleinement le goûter. C'est pourquoi j'éprouve le contentement de quelqu'un qui se sent nourri. Je rencontre tant de personnes à qui la vie donne mais qui ne reçoivent pas et par conséquent se sentent insatisfaites."

Gilles Farcet

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mardi 20 octobre 2020

Pour ne pas oublier le sens !


Entre être un cas contact et être en contact, voici la différence :

 


la bande son est extraite de l'émission de France Inter "Grand bien vous fasse" dont le thème était "La société du sans-contact…" 

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Méditation et douleur


Prendre un temps pour méditer


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lundi 19 octobre 2020

Pour le mystère du vivant... avec Nicole (2)

 1er juin 2020

O.K. donc pour le suicide.

Mais comment? Car ce suicide doit servir de sonnette d'alarme pour signaler cet isolement total des personnes âgées avec repas en chambre et aux conséquences qui s'ensuivent.

Je mets un cadre à ma décision :

1) Quelques jours avant de mettre en œuvre concrètement ce suicide :

J'écris une lettre expliquant '' Les dégâts causés par la déshumanisation de cet isolement sans aucun contact avec l'extérieur , que subissent actuellement les personnes âgées des maisons de retraite, des Résidences seniors et bien sûr des Ehpad.

Je photocopie ce courrier. Je l'envoie en recommandé avec accusés de réception :

- Aux associations s'occupant de soins palliatifs... et autres.

- À la presse régionale,

- À la presse médicale, politique, aux directeurs des Ehpad...ayant pignon sur rue et au ministre de la santé etc... Cela va de soi !

  • Lieu du suicide....je choisis la mer, un magnifique coin accessible dans les calanques...( tant qu'à faire !...)
  • Comment y aller? Facile, je commande un taxi pour un soi-disant rendez-vous à l'hôpital, avec une ordonnance en bonne et dû forme, à la bonne date bien sûr !...Arrivée à l'endroit que choisi, je règle la course en prétextant qu' un ami m'a proposé de m'accompagner à l'hôpital et qu'il vient me rejoindre là

2) Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tout azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion... c'est mon souhait. Bien sur, cette décision tournicote en moi, elle n'est pas anodine....

Peu à peu je réalise que ce suicide n'est pas un acte de lâcheté et que, bien au contraire, il correspond à ce qui m'est vital :

agir selon ma conscience, selon mon cœur,

vital pour moi et pour ceux qui m'entourent…

quelques jours passent...et, à mon étonnement, une maturation intérieure prend forme, s'incarne, s'exprime :

C'est l'heure du repas à midi...J'avance de quelques pas devant ma table et à ma surprise, m'exclame d'une voix de stentor: " JE FAIS LA GRÈVE DE LA FAIM!...."

Et je m'assois devant mon assiette sans y toucher bien sûr....stupeur générale

À la fin de mon repas virtuel, je regagne mon studio. La responsable du repas m'apporte alors un plateau en chambre, je le refuse...lui redis comment je ressens ce que nous sommes en train de vivre, comment cela est géré sans tenir compte de nos besoins d'êtres humains, comment cela nous transforme intérieurement peu à peu en clones irresponsables, chosifiés....elle prend acte.

Sans doute, après ma décision prise en public, y a t-il eut réunion avec la direction ; cette personne est revenue me voir pour me dire que ma décision de faire la grève de la faim avait été entendue et que certains aspects pris en compte en compte (..? ..) bien sûr, dans le domaine du possible mais en tenant compte de ce que ce confinement impliquait pour nous, les '' super-confinés''.

Je suis soulagée....je ne craignais pas l'acte du suicide mais cela représentait de la fatigue pour moi, trop d'énergie à déployer alors que je sais qu'actuellement, je n'en ai pas beaucoup à ma disposition… Tandis que la grève de la faim non! C'est une voie royale qui convient à mes possibilités réduites…

Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tous azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion...c'est mon souhait.


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dimanche 18 octobre 2020

Pour le mystère du vivant... avec Nicole (1)


Témoignage de Nicole sur la période de confinement.


 

Je pleure

ou plutôt ''cela '' pleure en moi

Qu'est-ce que '' cela '' ?

m'appartient-il ? est-ce moi ?

Est-ce que je le connais ?


Non, je ne le connais pas

''cela '' est un inconnu pour moi...

Avec lui, j’apprends la compassion,

Je décrypte ce qu'il vit,

expérimente ce qui lui arrive.

''cela '' pleure dans mon corps

car la chair de ''cela '' refuse ce confinement,


elle hurle NON... !


Elle est la fleur qui se dessèche au soleil,

et meurt parce que la vie

ne l'irrigue plus...

Elle en est déconnectée...

déconnectée de son statut d'être vivant.


Mon corps, mon âme, mon esprit

ont eux aussi

perdu leur repères spatiaux.

Ils mélangent le réel à l'irréel.

Je me suis même surprise l'autre soir

en train de manger le potage avec la fourchette...

Intriguée, je veux comprendre pourquoi

tout se déglingue en moi.




22 mai 2020

Je cherche sur l'ordinateur :

'' Quels sont les dégâts causés chez un être humain

soumis à un isolement drastique, que cela soit en milieu carcéral

ou dans une Résidence seniors : Atteintes cérébrales *

(vérifiées avec un électroencéphalogramme ),

atteintes corporelles, désordre psychique !  ́ ́

À ma surprise, je retrouve sur la toile, les mêmes symptômes

que ceux que je suis en train de vivre...

Le syndrome que ce soit pour certaines personnes âgées

ou pour le prisonnier au cachot est identique,

Quelle joie de me savoir revenue parmi les humains.

Non je ne perds pas les pédales, je ne suis pas une mauviette...

Car je suis quand même encore un peu vexée par ces réactions

qui ne me ressemblent pas trop.

Je ne suis pas du style à baisser les bras mais à agir.

Agir, comment ?

Le premier plan qui se présente en moi, c'est le suicide.

Pourquoi le suicide?

Parce que je m'aperçois que quelques-uns d'entre nous, les super-confinés, commençons à

perdre notre boussole intérieure. Moi aussi, je sombre petit à petit dans un total non-sens, je

découvre la contrée étrange de la déshumanisation.

Le logiciel de mon corps devient un inconnu pour moi.

Je dois rompre ce cycle infernal, agir...

il y a urgence, grande urgence.

...


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Poids non supportable

 


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samedi 17 octobre 2020

Etoile intérieure

 


«Il est temps de se poser, d'écouter, d'aller vers l'intérieur. Il est temps de découvrir les contrées inconnues que chacun porte en soi, d'en explorer les profondeurs, les remous autant que les clartés, d'y trouver une assise en même temps qu'une lumineuse liberté. Loin de la cacophonie ambiante, il est bon de percevoir sa petite musique personnelle qui demande à se faire entendre, non parce qu'elle est supérieure aux autres, mais parce qu'elle est unique.»

Jacqueline Kelen

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