lundi 6 février 2023

Espace d'accueil

 


Il est naturel d'éprouver du ressentiment envers une personne qui nous blesse et nous fait souffrir.
Il est également humain de ressentir de la sympathie et de l'affection pour quelqu'un qui nous comble et participe à notre bonheur.
Lorsque vous vous engagez sur une voie spirituelle, vos ennemis sont déterminants quant à votre pratique.
Ils représentent une occasion et une chance uniques de progresser en vous aidant à développer la patience, la tolérance, l'amour et la compassion.
La tolérance envers ceux qui nous font du tord ne suppose en aucun cas de subir l'injustice.
Se montrer tolérant nécessite de mettre en place une action volontairement différente et dénuée de tout sentiment négatif comme la haine et la colère.
Nos amis ne nous permettent pas de cultiver la patience, cette force et cette détermination de l'esprit. Seuls nos ennemis détiennent cette capacité à nous éduquer.
Notre but n'est pas de devenir insensible ou indifférent en développant une attitude égale, envers tous les êtres.
Il faut avant tout poser de nouvelles fondations, créer un espace de liberté dans notre esprit.
C'est à partir de cet espace qu'il est possible d'engendrer des pensées et des émotions positives.
La patience est le seul moyen qui permet de dépasser la souffrance.
La forme de la patience la plus élevée consiste à accepter les épreuves avec joie.
Elle nous permet de développer la persévérance.
Le Dalaï Lama

***************

dimanche 5 février 2023

La fenêtre de l’âme


« L’essentiel était d’ouvrir ses yeux et d’aiguiser son regard pour faire la lumière sur sa vie, son état de vie, son milieu de vie », voilà ce que nous confie la chroniqueuse Charlotte Jousseaume.

À l’âge de 20 ans, j’ai ressenti l’appel d’air de la vie consacrée. J’avais failli mourir, une nuit, d’un empoisonnement, et je ne cessais depuis d’entendre au fond de moi la source de la vie qui s’était déblayée au seuil de la mort. J’avais marché, un jour, en forêt, et je gardais vive sur ma peau la mémoire de cette communion intense avec le vivant. Si l’infini avait désiré frapper ainsi à ma porte, impossible de l’ignorer et de lui refuser ma demeure. Les vêtements que me tendait le monde me semblaient tous trop étroits à porter. Seule la tunique sans couture du Christ était à même de m’envelopper.
Les arbres en ont décidé autrement, et c’est sur un autre chemin de vie que je me suis engagée. Traversant un printemps une forêt, j’ai aperçu à quelques dizaines de mètres de moi, une clairière faite de main d’hommes. Certes la lumière entrait à flots par cette trouée, mais le terrain avait été défriché, les arbres abattus et déracinés.
Apprendre la vigilance
J’ai compris, en toute évidence, qu’il fallait protéger mon bois sacré intérieur de toute forme de violence extérieure. Inutile de défricher, d’abattre et de déraciner… J’allais sacrer ma vie, non la consacrer !
La solitude est devenue ma clôture, et ma clairière. En véritable veilleuse, elle m’enseigna ce qu’enseigne la vie monastique : la vigilance. J’appris à son école à monter la garde sur les remparts de Jérusalem, en faisant une avec tout ce que je vivais… de la tête aux pieds ! Cette sève qui montait ou descendait le long de mon tronc, comme les anges sur l’échelle de Jacob. Ces feuilles qui, de saison en saison, s’ouvraient à la lumière, ou tombaient, mortes, sur le sol. Ces anneaux de croissance qui, d’année en année, marquaient le chemin parcouru intérieurement.

Passer à la clairvoyance
Un été, guettant la lumière dans la pénom­bre d’une pinède, je découvris, les yeux levés au ciel, la « timidité » des pins. Je savais que les conifères autour de moi s’assemblaient et s’épaulaient en profondeur par leurs racines. J’ignorais qu’ils savaient respecter entre eux la juste et bonne distance, pour que leurs branches ne s’enchevêtrent pas et que leurs aiguilles ne s’emmêlent pas. Je ris en apprenant que les naturalistes appellent « timidité » cette règle de vie communautaire ! Les pins épousaient la timidité, pour ne pas faire obstacle entre eux au passage de la lumière.
Cette « fente de timidité », dite aussi « fente de solidarité », m’a ouvert les yeux. Peu importait en effet la clairière (et l’état de vie, consacrée ou non) : ce qui comptait, c’était le regard clair ! En sacralisant entre eux cette règle de timidité, les pins ouvraient de concert au ciel la fenêtre de l’âme de la forêt. La lumière pouvait ainsi la pénétrer, sans besoin de rien défricher, abattre ni déraciner. Oui, l’essentiel était d’ouvrir ses yeux et d’aiguiser son regard pour faire la lumière sur sa vie, son état de vie, son milieu de vie. L’essentiel était de voir clair, de passer de la vigilance à la clairvoyance.
Et si, en cette fête de la vie consacrée, nous imitions non la multiplication des pains mais la timidité des pins ? Que nous vivions au cœur d’une clairière, dans la pénombre du bois ou en lisière, c’est en ouvrant la fenêtre de notre âme que nous verrons l’œuvre de la lumière en nous et autour de nous. Jésus n’a cessé de nous inviter à cette pureté du regard. L’Évangile de Matthieu (6, 22-23) rapporte : « L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé ; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. » Alors ouvrons nos timides fenêtres, et gardons le regard clair !

Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d’écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique (Cerf), Et le miroir brûla (Cerf) et J’ai marché sur l’écume du ciel (Salvator).
Source : La Vie
------------------

samedi 4 février 2023

Une belle personne

 

Chacun rêve, parfois dans le secret de son âme, parfois en l’exprimant,
parfois en se regardant dans le miroir en se brossant les dents,
de devenir une « belle personne ».
 
Quelle image nous faisons-nous d’une « belle personne » ?
C’est quelqu’un d’honnête, qui ne ment pas, qui se dévoue devant une personne souffrante physiquement ou moralement. Elle s’abstient de tout critiquer.
Au contraire, elle est bienveillante face à l’erreur, même à l’emportement,
à la critique à son égard.
Tout ceci lui confère une certaine grâce, quels que soient son physique et son âge.
Cela donne envie de la côtoyer.
 
Chacun pressent qu’être une « belle personne » procure une qualité de vie toute autre, qui pourrait se résumer par la joie de vivre.
 
Comment passer de : être une personne à être une « belle personne » ?
En fait le problème n’est pas là. Il est dans le choix.
Comment se fait-il que nous ayons tant de mal à décider de nous mettre en route pour réaliser cet appel si profond de l’âme ?
Là réside le mystère pour chacun.
 
La décision prise, il est facile de trouver un accompagnement, laïque ou religieux. Mieux encore, un accompagnateur qui corresponde à notre aspiration.
Évidemment, la voie commencée, elle s’avère semée d’embûches. Cependant cette quête, devenue concrète, avec ses outils de pratique, rend la vie passionnante, aventureuse, et finalement – ce que nous cherchions – magnifique et aimante.
 
Reste le mystère de chacun :
Qu’est-ce qui fait que je me décide ou non ?
 
 
Christian Rœsch


-------------

vendredi 3 février 2023

jeudi 2 février 2023

Important en cette période !

 


«L’être humain a des besoins fondamentaux : du calme, de la lenteur, du repos et de la continuité. 

Notre époque nous prive de tout cela. Plus une société est speed, plus il faut donner à notre cerveau des temps de pause ! 

Il ne s’agit pas de partir vivre dans un monastère. Il s’agit d’équilibrer. C’est la clé.»


Christophe André

------------



"En chinois, "prendre le temps" s'écrit avec le caractère qui désigne la porte ou la fenêtre. A l'intérieur de cette porte ou fenêtre, il y a le caractère de la lune. Cela signifie qu'il faut vraiment être libre pour prendre le temps de voir la lune et de l'apprécier. Aujourd'hui, la plupart d'entre nous ne dispose pas d'un tel luxe. Nous avons plus d'argent et de confort matériel mais nous ne sommes pas vraiment plus heureux, parce que nous n'avons simplement pas le temps d'apprécier la compagnie de ce qui nous entoure."
Thich Nhat Hanh La Terre est ma Demeure



------------

mercredi 1 février 2023

Spontanément oui !



Il faut que l’adhésion soit totale, absolue, sans réserve, à tout. Absolument tout. Tout à la fois ! Vous dites oui. Dans l’instant. Au début, c’est vrai, cela vous demandera un effort – énorme par moments. Je vais vous citer deux phrases de Mâ Anandamayi : « Sustained effort ends in effortless being. » « L’effort soutenu débouche sur l’état sans effort. » Ou encore « What has been gained through sustained effort is finally transcended and then spontaneity comes. » « Ce qui a été gagné à travers l’effort soutenu est finalement transcendé, et alors survient ce que les hindous appellent “spontanéité”. » Cette spontanéité-là ne veut pas dire donner un coup de poing à celui qui me bouscule sans le faire exprès ; cela n’est pas la spontanéité mais l’emportement. La vraie spontanéité est le fait que la réponse juste à la situation vienne aisément et immédiatement, comme la riposte dans les arts martiaux.

Arnaud Desjardins

A la recherche du soi - Adhyatma yoga, p102-103

--------------

mardi 31 janvier 2023

Installe-toi

 Dans la maison de pierres,

entre, installe-toi

installe du temps. 


Prends tes souvenirs 

à même l'écorce. 


Viens au bord des hommes

près de leurs abois


Il y a du temps dans les pierres, 

Reste là.

----------------------------


ce qui m'échappe 

me déborde 

n'est pas ton absence c'est

ne plus savoir tes larmes 

je reste du côté de l'ombre 

et le silence s'applique 

à ne pas m'interrompre 


Marie-Pierre Kohlhaas-Lautier  - Pauvres sirandanes 

(Éditions Henry, 2010)

lundi 30 janvier 2023

Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi...


 Les éditions Accarias-L’ORIGINEL (Jean-Louis Accarias) viennent de faire paraître un nouveau livre intitulé « Je suis celui qui est », qui rassemble des écrits et des enseignements directs du sage Râmana Maharshi, né en 1879, mort en 1950 et foudroyé dès l’âge de 16 ans par la révélation de sa véritable nature. 

Cet ouvrage, comme d’autres parus sur le sujet chez le même éditeur, est présenté, traduit et annoté par Patrick Mandala. L’introduction de ce dernier est suivie d’un texte de Chögyam Trungpa , extrait  de Voyage sans fin (1981), qui montre notamment à quel point la sagesse de ce guru indien ne relève pas plus de l’Orient que de l’Occident et qu’elle est universelle, puis d’un beau témoignage d’Henri Le Saux, qui écrit : « Les fonctions mentales et physiques de Râmana sont pure Brahma-shakti, pure radiance de la conscience du Brahman Lui-même. Il n’y a rien d’autre en elles qui les détourne de leur objet essentiel. » (p. 19) 

L’ensemble du livre est divisé en deux grandes parties. 

La première section est consacrée aux écrits inédits du sage, ce qui permet de découvrir les différentes versions des textes centrés sur l’unique question posée : « Qui suis-je ? » Ces écrits se présentent sous la forme de questions-réponses, de versets ou de poèmes rédigés par le Maharshi à la demande de ses disciples, d’une lettre (un document très rare parce que le sage ne répondait pas directement aux missives qui lui étaient adressées), ou encore d’exposés poétiques et métaphoriques de ses enseignements, ce qui permet de mettre en évidence les absurdités du mental. L’un de ces exposés se présente même sous la forme d’une recette de cuisine populaire, en lien avec la nourriture que lui préparait sa mère lorsqu’il se tenait ou écrivait en silence dans une grotte (par exemple, des galettes nommées « papadams ») !

La seconde section du livre regroupe ses « instructions spirituelles », sous la forme de dialogues avec ses disciples. Elles concernent divers sujets tels que le « Libéré vivant », la source du « je », les deux sortes de « je », l’ego, la réalité ou l’irréalité du monde, la vie après la mort, l’intellect, la paix, la béatitude du Soi, le sommeil ou encore la nourriture…

Les réponses comme les poèmes du Maharshi se caractérisent par une constante brièveté. Cette présentation des textes rédigés par son disciple très proche, Srî Sivaprakasam Pillai, nous le confirme :  « Certains textes sont écrits à la hâte – car il fallait saisir au vol la spontanéité et la rapidité des réponses de Bhagavân, lesquelles se faisaient parfois par gestes quand il était en silence, ou qu’il écrivait sur le sable, ou sur des bouts de papier. » (p. 24)

Nous avons donc affaire ici à bien plus qu’un ouvrage : un inestimable trésor de spiritualité !


Extraits :

« 11. Est-il possible de détruire toutes les traces de pensées enracinées dans le mental depuis des temps immémoriaux, et de réaliser le Soi ?

 Le mental doit être fixé si fermement dans la méditation de l’âtma-svarûpa qu’il ne lui sera même pas possible d’entretenir une pensée de doute. Toutefois, si un doute apparaît, il ne faut pas essayer de le dissiper, il faut d’emblée se demander à « qui » s’adresse ce doute et par cette introspection, cette pensée disparaîtra alors. Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi.

Même celui qui est un grand pécheur ne doit pas s’affliger en cherchant à savoir s’il atteindra ou non la libération. La pensée même d’être un pécheur doit être abandonnée et l’on se concentrera sur Atma-svarûpa : le Soi sera ainsi réalisé. » (p. 30)


« 3. Le corps est à l’intérieur du Soi.

Et pourtant, on pense être dans un corps inerte,

Comme un spectateur qui suppose

Que l’écran sur lequel l’image est projetée

Est contenu dans cette image. » (p. 58)


« 5. Placez les papadams dans le beurre clarifié [ghî] qu’est le pur Brahman,

Posez-les dans la poêle de l’unité de l’infini silence

Et chauffez-les doucement sur le feu de la Connaissance ultime

Qui resplendit en elle-même.

Maintenant, comme le « je » s’est fondu en Cela, 

Mangez-les et savourez le Soi en tant que tel,

Goûtez à cette Béatitude à laquelle tous nous aspirons.

Faites des papadams, et une fois prêts,

Mangez-les afin de satisfaire votre appétit [du Soi] ! » (p. 72)


----------- rédaction par Sabine Dewulf



dimanche 29 janvier 2023

« L’émerveillement est tout sauf de la naïveté »

 Blanche Streb est docteure en pharmacie et essayiste. Elle a publié Bébés sur mesure. Le monde des meilleurs (Artège) en 2018 et surtout son bouleversant témoignage Éclats de vie (Éditions Emmanuel) en 2019.


Comment définir cette disposition intérieure ?

C’est tout ce qui donne à notre âme de voir et d’entendre vraiment. C’est le sens des sens, un lieu particulier de communion avec la beauté concrète et matérielle autour de nous, et celle qui est invisible. J’ai par exemple mesuré l’amour, ce monde invisible mais infiniment concret, dans ma relation avec mon bébé né grand prématuré.

Certaines personnes sont naturellement mues par la capacité d’émerveillement, qui m’apparaît comme une immense vertu, bien qu’elle ne soit pas reconnue comme telle. Je crois que c’est à cultiver et que cela peut changer notre vie, notre manière de regarder le monde. Et même le changer.

On aurait tendance à taxer de naïf celui qui s’émerveille…

L’académicien Michael Edwards déclare qu’il n’y a rien de plus sérieux que de s’émerveiller. Cette attitude me fait penser au Christ disant : « Il nous faut redevenir des enfants », qui est un appel à la plus belle part de notre âme. Le théologien Romano Guardini affirme aussi que l’enfant spirituel renvoie à la maturité spirituelle. C’est cette part de notre âme qui reste consciente du miracle de l’existence, dans le quotidien le plus banal, mais aussi dans la splendeur du monde qui nous entoure et que l’on peut perdre de vue.

L’émerveillement est tout sauf de la naïveté. C’est cette disposition à plus grand, cette confiance aussi de l’enfant envers son créateur, comme l’enfant envers ses parents. Dans cette relation au monde, aux autres, à Dieu, il y a quelque chose qui se joue dans notre âme, une transformation spirituelle nous ramenant à l’essentiel : le désir du bien, du beau. C’est un point de départ, non un achèvement. En anglais, le mot wonderful (« merveilleux ») contient le verbe wonder, « questionner ». C’est un émerveillement qui donne envie de découvrir, de se mettre en route et de grandir spirituellement.

La splendeur du monde certes, mais qui est abîmée par l’homme…

Face au désastre écologique, comment continuer à être dans l’émerveillement et non la désespérance ? On peut regarder les problèmes et drames en face, tout en étant capable de s’émerveiller. C’est même lié, car plus on s’émerveille, plus on souffre du mal qu’on fait, aussi bien à la nature qui nous environne qu’à la nature humaine.

L’émerveillement nous donne envie de prendre soin, de cohabiter avec la création et d’utiliser avec intelligence les biens qui nous sont donnés. Et c’est parce qu’on voit le beau qu’on aime la vie, qu’on trouve des ressources et l’envie de se battre. Je suis d’ailleurs frappée de voir que les problématiques écologiques donnent des conséquences qui s’avèrent pires que les causes lorsqu’on est dans la désespérance : le fait par exemple de ne plus avoir envie d’avoir des enfants. La désespérance n’est pas une source créative.


Vous rappelez à quel point l’espérance et l’émerveillement sont liés…

Au fil de mes recherches et de la rédaction de mon livre, je me disais souvent que je pouvais changer un mot par l’autre. Le philosophe Bertrand Vergely écrit que l’émerveillement c’est avoir mal à la vie et l’aimer d’autant plus : on aurait pu mettre le mot « espérance » à la place. Dans les deux, il y a une vraie, une profonde conscience du mal. Qui est à entendre comme absence du bien. Et ce bien est aussi en nous et il est à cultiver, à contempler, à rappeler.

Quand on est abattu par la souffrance, peut-on encore s’émerveiller ?

Quand on vit une épreuve, l’émerveillement n’est pas simple à ressentir, et il est parfois absent. Pour autant, ce n’est pas incompatible, cela peut coexister. Je crois d’ailleurs que cette capacité s’endort plutôt dans le confort, et que la difficulté ou le manque sont des failles qui viennent réveiller l’émerveillement face à la vie. La brèche de notre misère, de notre pauvreté, de notre souffrance laisse passer la grâce.

Quand on vit quelque chose de difficile, une disposition intérieure différente peut émerger : le temps prend une autre valeur. On redécouvre une science de la vie, une consistance au temps, à la présence de l’autre, l’importance de voir ceux qu’on aime, la valeur d’un geste, d’une parole. Finalement, on mesure parfois le miracle de l’existence quand on sent que celle-ci nous échappe. C’est lorsqu’on perd quelque chose qu’on se rend compte qu’on y tenait.

Lorsque vous-même avez vécu de terribles épreuves, l’émerveillement a-t-il eu une place ? Ou est-ce après coup que vous avez pu y goûter ?

Il y a eu des moments d’émerveillement, oui. Alors que j’étais alitée la tête en bas, les pieds en l’air, pour ne pas accoucher à cinq mois de grossesse, une infirmière exténuée s’est réfugiée dans ma chambre et a vidé son sac. De l’avoir consolée, alors que j’étais dans un état catastrophique, m’a profondément touchée. Je ne me suis pas émerveillée de moi-même, mais de la beauté de la relation quand elle est dans l’écoute. J’ai compris que même dans la dépendance la plus totale il y a encore quelque chose à vivre et à apporter aux autres.

J’ai vécu un autre moment d’éblouissement à la fin de cette première semaine d’alitement, où il y avait 99,9 % de risques que je perde mon enfant. Dans cette période d’incertitude cauchemardesque, un pédiatre est venu me voir. Il m’a dit ce qu’il fallait que je réussisse à faire : tenir deux mois, ce qui me semblait être plus difficile que gravir l’Everest. Il m’a parlé avec délicatesse, mais de façon vraie, avec ce côté tranchant de la vérité. Je me suis sentie respectée par ce médecin. Ce qu’il était en train de me dire, personne n’aurait jamais envie de l’entendre, mais je savais que c’était vrai et cela m’a fait du bien. Cette vérité-là m’a émerveillée.

À la relecture de mon histoire enfin, j’ai été subjuguée a posteriori par la prière des autres qui a sauvé la vie de mon enfant mais qui m’a aussi fait tenir. Je ne pouvais plus prier, j’étais au fond du trou. Quand je pense à cette période, j’ai l’image d’un ravin et d’un filet juste au-dessus. Ce filet c’était tous les gens qui priaient pour nous.

Blanche Streb

Source La Vie

***********

samedi 28 janvier 2023

AIMER … OU PAS



« Aime et fais ce que voudras » Saint Augustin

« Aimer c’est aider l’autre à détendre ses tensions »

bien sûr

je peux

je pourrais

ne pas aimer

je n’en suis pas encore 

pas encore tout à fait

au stade ou 

ne pas aimer 

refuser

se fermer

s’enfoncer 

dans les sables mouvants 

grouillants de prédateurs 

du non amour

serait une impossibilité technique

un soupçon de relâchement

une pincée d’inattention

un brin de mauvaise grâce

bref

une dose de folie ordinaire

et il m’est  possible 

encore

quand l’amour m’appelle par mon prénom

de regarder ailleurs

vers moi 

et non vers lui

mais quelle fatigue

Gilles Farcet


"Que signifie aimer
sinon aimer quelqu'un
au plus près de la peau
au coeur du quotidien
tu es mon plus intime
mon plus proche prochain
si je ne sais pas t'aimer
le mot amour est vain"

vendredi 27 janvier 2023

L'année 2023 : remettre en cause nos troubles habitudes

 

Douceur et travail sur les peurs.
Prendre du recul pour se régénérer et structurer des actions.
Faire et se faire confiance !


----------

jeudi 26 janvier 2023

Le Zen et le corps !

 

DE L'ORIENT À L'OCCIDENT

Le Zen et le corps !


L'homme occidental est conditionné à une conception mécaniste du corps. L'université m'a convaincu que le corps de l'être humain est la somme des objets qui le composent et qu'il est opposé à ce qu'on appelle l'esprit.

À son retour du Japon, où il s'est immergé pendant une dizaine d'années dans le monde du zen, Graf Dürckheim propose une vision du corps bien différente : le corps vivant dans sa globalité et son unité. Il écrit : « L'esprit occidental pense le réel comme étant un ensemble d'objets ; l'esprit oriental voit le réel comme étant un ensemble de processus, un événement ».

Ce constat conduit Graf Dürckheim à dissocier deux approches de ce qu'on appelle le corps : le corps que l'homme A (Körper) et le corps que l'homme EST (Leib). Il souligne que lorsqu'on pratique l'exercice appelé zazen, on engage le corps qu'on est et pas le corps-outil, le corps-objet, le corps objectivé.

D'où cette question qu'il posait régulièrement aux personnes qui pratiquent zazen : « Êtes-vous sûr que votre façon de pratiquer zazen ... c'est vraiment zazen ? »

Cette question devrait attirer l'attention des personnes qui pratiquent et enseignent le Yoga, le Taïchi-chuan ainsi que les disciplines artistiques, artisanales et martiales propres à la tradition japonaise.

Voici ce qu'a écrit Christian Bobin dans la préface du livre « L'art et la spiritualité au Japon » «L’Occident s’en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu’il croit être leur sagesse. Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu’il comprend : des techniques, des recettes, des savoirs » 1

Si vous demandez à un maître Zen pourquoi il est bien de pratiquer zazen, sa réponse est abrupte :« À quoi bon pratiquer zazen ? Dans un seul but, l'éveil de l'homme à sa vraie nature d'être humain ». Notre vraie nature ! C'est quoi ça ?                                                            

Très simple. Avant de devenir un être de Raison, l'homme est un être de Nature. Un être de nature qui, comme tout être naturel (une fleur, un arbre, un animal) se développe et ne peut subsister que dans un être général, universel, qu'on appelle la NATURE.

C'est l'équation formulée par Martin Heidegger : « Je vis parce que je suis un être vivant » — « Je pense parce que je suis un être pensant ».

L'équation Orient-Occident est incontournable lorsqu'on enseigne ou pratique un exercice qui a ses racines en Orient ou en Extrême-Orient. Il s'agit moins d'adapter l’exercice (zazen, yoga, tir à l'arc, etc.) à l’esprit occidental que d’inviter l’homme occidental à s’ouvrir à l’esprit oriental.

« On ne pratique pas zazen pour maîtriser la vie mais pour s'unir à la vie ». (K.G.D.)

D'où l'injonction de pratiquer sans but. Sans but autre que l'éveil à notre vraie nature. Une entrée dans l'exercice qui pour l'homme occidental pose de sérieux problèmes et beaucoup de réticence. D'autant que nous sommes invités à nous ouvrir à une approche du réel qui nous est inhabituelle : une vision directe du réel, sans passage par la réflexion mentale, intellectuelle. C'est en ce sens que passer de l'idée - j'ai un corps - à l'expérience que -corps je suis- est primordiale. IchLeib, le corps que je suis est un champ de transformation.

Lorsque j'étais à Rütte (où j'ai séjourné cinq ans) Graf Dürckheim m'a régulièrement posé la question « Est- ce que vous voulez changer ? Est-ce que vous voulez vraiment changer ? » C'est une bonne question. Parce que ma réponse témoignait que je n'avais pas compris la question. Mon désir était de changer beaucoup de choses afin de mieux maîtriser ma vie. Alors que la question du vieux sage de la Forêt Noire concernait la transformation de moi-même en m'engageant sur un chemin de maturation afin de m'unir aux intentions de la vie.

Il me fallait passer de la question : « Qu'est-ce que moi j'attends de la vie ? » à la question « Qu'est-ce que la vie attend de moi ? » Une question qui concerne donc le futur ? Un après des années d'exercice ? NON !

Qu'est-ce que la vie attend de moi ... ici et maintenant. S'impose dès lors la question de la pratique de la Voie dans le quotidien ... Le quotidien comme champ de l'exercice. Un thème qui pourrait faire le titre de la prochaine lettre ?

Jacques Castermane

1 :  Comme la lune au milieu de l’eau, Art et spiritualité du Japon, Yoko Orimo. Ed. Le Prunier

------------.



mercredi 25 janvier 2023

Savoir, et pourtant ne pas agir


Aujourd'hui, la quête de sens est devenue une quasi obsession. Tant mieux, jusqu'à un certain point, car cela nous remet au centre de l'équation de nos vies.

Pourtant, combien d'entre nous l'avons trouvé ce fameux sens, ce vers quoi nous savons devoir aller, et pourtant, nous n'agissons pas.

Parmi toutes les personnes qu'il m'est donné de recevoir et qui disent chercher du sens et une direction, mes statistiques personnelles (et donc subjectives) montrent que 70% d'entre elles savent en réalité très bien ce qu'elles doivent faire. Mais elles ne le font pas, se cachant derrière le pseudo doute.

En réalité, il n'y a pas de doute. Il y a un manque de courage, un fantasme qu'il sera possible de bouger, plus tard, un jour, à moindre mal, pour soi et ô suprême excuse altruiste, pour les autres.

Bullshit.

Voici ce qui se passe si on ne bouge pas lorsque les choses sont claires :

1) Manifestations psychosomatiques fonctionnelles (mois, à années). À ce stade : réversibilité totale et liberté ultérieure de décision ++. Si obstination à ne pas bouger, step 2.

2) Manifestations psychosomatiques lésionnelles curables (après plusieurs années, souvent plus que 7, dépend de l'âge). À ce stade, réversibilité totale avec intervention externe, ou partielle. Liberté de décision ultérieure +. Si obstination à ne pas bouger, step 3. 

3) Manifestations psychosomatiques lésionnelles dépassées. Curables par remplacements, parfois incurables. Liberté de décision ultérieure : faible.

La nature se fout complètement de la bienséance sociale, elle est bien plus archaïque, puissante et sauvage que ça. Son projet est notre déploiement complet. On n'entrave pas un projet aussi fondamental sans conséquences.

Souvenons-nous d'une chose : plus nous assumons vite et incarnons notre souveraineté, plus notre liberté, ainsi que celles de nos proches, est respectée.

Et plus nous participons au déploiement de toutes et tous, et du Tout. 

C'est le message brut et sauvage du principe qui meut l'univers entier. Et qui ne craint aucunement de nous recycler au besoin, pour nous relancer dans une nouvelle ronde créatrice. Il a l'éternité devant lui, et donc tout son temps.

Bonne pratique et bon...courage !

Fabrice

----------