jeudi 5 mars 2015

Le chemin de la Vie par Christiane Singer


De notre conception à notre mort, la vie est conçue comme un chemin d’initiation, un cycle d’expériences successives. La roue qui va tourner son grand tour est à chaque point où son cercle ferré touche le sol à son point de départ. Chaque instant est le début, chaque nouveau jour, chaque nouveau livre, chaque nouvelle rencontre. A chaque moment nous commençons de neuf. […] La vie ne commence de faire mal, très mal, que lorsque nous ne nous laissons pas porter par son courant […]. Retenir le flux de l’existence, c’est oublier que la vie est l’art de la métamorphose. La femme que vous avez devant vous a déjà enterré un enfant, l’enfant qu’elle a été ; joyeux, il chantait et dansait ; puis une adolescente embarrassée de ses jambes. J’ai enterré aussi une jeune femme, une jeune mère. J’ai enterré une femme mûre. Je viens même d’enterrer la femme féconde que j’étais ; c’est-à-dire que je suis entrée dans ma seconde fécondité. Et j’enterrerai cette femme mûrissante que je suis en devenant la femme vieille qui est en moi ; puis la très vieille femme ; puis, la morte et celle qui fera le passage vers l’autre rive.

Ainsi, chaque fois que j’ai quitté un espace, je suis entrée dans un autre. Ce n’est pas facile. C’est dur de quitter le pays de l’enfance ; c’est dur de quitter le pays de la jeunesse ; c’est dur de quitter l’épanouissement féminin, de quitter la fécondité. D’un pays à l’autre, d’un espace à l’autre, il y a le passage par la mort. Je quitte ce que je connaissais et je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas où j’entre. Traiter ce passage comme s’il allait de soi ? Bien sûr que non : ce serait légèreté. Mais, puisque plusieurs fois déjà j’ai fait l’expérience qu’en quittant un " pays " j’entrais dans un autre d’une égale richesse sinon d’une plus grande richesse, pourquoi donc hésiterais-je devant la vieillesse ? […]

(source : Psychologies 1996)



mercredi 4 mars 2015

Zazen est terminé, l’exercice continue...

Que peut-on attendre d'une retraite en silence au Centre Dürckheim ?
Attendre ? Rien ! Mais le plus souvent la personne qui participe à une retraite fait l’expérience de ce qu’elle n’attend pas. Voici le récit que fait une participante au lendemain de son séjour au Centre :

« La méditation de pleine attention, est une rupture avec notre manière d’être et de faire habituelle ». Rupture avec notre quotidien, nos habitudes. C’est, de fait, l’occasion de se regarder être. Et de constater que, le plus souvent, nous n’agissons pas, nous réagissons : réactions mentales, émotionnelles, physiques...

« La méditation de pleine attention est un exercice sur la voie de l’action ». ‘’Action ‘’ : ce mot que je fais habituellement rimer avec précipitation et multiplication d’expériences se résume ici à ce que vit mon corps dans l’immobilité. Cela me paraîtrait fou si je n’étais pas en train de le ressentir à travers ma respiration et mon léger balancement qu’elle provoque naturellement. Mais voilà que les pensées m’assaillent, envie de bouger, des fourmis dans les pieds...

« L’ego n’aime pas cette rupture avec son fonctionnement habituel ». Alors il intervient : les pensées, de nouveau, nous habitent, inutiles. Pour arrêter leur flux, il nous faut retrouver l’attention à la respiration. Et, sans cesse, « tout reprendre à zéro ». L’expression me rassure : elle me rappelle qu’il est toujours possible de revenir au calme. Entre deux séances de vingt-cinq minutes de zazen, cinq minutes de kin-hin : l’expérience est la même, mais se vit debout, en marchant lentement. Très lentement. Dans une lenteur que je ne mesure plus, je tente de me laisser porter par le balancement d’un pied sur l’autre, doucement, je sens que chaque jambe travaille intensément, hanches, fesses... Coureuse de fond, j’apprends à marcher.

« Zazen est terminé, l’exercice continue », invite Jacques Castermane. À l’extérieur du dojo, en préparant le repas, en dressant la table, en balayant la cour, je m’efforce de rester dans cette pleine conscience, attention précise à chaque action – qui, de fait, est lenteur. Étonnamment, cela ne me demande aucun effort : je n’ai pas la sensation de me contraindre à ralentir, mais de suivre un rythme interne qui tombe juste. Mon rythme. Je me sens bien. Après quatre jours au Centre Dürckheim, je ne suis plus moi. Ou, plutôt, j’ai l’impression d’être moi comme jamais. D’avoir été remise à l’endroit, de marcher vraiment, de respirer vraiment. Quelque chose comme un retour à l’essentiel qui rend impensable toute nouvelle fuite en avant.



voir aussi les propos de Anne-Laure Gannac: "Le jour où j'ai décéléré", 
Psychologies magazine, juin 2011


mardi 3 mars 2015

Demeure...


je demandai à Bhagavan (Ramana Maharshi) :


- "Comment éviter la souffrance?"


- "Connais le Soi et accroche-toi constamment à Lui, répondit-il

Ignore le corps et le mental, car s'y identifier crée la souffrance.


Plonge profondément dans le Coeur, et fais en ta demeure."


...Annamalai Swami



lundi 2 mars 2015

Guide de Carême (3)


Du lundi 2 au mercredi 4 mars 


Avant de manger, prenez un moment pour ressentir de la reconnaissance pour tous ceux qui ont contribué à la réalisation de votre repas. L'agriculteur qui a cultivé les légumes, les travailleurs qui ont moissonné le blé pour fabriquer le pain, les camionneurs qui ont transporté ces denrées, le caissier du supermarché, et le ou la cuisinière… 

Constituez votre propre liste, n'hésitez pas à la personnaliser en visualisant le visage de personnes que vous connaissez, par exemple des commerçants ou des proches exerçant ces métiers. Au cours du repas en famille ou entre amis, vous pouvez alors prendre le temps de « dire du bien » de ces personnes en évoquant ce que vous appréciez chez elles.



dimanche 1 mars 2015

Le cœur tel un matin soyeux parc Philippe Mac Leod


C’est d’abord un long silence, une pluie sans bruit dans la nuit, la fin rendue aux commencements. Seulement après, longtemps après, pour qui sait attendre, entendre, le silence devient lueur, silence pour les yeux, pour les mains, espace et temps ensevelis sous la même neige. Et tout est blanc, à nouveau, le ciel et ses arbres, la terre et ses chemins, l’air qu’on respire, l’air qui se déplace aussi léger qu’un flocon, et le cœur, le cœur comme un matin soyeux, le cœur qui s’émerveille, lui-même est blanc, touché par la neige, et lisse, rond, libre des traits anciens qui le vieillissaient.
Les lignes patiemment tracées, creux à creux, d’un relief à une courbe plus sinueuse, la neige les recouvre, la neige innombrable, de nulle page, si dense en son silence, de nulle forme et toutes les recréant, la neige en sa chute immobile, éparse et comme suspendue, la neige ininterrompue, qui fait du livre achevé un ciel lisse où l’oiseau apprend à marcher.

Nul envol, mais ce grand, ce vaste étalement, au souffle du silence une aile muette sur l’ombre des vallées. Nous avons perdu tout savoir, tout chemin, la barrière dérobée avec son troupeau. À travers des champs déjà moissonnés nous avançons, un peu plus haut qu’hier et sans jamais sentir sous nos pas l’épaisseur qui longtemps nous a portés. Au bout de nos membres, il n’y a plus qu’un crissement de glace ou d’étoiles, le scintillement étourdissant d’un ciel pilé, et dru, piquant, l’œil aveuglé cherchant parmi les dentelles le chemin du retour, sans comprendre, dans la transparence de la blessure, que tout seulement commence.

L’ombre bleue sous les arbres, comme à l’intérieur d’un glacier, ou comme un reflet gelé, nous rend un peu du ciel tombé sans se briser, tout l’azur dans chaque étincelle, une seule note, sur le gong de la terre à peine bombé, immense et étincelant, un seul coup, infiniment suspendu, midi arrêté, midi sur les neiges éternelles. Peut-être la mer à son zénith, qui est l’envers de la nuit, retournée avec toutes ses étoiles, ses anges, ses rêves fous, ses abîmes sans fin, au matin, à nos portes, humble et docile en son corps éparpillé, la tunique d’une lumière venue de plus loin, de plus haut que le jour. Dans son abondance la neige nous a laissé la mémoire. Les yeux gardent le vertige de cette chute longue et simple jusqu’au matin, qui s’étire dans nos gestes vagues, au bout de nos mains hagardes, nous-mêmes ne nous reconnaissant pas dans l’éclat nouveau de nos visages. Le long du chemin piétiné, un silence persiste, une lenteur assourdie, une transparence déjà s’évaporant, les secondes espacées, égales, les heures tranquillement amoncelées. Jour blanc, qu’on n’entend plus, seul présent, d’un pas au-dessus du sol, absorbant les contours qu’il recouvre, la grisante altitude couchée dans les champs, les choses soudain sans poids, laissant là, en petits monticules, leurs défroques glacées. Ô l’ombre bleutée d’un dernier soleil frôlant la neige du chemin, milliers d’étoiles suspendues à l’herbe sèche qui dépasse, et l’arbre mort, soudain, qui s’ébroue et s’envole.

Cette blancheur qui disparaît, comme s’éteint l’éclat de la montagne éblouissante, en se déchirant nous ramène sur une autre terre, un monde oublié qui remonte et s’arrête à la hauteur de nos souliers, où nous cherchons un autre équilibre. Mais le pas qui a foulé la lumière n’est plus le même. En rentrant, le regard luit d’un cristal fondu à la chaleur de nos mains.

Philippe Mac Leod est poète et écrivain. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Avance en vie profonde, un recueil de poésie, paru en 2012 aux éditions Ad Solem.


samedi 28 février 2015

vendredi 27 février 2015

Denise Desjardins et les lyings (1)


J'ai sélectionné deux parties de la récente émission de Frédéric Lenoir avec Denise Desjardins à l'ashram de Hauteville, notamment celles concernant les lyings. Ces lyings sont un des chemins possibles pour entrer en contact avec l'inconscient et des souvenirs passés marquants...



Bonne écoute !
(17 min.)
 





jeudi 26 février 2015

Guide de Carême (2)

Du jeudi 26 au samedi 28 février 

Décider de vous engager dans un « acte de bonté ». Soit en y réfléchissant à l'avance, soit en laissant venir ce qui vous fait envie. Remarquez si votre geste bienveillant se porte plutôt vers un étranger que vous ne connaissez pas, un passant dans la rue, dans les transports en commun. Ou plutôt vers un de vos proches avec qui il existe déjà de la proximité. 

Dans les deux cas, offrez vos services sans attendre une reconnaissance particulière. Notez ce que cette attitude produit en vous. Sentez combien ce désintéressement apporte de la plénitude, combien il est plaisant de lâcher cette attente d'un remerciement en retour de nos bonnes actions. 
Le lendemain, optez pour un nouvel acte de bonté en choisissant une personne différente.


mardi 24 février 2015

Libérer la joie avec Agathe Frémy


J’aide la personne à faire mémoire de ses talents qu’elle ne voit plus. Chaque personne a un ressort intérieur et des ressources insoupçonnées. Rien n’arrête une racine : en cas d’obstacle, elle le contourne et ouvre un autre chemin. De la même façon, nous avons à tracer notre chemin de vie. Sans nier les échecs, les tristesses, les peurs, mais en choisissant d’agir et non de réagir. Solliciter ses forces et les talents qui nous sont propres donne la joie. 

 Quelle est la hauteur de la marche que vous pouvez franchir  ?
 Parfois, on se donne un objectif trop ambitieux. Si on attend la joie d’être en haut de l’Himalaya, on risque d’attendre longtemps. Chaque petit pas, chaque action nourrit ma joie et donne de l’énergie, si j’accepte de la savourer.

(source : la vie)

Présence témoin...

lundi 23 février 2015

Guide de Carême (1)


Lundi 23 au mercredi 25 février 

 Chaque soir, dressez un inventaire des événements de votre journée pour lesquelles vous vous montrez reconnaissants. Écrivez au moins cinq points qui ont compté aujourd'hui. 
Relisez-les. Laissez-les s'immiscer dans votre esprit et apaiser votre corps. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi ils vous ont touché, demeurez juste présents à ces cadeaux. 

Cet exercice peut aussi s'effectuer en groupe. Après le dîner du soir, par exemple, allumez une bougie et invitez les participants à s'exprimer en nommant une chose pour laquelle il éprouve de la reconnaissance. 
Laisser résonner les paroles de chacun, sans commenter les propos du voisin. Selon l'élan du groupe, effectuez plusieurs tours avant de terminer par quelques minutes de silence.

dimanche 22 février 2015

Rue du Paradis pour Pedro Meca


C’est une nounou très pauvre qui m’a élevé. Avec elle, nous avons vécu de la mendicité. Je n’avais rien, sauf l’essentiel : l’amour de cette femme que j’appelais Maman. 

 Il n’y a pas d’itinéraire, je me laisse guider par la beauté des rencontres.

 J’ai toujours fréquenté les infréquentables. 

 L’axe de ma vie, c’est le lien social avec les pauvres, les rejetés, soulignait-il. Le pape François a dit qu’il voulait une église qui soit dans la rue. C’est ce que j’ai essayé de vivre… Au ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as-tu fait pour ton frère ?



Après avoir consacré sa vie aux plus démunis, le père Pedro Meca est décédé le 17 février dans sa 80e année. « C'était un compagnon de la nuit pour ceux qui n'avaient rien. C'était un mendiant. » C'est par ces mots que l'ordre dominicain, dont il était membre, a annoncé sa disparition...