vendredi 24 mai 2013

Sagesses concordantes avec Alain Delaye

Quatre maîtres pour notre temps : Etty Hillesum, Vimala Thakar, Prajnânpad, Krishnamurti



Alain Delaye a rencontré quelques guides fiables. Il a retenu quatre enseignements qui inspirent et éclairent, quatre contemporains qui habitent au plus près de la vie et parlent notre langage. Deux hommes : Prajnanpad et Krishnamurti, deux femmes : Vimala Thakar et Etty Hillesum. Les messages que ces hommes et ces femmes nous ont laissés convergent, concordent, se complètent aussi dans leurs différences et diffusent une clarté assez puissante pour nous aider à avancer, nous donner du courage, de la lucidité et de la joie. Et cette lumière qui peut éclairer nos pas est aussi nôtre. 
Ce livre s'adresse à tous les chercheurs qui doutent des vérités apprises, mais sont prêts à s'impliquer dans une aventure intérieure et à faire un bout de chemin avec des hommes et des femmes libres.


jeudi 23 mai 2013

Souffrir ou Aimer avec Christophe Massin


Extrait p.20 :
Pourquoi la souffrance? « Être séparé de ce qu'on aime est souffrance, être confronté à ce qu'on rejette est souffrance», répondait le Bouddha. Lorsque nous faisons l'expérience d'une souffrance forte et durable, nous incriminons habituellement l'événement déclencheur: je souffre parce que j'ai été mal traité par l'autre, parce que j'ai perdu un proche, une position, la santé, parce que j'ai échoué, etc. Donc je souffre du fait de l'autre, de la société, de la vie, qui me frustrent de ce que je veux ou m'imposent des difficultés dont je me passerais. Si mon conjoint me trompe et me délaisse, il est évident que je souffre parce qu'il ne m'aime pas ou plus. Si je rate mon permis après avoir investi du temps et de l'argent en leçons de conduite et n'avoir commis qu'une erreur minime à mes yeux, c'est la faute de l'examinateur. Si on me découvre un cancer, je me demanderai pourquoi la vie m'inflige ça, pourquoi moi ? Même si nous ne le pensons pas explicitement, l'idée d'une injustice, d'un coup immérité, flotte à l'arrière-plan dans notre esprit. L'autre, la vie, pour m'infliger une chose pareille, ne m'aiment pas. Autrement dit, je me sens aimé si l'autre ou la vie répondent à mes attentes. Le langage le reflète bien: « La vie me sourit, la vie s'acharne contre moi. »

La souffrance traduit le manque d'amour dont je suis l'objet, comme, inversement, le bonheur naît du sentiment d'être aimé par l'autre ou par l'existence qui comble mes aspirations. Ce schéma élémentaire provient en droite ligne de l'enfant qui réagit selon un mode binaire, se sentant aimé quand ses attentes sont prises en compte et interprétant le « non » et les limites comme une dureté ou une méchanceté à son égard. Il lui faudra le recul des années pour percevoir l'amour parental derrière les limites et les frustrations imposées pour l'aider à grandir. Devenus adultes, nous admettons que la vie comporte sa part de difficultés qui nous font mal, quand elles restent dans des proportions tolérables que nous parvenons à négocier. Nous traversons l'épreuve sans être brisés ni détruits. Lorsque la souffrance nous submerge, cela signifie que les fondements plus anciens de notre psychisme s'activent et infiltrent notre manière de prendre les choses. Nous retrouvons ce mode binaire, soit de manière très évidente (« rien ne va, je n'ai pas de chance, la vie est contre moi » , soit de manière plus cachée et rationalisée (cela s'exprime alors par des considérations désabusées, critiques, sur l'existence, la société, l'autre sexe). 
La souffrance marque un degré de plus dans une situation qui nous affecte : elle nous déborde et nous effondre, elle dure trop longtemps, s'enlise et semble excessive pour un regard extérieur.
Donc que l'autre ou l'extérieur déçoivent notre attente, nous le prenons comme du non-amour et nous souffrons. Il est plus évident de le reconnaître pour les déboires amoureux et relationnels – là, nous faisons aisément le lien, «l'autre ne m'aime pas comme je veux et j'ai mal » – que pour des problèmes socio-professionnels. Pourtant en y regardant de plus près, si mon banquier refuse de combler mon découvert, si je n'ai pas la promotion souhaitée ou que mon chef me met trop de pression, est-ce que je me sens aimé ?


Quand la personne qui souffre en attribue au fond d'elle-même la responsabilité à la vie ou à l'autre, il en ressort une conséquence directe implacable. Elle ne pourra cesser de souffrir qu'à la faveur d'un retournement extérieur. Je vois ainsi des blessures d'une rupture amoureuse jamais cicatrisées, dix ans, vingt ans après. L'autre est parti, sans retour en arrière  la souffrance, elle, est restée intacte. Tant que l'extérieur porte la cause de la souffrance, tout espoir d'amélioration en dépend. Celui qui souffre demeure impuissant et tributaire du sort, il en est réduit à attendre des jours meilleurs.
Comme en mathématique, un problème insoluble signale un problème mal posé. Y aurait-il une erreur dans les prémisses? Reprenons l'énoncé de départ – par exemple, je souffre parce que mon conjoint m'a quitté. La logique en semble simple et indiscutable, c'est quand même normal de souffrir dans ces conditions! Non, c'est normal d'avoir mal, d'éprouver de la peine, de la colère, niais ce n'est pas normal de vivre des mois d'enfer intérieur et de ne pas s'en relever. Quelque chose d'excessif se manifeste, dépassant une réaction bien compréhensible. La blessure simple s'infecte, suppure et ne cicatrise pas. Entre ces deux faces de l'alternative, quel élément va déterminer la bascule? J'étais, ou je me croyais aimé(e) par l'autre et je ne le suis plus, donc je souffre et souffrirai tant que je ne recouvrerai pas cet amour. Et même si, d'aventure, l'autre revenait (cela arrive parfois!), son retour ne garantirait pas mon bonheur pour autant. J'ai perdu confiance, je me méfie, je lui en veux de m'avoir fait souffrir.
Je veux souligner ici un aspect essentiel pour guérir la souffrance, en pratique: si la souffrance manifeste une complexité infinie sur le plan mental, elle peut se résumer à cette dimension centrale du non-amour au plan émotionnel.  

Nous avons donc tout intérêt à l'aborder par l'émotion, nous risquerons moins de nous perdre dans le dédale des explications psychologiques...




Christophe Massin (qui m'a guidé sur ce merveilleux chemin intérieur) est familier de la spiritualité indienne. Il a notamment publié Le Bébé et l’Amour (1996) et Réussir sans se détruire.- des solutions au stress du travail (2006).

mardi 21 mai 2013

Un petit secret... avec Henri Brunel (2)


Vous ne croyez pas aux contes de fées ? Pourtant ce secret je le connais, il vient du fond des âges, et peut vous apporter le bonheur. Une chiquenaude infime incline parfois en mal ou en bien le fléau instable de notre destin. Ce secret, le voici : on peut se reposer en faisant la queue à la Sécurité sociale, à la caisse du supermarché, dans le métro, en attendant l'autobus, n'importe où. 


On peut se reposer, parce que l'on peut se relaxer debout ! 

 EXERCICE 

Le nom sanskrit de cet exercice est Samashtiti. Ce qui signifie littéralement : se tenir debout de façon égale. 

1. Posture 

Debout, les pieds parallèles distants de 20 centimètres environ (un peu plus, un peu moins selon votre taille), vous vous tenez droit. Imaginez qu'avec le sommet du crâne vous essayez de toucher le ciel ou le plafond. Redressez encore le dos, décontractez les épaules, laissez les bras pendre mollement le long du corps, les mains sans force. Pour vérifier la relaxation des mains, j'ai l'habitude de saisir au hasard par l'index la main de l'un de mes élèves en Samashtiti, je soulève la main délicatement et la laisse retomber. La main doit s'affaisser contre la hanche comme un objet inerte, sans force aucune. 

Maintenant vous organisez votre équilibre autour du « Hara ». Ce terme est d'origine japonaise mais la notion est commune à toutes les philosophies orientales. Le « Hara » est considéré comme le centre de l'énergie vitale. Plus simplement il correspond à notre centre de gravité. Il est situé dans le ventre, quatre doigts en largeur au-dessous du nombril. Prenez conscience de ce point du  « Hara »  Imaginez que vous êtes un arbre, le torse et la tête sont les hautes branches et le feuillage, les jambes sont les racines, le « Hara » est le tronc, le coeur du chêne. 
L'image est approximative mais elle peut conforter votre équilibre, ce qui est l'essentiel. Vérifiez une dernière fois la posture, droit, les épaules bien décontractées, la tête légère, le menton parallèle au sol, la poitrine et le ventre bien dégagés offerts à la libre respiration. 

Respirez régulièrement, calmement, profondément en affectant un temps égal à l'inspir et à l'expir. 

2. Mental 

Votre attitude est celle de l'équilibre, de la confiance en soi. Vous alliez la solidité et la disponibilité. Pour conforter cette sensation vous répétez mentalement : 


Je suis : 
debout sans effort 
redressé sans orgueil 
vigilant sans crainte 
attentif à tout sans avidité 
disponible sans lâcheté 
ferme et relaxé 

(D'après Le Yoga, premiers pas, Bernard Bouanchaud et René Racapé, Paris, Solar, 1977.)

Alors se dissolvent les tensions inutiles, vous vous relaxez debout. Pensez-y quand vous serez en train de râler, de vous énerver un jour de soldes aux magasins Farfouille. Construisez-vous autour du « Hara », obstinément. 

Vous serez bousculé, désuni, emporté par la foule, retrouvez avec entêtement une attitude de moindre tension et d'équilibre : « Juste une attitude, mais l'attitude juste », c'est la vieille antienne de la sagesse millénaire du yoga. 

Songez, si vous voulez, à la « jeune fille aux yeux gris » quand vous attendrez l'autobus un jour de pluie. Il y a des vérités cachées dans les contes. Le bonheur n'est pas uniquement dans le pré, il est dans la rue, au bureau, partout autour de vous. Il suffit de presque rien pour le cueillir et le garder : un cœur attentif, une âme paisible et un corps relaxé.


Source : Guide de la relaxation (pour ceux qui n'ont pas le temps) par Henri Brunel

lundi 20 mai 2013

Un petit secret... avec Henri Brunel (1)

Il était une fois, vers les années 1900, une jeune fille très pauvre et très sage qui attendait l'autobus. Ce soir-là il pleuvait. Son manteau élimé ruisselait, ses cheveux blonds collaient à ses tempes, et ses doux yeux gris étaient résignés. Vendeuse au rayon des soieries au grand magasin du Bon Marché elle était debout depuis l'aube. La pauvrette était épuisée.

Passe par là un vieux mendiant qui lui demande la charité Elle lui tend spontanément quelques piécettes, tout ce qui restait dans son porte-monnaie. – Je vois que votre cœur est bon, dit alors le mendiant aussi en récompense je vais vous confier un secret ! Il lui glisse quelques mots à l'oreille, chuchote encore un moment, puis disparaît. Depuis cette rencontre, la jeune fille très pauvre et très sage n'était plus aussi fatiguée. Et quand elle attendait l'autobus ses beaux yeux gris souriaient. 

On m'a rapporté qu'un soir de pluie un jeune homme riche et aimable lui offrit l'abri de son parapluie. Ils se plurent, ils se marièrent. Ils eurent beaucoup d'enfants, et ils vécurent heureux longtemps, longtemps...


A suivre...

dimanche 19 mai 2013

A la grand-messe des faux dieux avec Alexandre Jollien


Mille et un chemins conduisent aux petits et grands esclavages quotidiens. Un péril sous-estimé et, cependant, des plus pernicieux se cache derrière l'idolâtrie. Le mot sonne comme désuet et d'un temps reculé. Pourtant, plus d'un tombe encore dans le panneau. L'un vénérera sa voiture, l'autre, telle vedette de cinéma. Celui-ci adorera une caricature d'un Tout-Puissant conçu par lui de toutes pièces. Bref, il n'est pas inutile de se demander, très simplement, devant quoi je suis enclin à plier le genou. Quelles fausses divinités peuplent le ciel de ma vie et m'empêchent d'embrasser l'existence sans perdre ma liberté devant quiconque, Père céleste, femme, homme ou objet ?

Le mot « idolâtrie » vient du grec eidôlo-latri: culte des images. Idolâtrer, c'est aussi réduire Dieu, refuser sa transcendance. Le Très-Haut est toujours plus haut que nos représentations et très loin de nos préjugés. Mais une société comme un individu peuvent inventer leurs dieux et rendre des cultes singuliers aux dernières idoles à la mode. Le sexe, l'argent, le pouvoir, le bien-être à tout prix, tels sont sans doute les autels qui accueillent pas mal de fidèles à leurs grands-messes. Il faut un certain courage pour s'en détourner, tranquillement. Le confort d'une existence bien rangée et sans problèmes, les sous, le plaisir, la réussite sociale, voilà qui risque aussi de devenir plus important que la vie, que l'essentiel !

Plus profondément, les faux dieux qui nous asservissent et nous aliènent sont sans conteste les convictions, les doctrines, les croyances auxquelles je m'accroche sans lâcher. Un manque d'humilité pousse très souvent à se prosterner devant le moi, à vouer un culte à ses propres idées en rejetant par là ce que je suis de grand sous ce fatras d'étiquettes et d'images vieillies.


Lorsque j'étais petit, on me mettait durement en garde contre l'idolâtrie sans pour autant me montrer qu'en sortir c'est pleinement entrer dans une liberté inestimable. Je me souviens de cette religieuse qui, à chaque fois que je disais : « J'adore ce dessert ! », me rétorquait sèchement: «On n'adore que Dieu. » Un enfant adore une pomme et, dans son innocent plaisir, toute la Création est louée. Par contre, avoir un trop grand souci de soi, vouer un culte inconsidéré à l'approbation des autres ou, à l'inverse, demeurer indifférent à l'opinion d'autrui, c'est tout sacrifier sur l'autel d'un ego affamé et s'adorer dangereusement. 

A présent, je reçois la mise en garde biblique comme un hymne à une authentique liberté intérieure, celle qui ne s'accroche à rien, qui ne fait pas de ses représentations une prison étriquée pour ce qui est. Un exercice spirituel m'appelle dès lors à me demander quelles sont les idoles de mon existence. Ce ne sont certes pas les vedettes, ni les stars, mais bien plus précisément une image de soi, mon veau d'or. En parlant de veau, je me souviens du sermon 16b de Maître Eckhart qui enjoint de ne pas considérer Dieu comme une vache à lait dont on jouit de la production sans l'aimer gratuitement. 

Se libérer, ici, c'est se détacher de ses projections. Délivrance qui est l'une des vocations d'une vie spirituelle qui vise à nous aider à accomplir par amour ce que nous étions sommés de faire par devoir. Adorer l'Éternel, c'est habiter librement toute sa Création, contempler sa beauté sans jamais en faire une idole. Le Dieu vivant est toujours transcendant, il transcende tout, même sa transcendance, pour se rendre tout proche de nous, là où aucune idole ne subsiste.

Alexandre Jollien 
source : La Vie

samedi 18 mai 2013

Pierre Rabhi, un engrais vital pour l'humanité

"Il nous faudra répondre à notre véritable vocation, qui n'est pas de produire et de consommer jusqu'à la fin de nos vies, mais d'aimer, d'admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes."



"En même temps que le réenchantement du monde que nous aurons à accomplir, la beauté étant à l'évidence une nourriture immatérielle absolument indispensable à notre évolution vers un humanisme authentique, nous devons également et impérativement trouver une façon juste d'habiter la planète et d'y inscrire notre destin d'une manière satisfaisante pour le cœur, l'esprit et l'intelligence. J'entends par beauté celle qui s'épanouit en générosité, équité et respect. Celle là seule est capable de changer le monde, car elle est plus puissantes que toutes les beautés créées de la main de l'homme, qui, pour foisonnantes qu'elles soient, n'ont pas sauvé le monde et ne le sauveront jamais. En réalité, il y va de notre survie. Le choix d'un art de vivre fondé sur l'autolimitation individuelle et collective est des plus déterminants; cela est une évidence."
Pierre Rabhi

vendredi 17 mai 2013

Le bonheur d'être soi avec Sarah Serievic


intervention de Sarah Serievic au forum 104, le mardi 11 juin à 19 h 45, 
104 rue de Vaugirard 75006 Paris

jeudi 16 mai 2013

Javad Nurbakhsh, un maître de la confrérie soufie nématollahi.


Celui qui connaît Dieu

Celui qui connaît Dieu est libéré
du souvenir de tout autre que Lui.

Celui qui devient son patient
sait que Sa douleur n'a d'autre remède que Dieu.

L'adoration de soi n'est pas l'adoration de Dieu
cette vérité est notre parole.

Deviens néant pour que tu Sois,
c'est une évidence que l'Etre absolu, c'est Dieu.

La goutte ne s'est pas regardée elle-même et elle est devenue l'océan,
le premier c'est l'annihilation et le deuxième c'est la permanence.

Aucune querelle n'existe entres les espiègles de Dieu,
celui qui est devenu un espiègle de Dieu devient aimable.

Donateur de lumière de toutes les créatures,
tu es la seule et unique personne, même si il existe des milliers de miroirs.

Extrait du Divan du Dr. Javad Nurbakhsh. - Traduit du persan.




A travers l’amour, J’ai atteint un lieu
Où nulle trace d’amour ne subsiste,
Où Je et Nous et le tableau de l’existence
Ont été oubliés et mis de côté.
Dr  Javad Nurbakhsh
1926-2008

mercredi 15 mai 2013

Sentir la vie de la Vie... avec Albert Schweitzer


« Je suis vie qui veut vivre, entouré de vie qui veut vivre. Chaque jour et à chaque heure cette conviction m’accompagne. Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. »

« Chaque fo
is que je suis sur le point d'abîmer une vie quelconque, il faut que je me pose clairement la question de savoir si c'est nécessaire. Jamais je ne devrai m'autoriser à aller au-delà de l'indispensable, même dans des cas apparemment insignifiants. »

(La civilisation et l’éthique)

« La seule possibilité de donner un sens à son existence, c'est d'élever sa relation naturelle avec le monde à la hauteur d'une relation spirituelle. » 
(Ma vie et ma pensée)


Albert Schweitzer