mardi 28 juin 2022

Road 51

 


Un grand merci à vous toutes et tous qui m'avez si gentiment souhaité bon anniversaire. Plutôt que de répondre par un court message personnel mais impersonnel, je réponds comme suit.

51. Ce chiffre me semble irréel, si je me réfère à ce que je ressens immédiatement en plongeant en moi. Toutes mes envies et élans, mes moteurs, mes espoirs, sont intacts. Mes défauts aussi, d'ailleurs:  mon impatience reste légendaire, par exemple, malgré plus de trente ans de pratique, et j'ai définitivement abandonné l'idée que cela change à l'avenir. Et je ne parle ici bien sûr que d'un seul de mes innombrables défauts, et l'un des plus avouables, bien entendu.

Alors qu'est-ce qui change, avec la pratique ?

C'est assez simple, au fond : l'espace intérieur grandit, et cela a plusieurs conséquences.

Tout d'abord, nos qualités et nos défauts, ou nos principales caractéristiques caractérielles, selon que l'on veut colorer ces attributs ou pas, se trouvent diluées dans cet espace qui grandit.

Elles ne disparaissent pas, et sont réactivables en cas de trigger involontaire (le plus souvent) ou de besoin (plus rarement) mais même activées, elles ne nous définissent plus complètement. Et pour tout dire, de moins en moins.

Par ailleurs, cet espace donne de la marge, souvent, pour voir se lever les réactions mécaniques quand elles ne sont pas trop violentes ou rapides. Cela nous laisse plus de choix intérieur et permet régulièrement d'agir plus que de réagir.

Bien entendu, cela n'est jamais parfait, et il y aura toujours des circonstances susceptibles de nous déstabiliser, dans certains domaines. Mais ces domaines se font plus rares et ils deviennent donc plus significatifs.

Autrement dit, peu à peu, nous approchons de nos blessures les plus fondatrices, sans être distraits par la périphérie. Cela nous permet de mieux les voir, de les sonder, et de choisir d'y plonger à corps perdu, si j'ose dire. Oui ça fait fichtrement mal et ça fait peur aussi. Mais qu'est-ce que ça en vaut la peine !

Parce que juste dessous, juste au milieu, dans l'interstice, il y a l'amour. Brut. Vainqueur. Glorieux. Insouciant. Rayonnant. Brûlant. Orgasmique et sans objet. Une douche d'amour sans raison. Qui se fout du corps, des rides et des cheveux blancs. Et qui nous ramène à l'origine de ce qui nous anime, depuis toujours.

Bouger, vouloir, rêver, transformer, partager, encore, encore et encore. Créer. Pour rien. L'immortalité, innocente, et dont le temps est compté, est là. 

Je vous souhaite à toutes et tous ce putain de mouvement perpétuel ! 

Fabrice

Photo : pratique du Tai Ji Quan, juin 2022, Ming Shan,  ©Yuliya Fedotova

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lundi 27 juin 2022

En accord avec le corps et le monde

Pause sur un banc...


 Extrait de "L'art du Shiatsu ou la voie de la guérison" avec Yuichi Kawada

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dimanche 26 juin 2022

Arbre de Vie


 "Vivre, c’est passer consciemment par chaque instant, c’est remplir avec application chaque petit évènement qui se présente, avec grand soin, avec respect même, afin que rien n’en soit perdu. Savourer le moindre instant, goûter la moindre chose, sentir le moindre parfum, jouir de la présence de chaque personne, éprouver la moindre peur, ressentir la plus infime douleur, apprécier chaque syllabe du chant, chaque goutte de cette immense fontaine de joie et de peine qu’est l’arbre de la vie."

Placide Gaboury

Artiste Paul Heussenstamm

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samedi 25 juin 2022

Ouverture de conscience



"Nous oublions trop souvent que nous voguons en plein espace, en plein ciel, qu’une boule bleue aux chairs infinies nous porte, et que la lumière nous cherche, et que tout cela, c’est tout sauf… ordinaire. Redécouvrir cette réalité, chaque jour, suffit à rire, à aimer, à ouvrir les yeux comme les enfants les ouvrent, et à avoir soif d’innocence, d’intensité, de légèreté. Chaque instant "ordinaire" peut se vivre, dans le secret du cœur, de façon "extraordinaire."

Brigitte Sénéca - La création met l'homme debout


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mercredi 22 juin 2022

Calme !

 

LORSQU’ON PRATIQUE ZAZEN, LE CORPS PREND LA FORME DU CALME !

CALME !

Une manière d'être qui fait d'un homme un être humain.

Manière d'être aujourd'hui refoulée au profit de réactions affectives et mentales telles que l'agressivité, l'emportement, l'irascibilité, la provocation, l'insulte ou pire encore le coup de poing.

A l'occasion d'un question-réponse, je cite la réponse donnée par un maître Zen à qui on demandait en quoi consistait sa méthode. Il répond : « ma méthode est le calme et la sagesse

! Là où est le calme est la sagesse ; là où est la sagesse est le calme ».


Ce sage chinois (7ème siècle) évoque le —grand calme— qui est le symptôme de notre état de santé fondamental. Il s'agit de l'ataraxie qu’Epictète, au premier siècle de notre ère, considère comme étant le plus grand bien auquel l'homme puisse accéder au cours de son existence. Le grand calme n'est pas à confondre avec un calme relatif que chacun peut reconnaître de temps à autre ; cette impression d'accalmie éprouvée après un effort ou à l'occasion d'une situation satisfaisante sur le plan de l'ego.

Il m'arrive d'entendre des personnes qui redoutent dans cette quête du calme une fuite du réel ou un refus de s'engager dans le combat social incontournable à notre époque.

Au huitième siècle, au Japon, dans le milieu des samouraïs on soulignait l'importance de l'intériorité dans l'entraînement aux arts martiaux. Atteindre le calme intérieur et le maintenir en toutes circonstances, permettait une plus grande efficacité au cours d'un combat. Au treizième siècle, l'arrivée des armes à feu a changé la donne. Dès lors, et jusqu'à aujourd'hui, la pratique des arts martiaux n'a plus pour but de vaincre un ennemi extérieur mais de faire l'expérience du calme intérieur, de la sérénité, de la confiance en soi.

La signification du kanji ZEN, transcription phonétique du mot sanscrit jhän signifie : recueillement calme ; contemplation calme.

La Voie du Zen, proposée par Graf Dürckheim à l'homme occidental dès son retour du Japon (1947) est : la culture du calme parfois formulée comme étant la culture du silence.

Ce qui distingue et caractérise Graf Dürckheim, parmi les occidentaux -peu nombreux- qui se sont intéressés au Zen à la fin du dix-neuvième siècle, est l'importance et l'implication du CORPS, du corps que nous sommes, sur ce chemin d'expérience et d'exercice. Il écrit que :

"Par sa manière d'être en tant que corps, chacun témoigne s'il est plutôt calme ou agité, confiant ou méfiant, serein ou affairé, paisible ou inquiet ...".

Afin d'atteindre ce plus grand bien, le calme intérieur, l'homme doit s'exercer ajoutait Épictète.

Le Maître Zen Hirano Katsufumi Rôshi, que nous avons reçu au Centre ces dix dernières années, attirait régulièrement notre attention sur le fait que :

— "Lorsqu'on pratique zazen, le corps prend la forme du calme" —

J'aimerais comprendre ! Désir compréhensible. Mais le sens de cette indication reste caché à la curiosité purement théorique. Le sens de cette indication ne s'ouvre qu'à celui, celle, qui l'approche en chercheur.

La pratique de zazen, de même que la pratique d'un art martial, est un voyage introspectif qui ne passe pas par la pensée, par l’analyse mais par l'action, la sensation et le ressenti.

Au cours d'un séjour au Japon, un maître d'Aïkido me disait que "il est difficile d'enseigner l'Aïkido aux occidentaux, particulièrement aux ... Français". Pourquoi ? "Parce qu'ils cherchent à comprendre ce qu'est l'Aïkido, ils cherchent à comprendre comment faire telle ou telle technique. Mon collègue les invite à ne plus utiliser le verbe comprendre et à le remplacer par le verbe avaler ! Ajoutant que ce qu'on avale est ensuite digéré ; et que c'est ce qu'on digère qui nous transforme".

L'exercice pratiqué au Centre Dürckheim est ZAZEN.

L'amalgame que certains font entre méditation de pleine conscience et zazen est une contrevérité. Même si on utilise la même position pour pratiquer zazen ou pour méditer, la manière de pratiquer est très différente si on médite ou si on pratique zazen. "Il y a mille et une manières de méditer mais il n'y a qu'une seule façon de pratiquer zazen" (Hirano Roshi)

 Jacques Castermane

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lundi 20 juin 2022

Cerveau fini !

 


«  Bouddha c’est le constat que l’univers est intrinsèquement vivant. A quel point en sommes-nous conscient ? En quelque lieu que nous nous trouvions, nous ne devons jamais perdre de vue le Bouddha. Même si nous sommes plongés dans les œuvres complètes de Marx et d’Engels, nous devons simultanément discerner la présence du Bouddha. (…)

Par ailleurs, nous reconnaissons l’existence de la loi de cause et d’effet. Notre urine d’aujourd’hui se compose de notre repas de la veille. Hier tu t’es bâfré de bœuf et d’oignon. Ne le nie pas ! Ton urine d’aujourd’hui t’a déjà trahi. De ce point de vue, aujourd’hui est la continuation d’hier et demain, la conséquence d’aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que chaque instant qui apparaît et disparaît est nouveau. N’essaye pas de résoudre cette contradiction à l’aide de ton intelligence. Ton cerveau est incapable d’analyser l’infini. (…) »

Kodo Sawaki (maître zen de la première moitié du XXe siècle) traduit par Frédéric Blanc, "Force vitale", Les Editions L'Originel - Charles Antoni

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dimanche 19 juin 2022

« Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel »


 Voici une vingtaine d’années, je suis tombée en contemplation face à un visage de pierre du temple d’Angkor. Ses deux yeux étaient clos sur une illumination intérieure, et ses lèvres rayonnantes d’un sourire de joie.

Et voilà qu’une pensée a éclos de mes profondeurs, et j’ai entendu résonner en moi : « Tu es une enfant de la connaissance. » J’ai accueilli cette parole (qui semblait être, elle aussi, de connaissance) et je l’ai confiée au silence. Jésus n’a-t-il pas dit : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » ? Si cette parole était de vérité, elle révélerait son sens, un jour, tout simplement.

« L’enfant que j’ai été »


Ce jour est advenu, le mois dernier, dans toute son évidence. J’attendais dans une salle d’attente peinte en bleu, donnant sur un jardin baignant de lumière. Face à moi, pas de visage de pierre, mais une petite chaise en bois pour enfant, avec une assise en paille. J’aime attendre sans plus rien attendre, car ces temps suspendus permettent à nos âmes de s’abandonner librement à leur fantaisie créatrice, et ils portent souvent des fruits étonnants. De fait, cette petite chaise vide s’est emplie d’une grande présence. Je n’étais plus seule dans la pièce… Une enfant était là, assise devant moi : l’enfant que j’ai été.

Je crois beaucoup à la vie cachée. Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel, en tournant nos regards vers ce qui se passe sur le soi-disant devant de la scène. Mais ce qui se joue là, « dans la grande assemblée », contribue moins au salut du monde, que ce qui se vit, à l’abri des projecteurs, dans notre intériorité ou notre intimité.

De simples et petits gestes

Une parole d’amour murmurée à l’oreille d’un amant, une main posée sur la main d’un mourant, un verre d’eau tendu à un enfant pèsent dans la balance. Ce sont ces simples et petits gestes qui ouvrent, dans nos vies cachées, la « porte étroite » du Royaume. Cette chaise en bois me tendant son miroir, j’ai plongé dans son regard, retombant dans la cache de l’enfance.

J’ai vu ma chambre bleue où je dormais seule à l’étage, écoutant les craquements des meubles et les gargouillements des tuyauteries. J’ai vu mon lapin blanc tapant du pied et sautant sur mon lit pour me réclamer des caresses derrière ses oreilles. J’ai vu aussi mes cheveux de Vénus, ces capillaires que ma mère me confiait pour que j’acquière la main verte. Jour après nuit, je suis « née » de cette chambre, de ce lapin, de ces fougères, dont j’ai pris soin et que j’ai « fait naître » dans un amour mutuel.

Vers la joie fertile et créatrice

Et si c’était cela le sens de cette parole de connaissance ? Avoir pour vocation, non seulement de connaître, mais aussi de « co-naître » ? Être une enfant, non de la connaissance, mais de la « co-naissance » ?

À quoi sert, en effet, d’être une somme et des bagages de connaissances, si nos rencontres ne nous permettent pas de nous donner mutuellement la vie ? Ne sommes-nous pas sur terre pour aller à la rencontre des uns des autres, et naître les uns des autres ? La Bonne Nouvelle, n’est-ce pas la joie fertile et créatrice de cette co-naissance, qui nous permet ensemble de « faire toutes choses nouvelles » ?


Naître et renaître ensemble

« Faire toutes choses nouvelles » est bien l’urgence des temps… Notre monde s’effondre comme une tour de Babel lourde de ses connaissances et avide de reconnaissance, ayant oublié que l’essentiel est de naître et de renaître ensemble à l’infini. Vivre entre hommes et femmes, entre générations, entre cultures et traditions, mais aussi entre Terre et Ciel, entre mondes visible et invisible, entre règnes minéral, végétal, animal.

En me rappelant ma chambre bleue, mon lapin blanc et mes cheveux de Vénus, cette chaise en bois me désignait la « porte étroite » vers cette féconde connivence : le talent des enfants de la connaissance de co-naître dans l’amour mutuel !

Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d’écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique (Cerf), Et le miroir brûla (Cerf) et J’ai marché sur l’écume du ciel (Salvator).

-------------- source : La Vie


samedi 18 juin 2022

Tout le reste vient du Malin

 En l'honneur de l'anniversaire d'Arnaud, un texte extrait de Adhyatma yoga, À la recherche du soi I 


Je vais donc prendre un exemple très simple. Contre lequel vous ne vous révolterez pas et qui ne soulèvera pas d’émotion profonde dans vos inconscients respectifs. Imaginons une jeune fille d’un milieu social moyen, disons bourgeoisie moyenne, ni la fille de Rothschild, ni une fille vivant dans la pauvreté. Elle passe son bachot. Elle a un parrain qui ne lui fait plus de cadeau depuis qu’elle n’est plus une petite fille, qui a même oublié la date de son anniversaire et qui lui dit : « Écoute, si tu es reçue à ton bachot de terminale, je te fais un très beau cadeau. Il y a longtemps que je ne t’ai rien donné, ça fait des années, j’ai des tas de cadeaux en retard, je te fais un très beau cadeau. Qu’est-ce que tu voudrais ? » La fille dit : « Parrain, je n’ose pas te le dire, c’est un très beau cadeau. » – « Et quoi ? » – « Un vélomoteur pour 85 jeune fille. » – « Ça coûte combien ça ? Mes prix sont peut-être dépassés. » – « 1 500 F. » – « Écoute, dit le parrain, tu réussiras bien à compléter et, si tu es reçue, je te donne 1 000 F. » C’est un très beau cadeau pour une fille de dix-sept ans. La voilà très heureuse mais, comme elle n’a pas encore ce bachot de terminale, elle n’a donc pas les 1 000 F et elle n’est pas emportée par l’émotion. Elle travaille bien, elle est reçue et elle demande à ses parents : « Qu’est-ce que je fais ? » Les parents lui répondent : « Écoute, c’est nous qui allons prévenir parrain, c’est plus discret. » Les parents préviennent parrain. Suivez bien cette petite histoire inoffensive, le chemin, la vérité, la sagesse suprême, tout est contenu dans cette petite histoire. Voilà qu’arrive une enveloppe de format allongé, comme celles où l’on met un chèque qu’on ne veut pas plier et, sur l’enveloppe, l’écriture du parrain. Notre jeune bachelière l’ouvre. Il y a un petit mot de l’écriture de parrain et un chèque. Elle lit le petit mot : « Bravo ; reçue ; je suis fier de toi ; voilà le cadeau promis ; sois heureuse. Parrain. » Sur le chèque, il y a marqué en chiffres et en lettres : « Payez 500 F à l’ordre de Mlle Sophie Dupont. » Quelle émotion ! Suivez-moi bien. Cette petite histoire, c’est la vie de l’humanité jour après jour, minute après minute. Voilà que cette jeune fille est désespérée de recevoir 500 F. 50 F ce serait déjà beau, 500 F c’est magnifique. Vous croyez qu’elle est heureuse de recevoir 500 F ? Ah ! son cœur se serre et la voilà malheureuse. Pourquoi ? Parce que sur le chèque de 500 F qui est la seule réalité – « c’est, c’est ; ce n’est pas, ce n’est pas » – le mental surimpose un second : le chèque de 1 000 F qui n’a aucune réalité d’aucune sorte, ici et maintenant. Et c’est cette surimposition, cette création d’un second par le mental, qui produit l’émotion douloureuse. Si la jeune fille pouvait être « un avec » le chèque de 500 F, sans qu’il y ait entre elle et le chèque de 500 F l’épaisseur d’un cheveu de non-adhésion, le chèque de 1 000 F n’aurait aucune possibilité d’intervenir dans la situation et cette fille n’aurait pas de « mental ». Elle serait une avec la réalité relative du monde phénoménal, elle serait sans émotion, elle aurait un sentiment réel. « Un chèque de 500 F, c’est magnifique, il y a tant de filles qui ne les ont pas et je vais pouvoir faire beaucoup de choses avec cet argent. » Elle aurait aussi la possibilité d’agir sans émotion : « Voyons, parrain m’avait promis 1 000 F, il m’envoie 500 F ; est-ce qu’il a été distrait, est-ce qu’il oublie ? Je n’ose pas trop en reparler, qu’est-ce que je peux faire ? » Ses parents lui auraient peut-être dit : « Écoute, nous sommes assez intimes avec parrain pour, au moins, lui poser la question. »

Je reprends ma même histoire. Un parrain dit à sa filleule : « Qu’est-ce que tu voudrais, si tu es reçue au bachot ? » Le parrain veut faire un très beau cadeau. – « Ah ! une motocyclette. » – « je te promets 1 000 F. » La fille reçue au bachot, on avertit parrain, arrive une enveloppe du format allongé qu’on utilise si on veut envoyer un chèque sans le plier. À l’intérieur de l’enveloppe se trouve une petite carte avec l’écriture de parrain et un chèque. Sur la carte, il est marqué : « Reçue, je te félicite, je suis fier de toi. Voici un peu plus que le cadeau promis, comme ça tu pourras faire entièrement la dépense prévue. » Et sur le chèque il y a marqué 2 000 F. Je mets au défi cette jeune fille de ne pas être emportée par une émotion intense de bonheur. Cette jeune fille est condamnée au bonheur. Comme une marionnette dont quelqu’un, de l’extérieur, tire les fils. Elle ne se sent plus de joie. « À ces mots le cor beau ne se sent plus de joie », dit La Fontaine, à ce chèque la jeune fille ne se sent plus de joie. Pourquoi, pourquoi y a-t-il émotion ? Pourquoi est-elle emportée par l’émotion ? Parce que sur le chèque de 2 000 F, le mental surimpose le chèque de 1 000 F attendu. Celui-ci n’a aucune réalité d’aucune sorte, la seule réalité c’est le chèque de 2 000 F. 

C’est. It is. Et tout le reste vient du Malin.

Arnaud Desjardins

vendredi 17 juin 2022

Toile d'éternité

 

Perles sur toile d'Isabelle Calas,

" Aucun livre ne peut nous sauver de notre vie.
Aucune parole ne sait recueillir ces éclats qui nous reviennent et nous élancent, empêchant le soir de descendre, la paix de venir.
Il n’y a pas de consolation, puisque tout nous blesse et que rien ne nous fait mourir.
Il n’y a que les choses devant nos yeux et la lumière sur ces choses. Il n’y a que ces araignées d’eau que je regarde filer sur la soie d’un étang, fragiles, avançant par saccades comme sous l’accès d’une pensée sans cesse interrompue, sans cesse reprise, inventant la légèreté d’une voie entre les deux éternités massives de l’air et de l’eau. "

Christian Bobin 🍂 Le huitième jour de la semaine 🍂



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