jeudi 18 janvier 2018

Silence avant la renaissance...




Le 18 juin (1942) ..jeudi matin 8 heures 
" Entre ma machine à écrire ,un mouchoir et une bobine de fil noir ,ma rose thé se fane .Elle est d'une beauté et d'une délicatesse presque insoutenables . En s'étiolant doucement et avec résignation ,elle commence à quitter cette vie courte et froide .Elle est si fragile ,si charmante et d'une telle grâce dans sa mort lente que j'en ai presque le cœur brisé . Une rose thé aussi ,il faut la laisser mourir tranquillement en silence ,au lieu de s'y cramponner avec passion et désespoir .Avant ,je pouvais être inconsolable et ressentir une tristesse incompréhensible à la vue d'une fleur fanée .Mais il faut aussi apprendre à accepter le dépérissement dans la nature sans y opposer de résistance . Et savoir qu'il y a toujours une nouvelle floraison . "


 Etty Hillesum ;La paix dans l'enfer

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mercredi 17 janvier 2018

Au noyau de l'Être


La passion est destructrice parce que je tente de la retenir, d'en faire ma chose, ma propriété.

Or, je souffrirai jusqu'à en mourir - et beaucoup savent que ces mots ne sont pas exagérés - jusqu'à l'instant où je "passerai au travers". Le sens de la souffrance, c'est de traverser. Nous vivons dans une époque tellement poltronne qui nous protège, qui nous apprend surtout à ne pas souffrir, à rester en surface, à ne pas entrer dans les choses. Tout est superficiel.

Or "il n'est pas de petites portes, il n'est que de petits frappeurs". La passion nous offre une chance de traverser le mur des apparences.

[…] Alors seulement commence la responsabilité envers le monde, quand on s'aperçoit combien de choses on fait souffrir de sa souffrance, combien de choses et de gens et d'êtres étouffent de notre étouffement, de notre ressentiment, de notre haine, que de choses sont prises dans le réseau de nos désespoirs, que de choses nous entraînons dans nos dépressions, combien de plantes meurent autour de nous dans notre appartement, combien de morts entraînent nos dépressions.

[…] rester en contact avec la profondeur, se pencher sur ce qui m'habite, sur ce silence des entrailles. Quelque chose en moi sait que rien ne peut m'arriver, que rien ne peut me détruire. C'est ce noyau infracassable en nous, ce noyau infracassable du divin en chacun de nous. Alors la peur cesse et quand la peur cesse, il y a un drôle de morceau en moins d'horreur sur la Terre!

Christiane Singer, extrait de Terre du ciel

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mardi 16 janvier 2018

dimanche 14 janvier 2018

Aimer et être aimé...

À méditer  

« Pour aimer sincèrement et simplement, nous devons avant tout vaincre la peur de n'être pas aimés, ce qui ne peut se faire en nous forçant à croire que nous sommes aimés alors que nous ne le sommes pas. Travail difficile, qui demande toute une vie d'humilité sincère. Mais tôt ou tard nous devons distinguer entre ce que nous ne sommes pas et ce que nous sommes, accepter de n'être pas ce que nous voudrions être. Mais celui qui n'a pas peur de reconnaître tout ce qui ne va pas en lui, et qui se sent l'objet de l'amour de Dieu précisément à cause de ses défauts, commence à être sincère. Sa sincérité est fondée sur la confiance qu'il place non en des illusions qu'il se fait sur lui, mais en l'infinie et inépuisable miséricorde de Dieu. Ainsi soit-il. »

Thomas Merton
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samedi 13 janvier 2018

Notre époque avec Eric Baret (2)

Il faut souffrir pour évoluer?


Non. Non. Il faut regarder. Il faut interroger. Vous n’êtes pas obligé de souffrir lors d’un cataclysme. Il faut regarder profondément. Que veut dire en profondeur la souffrance, comment cela fonctionne en vous? Qu’est-ce que votre corps? Quel est votre lien avec lui? Quand votre corps souffre, que se passe-t-il? Quand votre corps respire, que se passe-t-il? C’est très important de voir cela. Il faut qu’il y ait un questionnement de l’instant. C’est la vie qui amène le questionnement.

Je ne veux pas dire que toutes les expressions dont nous avons parlé sont pernicieuses mais, je dirais, plus de 99 % d’entre elles, oui. Si on regarde les choses autrement, on pourrait dire que c’est voulu par les dieux pour que le un pour cent juste ne soit pas à la portée des gens, non pas qui ne le méritent pas, mais qui n’ont pas vraiment la possibilité de le recevoir. Alors, il faut chercher dans tout ce fatras s’il y a quelque chose de sérieux. De même, en Inde, vous avez quatre ou cinq millions de saints hommes sur les routes: parmi ces sâdhus, 99 % sont des criminels, des psychopathes et des gens simples. Vous avez un pour cent de sâdhus de très grande profondeur et ils s’habillent de la même manière que les autres: ils sont nus avec quelques cendres sur le front et un trident à la main selon leur affiliation. Ce un pour cent se cache derrière une masse pour que l’adepte qui veut vraiment trouver la vérité soit obligé d’utiliser toute son énergie, toute sa discrimination afin de discerner l’authentique sâdhu.

Jusqu’à un certain point, ce déferlement de l’Orient a sa valeur, dans le sens où il cache quelque chose de plus profond. C’est un signe des temps, un signe de la décadence.

Quelle est votre position par rapport à l’ascétisme?

Il n’y a pas de position. Il faut des rois, des criminels, des chauffeurs de taxi, des ascètes. Si vous êtes né pour faire un boulanger, c’est merveilleux. Si vous êtes né pour vous retrouver dans une grotte, c’est merveilleux. Le monde profitera de votre silence. Si vous voulez devenir un ascète pour être silencieux, alors la constante agitation mentale que vous aurez dans votre grotte polluera tout votre environnement. Être un ascète est une fonction comme une autre. C’est une fonction organique qui n’est pas supérieure à celle d’une prostituée, d’un banquier ou d’un soldat. Si vous êtes chaste, si vous êtes naturellement un ascète aussi, cette tendance s’incarne en vous à un certain moment de votre vie. C’est merveilleux.

Être un ascète est une très belle vie. Un ascète ne souffre pas. Un ascète qui souffre est un faux ascète. Un ascète, c’est très clair, vit dans la joie. Il ne s’inflige pas de mortifications. C’est un mode de vie incompris. Un ascète est uniquement dans la joie. Si on a la grâce d’avoir cette tendance, c’est magnifique. Mais vouloir devenir ascète, vouloir être dans un monastère, vouloir se retirer du monde dans le but de comprendre, c’est une forme de stupidité, une compensation. Entrez dans un monastère, regardez les moines, écoutez leurs rêves et comment ils ont fait violence à leurs désirs sexuels, à toute leur vie. C’est souvent une catastrophe. Mais si cela vient naturellement, alors c’est magnifique. Ce n’est pas un moyen. C’est l’expression d’un contentement ultime et celui-ci peut aussi bien s’exprimer chez un banquier. 

Extrait d’un entretien avec Claire Varin - « La vraie vie c’est faire face à l’instant »

vendredi 12 janvier 2018

Notre époque avec Eric Baret (1)

Question :
On vit une époque très sombre — qui a, par le fait même, son côté lumineux — mais sombre au plan politique et social. Est-ce que vous croyez que l’on a beaucoup d’espoir de se sortir de cette crise de fin de siècle et de millénaire ?

Éric Baret :
J’espère que non parce que finalement ce qui est sombre, c’est la prétendue recherche spirituelle. Ce qui est sombre, c’est de voir des professeurs de yoga à tous les coins de rue. Ce qui est sombre, c’est le chanelling. Ce qui est sombre, c’est la recherche spirituelle moderne, c’est cette espèce de fuite de l’instant.
Par contre, ce qui est auspicieux, c’est la guerre qui s’approche, ce sont les cataclysmes qui viennent, parce qu’ils remettent profondément en question l’être humain, lui font poser de véritables questions.
Tout le reste le fait dormir.
Alors, il faut qu’il soit très clair que l’état du monde, c’est sa chance. Si les dieux font bénéficier le monde de ces mouvements, c’est le cadeau suprême. Malheureusement, il y a des époques où le cataclysme est la seule manière d’amener un questionnement. Dans leur générosité, les dieux vont, je pense, nous aider de plus en plus dans ce sens-là.
Tout ce romantisme du yoga, de l’Orient, de la spiritualité, toutes ces techniques spirituelles de progression, de purification, relèvent vraiment de l’âge sombre. Elles sont vraiment une perte d’argent, d’énergie. Un jour, elles disparaîtront complètement et, à ce moment-là, peut-être aura-t-on moins besoin de cataclysmes pour se réveiller.

Par vos propos, vous pourriez faire scandale…

Ce qui est scandaleux, c’est de faire croire à des gens que, par des exercices, ils iront mieux et que leur interrogation profonde s’apaisera. C’est de faire croire qu’en suivant telle thérapie, en adoptant tel concept, tel vêtement de telle couleur, en mettant sur un mur, ou en pendant à leur cou une image de guru à la mode, cela va amener un questionnement profond. C’est cela la charlatanerie. 

La vraie vie, c'est de faire face à l'instant. Les différentes possibilités de conflits s'expriment dans le monde, vous leur faites face, vous regardez ce que cela touche en vous, vous regardez ce qu'est la mort, la destruction. Ainsi, on se rend compte où on en est. Quand votre maison est détruite, quand votre corps est brisé, quand votre famille est éliminée, vous vous apercevez à quel point vous êtes libre ou non de vous-même. Mais s'asseoir dans une chambre à faire du Yoga, à mâcher cent fois une bouchée de riz complet... Évidemment, on s'en porte très bien, mais il n'y a aucun questionnement. C'est une vraie calamité. 

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Extrait d’un entretien avec Claire Varin - « La vraie vie c’est faire face à l’instant »

jeudi 11 janvier 2018

Adamah, la terre qui nous accueille...


L’heure qui vient n’est pas bavarde
Elle écoute le pouls de la vie dans son andante
La nature, au diapason, se fait chambre du Verbe
Où le mystère renaissant nous regarde droit dans le coeur
Lumière d’Amour au creux de l’être
Nous portons ensemble toute les espérances.

Do Montebello



 
Auteur chanteuse, Do Montebello est une bourlingueuse qui a sillonné le monde et dans sa musique se retrouvent des couleurs très éclectiques en lien étroit avec sa vie. Son sextet est composé de musiciens d'exception avec lesquels elle collabore depuis plus de dix ans.


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mercredi 10 janvier 2018

Une éthique pour les hommes et la planète

Je suis actuellement l'excellent Mooc de Colibris sur la permaculture. 
Voici une des vidéos (phytospirituelle) qui posent les bases importantes d'un futur possible ! 


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mardi 9 janvier 2018

Pratiquer zazen : le courage de vivre


Zazen démantèle le moi, parce que c'est une mise en situation inhabituelle qui nous pousse à trouver nos propres ressources au cœur même de cet inhabituel : ne pas intervenir sur un fait, recevoir au lieu de prendre, s'étonner au lieu de juger, connaître chaque situation de façon active au lieu d'opposer ou d'ignorer et goûter dans chacun de ces changements une mise en relation immédiate avec le corps vécu, parce qu'il n'y a plus rien à prévenir, à anticiper, à projeter. 

Le corps, débarrassé de toute force inutile, le corps qui n'est plus tendu vers un désir autre que celui de ce qui se présente, mobilise ainsi toute l'attention. S'effectue alors ce retour à soi, ce moment d'intimité avec l'acte pur d'être là, qui nous comble. C'est de cette plénitude que nous vient le courage de supporter le moment présent dans ce qu'il peut avoir d'ennuyeux, d'insupportable, d'exaspérant, d'annihilant. Chargé de cette plénitude, le moi peut prendre le risque de s'exposer à tous les vents, il peut prendre le risque de vivre : sortir du principe de précaution qui devient de plus en plus prégnant dans notre société et tend à nous laisser croire qu'il prévient de tous les dangers. 

Risquer, c'est être exposé à un danger possible ; pratiquer zazen est un danger possible pour le moi que Dürckheim avait d'ailleurs souligné : « Zazen est dangereux pour l'ego ». En effet, combien il est difficile pour le moi de s'asseoir en étant privé de toute possibilité d'intervention sur le passé, le présent et l'avenir, et tout à la fois, d'une manière paradoxale, se sentir devenir fort de cette vulnérabilité assumée, parce que l'expérience du corps vécu, libéré de toutes ces tensions d'évitement, nous ramène à la nudité de l'ineffable, tranquillement, nous ancre dans une attitude dépouillée, humble et simple. Cette expérience est celle d'un retour à l'ordre originel. 

Comment assumer les tourments, si ce n'est en se laissant glisser dans le calme du corps ? Plus nous sommes corps percevant le calme, moins nous sommes identifiés à notre singularité pétrie d'angoisse. Le calme s'installe dans l'oubli de soi, il a quelque chose de totalement anonyme et d'universel, tandis que le simple bien-être est tout à fait personnel. Oser se fier au calme du corps, c'est sortir de cette névrose d'évitement, qui nous emprisonne dans les expériences passées, dans la crainte de l'avenir, tout en nous empêchant de prendre à bras le corps la vie, tout simplement la vie, c'est permettre que le corps nous offre ce que le moi ne peut réaliser : l'absence de peur, l'absence de tourment. 

S'asseoir en silence chaque jour, c'est reprendre confiance dans ce calme. Entre le regret et l'espoir, entre le renoncement et les attentes, il y a ce moment de vie à saisir, la vie sans la crainte de vivre.

 Dominique Durand

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lundi 8 janvier 2018

Méditation ancestrale ou méditation moderne ?



“ Dans des ouvrages récents, je lis que la méditation (laquelle est proposée au Centre Dürckheim), est la « méditation ancestrale » à laquelle il serait peut-être bien de préférer une « méditation moderne ». Moderne, parce que s’appuyant sur des recherches et des travaux scientifiques dans le domaine des sciences du cerveau ! Moderne parce que pouvant être vérifiée par des mesures quantitatives (électroencéphalogramme, scanner, IRM, analyses biochimiques, etc). (…) Il est clair que, aujourd’hui, le principe quantitatif ne cesse de jouer un rôle de plus en plus important dans le domaine des sciences humaines, de la médecine expérimentale et les sciences cognitives. Cependant nous pouvons nous demander si des données quantitatives sont à même de révéler ce qui concerne en propre la personne individuelle, son vécu intime. 


Pour ce qui est du domaine de la vie intérieure de l’être humain compte, bien plus que les chiffres et les graphiques, le ressenti qui reste la fonction témoin de la perception. Comptent les expériences qualitatives. Après une demi-heure de méditation, deux questions s’imposent : qu’est-ce que je sens ? Et comment je me sens ? ” (1) D.T. Suzuki, homme érudit et auteur de nombreux ouvrages sur le Zen, qui a introduit Graf Dürckheim auprès de différents maîtres zen dès son arrivée au Japon (1937), lui disait que « L’étude scientifique de la méditation est absurde ! » (2) Pourquoi ? « Parce que le Zen aborde le réel d’une manière pré-rationnelle ». 

Cette approche, qui ne suit pas les sentiers de la raison et délaisse les règles de la logique, est désignée par le mot : méditation. La méditation, mode de connaissance de soi, du vrai soi-même, de notre vraie nature, de notre nature essentielle est cet exercice au cours duquel la personne qui médite est invitée à voir la vie à travers son propre vécu subjectif au moment présent. « Sans que nul bistouri ne la touche » dit D.T. Suzuki. Ce bistouri qui opère la fragmentation du “TOUT corps vivant que nous sommes dans son unité” et qui ensuite analyse, conceptualise, et enferme dans un cadre objectif les éléments morcelés. Méditer ? C’est faire l’expérience que le TOUT - c’est-à-dire : « Je suis » - est autre que la somme des éléments qui le composent. Comprendre, vivre cela - ajoute D.T. Suzuki - c’est guérir névroses, psychoses et autres troubles analogues. 

(1) extrait de Parce que c’est l’heure (Jacques Castermane) paru en octobre 2017 dans l’ouvrage collectif : Méditez avec nous – éd. Odile Jacob - p. 215-216. 
(2) D.T. Suzuki {1870-1966} Essais sur le bouddhisme zen – Ed. Albin Michel et Bouddhisme Zen et Psychanalyse – PUF.

Jacques Castermane
(janvier 2018)
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dimanche 7 janvier 2018

Qui étaient les rois mages ?

À l’Épiphanie, les chrétiens célèbrent l'adoration de l’Enfant Jésus par les mages. Qui sont ces mystérieux hommes ? La réponse de Régis Burnet, bibliste et professeur de Nouveau Testament à l’Université catholique de Louvain.


Ces hommes venus voir l’Enfant Jésus étaient-ils rois ou mages ?
Le texte grec parle de magoi, en traduction littérale cela a donné « mage ». Terme rare en grec, les Athéniens l’utilisaient pour parler des prêtres perses. Derrière ce mot, il y a à la fois l’étrangeté – un côté exotique – et la notion de sagesse, car ils étaient de bons astronomes. Si Platon les décrivait comme des charlatans, d’autres auteurs comme Hérodote ou Strabon leur reconnaissaient une culture et une richesse intellectuelle. Quand Matthieu, dans son évangile – le seul qui parle de cet épisode de la vie de Jésus –, raconte la venue des « mages » chez la Sainte Famille, il veut souligner que les païens les plus sages sont venus adorer le tout jeune Messie des Juifs.
Au IIIe siècle déjà, Tertullien explique que certains les prennent pour des rois (mais lui n’y croit pas). Ensuite, on en a fait une sorte de modèles des rois de la Terre. Certaines représentations de l’époque paléochrétienne (V-VIe siècle) montrent l’étoile que suivent les mages dessinée comme le chrisme signifiant ainsi que les mages étaient les précurseurs des saints empereurs chrétiens vénérant le vrai Dieu, à l’image de l’empereur Constantin.
Le Moyen Âge insista beaucoup sur cette qualité royale, tout particulièrement dans les pays allemands. Ce n’est pas un hasard : la dynastie régnant à l’époque sur le Saint-Empire germanique, les Hohenstaufen, s’identifiait à ces rois pieux. Frédéric Barberousse rapporta d’ailleurs leurs reliques et les déposa dans une splendide châsse à Cologne.
Et étaient-ils vraiment trois ?
Le texte ne dit pas combien ils étaient, mais indique qu’il y a trois présents offerts à Jésus : l’or, l’encens et la myrrhe. Pour autant, dans les représentations artistiques des mages, ils ont pu être deux ou quatre. Cela dépendait de la manière dont le monde était perçu à l’époque. Par exemple, aux XIV-XVe siècle, le monde se divisait en quatre parties et les mages, représentants de toutes les contrées de la Terre, étaient alors quatre. Au Mexique, dans certains lieux, ils sont même cinq, comme les continents de la Terre.
Gaspard, Melchior et Balthazar : d'où viennent ces noms ?
La première attestation de ces noms se trouve dans un manuscrit, écrit par un moine mérovingien au VIe siècle. Mais a-t-il créé la tradition... ou ne fait-il que l’écrire alors qu’elle préexiste dans la pratique ? On ne sait pas. Un autre texte, au VIIIe siècle, l’Excerpta latina Barbari, les nomme Gaspard, Balthazar et Melchior. Cette source, présentée comme une autorité, a fixé la tradition.
Pourquoi ces noms-là ? Balthazar rappelle le livre de Daniel, dans l’Ancien Testament. Melchior est un nom assyrien qui signifie « mon roi est ma lumière ». Pour Gaspard, par contre, il n’existe pas de raison connue ou trouvée. Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine, dominicain archevêque de Gênes au XIIIe siècle et grand spécialiste des saints, leur donne trois noms à chacun, l’un en grec, l’autre en latin et enfin un dernier en hébreu : Caspar est alors aussi Appellius et Galgalat ; Balthasar est Amérius et Malgalat ; Melchior est Damascus et Sarathin.
Que sont devenus les mages après avoir rencontré Jésus ?
L’Évangile de Matthieu est bien le seul texte du Nouveau Testament qui raconte cette visite extraordinaire à Jésus nouveau-né. On sent que cet épisode est écrit et composé pour répondre aux oracles annonçant que les nations et les rois de la terre viendront adorer le Messie (Isaïe 45 et Psaume 72). Le texte dit ensuite qu’ils partent en empruntant « un autre chemin ». Dans les régions orientales, cela a donné lieu à de multiples traditions locales. Une grande dévotion pour les trois mages s’est développée. C’est un processus que l’on voit régulièrement : quand des personnages viennent d’une région, leur histoire est utilisée pour christianiser le lieu. On ne sait pas ce que deviennent les mages après leur rencontre avec Jésus, mais une manière de s’approprier la tradition en Syrie, en Perse, au Moyen-Orient a été, sans support historique, de s’appuyer sur ces mages rapportant la Bonne Nouvelle.

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source : La Vie