vendredi 31 octobre 2014

Calme et sagesse par Jacques Castermane

Là où est le calme est la sagesse; là où est la sagesse est le calme !

Comme l’écrit Nietzsche : « Les hommes n’ont pas attendu de comprendre de façon consciente les mécanismes de l’hérédité, de la respiration, de la digestion... pour se reproduire, respirer, digérer ! »
De même, des hommes, des femmes n’ont heureusement pas attendu les dernières découvertes dans l’étude du cerveau pour connaître le calme intérieur, la sérénité de l’esprit !

C’est par la pratique de la méditation que l’homme stressé, inquiet et souvent même angoissé, retrouve son état de santé fondamental: l’ataraxie, la paix de l’âme.

Dürckheim écrit que « Ce que l’homme “-a-“ dans sa conscience ordinaire le coupe de ce qu’il “-est-“ dans la profondeur de son être ». Ce que l’homme actuel accumule dans sa conscience ordinaire c’est une multitude de savoirs. Au début de ma rencontre avec Dürckheim je passais des journées entières à lire les livres qu’il avait écrit; espérant, naïvement, que ces lectures feraient de moi un ... sage.
S’étant aperçu que je courais le danger d’une obésité intellectuelle, le vieux sage de la Forêt Noire me demande : « Quels livres de moi avez-vous lu ? ». Ce n’est pas sans fierté que, devant leur auteur, je commence à énumérer quelques titres : « Hara, Centre vital de l’homme ; Pratique de la Voie intérieure ; Le Japon et la culture du silence ; Méditer. Pourquoi et comment ? »
STOP ! – et dans un grand éclat de rire, il ajoute: « Cela suffit. Si vous posez ces quatre livres l’un sur l’autre, vous aurez la bonne hauteur pour vous asseoir et pratiquer la méditation ». (1)

L’exercice de la méditation de pleine attention n’est pas lié à une confession religieuse ou à une école de pensée. La relation de l’homme à sa propre essence, à sa nature essentielle, n’est pas due au fait que l’homme est doué de raison mais au fait qu’il est doué de vie. D’où l’attention portée au vécu corporel (Leib).
« Je vis parce que je suis un être vivant ; je pense parce que je suis un être pensant » écrit Heidegger. Au cours de la pratique de la méditation de pleine attention, la priorité est donnée à l’être vivant, à l’être.

Jacques Castermane

(1) La Sagesse exercée, Jacques Castermane, (préface d’André Comte-Sponville), éd. du Relié (p. 86)  Parie 15 et 16 novembre : La méditation de pleine attention ! 
Journées de pratique animées par Jacques Castermane 
Infos & inscriptions : http://www.centre-durckheim.com/v2/ParisNov2014b.pdf



jeudi 30 octobre 2014

La sagesse des soufis avec Eckhart Tolle

« Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu n'es pas " autre qu'Allah! "…Autrement dit : " Connais-toi toi-même " ou " Connais ton être " signifie " sache que tu n'es pas " Toi " alors que tu l'ignorais. »

 « Tu n'es qu'une bulle d'écume dans ce fleuve battu par la tempête ; une fois que tes yeux seront ouverts le monde t'apparaîtra comme un rêve. »

 « De l'amour nous sommes issus. Selon l'amour nous sommes faits. C'est vers l'amour que nous tendons. À l'amour nous nous adonnons. »

 Ibn El Arabi




mercredi 29 octobre 2014

Transmission avec Véronique Desjardins...

• Comment vous présenteriez-vous ?

Dès l’adolescence, ma vie a été dominée par la recherche spirituelle. Je me suis mise en quête d’une voie de transformation, ce qui m’a conduite à Arnaud Desjardins (1) dont je suis devenue l’élève à l’âge de vingt et un ans. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette recherche concernerait également ma vie affective et professionnelle. À partir de l’âge de trente-trois ans, je suis devenue la collaboratrice d’Arnaud puis sa compagne et son épouse en 1996. Parallèlement, et pendant dix-sept ans, j’ai dirigé la collection « Les Chemins de la Sagesse » aux Éditions de la Table Ronde, qui publiait les ouvrages de représentants des différentes traditions spirituelles, entre autres le best-seller de Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort. 

• Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Cette expérience vous a-t-elle amenée à prendre des décisions qui orientent encore votre vie ?
J’ai ressenti très tôt le désir de me transformer. Je savais que si je ne changeais pas, j’allais manquer quelque chose d’essentiel. La parole de Gurdjieff, « Votre être attire votre vie », m’avait profondément marquée. La rencontre, le travail, puis la vie en commun avec Arnaud Desjardins ont infléchi toute mon existence. Son décès en 2011 a également été une étape déterminante dans mon propre parcours – étape à la fois très douloureuse mais aussi salutaire. Dans maintes traditions, il est dit que l’ultime cadeau que le maître fait à l’élève, c’est de mourir, car alors l’élève est acculé à tenir sur ses propres jambes et à faire fructifier comme jamais auparavant ce qu’il a appris de son maître. Donc, oui, aussi bien la rencontre d’Arnaud en 1973 - qui m’a amenée à me structurer peu à peu et à envisager l’existence dans une toute autre perspective - que son décès, presque quarante ans plus tard, m’ont conduite à prendre la plupart des décisions qui ont orienté ma vie, entre autres celle de quitter Paris en 1984 et de me rapprocher du centre qu’Arnaud (2) venait de fonder dans le Gard .
Quand nous abordons l’existence, la plupart du temps nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, ni ce que nous sommes appelés à devenir. Nous sommes le plus souvent, exilés de nous-mêmes. Si nous ne voulons pas passer à côté de nous-mêmes, et souhaitons que notre vie prenne toute sa dimension, nous devons peu à peu apprendre à nous connaître, à sortir de notre division, à nous structurer. Ce que nous sommes réellement et ce à quoi nous sommes appelés – notre vocation, si l’on peut dire - se précisent avec le temps. C’est quelque chose à découvrir. Cela ne se fera pas sans passer par certaines crises, ne serait-ce que les inévitables épreuves que chacun rencontre tôt ou tard. Mais nous pouvons développer une nouvelle attitude intérieure nous permettant de faire face aux aléas de l’existence. La vie est une succession d’expériences mais c’est à nous d’en faire quelque chose ou non. Le maître d’Arnaud Desjardins, Swâmi Prajnânpad, avait une formule à cet égard : « Tout ce qui vient à vous, vient à vous comme un défi et une opportunité ». 


Quelle est votre vision du monde actuel ?
Il est bien difficile de répondre à cette question car une réelle appréciation de l’état du monde actuel supposerait d’être suffisamment libre de ses préjugés, des idées de toutes sortes circulant à ce sujet, et surtout de ses propres peurs et projections qui déforment inévitablement notre vision. Il faudrait prendre tant de facteurs en compte et avoir un recul qui permette d’évaluer à la fois les raisons de s’inquiéter et les raisons d’espérer. Personnellement, je déplore la perte des valeurs spirituelles, le manque d’intégrité qui sévit un peu partout, sans oublier la désintégration de la famille et l’absence de repères dont souffrent tant de jeunes. Nous vivons dans un profond climat d’insécurité engendrant beaucoup d’incertitude et de peur. En même temps, des initiatives très positives voient le jour un peu partout dans le monde, un réveil des consciences semble faire peu à peu contrepoids à la dégradation générale. Si nous devons traverser une crise majeure, comme tant d’experts s’accordent à le dire, chacun dans leur secteur, celle-ci nous obligera à développer une autre manière d’être ensemble, fondée sur l’entraide et la solidarité, pour pouvoir affronter d’éventuels temps difficiles. Nous serons obligés de fonctionner différemment, de redéfinir nos valeurs et nos priorités et sans doute de revenir à un mode de vie beaucoup plus simple et authentique.
Mais, outre ces considérations générales, ce qui me paraît important au niveau individuel, c’est de savoir si nous augmentons la souffrance déjà présente dans le monde par nos comportements ou si au contraire nous contribuons à répandre plus de paix et d’harmonie. Est-ce que nous agissons avec une certaine sagesse ou est-ce que nous cédons à des impulsions destructrices – la colère et la violence, par exemple ? Si nous ne choisissons pas nos états d’âme, nous pouvons au moins veiller à ce qu’ils ne polluent pas l’environnement.


Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attachée ? De quelle manière les rendez-vous vivantes ?
La détermination. Nous ne faisons rien sans elle. Elle est un fil conducteur, à l’arrière-plan de notre existence, une certitude qui nous permet d’avancer, quelles que soient les épreuves que nous rencontrons. Elle est l’orientation donnée à notre vie, une force qui nous pousse de l’intérieur. La vérité, qui commence par l’honnêteté envers soi-même. Cesser de se mentir et oser voir en face ses contradictions et ses ambivalences. Le sens des responsabilités, qui s’allie à l’intégrité, et nous permet d’assumer notre existence dans tous les domaines, entre autres familial et professionnel. Nous devons avoir la force de ne pas succomber à une certaine mentalité moderne, souvent cynique et désinvolte, quand celle-ci va à l’encontre des valeurs qui nous sont chères. Le respect et l’amour des autres. Je suis sûre que c’est à l’aune de notre capacité à avoir pu aimer que se fera le bilan de notre existence. Je veux parler d’un amour vrai, un amour qui voit au-delà des apparences et qui ne fluctue pas au gré des circonstances. Aimer vraiment requiert beaucoup de force et de courage. C’est au quotidien que j’essaye de rendre ces valeurs vivantes, par exemple en m’interrogeant sur la manière dont je suis située quand j’aborde une difficulté : « Est-ce la meilleure part de moi ou une part réactive qui agit en cet instant ? » Nous possédons un certain pouvoir nous permettant de sortir de notre vieux monde de blessures, de notre infantilisme, mais c’est un travail que nous devons chaque jour recommencer, inlassablement.


À ce jour, que désireriez-vous transmettre ?
Je désire transmettre ce que j’ai reçu d’une pratique spirituelle qui, avec le temps, nous permet d’affronter de mieux en mieux les défis de l’existence et de vivre plus consciemment. Transmettre ne peut se faire qu’en rejoignant chacun exactement là où il en est. Après le décès de mon mari et maître spirituel, j’ai senti le besoin d’un temps de retrait non seulement pour vivre le processus de deuil mais aussi pour digérer et intégrer tout ce qui m’avait été transmis depuis presque quarante ans. Mais il est devenu clair que je devais témoigner dans mon style propre. Pour ma part, j’anime des groupes de femmes dans l’optique d’aider celles qui y participent à devenir plus pleinement elles-mêmes, afin d’assumer qui elles sont et de donner leur véritable potentiel. Il ne s’agit pas seulement d’une réalisation personnelle mais d’une autre manière d’être dans leurs environnements respectifs, avec toutes les personnes qu’elles sont amenées à côtoyer. La plupart d’entre elles ont des blessures particulières qu’il est nécessaire de panser pour qu’elles puissent dépasser certaines de leurs inhibitions et retrouver leur pleine stature. Mon activité d’écrivain fait aussi partie de cette transmission. 


À la lumière de votre expérience, que vous inspire cette déclaration : « Nous sommes tous des compagnons de voyage » ?
Qui pourrait prétendre le contraire ? Mais comment faire pour que ces mots ne soient pas juste une jolie formule et qu’ils s’incarnent vraiment dans notre vie ?
Je me souviens d’une expérience toute simple que j’ai vécue il y a une douzaine d’années, et qui m’a fait prendre conscience que nous partageons tous la même humanité. En l’an 2000, à la suite d’un œdème pulmonaire aigu, Arnaud a été transporté d’urgence à l’hôpital. Durant son transfert, je suivais l’ambulance avec ma propre voiture, dans un certain état de choc. À un moment, l’ambulancier tourna à un carrefour, son regard croisa le mien et il me sourit avec gentillesse. Dans l’état de vulnérabilité où je me trouvais alors, ce contact d’être humain à être humain eut un grand impact sur moi. Arnaud a survécu onze ans après cet œdème mais je n’ai jamais oublié cette expérience qui fut un avant-goût de ce qui me soutiendrait le jour où Arnaud disparaîtrait. Depuis sa mort, je pourrais dire qu’en le perdant, j’ai trouvé l’humanité et j’ai découvert, à maintes reprises, ce que signifiait être compagnons de voyage. C’est une réalité vivante dont nous pouvons faire l’expérience au quotidien. Nous sommes tous très différents et, en même temps, nous sommes tous faits de la même pâte humaine, nous connaissons tous la gamme des émotions qu’un cœur humain peut éprouver : espérances, peurs, attentes, désirs … Nous découvrons à quel point nous sommes semblables, le plus souvent grâce aux épreuves qui nous amènent à sortir d’une certaine arrogance, d’un élitisme. L’épreuve nous rassemble, nous fait comprendre que nous partageons une même humanité et que nous sommes tous des compagnons de voyage.


(1) : Arnaud Desjardins (1925 – 2011) était auteur, réalisateur à l'ORTF et l'un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l'Islam) d'Afghanistan, et ce dès le début des années 1970. 


(2) : Actuellement, association « Les Amis d’Hauteville » connus aussi sous le nom d’ashram d’Arnaud Desjardins, à Saint Laurent du Pape en Ardèche. 
Note : L'intégralité de cette interview peut être lu dans le livre L'avenir est en nous (Ed. Dangles) - Février 2014.

lundi 27 octobre 2014

Comment je suis devenu (presque) végétarien... avec Christophe André

Mes racines sont dans le Sud-Ouest. Autrement dit : j’aime le rugby, le cassoulet, la corrida, les randonnées et le foie gras. Ou plutôt, j’ai follement aimé tout cela.

Aujourd’hui, je consomme toujours du rugby et des randonnées, mais je m’efforce de lâcher le foie gras et la corrida. Que m’est-il arrivé ? J’ai juste ouvert les yeux en matière de compassion et d’écologie, et écouté mon ami Matthieu Ricard : j’ai enfin compris que manger des animaux n’est pas une bonne chose, pour les animaux et pour notre planète. Et puis, en me renseignant attentivement grâce aux études scientifiques disponibles, moi qui suis médecin, je me suis aperçu que notre santé ne se ressentirait pas du tout, au contraire, du passage au végétarisme : trop de viande, ou de la viande médiocre (pleine d’antibiotiques, d’hormones et autres antidépresseurs) nous rend malades ; c’est d’autant plus absurde qu’il nous est parfaitement possible de combler tous nos besoins en nutriments essentiels uniquement avec les œufs et les aliments d’origine végétale.

Malgré tout ça, je ne vous cache pas que c’est parfois difficile pour moi ! D’abord parce que j’ai grandi dans la saveur des charcuteries et des grillades. Du coup, aujourd’hui, lorsque nous arrivons au sommet à l’issue d’une belle course en montagne, l’idée de ne pas partager le pain et le saucisson avec mes camarades de randonnée m’est pénible ; et je craque parfois. J’aime aussi beaucoup le foie gras ; pourtant je m’efforce de ne plus en acheter. Mais de temps en temps, au Nouvel An, furtivement, je craque encore. Pour la corrida, c’est difficile aussi : j’aimais beaucoup l’ambiance festive des arènes, les airs désuets de paso-doble, le courage des matadors, les frissons à la sortie du taureau, les discussions passionnées avec mes camarades sur telle ou telle passe technique. Mais si je continuais d’y aller, je n’oserai plus regarder Matthieu et mes amis bouddhistes dans les yeux. Et d’ailleurs, mes copains toulousains et aficionados ont mal pris que je refuse, il y a quelque temps, de signer une pétition pour la défense de la corrida. Pas facile de renier des pans entiers (et festifs) de sa culture d’origine.

Je ne suis pas rigide : mon épouse et mes filles continuent de manger de la viande, et lorsque je suis invité chez des amis et que le plat sent bon, j’en mange aussi. Mais voilà plusieurs années que je refuse d’en acheter et que les repas que je prépare sont végétariens, ce qui m’a aidé à apprendre à cuisiner de nouveaux légumes, à utiliser les épices, à manger beaucoup plus de noix et noisettes en tout genre. Et vous savez quoi ? J’aime de plus en plus ça !


(source : La Vie)

dimanche 26 octobre 2014

Silence et plénitude avec Philippe Mac Leod

Prier, c’est d'abord se taire.

Apprendre à se taire. Tu découvriras vite qu’il ne suffit pas de retenir sa langue un moment. Le silence n'est pas dans les oreilles, mais dans le corps lui-même : c’est lui qui nous remplit, nous tient droit. Une porte peut claquer, elle ne le déchire pas. C’est le silence des origines, le souffle de la vie avant même qu’une forme ne s'échappe comme une voile sur l’océan de l’étendue.

Prier, c'est donc d’abord se taire, et plus encore, tu le comprends bien, se taire intérieurement, puis se taire en profondeur, plus loin entre les membres, par-dessous les pensées, par-dessous le premier silence qui s’installe, comme des couches successives qu’on va chercher toujours plus au fond. Prier, enfin, c'est se taire de plénitude. Tu entends bien à ces mots la paix immense qui s’installe, la différence entre la privation, ce qu'on retient, et la conquête, ce qui se découvre, se dévoile.

Contempler consiste en ce lent mouvement d'accomplissement, de muette éclosion, d’équilibre total au point de ne plus avoir envie de se lever, de changer de position, ni même songer à bouger le petit doigt. La mouche qui se pose sur la tempe semble si loin, si légère. Tout est à sa place parce que tu as trouvé la tienne en dedans. Et le monde entier repose sur ce fragile équilibre, l’instant immobile en est le fléau, la pointe du danseur autour duquel tournent les sphères.
Tu as simplement appris à laisser le cœur s’ouvrir comme un œil et voir du dedans, voir à travers la chair, dans un éblouissement tranquille, la chaude blancheur du jour à travers l’épaisseur d’un voile. Voir la lumière. Voir alors qu’il n’y a plus rien à voir. Voir ce qui ne se voit pas. Voir comme on croit. Croire de cet œil grand ouvert qu'est devenue notre âme, avec cette prunelle brûlante au centre, doucement palpitante.
Tu me demandes souvent comment fixer la différence entre méditer et contempler. Elle est là : quand il n’y a plus d’objet, quand la vision devient à elle-même sa plénitude, son rayonnement, sa vastitude. Le silence alors se fait lumière, espace, respiration. Les mots n’y trouvent plus leur voix et s’éteignent comme de méchantes flammes au grand air. Tout est accompli. Dedans et dehors n'existent plus. Tout est un. plein, stable, tout à la hauteur de l’horizon.

Tu reconnais maintenant qu’il ne s’agit plus seulement d’accéder à une pleine conscience au sens d’un enveloppement, d'une étendue que nous serions capables de recouvrir en tout point comme en son ensemble, mais dans le sens d’une traversée, du centre vers la circonférence, du noyau à la périphérie, une conscience parcourant toute notre épaisseur vivante, de l'épiderme au fond du fond, là où la chair entrouvre ses fibres et devient mystère. La prière tient à cet autre exercice de la conscience, non plus dans l'extension, dans la portée, mais dans la force du centrement, de l'unité par le foyer, du rayonnement à partir de l'insaisissable. Il ne te suffira pas d'étendre les bras en écartant les jambes, la face plaquée contre l'azur ou les vents : on ne se remplit pas d'air, avec force inspirations, on habite le monde de notre plénitude intérieure, on emplit l'espace d'un souffle qui vient de plus loin que nous et ne fait un moment que nous traverser.
Il n’est alors que de nous tenir au plus près du centre, jamais touché, jamais perçu, dans une proximité d’autant plus exaltante qu’elle reste inachevée. La plénitude sera proportionnelle à cette extrême concision de la vie. Contempler est ce chemin paradoxal, le plus droit, le plus court, le plus direct.



(source : La vie 08/2014)

samedi 25 octobre 2014

La planète unique avec Sebastião Salgado



“Dans mes photos, j'essaie de montrer que la planète forme un tout”

Photographie et écologie sont, pour moi, indissociables. Je vais continuer à suivre des tribus d'Amazonie. Je me sens bien avec ces gens. Ce sont nos ancêtres. Ils sont en harmonie avec la nature, n'ont pas l'obsession de l'argent et des guerres. L'agressivité est, pour eux, le pire défaut. Ils ne mangent que des animaux à sang froid, des tortues, des serpents, pour ne pas devenir violents comme les animaux à sang chaud. Genesis m'a ouvert les yeux. J'ai compris que tout, sur cette Terre, est relié. Si on passait un film en accéléré sur les milliards d'années écoulées, on serait fascinés par l'interaction entre les montagnes, les fleuves, la lumière, la végétation. Dans mes photos, j'essaie de montrer que la planète forme un tout, que l'on est plus proches des animaux qu'on ne le pense. 

Sebastião Salgado


vendredi 24 octobre 2014

En recherche... avec Rumi

« Dans l’homme existent un amour, une douleur, une inquiétude, un appel, de sorte que s’il possédait les cent mille univers, il ne pourrait trouver le calme et le repos. Les gens exercent tous les métiers, tous les commerces, et procèdent à toutes sortes d’études : médecine, astronomie, etc., mais ils ne peuvent trouver le repos, car leur but n’est pas atteint. 

On appelle le Bien-Aimé “repos de l’âme” ; et comment pourrait-on trouver quiétude et ailleurs qu’en Lui ? Tous les plaisirs et toutes les fins sont telle une échelle ; chaque degré de l’échelle n’est pas un lieu de repos, mais un passage. Heureux celui qui se réveille tôt, afin de raccourcir le long chemin, sans perdre sa vie à trébucher sur les degrés. » 

 Le Livre du Dedans, de Rumi
Principal traité en prose du grand poète mystique, ce livre aborde des thèmes aussi divers que la nature de l’homme, la recherche mystique, la connaissance, l’amour, le mal ou la souffrance. Nourrie de méditation et de rêveries, la parole du maître, enchâssant versets coraniques et propos du Prophète, fables et paraboles, éveille l’âme endormie du disciple. 



« Au moment où la caravane est arrivée pour faire étape, tu as égaré ton chameau. Tu le cherches partout. Finalement, la caravane repart sans toi et la nuit tombe. Tout ton chargement est resté à terre et tu demandes à chacun
- Avez-vous vu mon chameau ? Tu ajoutes même :
- Je donnerai une récompense à qui me donnera des nouvelles de mon chameau !
Et tout le monde de se moquer de toi. L'un dit :
- Je viens de voir un chameau roux et bien gras. Il est parti dans cette direction !
Un autre :
- Ton chameau n'avait-il pas une oreille déchirée ?
Un autre :
-         N'avait-il pas un tapis brodé sur la selle ?
Un autre encore :
- J'ai vu partir par là un chameau à l’œil crevé !
Ainsi tout le monde te donne un signalement de ton chameau dans l’espoir de profiter de tes largesses. Sur le chemin de la connaissance nombreux sont ceux qui évoquent les attributs de l'inconnu. Mais toi, si tu ne sais pas où est ton chameau, tu reconnais la fausseté de tous ces indices. Tu rencontres même des gens pour te dire :
- Moi aussi, j'ai perdu mon chameau ! Cherchons ensemble !
Et quand enfin vient quelqu'un qui te décrit vraiment ton chameau, ta joie ne connaît pas de bornes et tu fais de cet homme ton guide pour retrouver ton chameau. »
 Le Mesnevi

jeudi 23 octobre 2014

A l'école de la femme avec Cheikh Bentounes


L’Algérie abritera prochainement le premier Congrès International Féminin pour la culture de la paix...

«La femme est la première école dans l’éducation d’un enfant. C’est elle l’élément-clé dans la transmission d’une culture de la paix, c’est elle qui apportera à l’islam cette dimension de la rahma (tolérance), principe générateur de vie, dont elle est la détentrice ». 
C’est en ces termes qu’explique, dans un entretien accordé au quotidien El Watan, l’organisateur principal du Congrès International Féminin pour la culture de la paix, Cheikh BenTounès, guide de la Tariqa Alawiya, la place de la femme dans la société algérienne.

« Donner une autre image de l’Algérie, une autre vision d’un islam tolérant en apportant une réflexion nouvelle sur la place de la femme dans la société et son rôle important dans la culture de la paix », voilà l’objectif de notre Congrès qui se veut « une occasion pour améliorer la vie en société », 
voici donc l’idée principale du congrès international féminin, organisé sous le slogan «Parole aux femmes», selon son organisateur principal Cheikh BenTounè, guide de la Tariqa Alawiya.
Cette manifestation vise à donner une nouvelle image de ce que doit être le musulman du XXIe siècle, loin des idées véhiculées par un islam radical. 

S’exprimant sur la dimension mondiale donnée à cette manifestation importante, Cheikh BenTounès, précise que plus de 25 nationalités venant du Japon, Indonésie, Turquie, Canada, Etats-Unis, Mexique, pays d’Afrique et du Moyen Orient participeront à cet événement qui se propose d’offrir une nouvelle vision sur la culture de la paix. Le congrès s’axe principalement sur le rôle de la femme et son apport indispensable en raison du fait que celle-ci est « la première école dans l’éducation d’un enfant », précise-t-il.

Cet guide spirituel a, par ailleurs, déploré le fait que la place importante que l’islam a toujours accordée à la femme est occultée dans la société actuelle. Il cite, à ce propos, l’absence dans la mémoire collective des musulmans des noms de 9000 femmes qui avaient pourtant accompli des actions grandioses par le passé. «Elles étaient des mouhadithate (transmetteuses de hadith) des oulémas, des mafatis et même des imams qui ont dirigé la prière », précise-t-il. 

Il évoque, entre autres, la première femme imam désignée par le Prophète (QSSL) lui-même et la sécurité de Médine confiée par Sidna Omar à une femme. L’écrivain et pédagogue revient aussi sur l’histoire de cette femme qui, à la bataille d’Ouhud, avait protégé le Prophète d’une mort certaine en s’interposant entre lui et un homme qui voulait le tuer. Le Guide de la Tariqa Alawiya s’interroge également sur la place accordée à toutes ses femmes qui ont illuminé l’islam et dont les noms sont à peine évoqués. 
Pour l’organisateur de ce congrès, « c’est pour dévoiler ce qui a été voilé que cette manifestation sur la femme est organisée ».


source: Algérie Focus

mercredi 22 octobre 2014

A l'essence de la vie par Brigitte Fossey

...Pas besoin de nos décorations pour aller à l’essence de la vie, c’est extrêmement simple. Un jour, on m’a demandé quel était mon plus beau souvenir. Il m’est tout de suite venu à l’esprit un moment où j’allais à l’école, les cheveux attachés derrière le cou. Il y avait de la lumière, une brise. Je me suis dit mais mon Dieu que c’est bien cette brise, que c’est beau la vie, une sorte d’éblouissement devant le fait d’être là ! On peut ressentir ça dans des moments de solitude où l’on n’est plus seul. Tout à coup, on se dit il y a l’air, le soleil, la respiration, le souffle, la caresse de l’air sur la joue. C’est prodigieux ! Pas un truc métaphysique, mais une chose toute simple. Cette simplicité-là, je crois que les enfants l’ont naturellement mais nous, on l’oublie.

Vous, vous ne l’avez pas oubliée ?

Non, je ne l’ai pas oubliée et je ne l’oublierai jamais. Je n’oublierai jamais qu’un arbre est une chose absolument exceptionnelle, extraordinaire, qui met ses racines dans la terre et qui monte vers le ciel. Toute la végétation est un exemple extraordinaire, de montée vers la lumière. J’ai été élevée dans cet émerveillement et je l’ai gardé. Est-ce que je le garderai quand mes parents ne seront plus, je ne sais pas. C’est quelque chose que je leur dois, qui fait partie de l’amour que j’ai pour eux et de leur pensée.

Vous pensez que ça peut disparaître ?

C’est l’amour que j’ai reçu d’eux, c’est pour ça que je pense que ça peut disparaître. J’ai reçu d’eux cette faculté d’aimer. Donc je manifeste ma reconnaissance et je ne sais pas comment je vivrai s’ils ne sont pas là, je ne peux pas l’imaginer.

Extrait d'une interview dans le magazine Reflets


mardi 21 octobre 2014

Le lierre terrestre n'existe pas en vain...



Voici une recette de vin de lierre terrestre

Ingrédients :
1 bouteille de vin blanc sec
40 g de sucre
½ bouteille d’eau gazeuse citronnée
½ l de jus de pomme
1 bouquet de lierre terrestre - des feuilles de menthe peuvent aussi être ajoutées

Préparation :
Verser le jus de pomme, le sucre et le vin blanc dans une carafe. Ajouter le lierre. Mixer. Laisser macérer une heure avant de filtrer. Mettre au frais. Mélanger à l’eau gazeuse avant de servir.  

Personellement, selon la recette de François Couplan,  je fais macérer une nuit les feuilles dans le vin blanc et ensuite j'ajoute les autres ingrédients.

A votre santé !


(source Bio Info)