jeudi 28 mai 2015

Sur le chemin de Karlfried Graf Durckheim...


« Sur le chemin spirituel, il ne faut rien chercher qui serait extraordinaire. L'extraordinaire est dans la profondeur de l'ordinaire.»
Extrait de L'Esprit guide

« Le son de l'Être est toujours là. Et il dépend de l'homme de s'accorder lui-même en tant qu'instrument afin que résonne, en lui, le son de l'Être. »
Extrait du Centre de l'être.

« Nous devons savoir que le chemin commence avec une expérience dans laquelle l'homme a senti quelque chose qui non seulement libère, mais en même temps représente un appel. Le chemin commence là où nous sommes attentifs à ce que notre profondeur demande et exige. Ensuite le chemin est fidélité à l'exercice. »
Extrait du Centre de l'être.



À lire
Pratique de la voie intérieure, le quotidien comme exercice de Karlfried Graf Dürckheim
Partant de l'idée que tout ce qui est vivant doit se développer en vue d'une réalisation, l'auteur explique quelle est la vocation de l'homme : celui-ci atteint son Être authentique lorsqu'il prend conscience qu'il est un aspect de l'Être divin et qu'il en témoigne au quotidien à sa façon.
Le Courrier du Livre, 15 EUR.

Le centre de l'être de Karlfried Graf Dürckheim
Ces propos rapportés par Jacques Castermane, psychothérapeute de formation, élève de Karlfried Graf Dürckheim, permettent de découvrir la pensée de ce maître spirituel notamment ce qu'il nomme, dans la notion de transcendance, « l'expérience religieuse au-delà des religions » et sur l'importance de l'amour dans la quête spirituelle.
Albin Michel (Spiritualités vivantes), 8,50 EUR.

Méditer, Pourquoi et comment de Karlfried Graf Dürckheim
La méditation est présentée ici comme exercice initiatique tendant vers la percée de l'Être. L'auteur situe dans un premier temps la méditation comme exercice initiatique, puis présente dans une seconde partie l'exercice propre de cette voie spirituelle, par le zazen, la pratique artistique, et plus globalement la vie tout entière.
Le Courrier du Livre, 17 EUR.



mercredi 27 mai 2015

Graf Dürckheim par Marie -Edith Laval


En 1947, à son retour du Japon, Karlfried Graf Dürckheim écrit : « Face au zen deux attitudes sont possibles : on peut soit se convertir au bouddhisme, soit accueillir et réaliser ce qu’il renferme d’universellement humain. Seule m’importe la seconde attitude. » Dix ans durant, ce docteur en psychologie et en philosophie s’est plongé dans le monde du zen, pour, au final, l’importer en Europe, ignorante de cette pratique méditative.

Né en 1896 à Munich, Karlfried Graf Dürckheim montre très tôt un vif intérêt pour la vie mystique. Ses 18 mois de front durant la guerre de 1914-1918 le marquent profondément. Se dirigeant vers des études de psychologie et de philosophie, le jeune homme découvre un grand nombre de maîtres spirituels, dont Eckhart, « mon maître, le maître. » Professeur de psychologie à Breslau puis à Kiel, Dürckheim part ensuite au Japon, de 1937 à 1947, pour étudier l’éducationjaponaise d’un point de vue spirituel. Il tirera de cette expérience en terre nippone la majeure partie de tout son enseignement. De retour en Allemagne, il fonde, accompagné de l’analyste jungienne Maria Hippius, un Centre de formation et de rencontres de psychologie existentielle à Todtmoos-Rütte, en Forêt-Noire. C’est là-bas qu’il s’éteindra, en 1988.

Nous ne devons pas chercher Dieu seulement avec notre intellect et notre volonté mais aussi avec tout notre corps, voilà ce que Graf Dürckheim m’a appris. Faire l’expérience de l’Être est au cœur de son enseignement : ne pas chercher à savoir ce qu’est l’Être essentiel en utilisant la pensée, mais en faire l’expérience dans la réalité que je suis. L’Être ne peut se réaliser qu’en s’incarnant dans un corps, socle, au même titre que l’esprit, de la vie spirituelle.




mardi 26 mai 2015

Les conseils de Marie-Edith Laval pour une vie « orientée »

1. Émerveillez-vous
Les sens en éveil, laissez place à la fraîcheur de la perception. Brisez la banalité de l'habitude, du déjà-vu en percevant le monde avec des sens neufs, en faisant du banal un motif d'éblouissement envers toute chose et chacun : je ne vois pas un arbre, mais un geste de la vie. « Tout ce qui est visible est un invisible élevé dans un état de mystère », a dit le poète Novalis. Derrière l'émerveillement se trouve la splendeur de l'essentiel.

2. Soyez plein de gratitude
Remerciez, la célébration dans le cœur et la louange sur les lèvres. Louer le ciel, c'est porter un autre regard sur la vie, une nouvelle façon d'être au monde. Rien n'est dû, tout est pur don, la vie se donne. Vivez pleinement et ne vous contentez pas d'exister.

3. Cultivez la pleine présence
Soyez attentif, en pleine conscience, à la tâche en cours. Ne désertez pas le présent par des ressassements stériles ou des anticipations anxieuses, mais demeurez dans l'Être là, dans la simplicité et la fraîcheur de l'instant présent. Pour cela, libérez-vous de vos attentes et veillez à ne pas faire de vos visions d'avenir une condition de votre bonheur. Est-ce que je prends la décision de vivre ma vie ici et maintenant ou est-ce que je vais continuer à penser et rêver mon existence ?.


4. Enthousiasmez-vous
À chaque réveil, enthousiasmez-vous de participer à ce nouveau jour : voyez le miracle à l'oeuvre en tout, en tous, en chaque instant, en prenant conscience du fait vertigineux d'exister. Chaque nouvelle aurore est comme une aventure, parée de neuf.

5. Méditez... priez
Régulièrement, mettez-vous à l'écoute de votre « petite voix ». L'expérience spirituelle est à l'image d'un feu qui risque de s'éteindre si on ne l'alimente pas, alors maintenez et cultivez la flamme du divin quotidiennement (prière, méditation, art dans une dimension sacrée). Chaque matin, durant 20 minutes, je pratique la méditation en assise silencieuse, dans l'ouverture et l'immobilité. Je m'offre ainsi un temps d'accueil à la grande présence qui m'habite et oeuvre en secret.





lundi 25 mai 2015

Pèlerinage avec Marie-Edith Laval (2)


21 août 2013. Dernier jour à Shikoku. Le soleil éclatant perce un ciel azur. À quelques mètres de moi, s'élève, majestueux, le temple numéro 1, celui-là même dans lequel j'ai pénétré il y a tout juste 52 jours. Entre-temps, mes pieds ont arpenté 1 200 km sur l'île nippone, à la rencontre de ses 88 temples bouddhistes. Tel un mandala, ce chemin circulaire est symbole d'infini, de perfection, d'absolu, de divin. Serait-ce parfois en tournant en rond que l'on avancerait le plus ? Ce 21 août 2013, c'est à la fois une autre personne qui clôture cette boucle, et la même, profondément elle-même, tutoyant la dimension sacrée de son Être. Rentrée à Paris, je suis habitée par une force sereine, une paix puissante. Non sans émotion, j'insère ma clé dans la porte de mon appartement. Cette clé, je l'avais égarée, tel un acte manqué, le premier jour de mon voyage, puis retrouvée à sa toute fin, en pénétrant sur le territoire du « Nirvana ». À travers elle, la vie semble me chuchoter : « Voilà la clé de ta transformation, substantielle. Le paradis, c'est ici et maintenant ! Ce paradis n'est pas dans une destination lointaine, mais, tout simplement, dans le pas que tu fais en ce moment, où que tu sois. Il n'est pas dans les mirages illusoires mais dans l'ordinaire de ton existence. »



En marchant plein ouest, vers Compostelle, l'été 2012, j'avais eu l'impression que l'ancien mourait en moi, avec ce désagréable sentiment d'avoir du mal à retrouver le nord à mon retour. En m'engageant plein est, au pays du Soleil-Levant, c'est comme si une nouvelle aurore avait pointé en mon for intérieur. Le principe bouddhique de l'« impermanence » nous apprend d'ailleurs que nous ne cessons de mourir pour renaître à nouveau. Je suis en perpétuelle évolution, en éternel devenir. Rien n'est jamais figé.

Cette aventure a été comme un réveil pour l'ensommeillée que j'étais, une invitation à rentrer dans la danse de la vie, qui est là et partout. Jour après jour, il m'est apparu de manière limpide que la réponse à cette soif se trouvait là où s'était formée la question : à l'intérieur de moi. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » dit Angelus Silesius, mystique allemand du XVIIe siècle. M'ouvrant peu à peu au mystère de l'infini au creux de mon Être, j'ai cheminé vers une source, que je pourrais nommer noyau divin, lumière, Être, Dieu.

Ce voyage a suscité en moi l'envie de retourner à l'Église, avec une nouvelle qualité de présence, plus d'intériorité. Quelle révélation lorsque j'appris que la méditation était déjà présente chez les Pères du désert ! J'ai découvert aussi l'hésychasme, pratique spirituelle dans la tradition chrétienne orientale, la « quies », le repos en Dieu, cher à saint Bruno et aux Chartreux... Puisque ma propre tradition détient de vrais trésors pourquoi irais-je chercher ailleurs ? Depuis, Dieu a pris un autre visage : j'ai rencontré un Jésus proche et touchant de par son humanité, un Dieu accessible, une figure du Christ incarnée.



Un livre et une conférence 
Pour un premier ouvrage, c'est une réussite. Avec talent, Marie-Édith Laval partage au fil de ces 300 pages son chemin initiatique en terre nippone, sous la forme d'un journal de bord. Jour après jour, le lecteur est emporté par cette escapade où le concret côtoie le spirituel, où l'horizontalité semble ne faire qu'un avec la verticalité. 
L'auteure donnera une conférence sur le pèlerinage de Shikoku, le 28 mai au Forum 104 (104 rue de Vaugirard, Paris VIe), de 20 h à 22 h 15. Dès 19 h, elle se tiendra disponible pour échanger sur son expérience. 
Comme une feuille de thé à Shikoku. Sur les chemins sacrés du Japon, de Marie-Édith Laval. 
Le Passeur Éditeur, 19,50 EUR.

'source : La Vie)

dimanche 24 mai 2015

Pèlerinage avec Marie-Edith Laval (1)

En 2013, cette jeune femme a effectué le pèlerinage de Shikoku, surnommé le « Compostelle japonais ». Une aventure initiatique en terre nippone et bouddhiste qui l'a révélée à elle-même et à son christianisme.

Tel un pont, l'approche du bouddhisme durant 50 jours de pèlerinage dans l'île de Shikoku (Japon) m'a fait revenir à ma source chrétienne, enrichie d'un autre regard. Depuis quelque temps, déjà, je m'étais éloignée du catholicisme, dans lequel je ne me retrouvais plus, que ce soit dans les dogmes ou la liturgie. Je percevais cette religion comme déconnectée du quotidien et n'étais aucunement attirée par un conformisme moutonnier. Ma quête était celle d'une expérience personnelle et libre, enracinée au plus profond de mon moi véritable. Grâce au bouddhisme, j'ai redécouvert avec une autre grille de lecture la profondeur du message chrétien. Cette longue marche m'a aussi confirmé qu'au-delà des chemins empruntés par chaque religion le sommet, l'Un, est le même, qu'il se trouve sur la cime d'une montagne ou bien dans les profondeurs de la grotte intérieure, de la source en nous où s'abreuve toute vie. Chemins qui, parfois même, s'épousent en cours de route : j'ai profondément ressenti, lors des cultes, qu'une même aspiration pour la transcendance nous aimantait les uns aux autres.

L'idée d'un pèlerinage à Shikoku sur les pas de Kukai, un moine bouddhiste Shingon, a germé à l'été 2012, alors que je me trouvais sur les chemins de Compostelle. C'est un marcheur japonais, croisé sur la route, qui m'invita à le découvrir. Rentrée à Paris, cette idée m'apparut comme une évidence, malgré mon ignorance du bouddhisme et du Japon. Évidence face à la sensation d'oppression qui m'étreignait dans ce quotidien parisien et dont l'étroitesse étouffait mes aspirations profondes. Ma soif inassouvie cherchait continuellement à s'abreuver dans l'ailleurs, l'autrement. Depuis quelques années déjà, seuls les voyages m'offraient de goûter l'instant présent et de me sentir pleinement vivante.

Un an après, me voilà en chemin, à la rencontre des 88 temples bouddhistes. Tout au long de cette première partie du pèlerinage, nommée « Éveil », mon regard neuf me permet peu à peu de voir l'« extra » dans l'ordinaire. Puis vient l'« Ascèse », deuxième étape, dont le dénivelé me coûte physiquement. Chaque phase du pèlerinage - les deux suivantes étant appelées l'« Illumination » puis le « Nirvana » - correspond à un cheminement personnel. La topographie de l'île fait ainsi écho à la géographie intérieure du pèlerin, à ses vallonnements intimes. Sous un soleil de plomb, longeant la côte Pacifique, je vis l'Ascèse comme une étape de désencombrement : je me décharge de tout ce qui n'est pas moi, de mes conditionnements et identifications en tout genre, pour aller davantage vers mon Être profond.

Ma rencontre avec Tsui-dje, pèlerine enracinée dans la culture animiste shinto, me touche infiniment. Je suis émerveillée par son attitude de respect, d'humilité, de déférence face à la nature. Les mains jointes, le buste penché, cette jeune femme va jusqu'à remercier le rocher qui l'a accueillie, le temps d'une halte. Cette notion du sacré, je la perçois aussi dans les rapports humains : s'incliner devant l'autre pour le saluer me fait prendre conscience que nous avons, chacun, une part sacrée, unique, nous reliant les uns aux autres. Je découvre à Shikoku une recherche d'harmonie comme trait d'union avec le divin : une simple cérémonie du thé élève vers une autre dimension, où souffle l'Esprit. J'apprendrai d'ailleurs que, d'après Kukai, toute personne peut atteindre l'Illumination au cours de sa vie terrestre en intégrant les actes du quotidien, même les plus banals, comme moyen d'édification. Quel enseignement !

...

samedi 23 mai 2015

Vigilance avec Arnaud Desjardins


Si vous pouviez parler longuement à de vrais disciples dans des voies dualistes comme la Trappe et des voies non-dualistes comme le bouddhisme, vous verriez que l’expérience est la même.
Et, si vous tentiez l’expérience dans les deux chemins, aidés par des guides des deux chemins, vous verriez que, finalement, la réalisation est la même.

Cette attention, cette vigilance est le chemin en lui-même et tout le reste tourne et gravite autour de cette conscience : éliminer les obstacles à cette conscience, éliminer les forces de distraction et d’éparpillement dans les choses extérieures. C’est la vraie prière, c’est la vraie méditation. 
On a demandé à Swâmiji : « Quelle est l’importance de la vigilance sur le chemin ? » 
Swâmiji a répondu « La vigilance c’est le chemin lui-même. C’est tout. »

A la recherche du Soi - II




vendredi 22 mai 2015

A la recherche du Père... avec Alexandre Jollien


Nous sommes invités à mettre toutes les chances de notre côté quand il s’agit de tenter le saut fatidique : perdre un à un nos conditionnements, mourir chaque jour à nous-mêmes et nous donner toujours plus intensément. Car la pratique spirituelle ne tolère ni amateurisme ni improvisation. J’ai donc tout abandonné pour venir en famille à Séoul. J’ai eu besoin d’un maître, et d’un costaud vu l’étendue des dégâts : sévère insatisfaction, difficulté à vivre un vrai abandon, vie déconnectée du corps. Depuis presque dix ans, je me lève et la vieille rengaine reprend : « J’en ai marre. » Sans compter que je suis encore très loin du pur amour désintéressé…

J’ai cherché éperdument un père spirituel. Je l’ai trouvé en Extrême-Orient. S’il avait habité Abidjan, Jérusalem, Fès ou n’importe où sous le soleil, nous ne serions certainement pas aujourd’hui au sommet de cette tour de quinze étages à Mapo.

Mon cœur a tout de suite senti que celui qui pouvait m’aider sur la voie devait être d’une immense bonté et d’une sagesse abyssale : être à la fois un prêtre catholique et un maître zen. Autant dire que de tels guides ne courent pas les rues. La foi en Dieu, qui ne m’a jamais quitté, a trouvé dans la rencontre avec le bouddhisme un puissant élan et j’ai désiré approfondir le dialogue. 
Le zen me ramène chaque jour au corps, au silence, à la paix, à une existence plus simple et moins automatique.

C’est en Belgique, à l’occasion d’une retraite sur la méditation et les Évangiles, que j’ai fait la connaissance de celui qui allait devenir mon maître. Depuis, j’ai commencé une véritable ascèse et je me suis engagé dans un itinéraire de libération. La pratique que j’ai choisie se méfie des mots. Le philosophe a donc dû apprendre à se taire et à renoncer à ses théories pour descendre au fond du fond, dans l’intériorité. Le père m’a conseillé de pratiquer zazen chaque jour, de nourrir une profonde vie de prière et de fréquenter les Évangiles. 

Alors commença la grande aventure, âpre, désertique même. Il s’agissait de raboter, de décaper, de perdre les repères et cette fausse sécurité, bref de me dégager des soucis sans sauter à pieds joints dans l’insouciance. Sur la route, aucune extase, pas de satori, mais un appel toujours plus vif à laisser passer les peurs, l’agitation. Et une invitation quotidienne à me jeter davantage en Dieu.


Extrait de "Vivre Sans Pourquoi "
(Prologue)

jeudi 21 mai 2015

Un peu de Victor Hugo...


Le Mot

Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Écoutez bien ceci :
Tête à tête, en pantoufles,
Portes closes, chez‑vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille du plus mystérieux de vos amis de coeur
ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot ‑ que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
que vous disiez si bas dans un lieu sourd,
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre.
Tenez, il est dehors!
Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin il prendrait des ailes comme l'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera;
Il suit le quai, franchit la place, et caetera
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues ;
Et va tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage; il a la clef,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive,
Et railleur, regardant l'homme en face dit;
« Me voilà! Je sors de la bouche d'untel »
Et c'est fait.
Vous avez un ennemi mortel!


Victor Hugo



mercredi 20 mai 2015

Un regard poétique sur la maladie avec Eve Ricard (3)





Elle vient de publier "Une étoile qui danse avec les mots" où elle témoigne de sa vie avec la maladie. Un livre poétique, émouvant, incarné dont le titre s'inspire d'une phrase de Nietzsche: "Il faut beaucoup de chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse". 

Partie 3 (20 min.)
Tremblements autour de la maladie...
 




mardi 19 mai 2015

Un regard poétique sur la maladie avec Eve Ricard (2)


"Le chaos c'est ce qui révolutionne la vie, l'esprit. Sans mouvement il n'y a pas de possibilité d'évoluer." Pour Eve Ricard la maladie lui a ouvert les portes de la compréhension, notamment vis à vis des enfants qu'elle reçoit en consultation. Il y a eu un avant et un après l'apparition de la maladie: "J'ai pu comprendre que la différence était une richesse", dit-elle.

 Partie 2 (12 min.)
 



lundi 18 mai 2015

Un regard poétique sur la maladie avec Eve Ricard (1)



Pendant près de 40 ans, Eve Ricard a été orthophoniste auprès d'enfants en grande souffrance psychologique, sociale ou familiale. Elle les a aidés à mettre des mots sur leurs maux. 
Elle leur a appris à faire ce qu'elle aimait faire: danser avec ces mots. 
Depuis 23 ans, atteinte de la maladie de Parkinson, "la dame des mots", comme l'appelaient ses petits patients, ne danse plus avec son corps, mais son esprit n'a peut-être jamais autant dansé.


Partie 1 (19 min.)
 

source : RCF



dimanche 17 mai 2015

L'évidence pour Eve Ricard

« Toute petite, je vivais à la campagne dans un monde merveilleux. Je ne quittais pas ma mère qui était peintre. Je la voyais comme une fée qui d’un geste pouvait tout transformer. Sa peinture était alors surréaliste. Sous sa main évoluait un monde étrange fait de corps humains avec des têtes d’animaux. Ma mère était tantôt fusionnelle, tantôt complètement indisponible, aussi ai-je grandi entre le trop et le pas assez d’amour.

À 7 ans, je dus commencer l’école. La perte de la protection absolue de la fée signa l’effondrement de mon monde. Heureusement, pour m’y rendre, je devais arpenter les prés et chaque jour j’étais séduite par la poésie de la nature et attentive à cette vie secrète et magique.

Mes parents étaient deux personnalités fortes, toujours en opposition. De guerre lasse, ils se sont séparés. Je n’ai jamais vraiment eu de conversation avec mon père, qui ne me prenait pas très au sérieux. Ma mère, issue d’une famille de grande indépendance spirituelle – elle était la sœur de Jacques-Yves Le Toumelin, le premier des navigateurs en solitaire –, plaçait la barre très haut.

J’AIME LES GENS QUI CHERCHENT L’AMOUR 
Quant à mon frère Matthieu (1), brillant élève, il était plutôt sauvage et déjà très ascète.
Contrairement à eux trois, je ne suis pas une intellectuelle, j’aime les gens qui cherchent l’amour et plus particulièrement les enfants qui en manquent. C’est pourquoi, dans mon métier d’orthophoniste, je me suis si longtemps occupée des enfants d’immigrés, que leurs parents, trop démunis, ne pouvaient pas aider.

J’étais une jeune femme romanesque, mais le péril de la maladie m’a imposé un autre regard, comme s’il donnait raison à ma mère qui a toujours vu en moi un corps malade. Pour comprendre ce qui avait fait de moi une candidate à la maladie de Parkinson, j’ai suivi une longue analyse. Cela m’a permis d’évacuer la colère et tous ces sentiments négatifs qui vous étouffent et vous enferment. À mon père et à ma mère, je laisse les ombres du soir et je garde l’extravagant, qui a parsemé mon histoire de magie et de beauté !

MA MÈRE EST DEVENUE UNE NONNE BOUDDHISTE 
Ma mère ne m’a jamais regardée comme une personne autonome, séparée d’elle. D’ailleurs, elle aurait bien aimé que je la suive au Népal. J’étais âgée de 18 ans lorsqu’elle est partie en Inde. Au bout de longs mois, je suis venue la chercher à l’aéroport. Je la guettais le cœur battant, angoissée parce que je ne la voyais pas quand, tout à coup, elle se planta devant moi, drapée de rouge, les pieds nus, le crâne entièrement rasé. Ma mère était devenue une nonne bouddhiste ! Alors que, stupéfaite, je m’approchais pour l’embrasser, elle recula en me disant :”On n’embrasse pas le clergé.”

Le choc fut d’autant plus brutal qu’il était inattendu. Son engagement même redéfinissait nos relations mère-fille. Ma mère avait choisi de fuir ainsi sa souffrance de femme délaissée. Elle avait alors 43 ans. Et moi, coïncidence ? C’est à 43 ans que s’est annoncée furtivement, puis de manière implacable, la maladie. Mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai rencontré Yann avec qui je vis aujourd’hui. Grâce à lui je comprends intimement ce que l’on dit quand on parle d’un amour plus fort que la mort.

LA FOI M’ACCOMPAGNE, ELLE EST POUR MOI UNE ÉVIDENCE 
Si je suis atteinte par la maladie, je ne me sens pas parkinsonienne. J’ai toujours refusé que la maladie empiète sur la vie de mes enfants et de mes petits-enfants. J’aide mon corps à trouver chaque jour des ajustements. La foi m’accompagne. Elle est pour moi une évidence, je ne pourrais vivre sans elle. Mais pour faire un chemin spirituel il faut d’abord ”se nettoyer”. Ce livre (2), c’est une façon de dire que, si on ne peut pas changer les faits, notre vison du monde, elle, peut changer et que l’on peut repousser les murs de la maladie. La vraie maladie, c’est de perdre le goût du monde. »

Fille de Jean-François Revel et de Yahne Le Toumelin, Eve Ricard vient de publier "Une étoile qui danse sur le chaos" (Albin Michel), un livre dans lequel elle évoque la relation avec ses parents et son frère Matthieu, le moine bouddhiste.
(1)Le moine bouddhiste Matthieu Ricard. 
(2) Une étoile qui danse sur le chaos (Albin Michel, 2015, 128 p., 13,50 €), préfacé par Matthieu qui écrit que sa sœur a su tirer de son expérience « une mélodie émouvante et sublime ».