lundi 14 avril 2014

Deux écrivains pour une présence


Pierre Rabhi et Jean-Marie Le Clézio nous offre une présence exemplaire au monde. 
Voici les extraits choisis de la suite de l'émission présentée hier sur ce blog.




dimanche 13 avril 2014

vendredi 11 avril 2014

Pratique méditative avec Jacques Castermane

Le sens de la pratique méditative est l’éveil à notre propre essence, cette part de nous-mêmes que Durckheim appelle: notre être essentiel. Que veut dire l’être essentiel ? Que veut dire faire l’expérience de notre propre essence ? Pour celui qui n’a pas fait cette expérience ce sont là des concepts assez abstraits. Ce qui importe est donc de passer de l’idée d’un être essentiel à l’expérience de notre propre essence; d’en devenir conscient.

La méditation de pleine attention, que Durckheim propose à son retour du Japon, nous invite à prendre au sérieux le tout simple. Ainsi, si nous sommes, pour un instant, en contact avec notre propre essence, nous nous sentons tout d’abord dans une force, un état d’être fort; une qualité d’être, un sentiment de plénitude et de confiance inconditionnelle qui peut nous étonner.

Cette force est l’origine d’une forme particulière. Une forme qui coïncide avec la sensation d’être en ordre, tout simplement en ordre. Il est rare de se sentir aussi naturellement en ordre, aussi naturellement soi-même dans la vie de tous les jours. Le plus souvent nous vivons dans des formes d’adaptation, d’identification, d’imitation, d’opportunité ; l’ego a cette tendance à se cristalliser dans une manière d’être en tant que corps qui est conventionnelle et ne donne jamais une sensation de liberté intérieure. Tout au contraire, au cours de cette expérience qu’est l’éveil à notre vraie nature, se présente le sentiment d’être libre; bien en soi-même sans se renfermer et ouvert au monde sans s’y perdre.

L’expérience de l’être essentiel est donc l’expérience d’une qualité d’être qu’il n’est pas possible d’édifier, de bâtir à coups d’exercices pratiqués dans le but d’un développement personnel. C’est au contraire en ne faisant « rien » afin d’être-là, ouvert et disponible, pour l’éventualité d’une telle expérience. Ayant pris au sérieux ce moment particulier, ce moment d’éveil à notre nature essentielle, nous découvrons combien l’exercice quotidien s’impose. Non pas pour additionner des petites expériences éphémères mais pour devenir celui, celle, qui s’est dé-couvert en ce moment, qu’on appelle l’expérience de l’être, l’expérience d’être, l’expérience de notre propre essence.

Jacques Castermane

A wonderful world...


« J'ai lu tous les livres mais un seul demeure : 
le monde, ce volume merveilleux, ouvert toujours devant mes yeux. »

Kathleen Raine




mercredi 9 avril 2014

Paroles de Christiane Singer (1)

Christiane Singer, née à Marseille en 1943 s'est éteinte à Vienne en Autriche le 4 Avril 2007. Pour rendre hommage à cette femme de cœur et à ce grand écrivain, nous vous proposons d'entendre ou de réentendre un entretien que Christiane Singer avait accordé à Thierry Lyonnet en 2001 lors de la parution de deux ouvrages : Où cours-tu ,ne sais tu pas que le monde est en toi? et "Eloge du Mariage,de l'engagement et autres folies.

Il est des livres qui se passent avec bonheur, de la main à la main, entre amis. Des livres que l'on souhaiteraient ne pas avoir encore lu pour avoir le plaisir de les découvrir. "Où cours tu ne sais tu pas que le ciel est en toi" et "Mariage, engagement et autres folies" sont de ceux ci.

J'avais mis en ligne cette interview en 2010. Je vous la ressert exceptionnellement de nouveau car il est des mets qui se dégustent plusieurs fois...
Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
Quatrième partie

lundi 7 avril 2014

Comment ai-je rencontré Yvan ? - Stan Rougier



Il y a trente sept ans me voici à Hardwar au bord du Gange avec mes sandales trouées et mon sac à dos de routard. Aux environs de minuit je frappe à la porte d'un ashram. Un jeune français de vingt deux ans vient m'ouvrir. Il me propose l'hospitalité de sa petite cellule et nous parlons durant la moitié de la nuit. Le courant passe entre nous, tandis que nous échangeons nos convictions sur le sens de l'existence, sur le but ultime de la vie.

Sa voix est douce, chaleureuse et en même temps très assurée. Tout ce qu'enseignera Yvan bien plus tard est là :" prendre le risque de l'autre."... "Au commencement est la relation".

"L'homme s'acharne à rechercher hors de lui ce qui est en lui. Il faut se tourner vers nos racines, notre être foncier. C'est le Christ éternel, c'est le Père, c'est ce que le Tao appelle la simplicité sans nom et les juifs le "Je suis"... Lorsque le mental se tait une Présence pacifiante se révèle en nous..."

Nous demeurons quelques jours ensemble. Dieu est le plus court chemin entre nous et je suis saisi par l'enthousiasme de ce jeune aux cheveux longs que la cuisinière de l'ashram nomme Ananda (béatitude). Il porte bien ce nom car il est débordant d'une vraie passion pour l'Absolu.

"La joie est le signe que la vie a réussi." disait Bergson.


J'ai la conviction qu'en ce garçon si jeune, Dieu révèle une facette de Lui-même au prêtre de quarante ans que je suis. "Vos filles et vos fils seront prophètes". (Joël - Bible)

Dès son retour en France, un an plus tard, Ananda est venu me rendre visite. Il avait retrouvé son nom occidental : Yvan Amar. Il était petit-fils de rabbin. Je l'ai invité à s'adresser à une cinquantaine de lycéens et de lycéennes. Tous ont été saisis par la beauté de sa ferveur. "Si c'est cela la religion alors ça m'intéresse" me disaient-ils, chacun à sa façon.


Je découvrais une fois de plus que le Dieu vivant n'est pas au bout d'un raisonnement, mais d'un émerveillement.

L'ouverture d'Yvan aux différents messages religieux les avaient touchés. Son maître spirituel Swami Chandra n'excluait rien des grandes traditions. Il citait autant Jean de la Croix que Ramakrishna.


Yvan est revenu me voir pour me présenter sa fiancée Nadège. Quinze ans plus tard il devenait enseignant, animateur de séminaires. Il redonnait le goût de Dieu à ceux qu'un catéchisme sans joie avait déçu. Il leur dépoussiérait l'âme, il leur montrait qu'on peut devenir disciple des événements et des êtres dont on a été la victime.

Nous n'avons pas cessé de nous retrouver jusqu'à ce qu'une grave maladie l'emporte vers le "monde nouveau où il n'y aura ni peine, ni cris, ni larmes, ni mort" (Apocalypse Ch.21)



Ma dernière visite peu de temps avant sa mort m'a impressionné : la souffrance transfigurée le rendait rayonnant. Il a demandé à son épouse que je sois coordonnateur de la célébration dans l'église de Gordes pour son départ.

Chaque rencontre avec lui m'apportait un immense bonheur. Il réveillait en moi le seigneur endormi dont parle Saint Exupery. J'aimais la poésie de ses formules. («Il faut chercher dans l'Histoire les épiphanies de Dieu») la gaieté de ces jeux de mots; ("le devenir c'est le Dieu-venir"...)



J'ai ressenti assez rarement à ce degré là avec un être humain la joie profonde de partager les mêmes intuitions, la même quête de l'absolu.

Yvan se moquait du syncrétisme où on s'autorise à mélanger les religions. Il respectait chaque chemin spirituel avec son originalité. Il distinguait pour mieux unir. Une grande tendresse pour l'humanité imprégnait de ses propos. "Ne mettez jamais l'amour de la vérité avant la vérité de l'amour " disait Saint Augustin. En réalité Amour et Vérité ont besoin l'un de l'autre. Ce sont les ailes d'un même oiseau.


Je retrouverai mon ami Yvan dans l'importance que j'accorderai à toute relation ; celle qui est en Dieu Lui-même (Père – Fils – Saint Esprit), celle que Dieu nous invite à vivre avec Lui, celle que Dieu nous propose de vivre avec nos semblables.

Si la spiritualité devait m'orienter autrement sans doute mériterait-elle l'indifférence et même l'hostilité.


C'est par la rencontre d'hommes et de femmes "réalisés" que nous pouvons comprendre à quel point Dieu est une question de vie ou de mort si nous voulons savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons.! Que serais-je devenu si je n'avais pas rencontré Philippe Maillard, frère Roger, le cardinal Etchegaray, l'abbé Pierre, Christiane Singer, Yvan Amar et quelques autres qui me pardonnent de ne pas les nommer ?

Tous m'ont dit : "Tu ne peux voir Dieu mais tu peux voir Sa trace".



source : test.nadege.name

dimanche 6 avril 2014

Un petit peu de bêtise ne tue pas avec Alexandre Jollien

Récemment, un mien ami m’a offert des films à foison. Dans le lot, j'ai déniché American Pie 1,2,3,4,5,6, 7. Comme j’avais une bonne semaine pour me reposer, j’ai osé franchir la ligne. Oui, j'ai succombé à la tentation et me suis octroyé 7 x 90 minutes d’âneries intégrales. 

J'en retire deux ou trois enseignements. D'abord, ce que je cherche en pratiquant la méditation, la paix, la détente, je l’ai entraperçu devant l’écran. Le film a été cathartique, et j’ai tout de suite pensé à Pascal, qui a écrit que « l'homme n'est ni ange ni bête et (que) le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête ». Je consacre beaucoup de temps à écouter les autres. Souvent, je participe à des colloques, à des groupes de soutien, et un flot de souffrances, que je peine à alléger, envahit mon esprit. Se peut-il qu'il faille parfois quitter la profondeur pour la rejoindre plus profondément ? Devant les adolescents rieurs et ignares en bien des matières, je repère un manque. Un jour où je me prenais un petit peu trop au sérieux, un camarade s'est exclamé : « Tes-tu jamais permis d'être con au moins un jour ? » Je crains que non, quoique ma femme puisse avoir une opinion légèrement différente sur le sujet. En regardant ces films tout droit venus d'Amérique, j'ai envisagé la question à nouveaux frais.

Pour s'avancer dans la légèreté et suivre en quelque sorte Pascal, il s'agit avant tout de sortir de la culpabilité. Outre les éclats de rire suscités par les rocambolesques aventures des héros, il me semble que j'ai reçu une véritable leçon anthropologique, qui m'aide à quitter un esprit de sérieux qui nie les besoins du corps et la faiblesse qui est la nôtre. 11 n'est pas si facile d’assumer ses pulsions. Allègrement, le voile a été levé sur le champ de bataille que peut représenter la sexualité pour les jeunes et les moins jeunes.

Voir ces garçons et ces filles obsédés par la conquête amoureuse, pour le dire avec des mots élégants, alors que leur ambition ne vise pas si haut, me permet d’envisager la beauté de l’être humain, qui englobe certains combats, sa fragilité aussi. Accueillir nos travers avec une absolue bienveillance, c’est déjà faire un pas vers la vertu. La pudibonderie nous éloigne de la vérité, en créant du mythe.

J'apprécie la comédie. Elle invite à prendre du recul, à ne pas trop se prendre pour le roi du monde. Et je rêve d’être suffisamment vertueux et libre pour contempler la bêtise humaine avec une infinie douceur, comme un père regarderait son enfant. S’il l’aime vraiment, jamais il ne peut être déçu par son rejeton. Ainsi ai-je pensé à tout ce que l’on dissimule par peur d’être jugé. Le film ne vient que caricaturer les balbutiements de chacun dans son apprentissage de la vie, car il faut tout une œuvre, tout un accomplissement pour devenir adulte sans nier la légèreté, l’innocence.

En éteignant mon poste de télévision, j'ai rejoint ma femme et mes enfants. Avec une légèreté toute ravivée, j’ai plaisanté avec eux. Nous avons bien rigolé ! Le lendemain, une mère me confiait avoir perdu son fils, victime d'une overdose. J’ai pu l’écouter et la soutenir pleinement, aussi parce que j’avais goûté une bouchée de légèreté. Loin de m’avoir soustrait à l’essentiel, après avoir ri, un peu bêtement il est vrai, de notre condition, j’en mesurais une nouvelle fois la profondeur. La vie est sacrée, derrière les faux pas, les travers, la beauté de l’être humain reste toujours indemne.