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lundi 14 septembre 2026

Une attention pour l'émotion

J'ai passé une semaine avec Ilios Kotsou lors d'un stage sur la vision sans tête. A la fin, nous ressentions d'ailleurs un calme où les émotions revenaient tranquillement à leurs places...


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jeudi 9 janvier 2025

Espace de la présence


C’est un matin banal et pourtant un moment si particulier. Je sors lentement du sommeil. Plus vraiment endormi mais pas encore complètement réveillé. Ni tout à fait nuit, ni vraiment jour, un instant fragile, suspendu, hors du temps. Chacun de nos réveils est un rappel et une transition : entre ce qui a été et ce qui s’annonce.

Ce moment de fin d’une année, de commencement d’une nouvelle, est également un moment de transition.

Dans la mythologie romaine, il est lié à Janus est le dieu des portes et des passages. C’est de lui que le mois de Janvier (Ianuarius), le mois sacré du renouveau, tire son nom. On représente Janus avec deux visages : l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir. 

Le premier visage regarde en arrière, vers les jours écoulés. Il invite à s’arrêter un instant pour contempler ce que l’année nous a laissé. Qu’avons-nous appris ? Quels instants précieux avons-nous vécus ? 

L’autre visage est tourné vers l’avenir. Quels rêves nourrissons-nous pour demain ? Quels changements se préparent ? Quelles graines voudrions-nous semer?

Si ces deux regards sont utiles, ils peuvent néanmoins aussi pointer des pièges. Dans mon cas ils révèlent autant mon désir de réparer le passé que celui de contrôler le futur. Pourtant, on ne peut défaire ce qui a été, ni changer ce qui a eu lieu. Et moi dont le cerveau est toujours projeté sur un après, force m’est de constater que l’avenir est par nature imprévisible.

Alors je me rappelle aussi que Janus est le gardien des seuils. Comme toute porte, il unit autant qu’il sépare. Ce qui est derrière ne disparaît pas vraiment, mais il peut contribuer nourrir ce qui vient. 


Entre ces deux regards, il y a un espace, une troisième possibilité. Un endroit où passé et avenir se rejoignent sans s’opposer. Cet espace, c’est la présence.

Ce moment entre rêve et réveil de ce matin, incarne ce troisième regard. Je ne suis plus captif·ve des images de la nuit, mais je ne suis pas encore happé·e par les exigences du jour. Un moment de présence, gratuit, qui ne vise à rien d’autre que l’expérience elle-même. Juste être là, avec le souffle qui va et vient, avec la lumière du jour qui caresse doucement les murs, avec le mouvement de la vie. Là, dans cet entre-deux, simplement disponible.

Alors, plutôt que de vouloir à tout prix clore l’année écoulée ou de nous précipiter dans celle à venir, pourquoi ne pas nous arrêter un instant sur le seuil lui-même ? Respirer. Ressentir. Être là. 

Plutôt qu'être uniquement obsédé par l'autre rive, savourer la traversée du pont.

Entre rappel du passé et préparation de l’avenir, garder une page blanche pour laisser le présent s’écrire.

Janus nous invite à habiter cet espace, à écouter ce murmure entre deux battements. Là où nous sommes pleinement vivant·es, ici, maintenant.

Tendresse, justice, lumière et joie à vous toutes et tous

Ilios Kotsou

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dimanche 22 septembre 2024

Relation avec la famille

 Ilios Kotsou : « La famille est le premier lieu de la sécurité, de la socialisation »

[Interview] Joies inouïes, nuages, tragédies : nos vies familiales ne sont pas exemptes de hauts et de bas, parfois même de ruptures. Mais qu’il soit conjugal, parental ou fraternel, l’amour peut durer… À quelques conditions. Entretien avec Ilios Kotsou, chercheur et docteur en psychologie.


Comment expliquez-vous l’influence déterminante de la famille ?

La famille est le premier lieu de la sécurité, de la socialisation. À la différence des animaux qui se débrouillent très vite après leur naissance, les bébés humains ont besoin de soins pendant plusieurs années avant de marcher, se nourrir, communiquer… Ils ne pourraient survivre seuls. Paradoxalement, plus l’enfant évolue dans un environnement sécurisant, qui lui donne une sécurité affective, plus il est enclin à découvrir le monde. Un attachement défaillant entraîne une difficulté à accorder sa confiance et peut se révéler dans les relations futures. Mais le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a aussi montré notre capacité de résilience : des tuteurs (une voisine, un professeur…) peuvent fournir des liens significatifs nécessaires à la construction de soi. Il faut tout un village pour élever un enfant, comme le souligne le proverbe africain.

La famille cristallise aussi des tensions, des rivalités, des jalousies… Comment faire famille tout au long de sa vie ?

Nous devons apprendre à vivre avec nos désaccords, nos différences, nos blessures, notre vulnérabilité. Le sociologue et philosophe Theodor Adorno a avancé un critère à l’amour vrai : « Tu n’es aimé que lorsque tu peux te montrer faible sans provoquer une réaction de force. » Aimer, c’est choisir de ne pas prendre l’avantage sur l’autre, alors que je pourrais le faire. Cette relation ajustée se cultive dès le plus jeune âge. La famille est aussi un groupe dynamique, qui doit s’ajuster lorsque les enfants grandissent, quittent le nid, fondent à leur tour une famille… Un lien, même familial, se nourrit et s’entretient. L’amour est un agir : on ne peut être seulement passif, ne faire que recevoir. C’est comme du pain que l’on peut offrir et que l’on doit refaire chaque jour. L’amour est renouvelable à l’infini, illimité, mais son existence dépend aussi de nous, de nos efforts, de nos actions.

Aujourd’hui, on ne supporte plus l’autre, son collègue manipulateur, son chef incompétent, son voisin bruyant, sa belle-mère intrusive, ses enfants ingrats, son conjoint de plus en plus pénible…

L’individualisme a créé une société concurrentielle, où chacun est en compétition, avec des gagnants et des perdants. L’autre est donc perçu comme une menace. Ce sentiment de survie entraîne des mécanismes de défense : on se rigidifie, on se replie sur un entre-soi, on juge, on attaque, on rejette… Notre monde est ainsi de plus en plus polarisé, phénomène exacerbé par les réseaux sociaux dont les algorithmes nourrissent nos propres opinions. Or une bonne santé psychologique et sociale suppose une capacité à changer de perspective, à se décentrer, à prendre l’autre en considération.

Nous nous trompons quand nous revendiquons notre autonomie et refusons de nous engager dans une relation ?

La professeure de psychologie Barbara Fredrickson définit l’amour comme l’émotion suprême, qui fait entrer en résonance avec d’autres personnes. Il n’y a rien de plus terrible que d’en être coupé. Nous ne pouvons vivre sans relations, ni sans autonomie, c’est un équilibre à construire et deux types de liens à tisser. Nous sommes des animaux sociaux : nous n’existons qu’à travers les autres. Les humains ont prospéré grâce à leur capacité de coopération, d’entraide, du soin donné aux plus vulnérables, aux malades, aux moins valides. C’est d’ailleurs la caractéristique de l’humanité. Nous sommes des êtres de liens, toute notre vie est lien – amical, amoureux, professionnel, etc. L’amour romantique a beaucoup mis l’accent sur le couple. Peut-être redécouvrons aujourd’hui la valeur de l’amitié, de ces relations choisies, plus vastes que les liens du sang.

Quel est le secret pour nourrir des liens vivants ?

Changer de perspective : l’autre est une fin et non un moyen. « Il n’y a pas d’amour heureux, ni de bonheur sans amour », prévient le philosophe André Comte-Sponville. Si l’amour éros passe, le bonheur consiste à accéder à une autre dimension, celle de l’amour philia, l’amour de réjouissance, qui vise le bien de l’autre : je suis heureux parce que tu existes, et non parce que je te possède. Cet amour inconditionnel que l’on ressent facilement à l’égard de son enfant est à vivre dans un couple, avec des amis, des étrangers… Pour dire « je t’aime », l’italien a une magnifique expression : « Ti voglio bene », c’est-à-dire littéralement « je te veux du bien ». Tout est dit !

La famille contemporaine n’est pas à l’abri des ruptures, des séparations, des recompositions. Comment traverser ces épreuves ?

Nos repères ont changé, parfois explosé, tout va plus vite. Ces bouleversements demandent d’acquérir des compétences : comment passer d’un état à l’autre, dire au revoir, tourner une page, accepter une reconfiguration. Nous manquons de rituels, dont la fonction consiste précisément à soutenir les transitions, même douloureuses. Dans l’épreuve, quelle qu’elle soit, veiller à être connecté à ses émotions et fidèle à ses valeurs permet de faire face à ce qui est de manière ajustée, sans esquiver, ni entrer en guerre. Paradoxalement, rester dans l’amour aide : rendre hommage, honneur à ce qui a été, ne pas chercher à se venger même si on est blessé. Parfois, certaines relations se rompent. Le lien continue pourtant d’exister, même s’il n’est pas de même nature ni de même intensité, simplement parce que notre humanité nous relie.

Un bel idéal, difficile à mettre en pratique…

Tout s’apprend, à commencer par l’autocompassion : quand je ne me sens pas à la hauteur, si je souffre, j’essaie d’accueillir ma fragilité, mon besoin, de poser un regard doux envers moi-même. Peu à peu, j’adopterai cette même attitude à l’égard des autres, même ceux qui ont pu me faire du tort. La tradition bouddhiste invite à l’amour bienveillant, la compassion, la joie empathique et l’équanimité, c’est-à-dire d’étendre à tous les êtres sensibles cet état d’esprit. Nous avons en nous un formidable potentiel d’amour, capable de s’élargir à notre prochain, au monde entier. Jésus est l’archétype de cet amour universel. Chacun peut devenir mon frère, chacune peut devenir ma sœur, vraiment ! Ainsi naîtra une société plus solidaire, où tout le monde peut vivre.

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samedi 6 juillet 2024

Egocentrisme raconté...


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 Les sacs de grain

Chaque année après les récoltes, tous les villageois se retrouvent près du moulin du village.
Il y a une grande meule, tout le monde vient avec ses sacs ie grain.
Chacun à son tour prend une mesure de grain, la fait passer uns la meule, recueille la farine et en remplit un autre sac.

Niais Nasredin ne cesse de puiser dans le sac de son voisin immédiat. Son manège finit par être repéré, et le voisin f insurge:

Nasredin, arrête donc de prendre le grain de mes sacs !

Oh, pardon ! Tu sais, je suis un peu idiot...

Le voisin opine de la tête, mais reste sur ses positions :

Oui, mais même si tu es idiot, pourquoi tu n’en prends pas de ton propre sac ?

Je suis idiot, admet Nasredin, mais pas à ce point-là!

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La volonté divine

Un jour, Nasredin se rend chez l’imam et lui annonce triomphalement:

J’ai enfin la preuve que TOUT dans ce monde va selon la volonté du Très-Haut.

Quelle foi profonde, Nasredin, mais qu’est-ce qui t’a permis d’arriver à cette conclusion?

Oh, c’est évident, dit Nasredin. Jamais rien dans ce monde ne va selon ma volonté à MOI.



Source : Les folles histoires du sage Nasredin par Ilios Kotsou et Matthieu Ricard
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mercredi 17 avril 2024

Ecole de la souplesse

 L’école du saule (par Cécile Bolly)


Il était une fois, il y a très longtemps, dans un pays très loin d'ici, un homme qui marchait. Il marchait parfois vite, parfois lentement, sous le soleil ou dans le vent. Il quittait la Chine, où il venait d'apprendre les arts martiaux, et rentrait chez lui. En chemin, il pensait à la technique qu'on lui avait enseignée. Il sentait qu’il y avait sans doute quelque chose à associer à cette technique ; quelque chose de plus intérieur, une réflexion philosophique, peut-être, ou un fondement spirituel. Quelle est, se demandait-il, la force qu’il faut opposer à la force pour la combattre ? Se retirant longuement dans un temple zen afin d'y méditer, il se promène un jour dans le grand jardin alors qu'il y neige abondamment. Son attention est subitement attirée par le bruit d’une branche de cerisier qui casse sous la neige malgré sa robustesse. Un peu plus loin, alors qu'il s'approche d’un saule, il voit la neige glisser silencieusement à terre et la branche pourtant fragile du saule se relever, indemne. À ce moment-là, son esprit s'éclaire, son âme s’éveille. Il comprend que ce n’est pas la force qu'il faut opposer à la force, mais bien la souplesse ; que ce n’est pas la lance qu’il faut opposer à la lance, mais bien la main vide et le cœur pacifié. Depuis lors, on attribue à ce médecin japonais, Shirobei Akiyama, la création de l'école du saule, Yoshin-ryu, qui a donné naissance au judo et au ju-jitsu. Cette école du saule, ou plus précisément cette école de l’esprit du saule, est ma préférée ! Que ce soit dans mon travail de médecin, dans celui de vannière ou à d’autres moments encore, je me sens avant tout dans la recherche du geste juste.

Le saule est un des arbres qui permet de faire de la vannerie. Les branches de saule une fois coupées deviennent des brins d’osier, que des mains tissent pour réaliser un panier. La beauté de celui-ci dépend de la qualité de chaque geste effectué, qui n’est pas seulement un geste technique, mais une trace de l’interdépendance entre différentes formes du vivant. Au moment de l’imaginer ou même de le créer, nul ne sait ce que ce panier pourra contenir. Dans mon travail de médecin et de psychothérapeute, la recherche du geste juste est tout aussi importante. Pour moi, elle se manifeste avant tout dans la qualité de l’écoute que je peux offrir à l’autre. Qu’est-ce qu’écouter, si ce n’est offrir un contenant, être contenant, afin que ce moment de rencontre puisse accompagner, relier, soutenir, contenir, protéger parfois.

Plus largement, quels que soient notre place, notre rôle, notre fonction, l’école de l’esprit du saule nous apprend donc la souplesse, la disponibilité, l’attention à tout être vivant. Elle nous rend ainsi capables de tisser des liens solides et porteurs de sens, des liens qui libèrent.

Extrait du livre "La puissance des liens" de Ilios Kotsou, Caroline Lesire, Christophe André, Abdennour Bidar, Fabienne Brugère, Rébecca Shankland, Matthieu Ricard

dimanche 23 janvier 2022

Hommage à Thich Nhat Hanh

 Pour beaucoup d'entre nous, Thich Nhat Hanh a beaucoup compté: que ce soit par son enseignement, profond, joyeux et plein d'humour de la pleine conscience, par sa présence bienveillante et ancrée et par son incarnation d'une pratique méditative mise au service de la société.

Pensées d'amour et gratitude pour ce qu'il apporté et apporte pour un monde plus apaisé, juste et bienveillant...

De tout cœur avec la communauté du Village des Pruniers. Sa présence continuera certainement à nous inspirer et nourrir notre pratique 🌸


- J'ai demandé à la feuille si elle avait peur parce que c'était l'automne et que les autres feuilles tombaient. La feuille m'a dit: «Non. Pendant tout le printemps et l'été, j'étais très vivante. J'ai travaillé dur et aidé à nourrir l'arbre, et une grande partie de moi est dans l'arbre.

Ne dit pas que je ne suis que cette forme, car la forme de feuille n'est qu'une infime partie de moi. Je suis l'arbre tout entier. Je sais que je suis déjà à l'intérieur de l'arbre, et quand je retournerai au sol, je continuerai à nourrir l'arbre. C'est pourquoi je ne m'inquiète pas. En quittant cette branche et en flottant au sol, je vais faire signe à l'arbre et lui dire: 'Ai très bientôt.' "

"..." Ce jour-là, il y avait un vent qui soufflait et, au bout d'un moment, j'ai vu la feuille quitter la branche et flotter jusqu'au sol en dansant joyeusement, car en flottant, elle se voyait déjà là dans l'arbre. C'était tellement heureux. J'ai baissé la tête et je savais que nous avons beaucoup à apprendre de la feuille… -

 Thich Nath Hanh

Thich Nath Hanh a dédié sa vie à l'enseignement de la mindfulness (pleine conscience) mais a aussi été un activiste social engagé. Pionnier du Bouddhisme et de la pleine conscience en occident, il est l'incarnation de la paix intérieure mise au service de la société, de la paix dan le monde.

Texte de Ilios Kotsou

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dimanche 25 juillet 2021

dimanche 14 février 2021

La joie à l’épreuve de la vie

En 2013, après avoir rencontré Ilios Kotsou lors d'un stage l'année précédente, je m'étais engagé à aller voir une des journées Emergences qu'il programme chaque année avec Matthieu Ricard et Christophe André. Cette journée m'a beaucoup touchée grâce à ces intervenants. Je vous partage la vidéo du témoignage de Patrice Gourrier. 
Avec humour, il fait disparaitre la souffrance derrière l'amour de l'autre.


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mardi 3 mars 2020

Une tendre fête des voisins


En bonus de l'interview des articles précédents, je vous invite à la fête des voisins de Ilios...


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lundi 2 mars 2020

“Par la méditation, le monde devient ma famille” (2)

Rapprocher le développement personnel de l’engagement social, c’est la visée de votre association Émergences, créée à Bruxelles en 2009 avec votre compagne. Pourquoi cette initiative ?

Notre couple est un peu le symbole de cette convergence entre deux mondes. Engagée dans l’humanitaire, maintes fois témoin de la mort et de la souffrance dans les hôpitaux africains, Caroline Lesire a découvert la méditation comme un outil de résilience qui lui a appris à gérer ses émotions. De mon côté, je me suis ouvert à la vision politique dont manque souvent le développement personnel, pour mieux m’interroger sur les inégalités et comment changer les structures. Mettre son énergie au service des autres et chercher du sens à sa vie vont de pair. « Incarnons le changement que nous voulons voir dans le monde » : cet adage de Gandhi a inspiré la création d’Émergences et notre volonté de promouvoir une société plus juste et chaleureuse où l’on valorise à la fois la confiance en soi et la solidarité.
Et cela passe par quel type de projets ?
Outre nos ateliers de méditation et d’« écopsychologie », nos retraites, conférences ou formations pour s’initier à la pleine conscience ou pour enseigner la méditation à l’école, nous contribuons à financer des projets solidaires et à mener des actions de terrain. Depuis 2014, nous proposons à la prison de Leuze-en-Hainaut (Belgique) – et bientôt en programme numérique – des cycles de pleine conscience pour le personnel et les détenus. Notre idée : donner à des personnes en grande réactivité émotionnelle des ressources psychologiques pour gérer leur impulsivité, mais aussi une voie pour se reconnecter à leur humanité, ce lieu intérieur « pas abîmé » dont ils se sont coupés. En participant à une forme de guérison, nous préparons la réinsertion. Dans un tout autre contexte, nous avons créé dans une abbaye, lieu touristique classé où l’on souhaitait remettre une présence contemplative, un sentier méditatif en huit étapes. Et nous redistribuons les recettes de nos soirées à une chorale d’enfants dans un quartier défavorisé. Avec le double projet d’offrir par le chant une forme de présence contemplative à des jeunes au passé difficile et d’enseigner aux animateurs les bases de la présence par la méditation. L’engagement social passe pour nous par un don de force intérieure. Nous ne voulons pas travailler seulement à l’amélioration des conditions de vie, mais aussi au changement des êtres.
Il ne s’agit pas de morale ou de sacrifice, mais plutôt d’une forme de philia, de joie bienveillante, d’amour altruiste : on veut le bien de l’autre et on s’en réjouit. 
Comment pouvons-nous, à partir de là, nourrir notre empathie pour le monde ?
Naturellement inscrite en nous, notre empathie se réduit souvent aux plus proches. C’est encore plus frappant quand nous traversons des épisodes de tension sociale où chacun se replie sur son groupe d’appartenance. Or la méditation est une forme d’antidote à l’indifférence, elle élargit notre sentiment d’appartenance et nous reconnecte à l’interdépendance. En méditant, je ressens profondément mon lien avec les autres et je vois naître un sentiment de responsabilité vis-à-vis du monde, qui devient ma famille. « Tous les êtres, nos proches parents », mentionnent les textes bouddhistes ; « Aime ton prochain comme toi-même », propose l’Évangile. Il ne s’agit pas de morale ou de sacrifice, mais plutôt d’une forme de philia, de joie bienveillante, d’amour altruiste : on veut le bien de l’autre et on s’en réjouit. Parce qu’en méditant je me sens plus vivant, je suis sensible à la vie en tout être et en toute chose, et cela m’empêche de les traiter en objets. C’est un changement de conscience qui s’applique aussi à notre lien à la Terre. On traite le vivant en voisin et non comme une ressource à exploiter. C'est la conviction que nous développons dans le livre Prendre soin de la vie, de soi, des autres et de la nature, dont je suis coauteur.
C’est un changement de conscience qui s’applique aussi à notre lien à la Terre. On traite le vivant en voisin et non comme une ressource à exploiter.
Vous témoignez dans votre livre d’un droit du vivant qui émerge dans le monde et vous rend confiant.

Oui, nous observons un changement progressif dans les relations qu’entretiennent les nations avec la planète. Je citerai plusieurs exemples : le Bhoutan, où les 60% de couverture forestière ont été inscrits dans la Constitution ; le fleuve Whanganui, qui a reçu en 2017 du Parlement néo-zélandais le statut de « personnalité juridique », autrement dit d’« entité vivante », ou, plus près de nous, au pays de Galles, le Well-Being of Future Generations Act, adopté en 2015, qui oblige les organismes publics à considérer le bien-être des générations futures dans toute décision. Une nouvelle conscience émerge.
En quoi cette pratique a-t-elle transformé votre propre conscience du monde ?
Elle m’a rendu présent à un monde plus vivant et plus vaste que mes propres projets et petits soucis. Je perçois mieux l’impact des relations et des comportements que nous adoptons. En me posant chaque jour, j’apprends à être moins otage de comportements automatiques, qu’il s’agisse des pulsions de consommation, de l’influence des fake news ou des jugements intempestifs. C’est une pratique de libération. Si je suis moins manipulé, je serai un meilleur citoyen. En même temps, méditer me permet aussi d’« être là », d’habiter un moment de sérénité dans la nature avec ma fille de 5 ans ou d’être plus actif si quelqu’un autour de moi a besoin d’aide. Cet espace de bienveillance intérieure me rapproche de mon prochain, moins dans l’idéologie, mais dans la conscience du service.
Méditer, c’est se mettre au service ?
Oui ! Écologiste, méditant ou abbesse d’un couvent, nous sommes tous au service de la même chose, c’est-à-dire de la vie. Si nous savons sortir d’une forme de repli idéologique, en nous interrogeant sur le sens de notre présence et de notre service, nous trouvons beaucoup de convergences. Les traditions spirituelles, avec leurs différences, font l’expérience commune de l’intériorité. Et je crois que la méditation de pleine conscience a permis, dans un espace laïque, de recréer un espace intérieur commun aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. En élargissant la conscience, elle renvoie à la responsabilité personnelle, dans un sentiment de fraternité avec le monde et le vivant.

Exercice : méditer pour prendre soin
« Il suffit d’être prêt à écouter, regarder, être présent à tout ce qui se déroule dans votre expérience. Juste accueillir ce qui se présente, à chaque instant, sans rien exclure : ni vous-même, ni les autres êtres vivants, ni le reste du monde. Dans cette volonté de regarder et d’être présent, on peut trouver une grande bienveillance. Dans cet état de conscience, vous vous ouvrez à une forme de compassion et d’amour. » D’après Edel Maex.
Ilios Kotsou Docteur en psychologie et maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles, il travaille sur la pleine conscience et son lien avec le changement social.
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“Par la méditation, le monde devient ma famille” (1)

Comment prendre soin de nous, des autres et de la Terre ? En commençant par méditer pour cultiver notre bienveillance et réveiller notre sentiment de responsabilité. C’est la conviction du chercheur en psychologie Ilios Kotsou, à découvrir lors de la journée Méditation organisée par La Vie le 16 mai prochain au Grand Rex à Paris.

Qu’est-ce que la méditation ?
Une science de l’attention, qui permet d’observer avec lucidité et bienveillance la mécanique de nos émotions pour les transformer en ressources. Personnellement, c’est par la question des émotions et des douleurs de la vie – notamment le décès de mes parents quand j’avais 16, puis 17 ans – que je suis revenu vers la méditation et que j’ai découvert la puissance de cette pleine attention. J’ai vu tellement de personnes, dont un ami proche qui s’est suicidé, se débattre dans des émotions compliquées et une vraie souffrance psychologique, que j’ai voulu comprendre, en observant ce qui se passait en moi et chez les autres, comment se reconnecter à nos ressources intérieures et dépasser nos difficultés à vivre.
Qu’est-ce qui vous a aidé dans ce parcours ?
Des lectures, d’abord, m’ont beaucoup éclairé, comme celle de Milton Erickson, fondateur de l’hypnose ericksonienne. Ce psychologue atteint de poliomyélite a mis ses souffrances et sa résilience au service des autres. Il rejoint le constat du bouddhisme quand il observe que, face aux automatismes négatifs qui entravent notre capacité à vivre, chacun possède au plus profond de lui un réservoir d’énergies personnelles pour modifier sa façon d’être. La méditation nous apprend à observer avec bienveillance les mécaniques émotionnelles dans lesquelles on s’enferme pour trouver une autre liberté. Des rencontres dans la tradition bouddhiste tibétaine, aussi, m’ont enseigné sur le fonctionnement de l’humain.
La méditation nous apprend à observer avec bienveillance les mécaniques émotionnelles dans lesquelles on s’enferme pour trouver une autre liberté. 
Tout jeune, vous aviez fréquenté une communauté au fonctionnement sectaire…
Oui, et je craignais, à cause de cette mauvaise expérience de jeunesse, tout ce qui est gourou et prise de pouvoir. J’étais donc un peu en recul avec la tradition spirituelle, et c’est la science qui m’a réconcilié de manière laïque, rassurante, avec la méditation et m’a permis d’habiter ces pratiques autrement. Les thérapies de pleine conscience, d’acceptation et d’engagement (ce qu’on appelle « la troisième vague » en psychologie comportementale) se caractérisent par un vrai pragmatisme de l’expérience tout en prenant en compte l’importance de la présence et de la compassion inhérentes aux traditions spirituelles. C’est une réconciliation rassurante entre les sciences objectives et les approches altruistes. Qu’on soit bouddhiste, chrétien ou athée, on peut se retrouver dans ce double besoin de faire vivre notre relation à la vie intérieure et de regarder l’autre avec compassion. Moi-même, je vois aujourd’hui en Bouddha la figure d’un médecin qui cherche à comprendre la cause de la souffrance et à y trouver remède.
Alors que beaucoup ont pris leurs distances avec la pratique religieuse, les sciences contemporaines semblent confirmer notre besoin de spirituel…
Oui ! Et ce qui est formidable, c’est que la recherche scientifique réhabilite l’expérience subjective et nous réconcilie avec la vie intérieure. Grâce à l’imagerie médicale, on peut voir quelqu’un méditer tout en enregistrant l’activité de son cerveau pour en constater les effets positifs. Il y a désormais un dialogue très fructueux entre les neurosciences et les sciences contemplatives, qui a rationalisé l’accès à la méditation et a encouragé toute une pédagogie pour mettre de la spiritualité dans le quotidien de nos vies.
Cet outil de bien-être peut-il nous rendre plus attentionné aux autres ?
Oui, car il existe des correspondances entre la bienveillance pour soi et la bienveillance pour autrui. Si je ne me juge pas, si je suis moins rigide et intolérant envers ce que je n’aime pas chez moi, je le serai aussi pour les autres. Méditer, ce n’est pas juste de l’attention, mais de « l’attention attentionnée ». Si la science s’est d’abord intéressée aux bénéfices de la méditation sur la santé, le stress, la dépression, elle se penche désormais sur sa dimension éthique. Des recherches montrent que les liens sociaux sont les premiers facteurs du bonheur. Les plus généreux, on le sait, sont les plus heureux !

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dimanche 16 février 2020

Connexion...


« Garder les yeux ouverts sur la beauté du quotidien. Se réjouir de vivre ici et maintenant. Voilà nos premières et plus fréquentes possibilités de bonheur » – Christophe ANDRÉ


« Prendre conscience et exprimer ce que l'autre nous apporte comme bienfaits nous relie à quelque chose de plus grand que nous, créant ainsi de la connexion. » – Ilios Kotsou


Qu’est-ce que l’émerveillement pour vous ?
"C’est une notion très simple, que l’on ressent en présence de certaines personnes, ou dans certains lieux. Un moment de grâce où l’on se sent parfaitement bien au fond de soi-même. Il se traduit par un sentiment d’immensité intérieur ou extérieur : la vastitude du ciel, un paysage infini. Et l’immensité existe aussi dans le microcosme d’une mousse et des fourmis qui courent à droite à gauche."
Matthieu Ricard

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mardi 25 juillet 2017

La contagion du changement avec Ilios Kotsou et Caroline Lesire


Nourrir l’espoir et s'intéresser au positif ne signifie pas avoir une vision idéalisée du monde ou ignorer les souffrances et les difficultés.




Comment donc, à partir de notre action individuelle, contribuer à mettre en place les conditions pour que la forêt grandisse et s'épanouisse ? Le changement est contagieux : diverses expériences illustrent la manière dont des spirales positives sont à même de s'enclencher à partir de petites émotions et gestes du quotidien. Lorsque nous modifions nos comportements et que nous décidons de mettre un peu plus de cohérence dans nos vies, cela a un effet sur nous mais également au-delà : nous influençons notre entourage direct ainsi que chacune des personnes avec lesquelles nous interagissons. Et cela, tant dans les grands moments de notre existence que dans chaque petite rencontre du quotidien.

Dès lors, se centrer sur les forces, les vertus, les qualités d'un individu ou d'un groupe, reconnaître les bienfaits des autres ou tout simplement nous tourner vers ce qu'il y a de mieux en chacun de nous est le ressort d'une spirale positive ascendante à même de transformer la société bien plus qu'on ne peut l'imaginer.


Prenons la gratitude : cette émotion qui renforce nos liens et nous connecte au monde est, selon le Dr Emmons qui a consacré sa vie à l'étudier, l'un des rares éléments de nature à apporter un changement mesurable dans nos vies et dans celle des autres. La gratitude naît en soi quand on réalise que l'on a reçu un bénéfice, un bienfait, grâce à l'action d'autres personnes. Nous reconnaissons par là nos liens et notre interdépendance avec les autres, nous prenons conscience que nous avons besoin les uns des autres pour exister. Comme le dit André Comte-Sponville, « remercier, c'est donner ; rendre grâce, c'est partager. » De très nombreuses recherches scientifiques montrent que la gratitude élargit les comportements positifs de celui qui a été aidé au-delà d'une simple norme de réciprocité. Par ailleurs, le bienfaiteur en bénéficie aussi : le sentiment d'utilité sociale qui voit le jour après avoir reçu des expressions de gratitude nous motive à continuer à nous engager pour aider les autres.
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jeudi 7 août 2014

Marche de pleine conscience avec Ilios Kotsou



Un pas vers la méditation...
(7 min.)


« Dans la pleine conscience, on est non seulement reposé et heureux, 
mais aussi alerte et éveillé. 
La méditation n’est pas une évasion : 
c’est une rencontre sereine avec la réalité. » 
Thich Nath Hanh



lundi 28 octobre 2013

Ilios Kotsou rassemble des personnes référentes de ce blog...


En souvenir d'une belle rencontre de septembre dont je reparlerai prochainement...

Respirer, marcher, parler, regarder : toutes choses ordinaires, dont on ne s'aperçoit de la valeur que lorsqu'on a failli les perdre pour toujours. Les rescapés d'accident, de maladies ou d'événements de vie graves racontent tous la même histoire, et la même sensation, liée à cette prise de conscience : vivre est une chance.

Christophe André 

L'esprit de curiosité est essentiel pour vivre en pleine conscience. Ce n'est pas simplement une façon de résoudre nos problèmes. C'est une manière de s'assurer que l'on est toujours en contact avec le mystère de la vie et de notre présence ici-bas.
Jon Kabat-Zinn


"Rappelle-toi que tu n'es pas seul au monde.Tu dépends de mille créatures qui font le tissu de ta vie." Donnez votre avis 
Matthieu Ricard

  « Il ne faut surtout pas minimiser l’importance et la puissance des petites résolutions qui, loin d’être anodines, contribuent à construire le monde auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer. » 
Pierre Rabhi


Ilios Kotsou : "Une petite vidéo qui présente le nouveau livre d’Emergences auquel j'ai participé, dont le titre annonce le programme! De manière vivante, illustré d’exemple concrets et d’anecdotes, il fait le lien en développement personnel et transformation globale et propose de pistes pratiques pour participer au monde de demain."

vendredi 2 août 2013

Intelligence émotionnelle avec Ilios Kotsou (2)

Eviter, fuir, nous battre avec nos émotions contribue à augmenter notre mal-être à long terme. En outre, cela a aussi pour effet de nous empêcher d'apprendre de nos émotions car ce processus ne peut s'enclencher que si nous commençons à les accueillir, à nous familiariser avec elles.
Accueillir ses émotions est l'un des moyens de prendre conscience de nos automatismes pour créer un espace de liberté dans nos vies. Cette idée n'est pas nouvelle, elle nous vient de sagesses ancestrales et se retrouve dans de nombreuses traditions. Ce qui est nouveau en revanche, c'est l'évolution de la recherche scientifique qui permet aujourd'hui de valider certains éléments et de tisser des liens entre diverses traditions.

Ci-dessous, ce texte de Rûmi illustre de manière très poétique l'importance de l'accueil de ses émotions. (Pour le voir en image et en anglais)

L’être humain est une maison d’hôte
Chaque jour, une nouvelle arrivée
Une joie, une dépression, une méchanceté,
Une prise de conscience momentanée arrive comme un visiteur inattendu.

Accueille-les et procure-leur de la distraction !
Même s’il s’agit d’une foule de chagrins,
Qui violemment vident ta maison de ses meubles,
Pourtant, traite chaque invité honorablement,
Il pourrait bien faire de la place
Pour une joie nouvelle.

La pensée sombre, la honte, la malveillance,
Accueille-les à la porte en riant, et invite-les à l’intérieur.

Soit dans la gratitude pour quiconque arrive,
Car chacun a été envoyé comme guide par le plus vaste.

Rumi

L'accueil des émotions est aussi au coeur d'une méthode dont on parle beaucoup aujourd'hui, la pleine conscience (aussi appelée "mindfulness). Cette technique trouve son origine dans le bouddhisme.


jeudi 1 août 2013

Intelligence émotionnelle avec Ilios Kotsou (1)

Nous avons hérité de nos ancêtres d'un système d'alarme et de protection très efficace. Face à un danger (ou à la perception d'un danger), nos ancêtres réagissaient par l'attaque, la fuite ou le repli. Ces trois réponses se retrouvent encore aujourd'hui dans notre attitude face aux émotions.

Nous essayons d'éviter au maximum ce qui nous est désagréable ou nous fait souffrir et recherchons ce qui nous semble positif. Or, face aux émotions, l'évitement est une option peu efficace. Il est possible d'éviter, de contrôler ou de fuir un événement externe (un tigre, une personne désagréable, etc.), mais il n'est pas possible d'éviter des éléments intérieurs comme des pensées ou des émotions.

Ce que l'on croit être une solution devient le problème. La recherche a montré que l'évitement des émotions était non seulement inefficace, mais qu'il pouvait en outre avoir l'effet paradoxal d'augmenter notre mal-être à moyen ou long terme.

Plutôt que d'éviter ou de contrôler : accueillir...



Ilios Kotsou
(petit cahier d'exercices d'intelligence émotionnelle)