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dimanche 25 janvier 2026

Tragédie et joie



Il existe une manière d’habiter le monde qui ne cherche ni à fuir le tragique, ni à le résoudre.
Une manière de se tenir, simplement, au croisement de deux axes : la verticalité et l’horizontalité.
C’est souvent à travers le symbole de la croix que cette posture peut être pensée — non comme instrument de souffrance, mais comme lieu de tenue, de tension assumée entre l’intériorité et l’existence concrète.
Habiter cette croix, ce n’est pas choisir entre la tragédie et la joie. C’est accepter de tenir les deux ensemble.
Non pas une joie naïve, consolatrice ou euphorique, mais une joie capable de supporter le tragique, de ne pas s’en détourner, de ne pas l’effacer.
Une joie qui ne nie rien, mais qui permet néanmoins de rester vivant.
Dans cette perspective, l’intériorité n’est pas un repli. Elle n’est pas une fermeture sur soi.
Elle est profondeur respirée, verticalité du souffle. Plus le souffle descend, plus il ouvre un espace habitable, relié au monde.
L’horizontalité, elle, est le plan de l’existence : le corps, la relation, l’exposition, la vulnérabilité.
L’une sans l’autre devient soit fuite, soit dispersion. La tenue humaine naît de leur croisement.
Cette compréhension rejoint une anthropologie très ancienne : celle de l’humain façonné à partir de l’humus, de la matière, de l’argile, et animé par un souffle.
L’humain n’est ni pur esprit ni simple matière.
Il est pâte vivante, fragile, altérable, et pourtant habitée. C’est peut-être pour cela que la pâte humaine demeure un lieu de sens si fort. Non pas comme objet d’idéalisation, mais comme réalité incarnée.
Le corps humain, dans cette lecture, n’est pas à aimer parce qu’il est intact ou performant, mais parce qu’il est habité, vulnérable, traversé par la vie. Même — et surtout — lorsqu’il est blessé, marqué, ou défait.
Cette posture ne nie pas les mouvements premiers de rejet, de peur ou d’aversion.
Elle ne prétend pas être pure.
Mais elle affirme qu’un autre mouvement est possible : celui de la présence, lorsque l’on accepte de se tenir intérieurement, de faire face, et de se laisser affecter sans vouloir réparer, corriger ou sauver.
À cet endroit précis, quelque chose peut advenir :
non pas une morale,
non pas une explication,
mais une joie grave, discrète, presque silencieuse.
Une joie de la rencontre humaine, telle qu’elle est, sans écran.
Cette manière d’habiter le monde se reconnaît souvent dans des formes simples :
la nudité d’un arbre en hiver, dont les branches racontent une histoire sans mots ;
la finesse d’une graminée, fragile, petite, presque invisible, et pourtant parfaitement accordée à son environnement.
Toujours sur fond de ciel.
Toujours sur fond de silence.
Rien de spectaculaire.
Ces formes ne disent rien.
Elles ne promettent rien.
Elles se tiennent.
Et peut-être est-ce là une vocation profondément humaine : apprendre à tenir dans la fragilité, dans la blessure, dans le tragique, sans perdre pour autant la capacité de joie.
Non pas une joie qui vient après,
mais une joie qui se tient au cœur même de ce qui fait mal.

Kabbalah Vitrail
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mardi 13 janvier 2026

Invente !

 "Inventer, inventer… devant les tragédies du monde, devant les drames qui nous frappent, face aux guerres et à l’injustice, inventer, inventer toujours des chemins de paix, inventer une société éveillée et plus juste. Inventer des remèdes collectifs à la souffrance."

Alexandre Jollien


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dimanche 26 mai 2024

Surmonter la tragédie en prenant soin des autres

Voici un exemple très inspirant de la façon dont nous pouvons surmonter les tragédies de l'existence en prenant soin des autres et de notre société.


Latifa Ibn Ziaten est la maman d’Imad Ibn Ziaten, soldat assassiné par Mohamed Merah le 11 mars 2012. Elle a créé l'association IMAD pour la jeunesse et la paix en avril 2012. Son but est de venir en aide aux jeunes des quartiers défavorisés, de promouvoir la laïcité et le dialogue interreligieux. Latifa a gagné de très nombreux prix dont le prix de la tolérance en 2016 et elle a été nommée pour le prix Nobel de la paix en 2018. Voici ce qu'elle nous dit :

« Quarante jours après le décès de mon fils, je suis retournée chez moi et j’ai commencé à sombrer dans la souffrance. Imad était plus qu’un fils pour moi : c’était un confident, un ami. Durant cette période, j’ai rêvé de lui à trois reprises. Dans le premier rêve, il m’a dit: “Maman, lève-toi.” J’en ai parlé à ma famille, qui a attribué cela à un effet des médicaments. Mais j’ai refait le même rêve. Puis, la troisième fois, j’ai senti une présence. Mon fils était assis sur le lit, il me tenait la main et répétait: “Maman, lève-toi. S’il te plaît, maman, lève-toi. Je ne veux pas te voir comme ça. Maman, j’ai besoin de toi.” Là, je me suis dit : “Il faut que je me lève”, et j’ai annoncé à ma famille : “Je vais sortir; je ne veux pas sombrer comme ça. Je vais prendre soin de vous, de moi, de la mémoire de mon fils, et tendre la main aux autres.” Et c’est ainsi que je suis sortie de chez moi. Aujourd’hui, une partie de moi est partie avec lui. Et ce vide que j’ai à l’intérieur de moi, j’essaie de le remplir en tendant la main aux autres: je me rends dans des établissements scolaires, auprès de jeunes qui ont besoin d’aide, de conseils, d’amour, de confiance et d’espoir. Je fais de même auprès de prisonniers dans des maisons d’arrêt. Je mène plusieurs projets pour aider ces jeunes à échapper à leur quotidien, leurs souffrances, leur malchance de ne pas réussir. Et j’accompagne des familles, parce que l’éducation, la présence des parents et leur amour sont à la base de tout.

Je ne souhaite à personne de perdre un fils de 30 ans, un fils merveilleux qui était lui-même empli d’espoir et d'amour...Il me manque énormément, mais à travers cette association, à chaque vie que je contribue à sauver, je vois Imad grandir encore un peu : lorsqu’un jeune ne part finalement pas en Syrie, ou décide d’en revenir ou lorsque je convaincs un jeune en maison d’arrêt de prendre soin de lui et de démarrer le moteur de sa vie pour avancer, ce qu’il est le seul à pouvoir décider au final.

Notre société a mis l’humain de côté alors que l’humain a besoin d’aide. Dès lors, pour mieux prendre soin de notre humanité commune, malgré la souffrance et le deuil, il faut garder à l’esprit que ce n’est pas la peur qui nous fait avancer, mais une meilleure compréhension de l’autre et un vrai dialogue avec celui-ci.»

Extrait du livre collectif "Prendre soin de la Vie, de soi, des autres et de la nature"
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