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mardi 15 septembre 2026

"La perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée."


Je suis assez arrivé dans la vie maintenant, j'ai assez vécu pour savoir que la perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée. Non seulement on ne peut pas l'éviter, on ne peut pas vivre sans perdre, sans perdre beaucoup. On perd des forces, on perd des gens, surtout des gens, on perd des espérances, on perd beaucoup de batailles... C'est impossible de vivre sans perdre.

Et quand vous sentez ça, quand vous l'avez éprouvé, il y a quelque chose comme une sorte de paix qui commence à s'installer. Vous commencez tout simplement à accepter d'avoir à perdre, d'avoir à perdre tout, presque tout avec le temps. 

(...)

Il y a une très belle lumière qui vient de ce qui nous manque, de ce qui nous fait défaut. 

Dans ce qui manque, dans le très peu, dans le très bas, dans les absences, dans tout ce dont follement on cherche à se protéger, il y a quelque chose qui vient et qui en fait est très bienveillant pour nous, très mystérieusement bienveillant. 

La bienveillance est partout, je pense, mais il est possible qu'elle craigne un tout petit peu quand on a un peu trop de confort ; il est possible qu'elle s'éloigne, qu'elle ne sache pas comment faire. 

~ Christian Bobin - Entrevue radiophonique avec Thierry Lyonnet sur RCF Notre-Dame, 2009

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dimanche 2 août 2026

Liberté

 


La liberté n’est pas une réaction ; la liberté n’est pas le choix. C’est la vanité de l’homme qui le pousse à se croire libre par le choix dont il dispose. La liberté est pure observation, sans orientation, sans crainte ni menace de punition, sans récompense. La liberté n’a pas de motif ; la liberté ne se trouve pas au terme de l’évolution de l’homme mais réside dans le premier pas de son existence. C’est dans l’observation que l’on commence à découvrir le manque de liberté. La liberté se trouve dans une attention vigilante et sans choix au cours de notre existence quotidienne.

Jiddu Krishnamurti et son enseignement.

* Cette déclaration a été rédigée, à l’origine par Krishnamurti lui-même le 21 octobre 1980, pour figurer dans le second volume - « Les années d’accomplissement » - de la biographie de Krishnamurti par Mary Lutyens (Editions Arista (1984), épuisée, pour la traduction française). 


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lundi 15 juin 2026

L'oisiveté active

(chapitre extrait du Jardin du Dedans, Une écologie intérieure)

Si on nous conditionne très tôt à être actif, on ne nous apprend pas l’oisiveté fructueuse (à ne pas confondre avec l’inaction porteuse de lourdeur et d’ennui ou encore l’inertie).
Je ne parle même pas de la méditation, que l’on gagnerait certes à enseigner dans les écoles et cela dès le plus jeune âge, mais de cette aptitude, non à ne rien faire du tout (comme en méditation où l’on s’assoit immobile), mais à ne pas faire grand-chose d’« important », sans culpabilité et en y prenant plaisir.
Autrement dit à goûter la simple allégresse d’être en vie.
Cette aptitude, nous l’avons eue dans la petite enfance, quand l’important était de jouer et que nous savions encore être captivé par un rien, quand notre relation à la vie était beaucoup moins mentale, plus immédiate, intuitive et sensorielle. La conspiration pleine de bonnes intentions de l’école, de la société avec, hélas, et la plupart du temps la complicité anxieuse de notre famille, s’est chargée de nous guérir de cette disposition subversive.
Très vite, nous avons eu le choix entre d’un côté le « bien », les journées harassantes, les devoirs jusqu’à l’heure du coucher, les mercredis bourrés d’« activités », jusqu’aux vacances programmées au pas de course, et de l’autre le « mal », l’inertie, l’ennui, le rejet stérile du modèle, aujourd’hui pour tant et tant la fuite dans la réalité virtuelle avec ses simulacres d’actions et de positionnements...
Non, on ne nous a pas appris à être positivement oisif.
C’est pourtant une des clefs de la joie et du bien-vieillir. Combien en connaissons-nous, de ces « jeunes » retraités dont l’existence vire à la débandade à peine ont-ils quitté la vie professionnelle ? il y a aussi tous ceux qui mettent un point d’honneur à être « débordés », avec au fond du regard la terreur du jour où, bon gré mal gré, il faudra bien « en faire moins », voire ne plus faire grand- chose...
L’oisiveté fructueuse, c’est cet état dans lequel, alors que je ne fais rien d’« important », je me sens pourtant si vivant, si accompli, tellement en lien avec moi-même et le tout...
Bien sûr, il ne s’agit pas, encore une fois, de ne « rien faire ». Tant que je ne suis pas malade et contraint au lit, ma nature en tant qu’être humain est bien d’être actif. Mais ne puis-je l’être doucement, sans y mettre un enjeu particulier, sinon celui de la vie ?
D’accord, l’oisiveté fructueuse est un luxe... et ces mots ne seront pas lus par les déshérités de la planète mais bien par ceux et celles qui ont la possibilité et le loisir d’acheter un magazine ou un livre et d’en prendre connaissance ! Elle suppose surtout un savoir-être, une relation bienveillante avec soi-même. Quoique encore très actif, je m’accorde donc de fréquents moments d’oisiveté fructueuse. Figurez-vous que je ne me sens plus tenu de justifier à tout moment mon existence ! La plénitude d’une journée, sa réussite, ne se mesure plus à son « rendement », et à ce que j’aurai fait d’« important ». j’ai d’ailleurs cessé d’accorder autant d’importance à mes activités et entreprises.
Tout est important et rien ne l’est. je fais ce que j’ai à faire mais l’essentiel n’est pas là.
L’activisme nous épuise et nous laisse vide, tout comme l’inactivité subie et l’inertie, nous laissent lourd et morose. L’oisiveté fructueuse nous emplit, elle nous fait aimer la vie et nous aimer nous-même en tant qu’expression évidente de cette vie.
Quelle place cette oisiveté « active » tient-elle dans notre existence ? et si nous nous faisions le cadeau de cette rééducation-là : apprendre à ne pas faire « grand-chose » ou pas grand-chose d’« important », à le faire bien et avec joie ?

Gilles Farcet

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lundi 25 août 2025

Privation impossible

 

Il aurait sans doute préféré ne pas savoir, ne pas se poser de questions, ne se douter de rien, et continuer de se complaire dans le charme de l'insouciance, la douceur de l'illusion, la paresse de la tranquillité de l'esprit.

Mais la vie est malicieuse et têtue, elle se charge d'éclairer vos ombres en semant inlassablement sur votre chemin les événements qui vous obligeront à apprivoiser vos démons.

Impossible de priver votre âme de ce qu'elle a besoin d'expérimenter ici-bas. Impossible de couler une existence heureuse en contournant ce que vous devez apprendre.

Laurent Gounelle - Un monde presque parfait

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lundi 15 juillet 2024

Essence et existence



Inévitablement « L’homme vit sa vie dans deux dimensions » nous dit K.G. Dürckheim, qui nous rappelle aussi que la complétude de l’être humain se réalise « avec un pied dans l’existence et un pied dans l’essence ».

L’existence, domaine du faire, de la conscience rationnelle, de la réussite dans le monde, et l’Essence, domaine du laisser-faire, de la conscience océanique, de notre vraie nature immuable et indépendante des circonstances, sont souvent opposées l’une à l’autre.

Il est très difficile de s’imaginer vivre une existence humaine autrement qu’à travers la seule approche d’un moi accaparé par la réussite dans le monde.

La possibilité même d’un autre épanouissement appelé « Percée de l’Être », « Eclosion de notre vraie nature », « Plus haute possibilité humaine », n’est même souvent jamais envisagée.

L’image de la vague et de l’Océan, paraissant deux entités séparées mais en réalité de même nature, est souvent employée pour décrire ces deux aspects de l’existence, sans lesquels l’être humain ne serait pas complet, unifié et apaisé.

La plupart du temps, mettant allègrement de côté notre profondeur, nous ne vivons pas, nous nous contentons de gérer notre existence. « Il faut que » et « je dois » sont sans doute les débuts de phrase les plus utilisés dans une journée.

« Il faut que » : je sois utile, rentable et performant dans toutes mes activités, et « je dois » organiser rationnellement mon temps, mon énergie afin de faire face à mes obligations, et caser la multitude de choses à faire.

Cette manière de mener son existence, vécue sous le signe du devoir faire et du contrôle, est une vie où l’être humain ne peut compter que sur lui-même, sa volonté et ses propres forces. Ainsi,

« Moi », je suis vague isolée parcourant l’existence en luttant, coupée de la nature de l’Océan qui me porte, m’anime et me relie à tout ce qui vit.

Graf Dürckheim, il y a quelques décennies, parlait déjà de notre fascination pour l’homme d’action : « On dit : c’est un homme d’action ! C’est une parole bien d’aujourd’hui, mais il y a un excès du faire qui élimine la chance du devenir… »

Le besoin compulsif de faire par nous-mêmes, fonctionnement égocentré, nous empêche donc de nous relier à notre être véritable et de sentir les lois du devenir propres à l’être vivant que nous sommes. Lois qui nous maintiennent sur le chemin de transformation et de maturation permanent qu’est Vivre, lois qui nous relient à la profondeur de l’Océan.

Ce que K.G.Dürckheim nomme « chance du devenir », c’est remettre au centre de l’existence humaine le lien à « la Grande Vie ». Il ne s’agit pas d’opposer essence et existence, ces deux aspects de la vie humaine, mais de les réunir en redécouvrant, tout en vivant notre existence de vague, le lien à l’Océan que nous sommes. « Quel mystère, je respire, et je n’y suis pour rien ! »

En tant qu’être humain, je peux redevenir conscient que mes forces profondes, ma vraie nature ne m’appartiennent pas, et reposent sur ce que je ne peux pas faire, « l’infaisable », ce qui est déjà là avant les « il faut que » et les « je dois ».

Cette autre manière d’être nous ouvre à la source de ce que nous sommes déjà, développement impersonnel de la vie en nous, indépendante de ce que nous gagnons par nos efforts, que nous aimons appeler développement personnel.

Nous passons de l’insatiable désir de possession égocentré, à la reconnaissance immédiate de notre complétude, un Être s’accomplissant sous une forme individuelle de vague, relié encore et toujours à l’Océan.


Ainsi, vivre n’est pas qu’une accumulation d’avoirs, de savoirs, de pouvoirs à notre service, mais un don originel toujours en action, en devenir, qui dépasse la seule identification à cet être de raison boulimique, l’ego, qui emprisonne et fige notre vraie nature.

Cette chance du devenir nous parle très concrètement d’une autre possibilité de vivre notre existence, en contact avec le point d’appui inébranlable, immuable qu’est le lien à l’Océan, notre nature essentielle, de laquelle nait et se nourrit notre individualité de vague. Dans le langage du corps vivant, ce point d’appui individuel s’appelle Hara, centre vital de l’être humain.

« En Za-zen, je n’ai pas à me transformer, mais à reconnaitre, accepter, favoriser une transformation naturelle voulue par la vie ; ainsi je me donne à ce qui m’est donné ». J. Castermane

Toujours, lorsque nous pratiquons un exercice sur la voie du zen, il s’agit de reconnaitre qu’une action plonge ses racines dans le non-faire, le non-égo, dont la source est le bassin, le bas-ventre, siège des forces vitales, du renouvellement, de « la transformation sans arrêt de la forme corporelle ».

Joël PAUL

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lundi 6 mai 2024

La séparation avec soi


Le lien à soi est aussi en souffrance, et il est, lui aussi, à restaurer. Il s’agit de la relation que Ion a avec son propre cœur, un cœur entendu au-delà même de la capacité à ressentir ou éprouver quelque chose, comme un organe spirituel qui nous relie à l’infini, à l’infiniment plus grand que soi, à ce qui est au-delà de l’espace et du temps, à l’origine de toutes choses. Mais, là encore, quelle éducation à trouver son cœur recevons-nous ? Qui nous apprend à vivre selon ce qui jaillit de ce cœur ? Quel exercice spirituel pratiqué au quotidien peut libérer dans notre existence tout entière sa source de vie, d’amour et de puissance ? Car le cœur n’est pas seulement un organe physique, sensible. Il nous relie à une profondeur à côté de laquelle la profondeur de l’univers lui-même n’est qu’une surface. Et du côté de cette profondeur, de cette origine, il y a une fontaine de miséricorde, issue d’une source mystérieuse d’où surgissent l’univers et son harmonie... Mais laquelle de nos méditations nous apprend à creuser assez profond pour libérer son jaillissement ?

Nous vivons des existences qui, hélas, sont rarement alignées entre ce plus profond intérieur et l’extérieur, où l’eau fondamentale ne s’écoule pas de nos cœurs à nos pensées jusqu’à nos actes, nos engagements, si sincères soient-ils. Nous ressentons dès lors comme une souffrance, entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, et nous remplissons ce vide avec des consommations extérieures. Nous souffrons aussi d’une société qui ne nous donne pas l’occasion, dans notre travail, de chercher puis de libérer et d’engager la ressource de ce moi si profond, mais qui nous conditionne et nous condamne à ne vivre qu’en surface de nous-mêmes. Ainsi, nous restons si faibles, si fragiles, que nous devenons une proie toujours plus facile pour toutes les dominations, exploitations, aliénations, illusions qui prolifèrent dans le monde d’aujourd’hui.

Pour résister à cela, pour être plus forts que ce qui nous me, nos grands liens sont des canaux. Ils nous relient à des énergies sans lesquelles nous serons, hélas !, toujours plus impuissants et deviendrons plus encore des proies pour les prédateurs de toutes les dominations, de toutes les aliénations, à commencer par les aliénations consuméristes, mais aussi les aliénations politiques. L’enjeu du spirituel, c’est-à-dire l’enjeu de la puissance des liens, est inséparablement un enjeu politique. Voilà pourquoi il est urgent et nécessaire, me semble-t-il, que nous réfléchissions ensemble, que nous méditions ensemble, à partir de la ressource la plus intérieure, à la façon dont nous allons pouvoir reconstruire des vies authentiquement humaines, retisser nos liens essentiels, nos liens de vitalité, nos liens de lucidité, nos liens de lumière, les liens qui nous engagent dans le monde de façon à la fois intelligente, généreuse et amoureuse.

Abdennour Bidar - La puissance des liens

De Ilios Kotsou, Caroline Lesire, Christophe André, Abdennour Bidar, Fabienne Brugère, Rébecca Shankland, Matthieu Ricard

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dimanche 21 avril 2024

« La vie est un collier de perles »


Après avoir parlé, la personne victime d’abus peut ressentir un immense soulagement. Enfin, elle a été entendue. Enfin, les faits ont été reconnus. Enfin, la voilà libérée de ce poids si lourd qui pesait sur elle et qui la détruisait depuis de nombreuses années. Mais, en même temps, elle s’est entièrement construite avec et autour et à côté de ce trauma. Si on imagine l’abus comme un obus qui s’est fiché violemment en elle, on se rend compte de l’impact que cela a pu avoir en son psychisme, en son âme, en sa vie. Il suffit de penser aux trous de bombes que l’on observe encore dans nos campagnes. Parler a donc non seulement laissé en elle des éclats bien tranchants, mais a en plus créé un vide, un gouffre ingérable.

Un travail d’orfèvre

Commence alors, pour le patient et son thérapeute, un travail long et douloureux, un travail d’orfèvre. Comme l’expliquait le médecin général et professeur de psychiatrie Louis Crocq, mon maître, il faut que la personne parvienne à faire un « récit autobiographie » de son existence. Ce n’est que lorsque la parole va permettre au trauma d’être intégré à la vie, à l’être même de la personne, que peuvent poindre les bénéfices d’une liberté retrouvée.

Je dis souvent à mes patients que la vie est un collier de perles : « Nous allons les enfiler les unes après les autres. Certaines seront magnifiques, d’autres toutes noires. Celles-ci ne redeviendront jamais blanches, mais elles font partie du collier. Il faut l’accepter. Cela ne veut pas dire accepter l’innommable, mais accepter de vivre malgré et avec l’innommable qu’il y a eu en votre vie. » La personne victime ne parviendra peut-être jamais à donner un sens à son vécu, mais, en prenant son temps, en creusant au plus profond d’elle-même, en acceptant de cheminer sur des sentiers jusqu’alors inconnus, en se détachant du regard des autres, elle rencontrera une source qui l’autorisera tout simplement à vivre.

Isabelle Chartier Siben 

source : La Vie

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mardi 16 avril 2024

L'autre peut me nourrir...

 


Il est extrêmement rare de rencontrer quelqu’un, qu’on voie beaucoup de monde ou qu’on soit ce qu’on appelle un solitaire. La plupart des gens rendent très difficile de les rencontrer parce qu’ils ne sont pas vraiment dans leur parole ou parce qu’ils sont sans âme. Je fais toujours à l’autre le crédit de la nouveauté incroyable de son existence, mais ce crédit va s’user si l’autre a gâché cette merveille-là pour devenir comme tout le monde. Comment parler avec personne ? C’est impossible.

Parfois le désir de partager est si fort que je vais quand même tenter ma chance mais souvent en vain. Les opinions ne m’intéressent pas. Ce qui me touche, c’est quand l’autre met tout le poids de sa vie dans la balance des mots et que sa pensée s’appuie sur ça. Pour ma part, j’ai parfois l’impression d’être totalement incapable d’aimer, et en même temps d’aimer plus que personne. Je vois très peu de monde, mais je peux être indéfiniment avec l’autre quand il est là. Quand je suis né, on m’a proposé le menu du monde, et il n’y avait rien de comestible. Mais quand l’autre est vraiment avec moi, je peux manger : je bois une gorgée d’air, je mange une cuillerée de lumière.

~ Christian Bobin

La lumière du monde 

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mardi 13 février 2024

L'entre-nous


Je n’existe pas. Tu n’existes pas.
Mais ce qui existe (…)
c’est ce qui s’est tressé entre nous,
ce qui est filé entre nos deux quenouilles,
la relation, l’entre-nous.

Lorsque je comprends que tout ce qui détermine mon existence
définit l’exact périmètre de ce qui n’est pas important
et que tout ce qui me relie à la création est le Vivant

– alors seulement la bonne existence peut commencer.

(Christiane Singer)

Recueil: Du bon usage des crises
Editions: Albin Michel
(l'arbre à lettres)

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dimanche 29 octobre 2023

L'existence en Toi


 
La vérité est toujours là mais tu es trop complexe et trop distrait pour la voir. Il te faudra donc parcourir tout l’univers pour revenir la trouver juste sous ton nez. C'est le paradoxe de l'existence. C'est toujours toi, ça a toujours été toi, mais tu penses que c'est autre chose. C'est toi mais ce n'est pas le "toi" que tu voudrais être ou que tu penses être ; c'est le vrai Toi.

~ Mooji

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mercredi 18 octobre 2023

Le passé à digérer

 Charles Pépin : « Pour aller de l’avant, il faut prendre son passé avec soi »

[Interview] Du passé, ne faisons pas table rase. Le philosophe et romancier, qui vient de publier Vivre avec son passé, nous conseille de régénérer celui-ci pour s’en libérer.


Notre passé ne passe pas. Il n’est pas un bibelot poussiéreux que l’on peut abandonner sur une cheminée. Au contraire, il est extraordinairement vivace, surgissant dans le présent, sans prévenir, sous forme de réminiscences, de rêves ou d’émotions inexpliquées. Enfance, éducation, événements heureux ou malheureux, mais aussi lointaine histoire familiale : nous sommes faits de notre passé bien davantage que nous ne le pensons. Pour que nous soyons réellement libres, le « philosophe du quotidien » Charles Pépin nous incite à le cultiver et à investir le territoire trop souvent inexploré de notre mémoire. L’enjeu ? Comprendre qui nous sommes et aller de l’avant vers ce qui nous rendra heureux.

Plutôt que d’oublier, démarche souvent illusoire, se souvenir nous permet de mieux vivre avec nos fantômes, nos traumatismes et nos regrets. Car les neurosciences le confirment : il est possible de modifier son passé, sa marque parfois négative sur nous, sa nocivité. Saisissons-nous aussi du trésor des beaux souvenirs, cet « édifice immense » dont parle Proust, à portée de main, sur lequel nous nous attardons trop peu, embarqués malgré nous dans l’accélération généralisée de nos existences. Voyageons dans le temps, pour donner au présent sa véritable épaisseur, et pourquoi pas goûter dès ici-bas à quelque chose de l’éternité. C’est à un compagnonnage avec le passé que nous invite ardemment Charles Pépin, convaincu que s’y trouve une clé du bonheur.

Pourquoi écrire sur le passé ?

J’ai cherché une sagesse qui permettrait de bien vieillir parce que je suis entouré de gens qui ressassent, et que j’avais peur de leur ressembler ! En outre, les dernières découvertes des neurosciences sur la mémoire m’ont passionné, notamment celles concernant la plasticité cérébrale et le fait que nos souvenirs ne sont pas une donnée figée mais peuvent être « retravaillés » grâce à des thérapies. Enfin, l’idéologie moderniste selon laquelle on peut tourner la page, se débarrasser d’un passé trop pesant par une simple décision, m’agace. C’est faux et inefficace. Je défends l’idée que pour aller de l’avant, il faut prendre son passé avec soi. Je veux proposer une philosophie qui permette cela.


« Le passé ne passe pas », écrivez-vous. De quelle manière est-il encore vivace dans le présent ?

Nous le constatons lorsque nous vivons une réminiscence : une histoire d’amour, un moment de sa paternité reviennent parfois d’un coup, extrêmement, précisément, à la manière de Proust et sa madeleine. Cela montre que le passé est bien là, certes pas en permanence et de manière consciente, mais quelque part. Nous ressentons aussi parfois une forte émotion, comme de la colère, dont nous ne comprenons pas la cause mais dont la clé se trouve dans le passé. Il y a aussi nos rêves où certaines images convoquent une période ancienne qui vient se mélanger aux souvenirs plus récents.

Le passé n’est pas du passé. L’illusion qu’il est révolu nous entrave souvent au quotidien, car nous ne comprenons pas qu’il nous travaille encore. Il faut faire avec, l’étudier, l’accepter, puis parfois le mettre à distance mais certainement pas le balayer d’un revers de main.

Ignorer son passé créerait un « appauvrissement de nos existences ». C’est-à-dire ?

Notre identité n’est pas abstraite, mais le fruit d’une histoire, comme Bergson l’a magnifiquement montré. Ce que nous avons vécu se sédimente et fait notre identité. Coupés de notre passé, nous ne nous connaissons pas. L’identité sans mémoire est creuse. Le risque alors est de « flotter » ou de s’accrocher à des identités factices et rapides.

Nous retourner vers notre passé permet aussi de savoir ce qui compte pour nous et donc d’aller vers ce qui nous ressemble et nous rendra heureux. C’est à cette condition, par exemple, qu’une reconversion professionnelle peut être réussie. Nos souvenirs nous donnent des indices sur la manière de conduire notre avenir. Se tourner vers le passé et aller vers l’avenir ne s’opposent pas, à l’image du rugby où les joueurs courent en avant en faisant des passes arrière. La mémoire est une force d’avenir.

Pourtant, ignorer ce passé est parfois de l’ordre de la survie.…

Il existe des situations où pendant un moment qui peut être très long, parfois des décennies, il est impossible de revenir sur le passé car il est trop violent. C’est une question de survie. Cela a été le cas pour Jorge Semprun, par exemple, qui, de retour des camps d’extermination, a parlé d’« oubli volontaire » pour reconstruire sa vie. Beaucoup de femmes violées le vivent ainsi. Cela est légitime et nécessaire. Mais ce passé risque de revenir des années après sous forme de flashs traumatiques ou de névroses, d’émotions inexpliquées. Il faudra alors s’y confronter pour aller mieux. Jorge Semprun a fait l’expérience de cauchemars au terme desquels il ne savait plus si les camps étaient une expérience fantasmée ou réelle, s’il était encore là-bas ou pas. Il était rattrapé.

Même lorsque l’on dispose d’une force de vie qui nous fait aller de l’avant, il est dangereux de tourner la page car le passé risque de revenir d’autant plus violemment qu’il a été refoulé. En outre, nous pouvons intervenir sur un souvenir qui nous hante, il n’est pas figé à jamais, comme nous l’enseignent de nouvelles thérapies prometteuses sur la mémoire traumatique. Le cerveau se reconstruit sans cesse.

Les « leçons de vie » tirées de certaines expériences douloureuses peuvent être modifiées. Par exemple, une enfance difficile, avec un père absent et une mère pas aimante, nous fait conclure que nous ne sommes pas dignes d’être aimés. Or nous savons aujourd’hui qu’il est possible de casser cet « enseignement » par une courte psychothérapie. Il faut certes accueillir son passé, mais on peut aussi en diminuer la nocivité.

Une autre méthode, déjà développée par les stoïciens, est celle de « l’habituation » : au lieu de fuir une image qui me hante et reviendra inévitablement, il me faut m’habituer à cette scène douloureuse, la mort de mon frère, cet examen raté… en lui donnant des rendez-vous, en la convoquant et en la regardant en face, quelques minutes par jour pendant quelques mois. Ainsi il y aura une usure de la toxicité du mauvais souvenir. Cela marche très bien ! Il y a aussi la méthode de la « dilution » du mauvais souvenir dans des bons. C’est l’intuition de Jorge Semprun : « faire le plein » de bons souvenirs, qui feront ensuite la guerre aux douloureux.

Le passé, c’est aussi les souvenirs heureux…

Oui ! Ils sont un trésor à disposition que nous ne mobilisons pas assez ! Se souvenir des belles choses est décisif et très simple, à condition d’y prêter attention. Or nous sommes le plus souvent affairés par le présent et soucieux de l’avenir. Lorsque nous avons des flashs d’un bon souvenir, nous le laissons repartir sans lui donner une réelle place.

Proust nous donne une méthode pour y goûter réellement : il faut s’arrêter et être attentif, s’y attarder ne serait-ce que quelques minutes. Alors, au lieu d’être nostalgiques, nous sommes joyeux ! À la manière de Proust, nous pouvons nous souvenir non seulement de cette plage l’été, mais aussi de la blague lancée à ce moment-là, de l’orangeade que nous avons bue, etc. Le passé est présent. Nous avons le pouvoir de le faire revenir et de revivre un bonheur.

Épicure propose aussi de mesurer combien ce bonheur passé aurait pu ne pas être, et conseille de se remplir de son caractère miraculeux. « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant », dit de manière tragique Prévert. Je milite pour que nous entendions « le bruit que le bonheur fait en revenant », lorsque nous le convoquons. Pour cela, il ne faut pas se laisser prendre par l’accélération généralisée de nos existences. Prenons soin de notre mémoire, par exemple en imprimant certaines photos de notre téléphone pour les regarder vraiment, au lieu de les faire défiler…

Comment existe la liberté si « nous sommes notre passé » ?

Si je considère la liberté comme la possibilité de faire ce que je veux, alors la conscience de mon passé entrave ma liberté. Mais cette vision est une illusion. Je propose avec Bergson de redéfinir la liberté comme le fait d’être pleinement soi et de faire des choses qui nous ressemblent et expriment notre personnalité. Cette liberté découle de l’examen de mon passé. Le passé n’est pas un déterminisme, mais un conditionnement.

Plus nous prenons conscience que nous aurions pu naître ailleurs, avoir une autre place dans la fratrie, plus nous pouvons reconquérir une réelle liberté et inventer notre avenir. Être dans le déni, en croyant comme Sartre que l’on peut s’arracher complètement à son passé, nous condamne à aller dans le mur, parfois en reproduisant des schémas sans le savoir ou en étant habité par le passé sous forme de névroses.

N’est-il pas illusoire de vouloir « prendre tout notre passé avec nous » ? Une partie nous échappe…

Nous ne pourrons jamais tout savoir de notre passé, mais nous pouvons identifier des grandes dates clés. En outre, bien sûr, notre passé n’est pas que le nôtre, il est aussi celui des générations précédentes, de notre classe sociale. Mais nous pouvons avoir une prise sur lui. Par exemple, Didier Eribon, dans Retour à Reims, analyse son rapport au monde, et comprend ce qui vient des générations passées. Une psychogénéalogie peut aussi nous faire comprendre certains fantômes qui nous hantent.

Tous les secrets de famille ne doivent pas être levés, et il faut parfois tourner le dos au passé, mais une vie et une liberté proprement humaines nécessitent de savoir qui nous sommes pour aller vers l’avenir. Les auteurs d’œuvres importantes ont une conscience aiguë du passé, comme les grands hommes et femmes politiques capables de parler à un peuple parce qu’ils savent faire résonner son histoire. Nietzsche nous prévient : si tu ne sais pas de quoi tu es l’héritier, tu ne pourras rien fonder.


N’avons-nous pas besoin de rites pour faire mémoire ?

Nous avons besoin d’être invités à nous souvenir, comme lors des enterrements, par exemple dans la culture juive où l’on se rassemble une fois par semaine pendant deux mois pour cultiver le souvenir du défunt. Sans ces rites, nous sommes pris dans la hâte du présent et ne pensons pas suffisamment à nos morts. Nous en souffrons, ils nous manquent. Pourtant lorsque nous y pensons réellement, nous arrivons à les rendre vivants et à passer ce cap qui consiste à vivre et à prolonger le dialogue avec eux.

Nous pouvons goûter alors à quelque chose de l’éternité. De quelle manière ?

Nous raisonnons beaucoup en trois blocs – passé, présent, futur – distincts. Pourtant, Proust, Bergson et Freud disent la même chose : il n’y a pas de linéarité du temps, tout est mélangé dans une étrange simultanéité. Pour Bergson, ce que l’on a vécu persiste indéfiniment : lorsque je me retourne vers mon passé, que je me souviens de moi à 7 ans dans ce jardin, à 15 ans dans ce lycée, à 40 ans dans cette entreprise, il me semble que je touche à l’existence du moi, qui reste constant dans tous ces moments. C’est bien la même personne à chaque fois.

Au cœur de ce travail de mémoire, je sens quelque chose d’immuable qui est mon âme, une permanence de mon moi, et donc quelque chose de la vie éternelle. Proust considère que l’expérience de la mémoire peut nourrir une espérance en la vie éternelle.

Ne vivons-nous pas aussi des moments de « pur présent » ?

Il y a une mode « d’habiter le présent ». Pour traverser certains traumatismes et constater que je ne suis plus dans ce passé qui m’a fait mal, cela peut être utile. Mais, au-delà, le « pur présent » me paraît illusoire, car en réalité, nous vivons l’instant en étant le fruit de notre passé. Déguster un bon vin, en savourant l’instant présent n’est possible que parce que, comme le dit David Hume, un apprentissage a mené à cette « délicatesse de la perception ». Celle-ci est toujours imprégnée de souvenirs et d’éducation. L’idée de « pur présent » appauvrit l’existence.

Bien sûr, ce retour sur son passé est moins important à 17 ans qu’à 60, mais chaque seconde qui passe s’enfuit dans le passé, et nous commençons à vieillir très jeune ! Vivre, c’est accumuler du passé, comme une matière à portée de main qui peut nous indiquer où sera notre bonheur futur. Assouplissons notre rapport au passé, comme nos articulations, afin de bien vieillir et de ne pas devenir un « vieux con ». Pour vivre avec son passé, et non dans son passé.  

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source : La Vie

dimanche 27 août 2023

Accueil du miroir

 

Lors de la méditation... j'ai repris la comparaison classique de notre esprit et du miroir. Nous ne pouvons jamais voir la surface d'un miroir. La surface d'un miroir est toujours recouverte d'un reflet.

Le reflet n'est pas la surface du miroir. La surface du miroir est par elle-même, par essence, vide et ne contient aucune image, aucune forme, aucune couleur. La nature du miroir est de refléter.

De par le fait que la surface du miroir n'a aucune caractéristiques, aucune formes et aucune couleurs, elle est capable de refléter toutes les formes et les couleurs qui se présentent à elle. A chaque instant la surface du miroir reflète quelque chose de différent, l'analyse fine nous montre que ce n'est identique à aucun moment.

Le miroir ne choisit à aucun moment ce qu'il reflète, il accueille tout avec la même équanimité. Bien qu'il soit capable de tout refléter, le miroir ne garde aucune trace de ce qu'il a reflété.

L'image qui est reflétée dans le miroir est vide de toute existence en elle-même, c'est la raison pour laquelle elle ne peut laisser aucune trace. Notre esprit a des caractéristiques très semblable au miroir, sans être un miroir, car notre esprit n'est pas une chose.


Nous ne pouvons pas voir notre esprit directement, mais seulement au travers de tout ce dont il est conscient. Ce dont l'esprit est conscient, toutes les perceptions (les cinq sens et les perceptions mentales), ne sont pas l'esprit, l'esprit est ce qui perçoit les perceptions. L'esprit est par essence vide de tout et ne contient rien. Et perce qu'il ne contient rien, il peut tout accueillir.

La nature de l'esprit est d'être animé et connaissant. Au sein de l'esprit apparaissent toutes les perceptions, ce surgissement est l'aspect animé de l'esprit. Le fait d'en prendre connaissance est l'aspect connaissant et auto connaissant de l'esprit.

Tout ce qui apparaît dans l'esprit à chaque instant est nouveau et n'a jamais eu lieu à un autre moment que maintenant. Notre esprit ne choisit pas ses perceptions, elles surviennent, elles émergent, elles surgissent sans aucun chois de notre part. Notre esprit est par nature totalement équanime. 

La conscience ne garde aucune trace de ce qui a surgi dans l'instant précédent, si ce n'est une nouvelle pensée qui surgit et fait suite à la précédente. Mais c'est une nouvelle pensée, ce n'est pas une trace. Chaque pensée est vide d'existence autonome et ne peut être saisie, elle n'est qu'un flux, un mouvement de l'esprit. Sachons laisser le flux de la vie nous traverser sans chercher à le saisir. Sachons être rempli de gratitude que tout cela puisse survenir afin que nous puissions réaliser notre véritable nature.

Philippe Fabri

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mardi 2 mai 2023

Vers une conscience vivante

 Voici mes impressions après la lecture du nouveau livre "Vers une conscience vivante" de Jean Bousquet, éditions ACCARIAS L’ORIGINEL, 2023, 187 pages.

« Apprendre à vivre sans refuge conceptuel est garant de la plus haute sécurité. » (p. 41)

Ce livre de Jean Bousquet, conférencier et écrivain, se compose de 43 chapitres thématiques, du « temps d’une vie » à la « libération spirituelle », de longueur variable et de contenus divers, du texte élaboré à la succession d’aphorismes. Il nous invite avant tout à demeurer au cœur de nos questions, de leur exigence vitale, en oubliant les réponses, qui toutes ne pourront que nous conduire à une fausse sécurité. Il passe en revue les grands domaines de l’existence superficielle qui est la nôtre – de la société mercantile, néo-libérale, sur-consommatrice, qui dégrade et saccage les ressources planétaires, à l’intelligence artificielle – et propulse dans notre esprit un grand souffle libérateur.
La syntaxe et le vocabulaire utilisés en témoignent : il ne s’agit pas ici de nous proposer une nouvelle sagesse ou une nouvelle méthode spirituelle, mais au contraire de balayer et de dissoudre… Aussi les phrases sont-elles volontiers marquées par la négation. On y relève des adjectifs puissants comme « radical », « vertical », « crucial », « sauvage », « invincible », « inconditionnelle », « incommensurable », des déterminants absolus tels que « tout », « aucun », des adverbes tranchants comme « rien », de vigoureux substantifs comme « soif », « cataclysme », « brasier », des formules décisives, à l’image de « cri vers la Lumière », « Révélation fulgurante », « immensité inembrassable », « indispensable arrachement aux habitudes délétères, mortifères » loin du « marécage de l’accoutumance à un monde, à une vie sans perspective, à une vie coupée de l’Esprit, sans joie réelle, sans amour, sans renouveau ». L’auteur utilise également le mode impératif, ainsi que des figures de style particulières, par exemple cette métaphore filée, en s’adressant directement à nous pour rendre l’impact de ses mots encore plus intense et frappant : « Imaginez que vous entrez dans un appartement situé en étage […]. Il arrive un moment crucial, critique, où tout ce bric-à-brac psycho-mental vous pèse, oui, vous devient insupportable »… Ailleurs, il emploie l’antithèse, seulement marquée par le point-virgule : « Toutes les formes meurent un jour ; la Vie demeure éternellement. » Ou bien ce néologisme qui dit bien ce qu’il veut dire : « mots-cages ». Ou encore l’énumération de synonymes et de sonorités, la répétition de mots ou l’anaphore, qui assènent leurs coups de marteau : « fermée, fixe, figée, finie, définitive, donc morte » ; « Plus rien à gagner ; plus rien à perdre non plus. »
On l’aura compris, cet ouvrage de Jean Bousquet nous invite perpétuellement à la « révolution » intérieure. Il met en garde contre tous les pièges spirituels, y compris ceux de la méditation. Il martèle, tranche dans le vif, nettoie et rafraîchit. Un livre qui ne fait pas semblant et qui décape, inattendu et salvateur !
Voici un bouquet de citations qui m’ont particulièrement frappée :
● « Lorsque des traditions spirituelles affirment que le monde est illusion, ce n’est pas tant de la matière qu’il est question mais de l’inévitable biais cognitif-perceptif de notre conscience inconsciente d’elle-même. »
● « C’est indescriptible et pourtant très simple : c’est comme c’est ; une évidence indiscutable à laquelle on se rend enfin. Il n’y a rien à en dire, rien à en penser ; on ne peut ni l’aimer ni la détester, tant elle emplit tout ; ce serait encore s’en éloigner, l’envelopper de chimères, la cacher de nouveau. La réalité, c’est ce qu’il reste quand il n’y a plus rien. »
● « La vraie pensée est au-delà des mots. La vraie pensée est silencieuse. »
● « Comme pour tout, il y a un prix à payer pour pouvoir se tenir sereinement et durablement debout sur le terrain solide de la vérité. »
● « La conscience vivante n’est pas un mécanisme de la pensée. La conscience vivante est un voyage sans destination ; nous « n’arrivons » jamais, nous restons simplement vivants, alertes, en éveil. »
● « Seule la Vie crée ; l’être humain ne sait que reproduire, imiter, multiplier ; et bien souvent, seulement se reproduire, s’imiter, se multiplier. »
● « Ceux qui se dépouillent de tout mouvement interne se connectent au simple. »
● « Personne n’est droit. Personne n’est vertical. Personne n’est l’intermédiaire parfait entre ciel et terre, le « paratonnerre » idéal. Tous penchent d’un côté ou de l’autre, suivant des inclinations irrépressibles, ataviques, viscérales, structurelles, cellulaires, innées. »
● « La chute cesse lorsque plus rien en moi ne résiste à la chute. »
● « L’acte authentique, libre de tout devenir ou intention spatiotemporels, dénoue les liens, tranche les nœuds, enseigne sans paroles : il délivre le présent. »
● « Consulter la mémoire est une activité bruyante autant qu’inutile, pleine d’espoir fébrile et d’anxiété, finalement frustrante. Rien de neuf ne peut en sortir. Or le silence absolu est toujours neuf, toujours vierge, toujours surprenant, toujours émerveillant. »
● « Ne vous enfuyez pas, ne résistez pas, ne dissimulez pas, mais voyez ! C’est cela, être vide ; c’est cela, le vide libérateur ! »
● « Donner presque tout, jeter presque tout dans le feu de la vérité, est insuffisant, inutile. Un engagement total – non pas dans une organisation, non pas dans une foi quelconque en une quelconque divinité – est le minimum exigible. »
● « Le septième sens n’est pas un ajout, une nouvelle excroissance ou propriété de la personne humaine issue de l’évolution. Il est le résultat d’un retournement, d’une révolution interne spontanée, d’une rupture radicale avec tout le fonctionnement ordinaire (ou extraordinaire ) de la personne (pensée, sentiment, désir, émotion, activité) - d’un adieu conscient à toute la confusion reconnue telle qu’elle est. »
● « Le vide est la seule réalité permanente ; tout ce qui vient l’emplir ou le traverser n’est que passager, transitoire. »
● « Il n’existe pas de mauvais choix ; seulement des choix conscients et des choix inconscients. »
● « Le feu de l’attention est un feu de joie libératrice. En consumant ce qui est mort en nous, il redonne la vie. »
● « La peur de l’ego n’a pas d’autre fondement que l’existence même de celui-ci ; l’ego est la peur, l’ego est la mort. […] La mort de cette mort est Vie véritable. »
● « La libération spirituelle passe immanquablement par des actes posés en toute conscience, des engagements mesurés et conséquents. Chaque pas prépare l’envol, mais les pas, aussi nombreux soient-ils, ne peuvent suffire à eux seuls. Un élément mystérieux, très individuel et intime, doit être ajouté ; un levain seul capable de faire monter la pâte soigneusement pétrie. Ce levain est la soif spirituelle, réelle, authentique, puissante, inextinguible, qu’aucun enseignement, aucune pratique, aucune appartenance ne saurait faire naître ni étancher. »

Par Sabine Dewulf
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mercredi 1 mars 2023

Aveuglement


" Cette civilisation moderne a conduit l'humanité à deux guerres mondiales, mais la leçon n'a servi à aucun politicien. La politique ne se préoccupe que des apparences et ne tient aucun compte des réalités profondes. Seule la conscience de leur nature spirituelle commune peut unir les hommes. Le sens de leur individualisme les condamne à l'égoïsme et aux conflits. C'est dans la vision même de l'homme et du sens de sa vie que se trouve la racine de tous les « problèmes ». Tant que l'aveuglement et l'ignorance prévaudront, tout problème résolu fera immédiatement place à un autre, dans un déséquilibre permanent. L'intérêt pour la politique tient aujourd'hui la place que tenait autrefois l'intérêt pour la religion. Moins les gens ont l' intention de se diriger et de se réformer eux-mêmes, plus ils se préoccupent de la façon dont il faudrait diriger ou réformer la société. En fait, les « problèmes » politiques, économiques et sociaux ne sont qu'une façade qui masque le véritable problème, lequel est spirituel et psychologique. Aucune mesure ne sauvera la situation, qui ne tiendra pas compte de la réalité spirituelle, de la vraie nature de l'Homme. Pour le moment, l'humanité tourne le dos à cette vérité fondamentale. L'existence devient sans cesse plus complexe à tous égards et interdit de plus en plus aux hommes et aux femmes toute velléité de vie intérieure. Le véritable bonheur ne peut se trouver que dans la « réalisation » ou la prise de conscience de la Nature profonde, du Soi, mais jeunes et vieux cherchent désespérément des plaisirs et des satisfactions qui ne peuvent pas durer. C'est, par excellence, le fruit de ce que tous les enseignements initiatiques ont appelé l'aveuglement et l' ignorance.

Arnaud Desjardins , Monde moderne et Sagesse ancienne ( 1973 )

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lundi 15 août 2022

Joie !


« Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à la tristesse. » notait Gide le 12 mai 1927 dans son Journal. 

Qu’est-ce que la joie ? Une façon pleine, satisfaite, reconnaissante d’habiter l’existence. 

Le joyeux ne manque de rien. Pourtant il n’a pas tout – qui possède tout? En revanche, il se contente de ce qu’il a. Mieux : il s’en délecte. 

Le joyeux n’éprouve pas de frustration. Alors qu’au déçu, au déprimé, au mélancolique, au fatigué, tout fait défaut. 

Si la tristesse est conscience d’une absence, la joie est conscience d’une présence. Quand la tristesse vise ce qui n’existe pas ou plus – chagrin d’avoir perdu quelqu’un, dégoût de se savoir faible, mortel, impuissant, limité -, la joie découle d’une plénitude. Elle crie notre plaisir d’être vivants, là, éblouis par ce qui nous entoure. 

Se réjouir et jouir, telle s’avère la joie. Elle ne demande rien, elle ne déplore rien, elle ne se plaint de rien. Elle célèbre. Elle remercie. La joie est gratitude.

Quelle légèreté nous apporte la joie en nous délestant de ce qui nous alourdit, ambitions, regrets, remords, obsessions, amertumes, illusions, prétentions ! 

Notre époque n’aime pas la joie. Elle aime l’étourdissement et le divertissement, ces pratiques qui nous arrachent à l’ennui ou l’affliction sans approcher la joie. Dans le joyeux, elle ne voit qu’un abruti, jamais un sage. 

Or, il y a une sagesse de la joie. Heureux de vivre, non seulement je consens mais j’aime: je consens à ce qui existe et j’aime ce qui tombe sous mes sens. J’épouse et j’adore l’univers."

(Quand je pense que Beethoven est mort - Eric-Emmanuel Schmitt)

mardi 8 mars 2022

Un mendiant aveugle.

 Auprès de Swami Prajnanpad, Arnaud trouvera l’audace d’étreindre sa propre misère. « Vous êtes un mendiant » lui dira le maître ; « Vous mendiez l’amour ». Dans la solitude de quelques huttes en terre, l’homme de quarante ans pleurera de tout son cœur de n’être qu’un enfant suspendu aux regards et aux admirations des autres, s’agrippant à l’existence comme les misérables en Inde s’accrochent aux vêtements de passant et, sans la moindre dignité, supplient qu’on leur fasse l’aumône.


Notre aveuglement nous voile constamment tout le pathétique de notre condition de petits pantins manipulés par la vie, ballotté de-ci de-là au gré des espérances et des déceptions qui les réduisent en fumée, à la merci des paroles douces ou dévastatrices. Les vents de l’existence ne nous portent vers la joie que pour le lendemain nous envoyer la peine et nous laisser dévastés.


Arnaud Desjardins ou l'aventure de la sagesse de Gilles Farcet

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vendredi 19 novembre 2021

Carnet d'entretien

 Notre corps est notre véhicule. Alors, il est bon de prévoir des entretiens réguliers pour qu'il fonctionne au mieux sur notre chemin de vie.

La vie terrestre demande une vidange régulière.
Assurons-nous d'être bien éclairé : feux de croisement pour nous rencontrer et clignotant pour nous alerter à temps.
Pour les chocs et les coups du destin, il est bien de vérifier les amortisseurs pour diminuer les émotions sur les routes pavées de bonnes intentions.
Ne pas oublier qu'à force de ronger son frein, on va droit dans le mur.
Alors n'épuisons pas nos bougies au fil des ans, et soyons moteur de notre existence...


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mardi 7 septembre 2021

Existence sans frontière

 


Tout existe en vous ! Tout ce qui est dans la création existe en vous, et tout ce qui existe en vous est dans la création. Il n’est pas de frontière entre vous et les choses les plus proches, et il n’y a pas de distance entre vous et les choses les plus éloignées. Et toutes les choses, de la plus basse à la plus élevée, de la plus petite à la plus grande, sont en vous dans une complète harmonie.
Dans un atome, on trouve tous les éléments de la terre; dans un mouvement de l’esprit se trouvent tous les mouvements des lois de l’existence; dans une goutte d’eau se trouve tous les secrets des océans sans fin; dans un aspect de vous, il y a tous les aspects de l’existence. ✨
Khalil Gibran

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