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vendredi 18 mai 2018

"nous avons tous à revoir notre définition de la paix"

Mercredi 16 mai a été célébré la première journée internationale du vivre-ensemble en paix, une journée décrétée par l’ONU à l’initiative de la confrérie soufi Alawiyya

A l’approche du Ramadan, c’est également l’occasion d’évoquer la foi des musulmans et leur place dans la société française. Une place qu’occupe également le soufisme. "Le soufisme est une école ésotérique, qui enseigne l’intériorité. Comment vivre la religion en harmonie par la pratique extérieurement, mais aussi par une quête spirituelle à l’intérieur. Le soufi, c’est celui qui cherche le sens" explique le cheikh Khaled Bentounès, responsable spirituel de la confrérie soufi Alawiyya.

(interview par RCF :14 min.)

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jeudi 25 janvier 2018

« Mon père m’a placé par amour »

«Je suis né dans une oasis du Sahel algérien. Je me souviens du désert qui s’étendait à perte de vue et de la joie immense des villageois lorsque la pluie s’annonçait.
Ma mère est morte lorsque j’avais 4 ans. Il ne me reste rien d’elle, pas même une photo. Mon père, le forgeron du village, modelait les outils de la vie quotidienne. C’était un musicien et un poète. Puis le “progrès” est entré dans notre vie avec les colons français venus pour exploiter la houille du sous-sol de notre région.
Les cultivateurs du village furent les premiers à descendre dans la mine. Comme ils n’avaient plus besoin d’outils, mon père dut se résoudre à y descendre aussi, pour nous faire vivre. Je l’ai vécu comme une aliénation. J’étais malheureux de le voir revenir le soir, le visage noir de poussière de charbon, fermé, triste et silencieux. La musique n’enchantait plus notre maison…

« Renier l’islam n’a pas été sans problème »

Pour m’offrir la chance de choisir ma vie en toute liberté, mon père me confia à un couple de Français. Avec eux, j’ai découvert l’amour absolu et l’idéal de justice que porte le message du Christ. Son “aimez vos ennemis” m’a profondément rejoint.
Pourtant renier l’islam n’a pas été sans problème. Je le ressentais durement lorsque je retournais au village pour les vacances. J’imagine aujourd’hui combien me confier à des Européens, catholiques de surcroît, a été une décision courageuse et douloureuse pour mon père. Il a fait ce choix avec la conviction profonde que c’était pour mon bien, malgré le déchirement que cela a occasionné pour nous deux.
Cette grande souffrance est aujourd’hui dépassée, mais je dois reconnaître qu’elle a fondé mon choix d’une vie qui bannit toute forme d’aliénation. J’ai toujours essayé d’être en cohérence avec ce que je dis. Je cultive ma terre, selon les règles de l’agroécologie, mais pour moi être écologiste, ce n’est pas uniquement manger bio et bannir les pesticides, c’est une éthique qui s’applique aussi à la façon dont on considère les gens autour de soi. »


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source : La Croix 

mercredi 21 juin 2017

Une conférence de Faouzi Skali (2)


"Rappelle-toi que tu n’es pas seul au monde. Tu dépends de mille créatures qui font le tissu de ta vie."






Deuxième partie (15 min.)
 

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samedi 2 avril 2016

Rumi et Bouddha


Quand nous ne sommes plus qu'Univers ! 




Paroles du Bouddha

 - L’univers et ses habitants sont aussi éphémères que nuages au ciel. 

 - Les êtres qui naissent et meurent sont comme un spectacle de danse ou une pièce de théâtre, leur durée de vie est aussi brève que l’éclair ou l’éclat fugitif d’une luciole. 

 - Tout passe à la vitesse des eaux ruisselantes d’une cascade.

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dimanche 25 octobre 2015

Autre visage avec Eva de Vitray-Meyerovitch



« Je suis peut-être trop intellectuelle, mais je ne suis pas capable de savoir comment est Dieu. Je ne peux pas me le représenter et je ne le veux pas. Mais je sais qu’il y a un Absolu qui est au-delà de tout ce qu’on peut savoir ou imaginer. Quand vous voyez qu’un spermatozoïde peut devenir Mozart ou Einstein, vous ne pouvez pas ne pas penser qu’il y a une intelligence derrière tout cela. Il y a donc un Absolu, mais Il se révèle ou ne Se révèle pas.

S’il ne Se révèle pas, vous avez une religion de type bouddhiste dans laquelle, à force de purifications successives, vous grimpez les échelons d’une échelle en haut de laquelle vous pouvez commencer à avoir une petite idée.

Quand le Bouddha répondait à ses disciples l’interrogeant sur l’immortalité de l’âme, il le faisait comme un papa à qui son petit garçon de six ans demanderait ce qu’est la relativité d’Einstein : « Nous en reparlerons quand tu auras fait math. Sup. ». Tout comme ce papa, le Bouddha répondait en substance à ses disciples : « Nous en reparlerons quand vous aurez atteint un niveau de conscience suffisant ».

A l’inverse, les trois religions abrahamiques s’accordent pour dire que Dieu Se révèle à l’homme. Cette révélation nous apprend qu’Il est miséricorde. Mais Il ne peut pas Se révéler d’une façon fondamentalement différente à des Chinois, des Indiens ou des Arabes. Il est nécessairement le même pour tous. Le message fondamental est le même, et c’est lui qui est l’Essentiel. Tout le reste n’est que réflexion sur une donnée révélée qu’on peut interprêter de différentes façons. »

Islam, l’autre visage, Eva de Vitray-Meyerovitch (Albin Michel, P.109)


jeudi 22 janvier 2015

Cheikh Bentounès : "Il faut réapprendre la valeur de la vie à nos enfants"


Pour le guide spirituel soufi, c'est l'éducation qui est à l'origine du mal qui frappe l'islam de France.



"C'est dans ses bureaux de Clichy-la-Garenne que le cheikh Bentounès nous reçoit. Pour le guide spirituel soufi, rien n'excuse l'horreur commise à la rédaction de Charlie Hebdo et dans l'Hyper Cacher, les 7 et 9 janvier 2015, et les auteurs de ces attentats sont des faibles d'esprit : "Pour ces jeunes, l'islam est devenu le refoulement de toutes les frustrations, de leurs échecs. Ils n'ont pas appris à filtrer la puissance des mots et du verbe. Or, sans éducation, l'information religieuse peut être dangereuse." 

 Pour le cheikh, qui est aussi le cofondateur du Conseil français du culte musulman, ces djihadistes ne cherchent qu'une chose : devenir célèbres à tout prix, même si le prix, c'est leur vie. La seule solution pour combattre ces dérives : l'éducation. "Nous devons apprendre à nos enfants qu'avant d'être noirs, juifs, musulmans ou chrétiens, nous sommes d'abord une conscience, un être humain". Un message de sagesse et d'apaisement destiné à la société tout entière et à une communauté musulmane victime collatérale d'un islam tourmenté."


vendredi 16 janvier 2015

Une société qui tourne à vide avec Cheikh Khaled Bentounes

Khaled Bentounès est le chef spirituel de la confrérie soufie Alawiyya, établie à Mostaganem (Algérie), qui compte des milliers d’affiliés dans le monde. Il est notamment le fondateur des scouts musulmans de France.

Le Point: N’est-il pas temps pour les musulmans de réagir fermement contre la violence djihadiste?

Khaled Bentounès: Le problème dépasse l’islam. C’est notre société qui tourne à vide. Nos jeunes sont consumés par le consumérisme. Parce qu’on n’entend parler que de violence, les gens vivent dans la peur, se replient sur eux-mêmes et finissent par refuser l’autre. Les extrêmes cultivent cette peur, et en tirent prétexte pour appeler à l’exclusion.

Iriez-vous jusqu’à dire que l’extrême droite populiste et xénophobe a finalement les mêmes intérêts que l’islam radical ?
Non, mais ils ont un point commun : tous appellent au sang en poussant les communautés à s’opposer. Il faut s’interroger sur ce que nous faisons pour vivre ensemble et cultiver les valeurs qui nous protègent de la démence.

Quelles sont les valeurs du futur, selon vous?
La plus essentielle est l’humanité. Il faut absolument réapprendre où est la ligne rouge entre humain et inhumain. Et enseigner à nos enfants la sacralité de la vie. Tout être humain, quel qu’il soit, croyant ou non, musulman ou non, quels que soient sa religion, sa philosophie, son peuple, son sexe et sa race, doit être respecté. C’est une obligation fondamentale pour chacun de nous. Mais il est aussi essentiel de refuser la violence et tout ce qu’elle implique. Il faut s’unir en tant que citoyens pour défendre les principes d’égalité et de fraternité. C’est en étant unis que nous pourrons donner du sens à la vie. C’est pour cela que nous avons demandé à l’Onu la création d’une journée mondiale du vivre-ensemble.

Une journée des femmes, une «pour vivre ensemble»... Ce genre d’initiative n’est-il pas vain?

Non, car j’en suis convaincu, c’est un moyen de poser le problème de la vie en société, de marquer la frontière entre ceux qui ont confiance dans l’humanité, qui se battent pour elle, et ceux qui n’ont qu’un désir, la détruire
.


vendredi 24 octobre 2014

En recherche... avec Rumi

« Dans l’homme existent un amour, une douleur, une inquiétude, un appel, de sorte que s’il possédait les cent mille univers, il ne pourrait trouver le calme et le repos. Les gens exercent tous les métiers, tous les commerces, et procèdent à toutes sortes d’études : médecine, astronomie, etc., mais ils ne peuvent trouver le repos, car leur but n’est pas atteint. 

On appelle le Bien-Aimé “repos de l’âme” ; et comment pourrait-on trouver quiétude et ailleurs qu’en Lui ? Tous les plaisirs et toutes les fins sont telle une échelle ; chaque degré de l’échelle n’est pas un lieu de repos, mais un passage. Heureux celui qui se réveille tôt, afin de raccourcir le long chemin, sans perdre sa vie à trébucher sur les degrés. » 

 Le Livre du Dedans, de Rumi
Principal traité en prose du grand poète mystique, ce livre aborde des thèmes aussi divers que la nature de l’homme, la recherche mystique, la connaissance, l’amour, le mal ou la souffrance. Nourrie de méditation et de rêveries, la parole du maître, enchâssant versets coraniques et propos du Prophète, fables et paraboles, éveille l’âme endormie du disciple. 



« Au moment où la caravane est arrivée pour faire étape, tu as égaré ton chameau. Tu le cherches partout. Finalement, la caravane repart sans toi et la nuit tombe. Tout ton chargement est resté à terre et tu demandes à chacun
- Avez-vous vu mon chameau ? Tu ajoutes même :
- Je donnerai une récompense à qui me donnera des nouvelles de mon chameau !
Et tout le monde de se moquer de toi. L'un dit :
- Je viens de voir un chameau roux et bien gras. Il est parti dans cette direction !
Un autre :
- Ton chameau n'avait-il pas une oreille déchirée ?
Un autre :
-         N'avait-il pas un tapis brodé sur la selle ?
Un autre encore :
- J'ai vu partir par là un chameau à l’œil crevé !
Ainsi tout le monde te donne un signalement de ton chameau dans l’espoir de profiter de tes largesses. Sur le chemin de la connaissance nombreux sont ceux qui évoquent les attributs de l'inconnu. Mais toi, si tu ne sais pas où est ton chameau, tu reconnais la fausseté de tous ces indices. Tu rencontres même des gens pour te dire :
- Moi aussi, j'ai perdu mon chameau ! Cherchons ensemble !
Et quand enfin vient quelqu'un qui te décrit vraiment ton chameau, ta joie ne connaît pas de bornes et tu fais de cet homme ton guide pour retrouver ton chameau. »
 Le Mesnevi

jeudi 23 octobre 2014

A l'école de la femme avec Cheikh Bentounes


L’Algérie abritera prochainement le premier Congrès International Féminin pour la culture de la paix...

«La femme est la première école dans l’éducation d’un enfant. C’est elle l’élément-clé dans la transmission d’une culture de la paix, c’est elle qui apportera à l’islam cette dimension de la rahma (tolérance), principe générateur de vie, dont elle est la détentrice ». 
C’est en ces termes qu’explique, dans un entretien accordé au quotidien El Watan, l’organisateur principal du Congrès International Féminin pour la culture de la paix, Cheikh BenTounès, guide de la Tariqa Alawiya, la place de la femme dans la société algérienne.

« Donner une autre image de l’Algérie, une autre vision d’un islam tolérant en apportant une réflexion nouvelle sur la place de la femme dans la société et son rôle important dans la culture de la paix », voilà l’objectif de notre Congrès qui se veut « une occasion pour améliorer la vie en société », 
voici donc l’idée principale du congrès international féminin, organisé sous le slogan «Parole aux femmes», selon son organisateur principal Cheikh BenTounè, guide de la Tariqa Alawiya.
Cette manifestation vise à donner une nouvelle image de ce que doit être le musulman du XXIe siècle, loin des idées véhiculées par un islam radical. 

S’exprimant sur la dimension mondiale donnée à cette manifestation importante, Cheikh BenTounès, précise que plus de 25 nationalités venant du Japon, Indonésie, Turquie, Canada, Etats-Unis, Mexique, pays d’Afrique et du Moyen Orient participeront à cet événement qui se propose d’offrir une nouvelle vision sur la culture de la paix. Le congrès s’axe principalement sur le rôle de la femme et son apport indispensable en raison du fait que celle-ci est « la première école dans l’éducation d’un enfant », précise-t-il.

Cet guide spirituel a, par ailleurs, déploré le fait que la place importante que l’islam a toujours accordée à la femme est occultée dans la société actuelle. Il cite, à ce propos, l’absence dans la mémoire collective des musulmans des noms de 9000 femmes qui avaient pourtant accompli des actions grandioses par le passé. «Elles étaient des mouhadithate (transmetteuses de hadith) des oulémas, des mafatis et même des imams qui ont dirigé la prière », précise-t-il. 

Il évoque, entre autres, la première femme imam désignée par le Prophète (QSSL) lui-même et la sécurité de Médine confiée par Sidna Omar à une femme. L’écrivain et pédagogue revient aussi sur l’histoire de cette femme qui, à la bataille d’Ouhud, avait protégé le Prophète d’une mort certaine en s’interposant entre lui et un homme qui voulait le tuer. Le Guide de la Tariqa Alawiya s’interroge également sur la place accordée à toutes ses femmes qui ont illuminé l’islam et dont les noms sont à peine évoqués. 
Pour l’organisateur de ce congrès, « c’est pour dévoiler ce qui a été voilé que cette manifestation sur la femme est organisée ».


source: Algérie Focus

mercredi 4 juin 2014

La Paix avec Cheikh Bentounes

La paix. Beaucoup y aspirent, les Etats en parlent, mais qu'elle est sa nature réelle? Est-ce l'absence de guerre? Comment s'engager à la construire? Cheikh Bentounes le clame haut et fort. "Le monde de demain se construit avec l'autre et non pas l'un contre l'autre". 
Or, l'actualité semble lui prouver que cet idéal est encore très lointain. Sa réponse ne souffre d'aucune ambiguïté: "agissons!" Car la paix, c'est un état d'être.



Interview de Cheikh Bentounes pour RTS
(14 min.)

Invité: Cheikh Bentounes, maître soufi de la Confrérie Alâwiyya. 

Quelques repères biographiques :
Cheikh Bentounès, né Khaled Bentounès, est l'actuel maître soufi de la Tariqa Alâwyya. Il est né en 1949 en Algérie, plus précisément dans une ville qui dessine déjà son avenir, Mostagenem. C'est là que siège la tariqa Alâwyya. En 1968, il part à Paris pour ses études d'histoire et de droit. Il rencontre sa femme et monte une entreprise d'import-export. Sa vie bascule en 1975 à la mort de son père, chef spirituel de la confrérie Alâwyya. Le conseil des sages le désigne alors comme successeur. Porteur d'un message de paix fort, Cheikh Bentounes participe au dialogue inter-religieux, à la création du Conseil français du culte musulman et cofonde les Scouts musulmans de France. Il organise notamment avec eux l'initiative non partisane de la Flamme de l'Espoir Citoyen pour encourager les jeunes Français à voter durant l'élection présidentielle française. Son engagement spirituel l'a amené à soutenir des actions pour le développement durable. Depuis 2000, il participe à la réintroduction de la culture de l'arganier en Algérie. Son enseignement est un enseignement universel, non confessionnel. Il tend à favoriser l'éveil d'un regard intérieur.


dimanche 29 décembre 2013

Au coeur des derviches tourneurs ...


À Istanbul, Philippe Charlier nous fait découvrir l’ordre musulman mystique des derviches tourneurs, accompagné de Julien Jalaleddin Weiss Kanun, musicologue spécialiste de la musique ottomane et Turc d’adoption. 

Caractérisé par une danse semblable à une transe, dont le tournoiement continu rapproche l’homme du divin, l’ordre a été créé par Jalal Al-Din Rumi, un mystique soufi du XIIIe siècle. 

Un voyage initiatique à la rencontre d’un islam voué à la beauté et à la contemplation.





dimanche 28 juillet 2013

Ibn Arabî Le sceau de la sainteté

Grand maître spirituel de l’Islam, ce philosophe et mystique est lu par les intellectuels soufis. Pour lui, se découvrir, c’est découvrir Dieu en soi et inversement.
Par Faouzi Skali

Ibn Arabî est né à Murcie dans une Andalousie au carrefour de l’Orient et de l’Occident, à une époque d’alliance entre la science et la foi, où savants et métaphysiciens marchent main dans la main.
Ibn Arabî rencontre Averroès, très jeune. Son père, inquiet de l’engagement mystique précoce de son fils, l’a envoyé porter des livres au vieux philosophe de Cordoue. En frappant à la porte d’Averroès, celui-ci lui ouvre et lui dit : " oui ". Ibn Arabî le regarde et dit : " oui " à son tour. Puis, il le regarde de nouveau et dit : " non ". Le philosophe lui demande alors : " Qu’est-ce que vous, mystiques, découvrez de plus que nous [philosophes] ne puissions trouver déjà à travers la voie rationnelle ? " Pour Ibn Arabî la réponse se situe entre le oui et le non.
Car la voie mystique n’est ni rationnelle ni irrationnelle. L’esprit s’échappe des limites de la matière. C’est autre chose que la philosophie, hors du domaine de la raison. Sans comprendre leurs propos, on traite les mystiques de blasphémateurs, on les crucifie, on les condamne car ils parlent de choses que le commun des mortels ne peut pas admettre. Quand Ibn Arabî dit tout cela à Averroès, il a près de 14 ans.
Musulman, Ibn Arabî se forme aux théologies à sa façon. Il considère que Jésus est son premier maître spirituel. Véritable génie, il acquiert une science considérable en fréquentant par la lecture différents maîtres et prophètes. Il écrit des livres d’une façon très spéciale, notamment les Gemmes de la sagesse. Il dit l’avoir " reçu " d’un trait, une nuit, réveillé par le prophète Mahomet.
La sagesse est représentée par une pierre dont la forme est comparée à la Tradition. Ainsi, la pierre est la même pour tous les hommes, mais elle est taillée de façon différente selon les religions, selon les formes prophétiques dictées à Abraham, Jésus et Mahomet, le dernier prophète.
À La Mecque, il écrit son ouvrage majeur, l’œuvre métaphysique la plus importante de l’Islam : les Illuminations mecquoises. D’une très grande profondeur, elle résume les aspects spirituels et métaphysiques propres au soufisme, son enseignement initiatique. Ces révélations conjuguent à la fois une extrême rigueur dans la conception et un travail visionnaire qui doit à Ibn Arabî son surnom de fils de Platon.
Ibn Arabî n’est pas influencé par la scission entre raison et foi qui transparaît déjà avec Averroès. Au contraire, avec Ibn Arabî, la foi en tant que vision, conscience et expérience du cœur entre en ligne de compte. La profondeur soufie d’Ibn Arabî se situe dans la rencontre entre l’amour et la connaissance, le cœur et la raison. Il est allé très loin dans le voyage de l’âme vers la proximité divine et exprime cette expérience avec une extrême beauté en commentant ces propos du Prophète : " Celui qui se connaît lui-même, celui-là connaît son Seigneur. " Son voyage spirituel explore son être dans ses profondeurs les plus intimes.
Vivre dans le monde, c’est sans cesse se rapprocher du mystère de l’être divin. Dans un hadith qoudsi (propos divin), Dieu dit : " J’étais un trésor caché, j’ai aimé à être connu. J’ai alors créé le monde afin que je sois connu par lui. " Ibn Arabî s’appuie sur cette explication de la Création pour faire comprendre le but de l’existence. Il s’agit bien de réaliser ce désir de Dieu d’être connu. Ibn Arabî insiste ainsi sur l’importance du désir et de l’amour divins. Ce " soupir du miséricordieux " dont il parle, c’est la manifestation de l’existence, le souffle. Toute l’existence n’est que l’émanation de cette nostalgie divine. L’homme, ou l’âme humaine, quand elle se fait transparente par la prière, devient l’œil par lequel le divin se regarde lui-même. C’est l’œil de la contemplation.
Ce que personne avant lui n’avait imaginé avec tant de cohérence, devient avec Ibn Arabî un aboutissement mystique, une extraordinaire synthèse. Ce n’est pas un hasard si le Moyen Âge l’appellera le Docteur Maximus ! Quant à certains soufis, ils diront de lui qu’il porte le " sceau mahométien ".
En effet, il fut bien l’héritier du Prophète sous ses aspects tant ésotériques que spirituels. Et Ibn Arabî reste, aujourd’hui encore, une référence importante pour toutes les écoles soufies à travers le monde, au titre du visionnaire métaphysique.
Pour qui s’intéresse au soufisme, Ibn Arabî est une étape cruciale. Il trouvera chez lui une liberté, une capacité de transcender les limites de la raison et des formes, d’élargir la conscience dans la connaissance et l’amour divin. Ibn Arabî lui indiquera la voie vers des domaines extrêmement profonds, voire déconcertants. Il comprendra que la perception est toujours au-delà de ce qu’on imagine, qu’elle nous rend humbles devant une connaissance sans limites. A.S.

Né dans la médina de Fès, Faouzi Skali est directeur du festival de Fès depuis sa création en 1994. Spécialiste du soufisme, il est l’auteur de Jésus dans la tradition soufie, en cours de traduction chez Albin Michel.

"Le sommeil loin de Toi me devient interdit.
Comment peut-on dormir séparé de l’Aimé ?
L’amour est ma religion et ma foi. "

Le grand maître soufi
1165 Naissance à Murcie (Espagne).
1179 Rencontre avec Averroès, à Cordoue (Espagne).
1196 À Fès (Maroc), révélation du " sceau de la sainteté mahométienne.
1203 Commence les Conquêtes spirituelles mecquoises.
1223-1240 S’installe à Damas (Syrie), où il finit sa vie.

Aller plus loin avec le soufisme
À VOIR
- Participer au festival de Fès
Fès organise depuis dix ans un festival de musiques sacrées du monde.
Les invités de cette année : chanteurs soufis du Kurdistan iranien, derviches tourneurs de Konya, moines danseurs du Tibet, mais aussi Monserrat Figueras, sœur Marie Keyrouz et Yousou N’Dour...
Du 28 mai au 5 juin.
Les concerts se déroulent dans des lieux magnifiques : place Bab Boujloud, porte de la Bab Al Makina, patio du musée Batha...
- Les rencontres de Fès
Parallèlement au festival se tiennent des rencontres sur le thème Une âme pour la mondialisation. Invités : Laure Adler, Bertrand Collomb, Leïla Shahid, Jorge Semprun...
Du 29 mai au 2 juin, de 9 heures à 13 heures.
- Le festival off
En marge des manifestations officielles, des concerts gratuits ont lieu tous les jours à 17 h 30, place Bab Boujloud.
Soirées soufies, à partir de 23 heures, à travers la ville.
Tout le programme sur www.fesfestival.com
Y aller
- Avec La Vie : Jean-Claude Petit, ancien président de Malesherbes Publications, accompagne un groupe de lecteurs à Fès, pendant le festival (2 120 €). Inscriptions : Martine Lominé, 163, bd Malesherbes, 75017 Paris.
Tél. : 01 48 88 65 34.
- Avec Terra Diva, 340 €. Hôtels de 79 à 191 € par jour pendant le festival. 29, rue des Boulangers, 75005 Paris, 01 44 07 10 12.
- Liaisons directes Paris (Orly)-Fès avec la Royal Air Maroc. Aller-retour le 27 mai et le 7 juin : 479,42 €.
- Sur les traces d’Ibn Arabî
La mosquée Aïn el Khaïl, dans le cœur de la médina de Fès. Ibn Arabî y vécut, y travailla et y reçut sa révélation. Cette petite mosquée est menacée par deux maisons mitoyennes qui risquent de s’écrouler. Laïla Skali, architecte, se mobilise pour la sauver et en faire une bibliothèque sur le soufisme et Ibn Arabî.
À lire
- Ibn Arabî dans le texte
Traité de l’amour se lit aisément. L’introduction de Maurice Gloton, traducteur et spécialiste des grands soufis, propose une chronologie éclairante sur la vie d’Ibn Arabî. Dans la même collection, mais plus ardus pour les non-arabisants : la Sagesse des prophètes et les Illuminations de La Mecque.
Albin Michel, 8,60 €.
- L’Esprit de Fès : en quête de sens et de beauté
Pour ce livre anniversaire, Nathalie Calmé a recueilli des témoignages d’artistes, philosophes, économistes... venus au festival depuis dix ans. En vente au festival, disponible en librairie début juin, éd. Albin Michel. A.S.

Ibn Arabî et l’amour
"L’amour est ce rapport
Qui concerne aussi bien l’homme que Dieu,
Bien que notre science
Ignore cette relation.
Car l’amour est savouré,
Mais son essence incomprise.
N’est-ce pas étonnant, mon Dieu ! Ô mon Dieu !
L’Être même de Dieu
Est fondé sur l’amour,
Lui qui voit en nous comme en Lui,
Sans que nous soyons principe d’analogie.
Le terme de l’amour chez l’homme
Est de réaliser l’union :
L’union de deux esprits
Et l’union de deux corps.
Aussi l’excellence de l’amour
Est-il l’effet de l’Excellence !"
Extrait de Traité de l’amour, Albin Michel coll. Spiritualités vivantes.

samedi 5 janvier 2013

Un tapis qui nous entraine dans un jardin phytospirituel

Ce tapis dit de Cracovie est une pure merveille, un éclat d'Islam. Je vous en ai découpé quelques morceaux de poésie sur lesquels vous pouvez vous reposer parmi les fleurs...



vendredi 30 novembre 2012

Des noms de Dieux avec Cheikh Khaled Bentounes (2)

Revenir à l'unité, au point central du cercle, là où tout se rencontre...

« Se révolter contre Dieu, porter vers Lui un regard accusateur sous prétexte que nous souffrons des injustices et des violences de ce monde, c'est vivre dans la dualité en Le rendant lointain et extérieur à nous. A l'inverse, l'enseignement soufi veut rapprocher l'homme de son unité en lui faisant goûter en lui-même la Présence divine. Si à chaque fois que nous entreprenons un acte, nous prenons conscience de cette Présence et nous la manifestons à travers la formule de la shahâda, nous lui donnons sa portée spirituelle et nous renforçons sa relation subtile avec le premier acteur, le divin. »


jeudi 29 novembre 2012

Des noms de Dieux avec Cheikh Khaled Bentounes (1)

Cheik Khaled Bentounes, né en 1949, est, depuis 1975, chef de la confrérie soufie Alawija.
Voici la première partie de l'émission :

« La voie du milieu est celle qui prend en compte l'homme tel qu'il est dans sa complexité. Si, en tant qu'homme, nous prenons conscience que nous n'existons que par Lui et qu'Il est présent où que nous allions, nous sommes capables de transcender toutes les oppositions engendrées par la multiplicité ou la dualité pour ne retenir d'elles que leur complémentarité. Mais si nous restons prisonniers d'une culture, d'une communauté ou d'une religion ou si nous nous laissons conditionner par le regard des autres, nous ne faisons que nous éloigner de nous-même et augmenter nos tiraillements intérieurs. »


mardi 21 août 2012

Humour musulman avec Pierre Lory


« Les musulmans épinglent les hommes de religion »

Pierre Lory, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, chaire de mystique musulmane.
« L’islam donne de lui-même une image grave et parfois sévère qui, à première vue, s’accommode mal avec l’humour. Cette image est en partie justifiée, car la tradition lettrée insiste sur le principe de sérieux qui doit animer la vie religieuse : nous n’avons pas créé ce monde “en jouant”, dit Dieu dans le Coran (XXI, 16 ; XLIV, 38), qui attaque les mondains, ceux qui prennent les avertissements des prophètes à la légère. Est-ce que Muhammad a ri ? Il y a eu débat sur la question, la même qui s’est posée au Moyen Âge pour les chrétiens au sujet de Jésus. Les réponses divergent : selon certaines traditions, il n’a fait que sourire, de telle sorte qu’on “ne voyait jamais ses gencives”, selon d’autres, il était “le plus rieur des hommes”. Même si, par exemple, il est mal vu de s’esclaffer dans la tradition bédouine, l’islam ne dénonce pas le rire de détente. En revanche, il condamne fermement la moquerie. Le rire est donc maîtrisé, canalisé. 

À de très rares exceptions, un musulman ne fera jamais d’humour sur Dieu, ni sur le Coran, absolument sacré, car il est la parole de Dieu, ni sur Muhammad. Par contre, il existe un humour assez féroce qui épingle les “hommes de religion”, ceux qui enseignent des interdits qu’eux-mêmes transgressent. Un vers attribué à l’érudit persan Omar Khayyam énonce ainsi : “Mieux vaut Te parler dans l’intimité au fond du cabaret que venir sans Toi prier au pied d’un minaret.” 

Mais la veine humoristique la plus affirmée dans l’islam vient du soufisme et elle s’articule autour de la figure du fou sage, du ravi en Dieu. Le fou sage a perdu ses capacités rationnelles au profit d’une raison supérieure qui lui permet de saisir des vérités divines. Souvent, il est considéré comme un saint, avec la particularité de pouvoir s’exprimer en dehors de la Loi, grâce à l’excuse de sa folie, ce qui en fait un provocateur. Il peut même faire des remontrances à son Créateur. Une histoire raconte, par exemple, le trait d’esprit d’un soufi à qui on demandait s’il connaissait Dieu. Celui-ci répondit “oui”... En effet, cela faisait tant d’années qu’Il le faisait souffrir de mille manières, par la faim, la nudité, la honte ! »

Mulla était gravement malade et tout son entourage pensait qu’il allait mourir. Sa femme portait le deuil et se lamentait.
Lui, restait imperturbable. « Mulla, demanda l’un de ses disciples, comment se fait-il que tu te montres si calme face à la mort ? – C’est très simple, répondit Mulla. Je me dis que vous avez l’air tellement misérable que, lorsque l’ange de la mort entrera dans la pièce, il se trompera probablement de victime... »


source : "La Vie"

vendredi 11 novembre 2011

« Rassembler sans se ressembler » à Mangalam

hommage du soufisme Alawiya à Arnaud, au Canada, le 5 nov, avec un témoignage sur Mostaganem :
Nous dédions cette rencontre des cœurs à l’âme d’Arnaud Desjardins
C’est par ces mots que cheikh Khaled Bentounes a débuté son intervention à l’ashram Mangalam, à deux heures de Montréal, ce 5 novembre. 160 personnes, du Canada, d’Algérie, de France, de Belgique et de Suisse étaient réunies pour réaffirmer ce lien de fraternité universelle qui, à l’image du fil d’un collier, rassemble les êtres. « Rassembler sans se ressembler » a rappelé le Cheikh, en présence d’Eric Edelmann qui anime l’Ashram et des disciples du regretté Arnaud.
Accueillis à Frelighsburg, tout près de la frontière américaine, la rencontre des cœurs s’est poursuivie jusque tard dans la nuit, se clôturant par une réunion spirituelle au son du dhikr et du sama’.

Source : L’Association Internationale Soufie Alâwiyya (AISA)