Un autre extrait sonore du livre de Amélie Nothomb à boire avec les oreilles.
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Un autre extrait sonore du livre de Amélie Nothomb à boire avec les oreilles.
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Pensée magique 1 : “Tout est possible”
L'énergie est partout mais elle n'apparaît que là où vous fixez l'attention. Le moment où tu peux faire les choses c'est maintenant ni hier ni demain. Le passé est mort, le futur n'est pas né. En étant en vie, tu as le pouvoir du présent.
Pensée magique 2 : “Tout est divin”
Tout est vivant et éveillé, mais à des vitesses différentes. Les montagnes, pour nous très lentes, se déplacent sans cesse. Faites attention aux objets, traitez-les avec la même délicatesse que vous traitez les enfants. Si vous traitez mal les objets, ceux-ci, devenus ennemis, vous feront du mal. Mais si tu les traites avec respect, ils seront tes alliés.
Faites le tour de votre logement et prenez conscience de ce que vous respectez et de ce que vous maltraitez, que ce soit par violence ou par indifférence. Changez votre attitude envers elles.
Pensée magique 3 : « Les malédictions sont équilibrées par des bénédictions. ”
Prenez conscience de toutes les malédictions que la famille et la société ont gravées dans votre esprit. « Si tu fais ça... Tu ne réussiras pas dans la vie... Tu vas mourir de faim... Tu vas devenir une pute... etc. ”
Décide-toi à transformer les préjugés-malédictions en bénédictions. « Je vais réussir dans la vie... Je développerai ma créativité et ma générosité en donnant je reçois... La réalité n'est pas un couvent, ni l'amour n'est un péché... Je me donne le pouvoir de me bénir moi-même ”
Le pouvoir vient de l'autorité et pour conquérir l'autorité, il faut s'habituer à donner des ordres. C'est un exercice magique de te mettre à l'ordre pour que les choses soient exactement comme elles sont. Par exemple, quand la pluie tombe déjà, dites « J'ordonne que la pluie tombe ». Si le jour se lève trop froid : « J'ordonne qu'il fasse froid aujourd'hui ». « J'ordonne à ces personnes de traverser la rue. » Etc. Ainsi ton inconscient commence à croire que tout lui obéit. Tu dois le faire sérieusement. Tout pouvoir vient de toi-même, c'est toi qui crée ton expérience. Petit à petit, tu prends la sécurité. La sécurité que tu peux utiliser pour guérir toi et les autres.
Vous éveillez votre créativité magique lorsque vous appliquez à tout un regard qui a l'intention de faire différemment ce qui a été fait.
Tout permet absolument d'être fait différemment. Même la plus banale. Proposez-vous de faire les œufs au plat autrement. Visualisez une autre façon de gagner votre vie. Imaginez une autre façon de fabriquer des chaussures, une autre façon d'éduquer vos enfants, de faire l'amour, d'échanger des billets et des pièces, d'utiliser votre voix, etc, etc. En appliquant cet exercice magique, vous produirez un changement fertile dans la réalité rationaliste.
Pensée magique 5 : “Rien n'est simple, tout est complexe”
On nous éduque en nous faisant croire que la vérité est une phrase simple. On évite de nous apprendre qu'une phrase simple est interprétée par chaque individu sous une forme subjective. Quoi que vous disiez, cela sera interprété de manière positive ou négative, gentille ou agressive, claire ou sombre. La pensée magique consiste à prendre n'importe quelle formulation et à l'interpréter de la manière la plus négative possible, pour ensuite, comme si vous la glissez sur un axe, voir l'interprétation monter en positivité jusqu'à ce que vous en fassiez finalement quelque chose de sacré. Ainsi tu découvriras la puissance de ton esprit.
Pensée magique 6 : « Seul celui qui apprend à mourir vit vraiment ».
Le magicien sait qu'il n'est propriétaire de rien ; que ce qui commence s'achève ; que ce qui monte descend ; que ce qui approche s'éloigne ; et vice versa. L'obscurité s'éclaircit, l'occulte se révèle, le limité devient infini... Absolument tout se transforme constamment. Accepter la mort physique est essentiel pour un magicien, qui doit vivre sa vie comme s'il avait mille ans devant lui... et face à la puissance cosmique comme si j'allais mourir d'une seconde à l'autre.
Pour développer ce sentiment fondamental, chaque nuit, donne-toi aux ténèbres, abandonne-toi à la mort en acceptant que tu ne te réveilleras pas, donne ta conscience comme un cadeau à l'univers.
Ferme les yeux et imagine quelque chose de beau, aussi beau que possible. Vous verrez que vous pouvez toujours raser quelque chose ou embellir quelque chose, toujours de trop en plus. Lorsque vous atteignez votre capacité maximale à embellir ce que vous avez choisi d'embellir, dites-lui MERCI. Et ensuite dis merci à toutes les parties de ton corps, ton cerveau, ton cœur, ton sexe, tes organes à tes viscères, ton sang, tes os, ta chair, (remercie-le par exemple pour son pouvoir de cicatriser une blessure) à ta conscience, à ton ego, ton âme, ta mémoire, ton imagination, le fait d'être vivant. etc, etc, et enfin, à qui vous a donné ces conseils de magie gratuitement.
Pensée magique 8 :« Ne dis pas absolument tout ce que tu sais »
Gardes-en pour toi, seul. Quelque chose que tu ne diras jamais à personne, quelque chose qui mourra avec toi. Par exemple, tout magicien garde secrètement le nom sous lequel il s'est baptisé. Garder jusqu'à la mort un secret intime confère une existence digne à ton âme, c'est ton signe de puissance.
Alejandro Jodorowsky
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Il n'existe simplement rien de tel.
A l'inverse de cette perspective, il m’apparaît que plus on grandit, plus on s'éveille à la réalité, plus on s’aligne au projet divin, plus nous éclairons ainsi des mémoires racines nous concernant personnellement mais également collectives et transgénérationnelles et dont nous héritons parfois, en partage, dans un destin particulier que nous ne contrôlons pas.
Cela signifie qu’au lieu d’arrêter un jour d’être « pétris » (et d’enfin pouvoir siroter tranquillement un cocktail spirituel au bord d’une piscine, sans débordement), nous sommes, en fait, sollicités pour travailler encore plus en profondeur, pour soi let les autres, et vivre des traversées nouvelles. Une autre page exigeante de notre cheminement débute à l’endroit où l’on espère atteindre un plateau.
Je ne dirais pas que nous souffrons davantage, parce que nous sommes portés par une perspective différente, moins centrée sur le confort et les bénéfices corporels et émotionnels de nos efforts. Mais dans la mesure où nous sommes plus aptes à traverser, il va nous être demandé plus (et non pas moins). Il est aussi dit que rien ne nous est demandé au-delà de ce que nous pouvons supporter mais, le plus important, c'est que nous ne sommes pas ici pour arriver à un état d'équilibre psycho-physiologique parfait et stationnaire, sur cette Terre, ni pour être enfin tranquille, le sourire aux lèvres en permanence, plus jamais embêtés par rien.
C’est très tentant, je ne le nie pas, mais c’est trompeur.
Les mystiques concevaient d'ailleurs leur progression vers la sainteté non comme un trophée ou un état final bien mérité mais comme une disponibilité accrue au plan divin telle que la notion de service croise celle du sacrifice, que le sens de notre existence terrestre n'est pas d'obtenir la santé parfaite de ce corps ou d'éviter tout danger mais d'être sûr que notre temps est exploité au mieux pour faire Sa Volonté. Toute autre option étant jugée fantasmagorique.
Une démarche qui glorifie le détachement absolu, l'extase permanente, la retraite spirituelle béate et les pouvoirs personnels extraordinaires est à l'envers d’une conception sérieuse du cheminement spirituel.
Il est évident que la complaisance du développement personnel est le fruit de notre civilisation matérialiste, moralement délabrée, ce qui explique pourquoi même les conceptions apparemment les plus lumineuses contiennent aujourd’hui leur part d’ombre comme celle de l'éveil spirituel qui finit par faire miroiter des aboutissements irréels ou trop superficiels.
Si nous devions vraiment dessiner un objectif, j’en suis arrivé aujourd’hui à penser que la notion de sainteté (humble, telle que conçue par le mysticisme) est de loin préférable à celle de l’éveil.
Mais le point crucial que je voudrais finalement souligner ici est l’importance de ne pas se désoler de vivre encore longtemps des traversées sérieuses, voire éprouvantes, parce que ces processus sont normaux et trouvent même leur sens et leur portée au fur et à mesure des avancées. Le fait de s’éveiller au réel (et non pas « d’être éveillé » !) et à la vie divine suscite des chantiers intérieurs parfois spectaculaires qui, sans cette compréhension, pourraient désespérer et surprendre.
Nos âmes sont appelées à être évasées et les initiations ne s’arrêtent pas (ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de grâces plus douces sur le chemin). Elles deviennent même généralement plus profondes et dépassent notre entendement. Il faut garder en mémoire que l’enjeu de tout cela est primordial dans notre vie spirituelle.
C’est alors qu’il est bon d’être en alliance aimante avec le Divin, pour ne pas chercher à échapper systématiquement à ce qui nous est donné, ou afin de trouver la force pour le porter, et de commencer à déposer notre existence, avec ses processus de mutation, en offrande et participation au « plus grand que soi » et au projet d’amour divin, dans le temps et sur le lieu même de notre incarnation.
Thierry Vissac
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J’écoutais à la messe le prêtre s’adresser aux jeunes venus pendant les vacances scolaires faire une retraite. J’étais admiratif qu’ils consacrent une partie de leurs vacances à leur foi.
Le sermon portait sur le péché et la miséricorde divine. C’était très juste. Le prêtre citait Isaïe. « Si vos péchés sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. »
Isaïe, c’est l’Ancien Testament, l’humanité ancienne. Une certaine façon de considérer le péché est facilement culpabilisante. Elle sous-entend : « Je ne devrais pas pécher. »
Oui, certes. L’objectif est de devenir parfait.
Oui, encore. Mais tous les jours, je trébuche. Et parfois je me laisse à penser que je n’y arriverai jamais.
Et si nous considérions que l’idée de devenir parfait présuppose que nous sommes imparfaits ?
Alors ça change tout. Nous naissons imparfaits. Donc je cesse d’être coupable de mes comportements erronés. Ils sont normaux. Et s’ils sont normaux, c’est plus facile d’avoir de la tendresse pour mes erreurs.
Nous sommes – sur terre – définitivement imparfaits. Chaque bêtise est l’occasion de miséricorde (que je m’accorde), d’apprentissage à aimer.
Si nous enlevons l’imperfection, nous n’avons plus d’occasion, de raison de progresser.
Le Plan divin est parfait.
Il est bien normal que les adolescents qui font leurs premiers pas dans la sexualité, titillés par leurs hormones fassent des conneries. L’apprentissage est à ce prix. Inutile d’en rajouter. Au contraire, donnons le droit, oui, le droit à l’erreur pour donner envie de progresser, de s’améliorer au lieu de se désespérer.
Gitta Mallasz* répétait fréquemment, avec un sourire malicieux :
De crise en crise, telle est notre devise
De connerie en connerie, notre chemin de vie.
Christian Rœsch
* Gitta Mallasz auteure de dialogues avec l’ange - éd. Aubier-Flammarion
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Apprendre à se connaître permet de mieux connaître les autres.
Et pour se connaître, voici 3 modes possibles que l'on peut pratiquer à chaque instant :
- La vigilance : voir la "tension vers" qui se crée en nous et nous éloigne de l'instant.
- Le oui à ce qui est : voir le refus qui est une "tension contre" la réalité présente.
- L'action juste : être unifié dans le choix que l'on fait, pour éviter la division sans cesse proposée par les pensées.
''Il faut avoir confiance, non pas confiance en soi mais confiance tout court (...) La confiance est le pressentiment du divin. Vous ne pouvez avoir confiance en vous. Un « soi-même » doit toujours être remis en question. Avoir confiance en soi est une mauvaise orientation. Ayez confiance tout court, la même confiance qu’au moment où vous vous couchez. Quand vous vous donnez au sommeil profond, vous avez confiance, vous abdiquez totalement. Quand vous vous levez le matin, vous avez la même confiance vis-à-vis de la journée, pas confiance que la journée va aller dans la conception que vous vous faites des choses, dans ce que vous voulez, mais confiance que tout ce qui se passe participe du courant de la vie. Vous êtes ouvert, sans commentaire, sans rien vouloir changer. ''
Eric BARET, extraits des livres ''De l'Abandon'' et ''Le Sacre du Dragon Vert''
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photo : Abbaye de Sainte Foy, Conques, France, vers 1050.
Au moment où l’on voudrait en effacer le NOM, il œuvre sur l’« Ancien » et le fait disparaître.
Le Fils de l’Homme ne frappe plus à nos portes closes.
Il entre.
ARIGAH l’accueille et invite tous les siens à chanter et à danser en ce Noël, Celui qui nous reconduit tous à nous-mêmes, au divin.
Annick de Souzenelle.
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Il y a eu une éclipse solaire hier. On l'appelle "l'anneau de feu". Lorsque la lune passe devant le soleil, elle le bloque entièrement, et le halo de lumière a inspiré ce nom.
Nous savons que le diamètre de la lune est 400 fois plus petit que celui du soleil. Comme la lune est 400 fois plus proche de la terre, son diamètre apparent est presque le même.
Une grande partie de la compréhension de la vie est une question de position, d'alignement, de temps et de perspective. Nous essayons d'aligner les choses en notre faveur. D'une certaine manière, c'est tout ce dont il s'agit dans le Taijiquan et le qigong : aligner notre corps de manière à améliorer le flux d'énergie. L'alignement aux événements est souvent le seul génie dont un taoïste a besoin : nous faisons la bonne chose au bon moment.
Lorsqu'il s'agit d'évaluer les événements et nos émotions, nous devons être plus circonspects. En ce qui concerne cette éclipse, elle nous amène à nous demander : ce à quoi nous sommes confrontés est-il vraiment aussi important que nous le pensons ? L'importance est-elle réelle ou illusoire ? Nous pensons peut-être que nous sommes bloqués, mais cela peut être à la fois temporaire et moins important qu'il n'y paraît. Nous devons être sûrs avant de réagir. Et peut-être que ce n'est qu'une question d'attente. Après tout, par la métaphore d'une éclipse, il n'y a rien que nous puissions faire à part attendre qu'elle passe.
Parfois, on peut avoir l'impression que notre accès au divin est bloqué. Mais ce n'est jamais vrai. Tout comme le soleil est toujours là, la lumière de la spiritualité est toujours là.
En ce sens, une éclipse n'est définitivement qu'un phénomène qui ne peut diminuer le moins du monde la lumière du soleil. De la même manière, les catastrophes ne doivent pas nécessairement être des menaces réelles. Nous pouvons y faire face. Nous pouvons voir au-delà. Et nous pouvons être sûrs que le malheur n'obscurcit jamais le Tao lumineux.
Traduction d'un post de Deng Ming-Dao
par Fabrice Jordan
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Dans un livre foisonnant d’histoires, Jacqueline Kelen s’intéresse à ces chien, biche, ours, fourmi, loup, corbeau… qui nourrissent avec l’être humain un lien spirituel ! Entretien avec l’auteure, lauréate du Prix de la liberté intérieure 2020 pour son Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien (Cerf).
Compagnons de sainteté,Des récits de toutes les religions montrent saints et des mystiques vivre en bonne intelligence avec les animaux. Que nous révèlent-ils ?
Ils nous enseignent que la relation avec un animal n’est pas seulement affective, mais aussi spirituelle. À la fin du VIe siècle, saint Colomban vit en ermite dans la forêt en paix avec des loups, un ours, et des buffles. Bien sûr, ces animaux, dits féroces, représentent des passions à dompter et à apaiser comme l’ambition, le pouvoir, l’avidité, ce qui nous pousse à agresser autrui, à vouloir le dominer et l’exploiter. Mais ces histoires nous rappellent également l’état édénique de la Genèse. Elles nous invitent à retrouver notre bonté première faite de respect. Je suis frappée par l’arrogance de l’être humain, qui pense être le seul à mériter d’être sauvé. Les sages de toutes les religions montrent que la miséricorde de Dieu s’étend sur toute créature. Au IXe siècle, en Iran, Bayazid revient du pèlerinage à la Kaaba avec des graines à planter chez lui. Une fois arrivé, il s’aperçoit que des fourmis se sont faufilées parmi ces graines. Il refait alors le voyage inverse pour rapporter les fourmis chez elles ! On trouve cette même idée chez les juifs hassidim qu’il y a un ordre, une harmonie voulue par Dieu dans la création.
Pour ces sages, cela ne passe-t-il pas d’abord par une forme d’ascèse ?
Leur relation avec autrui, quel que soit cet autrui, est un cœur à cœur. Il est donc en effet question de se dégager de ses passions encombrantes et de son égocentrisme. La relation aux animaux pose la question de la profondeur du cœur de chacun. J’aime beaucoup cette histoire du Malien Tierno Bokar, un maître soufi mort en 1940. Tandis qu’il enseigne ses élèves, un grand coup de vent dérange un nid. Un hirondeau tombe sur le sol. Les élèves ne bronchent pas. Tierno Bokar arrête de parler, répare le nid et replace le petit d’hirondelle dedans. Il donne alors une leçon de charité percutante à ses élèves : que veut dire écouter un enseignement si votre cœur est sec et fermé à ce point ? Secourir cette créature de Dieu était plus important pour lui que vouloir acquérir un savoir, fût-il spirituel.
On peut donc exercer la charité envers un animal ?
On parle beaucoup de la compassion du bouddhisme envers toutes les créatures. Dans le christianisme aussi, aucune existence n’est insignifiante. « Notre prochain, ce n’est pas seulement l’homme. Notre prochain, c’est toute la création », écrivait Albert Schweitzer. Au Gabon, dans le dispensaire de Lambaréné où il vivait avec sa femme, ce médecin pasteur accueillait non seulement les habitants du lieu mais aussi les animaux blessés qu’il soignait. La fraternité s’étend bien au-delà de l’espèce humaine. C’est le sens du cantique de saint François.
Vous invitez à parler le langage de la création. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Les mystiques ressentent profondément que tout a été créé par Dieu et tout doit retourner à Dieu. Dans le christianisme, cette dimension cosmique a été peu à peu oubliée voire suspectée parce que l’on pensait que c’était du panthéisme. Or, il faut faire une distinction entre l’animisme, où schématiquement l’on considère l’arbre comme une divinité, et le christianisme où Dieu peut aussi manifester une parcelle de sa beauté et de sa bonté à travers un arbre ou un animal. Dans notre société qui se passe de transcendance divine, je pense que nous sommes dans une forme d’idolâtrie de la terre mère, Gaïa. Il s’agit de sauvegarder la planète comme si c’était le but ultime de l’existence humaine. Nous avons à protéger notre maison commune. Mais il n’est pas en notre pouvoir de sauver la Terre. Le but d’une existence chrétienne, c’est de transfigurer le monde et de faire retour à Dieu. Les sages de toutes les religions ont vécu de telle sorte que le monde soit peu à peu empli de la connaissance et de la beauté de Dieu.
"La pâte humaine avec sa part de divin, voilà qui pourrait résumer l'intérêt premier de Christiane Singer.. Elle est auteur de plusieurs romans, essais. Ses racines spirituelles sont chrétiennes, mais Christiane Singer et, on le voit dans ses écrits, puise dans d'autres traditions religieuses. Elle se défend toutefois de faire du syncrétisme..."
Ma dimension spirituelle a mis du temps à émerger. Son fil conducteur était logé en moi, depuis toujours. J'ai été une petite fille fervente, entourée par des parents pieux. Mon père a d'ailleurs voué sa vie à la Vierge par son art. J'ai un souvenir très fort de ma confirmation qui m'a bouleversée. Avec le recul, je considère cet événement comme une expérience de Dieu. Assez jeune, j'avais troqué la pratique religieuse contre la visite de lieux de cultes où je trouvais de quoi épancher ma soif : à l'église Saint-Julien-le-Pauvre (Paris Ve), séduite par la liturgie orientale d'une grande beauté, à Saint-Georges (Paris XIXe), bercée par les chants orthodoxes... Ces rites étrangers me transportaient dans un doux voyage poétique. Ma vie spirituelle s'est créée comme j'ai fait mes dessins : elle a puisé sa source dans mes expériences, mes épreuves, et dans mon coeur. Jusqu'à la cinquantaine, j'en avais une idée très floue. Dans mes tableaux, elle se manifestait sur un plan poétique, mystique, onirique. Ces composantes, retrouvées dans les ciels, m'ont peu à peu permis de rejoindre une sphère bien plus profonde, au goût d'éternité.
Le ciel, qui n'est qu'inconstance de par ses mouvements et ses couleurs changeantes, m'a appris à accepter l'impermanence de la vie, sans me sentir pour autant en insécurité. C'est d'ailleurs lorsque j'ai perdu la sécurité matérielle et connu la précarité que j'ai dû apprendre à me forger intérieurement pour gagner ma liberté. Les sécurités que je cherchais à l'extérieur étaient en fait des chaînes. On ne gagne jamais autant sa liberté que lorsqu'on en a manqué : 18 ans durant, j'ai peint des ciels dans une cave. Manquer de lumière me poussait à la désirer ardemment, et donc à la créer.